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Rebelles du genre – Épisode 51 – Éléonore

Eléonore – Je m’appelle Eléonore, j’ai 26 ans, je suis belge, je travaille dans l’administration et j’habite à Bruxelles. Je souffre depuis très longtemps maintenant d’un trouble bipolaire de type 1, donc ça veut dire qu’il y a des manies très très hautes et des dépressions très très basses. j’ai des délires et un trouble psychotique un peu annexe, dont on arrive pas tout à fait à déterminer la cause, du coup aujourd’hui je viens témoigner pour démontrer par ma propre expérience, que l’idéologie du genre et le transactivisme, ce n’est pas seulement un danger pour les femmes et pour les personnes LGB, mais c’est également pour les personnes souffrant de maladie mentale, et de troubles mentaux, ou qui sont tout simplement dans une confusion. 

Rebelles du genre – Bonjour et bienvenue sur le Podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes, pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basées sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe et la raison de notre oppression par les hommes et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons, aujourd’hui, avec fureur, des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits.

Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent, en général, un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis, elles ouvrent les yeux, constatent sa violence et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre, et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole.

Eléonore – Moi, au départ j’avais pas vraiment de réticence vis à vis de l’idéologie du genre. J’y pensais même pas en fait pour moi c’était même pas une idéologie pour moi c’était simplement militer pour les droits et la sécurité des personnes trans, donc moi j’avais pas de problème. et j’ai toujours été sensibilisée par les personnes marginalisées et en souffrance puisque je viens moi-même d’ une famille où ma simple existence dérangeait. pas pour les mêmes raisons évidemment, et pas du tout à la même échelle, du coup je pouvais quand même plus facilement compatir. 

Donc je ne m’opposais pas à ce que je pensais être les revendications des transactivistes pour autant je ne militais pas avec eux puisque j’avais énormément de problèmes à tous les niveaux donc au niveau familial, psychiatrique, psychologique, et j’avais vraiment pas la force de militer pour quoi que ce soit.

Donc je vais devoir expliquer certaines choses qui n’ont absolument rien à voir…Enfin, absolument… Elles ont à voir avec le transactivisme mais… il n’y aura pas de mention de cette idéologie, juste pendant un petit temps. 

Je pense que c’est important de comprendre d’où je viens pour comprendre la critique que je vais en faire. 

Donc, comme je l’ai dit, je viens d’une famille où les relations étaient extrêmement difficiles, très très tendues, et elles étaient marquées par la violence aussi bien verbale, que psychologique et physique. 

Donc je ne vais pas m’étendre à ce sujet, mais enfin on va dire qu’il y avait des insultes, des accusations infondées, de la manipulation, des menaces, de la violence physique et puis aussi, comme ça on est sûr qu’il  il y a tout, une touche de folie, quoi. 

Il faut savoir, enfin ça je pense que tout le monde le sait parce que c’est la base de la psychologie, mais il faut savoir que la personnalité et l’identité de l’enfant elle ne peut se forger que si l’enfant se sent en sécurité chez ses parents. et si cette sécurité elle n’existe pas,  montrer qui on est, montrer ce qu’on veut c’est toujours dangereux soit pour l’intégrité physique, soit pour l’intégrité physique. et donc moi ayant vécu beaucoup de violences pendant des années j’ai été incapable de me construire. Parce que c’était dangereux et donc je ne savais absolument pas me forger une idée de qui j’étais, vers où je voulais aller dans la vie, quoi. j’étais vraiment complètement paumée!

Et à ça, s’ajoutait évidemment mon trouble bipolaire qui est survenu tôt. Et des problèmes  de dissociation et de psychose. J’ai eu, notamment, eu un premier épisode paranoïaque à sept ans. Et comme beaucoup de jeunes filles j’ai aussi souffert de troubles alimentaires,  donc d’un rapport avec mon corps qui était très très problématique, qui a été causé aussi par le fait que ma mère a été danseuse pendant très longtemps, donc pour elle les corps maigres c’était vraiment la base de la beauté, de la beauté féminine en tout cas, et en même temps elle me disait que j’étais pas aussi  féminine que ma soeur donc ben voilà, ça a joué beaucoup joué sur l’image que j’avais moi-même. 

Donc autant dire que à la fin de l’adolescence, après des années de problèmes, de tout ça en fait, ça n’allait plus du tout, j’ai fait ma première très grosse dépression à 17 ans, j’avais déjà eu des dépressions plus légères, entre guillemets, avant ça, puisque j’ai jamais vraiment été une gamine ni une adolescente très très heureuse… 

Mais la première très grosse dépression est survenue à 17 ans. 

Puis j’ai fait une manie à 19 ans, avec délire cette fois. Donc je me prenais pour l’élue de Dieu. 

Puis j’ai fait une autre dépression à 21 ans en fait avec le même délire, mais à ce moment là ça c’est un peu renversé, il fallait en fait que je me suicide pour rejoindre Dieu parce que “il me rappelait à lui”, entre guillemets.

Et puis entre ces gros épisodes, il y avait énormément de dissociations.  

Alors pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’est la dissociation, il s’agit en fait d’un trouble qui est typiquement associé à un stress post traumatique, mais pas que, c’est aussi quelque chose qui est lié à la schizophrénie, par exemple.  

Et il y a deux types de dissociation : il y a la déréalisation, qui est un sentiment d’étrangeté vis-à-vis du monde extérieur, et puis il y a la dépersonnalisation, qui est un sentiment d’étrangeté par rapport à soi-même. C’est à dire qu’on va regarder nos bras, nos mains, on va regarder nos jambes, notre corps tout entier, et on va se dire : “il me semble étrange, c’est comme si ce corps ne m’appartient pas, comme si j’habitais un corps qui n’était pas le mien…” 

Même chose pour le visage : moi, je regardais mon visage dans la glace par exemple, et je ne me reconnaissais pas du tout ; enfin,  je ne me reconnaissais pas : on est conscient du fait que ce visage est le nôtre, mais en même temps on ne le reconnaît pas, et en même temps on a l’impression, vraiment, que comme si c’était quelqu’un d’autre qui parlait, quoi. 

Et ça c’est vraiment un point important et j’ai vraiment envie de le souligner, parce que ça va revenir après. Et donc, en gros la première vraie confrontation avec le transactivisme, ça a été pendant ma première dépression : je souffrais justement d’une énorme confusion mentale, qui est typiquement associée à la dissociation et à la dépersonnalisation, du coup, aussi.  

Et donc j’avais aussi à ce moment-là un sentiment intense de dépersonnalisation, juste pour expliquer un peu la scène, j’étais couchée dans le canapé du salon j’étais très très inquiète, très très perturbée, et il se trouve qu’à ce moment là, à la télé il y avait un reportage sur la transidentité. Et c’est vraiment quand un interlocuteur trans a commencé à parler de son expérience que ça a commencé

Il ou elle, je ne sais plus, parlait de sa transition comme de quelque chose de génial qui l’avait complètement guéri, et il prétendait, en gros, que désormais il avait pu regarder en arrière, que le passé était enterré dans un sens, et que c’était plus important. Qu’il était enfin la personne qu’il avait toujours souhaité être, et qu’en gros, la personne qu’il était par le passé, en fait, ce n’était qu’un leurre dans un sens. Et c’est un discours que, je pense, on retrouve beaucoup : cette idée que, tant qu’on n’a pas fait ça transition, on n’est jamais vraiment soi-même, voire on n’est pas du tout soi-même. Et c’est un discours que je trouve assez dangereux, justement pour les personnes qui sont confuses et qui sont perdues à un moment dans leur vie quoi.

Moi par exemple, j’étais à ce moment-là au fond du trou! Vraiment. 

Avec des années de violence et de détresse derrière le dos, je n’avais vraiment qu’une seule envie, c’était d’échapper à ma situation, quoi. 

Et quand on est vraiment en pleine confusion mentale, quand on est en détresse et qu’on n’en peut plus, ce genre de discours, qui ne présente aucune nuance, peut faire penser que la transition, c’est une solution idéale, quoi, parce qu’on change de nom, on change de corps, on change de visage, on change de voix, et on enterre littéralement son passé. 

Et enfin le “deadname”, au fond, c’est ça : il ne faut absolument pas prononcer le “deadname”, de peur de déterrer tout le passé qui va avec.

Et déjà là, pour moi, il y a un énorme problème. 

Parce que, quand bien même j’aurais aimé avoir un passé différent, ça c’est clair, quand j’y pense ça me rend triste, vraiment.  

Le renier et l’enterrer, c’est prétendre que plus de 20 ans de mon existence n’a jamais eu lieu, quoi! 

Aujourd’hui, je sais que ce n’est absolument pas sain, et que ce n’est pas quelque chose à faire, qu’il faut accepter ce qui s’est passé et faire avec, mais à l’époque, bah c’était la solution idéale, parce que je ne voulais plus ressentir ou vivre toutes les choses que je vivais ou ressentais à ce moment-là.

Après, je sais que ce n’est sans doute pas le cas de toutes les personnes trans, mais enfin quand même une très très grosse partie de cette population, il me semble…

J’étais donc devant la télé, j’avais un sentiment intense de confusion, dans une phase de dépersonnalisation, et à ce moment-là, pour combler le tout, il y a un délire qui a commencé : j’étais convaincue que je voulais changer de sexe, forcément! 

Et je tiens à préciser : parce que le délire c’est quand même un phénomène assez rare, donc tout le monde ne comprend pas exactement ce que c’est. 

En gros, il y a une certitude dans le délire, qui n’a rien à voir avec la certitude saine et basée sur la réalité ou les certitudes qu’on a… ça n’a même rien à voir avec une épiphanie par exemple.

Ça survient tout à coup, ça prend tout le corps en otage, et ça reste pendant des jours, des semaines, des mois! On ne pense qu’à ça! 

Ou en tout cas c’est toujours quelque part dans sa tête. Parce qu’on est quand même souvent encore capable de… peut-être pas nécessairement de travailler, mais de “fonctionner” normalement.

 Mais…par exemple parler avec les autres, s’intéresser à ce qu’ils disent etc… C’est très difficile parce qu’on n’a qu’une idée en tête quoi.  Un délire c’est ça : ça n’admet aucune contradiction, aucune nuance et le délire refuse totalement la raison, aussi. Bizarrement, quelque chose qu’on retrouve aussi dans le transactivisme. 

Et je vais aussi préciser qu’en plus l’idée de vouloir devenir un homme ne m’avait vraiment jamais effleuré l’esprit. Je me suis toujours sentie un peu mal dans mon corps parce que j’ai traversé une période d’anorexie, comme j’ai dit. Je n’ai jamais pu accepter mon corps, même encore à l’heure actuelle, à l’époque même si j’étais maigre, enfin j’étais arrivé à 40 kilos et mon objectif c’était d’arriver à 35, donc même à cette époque je me sentais grosse et maintenant que j’ai vraiment grossi à cause des médicaments, parce que c’est malheureusement en effet secondaire très commun, et bien c’est pire encore et c’est très dur ! Parce que peu importe le corps qu’on a, ce n’est jamais suffisant pour une femme. Donc voilà jusqu’à ce moment là ça ne m’avait jamais effleuré l’esprit mais tout à coup, c’était devenu essentiel, il fallait que je change de sexe. 

Du coup la dépersonnalisation qui était à ce moment-là couplée avec un délire, avec en plus le manque de repère évidemment, parce que voilà je n’avais jamais réussi à me construire, et le fait qu’on m’avait toujours dit que j’étais (par exemple ça c’est un truc que j’ai entendu toute ma vie,  que j’étais)  moins féminine que ma sœur et que du coup, elle avait le droit de porter des robes et moi pas nécessairement, en gros cela a pris de telles proportions que mon corps de femme à ce moment-là me semblait être étranger et pas normal.

Et si on ne connaît pas mon historique médical, si on ne connaît pas mes problèmes psychiatriques et psychologiques, toute la violence que j’ai pu vivre, on aurait aisément pu conclure que je souffrais de dysphorie, très facilement. 

Alors que ce n’était pas du tout ça. Et c’est assez bizarre parce que finalement j’avais donc ce délire où j’avais cette certitude qu’il fallait que je change de corps et que je transitionne, et puis dans le même temps, l’idée de couper des parties de mon corps, enfin ça me terrifiait, c’est extrêmement violent en fait de penser à ça !  En réalité avec le temps je me suis rendu compte que ce n’est que l’échappatoire qui m’intéressait. 

Donc je ne savais pas quoi faire, je me rendais compte, (quand même j’ai eu un petit peu de lucidité), je me rendais compte que c’était quand même pas normal, que je n’avais jamais pensé ça, que malgré le fait que j’étais mal dans mon corps de femme, j’aimais bien être une femme, quand même. Il y a une certaine sororité et des expériences qui nous lient etc…

Même si bon, se sentir femme, tout ça… donc oui il y a cette sororité qui m’a toujours beaucoup touchée, le fait d’avoir des expériences communes, même si on ne se sent pas nécessairement femme, voilà mais donc je ne vois pas de problème à penser que j’étais une femme, me dire que j’étais une femme. C’était un fait et voilà.

Donc je me suis rendu compte qu’il y avait un petit peu quelque chose d’étrange et j’ai refusé de parler de tout ça, parce que quand on entend le discours des transactivistes, si on se sent homme ou si on a l’impression qu’il faut qu’on devienne un homme et ben c’est forcément vrai. 

Alors que pas nécessairement. Parfois on est confus, parfois on ne sait pas où on va, parfois on ne sait pas qui on est. Et donc moi, j’avais tellement peur qu’on me dise qu’il fallait que je m’accepte et que je commence ma transition, que je n’en ai pas parlé. Donc je ne suis pas allée voir un psy ni un psychiatre, je n’ai pas osé en parler autour de moi.

Sauf à ma mère, bizarrement, je ne sais pas pourquoi. J’en ai parlé à ma mère, à ce moment-là, et elle a eu quand même la jugeote de me dire : “Eléonore, si je devais te ressortir toutes les absurdités que tu m’as déjà dites, il y aura une liste sans fin!” 

Bon alors, ce n’était pas hyper gentil, parce que voilà, ça faisait référence à énormément de choses sur lesquelles on n’était pas d’accord, mais pour le coup elle a dit quelque chose de vrai, et elle a un peu arrêté ça, elle m’a même un peu sauvée, dans un sens. 

Ca, c’est vraiment quelque chose, quand même, qui m’énerve de la part des transactivistes, surtout de l’influence qu’ils ont sur l’idée qu’on s’en fait des personnes trans et de la transidentité etc… 

C’est qu’ on accepte sans nuance, que si on se sent trans, si on se sent du sexe opposé, on est forcément trans ou du sexe opposé. 

Comme si ces personnes savaient mieux que les autres ce qu’ils vivent intimement et ce qu’il faut qu’ils fassent. Avec leur corps, avec leur vie, avec tout ce qu’ils sont, et ça, je trouve ça vraiment… Enfin, ça me met vraiment très, très en colère, parce que justement, les personnes qui, du coup, vivent ce genre de situation et dans une confusion totale, si elles en parlent, elles seront, soit redirigées vers une clinique du genre, mais en tout cas vers un médecin qui peut leur faire commencer une transition, soit elles n’oseront pas en parler parce que, comme moi, elles auront peur qu’on les incite à transitionner. Donc, d’une manière ou d’une autre, en refusant d’explorer toutes les pistes qui auraient pu amener quelqu’un à vouloir transitionner, on condamne les personnes comme moi à gérer ce problème toutes seules, alors que c’est vraiment extrêmement difficile à vivre.

Du coup, le délire est parti.

Puis quelques années plus tard, quand je suis partie de chez moi et que je devais tout à coup faire face au monde toute seule et comprendre le monde toute seule et enfin voilà, c’était vraiment très difficile, je suis retombée dans une dépression très très lourde. Le délire est revenu, et là j’ai quand même osé en parler à ma thérapeute qui était beaucoup plus nuancée sur plein de sujets en réalité, et donc je me suis dit que j’allais pouvoir quand même en parler. Et heureusement, elle a tout de suite compris que ce n’était pas le vrai problème. Elle m’a dit : « Attends avant de tirer des conclusions hâtives, pour l’instant ça ne va pas très bien, tu dis ceci beaucoup donc on va attendre de voir ce que donne la suite et si à ce moment-là tu te sens toujours homme, on pourra peut-être en reparler”.

Mais effectivement, elle avait totalement raison. Donc quand j’ai commencé à prendre des médicaments pour la bipolarité, parce que le diagnostic n’avait toujours pas été posé en réalité à ce moment-là, donc quand j’ai commencé à prendre des médicaments et à “guérir”, entre guillemets, de tout ce que j’avais vécu,  l’idée et l’angoisse sont partis. C’est vraiment à cause de cette expérience-là que j’ai commencé à douter du transactivisme, en tout cas de certains discours qui sortaient du transactivisme. Mais je restais quand même encore, pendant un certain temps, très en retrait, parce que c’est un sujet sensible, aussi bien pour moi que pour les personnes trans que je n’avais pas envie de blesser, et je ne voulais pas non plus qu’on me traite de transphobe, parce que évidemment ça, on en a toutes fait l’expérience.  

Et avec le temps, j’ai entendu de plus en plus de personnes en parler, de plus en plus de femmes en parler, dont Antastésia, dont j’ai entendu le témoignage ic,i qui était vraiment super, et elle m’a beaucoup aidée, elle, justement à mettre des mots sur ce que je ne comprenais pas ou ce qui me dérangeait dans ce mouvement. Et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de problèmes avec ce mouvement et qui dépassaient vraiment l’expérience que j’en avait faite. 

Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à me dire que j’étais comme ces femmes : “critique du genre”.

Rebelles du Genre – Merci. C’est j’imagine douloureux de raconter ça. Ça fait plaisir parce qu’on voit que tu vas bien donc tu dois avoir un traitement qui te convient, parce que tu m’as dit que tu travaillais etc… Donc tu dois avoir une vie de bonne qualité. Venant d’où tu viens…

Eléonore – Oui mais pendant longtemps j’ai eu peur de ne jamais être capable de travailler car j’étais tellement crevée à la fin de la journée. Et à la fin du mois, j’étais cassée, tant que je faisais des petits boulots d’étudiants qui duraient un mois, ça allait, mais à partir du moment où j’ai commencé à travailler vraiment, ça a été dur pendant longtemps.

Rebelles du Genre – Alors je te pose la question suivante : Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie ?

Eléonore – Alors moi, j’aimerais souligner deux problèmes. 

J’aimerais vraiment commencer, en fait, par souligner qu’il y a une menace, vraiment, aussi bien pour la médecine que pour la société et ses lois. Et donc par là, la défense des personnes les plus vulnérables. 

J’ai remarqué, déjà, pendant mes années d’études à l’université que, aussi bien les profs de socio, que mes profs de philo insistaient sur le fait que “la normalité” (entre gros guillemets), c’est un pur construit et qu’on veut enfermer les gens dans des cases avec cette notion. 

C’est vrai, dans un sens. Mais dans un autre sens, la normalité c’est essentiel, en fait. Parce que comment est-ce qu’on peut faire des lois, comment est-ce qu’on peut traiter les maladies et guérir les gens, si on estime qu’il n’y a pas de normalité ? C’est complètement absurde ! Et c’est quelque chose qui est très présent, je trouve, chez les transactivistes, qui veulent notamment faire passer la transidentité comme un défi des normes sociétales et comme quelque chose qui n’est ni normal ni anormal, puisque la normalité, ça n’existe presque plus, en fait. Dans ce sens-là, ils refusent de penser qu’il puisse s’agir d’un trouble.

 Ce n’est pas un hasard, je pense, qu’ils colonisent les études sur le genre, puisque c’est une notion qui a été élaborée d’abord par la sociologie et la philosophie et que l’idée de normalité est reprise justement dans la notion de genre. Donc moi, mon idée c’est qu’effectivement les normes sont socialement ou intellectuellement construites, et par conséquent elles doivent toujours, dans un sens, pouvoir être remises en question. 

Par contre, refuser catégoriquement la normalité, c’est vraiment insensé, c’est dangereux. Si on sait qu’un corps est malade, c’est parce que l’on sait à quoi ressemble un corps sain, un corps normal. 

Si on a des lois pénales, c’est parce qu’on a défini ce qu’est un comportement anormal en société : un pédophile qui agit sur son attirance envers les enfants, c’est un comportement anormal qu’il faut absolument pénaliser, il faut arrêter ce type. Et donc refuser de penser la normalité, ça peut mener à vraiment de grosses grosses dérives je pense, même si ce n’est  peut-être pas leur intention première, j’espère.

 Le problème est qu’effectivement, la normalité est vraiment très difficile à délimiter : il y a toute une sorte de “grey area” comme on dit en anglais, où les comportements sont vraiment très très ambigus à ce niveau : est-ce que c’est normal, est-ce que c’est anormal ? On ne sait pas trop. 

Est-ce que c’est juste une forme d’excentricité? On ne sait pas. 

Et donc, où poser la limite ? 

Finalement, pour les transactivistes, on ne sait pas où poser la limite, donc il y a pas de limite. Alors, moi je pense que c’est important de réfléchir à toute cette zone un peu ambigüe, voir ce qui est normal, pas normal dans cette zone-là, ou si même il y a à mettre une limite dans cette zone-là. 

C’est important de réfléchir à ces zones ambiguës, mais c’est aussi important d’admettre que certains comportements et certaines idées sont pour leur part indubitablement anormales. 

Quand je pense, par exemple, qu’il y a des… que les personnes dans la voiture qui est garée en face de chez moi, ces personnes m’espionnent alors qu’il n’y a rien qui puisse le démontrer, l’idée est anormale. 

Quand j’ai la certitude, par exemple, d’être enceinte, alors qu’on avait mis un préservatif, que je continue à avoir mes règles, que mes tests de grossesse sont négatifs, cette idée n’est pas normale. 

A ce moment-là , on n’est plus dans l’ambiguïté, on sait sans aucun doute qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qu’il y a un trouble. Et donc, si on ne défend pas cette notion de normalité, ou en tout cas un minimum, quand même, de bon sens à ce niveau-là, comment est-ce qu’on peut soigner les personnes comme moi, si on estime que tout est normal ou si justement plus précisément rien n’a à être normal?

Je me rappelle aussi que j’avais une prof, je ne suis plus exactement certaine, à un moment je crois que j’avais fondu en larmes devant elle parce que, enfin voilà, ça n’allait pas du tout. Et donc je lui ai dit que j’étais bipolaire. Et je me rappelle qu’elle avait presque refusé le diagnostic, elle a presque refusé le fait que je puisse avoir un trouble psychique, que c’était vraiment une façon pour la société de me contrôler et j’étais là : “Mais non en fait ! J’ai vraiment un trouble ! J’ai besoin d’être soignée, quoi ! Tout simplement.” 

Et c’est vraiment quelque chose qui a pénétré et qui influence énormément les sciences humaines et sociales. C’est assez incroyable.

Et alors, bon, j’ai parlé de dérives, là tout de suite il y en a une dont j’ai vraiment envie de parler parce que je trouve qu’elle illustre quand même très bien cette absurdité, en fait. Que c’est… 

J’ai envie de parler de “Tiamat” qui est un homme qui est transidentifié femme et Dragon voilà, et cette personne a subi des transformations corporelles mais vraiment absolument hallucinantes et dangereuses. Alors elle s’est coupée les oreilles, elle s’est fait un nez qui ressemble à celui d’un serpent et sans vouloir être méchante, c’est juste le nez de Voldemort.

Rebelles du Genre –  Tu parles d’un homme qui s’identifie femme ?

Eléonore – Oui c’est ça. 

Rebelles du Genre – Non mais du coup tu peux dire “il”. (rires)  Entre nous on peut se dire la vérité, quand même ! (rires)

Eléonore – Ok. Donc il s’est coupé les oreilles, c’est en fait un nez qui ressemble à celui d’un serpent, et qui ressemble essentiellement à celui de Voldemort. Il s’est fait enlever une grosse partie de sa dentition, donc il ne sait plus du tout manger normalement, et c’est un cas absolument extrême ça, on est bien d’accord. Mais quand on voit les commentaires sous les vidéos de cet homme, c’est extrêmement éclairant en fait. Je vais en prendre deux au hasard, je les ai traduits, mais il faut vraiment garder à l’esprit qu’il y a une montagne de commentaires de ce type. 

Donc je commence : “Nous avons tous droit au bonheur tant que ce que cela ne fait pas de mal aux autres, c’est beau de voir quelqu’un vivre comme il l’entend, ce monde a une manière de nous façonner que nous ne pouvons anticiper pour le meilleur comme pour le pire. Je souhaite tout le meilleur pour Tiamat et les personnes comme elle”. 

Un autre commentaire : “Le jour où elle nous quittera, quand l’univers l’emportera, j’espère qu’elle deviendra un dragon de chair et d’os.”

Le troisième commentaire, c’est le dernier : “Une partie de moi dit cette personne est folle, une autre elle me dit cette personne est courageuse et géniale pour oser prendre un contrôle absolu sur qui elle est. Qui suis-je, ou qui est la société pour juger les autres en fonction des normes sociétales actuelles ? Nous sommes tous des êtres égaux et cette personne a le droit et le courage de faire ce qui la rend heureuse. Je respecte ça.”

Alors si ce n’est pas la prééminence de l’autodétermination qui est l’élément clé du discours transactivisme, franchement je ne sais pas ce que c’est. Et Tiamat se dit d’ailleurs bel et bien trans, donc c’est qu’”elle” a quand même été fortement influencée par cette idéologie, ou en tout cas qu’elle y a puisé la justification pour les transformations qu’elle a subies. Et juste petite parenthèse pour moi, c’est vraiment un manque de déontologie… mais criminelle, de la part du corps médical. Parce que qui est-ce qui oserait faire ce genre, après c’est aux États-Unis donc forcément la déontologie tout ça, tout ça, c’est plutôt capitalisme quoi.

Rebelles du Genre –  Non mais en fait dans tous les pays c’est la même chose, je veux dire la question de l’éthique et la déontologie…

Eléonore – Mais pour moi du coup, cette personne elle est en souffrance, elle parle même des traumatismes qu’elle a subis, donc enfin, déjà là, on sait qu’il y a quelque chose qui ne va pas, et deuxièmement elle a même tenu ce discours qui était : “Etre humain, ça ne m’a jamais fait du bien”. Donc enfin le problème il est là en fait, il n’est pas dans le fait qu’ il n’a pas vraiment envie de devenir un dragon, c’est juste qu’il a trop souffert, tout simplement. 

Moi vraiment ces commentaires m’ont sidérée ! 

A quel moment est-ce qu’on a décidé que quelque chose comme ça était normal ? Et je rebondis aussi rapidement sur un des commentaires qui est quand même un argument classique du transactivisme, c’est “si ça fait pas de mal aux autres, quel est le problème ?” Mais est-ce qu’on a complètement oublié que les personnes peuvent se faire du mal à elles-mêmes et parfois même sans s’en rendre compte ? C’est absurde…

Et donc enfin voilà pour terminer un petit peu là-dessus, le refus de la normalité, ça se traduit par le refus de considérer qu’on puisse être malade et souffrir d’un trouble. Et je me rappelle d’ailleurs que j’avais discuté avec une transactiviste en message privé, au départ c’était à propos des espaces non mixtes pour les femmes parce que j’avais dit un peu ce que je pensais sur Instagram, et elle est venue m’invectiver en privé (zéro surprise à ce niveau-là parce qu’on a toutes l’habitude), mais la discussion bascule à un moment sur un fait : je dis, en gros, qu’il faut soigner, quand même, les personnes trans, quelle que soit la manière dont on les soigne, finalement. Et cette personne me rétorque : “ Tu dis que les personnes trans sont malades…”. Sous-entendu, c’est insultant. Et c’est un argument que je retrouve vraiment partout. Dire que les personnes trans souffrent d’un trouble, c’est insultant et c’est surtout contribuer à les marginaliser. 

Mais il est où le véritable problème? Est-ce que c’est dans le fait que moi je dise qu’elles ont un trouble? Ou est-ce que c’est dans le fait que les personnes qui souffrent de problèmes mentaux sont systématiquement marginalisées? 

Moi, ce que je vois, c’est un problème de psychophobie. Et la psychophobie, le transactivisme s’en rend complètement coupable, en réalité, parce que ce sont des personnes qui ont un trouble mais qui refusent d’admettre qu’elles ont un trouble et qui, par conséquent, disent que c’est insultant, que c’est marginalisant, et qui disent: “Il ne faut surtout pas dire que les personnes ont un trouble”.

Et moi, je me dis: “Pourquoi est-ce que vous vous battez pas contre ça plutôt que de contribuer à marginaliser les personnes comme moi?” 

Ils ont un tel poids dans le débat politique actuel qu’ils pourraient, franchement, facilement, changer un minimum la donne pour les personnes qui ont des troubles psy. Évidemment, ils ne le font pas. Tout comme ils ne défendent pas les droits des femmes et le féminisme parce que leur idéologie, tout simplement, ne leur permet pas. Ça, c’est tout ce que j’avais à dire sur ce point là.

Le deuxième point que je voulais aborder, c’est l’influence qu’exerce le transactivisme sur les sciences, qu’elles soient sur les sciences “dures” ou les sciences humaines. 

Je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’à partir du moment où une idéologie influence la recherche scientifique, la science est en danger. Et si la science est en danger, la vérité est en danger. Surtout que toutes les personnes qui osent s’opposer à cette injonction idéologique sont censurées (“canceled”) alors même que leurs arguments sont tout à fait scientifiques, entendables, fondés dans la réalité. Il y a des biologistes qui disent que le sexe est binaire (jusque là, pas de problème). Mais selon les transactivistes, ces biologistes ne comprennent rien à la biologie. 

C’est gros quand même! Je veux dire, venant de personnes qui n’ont pas fait d’études de biologie, c’est culotté, je trouve.

J’ai eu une conversation, d’ailleurs, avec quelqu’un sur Twitter : c’était un homme et il me disait que les gens qui “prétendent” (je le mets entre guillemets parce que c’est complètement absurde de dire ça) que le sexe est binaire ne sont pas informés, qu’ils n’y comprennent rien. Mais il faut savoir que, plus haut, il m’avait admis qu’il ne connaissait pas grand-chose à la biologie. Donc ce type vient dire : “Je ne sais pas trop, au niveau biologique, ce qui se passe, mais les gens qui disent que le sexe est binaire ne comprennent rien à la biologie.” 

Vraiment, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. 

Et ce qui m’a le plus mise hors de moi, c’est qu’il m’a sorti : “Au fond, au niveau biologique, il n’y a pas tant de différence entre les hommes et les femmes. Ils sont beaucoup plus similaires que différents.” J’ai rien dit là-dessus, mais je me suis dit : “Il y a vraiment qu’un homme pour sortir une telle énormité”. 

La raison de notre oppression millénaire, c’est les différences biologiques entre les hommes et les femmes. C’est la faiblesse physique. C’est le fait d’avoir ses règles d’avoir un utérus et donc pouvoir enfanter. C’est de là qu’ont décollé les normes genrées. C’est la base. Et nous, notre différence biologique, on la sent bien quand il y a un homme qui nous harcèle dans la rue. On la sent. Je sais pas, mais l’oppression qu’on subit, c’est pas parce qu’on se sent femme. C’est parce qu’on est une femme. Parce qu’on est une femme au sens biologique du terme. À ce stade-ci, je ne sais même plus dans quelle langue il faut le dire.

Un jour, j’ai lu un livre de (je ne sais plus comment elle s’appelle mais son nom de famille c’est…) Lachenal, “10 questions sur le genre” ou un truc comme ça. J’avais lu là-dedans que la biologie (et en particulier le sexe) était une construction sociale. Le jour où j’ai lu ça, je suis tombée des nues. 

Alors oui, pour parler de biologie, il y a un langage. On relie les observations entre elles par des mots qui font des catégories ou des concepts. Ça, c’est clair. Et il est vrai que la langage structure la pensée, et que le langage peut parfois mener à des oppressions. C’est la base de la philosophie et de la sociologie du langage. Il y a toute une littérature à ce sujet et on sait très bien que les hommes ont inventé ou modifié le langage pour mieux nous opprimer. On le sait. 

Mais ça veut pas dire qu’on ne peut pas faire des observations objectives et chercher la vérité en usant du langage. Si la biologie n’était qu’une construction sociale, elle ne serait qu’un ensemble de normes sociétales et arbitraires (ça, c’est important) qu’on pourrait changer à tout va sans que le corps humain et l’ensemble de la biologie ne deviennent incompréhensibles. Et ce n’est pas vrai. 

La biologie, les catégories qu’on a créées pour la biologie, sont essentielles pour pouvoir comprendre comment fonctionne le corps humain et comment on peut soigner le corps humain. Je trouve d’ailleurs assez drôle qu’il n’y a que la biologie qui soit une construction sociale et pas la physique, pas la chimie, pas les mathématiques. Ça, bizarrement, on n’y touche pas et je me demande bien pourquoi.

Rebelles du Genre –  Aujourd’hui, tu témoignes anonymement. Est-ce que tu peux dire pourquoi tu as choisi de témoigner et pourquoi tu le fais de façon anonyme?

Eléonore – Oui, je témoigne parce qu’il faut en parler tout simplement.

Je pense que c’est la raison principale. Et il me semble aussi que mon expérience, en particulier, est plutôt éclairante sur les dangers du transactivisme pour les personnes en souffrance ou en détresse psychologique. Tout simplement parce que c’est important de le souligner. 

Quant à l’anonymité, je l’ai choisie parce que je travaille pour une administration. Tout fonctionnaire se doit de défendre les minorités (ce qui est tout à fait normal), mais je pense que les politiques ont un peu oublié ce qu’est une minorité, ce que c’est qu’une personne vulnérable, et ce qu’il y a à défendre. 

J’ai un peu peur que, si je témoigne à visage découvert, je risque de perdre mon poste, et je ne peux vraiment pas me le permettre. Même si c’est beaucoup plus difficile de virer quelqu’un dans le public que dans le privé, mais bon, on reste prudente quand même.

Rebelles du Genre –  Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Eléonore –  Oui. Là, ça n’a plus rien à voir avec la psychophobie pour le coup, mais c’est la menace que ça représente pour les personnes LGB.

J’ai un membre de ma famille qui est gay et il a vraiment été complètement endoctriné par l’idéologie trans. Je me rappelle que j’en avais discuté avec lui, j’avais avancé mes arguments qui étaient, quand même, plutôt solides, mais il ne parvenait pas à les entendre sans me voir comme une grosse transphobe. (Après, bon, c’est son droit. Mais le fait que ça puisse potentiellement briser des familles, c’est quand même vraiment catastrophique, je trouve.)

À un moment, on parle : je lui dis que c’est une menace pour les personnes LGB, et lui, effectivement, il est intéressé, il me demande pourquoi. Je lui ai dit qu’on était en train de complètement transformer le concept de sexualité en genrité (parce que c’est un mot que j’ai entendu, que j’ai vu passer: une “genrité” à la place de “sexualité”) et qu’on était en train d’enlever l’importance du sexe dans l’attirance sexuelle. Je lui disais, qu’en gros, les parties génitales, elles sont bel et bien importantes. Quand on couche avec quelqu’un, les parties génitales sont là. Il faut faire avec. Il faut arrêter de le nier. Nier ça, c’est homophobe et ça relève de la culture du viol et de la thérapie de conversion. 

Il m’a sorti : “ Et, pour toi, les femmes ne sont que des vagins sur pattes?” 

Alors là, j’ai pensé (je l’ai pas dit mais j’ai pensé) quand même, que venant de la part de personnes qui disent “personne à utérus” et “personne à vagin”, c’est quand même vachement gros. Bref, je ne l’ai pas dit. 

Je lui ai demandé : “Alors écoute, si un jour tu tombes amoureux d’un homme trans, (j’en doute mais bon, acceptons l’hypothèse) et que cet homme trans a un vagin, ça ne te dérangerait pas d’être intime avec lui?” Alors j’ai vu le choc et le dégoût sur son visage. C’était évident que juste l’idée même le dégoûtait. Mais il a persisté à me dire “Et bien, je me focaliserai sur ses attributs masculins, pas sur son vagin”. 

Je suis désolée, mais si on doit fermer les yeux sur quelque chose qui nous met mal à l’aise dans notre sexualité, on se force à avoir des relations sexuelles avec quelqu’un qu’on ne désire pas. C’est évident. Et on renie sa sexualité. Et ça relève de l’agression sexuelle, mais ça je l’ai déjà dit. Vraiment, le fait de ne rien pouvoir faire à ce niveau, pour moi c’est vraiment désespérant et c’est révoltant. Je ne peux pas aider ce membre de ma famille. 

Rebelles du Genre –  Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Eléonore – Oui. La seule chose que j’ai à ajouter, c’est que vraiment j’en ai ras-le-bol de leur manie à nous déposséder du féminisme et plus largement de la gauche. Ça me met vraiment hors de moi. Je me dis : “Mais pour qui est-ce qui se prennent?”. Toute personne qui n’accepte pas le discours consensuel de la gauche, à l’heure actuelle, à beaucoup de niveaux, pose question. Si on critique un petit peu la gauche (même si on est de gauche), on est quand même taxé d’extrême droite. Alors qu’on (c’est dingue) vote à gauche, pour des politiques de gauche, on défend les minorités, mais on est d’extrême droite. N’importe quoi!

Je suis désolée, mais à quel moment a-t-on décidé que la gauche était un monolithe? Et à quel moment a-t-on décidé que la gauche n’admettait aucune nuance et aucune critique? C’est absolument totalitariste. Et honnêtement, si vous vous revendiquez de gauche mais que vous n’acceptez pas qu’on puisse la critiquer, c’est vous qui êtes loin d’être de gauche. 

Parce qu’historiquement, la gauche a toujours défendu le droit de critiquer et de questionner. Il n’y a vraiment qu’à l’heure actuelle qu’elle n’admet plus la critique. Pour moi, en tout cas dans l’idée que je me fais de la gauche, c’est plutôt vous qui n’êtes pas de gauche. Et vous êtes vraiment un mauvais citoyen aussi, au passage. 

Alors, je veux juste rajouter que j’avais vu une vidéo (je crois que c’est lui mais je suis pas sûre) d’un type qui joue un personnage qui s’appelle Jonathan Pie  et qui fait justement une critique assez virulente de l’idéologie woke (pour le coup il appelle ça comme ça). 

Il dit (c’est une chose qui est extrêmement frappante, et qui, moi, me choque beaucoup et qui est vraie) que c’est que l’argument de la liberté d’expression maintenant, c’est un argument de la droite. Et ça, c’est quand même vraiment très très inquiétant…

Rebelles du Genre –  Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basées sur le sexe : womensdeclaration.com 

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses. Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous et à bientôt pour un nouveau témoignage de Rebelles du Genre.

Rebelles du genre – Épisode 50 – Kathleen Stock

Kathleen – Alors je m’appelle Kathleen Stock.

J’ai presque 50 ans. Je suis femme, je suis mère, je suis lesbienne, et j’habite en Angleterre.

Et jusqu’à l’année dernière, je travaillais comme prof de philo dans une université en Angleterre, et j’ai dû arrêter tout ça, à cause de mes convictions sur (le) genre et (le) transactivisme… et tout cela.

Rebelles du genre – Bonjour, et bienvenue sur le podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les Rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre, et qui témoignent de leur parcours. Ecoutons leur parole. 

Kathleen – La première chose que je veux dire, c’est : “qu’est-ce que c’est le genre?”

En anglais, c’est gender. 

Il faut remarquer immédiatement que “gender” ou “genre” a plusieurs sens.  

Ça veut dire des choses différentes, plusieurs choses différentes. Alors si vous voulez dire la masculinité, la féminité, c’est-à-dire les idées culturelles sur les femmes et les hommes… oui, je suis critique des façons, du genre, dans ce sens-là.

Manifestement les femmes ont beaucoup de possibilités, pour être masculines et également les hommes peuvent être féminins, et ça, ça va! Moi je suis plutôt masculin(e), c’est mon idée identité, si vous voulez dire ça.

mais ce mot – genre – , ça veut aussi dire quelque chose de complètement différent, maintenant, c’est-à-dire une identité psychologique. 

Alors le mot, en Anglais, c’est “gender identity”. 

De ces jours, le transactivisme insiste (sur le fait) que tout le monde possède un genre dans ce sens-là, et moi je ne suis pas d’accord avec ça : je pense que oui, parfois, une personne possède un genre -gender identity- dans ce sens-là, mais ce n’est pas universel, et aussi je suis contre les tentatives de changer les lois d’une façon qui supprime les faits autour du sexe, de la biologie, et puis aussi, en même temps, enlèvent le genre -gender identity- d’une façon qui désavantage les femmes.

Alors peut-être que vous connaissez, mais en Angleterre, au Royaume-Uni il y a beaucoup de support (soutien), pour changer les lois. 

Par exemple, un homme qui se sent “comme une femme” peut entrer dans les changing rooms, les vestaires, ou l’équipe de sport, ou la prison… alors là où il y a des espaces pour les femmes, il y a des gens qui disent : “ces espaces-là doivent être ouverts pour les hommes qui se sentent comme des femmes”. Et il n’y a aucun besoin d’avoir des interventions chirurgicales, ou même de s’habiller différemment. Il ne faut pas s’habiller “comme une femme”. C’est juste un sentiment intérieur, qui est supposé assez, suffisant, pour vous donner le droit d’entrer dans ces espaces-là.

RDG – Autrement dit, n’importe quel homme, sur la base de son ressenti, et donc de sa déclaration, peut entrer dans n’importe quel espace réservé aux femmes.

Kathleen – Exactement. C’est l’ambition. L’ambition des gens, soi-disant “progressifs” en Angleterre, et ailleurs dans le monde aussi. Maintenant aux États-Unis, au Canada, en France peut-être.

RDG – Oui, bien sûr.

Kathleen – Alors ça, je suis contre. 

RDG – Nous aussi, on est tout à fait contre.

Kathleen – Parce que, évidemment, c’est les femmes qui vont souffrir, si des hommes, n’importe quels hommes, peuvent entrer dans les vestiaires, par exemple, en disant qu’ils sont des femmes… Ils ne sont pas des femmes! Ils sont des hommes. Mais j’ai toujours su que les hommes ne peuvent pas devenir des femmes. Et aussi le contraire : j’ai toujours su les faits, sur (la) biologie.

Mais il y avait un moment, dans les années 90 peut-être. Quand je pensais “oui, je vais faire semblant, que cet homme, par exemple, qui s’habille comme une femme, qui, peut-être, a eu des interventions chirurgicales, je vais faire semblant que c’est une femme.” Et je ne voyais pas de problème avec ça, parce que c’était un petit nombre de gens, et aussi il n’y avait pas cette demande qu’il s’agit d’identité : c’était une transition chirurgicale, ou quelque chose comme ça.

Alors quand je m’étais rendu rendu compte que la nouvelle idée, c’était que exactement, il n’y avait aucun besoin d’intervention chirurgicale, ou aucun besoin de même s’habiller différemment, mais c’était juste une idée de “inside you” : quelque chose d’intime dans votre esprit, peut-être. 

Ca, j’ai vu des problèmes immédiatement. 

RDG – Alors du coup, je vais creuser un peu : est-ce que ça a impacté la façon dont tu as enseigné, ou les choses que tu avais à dire à tes étudiants?

Kathleen – J’ai enseigné le féminisme, la philosophie et les idées philosophiques en féminisme. Et j’ai remarqué, bien sûr, que cet environnement devenait de plus en plus intimidant. 

Il y avait la censure, l’autocensure.

Et les étudiants, la plupart trouvaient ça très difficile de parler de l’importance de la  biologie, ou… quoi que ce soit!

Parce que dans l’Université anglaise, ces dernières années, ça devient un tabou de dire que les “transwoman”… alors le mantra c’était ‘transwomen are women”, “les femmes trans sont femmes”, et c’est devenu obligatoire de dire : “transwomen are women” : on ne peut pas questionner ça. Et si on questionne, on est un TERF… on est transphobe.

Et les étudiants ne veulent pas perdre leur réputation, alors ils se taisent, et c’est très difficile de parler de tout ça. Et c’est dommage pour le féminisme, manifestement : on doit discuter des effets sociaux de la biologie pour les femmes!

RDG – Bien sûr, c’est une nécessité! Et donc tu as parlé d’autocensure. Donc tu as commencé, à un moment, à te rendre compte que tu ne disais pas complètement ce que tu ressentais? Ou est-ce que tu as lutté contre ça?

Kathleen – Oui, oui… Après que j’aie remarqué qu’il y avait un problème, je me taisais pendant… deux ans peut-être. Et puis je me suis décidée : il faut écrire quelque chose, il faut faire une intervention. Parce que je suis prof de philo, précisément. 

Et puis sinon moi, qui?

C’est mon métier de discuter des choses comme ça, et c’est une question philosophique : qu’est-ce que c’est une femme? Qu’est-ce que c’est un homme? Qu’est-ce que c’est le biologique? Ou qu’est-ce que c’est le genre, qu’est-ce que c’est l’identité de genre?

C’est tout cela : c’est des questions philosophiques!

Alors je voulais les adresser, et puis j’ai eu des problèmes… après!

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie?

Kathleen – Alors, je crois que les femmes ont des besoins, des intérêts, qui arrivent à cause de leur sexe. 

Alors je crois que les femmes doivent cohabiter sur une même planète que les hommes.

Et les hommes sont plus grands, en moyenne.

Ils sont plus forts, en moyenne.

Ils sont plus agressifs, en moyenne.

Et la plupart des hommes ont un intérêt sexuel envers les femmes.

Et ça, ça a des conséquences. Tout cela.

Alors, par exemple, les femmes ont besoin d’espaces, des vestiaires, ou dans les endroits où elles dorment, où elles se déshabillent, il faut leur donner des espaces pour faire cela sans les hommes. Ça les protège!

Également, dans le sport : les femmes doivent avoir leurs propres équipes, et leur propre “contests” (compétitions) parce que physiquement, elles n’ont pas les mêmes caractéristiques que les hommes. 

Également pour les données sociologiques, économiques et tout cela, on a besoin de connaître qui sont les femmes, qui sont les hommes.

Parce que les femmes à cause d’être mère ou d’être enceinte peut-être, ont des trajectoires différentes économiques par exemple, parce qu’ elles sont souvent des mères. Tout cela ça vient du fait du sexe biologique, ce sont les effets sociaux du sexe et le transactivisme veut dire qu’ il faut oublier tout cela. Maintenant c’est votre identité qui est la chose la plus importante et par exemple si un homme a le sentiment d’être femme, il peut jouer dans une équipe sportive féminine ou il peut entrer dans le vestiaire ou si un homme est condamné à la prison, il sera dans une prison de femmes. Alors c’est manifeste, je pense que tout cela est dangereux ou injuste pour les femmes, je pense que c’est pas compliqué à voir, mais les idées transactivistes, je sais pas, ont gagné le pouvoir et maintenant des gens deviennent aveugles à tout cela.

RDG – Oui c’est étonnant en fait, c’est justement on dirait que subitement les gens ne croient plus leurs yeux.

Kathleen – Exactement ! 

RDG – Et si on était misogyne, on dirait une “mini-hystérie collective” (rires) Evidemment on ne dirait pas ça.

Kathleen – C’est internet qui aide avec ça.

RDG – Ah d’accord. Tu penses que c’est lié  au développement des réseaux ? 

Kathleen – Tout à fait parce que internet a maintenant la capacité de  développer ses idées stupides très vite et puis ça devient utile pour des gens d’être vu en les “supporting”, en les soutenant.

RDG – Là c’est plutôt à la professeuse de philosophie que je m’adresse : est-ce que tu penses que les gens ont renoncé à leur intelligence par rapport à cette idéologie ou est-ce que c’est la peur qui les amène à ne pas croire ce que leurs yeux leur montrent ?

Kathleen – Les deux je pense, en même temps. Je pense qu’il y a relativement peu de voix mais des voix sont fortes et très critiques, ils ont un peu l’esprit de chasser des sorcières. Alors dans toutes les sociétés il y a des gens qui sont narcissiques, qui n’ont pas beaucoup de connaissances de soi, mais qui font beaucoup de bruit et chassent les sorcières. Peut-être sont- ils stupides ou ils ont d’autres motivations, peut-être misogyne aussi, mais à cause de ce groupe là les autres ont peur. Alors les autres ne disent rien parce qu’avec l’Internet et les réseaux sociaux, c’est très facile de dénoncer quelqu’un, très facile, trop facile et on peut perdre beaucoup si on vous dénonce pour avoir des pensées tabous ou “unacceptable”.

Rebelles du Genre – Donc l’effet d’Internet est double, c’est-à-dire il permet de diffuser, de propager ses idées et en même temps de mettre sous pression, traquer les éventuels opposants.

Kathleen – Parce que c’est comme dans un amphithéâtre, tout le monde voit et vous avez connaissance de ça quand vous écrivez quelque chose.

Rebelles du Genre – Oui sauf que là quand on écrit, c’est pas devant 200 ou 400 étudiants mais bien devant des millions de personnes que ça se passe et donc la pression est d’autant plus forte.

Kathleen – je pense que c’est Jean-Paul Sartre qui a dit “ l’enfer c’est les autres” (rires). J’ai dit que c’est un problème pour la sécurité des femmes et leur vie privée. Pour les enfants c’est aussi dangereux parce que les enfants sont très “confused”, les enfants ne comprennent pas l’effet autour de la biologie maintenant parce que leur enseignant disent que “si tu te sens comme une petite fille, tu es une petite fille” par exemple, c’est très tentant pour les enfants et les adolescents qui ont des sentiments homosexuels ou qui sont autistes, de se considérer dans le mauvais corps. Et ce n’est pas possible d’être dans le mauvais corps. Moi je suis lesbienne, je pense que les filles lesbiennes devraient être libres de s’exprimer sans peur d’ être dans le mauvais corps, même les filles masculines, même les filles qui aiment les filles, tout cela c’est normal. 

Mais maintenant on a ce message disant qu’elles doivent se médicamenter ou se changer ou elles ne sont pas des vraies filles.

Rebelles du Genre – En fait, ce dont tu parlais par rapport aux enfants, c’est un peu l’idée de la pensée magique, c’est à dire que c’est la pensée qui maintenant domine le corps : “je pense que je suis ça, donc je le suis” Alors que logiquement quand on grandit, bah normalement on sort de la pensée magique.

Kathleen – C’est un peu comme Descartes avec “l’âme et le corps” qui sont des choses différentes et maintenant votre âme est un genre et ça c’est le vrai vous et votre corps c’est quelque chose de différent et ça peut être mauvais. Et c’est ridicule ça, le dualisme de Descartes ça n’a pas de sens.

Rebelles du genre – Oui : nous sommes nos corps.

Kathleen – Oui : nous sommes nos corps, oui exactement ! Le transactivisme est très militant et comme je l’ai décrit, c’est difficile à dire que les femmes trans ne sont pas des femmes, c’est très difficile à dire cela maintenant. Alors il y a des efforts énormes pour silencer les critiques du transactivisme. En France aussi ! Alors on dit vous êtes fascistes, vous êtes transphobes, vous êtes comme un antisémite, il dit n’importe quoi pour vous silencer.

Rebelles du genre – D’extrême-droite…

Kathleen –  Extrême-droite, exactement !

Rebelles du genre – Religieux…

Kathleen – Chrétien, extrême, toutes les insultes pour simplement vous faire taire. Et ça c’est un problème pour la démocratie évidemment et particulièrement pour les femmes qui ont le droit de parler de leur propres intérêts sans peur d’être insultées ou dénoncées ou perdre leur emploi.

Rebelles du genre – Merci de témoigner aujourd’hui. Est-ce que tu pourrais développer sur ce qui t’a poussé à parler et les difficultés que tu as rencontré quand tu t’es exprimée sur ces questions-là ? Et notamment l’impact que ça a pu avoir sur ta vie personnelle et sur ta vie professionnelle ?

Kathleen – j’ai voulu parler parce que j’étais prof de philo et je pensais que ces problèmes étaient très importants et c’était aux gens de parler de tout cela et j’ai remarqué que dans les universités il y avait le silence sur les problèmes avec le transactivisme. Il y avait des profs qui étaient très pour,  très enthousiastes pour tout cela : “Transwomen are Women”, “Self ID”, cette idée que si vous vous sentez ou vous identifiez comme une femme, alors vous êtes une femme. Et moi j’ai vu des problèmes, j’ai voulu parler des problèmes, j’ai commencé : j’ai écrit des blogs et puis j’ai parlé en public et j’ai fait des interviews et puis il y a eu des problèmes pour moi. Simplement un groupe relativement petit mais fort a protesté contre moi, puis des collègues ont protesté contre moi, aussi il y avait des lettres ouvertes contre moi. “Basically” au fond il y avait plusieures tentatives “to remove me” de me faire quitter mon emploi et c’était dans le cours de 2018 que ça a commencé. Finalement l’année dernière un groupe d’ étudiants ont décidé de faire des manifestations contre moi sur mon campus et c’était affreux : ils avaient des flambeaux, des masques, ils s’habillaient comme des antifas, il se désignait antifascistes.

Rebelles du Genre – En France aussi ils prétendent être antifas…

Kathleen – Et moi ils prétendaient que j’étais fasciste et eux ils étaient des antifascistes, ils s’habillaient comme des antifascistes avec des flambeaux, avec le graffiti, avec un manifesto contre moi et c’est devenu sérieux pour moi et très difficile à continuer à enseigner dans cet environnement avec des hommes masqués contre moi pour mes convictions. Alors finalement j’ai quitté, j’ai quitté l’université du Sussex après 18 ans de service parce que j’étais complètement isolée, c’était très vite difficile de trouver des gens qui voulaient me soutenir en public, alors j’étais très isolée et ça c’est très difficile quand il y a des hommes masqués qui veulent vous agresser.

Rebelles du Genre – Vraiment je sais pas quoi te dire, je trouve ça, je savais l’histoire mais l’entendre dire de ta voix ça, moi ça me.. Je trouve ça bouleversant et tellement choquant et moi je suis enseignante aussi et dire que tes collègues ne t’ont pas soutenue c’est insupportable en fait.

Kathleen – Bon quelques-uns m’ont envoyé des e-mails privés mais ce que je voulais à ce moment-là, c’était des gens à côté de moi. Et ça n’arrivait pas. Il faut aussi dire que Sussex,  c’est une université basée à Brighton et c’est le centre LGBTQ etc… C’est le centre “gay” alors c’était très difficile dans cet environnement- là de discuter de tout cela calmement.

Rebelles du Genre – Pourtant le terme LGBT commence par le “L” mais vraiment, on se rend compte à quel point les lesbiennes sont particulièrement violentées par le transactivisme.

Kathleen – Exactement ! Justement mes collègues, la plupart sont des hétérosexuels et mes critiques étaient hétérosexuelles (rires). C’est bizarre mais quelques-uns se désignaient “Queer” mais elles étaient des hétéros, c’est comme ça. J’étais là un mois je pense, mais j’étais malade et c’était vraiment difficile quand j’ai démissionné. Mais ces activistes se sont réjouies d’avoir réussi à me pousser “out”. Maintenant j’écris et je fais d’ autres choses. Je n’ai pas envie d’ être dans une université en ce moment parce que c’est trop difficile de discuter de tout cela et maintenant je suis d’un coup célèbre un peu, je ne pense pas que je trouverai un emploi en effet.

Rebelles du Genre – Oui j’ai lu sur ton blog récemment que tu étais à la gare et qu’il y a un transactiviste qui t’a reconnue c’est ça, donc tu es devenue un peu le personnage maléfique “Voldemort”, tu es “Lady Voldemort” (rires).

Kathleen – Oui exactement ! J’étais à la gare avec mes fils et j’ai vu cet homme s’habiller dans une robe,  il me faisait un doigt d’honneur et il avait l’air très en colère, il avait l’air fâché. Et c’était bizarre parce que je l’ai jamais vu de ma vie mais il me connaît comme un problème pour lui à cause de mes mots. Et mes mots sont très calmes et raisonnables et j’ai écrit un livre avec tous ces arguments et ses propositions, je suis intellectuelle, mais lui était très fâché contre moi. 

Rebelle du genre – Tu es devenue une sorte d’ épouvantard pour rester dans l’univers tu vois ce que c’est l’épouvantard ? C’est dans l’univers Harry Potter tu sais c’est les trucs…

Kathleen – Oh ! Des “dementors”.

Rebelle du genre – Ou c’est ça en anglais, tu es devenue l’épouvantard,  tu fais peur aux fripouilles ! Donc aujourd’hui, est-ce que tu te sens en sécurité aujourd’hui ? 

Kathleen – Des fois non, des fois oui, la plupart de temps oui.  Mais non, quand j’ai vu cet homme là non !

Rebelle du genre – Surtout que tu étais avec tes enfants donc j’imagine que ça augmente le stress.

Kathleen – Exactement, j’ai un visage connu maintenant, c’est bizarre parce que j’ai presque 50 ans et maintenant je suis un peu célèbre, c’est bizarre, mais c’est vrai que les gens me reconnaissent dans la rue.

Rebelle du genre – Est-ce que tu vas parler quand même du fait que J.K Rowling t’a soutenue ? Tu vas le dire à un moment ou pas ? (rires)

Kathleen – je suis très reconnaissante envers J.K pour m’avoir soutenue et je pense qu’elle est une femme superbe et vraiment courageuse aussi, elle a fait beaucoup pour les femmes juste par discuter en public c’est une chose compliquée, alors je l’aime.

Rebelle du genre – En fait nous aussi on l’aime tellement pour son courage et pour son humour (rires) C’est tellement drôle parce que des fois elle les plie en quatre, elle les repasse et elle les jette ! C’est tellement drôle ! 

Voilà mais c’est vrai qu’elle a pris position publiquement pour toi à un moment donné.

Kathleen – Exactement et pour tout le monde qui ne peuvent pas parler. 

Rebelles du Genre – c’est tellement important d’avoir des modèles de femmes qui parlent, qui ne sont pas en danger, enfin si elle est en danger bien sûr comme toutes les femmes, mais qui ne risque pas sa carrière pour s’exprimer. Qu’elle fasse ça c’est vraiment… Et puis elle est tellement connue et tellement géniale !

As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Kathleen :  Ok ça va être peut-être difficile à décrire mais il y avait un événement il y a deux ans, trois ans je pense, c’était un “public meeting”, une réunion publique à Brighton organisée par “A Woman’s Place” c’est une organisation féministe, et il y avait beaucoup de transactivistes, là, sur le pas de la porte, juste en dehors du bâtiment. Ils criaient, ils jetaient de l’eau, il m’ont tapé sur la tête quand j’ai essayé d’entrer, je ne pouvais pas trouver l’entrée. Il y avait tout ce bruit, ces cris, ces gens. J’avais l’impression d’être vraiment détestée et puis on est entrées, on a essayé d’écouter les paroles des femmes, à cet événement. 

Et les transactivistes ont entouré le bâtiment, et avec leurs bottes, ils ont tapé sur les vitres avec leurs pieds. Alors on a essayé, les femmes ont essayé de parler de leurs intérêts propres, de leurs besoins, et tous ces transactivistes ont essayé de rendre ça impossible pour tout le monde. 

C’était vraiment effrayant, cet événement-là, pour moi. Et ça m’a montré le caractère du transactivisme : c’est autoritaire, c’est misogyne, et ça n’a pas de place dans une société démocratique. Parce que les femmes voulaient discuter de leurs intérêts, c’est tout!

Et de leurs différences avec les hommes c’est tout. 

C’était vraiment impressionnant !

Rebelles du Genre – C’est vraiment grave qu’on en soit là quand même…

Kathleen – Ouais et ça m’a marquée. J’étais vraiment différente après ça.

Rebelles du Genre – Et ça c’était quand tu enseignais encore ?

Kathleen – Oui oui ! Ça c’était, je pense en 2019, c’était 2019 je pense. 

Rebelles du Genre – Est-ce que tu as d’autres anecdotes ? Tu as dit “j’en ai plein” !

Kathleen – Il y avait plusieurs fois où j’étais invitée à parler, dans une université par exemple, et puis ils ont essayé de trouver un transactiviste pour discuter avec moi pour “balance”, pour équilibrer le débat et ça c’est quelque chose que personne ne fait dans les autres sujets mais ils ont essayé de trouver un transactiviste pour débattre. Personne n’a accepté, c’était impossible de trouver un interlocuteur.

Et c’est une tactique aussi, parce que moi je ne peux pas, je n’ai le droit de parler sans  un opposant. C’est juste une autre tactique.

Rebelles du Genre – En fait s’ils étaient pas disponibles, c’est qu’ils étaient en train d’essayer de trouver une définition non circulaire du mot Femme. (rires) 

Ils cherchent encore ! 

Kathleen – Exactement ! (rires)

Rebelles du Genre – Donc alors, la dernière question c’est : “As-tu quelque chose à ajouter ?” Si tu préfères le faire en anglais il n’ y a pas de problème, on le traduira. Ce qui serait vraiment intéressant, ce serait que tu puisses vraiment parler de cœur à cœur avec les femmes qui t’écoutent.

Kathleen – Je vais essayer en français mais peut-être que ça ne va pas marcher. 

Je voulais dire qu’en France, il faut trouver les autres femmes, qui ont les mêmes préoccupations que vous, et travailler ensemble. En France, vous êtes au début, je pense, de ce voyage. En Angleterre, on est un peu plus “avancés”, le public a plus conscience de ces problèmes mais en France je pense que non. Je pense que personne ne comprend les problèmes : c’est trop facile de dire que “c’est juste des fascistes” ou “contre les droits”… 

Alors il faut parler si vous en avez le pouvoir, il faut parler. 

Mais il faut aussi s’unir avec les autres pour se soutenir. 

Et aussi dans les autres pays je pense, parce que c’est un problème européen.

Il va falloir vraiment résister à tout cela, ensemble avec les autres femmes.

Pas des féministes particulièrement, il ne faut pas être féministe pour avoir des problèmes avec tout cela. 

Moi je suis féministe.

You don’t have to be signed up to feminist principles to worry about men that say they are women, getting into women’s refugees or hostels, or sports teams. 

So… this is a problem that affects every woman, and girl, potentially, in France. 

And I think that message is important too : it’s a basic problem for women. 

Vous n’avez pas à être féministes pour vous inquiéter au sujet d’hommes se disant femmes, et pénétrant dans les refuges, hôtels, ou équipes sportives pour femmes. 

C’est un problème qui va potentiellement affecter toutes les femmes et les filles en France et je pense que ce message est important également : c’est un problème tout à fait fondamental pour les femmes.

Rebelles du Genre – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît signez la Déclaration des Droits des Femmes basées sur le sexe

http://www.womensdeclaration.com

Rebelles du genre – Épisode 49 – Chantal

Chantal – Je m’appelle Chantal, je me décris comme lesbienne, féministe. J’ai un peu plus de 50 ans. Je suis parisienne et j’ai toujours évolué dans le milieu LGBT, puisque j’ai participé en 94 à la création de ce qui s’appelait à l’époque le centre gay et lesbien, près de Bastille, et j’ai eu deux enfants en coparentalité avec un homme gay.

Dès l’ouverture du centre gay et lesbien, près de Bastille, en 94, on a senti le besoin d’un moment d’accueil non mixte réservé aux femmes, évidemment aux femmes nées femmes, avec une expérience de femme, une éducation de femme, parce que la plupart des moments d’activité étaient souvent accueillis par les homosexuels hommes, par les gays, et on a senti le besoin d’un moment d’expression sèche pour les femmes, réservé aux femmes, et donc non-mixte. Ça s’est appelé le vendredi des femmes. Et j’y ai toujours plus ou moins participé. J’ai rencontré celle qui est devenue la marraine de mes enfants, en 94, au deuxième vendredi des femmes, que j’ai animé ensuite. Ensuite, je suis revenue participer, entre 2006 et 2012. À l’époque, Christine Le Doaré, d’ailleurs, était la présidente du centre, et j’invite toutes les auditrices à lire son livre, qui s’appelle “Fractures : comment le mouvement LGBT a perdu son L”. 

À partir de 2012, j’ai suivi une formation sur la démocratie participative et l’animation des débats. Et donc, je me suis lancée dans l’animation de rencontres, d’échanges, au sein du vendredi des femmes. Alors, par exemple, je vous donne quelques thèmes des débats que j’ai pu animer : “Des gouines rouges à la PMA pour toutes : la place des lesbiennes dans la société”, un autre sur le désir lesbien “Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une autre femme ?”, un autre où nous avions invité Odile Fillod, sur “Le clitoris, cet inconnu” (Odile Fillod étant celle qui a fait la première échographie du clitoris), et un autre débat, qui a eu beaucoup de succès, qui s’appelait “Femmes, comment pécho ?”

Là, il y avait beaucoup de participantes. Et j’y ai vécu de grands moments de sororité, d’écoute, de bienveillance, d’échanges et aussi, de ce qu’on appelle en anglais “empowerment”, c’est-à-dire où on se sentait plus fortes ensemble. 

En 2018, mon amie et moi nous avons suivi une formation à la transidentité, imposée par le Centre LGBT à tous ses bénévoles, une formation qui était menée par Sam (ex Marie-Hélène) Bourcier, pour ceux qui la connaissent. Et nous étions donc les seules femmes présentes. Et parmi les discours qu’elle nous a tenu, elle a dit, en substance, ceci : “Un homme attiré par les femmes, mais se sentant lui-même une femme, pourrait se retrouver en couple lesbien.” Et là, mon amie et moi nous avons protesté, en disant qu’on ne pouvait pas utiliser le mot de “Lesbien” pour cet homme hétéro, et qu’il n’aurait, évidemment, pas du tout ni le même vécu, ni la même expérience de la lesbianitude, du gouinistan, que les femmes qui, elles-mêmes, avaient ce coming out à faire, cette révélation, et cette appropriation de leurs désirs, et cette affirmation d’un désir sans hommes (qui reste quand même toujours dans une société patriarcale, masculine, profondément misogyne, où les lesbiennes sont souvent plutôt vues comme des agréments pour les films pornos). Ça reste des moments très difficiles et, bien sûr, un homme ex-cis-hétéro n’aurait pas du tout eu ce même parcours et ces même épreuves. 

Ce à quoi Sam/Marie-Hélène Bourcier a répondu : “Oh, vous les lesbiennes, de toute façon, vous êtes contre tout. Notre parole n’avait absolument aucune importance.” Ça, ça a été la première étape où je me suis rendu compte qu’il y allait y avoir un problème avec la transidentité. Et effectivement, lors d’un débat sur la santé des lesbiennes, il y a deux hommes avec du fond de teint, une jupe, des talons hauts, (toutes les caricatures du genre féminin que justement beaucoup de lesbiennes refusent) qui sont venus pour participer à cette réunion.

Et très vite ils ont monopolisé la parole parce qu’il en est ainsi et tout le monde l’a vu dans des réunions que ce soit professionnel ou familiales les hommes se sentent toujours autorisés et légitimes à parler, alors que les femmes il faut beaucoup plus souvent les solliciter, leur demander leur avis, elles vont plus spontanément écouter.

Et donc ces deux hommes ont complètement ruiné mon débat sur la santé des lesbiennes, puisqu’ils se sont mis à parler, à interrompre tout le monde, à parler entre eux… Et pour finir, le débat a évolué sur le cancer de la prostate ! Un grave problème de lesbiennes ! On le sait bien !

Quand j’en ai parlé à la salariée du centre, elle a dit que c’était moi qui avais mal géré le débat, donc me faisant reporter, bien sûr, sur moi, la faute.

Bon ensuite est arrivé le covid, la fermeture du centre, et c’est vrai qu’à la reprise il y a eu deux événements d’abord j’ai trouvé que les opinions étaient beaucoup plus en opposition : que ce soit des anti-vaccins, des pro-vaccins…

Enfin bon et que du coup les débats étaient très difficiles à mener.

J’ai arrêté d’animer des débats parce que l’ambiance était telle qu’il n’y avait plus moyen de discuter ensemble et ensuite parce que l’entrisme des trans était de plus en plus fort, et que si un homme se désignant comme femme voulais participer et si moi en tant qu’animatrice je lui répondais que c’était non-mixte et qu’il n’avait pas à venir, du coup le débat entre les participantes porterait uniquement sur sa présence ou non, et ça risquait bien sûr de faire des disputes et en plus j’étais desavouée par le Centre LGBT lui-même.

Nous avons été convoquées par (je dis nous puisque c’était les animatrices du vendredi des femmes) on a été convoquées par les membres du bureau, pour (beaucoup de guillemets) “résoudre notre problème avec la transidentité” et donc il nous avait été imposé de suivre une formation à la transidentité ; j’ai dit que moi je l’avais déjà suivi et que ça m’apportait rien et les filles ont refusé en demandant à ce qu’une formation à la prévention du sexisme et à la misogynie soit aussi introduite dans la formation du bénévole, au centre, puisque on trouvait que si le vendredi des femmes avait été créé donc quand même il y a 28 ans c’est bien qu’il y avait nécessité d’un espace non-mixte ou la parole safe pouvait se dire et que du coup il était important de former là aussi les bénévoles du centre pour que au moins ils aient conscience des présupposés qu’ils ont pour l’accueil des femmes. ! 

Voilà. 

C’est mon parcours ! 

Les deux derniers événements bien sûr c’est la manifestation du 8 mars 2022 où énormément de pancartes sur la transidentité, énormément d’affiches étaient contre ce qu’ils appellent des TERFS, des féministes excluant les trans. 

J’ai trouvé ça très violent : comme si la première chose qu’il fallait faire le 8 mars c’était exclure des féministes, surtout que l’on sortait d’une période de confinement où on sait que les violences domestiques avaient considérablement augmenté.

La situation s’est reproduit à la Marche des fiertés puisque le slogan était clairement une revendication trans, et oubliait toutes les revendications lesbiennes, féministes, et même gay.

RDG – Est-ce que tu peux nous dire le slogan s’il te plaît ? Le mot d’ordre ? 

Chantal – “mon corps, mon choix, ta gueule” ce qui est quand même violent et puis surtout encore énormément de pancartes “terf out” etc.

Je trouve que ces couillus avec des fonds de teint sont… Moi j’ai tendance à parler de “couillus” pour parler des hommes de sexe biologique parce qu’après tout dans l’utilisation “celle-là, elle en a” ou “il en a” on voit très bien de quoi il est question, et je trouve que ça ramène au corps biologique et aussi à l’éducation qui va derrière donc…

Je trouve que le fait que, ces couillus avec du fond de teint s’attaquent au féminisme, c’est une preuve de lâcheté. 

Parce que je ne les vois pas du tout faire les mêmes manifestations dans les milieux masculinistes ou Zemmouriens et ça rentre dans la domination masculine.

Voilà, ce sont ces différents éléments qui ont fait que j’ai signé une tribune luttant contre l’invisibilisation des lesbiennes dans le mouvement LGBT et qu’à l’issue de cette signature j’ai été exclue du Centre LGBT et désignée comme transphobe. 

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société ou pour la démocratie ?

Chantal – Eh bien déjà ça invisibilise complètement les combats des femmes. En tant que femme biologique, on grandit dans un corps de jeune fille. Il y a cette obligation d’inclure à chaque fois les femmes avec pénis donc, les hommes avec des fonds de teint : ça renforce la binarité ! 

Par exemple on voit les hommes qui se disent femmes dans les médias quand ils réussissent par exemple à aller dans des compétitions sportives, ou quand ils se font élire à des postes de responsabilité ; par exemple : la loi sur le conseil municipal, qui veut que les listes soient paritaires, (un homme/une femme) va-t-on voir “des femmes avec pénis”, des hommes se disant en femme, prendre les places des femmes biologiques des femmes “nées femmes” (vraiment femme) au sein des conseils municipaux ??

On pourrait parfaitement avoir des conseils municipaux plein “d’êtres humains à pénis” certains se revendiquant hommes, certains se revendiquant femmes, mais ils ont au fond la même éducation, le même mode de pensée, la même culture, et donc ça silencie, ça bâillonne, ça empêche d’utiliser les bons mots…

Moi je repense à la phrase de Camus “mal nommer un objet n’apporte que du malheur dans le monde” ben là on nomme mal des êtres humains !

Il y avait le rapport sur l’inceste qui dit que c’est encore 90% des filles qui souffrent d’inceste. Bien sûr qu’il y a des personnes qui sont incestuées de tous les genres et qu’il y a des personnes qui sont violées de tous les genres, (même si ce sont majoritairement des femmes qui sont violées) par contre les violeurs sont systématiquement des hommes ! Et on aurait plus le droit de le dire ! Donc ça supprime les lieux safe pour les femmes qui a été quand même déjà très difficile à obtenir ;

Ça supprime les critères de parité, au sein des conseils municipaux, au sein des députés, au sein des conseils d’administration des entreprises… Ça renforce la binarité parce que pourquoi un homme qui voudrait se maquiller serait forcément une femme ? Au contraire, il faut lutter… (enfin lutter…) pour que les hommes se débrouillent ! Et que s’ils ont envie de se maquiller, qu’ils prennent le droit de le faire ! Sans emmerder le voisin, et notamment les femmes ! 

Ça peut empêcher certains progrès : par exemple moi je suis favorable à ce qu’on installe des distributeurs gratuits de protection périodique dans les collèges et les lycées, …bon, les revendications trans font qu’ils veulent également que ce soit installés dans les toilettes pour homme : bien sûr pour les garçons avec leurs règles ! (des filles, bien sûr). Il va sans dire que ça multiplie le coût, ça multiplie les risques de dégradation, et donc au final ça ne se fait pas ! Alors que ce serait très utile pour les filles d’aujourd’hui.

Et enfin on a l’impression… Enfin pour moi, je le vis comme une appropriation identitaire, c’est-à-dire que tous les combats des féministes qui a eu avant nous c’est couillus avec leur fond de teint, leur maquillage et leurs hauts talons ils viennent nous dire “bah Vous vous êtes pas des vraies femmes c’est nous les vrais femmes !” et donc ils renforcent les stéréotypes de genre, je dis. Mais qu’est-ce que ça veut dire “je me sens femme” ?? Ça veut dire qui correspond à des stéréotypes de genre du type “il est doux” “il aime jouer à la poupée” ?? Dans ce cas-là, bats-toi pour être un homme qui a le droit de faire ce qu’il veut !!

Et d’ailleurs, dans les temps anciens, jusqu’à assez récemment, il y avait une loi qui interdisait aux femmes de mettre un pantalon ! C’était dans la loi, c’était dans la législation ! Il n’y a jamais eu aucune loi qui interdisait aux hommes de mettre une jupe ! Ni de se maquiller ! C’est juste qu’ils n’osent pas, ils ont pas les couilles pour le faire, ils sont trop lâches, voilà.

Et donc ils préfèrent s’en prendre aux femmes, c’est tellement plus facile !

Donc on se retrouve avec des bars où il y a marqué “bar de filles” et où quand on arrive, il y a une majorité d’êtres humains à pénis, de tous les genres ; on se retrouve dans des réunions avec des hommes qui se prennent pour des femmes, qui monopolisent la parole !

Cette auto identification fait que ça peut arriver à n’importe quel moment dans la vie, c’est-à-dire qu’on a une personne par exemple notre “homme cis” là, qui a vécu toute sa vie en tant “qu’homme cis” voir hétéro, disons “homme normal” si vous préférez, j’aime pas non plus le terme “CIS, donc un hétéro et qui d’un seul coup va se revendiquer une identité non seulement de femme, et même de lesbienne, et du coup s’imaginer aussi légitime que quelqu’un qui a effectivement vécu au quotidien toutes les pressions du monde hétérosexuel, patriarcal, dominant. 

Moi j’ai vu une personne qui avait été directeur de maison de retraite donc il avait certainement une belle vie, un bon salaire, il avait certainement fait travailler les femmes dans des conditions précaires, et puis qui a 65 ans dit ah bah maintenant je suis une femme, je prends de l’œstrogène je me fais pousser des seins et voilà.

Et enfin je connais au moins deux personnes qui m’ont rapporté avoir eu des propositions très désagréables et limite du harcèlement de la part de pseudos femmes trans expliquant que puisqu’elle se sentait femme, la copine qui était lesbienne devait sortir avec elle ! Non !

Et du coup le problème est toujours reporté vers les femmes : c’est “si tu ne sors pas avec moi c’est que toi tu as un problème avec le pénis”.

Non. 

Je ne sors pas avec toi parce que moi je préfère les femmes et toi tu n’es pas une femme. Voilà. Il y a au moins deux personnes qui m’ont rapporté avoir eu, comme ça, du mal à sortir du harcèlement d’une trans qui voulait à tout prix coucher avec une lesbienne. 

Je voudrais revenir aussi sur la notion de ce qu’ils appellent le “plafond de coton”. Ce serait le Graal à atteindre : réussir à coucher avec une lesbienne, briser le plafond de coton. Pour moi, ça rappelle beaucoup le viol correctif qui se faisait notamment en Afrique du Sud contre les lesbiennes, et donc c’est absolument scandaleux. C’est comme les pancartes “Terfs au bûcher”. Si ça ne vous rappelle pas la chasse aux sorcières… 

C’est terrible. J’ai l’impression d’une immense régression et d’une immense violence. 

RDG – On pourrait même appeler ça de la thérapie de conversion, finalement : forcer une femme lesbienne à coucher avec un homme.

Chantal – Oui, tout à fait. Ça y ressemble beaucoup. Et puis, faire porter sur elle le problème : “C’est toi qui as un problème avec le pénis”. Ce qui est d’ailleurs amusant, mais on pourrait relever toutes les incohérences de cette idéologie trans. C’est, par exemple, au planning familial, lorsqu’on va vous dire : “Ah, mais le phallus ce n’est rien, c’est juste un organe, ça n’a au fond aucune importance.”

RDG – C’est pas un problème d’avoir un problème avec le pénis. On a un témoignage (celui de Marie, que tu pourrais écouter) qui va exactement dans ce sens-là. Elle est lesbienne, elle était bénévole au planning et elle a été harcelée aussi par le planning familial, par des membres du planning familial de là où elle était. On lui a dit : “Tu as un problème avec le pénis”. 

Chantal – Bien sûr. C’est absolument scandaleux. Ils le minimisent en disant : “Bon, c’est juste un organe, ne vous arrêtez pas à ça, c’est pas grave”. Il faut quand même reconnaître qu’il y a des femmes qui sont nées dans une famille royale et il parce qu’elles n’avaient pas de phallus, elles n’ont pas pu devenir reine, puisqu’on était dans la loi phallique. Qu’il y a des enfants qui sont avortés en Inde ou en Chine, ou peut-être même en France, parce qu’ils n’ont pas de phallus. Qu’il y a quand même énormément de pays où des enfants sans phallus sont violés, vendus, n’ont pas le droit à l’école. Donc considérer que ce n’est rien, c’est tout simplement nier des siècles de domination masculine, phallocratique, c’est absolument scandaleux. 

De la même manière, je trouve que la phrase de Simone de Beauvoir “On ne naît pas femme, on le devient”, se comprend comme un oignon, avec différentes couches. On commence à devenir une petite fille à trois ans, à quatre ans, à six ans, à 12 ans, et à la puberté c’est encore une autre sensation etc. 

Ce n’est absolument pas : “Je me réveille un bon jour, je décide de mettre une robe et ça y est je suis une femme.”

Et ça, il ne le comprennent pas. 

Pour moi, le transactivisme c’est du masculinisme de la pire des manières puisque c’est de l’appropriation identitaire. En plus, c’est souvent des gens qui par ailleurs ont une pensée intersectionnelle ou woke. On va les voir rouspéter quand un auteur Blanc ou un traducteur blanc traduit une poétesse noire, ou parler d’appropriation culturelle. Mais là, pour moi ; il s’agit d’une appropriation identitaire, c’est-à-dire des individus qui n’ont rien à voir, usurpent une identité. Alors que, c’est d’ailleurs dit dans la présentation et Podcasts rebelle de genre, à la base moi j’étais plutôt favorable à la transidentité dans la mesure où c’était trans de genre, c’est-à-dire la possibilité pour chacun d’être comme il veut et de faire ce qu’il veut : les filles au foot et les garçons à la danse classique, même avec des tutus. Ça créait un espèce de troisième sexe, un troisième genre. 

Mais considérer qu’un homme qui ne se sent pas complètement masculin est une femme, c’est une appropriation identitaire et c’est un crachat à la gueule de ma mère, de ma grand-mère, de mon arrière-grand-mère, et de toutes les femmes qui ont supporté la domination masculine, qui n’avaient pas le droit de vote, qui n’avaient pas le droit de faire des études, et qui devaient dire “Amen” à leur couillu de mari et qui devaient supporter le viol conjugal. C’est un crachat à la gueule de toutes les petites filles qui se font mettre la main aux fesses à 12 ans dans le métro. C’est un crachat à la gueule de toutes les filles stagiaires qui ont eu un chef de service qui leur a peloté les seins. C’est ça, quand un homme se déclare femme par son bon vouloir. 

C’est-à-dire : en fait tu n’existes pas et je prends ton identité. Mais bon, si je prends ton genre, je ne prends pas forcément ni ta retraite, ni ton harcèlement, il ne faut pas exagérer non plus. 

J’ai vu des articles sur des hommes se déclarant femme qui étaient soit élus maires, soit venaient d’une famille très religieuse (rabbin de New York qui avait quitté sa communauté pour devenir une femme trans) et les compétitions sportives où les hommes qui se déclarent femmes battent assez facilement les vrais femmes physiologiques. Par contre, quand est-ce qu’on parle des hommes trans (donc des femmes se disant hommes) ? 

Quand ? Quand elles sont enceintes. Ah bah la grossesse ! Et donc du coup on voit les hommes même s’ils portent des jupes et du maquillage, du fond de teint, des talons hauts, qui sont dans la politique, qui sont dans la religion ou qui sont dans le sport et on voit des femmes (même si elles se disent hommes) qui sont reconnues pourquoi ?

Pour leur grossesse. Ah mon dieu il est enceinte c’est merveilleux ! Je trouve que c’est très binaire alors que la transidentité pourrait au contraire nous libérer de ces stéréotypes de genre. Il la renforce : le transactivisme est un masculinisme qui renforce les identités de genre et qui remet les femmes dans “pute” ou “maman”, sans alternative. J’ai rencontré à deux reprises des femmes donc une en vrai, enfin en présentiel, en “real-life” dans un bar parisien de la rue Saint-Martin, un bar qui s’appelle “La Mutinerie” avec qui j’ai échangé, donc moi je la percevais comme une jeune “Butch”, habillée tout en noir, cheveux courts, un peu déprimée, un peu solitaire, un peu rebelle, attirée par les femmes et qui s’interrogeaient en fait sur la prise d’hormones, sur la mastectomie… Donc moi évidemment je l’ai surtout écoutée et ce que j’ai entendu de son témoignage, c’était plutôt qu’elle ne supportait pas d’abord l’image de femmes que lui renvoyait les réseaux sociaux, c’est à dire les femmes maquillées, les Kim Kardashian comme exemple et qu’il y avait énormément de messages pro-trans lui disant : “Ben la solution si tu ne te sens pas bien, si tu déprimes, si tu n’es pas bien dans ton corps de femme qui aime les femmes, c’est de devenir un mec et ça résoudra tous tes problèmes.” Là, elle résistait. Puis j’ai eu un deuxième témoignage un peu similaire : là c’était une jeune fille qui prenait contact par mail sur le groupe du vendredi des femmes, c’était pendant le confinement, elle expliquait qu’elle avait des problèmes relationnels avec sa famille et se demandait si une transition pourrait l’aider. Et on a pas mal échangé et elle avait complètement un parcours de “Butch” et effectivement c’est son homosexualité que sa famille supportait pas. Et disait qu’à la rigueur sa mère lui avait dit “Ouais il aurait peut-être mieux valu que tu sois un garçon” et que quelque part devenir un mec ça résolvait l’homophobie de sa mère. Bon c’est vrai que dans mes activités au sein du Centre j’étais plutôt confrontée aux hommes qui se faisaient passer pour des femmes mais j’ai ces deux exemples de femmes qui hésitaient à rentrer dans le monde masculin, mais honnêtement c’était pas par désir de venir un beau mec ou parce qu’elles se sentait profondément des valeurs d’hommes, encore je sais pas trop ce que ça veut dire. Je vous dis moi je les percevais comme des petites Butch, j’adore les petites Butch moi, j’ai toujours aimé les petites Butch. Et du coup, j’avais vraiment l’impression que ça leur semblait la seule issue possible en fait, c’est vraiment un peu le “Il n’y a pas d’alternative, c’est ça où je vais souffrir toute ma vie”. Je vais conseiller encore un autre livre, c’est “Stone Butch Blues” sur l’expérience d’une petite Butch des années 50 aux États-Unis, qui elle fait effectivement une mastectomie, qui essaye de devenir un homme et qui se rend compte qu’elle n’est pas du tout acceptée dans le milieu des hommes. D’ailleurs vous pourrez remarquer que les hommes ont beaucoup moins de problèmes avec l’intégration des femmes qui se disent hommes, tout simplement parce que les femmes qui se disent hommes ferment leur gueule, comme une bonne femme qu’elles sont, et donc ne revendiquent pas d’aller dans des groupes exclusivement masculins, je ne suis pas sûre qu’on leur ferait bon accueil.

RDG – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner sous ton identité ? As-tu déjà subi des pressions, des menaces ?

Chantal – Maintenant je me sens relativement sécurité, mais je viens de vivre une période assez violente, donc ça fait effectivement au moins un an que les pressions sur deux groupes, d’ailleurs au sein du centre c’est à dire “le Vendredi des Femmes” qui étaient réservées aux femmes, des femmes lesbiennes et bi et le groupe des femmes plus âgées « Senoritas » et le Centre fait pression pour qu’on accepte les hommes qui se disent femmes, qui est bien sûr la porte ouverte à tous les voyeurismes, à la fin de la sororité et à la confiance dans la discussion. Et donc ça fait à peu près un an que je militais dans un lieu auquel j’étais à très attachée puisque j’ai milité depuis près de 28 ans et là j’ai signé donc une tribune dénonçant ainsi ironiquement l’invisibilisation des lesbiennes au sein des centres LGBT, cette tribune et ma signature sont montées jusqu’au bureau du Centre. Donc le bureau a envoyé à tous les contacts un communiqué me désignant nommément, donc “Chantal Millet a signé un courrier transphobe et nous nous désolidarisons et Chantal Millet n’est plus bénévole au Centre” 

RDG – Est-ce que tu peux s’il te plaît nous dire quand c’était cette tribune et quand ça s’est passé cette histoire de courrier du pôle LGBT ?

Chantal – Le 22 août 2022 là, donc ça fait à peu près un mois. J’ai évidemment protesté, disant qu’il y avait quand même d’abord un anonymat au Centre, que je ne vois pas pourquoi on diffuse comme ça mon nom avec l’épithète “transphobe”. J’ai ensuite justement revendiqué le fait qu’il fallait un espace safe pour que la parole des femmes puissent aussi être entendues et qu’on ne pouvait pas exclure les gens comme ça puisque après tout, je n’ai attaqué, agressé, violé personne, je n’ai harcelé personne et qu’il y a quelques clauses et des procédures pour exclure les gens d’un centre et que ces procédures n’avaient évidemment pas été respectées. Donc j’ai reçu un courrier de réponse du secrétaire général du Centre qui dit que je ne suis pas du tout exclue, bien sûr je suis adhérente à jour de mes cotisations donc on ne peut pas m’exclure, que par contre je ne peux plus animer d’atelier, je ne peux plus être bénévole et qui me demande un entretien avec les membres du bureau afin, alors je cite ouvrez les guillemets, “de connaître pleinement mes positions”. J’ai dit que je voulais bien parler avec le bureau mais que la dernière fois, la présidente du centre était partie en claquant la porte en me traitant “d’essentialiste” parce qu’elle n’était pas très ouvert au dialogue, c’est le moins qu’on puisse dire, et que donc je refusais de venir me présenter seule à un procès de Moscou digne des meilleures heures du maccarthysme aux États-Unis. J’ai demandé à y aller accompagnée et ils ont refusé. c’est bien sûr tombé dans les limbes, on n’en a plus reparlé, évidemment que je ne me présenterai pas. Mais où avez-vous vu un centre, donc financé sur fonds publics, exigeant comme ça un espèce de procès de Moscou pour connaître pleinement mes positions et pourquoi pas mes positions politiques, mes convictions religieuses et allons-y gaiement ! Donc nous en sommes là, je n’ai pas reçu un énorme soutien des autres bénévoles, donc c’est peut-être l’une des choses les plus difficiles. Moi je ne suis pas sur les réseaux sociaux donc je n’ai pas suivi tout ce qui se passait sur Twitter, Facebook, ce n’est pas ma problématique mais des amis qui les suivaient, j’ai eu trois personnes qui m’ont appelée pour me dire qu’ils avaient mis des messages de soutien ma faveur, ce qui m’a fait plaisir, une amie que je connais bien puis deux personnes qui m’avaient croisée. Sinon j’ai eu à l’inverse une personne qui souhaite être candidate au CA du centre qui a écrit pour dire que ses opinions n’étaient pas les mêmes que les miennes et qu’elle désavouait mes prises de position. Donc c’est pour ça que maintenant j’ai décidé de témoigner parce que je trouve qu’il y a vraiment une dérive pro-transactiviste, d’ailleurs c’est pas étonnant le président de l’association Out Trans est membre du bureau, c’est donc bien sûr lui qui fait pression pour que je sois virée et les autres membres du bureau sont des petits jeunes voilà et donc le Centre devient un lieu trans et gay grosso modo… Donc c’est pour ça que maintenant je souhaite témoigner parce que j’ai une quand même une longue expérience de ce centre et que j’en vois toutes les dérives par rapport à l’ouverture qu’il avait pu y avoir. D’ailleurs une autre anecdote qui m’a vraiment poussée à signer cette tribune de Marie-Jo Bonnet, c’était le 8 juillet dernier, c’était donc un vendredi, je devais participer à une English conversation au sein du “Vendredi des Femmes” donc je me suis rendue au Centre et le centre parisien recevait une délégation des centres LGBT de province. De mémoire il devait y avoir Clermont-Ferrant, Nantes, Strasbourg, Bordeaux, peut-être Toulouse et je me suis dit “chic on va rencontrer des lesbiennes de province” et bien non, il n’y avait que des couilles : des couilles gay, des couilles de trans, mais pas une seule fille. Il n’y avait qu’une seule femme qui était venue dans les délégations donc j’ai essayé de lui parler mais elle était salariée hétéro du centre de Bordeaux, donc là on était vraiment dans l’invisibilisation des lesbiennes au sein du mouvement LGBTQIA++ et ça me semble très important de le dénoncer, de le signaler au moment où la Première Ministre a annoncé l’ouverture de 10 nouveaux centres LGBT en France, ce qui veut dire des financements, sachant que ces centres ne défendent plus les personnes homosexuelles, mais uniquement les personnes trans et la transidentité. 

Ca veut dire également beaucoup de financement qui arriveront soit vers les gays, soit vers les trans et parmi les trans, je vous ai parlé de la différence de visibilité entre les hommes qui se disent femmes et qu’on entend beaucoup et les femmes qui se disent hommes qui sont également invisibilisées. C’est donc pour ça que je souhaite témoigner aujourd’hui parce qu’il me semble que la situation est grave, parce que ayant vécu un coming out et ayant animé donc beaucoup de thèmes de discussions avec beaucoup de femmes de différents âges, de différents milieux, de différentes religions, de différentes cultures, de différentes races ou même des femmes migrantes je peux dire que le coming in, c’est à dire l’acceptation de son homosexualité, l’acceptation du fait qu’on ne va pas rentrer dans les cases de cette société hétéro normée patriarcale et misogyne, est déjà une acceptation de soi qui est un pas franchir qui est assez difficile à faire. Et quand on a 15, 16, 18 ans, qu’on s’éveille à la puberté et que le seul discours qu’on entend c’est “ah bah si tu te sens pas bien en tant que femme, bah, t’as cas de venir un homme, fait donc une mastectomie, fait des bloqueurs de puberté, faites-toi pousser la barbe et tu te sentiras mieux dans ta peau”. Mais c’est faux ! C’est faux les filles, vous ne serez pas mieux en tant qu’homme au contraire.

RDG – Comment tu vois les choses, comment tu vois ton militantisme dans les années à venir et en particulier pour les lesbiennes ?

Chantal – Et bien je crois qu’on va faire comme on a fait pendant de très nombreuses années, on va retourner dans des caves. C’est-à-dire qu’on va se voir par petits groupes entre nous, entre copines. On aura beaucoup moins de visibilité, d’associations, ce sera beaucoup plus difficile pour une jeune fille de trouver des lieux safe où s’exprimer. Moi je vais commencer à militer plutôt avec des lesbiennes féministes en vrai groupe non mixte. J’ai envie de m’engager plus auprès de groupes comme les Amazones ou Résistance Lesbienne et j’ai presque envie là, au point où j’en suis, d’aller à la castagne, c’est-à-dire me dire “je vais me mettre en danger physiquement”, parce que c’est le seul moyen sinon la rue est à eux. Mais le mouvement lesbien va bien sûr, les filles vont continuer à être lesbiennes et militer. 

RDG – Oui mais ça c’est des choses qu’on ne peut pas changer et les filles, les lesbiennes seront des lesbiennes, simplement la question c’est qui va se battre pour elle ?

Chantal – Ah bah personne ! Il n’y a qu’elles qui vont se battre pour elles, jamais personne ne s’est battu pour elles. Quand les gays ont eu le Sida, je veux dire j’y étais, on s’est beaucoup battue pour les aider, pour que leur voix soit entendue et comme tous les financements allaient à la santé, à la lutte contre le Sida, on essayait de dire au lesbiennes “mais vous êtes sûres que vous, vous n’avez pas des cas de séropo ?”. Et ben non je suis désolée, mais les lesbiennes n’étaient pas touchées par le Sida donc tous les financements sont allés au gays. Bon ça c’est un autre problème, mais personne ne luttera pour les lesbiennes, personne n’a jamais lutté pour les lesbiennes. Les hommes qui se disent femmes ne luttent pas pour l’avortement donc ce sera encore à elles de s’auto-organiser. Moi je pense pas mal m’appuyer sur les féministes aussi, même les féministes hétéro parce qu’on a quand même ma génération, notre génération des cinquantenaires : moi j’ai vécu la lutte pour le PACS en 99, les manifs pour le mariage. Si on arrive à empêcher une grande régression qui remettrait en cause les droits au mariage pour tous, les droits l’avortement, les droits à la PMA pour toutes. On a quand même des acquis juridiques contre l’homophobie et pour le respect de nos couples, pour le droit à aimer qui on veut, qui est quand même une grande liberté pour les générations futures, qui fait que les mouvements féministes hétéro peuvent aussi se joindre, enfin on peut peut-être plus s’entendre avec les revendications féministes, qu’elles soient hétéro ou homosexuelles, puisque le tabou homosexuel est quand même un peu levé par rapport à ce que ça pouvait être dans les années 70. Et c’est vrai aussi parmi les jeunes générations, enfin bon moi j’ai une fille de 22 ans qui m’a super soutenue dans cette histoire là, elle était là “Mais c’est qui ces connards qui veulent empêcher ma mère de voir ses copines ? Ils ne peuvent pas aller voir des filles ailleurs ? Vous avez bien le droit de rester entre vous !” Et aussi pour dire que tout n’est pas perdu dans la jeune génération, elle m’a fait part d’une anecdote : donc c’est ma fille qui était en boîte de nuit avec des copines et une de ses copines a été pelotée, approchée sur la piste de danse par un mec qui est un gros lourdingue avec les mains baladeuses et elle a été sidérée, ne sachant pas comment réagir et dès que la danse s’est arrêtée (stratégie d’évitement), elle a quitté la piste de danse. Et elle est venue donc voir ma fille et une autre copine qui lui ont tout de suite dit “Oh ma pauvre ! Mais c’est pas possible !” etc… Et elles étaient avec deux garçons et les garçons disent “Ah mais pourquoi tu as rien dit ? Tu aurais dû le gifler et après t’aurais dû nous appeler”. 

Et ma fille m’a dit, les garçons, spontanément, ont posé la question : “Mais pourquoi tu n’as rien fait ?” Et elle m’a dit, mais même poser la question, c’est une violence. Parce que ça reporte la faute sur la femme.

RDG – Exactement !

Chantal – Même si c’est des mecs plutôt ouverts, qui… C’est ça qui est terrible c’est des mecs qui vont se définir féministe, mais qui, du coup vont être violents. Alors que les filles, spontanément, ont tout de suite compris, qu’elle, elle ne pouvait pas juste foutre une gifle à l’emmerdeur, ou s’en aller. Parce qu’elles avaient déjà vécu des situations de harcèlement.

Et donc les filles ont ce vécu, très profondément. Parce qu’on le subit depuis très jeune. Et donc, ma fille a parfaitement compris qu’on pouvait avoir envie de se sentir entre femmes, parce qu’un homme n’aurait pas du tout ces réflexes-là, et que, même poser la question du : “Mais pourquoi tu n’as rien fait ?”, c’est une violence. C’est ce que toute jeune fille qui se rend au commissariat, et qui explique qu’elle a été violée, et quand on lui dit : “bah ne vous êtes pas débattue”, le flic en face il dit : “bah alors vous devez être un peu consentante…” 

Et bien non ! C’est ce qu’on appelle la sidération. Et c’est là où je suis optimiste, je reviens à la question précédente : c’est parce que chez la jeune génération il y a quand même une prise de conscience très forte de tous ces systèmes de domination masculine. Par exemple le terme “mansplaining” – le mec qui t’interrompt pour t’expliquer quelque chose que tu connais déjà – on l’a toutes vécu, mais on n’avait pas de terme pour le désigner. Idem pour le terme “male gaze” : ce regard de l’homme qui va se permettre de juger la grosseur de tes seins, comment tu t’habilles, comment tu fais… alors que toi, tu ne te permets pas de porter un jugement sur comment est-ce qu’il est mal fagoté ou quelle sale tête de con il peut avoir, quoi ! Ou si tu te le fais, tu ne vas pas lui dire.

Mais lui, il se permet : “Ah, tu es jolie aujourd’hui !” 

Et les filles, maintenant, elles ont des mots pour le dire, et elles sont sensibles aux choses. 

Et elles comprennent peut-être beaucoup plus l’importance de la sororité, du coup. 

C’est ce qui me rend optimiste sur les luttes futures, parce que j’ai quand même peur qu’on assiste à une grosse régression. Mais maintenant, les filles ont quand même les mots et des connaissances pour pouvoir le formaliser, pour pouvoir le conscientiser.

Il y a aussi pas mal de livres féministes sur “comment l’histoire a invisibilisé les femmes”, sur les femmes qui font des recherches, qui se font voler leurs recherches par des hommes, et tout ce type de syndrome d’une société patriarcale… et il y a pas besoin d’aller à un Afghanistan pour le vivre, qui sont maintenant plus en plus détaillés, connus, et surtout nommés : on a les mots pour nommer les choses, et ça me paraît être un facteur plutôt positif pour le futur.

RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Chantal – Je voudrais parler, par exemple, de cette dernière réunion où deux hommes avec jupes et maquillage sont venus participer à la réunion, et qu’à la fin de la discussion, ils ont absolument voulu prendre la parole, nous inviter rapidement à aller boire un verre avec eux. Ils se sont permis des commentaires – c’était un atelier English conversation – sur : “Ah ben toi tu as vraiment un accent, un très bel accent, mais très compliqué à comprendre, etc… alors que tout le monde, justement, essayait d’éviter de faire des remarques trop personnelles. On entendait plus qu’eux, quoi.

Un besoin de s’exprimer et d’élever la voix, et de… Cette invasion de l’espace qu’ont systématiquement les hommes, quoi.

C’était la dernière fois que j’avais participé, c’était donc le 8 juillet. Et j’avoue que ça m’avait laissée sur une très, très mauvaise impression, voilà.

J’ai quand même un autre témoignage : je suis allée à une soirée, qui s’appelle “les soirées de Mademoiselle Audrey”, réservée, donc, aux femmes, dans un petit bar. 

Et qui je vois ? Alors, pour le coup, c’est pas un trans, c’est un vraiment un travelo, qui s’est changé en arrivant pour mettre sa petite robe. Et je discutais avec une amie, il est venu s’interposer auprès de nous, et il nous a dit : “Ah qu’est-ce que j’aime bien être comme ça, avec ma robe, avec des filles… Je me sens vraiment comme une petite fille !”

Et moi, je venais de passer mon après-midi avec ma fille de 22 ans et ses copines, et je me suis dit que cet homme-là ne ressemblait pas du tout aux petites filles, aux jeunes femmes que je venais de quitter, et je lui ai dit : “Bah moi je te perçois comme un vieux mec !”

Parce que c’est ma perception, et je le voyais comme ça !

Eh bien la copine avec qui je discutais était un peu outrée, elle a trouvé que ce que je lui avais dit était très violent.

Lui a fait la tête, mais il a essayé de me reparler dans la soirée.

Et ce que je veux dire, c’est que moi j’ai trouvé très violente sa présence à cette soirée non-mixte, d’autant plus qu’avant de repartir dans le métro, il avait enlevé sa petite robe, et il ressemblait complètement à un mec hétéro. Il s’était remis en tenue safe pour prendre le métro…

Donc, bah non. 

Non, on a le droit de dire qu’on a envie d’être entre nous. 

Les lieux en non-mixité ont toujours été des revendications féministes, que ce soit pour parler sexe – j’ai aussi un bouquin sur les premiers lieux où les femmes des années 70 américaines parlaient sexe, et certaines découvraient leur clitoris, découvraient leur corps, c’est assez terrible. 

Dans le film “la belle saison” il y a un mouvement où les filles se réunissent aux Beaux-Arts pour discuter entre elles, et on voit tous ces gauchos de mecs en train de vouloir rentrer parce que c’est la grande question “mais qu’est-ce qu’elles peuvent bien se raconter sans nous ?” 

Je pense que les femmes sont divisées parce qu’elles appartiennent à un foyer, sous la tutelle d’un père, sous la tutelle d’un mari, et elles sont chacune isolées dans leur foyer, donc solidaires de leur foyer, de leur homme : les femmes bourgeoises, solidaires des hommes bourgeois. Les femmes ouvrières, solidaires des hommes ouvriers.

Et je pense que le mouvement trans, comme le mouvement masculiniste, n’a qu’un seul but : c’est diviser les femmes entre elles. Pour encore plus les isoler et les bâillonner…

RDG – As-tu quelque chose à ajouter ?

Chantal – Oui alors j’ai préparé ma “chute”. 

Je voudrais lire la page 92 du dernier livre d’Alison Bechdel, “Les secrets de la force surhumaine”, donc là, elle parle dans ses 20 ans, la première fois où elle est allée dans un festival de musique non mixte, avec uniquement des femmes.

Donc je vous le lis, c’est très court : “J’en suis restée baba. Pas à un homme en vue. On n’a pas eu idée de ce que pèse le fait d’être constamment dévisagée, sifflée, moquée, pelotée, sans parler de menaces plus extrêmes mais tout aussi présentes, tant qu’on n’a pas fait l’expérience dans leur brusque cessation. Dans ce vide saisissant, j’ai vécu un changement de perception vertigineux. Je voyais ce que signifiait être un sujet et non un objet. Je voyais aussi que le corps, si désavoué par le patriarcat, n’était pas quelque chose de séparé, d’autre.

Ici, l’autre, la nature elle-même, était replacée au centre.”

Voilà. C’est juste une petite page de “Le secret de la force surhumaine” d’Alison Bechdel, mais qui pour moi montre cette force de la sororité, et de ces moments safe où, entre femmes, on peut vraiment faire beaucoup de choses.

RDG – S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe.

http://www.womensdeclaration.com 

Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous par mail. 

Rebelles du genre – Épisode 48 – Chloé

Chloé – Je suis Chloé je suis une femme autiste asperger de 22 ans, J’habite pas loin de Bordeaux et je fais des études en lettres, actuellement.  Je témoigne pour avertir du danger que toute cette idée actuelle, de remettre en cause ce qu’est réellement la femme, et ce transactivisme qu’on vit aujourd’hui, à quel point ça peut être dangereux pour un adolescent en développement, ou même une jeune adulte en développement. Et à quel point, quand on est perdu, c’est facile de mordre à l’hameçon de ce transactivisme, entre guillemets de “se faire avoir” et de, potentiellement, détruire entièrement son avenir, et sa possibilité d’avoir un enfant, sa possibilité d’être épanouie dans une vie, de sentir bien avec soi-même, parce qu’on a fait une erreur. Et donc oui, je témoigne aujourd’hui pour avertir. 

Je ne me considérais pas comme critique du genre à l’époque de ce qui m’est arrivé au lycée, qui a fait qu’aujourd’hui je suis critique du genre. Ce qui a fait qu’aujourd’hui, je le suis, c’est vraiment que je n’ai jamais pu rentrer dans une case, en fait. Du côté des garçons, j’étais une fille, donc je ne pouvais pas… Du côté des filles, j’étais trop masculine. J’étais un peu “garçon manqué” donc je ne pouvais pas non plus, je n’étais pas acceptée pleinement. Mes amis garçons, ben voilà il y avait toujours le : “Oui mais tu es une fille, donc on est plus intéressés par toi parce que… Surtout à l’adolescence, au lycée, le côté sexuel, un peu, de la chose, et de vouloir une relation. Et du côté des filles, j’étais trop “garçon manqué”, je ne rentrais pas dans les cases, je remettais en cause le : “Oui mais pourquoi si je suis une fille, je devrais faire ci ou je devrais faire ça?” Et donc ça ne me plaisait pas. Et après, ce qui a fait que je suis devenue critique du genre aussi, c’est l’éducation que j’ai eue de la part de ma mère, qui a toujours été très féministe, et je ne la remercierai jamais assez à ce niveau-là, parce que ça m’a… Elle m’a toujours appris que si j’aimais quelque chose, c’est pas parce que quelqu’un me disait “Non c’est pas bien que tu aimes ça”, qu’il fallait que je l’abandonne.  

Dès petite, j’aimais tout ce qui était rock n’ roll, un peu gothique, tout ça… et mon père n’aimait pas du tout, mais ma mère m’encourageait dans ce truc, même si tout le monde me disait : “Mais oh tu es ridicule, tu es une gothique, et tout.” Mais je ne rentrais pas dans les cases à cause de ça, mais j’en étais très contente parce que au moins je m’assumais, même si c’est ce qui a créé pas mal de harcèlement chez moi, le fait de ne pas rentrer dans les cases. Et une fois arrivée au lycée, prendre un peu plus en maturité, je me considérais vraiment comme féministe, sauf que à cause de mon harcèlement, je me suis énormément renfermée sur moi-même. Je me réfugiais énormément dans les jeux vidéo, les réseaux sociaux. Ma vie sociale, elle se [limitait] vraiment à mon ordinateur et mon téléphone. Et une fois que je suis arrivée, vraiment, au lycée, j’ai rencontré un groupe d’amies qui était un peu comme moi, c’était des filles qui aimaient les jeux vidéos. Donc bah tout de suite, ça a collé, et en fait, avec leur recul, je pense que c’est une des plus grosses erreurs que j’ai pu faire plus jeune, parce que c’est comme ça que j’ai rencontré la fameuse fille qui prétendait se sentir homme. C’est comme ça que je l’ai connue et que tout a dégringolé, en fait. J’ai rencontré ce groupe de filles, qui étaient toutes très “garçons manqués” : jeux vidéo, réseaux sociaux, comme moi. Donc, tout de suite, je me suis dit : “Ouais, trop bien! J’ai trouvé des filles comme moi!” 

Dès le début, il y avait des signes avant-coureurs de ce qui allait se passer, mais je ne les voyais pas parce que j’étais aveuglée par ce manque d’interactions sociales que j’avais. J’étais aveuglée par ça, de me dire : “Mais en fait, ça y est! J’ai trouvé mon groupe!”

Mais dès le début, elles remettaient en cause…  “Oui mais tu vois bien que tu t’habilles comme un garçon, donc c’est qu’au fond tu n’es pas vraiment une fille.” C’étaient des petites remarques par-ci, par là : “Tu es vraiment masculine, je pense que, au fond, tues non-binaire, et pas une fille réellement… Tu es sûre de ne pas vouloir essayer les cheveux courts?” (parce que j’avais les cheveux longs à l’époque et je les aimais beaucoup).

Cette fille, en fait, avec qui j’étais, et ce groupe d’amies, m’incitaient énormément à enlever tout ce côté féminin qui me restait, au point où ça a fonctionné, à un moment j’étais à la limite de la transition, je me disais : “Ouais j’ai envie qu’on m’appelle par un nom masculin.” 

Je me suis coupé les cheveux, tout ça. Bon ça a été vers la fin, mais dès le début en fait, c’était toujours la remise en question de ma personne, de qui j’étais, de comment je m’assumais. Si jamais je leur disais : “Non, je ne suis pas d’accord avec vous, j’ai envie de porter une jupe, j’ai envie de porter ce que je veux, j’ai envie de de garder mes cheveux longs, que je ne me sens pas enfermée dans une cage juste parce que je prends, une jupe ou parce que je me sens fille”, j’avais le droit à la soupe à la grimace pendant au moins une semaine. C’est-à-dire que le seul groupe d’amies que j’avais me rejetait entièrement. Donc c’était très dur, et puis au fond je me disais “Mais est-ce que j’ai vraiment envie d’abandonner ce groupe?” En tant qu’adolescente qui se construit, quand ta seule vie sociale et ta seule vie tout court, en fait se résume au lycée, perdre le seul groupe que tu as au lycée, c’est terrible! Et je pense qu’on a toutes ressenti ça au lycée, d’avoir un groupe et de se faire rejeter par son propre groupe, c’est absolument horrible. 

Et donc j’ai préféré me plier un petit peu, parce que la pression psychologique qu’elles mettaient vraiment sur : “Il faut que j’accepte leur idée”… et si j’accepte pas leur idée, je suis une ennemie… c’était vraiment tout ou rien. Et en fait, ça ne se limitait pas seulement au lycée. Déjà, au lycée, elles avaient des badges sur leurs sacs avec le drapeau, elles coloriaient des drapeaux partout, elles avaient “PRIDE”, et tout… Elles voulaient montrer, quoi. Et puis au fur et à mesure, en me rapprochant de ce groupe, j’ai commencé à avoir des sentiments pour cette fille. J’ai commencé à réellement avoir des sentiments pour elle, parce que c’était comme ma meilleure amie… sauf qu’il y avait quelque chose derrière. Donc au début, je me considérais comme lesbienne, mais au final ce n’était pas réellement ça, et honnêtement, aujourd’hui, je reconnais que c’était mon premier amour. Mais j’étais incroyablement manipulée par ce groupe et par cette fille. Et donc on a commencé à sortir ensemble avec cette fille et c’est à partir de là que c’était parti. De  jour en jour, ça continuait, mais de plus en plus fort. 

Par exemple, elles me lâchaient des : “Si tu sors avec cette fille, et que tu t’habilles comme un garçon, c’est qu’au fond tu es un homme, mais tu ne veux pas l’assumer!” Et intérieurement, je me disais : “Mais non, en fait, je n’ai pas envie.” 

Mais quand je voyais la personne que j’aimais me dire : “Moi, avec mon expérience, je pense vraiment que c’est tes parents qui t’empêchent d’être qui tu es réellement…” Donc en fait, en plus d’avoir un impact sur ma vie au lycée, sur mon être en tant que telle, elles commençaient à avoir de l’influence sur la relation que j’avais avec mes parents.

RDG – Est-ce que tu en as parlé avec tes parents à ce moment-là? Est-ce que c’est quelque chose que vous avez abordé?

Chloé – Alors justement, en fait, j’étais tellement manipulée par cette fille qu’elle a réussi à me monter la tête contre mes propres parents. C’est à dire qu’à cette époque elle détestait tellement ma mère – surtout ma mère, elle l’aimait vraiment pas, parce que ma mère lui montrait par A+B que son idée d’être un garçon, en fait, c’était juste un problème psychologique, elle était vraiment en colère que ma mère puisse lui dire ça – elle en avait tellement après ma mère, que c’était toujours : “ma mère c’est la méchante”. Sauf que, vu que j’étais amoureuse, j’étais folle amoureuse de cette fille, je me persuadais que c’était une réalité, que ma mère était l’ennemie. 

Au point où je me suis coupée complètement de ma mère. Il y a vraiment eu une rupture dans ma relation avec ma mère, à cause de cette fille, où elle me disait : “Ta mère t’empêche d’être qui tu es réellement. Ta famille, elle ne veut pas t’aider, elle te, elle t’emprisonne, en fait. Ta famille, elle … Ta mère veut que tu rentres dans ces cases et pas que tu sois libre, en fait!” Alors que ma mère, au contraire, elle m’a toujours poussée à accepter la personne que je suis, et à accepter pleinement, à m’assumer, en fait. Elle a  toujours été derrière moi, en fait. Jamais une seule fois, ça n’a été péjoratif. Mais cette fille avait un pouvoir de manipulation sur moi, au point où vraiment ça m’a tournée contre ma mère. Au point où je n’avais plus personne. Je m’étais isolée. Cette fille m’avait isolée, et je l’avais fait de moi-même, tellement j’étais manipulée. Je m’étais isolée de tout le monde. Les dernières personnes que j’avais, c’était ce groupe d’amies, et cette fille, qui était donc ma petite amie à l’époque. Et en plus, avec l’âge rebelle, au lycée ça n’aidait pas, quoi. Ça n’aidait vraiment pas, et je me faisais influencer dans ma recherche de qui j’étais, et c’est absolument incroyable. Elle remettait réellement en cause toutes les actions de mes parents, elle me persuadait que ma famille était nocive, toxique, que c’était des vrais bourreaux.

Elle réussissait, c’était ça, le pire. Elle réussissait.

Je ne parlais presque plus à ma mère, à ma famille.

J’avais la boule au ventre en rentrant chez moi, parce que pour moi, mes parents étaient mes ennemis. 

J’en arrivais où je pouvais vraiment faire une crise panique en rentrant chez moi juste parce que je me disais : “Je vais voir ma mère!”

Alors que, honnêtement, si je n’avais pas connu cette fille, jamais ça ne serait arrivé. Jamais.

Avant d’avoir connu cette fille, jamais je ne m’étais posé la question de : “Ouais, est-ce que je suis réellement une femme ou pas?” Parce que pour moi, c’était absurde. 

Elle a quand même réussi à forger dans mon esprit une vision complètement erronée de ma famille. Son but, c’était aussi, je pense, je l’assume, mais … vraiment ce qu’elle renvoyait, c’était que son but, c’était de m’éloigner de mes amis, et elle avait réussi. 

Et je me suis retrouvée seule avec plus aucune personne de confiance, à part elle et mes amies qui s’identifiaient transexuelles pour la plupart, ou non binaires, ou “non, je suis… je suis un garçon, etc.” Enfin, tout ce genre de choses. 

Et elles m’avaient complètement relookée aussi. J’ai eu les cheveux courts, à la garçonne. Je ne m’habillais plus qu’avec des jeans, des baskets et des pulls oversized, parce que sinon on voyait trop mes formes, et j’allais me sentir mal qu’on voit mes formes. C’était du noir ou du bleu, et surtout pas quelque chose qu’elles jugeaient “féminin”… Sinon c’était se forcer à [être] une personne qu’on n’est pas.

En fait, c’était limite devenu une secte, au point où on parlait, on mangeait, on respirait, on transpirait LGBT.

Vraiment, il n’y avait que de ça : et du transactivisme aussi. 

A l’époque, je ne vais pas dire que j’étais une transactiviste, parce que je ne le partageais pas sur les réseaux, ou quoi que ce soit, mais vraiment, j’étais persuadée que le transactivisme était une bonne chose.

Alors que, avec le recul, pas du tout!

Et en fait, pas très longtemps après qu’elle ait réussi à m’isoler de tout le monde, ma petite amie m’a annoncé que, en fait, elle était transexuelle, et qu’elle allait faire la transition pour devenir un homme. Qu’elle voulait qu’on la genre au masculin. Qu’on l’appelle par son nouveau prénom. Et moi, je trouvais ça merveilleux : “mais c’est incroyable, c’est dingue. Tu t’assumes, je suis tellement heureuse pour toi!”

Je la soutenais, et pour moi, mon premier amour devenait la personne qu’elle souhaitait être… c’était que du bonheur!

Sauf qu’en fait, ce n’était pas du tout la réalité, c’était vraiment une façade, et vraiment à partir de ce moment-là, c’est devenu de pire en pire. 

Au point où on avait des cours d’arts plastiques ensemble, et tous ses projets, c’était sur la dépression, et à quel point être dépressif c’était poétique. Etre triste et se mutiler, c’était poétique. Que la transexualité, c’était de la libération, etc.

Donc je passerai le sujet de la mutilation parce que vraiment, elle avait une obsession avec ça, vraiment. 

Elle me faisait du chantage avec ça.

RDG – Tu dis que tu veux le passer, mais c’est quand même un point important, on le gardera si tu veux, ou pas. Mais qu’est-ce que tu entends par cette obsession de la mutilation? 

Chloé – Elle se scarifiait.

RDG – Elle te demandait de le faire aussi ?

Chloé – Alors une fois. En fait, à chaque fois qu’on se prenait la tête, elle me faisait du chantage à la mutilation. Elle me faisait du chantage en disant : “Ouais, non mais tu penses ça de moi, et tout… je vais me mutiler.” 

Et puis après, elle m’envoyait des photos de tout ça, au point où moi je me disais : “Mais ça devient normal.” Et j’ai commencé à le faire. J’ai commencé à le faire. Parce que, à chaque fois que je faisais vraiment une crise due à mon autisme, à chaque fois que je faisais des crises d’overwhelm, quand j’étais vraiment trop stimulée, au point où mon cerveau n’arrivait plus à fonctionner, la seule solution, ça en venait à être de la scarification, parce que c’était la seule qu’on m’avait appris, étant donné qu’à l’époque, ma mère ne s’y connaissait pas beaucoup en autisme, qu’elle n’avait pas été diagnostiquée, moi non plus. Je n’ai reçu mon diagnostic que très tard, et la seule [solution] qu’on me donnait quand tu te sens vraiment pas bien, c’était de te mutiler. Donc je l’ai fait.

Et elle me disait : “Ouais mais c’est trop beau, tu le fais aussi! Tu te rends compte de la beauté du truc, et tout…”

Et ouais sans donner à du chantage à la mutilation, que c’était une bonne chose…

Avec le recul, aujourd’hui, je me dis : “Mais comment j’ai pu me faire berner comme ça, vraiment? Comment j’ai pu? Mais entre les sentiments que j’avais,  et l’âge bête, le fait de trouver enfin un groupe social qui m’accepte, je me disais : “c’est magnifique. et c’est parfois… On vit dans le meilleur des mondes” … Sauf qu’en fait, pas du tout.

 Et donc, oui, par rapport à la mutilation : ça en venait à faire du chantage à la mutilation. 

RDG – Donc scarifications, ce genre de choses-là?

Chloé – Oui, de réelles scarifications. J’en ai des cicatrices aujourd’hui sur les bras. Je me suis fait tatouer pour couvrir un bras, mais j’ai l’autre qui n’est pas encore tatoué, et j’ai encore énormément de cicatrices.

Pareil pour les cuisses : j’ai des cuisses où j’ai encore des cicatrices, et je sais que ça va me suivre toute ma vie.

Et aujourd’hui, à chaque fois que je regarde ces cicatrices, autant je me dis : “J’ai réussi à passer ce cap, et je suis fière de moi.” Mais en même temps ça me renvoie à cette époque, et ça me rappelle cette personne.

Et il y a vraiment des fois où, quand je ne vais pas être bien, de base, et que je vois ça, et que ça me rappelle cette personne, ça va jusqu’à récemment, parce que j’en ai travaillé avec mon thérapeute, jusqu’à récemment, je pouvais vraiment faire des crises juste parce que je n’allais pas bien, et de voir mes cicatrices… Ca m’a réellement laissé un traumatisme, cette expérience. 

Encore aujourd’hui, je peux en faire des cauchemars. 

J’en ai refait un il n’y a pas très longtemps, par rapport à ça, où je rêvais que la personne envers qui j’ai des sentiments actuellement me faisait le même coup que cette personne. Et je me suis réveillée en pleurs, vraiment… Enfin, je n’étais pas bien du tout, quoi. 

Et je sais que ça risque de me suivre encore très très longtemps. 

Mais oui, donc pour revenir à cette histoire, pas très longtemps après cette histoire de transition, elle m’a quittée du jour au lendemain. 

Mais quand je dis “du jour au lendemain”, c’est réellement du jour au lendemain : la veille, on était au téléphone (parce qu’on s’endormait avec le téléphone, on s’appelait, on trouvait ça absolument très romantique, etc…) Alors bon voilà c’est des trucs d’adolescents, mais bon, la veille au téléphone, elle me disait qu’elle m’aimait plus que tout au monde, qu’elle voulait passer sa vie avec moi, etc… Et le lendemain, réellement 24 heures plus tard, elle me largue sans m’expliquer, sans aucune explication. Et après lui avoir envoyé des messages en la suppliant de m’expliquer et des heures de discussion, elle a craqué et elle m’a déversé toute sa haine : me reprochant que j’avais jamais été là pour elle, que je ne l’avais jamais soutenue dans sa transition, que j’étais une mauvaise personne, qu’elle me détestait, qu’elle ne pensait pas pouvoir rester en couple avec une fille, maintenant sa transition commencée. 

Alors qu’avant, on était en couple, il n’y avait aucun problème. 

Et encore moins avec moi… et que je ferais mieux réellement (elle m’a balancé mot pour mot) que je ferais mieux de me jeter sous un train. 

Alors que je n’avais plus personne. 

Psychologiquement, ce que ça fait une adolescente qui n’a personne autour d’elle, de se dire que la seule personne qui m’aimait réellement et que j’aime, me dit que ma vie ne vaut rien, c’est évidemment… ça a donné, ça a donné lieu à des trucs horribles. Elle m’a balancé réellement toutes les peurs que j’avais :  j’avais peur d’être une mauvaise personne, j’avais peur de mal dire les choses, que les gens aimaient traîner avec moi par pitié etc… Toutes ces choses là que je lui avais dit uniquement à elle parce que j’avais confiance en elle, vraiment pour moi c’était ma personne de confiance et elle me les a toutes balancées en me… en me disant que ce que je pensais était vrai : que je valais rien. Que, voilà… Et qu’elle me détestait. Et qu’au lieu de l’embêter avec mes questionnements et mes problèmes, j’étais un poids pour elle, et tout notre groupe d’amies. Et que notre groupe d’amies me détestait, et que je ferais réellement mieux de me jeter sous un train. 

Je me suis retrouvée seule en fait, plus personne autour de moi. 

Ma mère, on avait une relation qui était brisée, en fait, à l’époque, à cause de cette personne et mes amis donc les seules personnes qui me restaient, elles m’avaient toutes bloquée de partout, elles me parlaient plus, elles m’ignoraient, mon premier amour me détestait… Ouais en effet, après ce qui s’est passé j’en suis venu à faire une tentative de suicide.  J’avais plus aucune identité, tout ce que j’avais on me l’avait enlevé et on me l’avait recraché au visage en disant que je valais rien. Mon identité en tant que femme qu’on m’avait enlevée, je l’avais plus. Mon identité en tant que personne, en tant qu’amie, en tant que fille, je ne l’avais plus. 

Ma relation avec ma mère je l’avais plus, je n’avais plus rien. 

Donc oui j’ai fait une tentative de suicide qui, heureusement, n’a pas réussie et ça n’a été vraiment qu’avec du recul et énormément d’aide de ma mère, que je me suis rendu compte que cette rupture c’était le mieux pour moi et à quel point j’avais été manipulée par ce groupe. 

Après avoir passé cette période, plus une seule fois je me suis posé de question sur mon genre, ou ma sexualité, ou mon identité, et je me sens, clairement, plus à l’aise dans mon corps aujourd’hui qu’ à l’époque, avec tout ce qui se passait. 

RDG : C’est… En tant que mère, ça me met dans une telle colère.

Chloé : Le texte que j’avais envoyé à ma mère pour qu’elle le transfère à une amie journaliste à “Elle”… Dans le texte je mets beaucoup de détails pour que le témoignage soit complet pour cette personne. 

Elle l’a lu et elle m’a dit “Mais je suis désolée de ne pas l’avoir vu, de ne pas avoir été là pour toi à ce moment-là, quand c’est arrivé”. 

Et je lui ai dit : “Mais ce n’est pas de ta faute, c’est moi qui te bloquais, qui ne te laissais pas m’aider, qui t’empêchais, en fait, de par cette manipulation complète de ce groupe. 

Je l’ai empêchée. 

Elle était désolée, elle n’était vraiment pas bien, ma mère, quand elle a lu entièrement le texte.

Elle m’a dit : “Mais que tu aies pu vivre ça, je suis réellement désolée.” 

Et je lui ai dit : “Mais tu n’as pas à t’excuser”. 

Clairement, tout ce qui s’est passé, ce n’est pas de sa faute, et au contraire, dans tout ce qui s’est passé, s’il y a bien une personne grâce à qui j’ai réussi à tenir, et à garder un minimum d’identité, c’est grâce à ma mère, et à l’éducation qu’elle m’a donnée. Parce que si elle ne m’avait pas éduquée dans le sens de “tu es une femme, accepte pleinement ce truc-là, et aime toi comme tu es”, si elle ne m’avait pas éduquée comme ça, ça se serait passé horriblement pire ! 

Vraiment ça aurait été une horreur, si elle ne m’avait pas éduquée comme ça.

Donc je ne la remercierai jamais assez de m’avoir donné cette éducation, et de m’avoir accompagnée toute ma vie dans ma féminité, pour m’assumer en tant que telle. 

RDG : Mais merci de dire tout ça! Parce que je crois que c’est vraiment très précieux, et que dans les personnes qui nous écoutent, il y a des mères, il y a des parents, il y a aussi des frères et soeurs, il y a aussi des amis qui sont désespérés, en fait, parce qu’ils voient disparaître une personne, ils doivent porter le deuil de la personne qu’ils aiment, alors qu’en fait elle est vivante, mais que, ils peuvent juste espérer qu’elle va revenir. Et ton témoignage dans ce sens-là… 

Vraiment, je te dis merci parce que je crois que tu peux donner de l’espoir en fait à beaucoup de personnes, vraiment.

Chloé : c’est gentil. 

RDG : Non non, je pense réellement que c’est très important de garder l’espoir et de se dire que c’est pas mort, en fait, et que la relation, on arrive à la garder. On peut la restaurer, on peut la restaurer.

Chloé : Bien sûr ! Mais le pire dans tout ça c’est que ma mère n’a jamais abandonné en fait, elle a gardé cet espoir qu’un jour, ça se brise. Et c’est ce qui s’est passé.

Mais ça a mis du temps avant qu’avec ma mère, on reprenne une relation. 

Là, on n’a repris une relation saine, et une réelle relation mère-fille que très récemment. Ça a mis plus de 3 ans pour que moi, psychologiquement, j’arrive à m’en remettre. Et j’arrive à ré-accepter qu’en fait ma mère n’était pas un ennemi. 

Moi, ça m’a fait une image de ma mère qui est absolument horrible, mais heureusement, je me suis réveillée. Parce que ma mère n’a pas lâché prise. Et elle est revenue vers moi plus tard, en me disant : “Mais est-ce que tu souhaites qu’on se voit?” 

Et heureusement! Parce que, vraiment heureusement, qu’elle n’a jamais lâché prise, parce que c’est elle qui m’a… qui m’a soutenue.

De loin, avec le recul, je m’en rends compte. 

Mais à l’époque, je ne voulais pas le voir. 

Mais au fond, je savais que ma mère serait toujours là.

Et c’est ce qui s’est passé, elle a toujours été là. 

Et aujourd’hui, on a une relation qui est pour moi une délivrance, un peu. Réellement, pour moi, d’avoir cette relation aujourd’hui avec ma mère, c’est une délivrance. Parce que je peux m’assumer pleinement, elle est toujours avec moi, même si je dis quelque chose de mal elle va me le dire, elle va me dire : “Donc oui, je pense que ton avis, il n’est pas dingue.” 

Et quand on a un désaccord, on en parle, on en discute et on communique. 

Et vraiment c’est ce qui a manqué à ce moment-là : c’était de la communication. 

C’est réellement ce qui a fait que tout ça s’est passé de cette manière, et on l’a appris avec ma mère. Et aujourd’hui, dès qu’il y a un problème, on communique. 

Et ça s’arrange tout de suite, dès qu’on communique, parce qu’en plus de notre autisme à chacune, dès qu’il y a un désaccord, c’est très souvent parce qu’on n’arrive pas à se comprendre l’une et l’autre, parce qu’on va interpréter différemment, et on va renvoyer différemment. Et aujourd’hui, quand il y a un problème, moi je lui dis  “Moi, je ressens les choses comme ça et ce que j’essaie de te faire comprendre c’est ça.” Et ma mère va me dire : “Moi je les comprends comme ça, et ce que je veux te faire comprendre c’est ça.” Et à partir de là, c’est bon. Et oui, je pense vraiment que la relation mère-fille, père-fille, père-fils, mère-fils, toutes les relations proches en tout cas, la communication c’est extrêmement important parce que c’est ce qui a manqué à ce moment-là.

RDG :  Clairement, c’était ce qui t’a sauvé et c’est aussi pour ça je pense, qu’elle s’est autant acharnée pour détruire cette relation, en fait. 

Chloé : Ah bien sûr ! Bien sûr ! Parce que ma mère réellement, à cette époque là, elle m’a expliqué le pourquoi du comment, cette idée de transidentité, c’était nocif, c’était mauvais, et elle y arrivait au début, elle arrivait à me faire comprendre. 

Sauf qu’en fait, cette fille avait une emprise telle sur moi que je me disais “mais non en fait, ma mère a complètement faux et c’est une ennemie, elle veut m’enfermer et tout” et elle s’est acharnée, cette fille, pour détruire cette communication qu’on avait. Et elle a réussi. Et c’est à partir du moment où il n’y avait plus aucune communication entre ma mère et moi réelle, sans qu’on se prenne la tête ou sans que j’interprète dans le sens de tuer la méchante, jusqu’à ça psychologiquement, je tenais encore. Mais c’est à partir du moment où cette fille a coupé toute communication entre ma mère et moi que ça a dégringolé.

RDG – A quel moment tu dis finalement ben oui tout ça c’est en fait… c’est du vent?

Chloé – Alors le moment où je me suis dit que… tout ce transactivisme, et tout, c’était vraiment nocif, ce n’est que très récemment. Parce que j’en parlais énormément avec ma mère, et depuis ce qui s’est passé au lycée, je me disais “mais ce n’est pas normal.” Mais je ne m’y étais jamais réellement attardée et donc, je me suis vraiment posé la question d’être, entre guillemets, une  “rebelle de genre” quand j’ai repris contact avec ma mère, et qu’on a parlé, énormément, de cette période. Parce que c’est la période où ça a brisé quelque chose entre ma mère et moi. On en a énormément parlé, et elle m’a envoyé des articles à lire, et… mais sans me forcer, comme quoi… ok : l’homosexualité, là il n’ y a pas de souci, mais le problème c’est de remettre en cause ce qu’est une femme ou ce qui peut être un homme, et à quel point c’est problématiques au niveau des droits de la femme, et au niveau de tous les combats que nos ancêtres ont fait pour qu’aujourd’hui on puisse être des femmes pleinement, en fait! Et à quel point ça rend invisible notre combat en tant que féministe, et en tant que femme tout court. 

Donc j’ai commencé réellement être rebelle du genre il n’y a vraiment pas très longtemps… Enfin, être “critique du genre”. 

Et ce qui m’a amenée réellement à l’être, c’est tout ce qui s’est passé au lycée, et parce que je veux pouvoir comprendre réellement comment ça a pu arriver, et pouvoir prévenir, pouvoir arrêter ce… idéalement évidemment, pouvoir arrêter ce transactivisme qui se fait de partout. Parce que c’est dangereux, c’est réellement dangereux pour un adolescent qui est en pleine construction ou pour un enfant qui est en train de se construire, de s’accepter soi-même. C’est dangereux.

En prenant mon exemple, si tu as très peu de contacts sociaux avec l’extérieur, si tu t’enfermes dans les jeux vidéos, Internet, etc.,  tu es une victime facile, en fait, de ce mouvement. Et que derrière toute cette façade de “espace safe pour toute personne”… ben non ça ne l’est pas. C’est réellement un piège, en fait, parce que dès que tu te fais avoir, il faut te battre. C’est la croix et la bannière pour t’en sortir, pour réussir à t’en défaire complètement. Et psychologiquement, ça a un impact en fait. Ça a réellement un impact. Ça te laisse des traumatismes qui peuvent durer à vie, que ce soit psychologiques ou physiques.  Ca te laisse un réel traumatisme. La vérité c’est… soit tu es de leur côté, soit tu es un ennemi. Il y a pas d’entre-deux.

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie?

Chloé – C’est une réelle menace, ne serait-ce que pour les femmes, parce que ça rend invisible notre combat, complètement! Ils sont en train d’effacer ce qu’est une femme. On est en train de faire de la femme un sentiment. De faire de la femme des clichés complets. Pour eux, tu peux t’identifier comme femme à partir du moment où tu “agis comme une femme”… Sauf que être une femme, ce n’est pas ça! 

Etre une femme, c’est avoir un vagin, avoir certains chromosomes.

Etre une femme, n’est pas un sentiment.

C’est une vérité scientifique, d’être une femme.

Pour moi, c’est une réelle menace, parce que c’est en train d’effacer le féminisme et c’est en train de diaboliser, en fait, le féminisme. Parce que quand on dit : “Non. Etre une femme, ce n’est pas un sentiment.” On nous traite de TERF, on nous insulte, on nous menace! De plus en plus, on menace les féministes qui osent dire que : “Non.” On les menace de mort.

On les menace de violences sexuelles, aussi.

Donc clairement, ouais c’est vraiment parce qu’on est en train de rendre invisible le combat de la femme, et la femme tout court.

Ensuite cette idéologie, c’est une menace pour les enfants, également. Parce que les enfants c’est les plus faibles, c’est les proies les plus faciles. Parce que on les noie sous toutes ces nouvelles informations de : “Oui, en fait, si tu veux mettre une jupe, c’est que tu es une femme, c’est que tu n’es pas un garçon. Et que, à contrario, si tu veux mettre un pantalon et que tu n’aimes pas les jupes, c’est que tu n’es pas une femme, c’est que tu es un garçon.” 

Ce que ça fait un enfant, psychologiquement, de se dire : “En fait, si j’ai un pénis ou si j’ai un vagin, ça ne change rien.” 

C’est terrible pour le développement d’un enfant.

D’autant plus sur Netflix, surtout ce qui se passe au niveau des séries… 

Netflix, qui est accessible pour les enfants si les parents ne font pas très attention, s’ils ne mettent pas le contrôle parental : ils ont accès à toutes les séries possibles sur Netflix, dont les séries qui se veulent “sex progressive” qui sont dangereuses. Ces séries, réellement, elles sont dangereuses! Il y a quand même des séries qui veulent enlever le tabou de la puberté pour les enfants, pour que ça soit plus simple pour eux, d’assumer la sexualité, dès très jeune… 

Dans cette série, on met des enfants de 12-13 ans, on les met comme exemple, et on leur fait vivre des situations “à sortir par les yeux” , il n’y a pas un seul personnage dans cette série qui, à un moment, ne remet pas en question sa sexualité ou son genre! Ce n’est que de ça!

Dans cette série, à un moment on te montre un garçon qui a transitionné pour devenir entre guillemets “une femme”, donc une fille car il a 13 ans, je le rappelle. Et donc on le voit arriver dans un camp de vacances, alors qu’il a encore un pénis, dans le dortoir des filles. Il va dormir dans le dortoir des filles parce qu’il s’identifie comme femme. Et il arrive là-bas, et les filles qui sont “féminines” réellement, qui mettent du maquillage, qui s’habillent avec des jupes, qui assument leur “féminité”, etc., qui sont des clichés, clairement… qui sont des clichés de ce qu’est une fille à l’époque du collège, qui vont voir, donc, ce garçon dit “transexuel”, et qui vont l’habiller et qui vont lui dire : “Oui mais comment tu présentes cette fille? Est-ce que tu lui mets du maquillage? Est-ce que tu l’habilles en Prada? Est-ce que tu l’habilles avec du Gucci, etc.?” Ils s’en servent comme d’une poupée.

Donc déjà, ça diabolise un petit peu, je trouve, ce qu’est une fille. 

Pour elles, quelqu’un de trans, c’est un jouet. 

On porte ces filles-là en méchantes, de prendre ce garçon trans, de l’habiller, de lui mettre du maquillage, et tout, parce qu’il est trans, et parce qu’elles veulent entre guillemets “l’aider à être plus une fille”…

RDG –  Oui évidemment du maquillage… paf, paf…  fille!

Chloé –  Bah oui c’est ça, pour l’aider à être plus une fille : il faut lui mettre du maquillage, lui mettre une robe, le mettre sur un podium, sur un défilé… tout ça! Et à contrario, il y a la fille, donc le personnage principal, à côté, qui va le voir, qui s’excuse en disant que : “Oui c’est… c’est vraiment (comme ils disent dans la série) c’est des “bitches”, donc c’est des connasses littéralement, que c’est des connasses de dire ça et que oui si elle se sent mal, enfin si ce garçon se sent mal il peut venir la voir…. 

Les seules filles qui entre guillemets “assument” leur féminité, on en fait les méchantes et en plus de ça, on cultive la caricature de : être une fille c’est mettre du maquillage et s’habiller avec de la haute couture! Je trouve ça quand même assez incroyable… de mettre ça dans une série pour enfants en plein développement! 

RDG – Et de façon plus générale je pense que tu avais développé un peu une réflexion sur justement les séries Netflix, de façon globale tout à l’heure tu m’en parlais?

Chloé –  Ah oui oui! Toutes ces séries Netflix accessibles aux enfants qui se veulent “sex progressive” où dedans il y a pas un seul personnage pleinement hétéro. Où, à chaque fois le personnage hétéro va remettre en question sa sexualité ou son genre et que de remettre ça en question ça va “le libérer”! Ça me sort par les yeux. 

En quoi être une personne hétéro et assumer son genre pleinement est un problème?

RDG – C’est général sur Netflix? Il y a beaucoup de séries comme ça?

Chloé – Ah bah il y en a de plus en plus je vois de moins en moins de séries ou on parle pas de LGBT, de transexualité, ou le mot “cisgenre” n’est pas prononcé, il y en a de moins en moins, des séries comme ça. 

RDG – Donc en fait on a une normalisation du discours transactiviste par les séries, complètement. 

Chloé – Ah mais ça, complètement! C’est son train de devenir une normalité, en fait!

Sur Netflix, ils sont limite en train de dire que le fait d’être hétéro, ou pour eux, d’être “cis”, c’est une mauvaise chose. Et qu’en fait, être transgenre, ou être non-binaire, ou être homosexuel, et de remettre sans cesse son genre ou sa sexualité en question, c’est une bonne chose, c’est un bon développement pour une personne.

RDG – Et notamment pour les enfants. Enfin, ça fleure bon la pédocriminalité, tout ça! Je veux dire…

Chloé – Ah oui complètement!

RDG – Je veux dire… Normaliser la sexualité chez des enfants, enfin pour moi ceux qui font ça régulièrement, c’est quand même les pédocriminels, non?

Chloé – Ah mais complètement! Surtout que comme dans la série dont je parlais tout à l’heure… Le fait d’enlever ce tabou sur la puberté, de montrer des pénis à tout va, et des vagins tout va dans la série… Et montrer ça ensuite à des enfants… Bon, c’est un peu moyen quoi ça. Ouais ça fleure la pédocriminalité, ouais.

RDG – D’accord. Alors qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité, puisque c’est le cas aujourd’hui? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est-ce que tu sens qu’il pourrait y avoir un danger dans ton entourage ou pour toi-même, par rapport à cette question? Ou est-ce que tu te sens en sécurité pour parler librement?

Chloé – Alors clairement, je n’ai pas peur de témoigner sous ma réelle identité, ça ne me pose aucun problème. Et ce qui m’a décidée à témoigner sous ma réelle identité, c’est déjà pour montrer qu’il ne faut pas se laisser faire. Haha. Que, même si on reçoit des pressions, il ne faut pas en démordre. Parce que c’est comme ça que ce dogme va gagner un petit peu. Et c’est en nous faisant peur et en nous faisant reculer, et au contraire il faut pas reculer face à ça parce que sinon ça va les laisser gagner, et ça va les laisser s’étendre de plus en plus et devenir de plus en plus dangereux. 

Et donc, non j’ai pas peur de témoigner sous ma réalité, alors que oui, j’ai reçu des pressions ou des leçons de morale de la part de transactivistes, ou “d’alliés (entre guillemets) LGBTQje-ne-sais-quoi+”. Et pourtant, ça n’a pas changé mon point de vue une seule fois. Pas une seule fois, je ne laisserai mon point de vue être changé par ce genre de personne. Et ça m’a réellement montré à quel point tout ce lobby, cette idéologie est immature. 

Parce qu’à chaque débat, il n’y a jamais un seul argument, un réel fait, un réel argument. C’est toujours du chantage affectif, du chantage au suicide. Du : “Oui mais regarde-toi, tu es la méchante, et tout!” 

Mais je m’en fiche! Clairement, c’est ton idée, d’accord. Mais ce n’est pas parce que c’est ton idée que je dois l’accepter et me dire que c’est la bonne idée. 

Et ça n’est pas parce que TU penses que c’est la bonne idée que ça l’est, clairement. 

Je pense réellement que ça ne devrait pas atteindre autant de personnes, au vu des idées qu’ils propagent. Clairement, les idées de que tous les transactivistes propagent, le fait que ça atteigne autant de jeunes personnes, c’est pas bon! 

Et il faut continuer à se battre pour empêcher ça. 

Parce que ça va devenir de pire en pire. 

Peut-être que là, actuellement, je suis un cas parmi tant d’autres. 

Mais au vu de ce qui m’est arrivé, je n’ai pas envie que ça devienne une normalité. 

Et malheureusement, c’est ce qui est en train de devenir. 

Parce qu’aujourd’hui, on est en train de voir de plus en plus de femmes qui sont en train de détransitionner, parce qu’elles ont vécu ce genre de choses, et qu’elles ne se sont pas arrêtées juste avant. 

Parce que moi, clairement, je me suis arrêtée juste avant. 

Juste avant d’entamer réellement cette envie de transition. Je me suis arrêtée juste avant. Et je n’ai pas envie qu’il y ait de plus en plus de femmes qui souffrent de ça, et que malheureusement, ce soit trop tard, leur identité de femmes, elle leur soit enlevée, physiquement, je veux dire. 

RDG – Oui leur corps en fait : que leur corps soit altéré, qu’elles soient mutilées définitivement.

Chloé – C’est ça : que leur corps ait été mutilé. Je n’ai pas envie que ça devienne une normalité. Parce que… c’est horrible. C’est horrible. 

Pour moi qui, à l’époque… je me disais : “Non, je ne veux pas d’enfants.” 

Alors qu’aujourd’hui, j’aimerais avoir un enfant plus tard, une fois que, voilà, j’aurai la situation, etc. Je veux avoir un enfant. 

Mais à l’époque, au vu de l’immaturité que j’avais, je n’en voulais pas, d’enfant. Si j’avais fait cette transition pleinement, aujourd’hui j’en souffrirais, parce que je ne pourrais jamais avoir d’enfant.

RDG – Et ton ex copine, là… Du coup, elle a fait une transition complète? 

Chloé – Elle a fait une transition complète, de ce que je sais. Parce que j’ai coupé tout contact avec ces personnes.

RDG – Donc elle s’est fait stéril… elle s’est faite castrer.

Chloé – Aux dernières nouvelles, elle était sous bloqueur hormonaux, elle prenait de la testostérone, et elle s’est fait retirer ses seins. 

De me dire que cette personne m’influençait à me dire que, oui c’était possible que je puisse le faire également. 

Et que, pour moi, ça s’en était devenu une possibilité à un moment de me dire que, dans une autre temporalité, je l’aurais fait… ça me détruit.

Parce que je me dis… mais si ma mère n’avait pas été aussi présente, dans quelle situation je serais aujourd’hui?

Si ma mère avait laissé tomber, dans quelle situation je serais aujourd’hui? 

Et c’est pour ça que je ne remercierai jamais assez ma mère de ne pas avoir lâché prise, et de toujours avoir été là pour moi. 

RDG – Merveilleux. En tant que mère je… je connais le désespoir de certaines mères vraiment, autour de moi et ce matin encore j’ai parlé avec une amie très chère et c’est sa petite fille qui a 19 ans qui a transitionné. Donc elle a déjà pris la testostérone, elle a… sa voix a mué, et donc là, il est question de … la suite, en fait : la mastectomie, etc. Et cette femme qui traverse ça… c’est terrifiant.

Chloé – Pour moi qui veux un enfant, je n’ai pas envie que mon enfant grandisse dans une société où il y a cette idée-là que c’est normal de se mutiler le corps, en tant que femme, pour devenir un homme. Et qu’être une femme, en fait, c’est un sentiment.

Mais ça me détruirait, en tant que mère, de voir mon enfant tomber dans ce piège.

RDG –  As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Chloé – Une fois, en fait, je m’étais habillée avec une robe et des collants et comme je m’habille aujourd’hui parce qu’à l’époque je commençais déjà à avoir mon style en fait! Et elle me l’a enlevé complètement. Que j’étais venue en robe avec des talons et j’avais ma robe, collants, talons, sac à main et tout… Et que ça n’avait pas plu à mon groupe d’amies qui se disaient transactivistes, ça leur a permis de faire beaucoup de remarques sur mon hétérosexualité, ma féminité. Je leur ai dit : “Mais j’aime m’habiller comme ça, laissez-moi m’habiller comme ça enfin!” Et elles n’étaient pas d’accord, et je leur ai tenu tête… Et vraiment, elles m’ont fait la tête pendant un bon moment… Elles m’ont vraiment ignorée parce qu’elles me disaient : “Non, tu es non-binaire, tu n’es pas une fille, tu n’es pas une fille, tu n’es pas une fille!” 

Alors que moi je leur disais : “Mais bien sûr que si! Enfin moi, je m’identifie comme une fille. Je ne m’identifie pas comme comme ce que vous me dites!” Elles osaient dire que je n’étais pas de leur vie, et que je voulais m’habiller comme je le souhaitais… elles m’ont fait la tête pendant presque une semaine. Elles m’ont ignorée et rejetée, juste parce que je leur avais tenu tête, jusqu’au moment où il a fallu que j’aille m’excuser de moi-même. Et c’est à partir de là qu’elles ont accepté de me pardonner, et de passer l’éponge. 

Et de même, au tout début de ma relation amoureuse avec cette fille, pour moi c’était… voilà c’était compliqué, parce que je me disais “Oui bon voilà je suis amoureuse d’une fille, voilà…” ça me surprenait un petit peu… Elles remettaient ce truc-là en question en disant que : “Oui, tu te rends compte, si tu t’acceptais pleinement, tu ne réagirais pas comme ça, etc…” 

Alors que j’étais en train de me développer et qu’elles appuyaient sur tous les questionnements que je pouvais avoir en tant que personne qui se développe, en fait.

Par rapport aux marques, en fait, vraiment aujourd’hui cette idéologie elle impacte même les marques au point où en juin donc, pendant le “Pride Month” donc le mois de la Pride, toutes les marques mettent leur logo en drapeau LGBT et se veulent “alliées”. 

Sauf qu’en fait, c’est évidemment juste pour se faire bien voir des parties LGBT des transactivistes etc. Et le fait que même des marques prennent ce genre de parti ça me semble quand même assez absurde. De vouloir se justifier comme allié pour vendre… Parce que comme ce qu’on voit sur Twitter si tu n’es pas un allié tu te fais “ficher” il y a quand même des threads sur Twitter de personnes qui disent “Voici les marques et les personnes qui sont contre le transactivisme et les LGBT, ou qui ne soutiennent pas…” Parce que même ne pas soutenir, c’est être un ennemi, bien sûr! 

Et c’est des threads absolument absurdes! Statuant qu’il faut boycotter cette marque parce qu’elle n’est pas dans le “Pride Month”, elle ne fait pas partie donc en fait ce lobby-là prend même en otage les marques de vêtements! 

Même les marques de vêtements qui sont censées être un minimum neutres, sont forcées de prendre un parti, autrement elles se font boycotter.

Je trouve ça quand même absurde. 

RDG – Dernière question : est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Chloé – Ce que j’aurais à ajouter à la fin, c’est ce que j’ai essayé de faire passer également durant ce témoignage c’est que face à une personne qui se fait piéger un peu par ce lobby, en tant que personne aimante, tout ce qu’on peut faire malheureusement quand notre enfant, notre ami, notre petit enfant, notre compagnon ne va pas nous laisser avoir de la place ou avoir un avis, faut pas laisser tomber! 

Parce que comme je l’ai déjà dit aujourd’hui si réellement, j’arrive à m’accepter pleinement, c’est c’est un bon 80, 90% grâce à ma mère! 

Et heureusement qu’elle n’a jamais abandonné, qu’elle n’a jamais baissé les bras, qu’elle n’a jamais accepté mon avis un peu absurde que j’avais à cette époque, parce que je me faisais manipuler et ce que je peux dire c’est qu’il ne faut pas laisser tomber, il ne faut pas abandonner la personne qu’on aime, même si ça fait mal de voir mourir, en fait, psychologiquement, la personne qu’on connaissait avant.

Il faut continuer à se battre pour pas que ce genre de choses s’applique à d’autres personnes réellement, surtout pas! 

Que le suicide, la tentative de suicide devienne la dernière réponse et la libération d’une emprise, il ne faut surtout pas que ça devienne une normalité. 

Parce que malheureusement c’est ce qui était la solution et la réponse pour beaucoup de personnes qui sont fait avoir par cette idéologie.

Et (je voudrais dire) à toutes les personnes qui voient les personnes qu’elles aiment se faire avoir par ce lobby de ne pas laisser tomber, de continuer à se battre, et de continuer à montrer qu’on est là, qu’on les aime tout en leur disant que il ne faut pas qu’ils s’abandonnent juste pour rentrer dans des cases, ou pour se faire bien voir par ses amis, que c’est pas parce que tu as un avis différent de ton ami que tu es un ennemi. 

S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe : womensdeclaration.com 

Rebelles du genre – Épisode 47 – Sara

Sara – Bonjour. Je m’appelle Sara, j’ai 28 ans, j’habite en région parisienne. Je suis d’origine tunisienne, je viens d’une famille musulmane, et en fait je suis ingénieure en informatique.

Même si je viens du monde de la littérature, je faisais à la base une fac de lettres, et je me suis reconvertie parce que le seul débouché possible c’était prof et c’était pas vraiment fait pour moi… alors  du coup je suis partie faire de l’informatique. 

Sara – Quand j’étais petite, moi j’ai vécu dans une famille musulmane. Alors musulmane mais modérée on va dire, c’était pas extrémiste mais on m’a éduquée dans la religion, voilà on m’a expliquée que c’était important de bien respecter tous les dogmes, de bien pratiquer, tout ça. Quand j’étais petite, je ne me posais pas forcément la question…. Je faisais un peu ce qu’on disait et voilà donc j’ai jamais été trop me poser de questions puisqu’en fait les questions elles sont venues quand j’ai grandi donc quand je suis devenue adolescente. 

En fait, ce qui s’est passé, c’est que mes parents se sont séparés. Ils ont divorcé et ma mère, en fait, est partie et je suis restée vivre avec mon père. Et ma mère c’était vraiment celle qui maintenait, en fait, toute la culture, celle qui vraiment nous apprenait un peu la religion,  tout ça. Mon père n’était pas trop là-dedans finalement, il n’était pas plus que ça dedans : il suivait le mouvement mais il était pas plus dedans que ça.

Du coup quand je suis restée vivre avec mon père, ce qui s’est passé c’est que ben du coup on a plus vraiment trop été dedans enfin on ne parlait plus vraiment de la religion, on était plus vraiment éduqués là-dedans et en plus moi j’ai commencé à grandir et j’ai pu traîné avec pas mal de personnes qui étaient pas forcément musulmanes comme moi… 

Donc ça m’a aussi permis de voir un peu comment d’autres personnes vivaient. 

C’est là que les questions ont commencé à affluer. Ce qui commençait vraiment à me perturber, c’était la place des femmes dans la religion, et pas forcément que chez les musulmans hein… C’est un peu la même chose dans toutes les religions monothéistes!

 Donc les femmes sont globalement inférieures aux hommes: elles sont censées se soumettre à leur mari, leur frère, leur père, tout ça et surtout moi ce qui me perturbait beaucoup c’était le port du voile. Je comprenais pas pourquoi c’était aux femmes de devoir porter le voile et pas les hommes, et surtout la raison pour laquelle elles devaient porter le voile c’est que finalement fallait qu’elles se cachent du regard des hommes parce que sinon ça pourrait voilà attirer l’oeil des hommes, en gros faudrait pas les tenter quoi!

C’est ça l’idée globale du voile et donc moi j’avais posé la question à ma mère en disant “Pourquoi en fait les femmes devraient forcément être soumises aux hommes,  pourquoi elles devraient porter le voile en fait ?”. Je ne comprenais pas pourquoi on était censées être soumises aux hommes.

Rebelles du genre –  “Est-ce que ta mère portait le voile?”  

Sara – Quand j’étais petite, non. Mais là, maintenant, elle le porte. 

Rebelles du genre – “Et toi est-ce qu’on t’a demandé de le porter?”

Sara – Non. Non, non, on ne m’a jamais demandé… Enfin ma mère elle a toujours dit qu’elle aimerait bien que je porte le voile, mais moi j’ai toujours été claire sur le sujet que je n’ai jamais voulu donc même quand j’étais petite et que je me posais pas plus de questions que ça je m’étais jamais imaginée le porter donc… Elle respecte, elle ne me forcera  jamais à porter le voile ni rien!  

C’est juste que dans son idée à elle, elle aimerait bien que je le fasse, mais je ne le ferai pas.

Et donc, du coup ma mère, en fait à chaque fois qu’elle me répondait, c’était toujours : “Faut pas chercher à comprendre, c’est comme ça, c’est la religion.” Voilà. C’est un peu blasphématoire de poser ce genre de question mais moi je comprenais pas comment on peut nous demander d’avoir la foi d’y croire si on peut même pas avoir au moins une réponse ? Pouvoir se poser des questions c’est quand même naturel, tous les êtres humains posent des questions, tout le monde se demande pourquoi telle ou telle chose existe donc moi j’ai jamais compris en fait le truc de jamais pouvoir se poser de questions, de toujours devoir croire aveuglément alors qu’on nous demande de croire des choses assez  incroyables! 

Même en dehors de tout le délire un peu misogyne et homophobe, il y a quand même des mythes pas vraiment prouvés donc je veux dire on m’a toujours dit de pas trop me poser de questions, juste de pratiquer, d’y croire, comme ça j’irai au paradis entre guillemets.

Du coup, j’ai commencé de plus en plus à m’éloigner, en plus c’était plus vraiment dans mon environnement, parce que comme j’ai dit j’ai commencé à traîner avec d’autres types de personnes,  qui étaient pas forcément dans la religion donc du coup ça s’est fait naturellement on va dire… Sans forcément un jour me déclarer athée, d’ailleurs je ne me considère pas comme athée mais en tout cas je ne crois pas en la religion  comme elle est actuellement. 

Je me suis éloignée naturellement de ça, je me suis tournée de plus en plus vers la science parce que c’est ce qui répondait le plus à mes questions et c’était des choses qui étaient vérifiées, prouvées, donc pour moi c’était l’évidence en fait. 

Je crois actuellement plus en la science qu’en n’importe quelle religion… J’ai pas de haine envers les croyants, y a pas de problème, ma mère est toujours croyante et même si on s’entendra jamais là-dessus je respecte le fait qu’elle elle ait envie d’y croire parce que j’aime pas en fait dans la religion c’est vouloir imposer ses croyances aux gens, nous imposer de ne pas nous poser de questions surtout, c’est pas du tout en cohérence avec mes valeurs.  

Moi le fait qu’on dise que les femmes sont inférieures aux hommes, c’est pas dans mes valeurs, j’y crois pas et je vois pas pourquoi je devrais y croire. Et aussi, l’homophobie dans la religion, ça aussi c’est pas dans mes valeurs du tout!  Pour moi, la religion à la base, elle servait surtout à donner on va dire une voie morale et moi, en fait, ma morale je l’ai déjà, j’ai pas besoin d’avoir une religion pour ça! J’ai envie d’être quelqu’un de bien, c’est pas la religion qui me force à l’être, je n’ai actuellement pas besoin de ça pour essayer d’être quelqu’un de bien tous les jours. Du coup voilà, je me suis éloignée de la religion, complètement.

Et j’ai commencé à me renseigner de plus en plus sur le féminisme, mais assez tardivement finalement, c’est arrivé je pense vers mes 18-19 ans où j’ai commencé vraiment à me renseigner sur le féminisme parce que voilà en fait. Avant, même si j’avais déjà des pensées qui étaient féministes, c’était pas si bien vu que ça encore, à l’époque on traitait facilement les féministes d’hystériques… Enfin, dès qu’on osait dire que les femmes devraient avoir… je ne sais pas… les mêmes droits que les hommes, c’était tout de suite assez mal vu et tout donc du coup je n’osais pas encore me dire féministe quand j’étais plus jeune j’ai commencé vraiment le dire vers mes 18-19 ans quand j’ai vraiment commencé à me renseigner à fond là dessus, à regarder.

Et du coup en fait naturellement, ce qui est le plus visible en fait, je me suis tournée vers le féminisme libéral en fait, qui prônait un peu l’inclusivité… Ce que j’aimais bien c’est qu’on parlait aussi des femmes racisées, des femmes voilées, tout ça et tout!

Donc je me suis tournée naturellement vers ce féminisme là qui allait aussi dans le sens que les femmes trans étaient des femmes.  

Au début, je ne me suis pas poseé plus de questions que ça et d’ailleurs je ne me posais pas plus de questions que ça sur la transidentité, je me souviens juste qu’une fois je m’étais posée la question sur: c’était quoi se sentir femme pour les personnes trans…? 

 Je me souviens m’être posée cette question en disant “Qu’est-ce que c’est?” 

Parce que moi je ne me suis jamais “sentie” femme, je sais pas ce que c’est que ce sentiment de femme… Enfin, les seules fois où je me sens femme c’est quand mon corps me le rappelle en fait,  quand j’ai mal au ventre à cause de mes règles ou ce genre de chose, mais j’ai pas un sentiment, je ne me réveille pas le matin en me disant “Oh je me sens femme!”

Ça n’est jamais arrivé en fait… Du coup, je m’étais une fois posée la question mais voilà. Et en fait, j’avais rejoint un groupe sur Facebook à l’époque, qui était un groupe de féministes, voilà on parlait entre nous comme ça et je sais qu’il y avait une personne trans, du coup un homme transidentifié, qui était dans le groupe. Il posait pas plus de problèmes que ça, on parlait, il était là, je sais pas trop d’ailleurs à quoi il servait mais il était là.

J’en parlerai plus tard je pense, c’est une anecdote…

Et en fait, qu’est-ce qui m’a fait me tourner vers le féminisme radical ? C’est que en fait moi je suis une youtubeuse, elle s’appelle Antastésia, elle à témoigné chez vous donc c’est vraiment une femme que j’aime beaucoup… Son contenu…

Rebelles du genre – Oui ! Antastésia, elle a témoigné et vous pouvez aller écouter son témoignage  dans notre historique. 

Sara – C’est une youtubeuse que j’aime beaucoup, j’aime beaucoup son contenu et tout, et ça faisait quelque temps que je suivais ce qu’elle disait, tout ça… Et en fait, je me souviens qu’une personne l’avait accusée de transphobie! Et j’ai été choquée parce que comme moi ça faisait quand même vraiment au moins un an ou deux que je la suivais, je me suis dit “franchement elle, transphobe?” Je comprenais pas parce que pour moi c’était quelqu’un de bienveillant, d’ouvert d’esprit, je la vois pas du tout tenir des propos transphobes. 

Du coup je suis allée voir la vidéo en question pour la personne qui l’a accusée de transphobie. 

Je sais qu’elle disait que le fait que les personnes trans puissent entrer dans les milieux qui étaient en non mixité pour les femmes c’était pas forcément justifié et qu’il n’y avait pas de raison qu’un homme transidentifié veuille absolument rentrer dans des associations pour femmes, d’être dans les catégories pour femmes, dans le sport, tout ça… 

Elle disait que c’était transphobe parce qu’en fait dans le sport, les femmes trans n’avaient pas autant d’hormones que des femmes normales, qu’il n’ y avait pas d’inégalités, tout ça, donc que par exemple c’est normal qu’une femme trans, enfin homme transidentifié, veuille entrer dans les associations pour femmes parce que c’est normal qu’elle veuille se renseigner, elle se sent femme donc elle a envie de se renseigner sur les discriminations faites aux femmes…

Ce genre de choses… Donc moi j’avais regardé ça en me disant ok… peut-être que c’est transphobe de dire ça, je sais pas en fait??  

Du coup, j’ai regardé la vidéo en réponse qui expliquait par a+b son point de vue et en fait ça m’a fait comme un déclic parce que je me suis dit: mais en fait c’est très logique ce qu’elle dit, tout ce qu’elle dit a du sens pour moi, ça me parle et c’est logique, il n’y a pas de transphobie là dedans. 

A aucun moment elle tient des propos haineux envers les personnes trans, elle dit juste des choses qui sont logiques en fait!

C’est pas parce qu’on doit ouvrir des droits aux personnes trans qu’il faut réduire des droits pour les femmes, il n’y a pas de raison à ça! 

Alors en fait au début, ce qui s’est passé, c’est que j’étais d’accord avec ce que disait Antastésia mais je me suis dit : “Mince, peut être que moi aussi je suis transphobe!”. J’ai peut-être la transphobie intériorisée comme ils disent! Ah ah ah!

Du coup, je sais pas en fait, j’étais dans une espèce de dissonance cognitive à ce moment-là, vraiment, je suis d’accord avec ce qu’elle dit mais en même temps peut-être c’est transphobe… Pendant quelques semaines j’étais pas bien, je ne me sentais pas bien vis à vis de ça… J’ai envie d’être bienveillante, d’être inclusive envers tout le monde, en même temps ce qu’elle dit est vrai!!

C’est logique ce qu’elle dit donc pendant quelques semaines j’étais pas bien donc j’ai commencé à vraiment me renseigner sur les revendications des personnes trans,  j’ai découvert plein de concepts merveilleux, ah ah!

Et du coup, j’étais choquée en fait, je me rendais pas compte à quel point ça pouvait aller loin en fait leur délire. Parce que eux en fait, ils partent vraiment dans un vernis de couches progressistes, et tout le monde y croit finalement, parce que quand on les entend ils cassent les codes du genre, ils révolutionnent le genre, la société donc on a envie d’y croire en fait et au début moi c’est ce que je faisais, j’y croyais, ouais c’est vrai et tout. Et finalement quand, enfin, on va vraiment à l’intérieur de leur truc, tu te rends compte de toute l’arnaque du délire et en fait c’est là, depuis quelques mois, que je me revendique officiellement critique du genre, en tout cas féministe radicale, et je l’assume mais j’essaie d’en parler avec mes proches c’est pas évident mais j’essaye et du coup voilà. Voilà mon cheminement.

Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

Sara – C’est un danger pour les femmes en premier parce que je pense qu’il faut qu’il y ait des endroits qui soient dédiés uniquement aux femmes. Le danger en fait, ce qui se passe avec les personnes trans actuellement, c’est qu’ils essaient de s’insérer dans des endroits en fait qui sont faits pour les femmes donc c’est à dire le sport, les prisons, les vestiaires, les refuges,  les refuges faits pour les femmes qui sont victimes de violences masculines. Déjà dans le sport, c’est complètement injuste en fait. On a pu voir récemment avec quelques anecdotes, un transidentifié qui fait de la natation et qui du coup, concourt dans la catégorie des femmes. On voit qu’il explose tous les records qu’aucune femme n’a jamais pu faire et du coup c’est juste dégueulasse, c’est injuste quoi je veux dire. Il y a des femmes qui se battent toute leur vie pour faire du sport, on s’est battues pour faire du sport en fait, nous les femmes, et il y a des hommes qui arrivent à s’insérer comme ça dans notre catégorie sans raison, enfin il y a pas de raison en fait. En soi on peut très bien faire une catégorie pour les personnes trans si vraiment ils veulent pas concourir dans leur sexe d’origine, mais je vois aucune raison, bon bref, voilà.

Rebelle de Genre – Du coup voilà par exemple gagner des médailles.

Sara – Oui voilà pour la triche aussi, ah ah! Voilà j’ose pas le dire mais moi je pense qu’il y à de la grosse triche derrière, personnellement. Mais mettons que cela leur crée de la dysphorie. Dans ce cas-là, on peut très bien créer une catégorie faite pour les personnes trans, hein, je veux dire ya rien qui l’en empêche. Et c’est pareil dans les prisons, on a pu le voir là, il y a quand même des hommes qui sont accusés de violences, de viols envers les femmes et qui rentrent dans les prisons pour les femmes! Et là on voit pas de problème en fait, là tout va bien. On a pu voir des femmes carrément qui se faisaient du coup violentées par ces mêmes hommes, transidentifiés. Tout va bien en fait, personne ne dit rien. En plus j’ai même vu des photos des hommes, ils n’ont même pas fait l’effort en fait de ressembler à des femmes. Il suffit qu’ils se disent femmes, ils se ressentent femmes et du coup ils rentrent dans les prisons pour femmes tranquillement, sans problème. Et ça, ça ne pose de problème à personne en fait, visiblement. Donc oui c’est dangereux, c’est pareil pour les refuges en fait, il faut juste comprendre qu’en fait il y a des femmes qui sont traumatisées par les hommes et qu’elles ont le droit pour leur sécurité, pour leur bien-être, de pas vouloir se mélanger avec des hommes, même des hommes transidentifiés. Je peux entendre que ça peut être violent pour eux, je peux l’entendre, mais en fait il faut entendre aussi le sentiment des femmes, je ne vois pas pourquoi ce serait les sentiments des hommes qui iraient au dessus en fait du sentiment des femmes. Je pense que leur sécurité, elle est aussi importante. Et puis je veux dire, il y a déjà des endroits, il y a déjà des refuges pour les personnes trans. Je vois pas en fait pourquoi il faudrait absolument les insérer dans nos endroits à nous, en fait. Pareil pour les vestiaires. Désolée mais moi en tant que femme j’ai pas du tout envie de voir des hommes dans les mêmes vestiaires que nous, je serai pas rassurée en fait. Dans nos espaces à nous, ça, c’est pas rassurant. Je dis pas que toutes les femmes trans, enfin tous les hommes transidentités, sont forcément violents et qu’ils veulent nous violenter, mais je veux dire ça peut l’être, ça peut être un danger. S’il y a un doute, je ne vois pas pourquoi on devrait laisser rentrer n’importe qui dans nos espaces. Donc déjà, en premier lieu ça c’est dangereux pour nous.

C’est aussi un danger pour les femmes parce qu’il existe un mot spécial pour décrire les femmes qui sont critiques du genre, c’est “terf”, qui veut dire “trans exclusionary feminist radical”.  Donc ce mot il existe, en gros c’est pour dire que toutes les féministes radicales excluent les femmes trans de leur lutte. Ce qui est faux au passage puisque les femmes transidentifiées ont parfaitement le droit d’entrer dans nos luttes, je tiens quand même à le préciser. Et du coup ce mot là il existe, c’est une insulte pour les femmes, pour pouvoir justifier en fait les agressions envers nous. Pour pouvoir nous menacer, nous agresser, nous harceler, même nous cancel en fait parce qu’il y a même des femmes qui peuvent se faire virer, quand on se fait insulter de terf on se fait virer de notre travail tout bonnement quoi. On a pu le voir avec JK Rowling qui se fait insulter depuis maintenant presque deux ans je pense. Alors elle, elle se fera jamais…  de toute façon, parce qu’en fait, parce que c’est une personne qui est très connue, qui a une importance pour pas mal de gens, donc voilà. Mais ils essaient malgré tout. Et en fait, on a pu voir aussi avec le cas de Marguerite Stern, qui clairement s’est fait déposséder de son propre mouvement du collage contre les féminicides. C’est elle qui l’a initié, c’est elle qui a appris aux femmes comment faire et finalement on l’a complètement dégagée de ce mouvement-là, de ce groupe. Il y a même un livre qui est sorti, qui parle de ces collages… et où on ne la cite même pas. Enfin, je veux dire, on a le droit de pas être d’accord avec tout ce que raconte Marguerite Stern mais il faut quand même pas lui enlever tout ce qu’elle a pu faire pour le féminisme. 

Et là, on l’a purement et simplement dégagée. Encore récemment, j’ai pu voir qu’ ils avaient essayé aussi de virer son compte Twitter, heureusement elle a pu le récupérer. Mais voilà, on peut voir aussi avec Dora Moutot qui s’est fait harceler. C’est une insulte qui est là pour justifier en fait toutes les violences qu’on peut faire aux femmes. A partir du moment où on est traitée de terf, il y a plus aucun problème en fait à nous harceler, à nous agresser. On a pu voir aussi en manif hein où il y a des femmes qui sont frappées en fait par des transactivistes, totalement au calme en fait, parce que je vois aucun mouvement de gauche qui dénonce ça. Là on dit que c’est normal quoi, il y a pas de problème avec ça. 

Et en fait, ce qui est bizarre c’est que, c’est là que je vois que c’est vraiment une insulte vraiment misogyne, parce qu’il n’y a même pas d’équivalent pour les hommes en fait. Il n’y a pas d’équivalent pour traiter un homme de transphobe en fait. Alors que dans les faits, ceux qui vraiment tuent les personnes trans ce sont les hommes, dans le cadre de la prostitution. Alors qu’en plus, bizarrement ils considèrent ça comme un travail comme un autre, je veux dire, ils soutiennent complètement la prostitution, alors que dans les faits les personnes trans se font tuer majoritairement dans ce cadre-là. Et ce sont donc du coup les hommes qui les tuent et là bizarrement, il n’y a aucune équivalence, on n’a pas de mots pour décrire les hommes qui tuent des femmes trans. Donc c’est, oui, c’est clairement misogyne, c’est clairement pour justifier une haine des femmes ce mot-là donc voilà. Et je voulais juste aussi préciser qu’ils passent leur temps à dire qu’en fait les féministes radicales, et les critiques du genre plus généralement, c’est un mouvement en fait d’extrême droite, violent, haineux et tout ce qu’on peut entendre comme conneries quoi. Mais en fait, si on regarde vraiment la violence, d’où elle vient et de quel camp elle est, concrètement, qu’est-ce que disent les féministes radicales ? Qu’est ce que disent les critiques du genre ? Ils disent juste que le sexe a une importance, qu’on peut pas oublier le sexe au profit du genre. Qu’en fait, le genre c’est avant tout une construction sociale qui est là pour justifier des discriminations qu’on peut faire aux femmes, comme ça c’est bien dans l’intro, bref. En fait, nous tout ce qu’on dit, c’est que le sexe a une importance , mais nous tout ce qu’on veut dire c’est que les gens sont bien comme ils sont, ils n’ont pas besoin de changer, ils n’ont pas besoin de modifier leur corps, de prendre des médicaments à vie pour se sentir bien, ils ont le droit de pouvoir s’habiller comme ils veulent, se comporter comme ils veulent en fait finalement. C’est pas le sexe qui définit ce que tu dois être ou ce que tu dois faire en fait enfin c’est tout ce que disent les féministes radicales. Et à côté qu’est-ce qu’on entend, en fait, du côté des transactivistes? On entend « Bute une terf, sauve un trans. », « Une terf un œuf » et encore d’autres joyeusetés. Concrètement, d’où vient la violence ? Il faut vraiment se poser la question parce qu’il y en a un peu marre d’entendre toujours la même chose, toujours les féministes radicales sont des blanches bourgeoises qui sont là pour défendre certaines parties des femmes et qui ont une haine des personnes trans. Ce qui est faux. Alors que nous on n’est juste pas d’accord avec leur idéologie en fait. Je suis désolée mais moi actuellement je ne sais pas ce que c’est qu’un ressenti de femme. Je ne sais pas. Je veux dire, quand je pose la question à une personne trans «Qu’est-ce que c’est une femme ? », il me dit « N’importe quelle personne qui se sent femme ». Et du coup moi quand je leur dis « Ca me dit toujours pas moi ce que c’est qu’une femme », ça pour moi c’est une définition qui est circulaire. Déjà en fait, pour qu’une définition soit valide, il ne faut pas qu’il y ait le mot qu’on essaie de décrire dans la définition tout simplement. Moi quand on me dit « Une femme c’est qui se ressent femme », bah ça me dit toujours pas ce que c’est. C’est comme si je disais « Une chaise c’est ce qui ressemble à une chaise ». Bah je saurai toujours pas ce que c’est qu’une chaise. Ils sont toujours dans l’incapacité de me le dire ou enfin en fait les seuls moments où ils peuvent le dire c’est « Oui moi je me sens femme parce que, parce que moi quand j’étais petit par exemple j’adorais mettre des robes, me maquiller, j’étais quelqu’un qui était plutôt doux, donc voilà je me suis toujours senti femme ». Mais en fait ça ce sont des stéréotypes de genre en fait, c’est pas du tout ce qui fait de moi une femme en fait, moi personnellement je me sens pas femme parce que j’adore me maquiller ou parce que j’ai les cheveux longs. Une femme peut très bien porter des vêtements dit masculins, avoir les cheveux courts et ça fera pas d’elle pour autant un homme. C’est juste une femme qui n’a pas envie de jouer des stéréotypes féminins, c’est tout. Et du coup, les seuls moments ils sont en capacité de m’expliquer ce que c’est qu’une femme c’est quand ils me disent « Oui c’est parce que moi j’aime me maquiller, j’aime porter des robes et machin ». Et moi j’ai envie de leut dire « Non c’est pas ça, c’est pas ça qui fait de toi une femme en fait ». Et c’est insultant et c’est sexiste. Je veux dire, on a le droit de le dire en fait, si je dois faire la comparaison avec le mouvement transracial qui existe,je veux dire il y a des personnes qui disent se sentir noir par exemple. Simplement ils disent se sentir noirs parce qu’ ils aiment la culture afro… Les personnes racisées à juste titre disent que c’est raciste. Et c’est normal en fait oui, c’est raciste parce qu’en fait là ce sont des stéréotypes raciaux qui ne s’attachent à rien. C’est pas ça qui fait de toi un noir, une personne noire. Mais quand nous on dit qu’une femme trans, un homme transidentifié, se sent femme parce qu’il aime les robes et tout, on dit que ça c’est sexiste, c’est une insulte pour les femmes de dire que ça c’est censé faire de nous des femmes, là nous on est traitées de transphobes. C’est aux hommes de dire ce que c’est qu’une femme en fait, nous les femmes on n’a pas le droit de le dire. C’est pas mal. Je suis née femme, je sais ce que c’est que d’être une femme. Je sais ce que c’est qu’être discriminée pour être une femme. C’est pas un homme de me l’expliquer en fait. Donc on est tout à fait en droit de dire que non je suis désolée, c’est pas parce que tu aimes porter des robes que tu es une femme. Tu as parfaitement le droit d’en porter et je t’encourage vivement à le faire si tu en as envie en fait. Et au contraire voilà enfin je veux dire il faut combattre les stéréotypes de genre moi je suis complètement pour. Ca veut pas dire que ça fait de toi une femme. Et c’est en fait tout ce que disent les féministes radicales. Et ça c’est de la violence pour eux en fait, ça c’est ce qu’ils considèrent comme étant violent. Et à côté, nous dire que nous on a le droit de tuer une femme parce que quand on dit « Une terf au bûcher » c’est clairement une menace de mort, là il y a pas de problème, là personne trouve rien à redire. Enfin je veux dire c’est quand même assez aberrant en fait. Ca me fait halluciner de voir en fait que les gens n’ouvrent pas les yeux à ce niveau là enfin je veux dire c’est quand même assez clair, c’est devant nous mais la majorité des gens en mainstream on va dire qu’ils sont dans le milieu féministe libéral continuent à soutenir ce mouvement qui, finalement est quand même assez violent, vraiment c’est un truc que je comprends pas. Après le truc c’est que, ils sont dans la victimisation constante. Quand on les entend, c’est la minorité la plus marginalisée, nous les femmes cis on est privilégiées par rapport à eux, machin truc et tout. Mais en fait, quand regarde dans les faits concrètement ce qui se passe, c’est qu’en fait leur mouvement, il avance à une vitesse incroyable. Ca me fait halluciner parce que quand on regarde ce mouvement là tel qu’il existe actuellement ça doit pas faire plus de 10 ans qu’il existe, je pense ça doit faire peut-être 5-6 ans qu’il existe comme tel, comme il est actuellement et en fait ils ont quand même le droit de changer de sexe à l’état civil. Ils ont le droit à des transitions médicales complètement gratuites en fait, complètement remboursées par la Sécurité Sociale. Ils ont droit à l’ALD (l’Affection Longue Durée), on voit même récemment qu’ils arrivent récemment à obtenir des postes à haute responsabilité, ils ont droit de concourir dans la catégorie qu’ils veulent,  ils obtiennent énormément de droits. Je ne suis pas en train de nier qu’il existe des violences transphobes en fait, effectivement il en existe, effectivement faut pas tolérer ça, c’est évidemment répréhensible, mais de là à dire qu’on est dans le système transphobe, je suis pas vraiment d’accord avec ce qu’ils disent; au contraire,  je pense que l’État fait le maximum pour que les personnes trans se sentent intégrées. Bien sûr que c’est pas parfait et bien sûr qu’il existe des discriminations, je ne nie pas en fait qu’il existe des violences contre les personnes trans mais à côté, quand on voit tous les droits qu’ils obtiennent et rapidement,  je veux dire attendez…  J’ai vu récemment qu’ils avaient le droit aussi de se faire épiler au laser gratuitement, enfin dans le cadre de leur transition, et si une femme par exemple a envie de se faire une épilation au laser, elle la paye ce n’est pas gratuit pour elle mais pour les femmes enfin pour les hommes transidentifiés, c’est gratuit. Alors déjà ça pose question pour la cohérence du truc parce qu’il faut pas oublier que les femmes ont naturellement des poils, on nait avec des poils, donc je vois pas du tout l’intérêt déjà que des hommes transidentifiés aient droit à une épilation laser gratuite et puis en plus, on voit bien que c’est vraiment l’idée de ressembler à un stéréotype de femme parce que clairement, voilà comme on dit les femmes naturellement on voit leur poils. Et donc si on compare avec le mouvement féministe, vu que nous on est tellement privilégiées les femmes cis,  le mouvement féministe occidental ça fait une centaine d’années, évidemment on a avancé nos droits des femmes faut avancer,  mais ça fait 100 ans que ça existe et on en est encore quand même actuellement à devoir prouver qu’ une femme qui se fait violer, c’est pas de sa faute, c’est pas parce qu’elle a bu de l’alcool ou qu’elle s’est habillée en jupe qu’elle est fautive de son viol. On a encore énormément de mal à faire punir nos agresseurs, ils agissent quasi en  impunité en fait en toute impunité. Il y a encore énormément de choses à faire et là je parle vraiment juste en France,  je ne parle même pas à l’étranger c’est encore plus catastrophique enfin dans certains pays en tout cas. On a encore énormément de choses à faire pour les droits des femmes actuellement et du coup c’est là que je me dis quand même qu’il y a un truc quoi. Que tu me pose vraiment la question comment ils font les transactivistes pour avancer aussi rapidement parce qu’ils ont des fonds énormes aussi, je me doute bien que il y a un aspect financier, parce que je pense que sans verser dans le complotisme, je pense qu’on peut clairement dire que les labos pharmaceutiques ça les arrange bien d’un point de vue financier de médicaliser des milliers de personnes à vie parce que c’est une rente et je pense que c’est pour ça qu’ils ont autant de financement. Mais je veux dire quand même on voit à quel point ce mouvement là il est agressif en fait, il avance à une vitesse hallucinante et pourtant les transactivistes continuent à se victimiser, continuent constamment à dire que sa population est extrêmement à risques, qu’ils se font tuer alors que nous quand même, on a des faits, on a des chiffres, il y a plus d’une centaine de femmes qui sont tuées chaque année en France et c’est pas pour faire une course à qui est le plus opprimé, ce n’est même pas la question, c’est juste pour dire qu’il faut qu’ils se remettent un peu dans la réalité des choses en fait à un moment donné ces personnes-là et tout parce que non, je ne pense pas qu’ils soient les plus opprimés ou les plus marginalisés au contraire. Au contraire, leur mouvement avance à une rapidité folle, la plupart des gens accèdent à leur revendications. Par exemple, là actuellement, j’entends souvent qu’ils veulent absolument dépathologiser la dysphorie de genre, alors qu’à côté on entend quand même constamment que si on a le malheur de les mégenrer ils se suicident. Enfin plus généralement, faut être cohérent quand même, si je t’appelle “il” à la place de “elle” et que ça, ça peut te pousser au suicide, c’est que peut-être il y a un problème et ce n’est pas péjoratif de le dire, ce n’est pas méchant, c’est même eux qui font la psychophobie comme ils arrêtent pas de dire, en disant que ça c’est péjoratif, mais enfin je suis désolée moi je me suis reçue plein de choses blessantes, enfin n’importe quel être humain il se reçoit plein de choses blessantes, après j’entends que ça peut être blessant d’être mégenré comme tu dis, mais si moi personnellement je ne genre pas les personnes, moi j’utilise le pronom par rapport à son sexe, pas par rapport au genre des gens mais bref,  je peux peut-être entendre que ça peut te faire de la peine, mais si ça te pousse au suicide c’est qu’il y a peut-être un problème et qu’il faut effectivement que tu te fasses accompagner par un psy et c’est parfaitement normal, je vois pas où est le problème. Et en plus à côté de ça je vois encore l’incohérence de ce mouvement :  ils veulent qu’on dépathologise la dysphorie de genre mais quand même à côté, se faire rembourser par la sécurité sociale entièrement. Mais si c’est pas une maladie, il y a aucune raison que ce soit remboursé en fait, non dans ce cas-là faut être cohérent jusqu’au bout dans l’idée. En fait ils veulent tout : le beurre, l’argent du beurre et si on n’accepte pas leurs revendications on est transphobe ! C’est comme ça de toute façon, on est dans un système comme ils disent “CIS-tème” quoi en gros, dans le “système transphobe”, enfin bref je veux dire, c’est incroyable alors que non, on n’accepte pas toutes les revendications comme ça, il faut quand même qu’il y ait une justification. De toute façon je le vois, là, en Angleterre, en Suède aussi je vois qu’ils font quand même machine arrière. Notamment sur le fait que non, je ne vois pas pourquoi par exemple une femme trans devrait entrer dans les catégories de femmes dans le sport. Ca c’est injuste et c’est prouvable en fait et ce n’est pas parce que vous ça vous arrange et que vous vous sentez bien dans cette catégorie là, que les femmes doivent juste la fermer et accepter ça tranquillement. En plus j’ai vu un truc qui m’a fait halluciner, c’est que j’ai vu une femme transidentifiée, donc un homme trans, qui concourait aussi avec les femmes. Logique d’un côté si elle allait concourir chez les hommes, bien évidemment qu’elle n’allait jamais gagner donc elle est quand même restée chez les femmes. Donc en fait il font un peu ce qu’ils veulent, c’est vraiment à la carte quoi : je me sens femme donc je vais aller concourir chez les femmes, mais je me sens homme mais je vais quand même concourir chez les femmes malgré tout… Enfin je ne sais pas il y a un moment faut être cohérent dans votre truc, enfin évidemment qu’il ne faut pas vous discriminer, mais ça veut pas dire qu’il faut accéder à n’importe laquelle de vos revendications. Et si on y accède pas on est des transphobes, c’est hallucinant quoi. Mais bref. Oui c’est aussi un danger pour les enfants parce que tout simplement, en fait, d’un point de vue santé c’est dangereux, tout simplement. En quoi c’est normal d’aller donner des bloqueurs de puberté à des enfants de 11 ans ? Je crois que, en plus, c’est un médicament qui s’appelle le Lupron qui, à la base est utilisé pour castrer les hommes, bah les violeurs quoi en gros, castrer chimiquement.

Rebelles du Genre – Et aussi pour le cancer de la prostate, de mémoire.

Sara – D’accord. Je ne savais pas.

Rebelles du genre – Bien sûr c’est… il me semble, je ne veux pas dire de bêtises mais je crois que c’est ça aussi. 

Sara – Donc on encourage des enfants à prendre ce type de médicaments là, donc des bloqueurs de puberté. Ils arrêtent pas de dire qu’il y n’a aucun problème, que c’est réversible… Moi j’ai juste envie de dire qu’on a aucune preuve en fait que ce soit réversible, parce qu’en fait c’est tellement récent qu’on ne sait pas encore ce que ça peut donner. Mais il y a même des études qui ont prouvé qu’en fait c’est même plutôt dangereux en fait.

Rebelles du genre – C’est prouvé que c’est irréversible. Ils prétendent que c’est réversible, c’est prouvé que c’est irréversible. En fait la puberté si tu la fais pas ben tu la fais pas. Tu ne la repousses pas. Tu peux la repousser d’un an maximum en fait, donc voilà c’est uniquement dans le cas où il y a des pubertés précoces vers 7 ans ou 8 ans et tu peux la repousser que d’un an.

Sara – D’accord ouais ouais donc oui voilà effectivement. Et en plus, ils n’ont pas conscience que la puberté a de l’importance, c’est pas juste pour que les femmes elles aient leurs règles, la pousse de seins, pour que les hommes muent de la voix. C’est aussi ce qui nous permet de renforcer nos os. C’est ce qui nous permet de devenir adultes, d’un point de vue biologique. Et donc affirmer comme ça qu’il n’y a aucun problème de santé, qu’une personne qui bloque sa puberté jusqu’à ses 18 ans et après qui va prendre hormones, machin et tout ce qui s’en suit, que ça ya pas de problème d’un point de vue santé pour les enfants mais je trouve ça hallucinant. Et c’est dangereux. Et franchement ça me met en colère car il y a des gens, des médecins, des psychiatres, qui acceptent ça en fait. Qui disent « Oui on va aller dans ce sens là ». S’il y a des parents qui ont le malheur de dire non, « Non je n’ai pas envie que mon enfant prenne des médocs à vie alors qu’il est sain. Son corps est très bien comme il est ». Et si un parent à le malheur de dire « Non j’ai pas envie qu’il prenne des bloqueurs de puberté, non je n’ai pas envie qu’il prenne des hormones. Et pour autant il a le droit de s’habiller comme il veut, il a le droit de porter des perruques s’il en a envie, mais je n’ai pas envie qu’il prenne de médicaments », là on peut carrément enlever la garde d’un enfant, à son parent parce que d’un point de vue santé il n’a pas envie que son enfant soit en danger en fait. Ça, les médecins, les psys, tolèrent ça, ils vont dans le sens des personnes trans. Franchement, ça me fait halluciner. Après, j’ai vu qu’en Angleterre, ils avaient fermé une clinique qui faisait subir ça aux enfants, et tout. 

On peut le voir, quand même, qu’à l’étranger les gens commencent à faire machine arrière, du coup on peut quand même, là, ouvrir les yeux en fait juste sur la réalité de la chose. S’il y a des gens qui commencent à se poser des questions, qui voient qu’en fait c’est pas bon pour les enfants en fait, de prendre ce genre de médicaments, peut-être que nous on peut y réfléchir. Je ne comprends pas le truc de même pas aller regarder à l’étranger, parce que nous finalement, dans la question de la transidentité, d’identité du genre, tout ça, on est quand même assez en retard par rapport aux pays anglophones. Mais du coup, ça peut être un avantage pour nous, on peut voir ce qui se passe à l’étranger et essayer de contrôler ce qui se passe. Là j’ai pas l’impression qu’on va vraiment dans le sens parce que, alors effectivement, je pense que, pour moi de toute façon, les enfants n’ont quand même pas le droit de faire d’opération tant qu’ils sont encore mineurs. Encore heureux. Mais il bénéficient quand même des bloqueurs de puberté quoi, alors que…

Rebelles du genre – En fait, il y a fréquemment aujourd’hui des doubles mammectomies qui sont faites avant 18 ans, à partir de 16 ans en fait. 

Sara – Ah ouais, carrément d’accord je savais pas moi je pensais que toute opération c’était quand même… 

Rebelles du genre – Les hystérectomies non, mais les mammectomies oui. 

Sara – Les mammectomies, d’accord ok génial… Et même d’un point de vue, sans même parler d’un point de vue santé, d’un point de vue psychologique, est-ce que vraiment c’est sain de dire un enfant « Oui tu as raison, tu es né dans le mauvais corps, ton corps il est pas bien, il faut que tu le modifies »? Même pour l’estime de soi de l’enfant, en fait, je vois pas en quoi c’est génial, c’est progressiste de dire à un enfant « Oui tu as raison, si tu aimes porter des robes ou si tu aimes faire du foot, c’est forcément que t’es né dans le mauvais corps donc oui ton corps n’est pas bien, il faut que tu modifies, il faut que tu prennes des médicaments ». Je vois pas en quoi ça c’est positif en fait, j’arrive même pas à comprendre comment les gens voient ça comme étant du progressisme en fait. Ca c’est violent, ça va juste marquer les gosses, parce que faut pas oublier qu’en fait quand on est jeune on est tous passés par là. L’adolescence est difficile pour tout le monde. Moi je me souviens que quand j’ai commencé à faire ma puberté vers 12-13 ans, j’étais extrêmement mal dans ma peau, je me sentais vraiment mal, je, je me sentais pas bien parce que le truc c’est que j’avais déjà dans l’idée que quand on commence à faire notre puberté, les femmes sont extrêmement sexualisées. Le harcèlement dans la rue pour moi il a commencé, et je pense pour la majorité des femmes, il a commencé très tôt vers l’âge de 12-13 ans et j’en avais conscience, et du coup je faisais tout pour cacher mes seins, je faisais tout pour essayer de d’être le plus neutre possible physiquement parlant. Je pense que limite j’aurais, je pense que je serais peut-être pas allée  jusqu’à me médicaliser mais je pense que à 11 ans on est très vulnérable et que on peut, ouais, on peut se dire ouais « J’aime pas mon corps, je n’aime pas ce qu’il est donc oui peut-être pas née dans le bon corps. » et valider ça et dire « Oui tu as raison, je ne suis pas née dans le bon corps. ». Je ne comprends pas et je ne vois pas en quoi c’est positif. Je ne vois pas en quoi ça c’est du progressisme. C’est comme si moi je disais à une personne qui était anorexique, qui se sent grosse, est-ce que vraiment pour le bien de la personne je vais dire « Oui tu as raison, tu es grosse. » donc on va aller dans son sens. Ou on va dire « Non tu n’es pas grosse, tu es très bien comme tu es, on va t’aider. On va t’aider à aller mieux. ». Et c’est la même chose pour les personnes qui sont dysphoriques de genre. Personnellement, mon point de vue là-dessus c’est que je ne pense pas que la transition soit une solution pour tout le monde.

Je peux entendre que ça peut être une solution pour certaines personnes qui souffrent d’une dysphorie très très intense et qui n’arrivent pas à aller au-delà. Je peux entendre que si tu es majeur, que si tu as conscience de tous les risques que ça peut avoir d’un point de vue santé, bah fais ta transition médicale si c’est vraiment ce qui te fait sentir le mieux. Mais je pense que la majorité du temps ce n’est pas la solution en fait. Et certainement pas pour les enfants: on a vu que dans la majorité du temps, l’inconfort de genre passait une fois qu’on grandissait, ça passe pour la majorité des gens. Je ne vois pas pourquoi il faudrait absolument précipiter les choses et tout de suite aller leur donner des bloqueurs de puberté, leur faire faire des mammectomies, ce genre de choses en fait, alors que je pense que la majorité du temps ça s’arrange en fait en grandissant. Qu’est-ce qu’on préfère finalement ? On préfère dire aux enfants “ Vous êtes très bien comme vous êtes et habillez-vous et comportez-vous de la manière que vous voulez, ce n’est pas votre sexe qui va le définir. ” ou on va dire “ Vous avez raison, vous êtes nés dans le mauvais corps donc on va vous médicaliser à vie alors que vous avez un corps sain, on va carrément vous couper le pénis (parce que, c’est ça, c’est un peu cru ce que je dis mais c’est ce qui se passe), on va vous couper les seins et couper le pénis, parce qu’on va vous empêcher de ressentir du plaisir comme n’importe qui. ”. Parce que faut pas croire, quand on fait une “vaginoplastie” comme ils le disent (je le dis entre guillemets parce que pour moi c’est pas un vagin à la fin mais bref), quand tu fais une vaginoplastie, jamais tu retrouveras la même sensation que quand tu avais un pénis et c’est la même chose que quand tu te fais construire un néo-pénis et de toute façon, ce ne sera jamais un vagin enfin je veux dire, je ne vois pas non, ce ne sera jamais un vagin, ce ne sera jamais un vrai pénis. Non je ne vois pas l’intérêt de faire subir ça à des enfants, je ne comprends pas. Je voulais juste dire une dernière chose, c’est aussi du coup un danger pour la société parce que finalement on n’a même pas le droit de poser des questions, il faut qu’on aille dans leur sens tout le temps. C’est purement une idéologie que moi j’associe à une religion personnellement, on n’ a même pas le droit de poser la question et puis finalement si nous on ne s’attache pas à des faits réels, des faits matériels et qu’on s’attache juste au ressenti des gens, où est-ce qu’on va aller comme ça en fait ? Je veux dire, finalement, si une personne se sent arbre et qu’ elle me dit qu’elle se sent arbre et que moi je dois aller dans son sens, du coup je dois aller dans son sens et lui dire “ Oui tu es un arbre ”, c’est ça qui va se passer en fait. Non en fait, il faut quand même qu’on s’attache à la réalité des choses, à des choses matérielles qui sont vérifiables, prouvables par des faits tout simplement, c’est juste logique. Et même pour les personnes trans je pense que c’est un danger cette idéologie, ils ne s’en rendent peut-être pas compte, mais par exemple une femme et un homme ne vont pas forcément réagir de la même manière pour une même maladie. Par exemple, une femme qui a une crise cardiaque ne va pas avoir les mêmes symptômes qu’un homme qui fait une crise cardiaque, donc qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? Mettons qu’il y a un homme transidentité qui me dit se sentir femme qui a une crise cardiaque, je fais quoi ? Je fais semblant que c’est une femme et du coup comme les symptômes ne correspondent pas à une femme, je vais essayer de chercher une autre cause alors que c’est évident que c’est une crise cardiaque ou je la soigne comme un homme ? C’est pour ça qu’il faut quand même qu’on garde cette notion de sexe, elle est importante malgré tout en fait. Le genre ne peut pas transcender le sexe et c’est pareil d’ailleurs pour la sexualité, le sexe a une importance en fait. Une femme qui est lesbienne va vouloir relationner avec une femme biologique, pas une femme qui dit se sentir femme et ce n’est pas violent de le dire et c’est pas haineux de dire ça en fait, c’est ça l’homosexualité, on ne va quand même pas remettre ça en question non plus, parce c’est qu’ils sont en train de faire finalement. Parce que si une femme dit se sentir femme, une lesbienne doit coucher avec, enfin je veux dire non, ça s’appelle juste du viol si tu veux faire ça en fait, si tu veux faire subir ça à une femme, non. Désolée que ça vous dérange. Oui le sexe a une importance et il faut qu’on garde cette notion là en fait.

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner sous ta réelle identité ? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces ? Est-ce que tu te sens en danger ou est-ce que tu te sens en sécurité pour parler de ce sujet librement ?

Sara – Alors ce qui m’a poussé à témoigner à visage découvert c’est que déjà j’ai pas une réelle visibilité dans les réseaux sociaux donc j’ai pas vraiment une crainte de me faire harceler ou quoi que ce soit par les gens sur les réseaux sociaux parce que je n’ai pas vraiment cette peur là et en fait après mon entourage, alors ils sont pas d’accord avec moi clairement, je sais que j’ai essayé de leur expliquer mon point de vue, je sais qu’ils sont pas d’accord avec moi, en tout cas mes amis sont plutôt dans ce féminisme libéral donc ils soutiennent la cause trans, mais même si on n’est pas d’accord ils ne vont pas m’attaquer en fait donc je j’ai pas vraiment cette peur là au niveau de mon entourage, même si je sais qu’ils sont pas d’accord avec moi. Après le truc, pourquoi j’ai voulu témoigner à visage découvert, c’est que tout simplement j’ai pas honte, je n’ai pas peur de mon point de vue enfin je ne dis rien de méchant, de haineux envers les personnes trans, vraiment je n’ai aucune haine envers les personnes trans, je défends juste le droit des femmes en fait. Je ne vois pas pourquoi je devrais me cacher pour ça. Et je n’ai pas envie de faire le jeu des transactivistes en ayant peur de mon avis, de mon point de vue, je n’ai pas peur et je n’ai pas à avoir peur, je n’ai pas envie d’avoir peur en tout cas.

Rebelles du genre – Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Sara – Oui j’en ai deux en fait d’anecdotes. Alors comme je disais au tout début, je me suis inscrite sur Facebook à une page féministe donc qui était féministe libérale et dedans il y avait une personne trans qui s’identifiait femme. Comme je disais, elle ne  posait pas particulièrement plus de problèmes que ça, bon elle participait. On parlait juste des droits des femmes les plus basiques, donc égalité au niveau des salaires enfin ce genre de choses quoi. Je me souviens qu’une fois j’ai été parler à cette personne trans du coup et je lui ai demandé (je me posais sincèrement la question, ce n’était pas du tout pour l’attaquer, ce n’était pas, je posais sincèrement la question), je lui disais “ C’est quoi en fait pour toi un ressenti de femme ? Parce que moi je n’ai jamais eu ce ressenti là et du coup, qu’est-ce que tu appelles toi ressenti de femme en fait ? ”. Et je lui demandé vraiment de manière sincère, c’était vraiment pour comprendre son point de vue. Et là, la personne a assez mal réagi en fait, elle a été assez agressive, elle m’a dit “ Cette question là elle est transphobe, c’est fatiguant, vous les personnes cis vous passez votre temps à demander aux personnes trans de se justifier… ”, enfin ce genre de choses, je lui dis “ Enfin non pas du tout, c’est pas du tout le but en fait, c’est juste que j’essaie de comprendre.

Parce qu’en fait, pour être honnête, moi je ne sais pas ce que c’est qu’un ressenti de femme. Donc je te demandais ça juste pour savoir, en fait, vraiment! Pour avoir ton point de vue. ”.

J’avais essayé de chercher sur internet, je voyais rien de vraiment probant. On nous parlait des stéréotypes, il y avait pas vraiment… et après elle m’avait dit que c’était pas à elle de m’éduquer, de faire de la pédagogie, qu’elle en avait marre de faire ce genre de choses, qu’elle était fatiguée, et donc que si j’avais envie de savoir, je n’avais qu’à me renseigner et m’éduquer. Du coup, je m’étais sentie super mal après ça. Je m’étais  dit : “ Ok ”. Je ne voyais pas ce que j’avais dit qui était transphobe, en fait. Je posais juste la question. Je voulais juste son point de vue. Tout ce qu’elle m’a renvoyé à la gueule c’est que je suis transphobe. Je n’ai qu’à me renseigner, m’éduquer. Bon, du coup je l’ai fait au final. Voilà ce que ça a donné, ah ah!

Mais tu vois à quel point ils ne veulent jamais répondre à nos questions. En fait, dès que ce ne sont pas des questions qui vont dans leur sens, ils n’y répondent pas. Ils vont direct dans l’attaque, tu es transphobe si tu poses une question qui ne va pas dans leur sens. Et je pense que c’est parce qu’ils sont dans l’incapacité, eux-mêmes, de répondre. C’est quoi un ressenti de femme? Je veux dire concrètement? On n’a jamais su prouver qu’il y avait un cerveau typique de femme et un cerveau typique d’homme, donc… à part me dire tu te sens femme parce que tu aimes les robes, il n’y à rien, tu vois! Mais je pense que c’est pour ça qu’il n’a pas voulu me répondre, en fait. A la suite de ça, moi je me suis éloignée de ce groupe-là. Je ne me sentais plus très à l’aise, vu qu’il participait, et tout. Je me suis même éloignée du mouvement trans. Je me suis dit ” Bon,  je n’y comprends rien, donc voilà. ”.

C’est plus tard que je me suis, que j’ai commencé à réellement me renseigner là-dessus.

Et la deuxième anecdote s’est passée assez récemment. C’est l’association Féminicides par ex ou conjoint qui s’est faite insulter, voilà, de…  une association qui serait soit-disant transphobe parce qu’ils ne comptabiliseraient pas les personnes trans dans leur comptage,  alors qu’en fait… Il n’y a juste aucune personne trans qui s’est fait tuer par un ex ou un conjoint! Et donc, du coup, j’ai vu que Nous Toustes s’était désolidarisé de cette association, alors qu’ils utilisaient allègrement leurs chiffres,  au passage,  ils s’en servaient tranquillement. Mais du coup ils ont fait le jeu des transactivistes et ils se sont désolidarisés de ce groupe sans aucune raison valable, puisque, encore une fois, il n’y avait aucune personne trans qui était comptée. Donc on voit, en fait, qu’ils n’en ont strictement rien à foutre des femmes, de toute manière. Eux, ce qu’ils veulent, c’est juste qu’on parle d’eux constamment, en fait. Ils n’en ont rien à foutre des femmes. Et ça, ça m’a énormément choquée. En fait, j’étais vraiment en colère, quand j’ai vu ça je me suis dit “ Mais jusqu’où ils vont aller, en fait? Jusqu’où ils vont aller, et qu’on continue à les soutenir dans leur délire, en fait? ”. Parce que le pire, c’est pas qu’ils essaient de faire ça. C’est qu’on les soutient dans leur délire. Que Nous Toutes s’est solidarisé. Qu’il y en a pleins qui disent “ Oui, c’est vrai, c’est transphobe. “. 

Mais attendez, il y a un moment, il faut ouvrir les yeux. C’est comme ce qui s’est passé au Canada. Il y a un refuge pour femme qui a fermé. Et en plus, avant ça, ils avaient même carrément cloué un rat sur leur porte. Enfin, un truc horrible, quoi! Et du coup, ils ont réussi à faire fermer ce refuge pour femmes parce qu’ils refusaient d’accueillir un homme transidentifié dans leur refuge. Et ils étaient contents de ça, en fait!  Pour eux ils étaient ok. Les transactivistes étaient ok, en fait. 

Qu’est-ce que sont devenues ces femmes? Où est-ce qu’elles ont pu aller? Est-ce qu’elles ont pu trouver de l’aide ailleurs? 

On n’en a rien à foutre, parce qu’en fait, quand il s’agit des femmes, on s’en  contrebalance complètement. 

Le but des transactivistes, c’est juste, eux, de gagner, d’avoir gain de cause dans leur truc. Je veux dire que toi, tu es blessé qu’on n’ait pas voulu accueillir un homme, ok, peut-être, et alors? Il y a des refuges qui existent pour les personnes trans qui sont en difficultés, vas-y! Je ne vois pas pourquoi il faudrait absolument que les femmes aient la charge mentale de s’occuper d’absolument toutes les oppressions, en fait! Ça n’a jamais été le but des femmes de parler de la question trans. On a déjà énormément à faire de notre côté, voilà. 

Chacun son mouvement, il n’y a pas de problème que vous militez pour vos droits, mais il n’y a pas de raison de demander aux femmes en plus de s’occuper aussi de la question trans.

Et du coup, ils ont réussi à faire fermer ce refuge en disant voilà, on a réussi à avoir gain de cause, ils étaient vraiment hyper fiers d’eux, ils n’en avaient rien à foutre que les femmes, ben… On ne sait pas où est-ce qu’elles ont pu aller, et on s’en fiche, finalement, c’est même pas l’idée. Donc, du coup, ce mouvement il est vraiment…  Il y a une haine des femmes en fait, il y a vraiment une haine des femmes. 

Rebelles du genre –  Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

Sara – Oui la chose que j’ai à rajouter, c’est juste : dès qu’on vous présente quelque chose, une idée, une idéologie, essayez de vous renseigner au maximum. Faites le travail d’essayer de penser par vous-mêmes, de douter de vos propres croyances. C’est vraiment super important, en fait. Moi, je l’ai fait deux fois, en fait : avec la religion et avec le transactivisme. Et vraiment, c’est ce qui, vraiment, te garantit une réelle liberté de penser, en fait. 

Et je pense, du coup, que c’est super important de faire ce travail-là, même si ce n’est pas toujours évident. Même si oui c’est chiant d’aller se renseigner à droite et à gauche.

Faites-le.

Faites-le, même pour vous, en fait. Voilà.

Pour toujours être garantis que vous pensez par vous-même.

Osez penser par vous-même,  et osez l’exprimer,  si vous le pouvez, en tout cas, voilà.

Rebelles du genre – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe.

http://www.womensdeclaration.com 

Rebelles du genre – Épisode 46 – Lily

Ce témoignage a été rédigé par Lily et lu par une rebelle du genre

Lily – J’ai choisi de m’appeler Lily le temps de cette interview. J’ai 23 ans, je suis expatriée au soleil, bisexuelle, professeure de français et juive (je vais revenir sur ce point un peu plus tard). 

Je dirais que mon rapport au féminisme est informatif : je me renseigne beaucoup par la lecture (livres, médias engagés et comptes Instagram militants de divers horizons) et les podcasts, et je suis peu dans l’action, faute d’engagement concret possible. 

Il n’empêche que j’ai toujours plaisir à partager mes convictions et à lancer le débat avec les membres de mon entourage et, à mon humble avis, j’ai réussi à déconstruire pas mal d’idées reçues auprès des personnes que je fréquente. Chacune apporte sa pierre à l’édifice à sa façon !

Rebelles du Genre – Bonjour et bienvenue sur le podcast Rebelles du Genre. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole. 

Lily – Je vais essayer de vous résumer mon rapport au genre de ma tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. 

Quand j’avais entre 3 et 7 ans environ, je n’aimais pas les jeux dits « de fille », et cela a plus posé problème à mes instits qu’à mon entourage, pour qui ça n’avait pas d’importance tant que j’étais heureuse et bien avec mes amis, qui étaient exclusivement des garçons d’ailleurs. Je jouais aux voitures, aux billes, mon père et ma tante m’ont tout de suite appris à supporter leur club de foot fétiche et à 6 ans, je savais ce qu’était le « hors-jeu ». J’allais même souvent au stade avec mon père, ma tante et mon grand-père. Pas mal, pour moie qui n’étais qu’une fille, hein ? Et à  côté de ça, ma maîtresse de moyenne section ne voulait pas que les garçons utilisent du rose et les filles du noir pour les coloriages. 

A l’école primaire, je suis rentrée dans les standards qu’on attendait d’une petite fille mais sans qu’on ne m’y ait vraiment forcée, du moins pas explicitement : donc les robes, les Winx, les Totally Spies, Hello Kitty, etc…  Et ça ne m’a pas posé de problème, du moins pas que je m’en souvienne. Au passage, je me rappelle mon meilleur copain de l’époque, dont les autres garçons se moquaient parce qu’il ne jouait qu’avec des filles et que, comme elles, il aimait les princesses, les contes de fées. Ça m’énervait beaucoup qu’il soit pointé du doigt, mais lui, ça ne lui faisait ni chaud ni froid, et tant mieux ! 

En somme, comme bien d’autres enfants, j’ai été et l’actrice et la témoin des normes de genres, basées sur le sexe, qui modèlent les enfants.

Mon adolescence s’est passée sans que la question des LGBT+ ne soit au cœur de mes préoccupations. Toutefois, dans les trois établissements catholiques que j’ai successivement fréquentés, il y avait une rhétorique homophobe et misogyne bien ancrée, mais venant presque toujours du corps enseignant, pas vraiment répandue au sein des élèves. 

Au lycée, j’ai commencé à prendre conscience des enjeux des débats sur l’homosexualité et sur la condition de la femme quand j’ai découvert mon attirance pour les filles et que la loi Taubira était d’actualité. Des réflexions sont nées, mais mon cheval de bataille concernait plutôt ce qui touche au sexisme. N’ayant personnellement pas fait de mauvaise expérience sur le moment (même si des années plus tard, avec du recul, je me suis rendu compte que j’avais été harcelée, agressée, silenciée à plusieurs reprises), je ne me suis pas plus que ça interrogée. 

Quand j’avais 18 ans, j’étais en prépa littéraire. Je vais vous épargner les détails car ce n’est pas vraiment le sujet, mais les nombreux ouvrages de Nietzsche et du marquis de Sade comme philosophes ont totalement révolutionné le rapport que j’avais à mon propre corps et à mon environnement, déclenchant ainsi une libération de mœurs, sans laquelle je ne serais certainement pas la même personne qu’aujourd’hui. L’année de mes 18 ans est l’une des plus belles de ma vie ! Merci à mes philosophes préférés ! 

Entre mes 19 et 22 ans, j’ai découvert de nombreux comptes Instagram féministes, parmi lesquels @tasjoui, @irenevrose, @mecreantes, @jmenbatsleclito, ou encore @feminist. Progressivement, la question du transactivisme s’est invitée chez certains. J’insiste sur ce « progressivement », car c’est certainement ce qui a fait que je n’aie pas vraiment vu comment la question trans était venue grignoter de l’espace à la question féministe. Avec le recul, c’est bien la preuve que l’un a volé la place de l’autre ! 

Alors, je me suis abonnée à de plus en plus de comptes transactivistes à grosse audience comme @transnoir, @endolorix, @agressively_trans, @no.dick.pick, j’ai lu sans cesse des posts pour comprendre et saisir tout le nuancier de la transidentité. 

Jamais, ô grand jamais je n’ai remis en question tout ce que je découvrais pour deux raisons principales : j’étais comme fascinée (au sens positif du terme) par ces variétés d’identités, et les personnes trans sont en souffrance, il faut donc se plier à leurs revendications. Concernant le premier point, en tant que prof de français passionnée par les évolutions de la langue, j’ai trouvé incroyable qu’autant de mots émergent, que le langage puisse se démultiplier pour répondre à des exigences nouvelles pour des visibilités nouvelles.

Aussi, je ne voyais pas de problème à ce que chacun.e s’auto-identifie comme bon lui semble. L’inclusivité, le maître-mot : c’est plutôt pas mal, sur la forme ! Et force est de reconnaître que les comptes militants sont généralement très bien tenus : pédagogiques, interactifs, précis, équilibrés entre expérience personnelle et conclusions générales. Bref, sans être moie-même ultra investie concrètement, je trouvais ça intéressant et moderne. 

On disait de détester Dora Moutot, Marguerite Stern, J. K. Rowling, les assos l’Amazone et Osez le féminisme !, les « TERFs », les « SWERFs », alors je les ai détestées sans jamais chercher à comprendre le sens de leurs positions. Ben ouais, faut pas perdre son temps à écouter ces tarées qu’on n’hésitait pas à associer à l’extrême-droite d’ailleurs.

J’avais suivi de près la polémique sur le fameux coup de gueule des « TERFs » quant à la mention de l’identité de genre dans la loi contre les thérapies de conversion, et sans légitimer le harcèlement vécu par Dora Moutot, je m’en amusais un peu, elle l’avait bien mérité. 

Je répétais « Trans women are women », « Sex work is work » et d’autres litanies. Au passage, si les adeptes du féminisme libéral faisaient preuve d’un minimum de bonne foi, iels admettraient que personne n’inclut plus les prostituées que les prétendues « SWERFs », et que ces dernières sont même les seules et uniques à soutenir celles qui ont vécu l’enfer. SWERFs, vous dites ? 

Aujourd’hui, j’ai 23 ans, et il y a trois mois environ, Marguerite Stern, dont je regardais de temps en temps le compte Instagram, s’est mise à produire des podcasts avec de jeunes féministes. Par curiosité, j’en ai écouté quelques-uns… Et tout s’est recomposé dans ma tête. Ces femmes donnaient des réponses à des questions que je n’osais pas me poser de peur d’être moie-même une « sale TERF ». Je ne saurais pas expliquer à quel point ça a totalement changé ma vision du féminisme, vampirisée par le transactivisme, et du transactivisme lui-même. J’ai bingé les podcasts de Rebelle du genre, tous ceux de Marguerite Stern (ses cinq séries alors sorties), des interviews de Dora Moutot et de Joana de « Bois mes règles ». J’ai relu des contenus que j’avais approuvés comme un mouton, et je me suis demandé comment j’avais pu gober tout ça, tellement c’était… lunaire. 

J’ai alors lu les commentaires de certaines publications. Je précise que je ne les avais pas lus avant car le post se suffisait à lui-même. En voici qui sont assez mythiques : 

– « Arrêtez d’utiliser le mot « femme », c’est transphobe et excluant (…) Hitler et les nazis utilisaient aussi le mot « femme ». Le terme à utiliser est « personne à vulve » ou « personne qui menstrue ». Le mot « femme » est à bannir, merci ! » L’analyse de Lily : j’ai tout à parier qu’Hitler utilisait aussi les mots « arrêter », « exclure », « bannir » et « merci ». 

– « Ça fait quoi d’être une TERF ??? D’utiliser le mot « meuf » comme si tout était normal ? (…) Remets-toi en question et commence à déconstruire un peu ton privilège juif ». L’analyse de Lily : bon, déjà, c’est vrai que c’est pas normal de dire « meuf », il vaut mieux dire « femme », parole de prof de français. Ensuite, les juifs et les juives sont tellement privilégié.e.s qu’Hitler était jaloux d’elles et eux et qu’il les a condamné.e.s aux pires horreurs. Mais l’antisémitisme qui s’invite dans les luttes intersectionnelles, c’est une autre histoire, et je ne m’étendrai pas dessus car ce n’est pas le sujet. 

– « Jésus n’était sûrement ni « homme » ni « femme » : son expression de genre était très féminine (cheveux longs, lèvres pulpeuses), même s’il était une personne avec pénis. Jésus était un.e Palestien.ne queer et transgenre ». L’analyse de Lily : on me dit  dans l’oreillette qu’à cette époque, les hommes portaient les cheveux longs et que le fils de Dieu était bien un fils. On repassera pour les cours d’histoire, aussi.

– « La préférence génitale est bien transphobe. Refuser de sortir avec une personne parce qu’il s’agit d’une femme avec pénis ou d’un homme avec vulve est d’une violence extrême. Le problème, c’est qu’on nous apprend dès la naissance que le système hétéro est normal alors qu’il est discriminant pour bon nombre d’adelphes. Quand une femme trans tombe amoureuse d’une homme cis, celui-ci ne sortira jamais avec elle juste parce qu’il croit ne pas aimer les pénis… Il est là, le problème ». L’analyse de Lily : oui, c’est vrai que le système est hétéronormé et cela génère de l’homophobie. Mais on ne peut pas obliger les personnes hétérosexuelles à avoir des relations homosexuelles, enfin ça tombe sous le sens ! Mention spéciale pour le Freud de comptoir qui explique aux gens qu’ils connaissent mal leurs propres goûts. A ce propos aussi, je rappelle que, selon le transactivisime, vouloir coucher avec des personnes trans, c’est du fétichisme, mais ne pas vouloir coucher avec elles, c’est de la transphobie. De même, quand un compte féministe tenu par une femme parle des questions trans, c’est du vol de parole par les non-concernées. Si ledit compte n’en parle pas, il n’est pas assez inclusif donc transphobe. 

A méditer. 

Dans la série des incohérences, il y a aussi l’impossibilité de définir une « femme » et un « homme ». Par exemple, Lexie, femme transgenre tenant le compte @agressively_trans, dit elle-même ne pas savoir définir une femme, mais savoir qu’elle en est une. Elle dit aussi que son identité de genre « femme » n’a rien à voir avec sa « féminité », soit ses vêtements, son maquillage, en gros que ses robes ne sont pas liées au fait qu’elles se sente femme. Mais de qui se moque-t-on ! Séparer identité et expression de genre… c’est sexiste au mieux, au pire de mauvaise foi. Mais je pencherais vers la mauvaise foi, l’une des marques de fabrique du transactivisme. 

J’ai commencé à m’indigner des interdictions de l’ouvrir à coup de « Tu n’es pas concernée donc tu ne peux pas t’exprimer ». Comment ça, je ne suis pas concernée ? Je ne suis peut-être pas une femme trans, mais je suis quand même une femme, si des fois ! Désolée de te le dire, Lexie, mais oui, je suis plus une femme que toi, qui te prétends femme sans même savoir ce que c’est. Quand tu connaîtras un dixième de ma douleur chaque mois, un centième de l’angoisse que j’ai ressentie à chaque fois que j’ai cru être enceinte, un millième de la peur que je connais sy-sté-ma-ti-que-ment quand je prends les transports, un millionième de ma colère quand l’amendement garantissant le droit à l’avortement a été aboli dans le pays le plus influent du monde,  tu pourras dire que tu es autant une femme que moi. Porter des robes et du maquillage, tu as le droit de le faire, mais ça ne change rien à ma biologie comme à la tienne. Tu ne sais pas ce que c’est qu’une femme, alors laisse-moi te le dire, puisque j’en suis une. Je ne tolèrerai jamais qu’une femme trans, donc une personne qui a une bite et qui a été sociabilisée comme homme, explique aux femmes ce qu’est le féminisme, et surtout ce qu’est une femme. 

Petit message aux femmes trans : tous les désagréments (c’est un euphémisme) liés à notre sexe biologique n’ont absolument rien d’enviable. C’est vrai que pour beaucoup de femmes, donner la vie est quelque chose de merveilleux, mais là encore, neuf mois de possibles complications variées et plus ou moins intenses, c’est le prix à payer pour cet avantage… si c’en est un !

Lexie me répondra que mes propos sont d’une « violence extrême ». En effet, c’est l’expression à la mode pour écarter toute possibilité de discussion. Mais je crois que vous, les transactivistes, n’avez jamais pensé à vous demander ce que ça fait, dans l’autre sens.

Si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » de parler de sexe biologique au point de coller « Le sexe biologique n’existe pas », pensez à la violence extrême infligée à toutes ces filles par des mutilations sur et à cause de leur sexe (et non leur genre).

Si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » de parler de « femme » et non de « personne à vulve », je vous réponds que c’est d’une violence extrême pour moie d’être ramenée à mon entrejambe. 

Si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » de dire « les femmes trans ne sont pas des femmes », je vous réponds que c’est d’une violence extrême pour moie d’être assimilée à des personnes qui n’ont rien de commun avec moie en termes de biologie sexuelle. 

Redisons-le, si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » que les lesbiennes refusent les pénis, je vous réponds que c’est d’une violence extrême pour elles qu’on leur en impose un. 

En plus, l’expression « violence extrême » m’insupporte au plus haut point. Les mots ont un sens, et les milieux intersectionnels ne cessent de le rabâcher. Apparemment c’est « psychophobe » de dire « fou amoureux », « un film de dingue », « j’hallucine », « sale con », etc. Eh bien moi, je pense que parler de « violence extrême » pour une erreur de pronom ou un accord fautif, c’est absolument disproportionné quand on sait toutes les violences qui touchent spécifiquement les femmes. Petit coucou à Dora Moutot, dont la campagne de haine lancée par Lexie a commencé par un « t’es pas content » au lieu de « t’es pas contente ». Si vous êtes convaincu.e.s de votre identité de genre, une maladresse d’expression ne devrait vous faire ni chaud ni froid !

Pour finir ce parcours dans la critique du genre, en mai, Marguerite Stern a publié une tribune sur sa colère de ne pas être mentionnée dans un film qui porte sur sa création, les collages contre les féminicides, à Cannes. Ça m’a révoltée. Elle m’a donné l’honneur de traduire cette tribune en anglais, pour la publier dans le média britannique The Critic. Le fait de sentir son indignation littéralement au mot le mot m’a d’autant plus confortée dans mes positions. Au passage, chers.e.s transactivistes, je ne sais pas comment vous pouvez vous regarder dans la glace après avoir harcelé et agressé une icône du féminisme, dont le nom mérite d’être gravé dans l’histoire, au point qu’elle doive être hospitalisée. 

Je vais vous faire une confession, chères auditrices : j’adore l’Italie. Je parle italien et j’ai même lu de la poésie italienne du XIVe siècle, c’est dire si je remonte aux racines. Je connais certainement Florence mieux que beaucoup de Florentins et Florentines. Je savoure avec plaisir la bonne nourriture italienne. Chaque été, je vais en Italie. L’histoire italienne, je la connais presque autant que l’histoire française. En plus, avec mon teint basané et mes longs cheveux foncés, on me prend souvent pour une méditerranéenne. Je suis donc une Italienne transnationale. … Quoi ? Comment ça, je ne suis pas Italienne ? Vous n’avez pas le droit de heurter mon ressenti ! C’est d’une violence extrême !  

Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes ? Pour leurs droits ? Pour les enfants ? Po ur la société ? Pour la démocratie ? 

Lily – Je vais la faire courte, du moins essayer, cette fois !

Pour les femmes : Comment peut-on se battre pour les droits d’une catégorie si cette catégorie ne peut plus être définie ? Ainsi, que vaut le féminisme si le mot « femme », au mieux est à préciser avec des termes tels que « cisgenre », « transgenre », « non binaire », au pire est à bannir ? Quand je dis « les femmes », j’ai envie de pouvoir me référer aux personnes femelles sans avoir à réfléchir à dix mille concepts derrière. Si tu es une femelle non femme, eh bien ne te sens pas concerné. Si tu es un mâle non homme, eh bien ne te sens pas concernée non plus. Pour les personnes intersexes, il s’agit effectivement de biologie. Alors, libre à toi de te sentir concerné.e. Si pour toute autre raison métaphysique tu ne te sens pas concerné.e, eh bien… ne te sens pas concerné.e. C’est mon droit de refuser des formulations contre- intuitives. De toute façon, arrêtons la mauvaise foi : vous savez très bien que quand on dit « les femmes », les concernées n’ont pas besoin d’un ou plusieurs adjectifs derrière pour savoir qu’on parle d’elles. 

Et pourtant vous l’avez sûrement entendu et continuerez de l’entendre, même dans ce témoignage, je n’arrive pas toujours à parler d’ « homme » pour « femme trans » et de « femme » pour « homme trans », car mon cerveau est vraiment trop conformé à l’autodétermination de chacun.e. 

Pour les femmes toujours, je pense notamment aux lesbiennes. A celles et ceux qui soutiennent que refuser un « pénis de femme » quand on est lesbienne est d’une violence extrême, vous n’avez jamais pensé à vous dire que c’est tout aussi violent dans l’autre sens ? Et si vous mettez la pression à la lesbienne en question et qu’elle accepte sous contrainte un pénis, rappelez-vous qu’une relation sexuelle par la contrainte, c’est un viol. C’est la loi. 

On atteint même un niveau supérieur quand on traite les lesbiennes de « fétichistes de la vulve », comme si une femme, ce n’était qu’une vulve. Alors j’ai un scoop : quand une femme est attirée par une autre femme, c’est aussi pour l’amour d’un corps développé d’une certaine façon avec ses formes et sa répartition des graisses, un timbre vocal souvent plus doux, l’intercompréhension par un vécu commun, une voix double contre les oppressions, le soulagement d’être avec quelqu’une qui nous ressemble et qui ne représente pas une menace patriarcale. 

Imposer un pénis à une lesbienne, ce n’est ni plus ni moins que de l’homophobie. Il en va de même pour les hommes hétéros, qui ne sont pas transphobes s’ils n’aiment pas les pénis, ou les femmes hétéras, qui ne le sont pas plus si elles ne veulent pas d’une vulve. De toute façon, je pense que le décentrement de sa propre petite personne est quelque chose qui manque vraiment aux transactivistes. 

J’ai un autre exemple sur la question des femmes. Megan Rapinoe, joueuse de football américaine, déjà connue pour avoir refusé de se rendre à la Maison Blanche sur invitation de Trump (ce que je trouve courageux et louable), a récemment publié une tribune qui défend le droit des femmes trans de concourir avec les femmes. Elle explique en effet que la santé mentale d’un jeune garçon transidentifié valait plus que le refus de jeunes filles d’avoir un garçon parmi elles. Mais n’a-t-elle pas pensé à se dire que le confort de plusieurs jeunes filles comptait aussi ? Que ces jeunes filles n’étaient peut-être pas à l’aise de partager un vestiaire avec un jeune garçon, d’autant plus si c’est pendant la puberté ? 

A ce propos, quand j’étais adolescente, j’étais complexée par mon corps, j’avais déjà du mal à me changer dans les vestiaires alors que c’était avec mes copines et qu’on était toutes logées à la même enseigne niveau amour propre. Je ne pense pas que j’aurais accepté qu’un adolescent transidentifié soit avec nous. Ça aurait été violent pour lui, j’en suis consciente, mais, parmi les transactivistes, qui penserait que c’est aussi violent pour toutes les filles en retour ? Ça ne m’aurait certainement pas remplie de joie de le refuser, mais ne serait-ce que mathématiquement parlant, mieux vaut une personne mal à l’aise que quinze. D’ailleurs, ce genre de situation mène une fois de plus à de la misogynie : on préfère expliquer à des filles mal dans leur peau qu’elles doivent se dénuder devant un garçon plutôt que rappeler aux garçons les règles de respect élémentaires pour que leur camarade se soit pas moqué ni rejeté. C’est exactement ce que vous dites dans votre intro : les femmes sont « conditionnées à la gentillesse ». 

Rapinoe a également démenti l’idée que « les femmes trans battent tous les records ». Je me suis renseignée, et elle a raison : c’est très caricatural, et les quelques cas où c’est vrai ne suffisent pas à en faire une généralité. Cependant, même si les femmes trans en question n’arrivent que 5ème, 8ème ou même avant-dernière, elle éliminera de toute façon une femme biologique, femme qui n’aurait pas été éliminée si elle avaient eu l’avantage d’avoir fait sa puberté en tant qu’homme. La mauvaise foi encore, vraiment une marque de fabrique !

Concernant les femmes également, la question de la transidentité fait encore une fois ressortir des doubles standards dans le traitement. Quand Marguerite Stern dit en ces mots qu’être une femme est une réalité biologique, elle subit des violences sans nom. Quand Julien Rochedy dit que les personnes trans sont dégénérées, c’est complètement passé sous silence, alors que c’est de la pure transphobie. Il en va de même pour Dora Moutot : des transactivistes ont collé des stickers « TERF » sur ses livres à la Fnac. Pourquoi n’ont-iels pas collé « FACHO » sur ceux de Zemmour, qui a fait référence à un médecin nazi en camp de concentration pour parler des enfants trans ? 

Pour les enfants : Imagine t’as fait 10 ans d’études pour être psychiatre, et là, t’as une enfant de 8 ans qui te dit qu’elle aime les voitures, ses parents te demandent le feu vert pour des bloqueurs de puberté, et si tu ne le leur donnes pas, tu peux être poursuivi.e pour thérapie de conversion. 

Non, je rigole. Mais imagine quand même. 

Imagine t’as fait 10 ans d’études pour être psychiatre et là t’as une ado qui a passé quelques mois sur Insta et Discord qui veut se faire déchirer un bout de peau pour avoir une bite parce qu’elle s’est auto-diagnostiquée trans demi-boy non binaire gender fluid, et si tu lui refuses le feu vert pour de la T, tu peux être poursuivi.e pour thérapie de conversion. 

Non, je rigole. Mais imagine quand même. 

Nothing to add. 

Pour la société maintenant : A mon sens, soigner la dysphorie par des transformations médicales dangereuses plutôt que par une réévaluation de son propre corps et un suivi psychologique, c’est de l’inconscience. 

On peut faire un parallèle entre la dysphorie de genre et la dysmorphophobie. La dysmorphophobie, pour la faire courte, c’est l’ensemble des troubles générés par l’obsession pour des défauts dans l’apparence. En gros, c’est la dysphorie de l’apparence physique. Prenons le cas d’un trouble dysmorphophobique bien connu : l’anorexie. Déjà, ça n’a pas de sens d’être « contre » l’anorexie ou « contre » la transidentité : c’est là, ça existe, c’est tout. Donc chut, les réacs. Cependant, cela ne nous empêche pas de nous interroger sur les sources du trouble, mais surtout sur les moyens d’y remédier autres que les transformations corporelles. Si une patiente anorexique demande à sa ou son docteur des médicaments pour maigrir encore plus et avoir le corps dont elle rêve, iel ne va jamais lui prescrire quoi que ce soit ! Bien au contraire, iel va l’aider à accepter son corps tel qu’il est, en dépassant justement cette dysphorie de l’apparence physique. Un suivi psychologique et/ou psychiatrique est tout à fait envisageable également.

A l’origine de l’anorexie d’une patiente, on sait très bien qu’il y a le culte du corps excessivement mince – donc maigre – dans les pubs, les magazines, la mode. Pour comment y remédier, je suis loin d’être une spécialiste, mais pour avoir traversé une phase d’anorexie, je peux dire que la réévaluation des qualités de mon corps, comprendre que je peux tout à fait être jolie et plus en chair, qu’un corps cadavérique n’a rien d’idéal, ça m’a beaucoup aidée.

Pour la dysphorie de genre, pourquoi ce serait différent ? L’origine, c’est la genrification extrême de tout : vêtements, jouets, couleurs, livres, sports, métiers, programmes TV, loisirs, produits d’hygiène & cosmétiques, rôle à la maison, image dans les médias et les pubs, et même jusqu’à la nourriture ! Alors pourquoi le soin, ce ne serait pas de détruire ces clichés, de la même façon qu’on détruit l’image du corps maigrissime parfait ? Je reste bien sûr consciente que face à une société aussi conditionnée, la tâche n’est pas aisée. J’y reviendrai. 

Pour finir, je tiens à dire j’apprécie sincèrement quand des personnes transgenres assument ouvertement qu’elles n’ont pas le sexe qu’elles auraient voulu avoir, au lieu de partir dans des démonstrations sans queue ni tête que le sexe biologique n’existe pas. J’ai vu plusieurs interviews de telles personnes, et c’est réconfortant de se dire qu’il y a tout de même quelques réflexions rationnelles. 

Pour la démocratie : Je pense que ce qui représente une menace pour la démocratie dans le transactivisme, c’est le refus de la liberté d’opinion et d’expression. Clin d’œil à ma maman, avec qui j’en ai beaucoup parlé. Disons les choses simplement : si vous n’êtes pas d’accord avec elles et eux,  vous n’avez pas le droit de parler. Les critiques de Marguerite Stern sont mises sur le même plan que les propos haineux de l’extrême droite. Ce n’est même pas caricatural ! En atteste la censure permanente de comptes n’allant pas dans le sens des transactivistes. Le pire, c’est que les moutons qui signalent en masse des critiques du genre n’hésitent eux-mêmes pas à appeler à harceler, insulter, voire proférer des menaces de mort. Evidemment, ces comptes se portent très bien et ne sont jamais inquiétés.

A l’heure où j’écris, le Twitter de Marguerite Stern a été définitivement supprimé, mais récupéré après une procédure d’appel. Voici la preuve qu’il s’agit d’une censure ciblée : une semaine auparavant, son compte avait été réactivé car considéré conforme aux règles de Twitter. Pendant toute la semaine suivante, elle n’a publié strictement rien de polémique. Seule une énième vague de signalements massifs peut en être à l’origine. Hélas, elle y est abonnée. Chers moutons qui signalent, rappelez-vous cette phrase de Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Il n’y a que les petits hommes qui craignent les petits écrits. » Donc si vous avez peur de quelque 240 caractères, c’est que vous n’êtes vous-mêmes pas grand-chose. 

Cette censure de la parole n’a guère de précédent depuis l’ère des réseaux sociaux, même pas chez l’extrême droite, où on trouve pourtant des contenus racistes, misogynes, antisémites, homophobes, lgbt+phobes haineux et violents à l’envi.

Là est la menace pour la démocratie : aux yeux des transactivistes, la frontière entre critique et haine n’existe plus. Preuve en sont des posts sur des comptes intersectionnels disant sans ironie que Charlie Hebdo et Valeurs actuelles, c’est la même chose. Donc un journal satirique dans lequel l’ex FEMEN et icône du féminisme Inna Shevchenko écrit, c’est pareil qu’un magazine qui dit en ces mots que les féministes sont « folles » et « hystérisent le débat ».

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité ou de façon anonyme ? As-tu déjà subi des pressions, des menaces, un danger perçu ou réel dans ton entourage (pro, perso, peur pour tes proches, etc.), ou, au contraire, te sais-tu en sécurité pour parler librement ?

Lily – Je souhaite être anonyme car je perdrais des ami.e.s si je faisais mon coming out radfem, or je considère que ces fortes amitiés doivent dépasser les désaccords sur des questions aussi polémiques. 

C’est la première fois que je partage le fruit de mes récentes réflexions, alors je ne suis pas du tout en danger par rapport à mes opinions. Cependant, la peur que peuvent éprouver certaines témoignantes m’indigne, et prouve des pratiques violentes maquillées en pseudo inclusivité.

Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ? 

Lily – Je vais un peu m’étaler, mais c’est la première fois que j’ai l’occasion de le faire. J’aimerais donc partager plusieurs anecdotes qui ont été de véritables déclics pour moie, et qui me maintiendront toujours dans mes positions actuelles. 

Première anecdote : Une personne que j’ai connue comme femme pendant mes études et qui se considère à ce jour comme homme trans non binaire m’a expliqué que refuser un « pénis de femme » quand on est lesbienne ou homme hétéro est transphobe car le rapport que l’on a à un pénis est une construction sociale. A ce titre, un pénis est associé à une façon de s’en servir. Il n’y a pas que les rapports vaginaux, buccaux et anaux, il y a une infinité de choses. Bon… tout ça pour dire que mon copain, hétéro, qui ne pourrait pas toucher une autre bite que la sienne, est transphobe ? Euh… non. 

D’ailleurs, cette même personne se dit « lesbien ». Il m’a écrit un long message, à mon goût bancal, pour m’expliquer pourquoi on pouvait être un homme lesbien. La raison principale, c’est que pas mal de femmes lesbiennes qui transitionnent se retrouvent, de fait, exclues de la communauté à laquelle elles appartenaient. Or, cette exclusion peut être vécue comme un délaissement, un abandon, voire de la transphobie. Il est donc “normal” que les hommes trans antérieurement femmes cis lesbiennes puissent rester « lesbiens », et être acceptés en tant hommes dans des communautés de femmes. Vous suivez ? Ou bien vous trouvez aussi que le transactivisme devient une caricature de lui-même ? 

Deuxième anecdote : Un instagrammeur transgenre de grande audience se fait connaître par un prénom masculin, appelons-le Thomas, qui a remplacé son deadname. Il a dit qu’il s’était « toujours appelé comme ça ». Oui, je trouve ça un peu ridicule. Thomas a d’ailleurs récemment dit qu’il était un homme trans non binaire. Il en a fait part à sa communauté courant mai comme s’il faisait une annonce incroyable, comme une femme annoncerait qu’elle est enceinte à sa famille, par exemple. A ce propos, j’ai l’impression que dans la communauté queer et les milieux intersectionnels, il y a une course à qui aura le plus d’étiquettes, et donc qui subit le plus d’oppressions, et donc quelle parole aura le plus de valeur. Je trouve ça tellement malsain de vouloir comparer les souffrances, et aussi terriblement dangereux : c’est une aubaine pour vouloir supprimer à des gens le droit de parler de leurs problèmes sous prétexte qu’iels souffriraient moins. Le transactivisme, c’est l’un des cas d’école : on en vient à dire que les femmes trans étant plus opprimées que les femmes cis, les femmes cis doivent fermer leur gueule quand on prononce le mot « femme ». 

Bien sûr, cette pseudo hiérarchie d’oppressions entre femmes cis et femmes trans, est une invention pure des femmes trans elles-mêmes, certainement en partie pour nous voler la parole. Or, rappelons-le, ces dernières sont toutes des hommes au départ. 

Mais revenons à Thomas ! Il avait également fait un post pour expliquer que les personnes transgenres sont celles qui cassent les codes… alors que c’est tout l’inverse, de mon point de vue. Il était par exemple fier de nous montrer son déodorant estampillé « homme », validant par extension le fait que les femmes et les hommes ne puissent pas se laver avec le même savon, se raser avec les mêmes rasoirs, se protéger des odeurs avec le même déo ! En se déterminant homme parce qu’on n’aime pas les choses « de femmes », au contraire, on appuie encore plus les stéréotypes de genre. 

Troisième anecdote : D’une manière générale, j’ai l’impression qu’être « non binaire » dans la société dans laquelle on vit, donc ultra binarisée, c’est s’inventer un problème. Je précise bien dans notre société, car dans bien d’autres cultures, la binarité n’est pas instituée. C’est peut-être pour se rendre intéressant.e. Je pense à une « personne à vulve » de grande audience sur Instagram ayant un passing totalement conforme aux stéréotypes de genre féminin qui se dit non binaire. Cela dit, elle correspondrait bien à cette expression, que j’ai dégotée sur un autre compte militant : « personne non binaire afab [assigned female at birth] dont le passing correspond à l’assignation de naissance ».  Là aussi, le transactivisme devient une caricature de lui-même. 

De toute manière, personne ne correspond à 100% à des clichés d’un bord ou d’un autre, tout le monde est donc non binaire, d’une certaine façon… D’ailleurs, selon cette même personne, le genre, c’est comme la couleur préféré : on ne peut pas expliquer pourquoi on est une femme de la même façon qu’on ne peut pas expliquer pourquoi on aime le bleu. En fait, « femme » et « homme », ça ne veut plus rien dire, et c’est affligeant. Ça me fait penser à un tweet dont l’auteur incendiait Marguerite Stern pour avoir utilisé le mot « femme ». Dans le même tweet, il parlait de « personnes qui menstruent » et de « mecs ». Donc pas de « personnes à pénis ». Donc les femmes sont bien invisibilisées, mais pas les hommes. 

Quatrième anecdote : Je suis abonnée à un journaliste et militant transgenre sur Instagram. En toute sincérité, je l’admire beaucoup pour ses réflexions sur des questions de société générales très pertinentes. C’est l’une des rares personnes des milieux intersectionnels qui porte ouvertement sa voix contre l’antisémitisme. Il a écrit un livre qui m’a bouleversée. Comme quoi, personne n’est tout blanc ou tout noir, et ça me semble important de le souligner. 

Il y a quelque temps, ce journaliste a fait une boîte à questions et a répondu à la question « Peut-on être féministe et gender critical ? » Sa réponse : non. En effet, selon lui, l’expression « gender critical » sert juste à ne pas dire « transphobe ». En fait, ça veut simplement dire qu’on ne peut pas critiquer sans être accusée de haine, de rejet. C’est d’une absurdité sans nom ! 

J’aimerais insister sur ce point : le problème que beaucoup de gender criticals ont, c’est qu’il n’y a pas le droit de remettre quoi que ce soit en cause, ni même d’interroger seulement. Cet amalgame entre critique et rejet, violence est vraiment épuisant, et je ne connais aucune autre minorité à ce point hermétique à la critique. Il suffit juste d’appliquer la logique des transactivistes à d’autres domaines pour comprendre à quel point on est dans une censure extrême de la parole. 

Moie, Lily, je suis juive, et je suis la première à critiquer les incohérences et la misogynie de ma religion et à en débattre avec mon grand-père rabbin. Pour autant, suis-je antisémite ? Ce serait la meilleure ! 

Pourquoi peut-on critiquer l’islam sans être islamophobe, mais pas le transactivisme sans être transphobe ? 

Dans les commentaires d’une publication, une personne m’a répondu que penser qu’une femme a une vulve et un homme un pénis était transphobe car ça revient à nier l’existence même des personnes trans. Pourtant, quand on critique la religion en niant l’existence de Dieu, ce qui est tout à fait accepté et, plus encore, un puits sans fond pour débattre, on nierait aussi l’existence même des croyants et croyantes, puisqu’il n’y a pas de Dieu ! Est-ce pour autant qu’on remet en cause l’existence des fidèles ? Ben non, on exprime juste notre opinion ! Bref, la moindre discussion ou tentative de discussion est stérile.

D’une manière générale, j’ai l’impression que créer des mots qui se terminent par « phobe » ou « iste » est le nouveau moyen de mettre à pied toute opinion contraire à la nôtre. Il faut savoir distinguer critique et reproche de l’appel à la haine et à la violence. Ces nouvelles tendances font que parfois, on ne peut plus rien dire. Je ne parle pas du tout des pseudo-blagues misogynes et racistes qu’on connaît bien, mais de la réserve voire la peur perpétuelle de mal nommer les choses quand on veut en parler et d’être toujours transphobe d’une façon ou d’une autre. 

Par exemple, une militante a tweeté « Quand vous dites « les femmes cis et trans » au lieu de « les femmes » et « les femmes et personnes sexisées » au lieu de « les personnes sexisées », vous êtes transphobe ». J’ai beau chercher, me mettre dans la logique des transactivistes… eh bien je ne comprends pas pourquoi. 

Et si je voulais moi-même nommer les choses en bonne et due forme selon les critères des queers, je ne vois clairement pas ce que je pourrais dire d’autre. En fait, quoi qu’on dise, on risque de se faire accuser de transphobie. Et si on va vers la simplicité, il y aura toujours quelqu’un ou quelqu’une pour nous expliquer que non, ça ne va pas. Voici ce que j’ai pu recueillir sur divers comptes transactivistes : 

– si je dis « les femmes », c’est pas assez précis ; si je dis « les femmes cis et trans », il manque les intersexes et les non binaires ;

– si je dis « les femmes cis, trans, non binaires et intersexes », on suppose que ça ne forme pas un tout uni et que les femmes non cis ne sont pas vraiment des femmes puisqu’on les distingue dans la dénomination ;

– il faut dire « les femmes » tout court. Mais le serpent se mord la queue, puisqu’on vient de voir que « les femmes » seul, ça marchait pas ; 

– si je dis « les personnes sexisées », ça vole le mot « racisé » aux luttes antiracistes, et certaines dites femmes qui ont un pénis trouvent ça transphobe. 

Bref, on sort ja-mais de là. Mais genre jamais. Vraiment jamais. Ma conclusion, c’est que j’ai le droit de dire « les femmes » si je veux parler des femelles, et rien ne me semble plus logique. 

Revenons à nos moutons, avec ce journaliste. Selon lui, les femmes cisgenres reproduisent l’oppression patriarcale sur les femmes transgenres. Laissez-moie en douter. 

Je n’ai jamais vu une femme harceler ou agresser une personne transgenre. En revanche, j’ai déjà vu des hommes agresser des femmes transgenres. 

Je n’ai jamais vu de collage de l’Amazone appelant à tuer les femmes transgenres. En revanche, j’ai déjà vu des collages et tags de femmes transgenres appelant à tuer des femmes. 

Je n’ai jamais vu une femme imposer une vulve à une femme transgenre. En revanche, j’ai déjà vu une femme transgenre imposer un pénis à une femme. 

L’adage « Trans tué.e.s, TERFs coupables » et ses déclinaisons démontrent la misogynie inhérente au transactivisme, car 100% des assassins de personnes trans sont des hommes. Mais là encore, c’est clairement plus facile de s’en prendre aux femmes qu’aux criminels. Au fond, c’est comme dans les affaires de viols, où on trouve toujours un moyen de « prouver » que la femme est fautive alors qu’elle a subi un crime (oui, le viol est bien un crime dans la loi, et nous en sommes redevables à Gisèle Halimi). 

La conclusion, c’est que si oppression il y a, cela vient des personnes transgenres et non des femmes. Dès lors, certaines femmes transgenres ne sont que la réplique du système patriarcal oppresseur : on appelle à tuer (« Sauve un trans, butte une TERF »), à violer (les lesbiennes forcées à accepter un pénis par exemple), à silencier (les dérives violentes du transactivisme, le refus de la critique). Si pour les femmes trans, l’oppression c’est de ne pas accéder à des domaines et lieux réservés aux femmes biologiques, il suffit de rester homme : là, elles auront tout ce qu’elles veulent !

Si des transactivistes m’écoutent et s’indignent de mon discours généralisant, j’anticipe la réponse : je ne mets pas tous les œufs dans le même panier, mais il y a une omerta évidente sur les problèmes posés non pas par les personnes trans elles-mêmes, mais par leurs modes d’action et leurs revendications qui n’ont pas lieu d’être. Si vous ne dénoncez pas et ne parlez que de ce qui vous arrange, vous êtes complices. 

Tout le monde est au fait de ces dérives voire violences, et je pense qu’il est de la responsabilité des transactivistes les plus influents, comme @agressively_trans, @lecoindeslgbt, @loulouparfois, de dire explicitement à leur communauté de cesser de harceler. Hannah d’@endolorix est une transactiviste qui commente des tweets transphobes, mais précise à chaque fois de ne jamais aller s’en prendre à qui que ce soit. Pouvons-nous pour autant la remercier, ou est-ce simplement normal de retenir les gens de vider leur haine… et donc de respecter la loi ? Il n’en reste pas moins que beaucoup suivent la démarche contraire, implicitement ou explicitement. Par exemple Lexie d’@aggressively_trans : elle a fait de Dora Moutot sa victime désignée pour un « e » manquant. Quand @lecoindeslgbt a longuement expliqué pourquoi Dora Moutot, toujours était une « TERF », il n’y a pas eu d’appel à la haine, seulement à se désabonner. Mais voilà, les responsables du compte savaient très bien que ça générerait une vague de harcèlement massif contre elle. On en revient au point de départ : ne rien dire, c’est être complice. 

Cinquième anecdote. Tout à l’heure, je disais les femmes trans étant soi-disant plus opprimées que les femmes cis, ces dernières doivent fermer leur gueule quand on prononce le mot « femme ». Je vais illustrer ça tout de suite : j’ai récemment lu un tweet sur une campagne de pub de Tampax avec un homme transidentifié. Qu’un homme trans, c’est-à-dire avec un sexe féminin, fasse ce genre de campagne, pourquoi pas. Mais un mâle, c’est juste le summum de l’indécence, une instrumentalisation des règles pour servir les dérives du transactivisme. Ce genre de campagne n’est là que pour flatter des hommes en leur donnant la parole sur NOS sujets. Point. 

Dans le même genre, dans l’un de vos podcasts, une témoignante évoque un homme transidentifié qui a présenté un certificat médical à son employeur pour endométriose. Mais on se fout de la gueule de qui ? Et quel.le transactiviste relayerait cette info ? Cela dit, si les hommes avaient la moitié du quart de nos douleurs chaque mois, le congé menstruel existerait depuis bien longtemps. 

Sixième anecdote. Allez, une dernière ! Marguerite Stern a récemment créé un site internet pour centraliser son travail, anticipant (à raison) la censure sur les réseaux sociaux. Une personne trans a invité en story ses abonné.e.s à signaler en masse son site, tout en précisant n’en avoir lu qu’une partie car « c’est trop horrible » et en poussant sa communauté à surtout NE PAS lire ! Ça m’a laissée bouche bée. Quand on se met à censurer un contenu sans connaître le contenu en question, il y a vraiment un problème. C’est bien ça, la définition d’un mouton ? 

Concernant Marguerite Stern aussi, elle a récemment fait un test sur Twitter : elle a tweeté « Les femmes sont des homo sapiens femelles ». Ni une ni deux, le tweet est censuré. Elle a tweeté dans la foulée « Les femmes sont des homo sapiens mâles ». Là, ça passe crème. 

Rebelles du genre – As-tu quelque chose à ajouter ?

Lily – Oui, je voudrais ajouter trois petites choses. 

D’abord, malgré mes prises de position devenues radicales, je n’en respecte pas moins les personnes qui se transidentifient. Si une personne me demande de la genrer et de la nommer d’une certaine façon, je pense que c’est normal de le faire, en sa présence comme en son absence. Le problème est plus profond qu’un simple prénom et de simples accords, et je ne veux pas générer un quelconque mal-être qui s’apparenterait à de la méchanceté gratuite. En effet, je pense que transitionner est le résultat d’une société réfractaire au fait que l’on sorte des cases imposées. Entendez par là que si un homme qui aime le maquillage et les talons décide transitionner pour devenir une femme, c’est parce que la société ordonne aux femmes de porter du maquillage et des talons, et qu’elle ne peut pas concevoir qu’un homme aime porter du maquillage et des talons. Plus que ne pas pouvoir le concevoir, elle en vient à l’interdire. Cela se traduit concrètement par les agressions de femmes trans par les hommes eux-mêmes. Aussi, n’oubliez pas que jamais une femme n’ira violenter une femme trans. 

Malheureusement, tant que cet imaginaire collectif ne sera pas restructuré, ce sera toujours plus acceptable d’être une femme transgenre qu’un homme qui aime le maquillage et les talons.  En ce sens, je comprends tout à fait que la transition soit le seul recours possible : puisque je ne peux pas faire comme les femmes, alors je vais en devenir une. Si ça permet à des personnes de mieux se sentir, soit.

Mais ce n’est pas parce qu’on a transitionné qu’on peut se prétendre « femme » à tout point de vue, ainsi s’octroyer de nouveaux droits et revendiquer ce qui revient aux femmes biologiques, comme leurs espaces de parole, le sport et les vestiaires, les foyers pour femmes en détresse, les marches lesbiennes, les têtes de cortège de manifestations féministes, etc. 

A ce propos, récemment, dans un post du média féministe très libéral Madmoizelle, j’ai soutenu J. K. Rowling par rapport à la cancel culture, pas pour défendre ce qu’elle dit, mais défendre son droit de s’exprimer. Ce commentaire a été parmi les plus likés de la publication ! C’est là que je veux en venir : pour moi, c’est la preuve que certaines femmes pensent un minimum comme noues, les critiques du genre, mais qu’elles n’osent pas le dire. Liker, c’est une façon d’adhérer en douce. 

Plus encore, je suis certaine que bien des femmes du féminisme libéral savent, au fond d’elles, que l’engouement autour du transactivisme et son refus de définir des choses juste évidentes n’ont pas de sens. Ces femmes se posent des questions sans oser les poser à un tiers, car le simple fait de rentrer dans le débat fait d’elles des sales TERFs transphobes. Je le sais, car j’en faisais moi-même partie, de ces femmes. 

Je pense que l’effet de groupe a beaucoup à voir dans tout ça. En ayant pour seul possible appui celles qui sont cataloguées comme « TERFs », on peut difficilement se sentir légitime pour critiquer des inepties et des « raisonnements » plus que contre intuitifs. 

Même si elles ne le disent, les femmes savent ce qu’est une femme. La composante commune à toutes les femmes, c’est d’avoir des chromosomes XX ou une variation pour les femmes intersexes et basta. Certaines femmes n’ont pas leurs règles, sont stériles, n’ont pas de poitrine ou pas d’utérus, mais les chromosomes XX, c’est UNIVERSEL. A partir de là, sans chromosomes XX ou intersexualité, se dire « femme », ce n’est pas en être une : c’est s’approprier des codes, de la même façon qu’on peut être Française tout en adoptant les codes culturels des Italiennes. Personnellement, j’aurais adoré être franca-italienne, mais aucune ascendance ne me ramène à la botte. Alors je me contente d’apprendre la langue, la culture et l’histoire, de lire en italien, de voyager en Italie dès que l’occasion se présente. Ce n’est d’ailleurs pas une imitation grossière consistant à manger des pâtes et des pizzas en disant « ma que !!! », comme un homme qui se contenterait de mettre une jupe et du rouge à lèvres pour dire « je suis une femme ». 

Les femmes trans savent qu’elles ont beau se nommer « femme », elles n’en seront jamais une à 100%, malgré tout ce qu’elles peuvent faire pour y ressembler. Je pense que les mille et un raisonnements pour prouver le contraire sont l’expression d’une frustration intérieure. Je veux dire que les personnes trans compensent le fait qu’elles n’aient pas le sexe biologique qu’elles auraient souhaité en démontrant (lol) que le sexe biologique n’existe pas.  

Ensuite, je pense que les gens qui se disent gender criticals tout en clamant que les garçons doivent jouer au foot et porter des pantalons tandis que les filles doivent jouer à la dînette et porter des jupes sont en réalité tout sauf gender criticals desservent complètement notre lutte. Ces personnes rétrogrades ne sont pas mes allié.e.s, je le clame haut et fort. Comme je viens de le dire, c’est à cause des gens comme ça que naissent la dysphorie de genre et tout ce que ça engendre. Le but des gender criticals n’est pas de dire « Le rose, c’est pour les filles », mais « Le rose n’a pas de genre ou de sexe. » Dire que le bleu c’est pour les garçons et le rose pour les filles, c’est du sexisme déguisé en critique du genre, ce n’est donc pas de la critique du genre. 

Ainsi, en tant que critique du genre comme construction sociale, je refuse d’être assimilée aux « féministes » type Némésis, Antigones, ou, d’une manière générale, aux groupes identitaires et/ou intégristes. Ce sont à cause de telles personnes que les féministes radicales sont associées à l’extrême-droite. Pour elles, la transidentité (comme la prostitution, d’ailleurs) est à écarter pour des questions de bonnes mœurs et par refus de ce qui n’est pas dans les rangs. Pour les féministes radicales, c’est une réflexion autour des droits de la femme qui s’impose, et non pas un rejet pur et simple parce que ce n’est pas conventionnel. J’ai d’ailleurs horreur des conventions. 

Enfin, j’aimerais rendre femmage à une femme que j’ai mentionnée à plusieurs reprises : Marguerite Stern. Depuis quelques mois, elle est devenue petit à petit une véritable modèle pour moi à bien des égards. La force et l’énergie qu’elle a dégagées avec FEMEN, l’idée géniale au sens littéral de porter nos luttes aux yeux de toustes dans la rue par des collages percutants, le maintien de ses convictions coûte que coûte malgré le harcèlement massif, ses séries de podcasts qui ne peuvent pas laisser indifférent.e… Tes mots m’ont accompagnée mai et juin durant, tant et si bien que j’avais l’impression que nous marchions ensemble. Depuis, tu es pour moi autant synonyme d’enseignement que de libération. Merci, Marguerite. 

Je suis ravie d’avoir enfin pu m’exprimer librement, même si anonymement. C’est soulageant de pouvoir dire « les femmes » pour se référer aux… femmes ! J’ai beaucoup blablaté, mais c’est la première fois que je peux le faire, alors j’en profite. Merci de m’avoir écoutée jusqu’au bout.

Rebelles du Genre – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

S’’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses.

Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous par mail.

A bientôt pour un nouveau témoignage de “rebelles du genre”.

Rebelles du genre – Épisode 45 – Magda

Magda – Je suis une femme de 37 ans. Je suis féministe depuis une quinzaine d’année et j’ai milité pendant quelques années dans une association qui proposait des activités et des rencontres en non-mixité. J’ai fait des études de sociologie. Je vis à la campagne.

Rebelles du Genre – Bonjour et bienvenue sur le podcast Rebelles du Genre. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole. 

Magda – Depuis petite, j’observe avec étonnement les comportements sexistes. J’ai un souvenir précis de me voir observer les filles qui se jetaient sur les crayons roses. Ça m’agaçait ! Du coup, j’en prenais un noir.

Une fois adolescente, je me suis sérieusement demandé pourquoi les femmes se maquillaient, et pas les hommes.

Je suis devenue féministe vers 20 ans après avoir travaillé dans un milieu professionnel très macho. Mais j’ai pu mettre des mots plus clairs sur mon positionnement quand j’ai découvert la sociologie critique et la sociologie du genre, quelques années plus tard. J’ai toujours eu une approche anti-essentialiste donc anti-genre. Les quelques cours que j’ai eus à la fac en sociologie du genre m’ont permis d’aborder la notion du genre comme définissant un système oppressif qui classe les individus en deux groupes sociaux distincts et hiérarchisés, en fonction de leur sexe . Ça me confortait dans ce que j’avais observé depuis la maternelle donc pour moi c’était évident. D’ailleurs  longtemps j’ai  pensé que toutes les féministes luttaient pour l’abolition du genre. 

En 2012 je suis allée faire une année de master à Paris et j’ai fait une recherche sur un sujet féministe et disons, « LGBT ». C’est à ce moment que j’ai compris qu’il y avait un autre usage du mot « genre ». D’un côté, le genre comme un système oppressif qui classe les individus en deux et qui est intrinsèquement lié à la sexuation des individus (mâle/ femelle). De l’autre le genre comme synonyme, disons de « personnalité » de goûts et de manière de se présenter aux autres, de s’habiller etc. Dans cette approche, disons « postmoderne », il suffirait de mettre le genre au pluriel – « les genres » – pour qu’il arrête d’être oppressif et devienne même un outil de libération des individus. 

C’est à cette époque que j’ai compris qu’en tant que féministe, j’étais censée être solidaire du mouvement trans, soutenir les revendications trans. Or, j’ai toujours considéré que le transgenrisme était un symptôme de notre société sexiste et non une solution au problème. J’étais peu concernée par cette question à l’époque, mais ça a commencé à me poser sérieusement question quand j’ai aperçu les conséquences théoriques et politiques que produisaient se rapprochement entre le féminisme et le transgenrisme. Notamment le fait que le concept du « genre » était de moins en moins utilisé et que l’était de plus en plus le concept «  des genres », au pluriel donc.

L’année d’après j’ai monté un collectif féministe avec des potes dont l’objet était de créer et favoriser des moments et des espaces en non-mixité.

Et là, ce sont les conséquences pratiques et politiques de ce lien entre le transgenrisme et le féminisme que j’ai vues. Par exemple, on a commencé à nous reprocher d’utiliser le mot « sororité ». Moi et mes potes on découvrait ce concept et on l’expérimentait à fond. ça nous faisait énormément de bien ainsi qu’à plein d’autres filles et femmes donc pour moi c’était déjà quelque chose de très grave. Ces personnes qui nous reprochaient d’utiliser ce terme avaient un profil bien précis : c’était des jeunes femmes qui toutes venaient de grandes agglomérations et semblaient penser qu’elles nous apportaient la lumière. 

A cette époque je critiquais beaucoup l’idéologie trans. Je ne le faisais pas dans n’importe quelles situations mais j’en parlais assez facilement quand même. Mais quelques mois plus tard, c’était fini : j’avais intégré le fait que c’était complètement tabou d’en parler.

A cette période – donc c’était en 2014 –  j’ai participé à un événement qui réunissait une quarantaine de femmes pendant plusieurs semaines en non-mixité – à l’époque on avait encore le droit de dire « non-mixité ». Pendant l’événement qui a duré plusieurs semaines, on faisait sans arrêt des tours de pronoms. Je crois que c’était à chaque réunion le matin. C’était d’autant plus ridicule qu’il n’y avait pas de personnes trans parmi nous. Moi, j’avais envie de dire “je m’en fous, appelez-moi comme vous voulez. ça n’a pas d’importance pour moi”. A l’époque, je jouais beaucoup sur mon androgynie, et j’étais dans un certain rejet, disons du fait d’être une femme, en tous cas c’était pas quelque chose que j’avais envie de valoriser. J’avais envie de me projeter au-delà du genre, mais dans une perspective critique, pas dans une perspective identitaire. Donc ce délire autour des pronoms, ça me saoulait vraiment, je trouvais ça ridicule et le comble c’est que je me retrouvais obligée de me positionner. 

Soit on était« elle », soit on était « il » ; on était  « iel » on pouvait aussi dire un jour « elle » un jour « il »… Mais dire « je m’en fous, votre truc ne m’intéresse pas », c’était pas possible car ça aurait été jugé comme oppressif pour toutes les personnes pour qui ça avait de l’importance. Donc j’étais obligée de dire tout les matins « je suis une femme » alors que j’aurais juste voulu être perçu comme une personne, point barre !

Après cet événement  j’ai eu envie de prendre du recul par rapport au féminisme. Je n’y trouvais vraiment plus ma place. Je voyais l’évolution qui était en train de se faire et qui m’inquiétait beaucoup, et pour laquelle je me sentais totalement impuissante. Au début, j’étais contente d’être à la campagne, dans un environnement où le féminisme queer était pas encore arrivé jusqu’à nous.

Petit à petit, j’ai senti les choses évoluer. D’abord j’ai eu vent d’un texte que Christine Delphy avait relayé qui parlait de la pression que subissaient de plus en plus les lesbiennes pour avoir des relations sexuelles avec des « femmes trans »  non opérées. 

Une copine m’a ensuite raconté comment elle et ses potes ont annulé une intervention de Christine Delphy suite à la diffusion de ce texte. Ça semblait évident à ma copine que je soutenais leur action. Cette copine s’est ensuite « identifiée » comme un homme et j’ai été incapable de lui dire ce que je pensais de tout ça. 

Rebelles du genre –  Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes ? Pour leurs droits ? Pour les enfants ? Pour la société ? Pour la démocratie ? 

Magda – Cette idéologie pose des problèmes éthiques, politiques, logiques, démocratiques… 

Bon déjà la rationalité, la logique et la science sont des choses hyper importantes pour moi. Du coup, je suis hyper choquée qu’une idéologie aussi irrationnelle s’impose partout et bien au-delà de la sphère militante. 

Le premier problème logique est la définition queer du mot « femme ». Une femme serait une personne qui se sent femme. Définition totalement insignifiante car on ne peut pas définir un terme par lui-même. Imaginons un dictionnaire qui définirait le mot chaise comme « une chaise est un objet qui ressemble à une chaise ». Cela n’a aucun sens !

Également, depuis quand un sentiment suffit à définir la réalité ? Depuis quand, parce qu’une personne a une idée sur elle-même, cette idée est vraie ? Si je pense être une femme noire, est-ce que cela fait de moi une femme noire ? Si je pense être née au moyen-âge, est-ce que je suis effectivement née au moyen-âge ? 

Chaque personne se fait des idées sur le  monde et sur elle-même et toutes ces idées ne sont pas vraies ! C’est bien gentil de dire « tout ce que tu penses est vrai », mais c’est faux. Si je ressens être chirurgienne est-ce qu’il faut me laisser opérer des gens pour ne pas me vexer ? Si je pense être un oiseau, est-ce qu’il faut m’encourager à m’envoler ?

Un autre problème : « l’identité de genre » serait un « sentiment profond », mais « différent selon chaque individu », une chose que l’on ne pourrait pas quantifier, analyser, étudier, quelque chose d’indéfinissable…. Bref, dans ces conditions, la notion d’identité de genre ne peut pas être une notion scientifique !

Le pire c’est quand on essaie de comprendre ce qu’est le genre selon le féminisme queer. 

Initialement, le genre permettait de parler de toute la part sociale – dans le sens de non biologique – dans les différences entre les femmes et les hommes. 

Le genre c’est le sexisme tout simplement ! Le fait que les filles soient éduquées comme ci et les garçons comme ça, avec toutes les conséquences sociales, psychologiques et politiques que cela a. 

Le genre, c’est le lien que la société patriarcale fait entre le sexe et les attentes sociales. Le genre est donc nécessairement un truc binaire et nécessairement un truc lié à la sexuation. Quand je dis ça je n’ai pas un point de vue normatif, je suis pas en train de dire « le genre doit rester binaire » mais je décris une réalité. Ce n’est pas parce que cette réalité ne me plaît pas qu’elle n’existe pas ! Le genre, c’est binaire puisque ça renvoie à la manière dont les sociétés sexistes et patriarcales organisent les relations entre les femmes et les hommes et définissent les rôles sociaux de chacune et chacun.

Je sais que l’on va me répondre que le sexe binaire est aussi une construction sociale. Sauf que, jusqu’à preuve du contraire la sexuation des humains est binaire : il y a des femelles et il y a des mâles comme pour tous les mammifères. En science du vivant, il y a un consensus absolu sur ce sujet, il n’y a même pas de débat. Prétendre que le sexe est non binaire, cela relève du révisionnisme scientifique !

 Le seul argument qui est avancé pour “prouver” que le sexe binaire serait une construction sociale est le fait que certaines personnes naissent avec une situation d’intersexuation. Or ces situations sont rares, et relèvent d’un point de vue strictement biologique d’une anomalie. L’intersexuation est souvent le fait d’une pathologie qui peut induire infertilité et problèmes de santé.

Donc oui il y une faible part de la population qui « échappe » à la binarité de la sexuation, mais est-ce que cela veut dire que la sexuation n’est pas binaire ? Non. Est-ce qu’on doit remettre en question le fait que les humains sont des bipèdes parce que certaines personnes naissent avec une seule jambe ?

En fait, ça parait fou de devoir insister sur des faits aussi avérés. La très grande majorité des  humains sont soit mâle soit femelle. Et à la différence des autres animaux, il y a chez les humains un truc qui s’appelle le genre, ou le sexisme, ou les rôles sociaux de sexe : appelons ça comme on veut. C’est toute la part sociale, culturelle qui vient définir comment les humains sont censés se comporter selon qu’ils soient mâles ou femelles. 

Donc, le genre c’est un truc nocif contre lequel les féministes se battent depuis des décennies. C’était tout le propos du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir résumé par la formule « on ne nait pas femme, on le devient. ». Elle ne disait pas qu’il n’y avait pas de sexuation binaire, mais que la différence biologique entre les femmes et les hommes ne doit pas avoir de conséquences sur leur destin social.

Avec le développement du féminisme queer et postmoderne, on ne parle plus “du genre” mais “des genres”. A quoi correspond les genres dans cette logique ? Le fait de pouvoir s’habiller de telle ou telle manière, de porter des attributs masculins et des attributs féminin… Ah, ça veut juste dire avoir son propre style vestimentaire ! Déjà, réduire les questions de genre a des notions d’habillement c’est très réductif. Le genre c’est surtout des dispositions intériorisées ; des manières d’être au monde différenciées ; des manières d’interagir avec soi, avec le monde et avec les autres, différentes selon qu’on a été élevé comme une fille ou comme un garçon. Le genre, pour moi, c’est avant tout ce qui fait que les femmes ont moins confiance en elles, et ont tendance à faire passer leurs propres intérêts après celui d’autrui et surtout après celui des hommes. Et le fait que les hommes ont au contraire tendance à penser que le monde tourne autour de leur petite personne. Le genre, c’est ce qui explique que de nombreuses femmes, toutes les femmes hétérosexuelles peut-être, ont déjà fait l’expérience de subir un rapport sexuel dont elles n’avaient pas envie. Il y a les viols bien sûr, mais aussi toute les fois où les femmes se forcent pour faire plaisir à leur partenaire ou éviter les tensions dans le couple, voire parfois pour éviter un viol. 

Le genre, c’est le fait que de nombreux hommes sont capables de prendre du plaisir sexuel en forçant l’autre et en niant donc complètement sa personne. En gros, les femmes préfèrent se forcer plutôt que de décevoir leurs mecs et les mecs préfèrent forcer leurs femmes plutôt que de gérer leur propre frustration. 

Du coup le fait que le genre deviendrait un truc cool et souhaitable dès qu’il est mis en pluriel… Je comprends pas ! 

Il faut lutter pour un monde où les individus peuvent développer leur propre personnalité et leur propre trajectoire sociale indépendamment de leur sexe. Je rêve d’une société où notre destin social ne serait pas conditionné au fait d’être née femelle ou mâle. Quel est donc l’intérêt de valoriser la « diversité des genres » ? Je pense que les tenants de cette notion « des genres » au pluriel manquent cruellement de radicalité et de perspective critique. Ces personnes semblent incapables de penser le monde sans cette notion de genre. Mais le comble c’est que pourtant elles pensent être à la pointe de la radicalité !

Ce qui est bizarre dans la pensée queer, c’est que coexistent à la fois l’idée qu’être queer c’est «  ne pas être conforme aux normes de genre ».  Mais en même temps l’idéologie queer va nous dire implicitement que le genre, en tant qu’un système qui attribue des rôles sociaux différenciés selon le sexe, n’existe pas. Donc être queer ce serait ne pas se conformer à quelque chose qui n’existe pas ! Gros illogisme…  

Pourquoi je dis ça ? Parce que selon l’idéologie trans, quand un enfant né on ne constate pas son sexe mais on lui assigne un sexe-genre de manière aléatoire. Le genre, c’est injuste et nocif, mais ce n’est pas attribué de manière aléatoire ! Il y a une corrélation absolument totale entre le fait de naître avec les attributs mâles et le fait de se voir considéré comme un petit garçon. C’est pareil pour les filles. Ce qui est logique puisque les mots garçons et les mots filles ont été inventés pour référer aux enfants de sexe mâle et aux enfants de sexe femelle. On peut avoir la chance de naître dans une famille qui nous élève autant que possible en dehors du sexisme, mais cela ne change rien au fait que pour la société dans son ensemble on est un garçon si on naît avec un pénis et on est une fille si on naît avec une vulve, et cela a des conséquences dans la manière dont les normes sociales vont nous façonner. 

Mais selon l’idéologie trans, il n’y a aucune corrélation de fait entre le genre et le sexe, ce qui revient à dire que le genre n’existe pas puisque le genre c’est justement le lien entre le sexe des individus et les attentes sociales que fait peser la société sur les individus. 

Ce discours queer devient plus logique si on comprend que pour cette idéologie, il y a quelque chose qu’on peut qualifier d’essence masculine et d’essence féminine, et que cette essence serait déconnectée de la sexuation biologique. Evidemment, elles et ils n’utilisent jamais cette terminologie, mais pourtant si on creuse un tout petit peu la question il faut admettre que leur notion « d’identité de genre » est synonyme d’essence masculine, féminine ou non binaire . 

En gros, la personne aurait d’un côté son corps et d’un côté son « identité de genre ». Cette séparation corps-esprit permet de faire une analogie entre l’identité de genre et la notion religieuse d’âme. Donc en gros quand un bébé humain de sexe femelle née la société lui attribue à défaut une « identité féminine » mais parfois il y a erreur, car en fait ce bébé de sexe femelle à une « identité de genre masculine »…. Je ne comprends pas comment une pensée aussi essentialiste et irrationnelle peut avoir un tel succès à notre époque et dans les sphères sociales les plus instruites et critiques… C’est tout simplement sidérant !

Il y a un truc qui explique bien selon moi toutes les aberrations de cette idéologie.Elle confond en permanence deux types de registres : d’un côté il y a le registre descriptif et analytique, qui constate des réalités qu’elles nous plaisent ou non. C’est le registre qui est censé être celui de la communauté scientifique quand les chercheurs et chercheuses font bien leur travail en tous cas ! Et de l’autre le  registre prescriptif, qui prescrit des normes, qui dit ce que le monde devrait être, c’est le registre militant. 

Les deux registres sont d’égales importance sociales pour moi à condition qu’on les présente pour ceux qu’ils sont et qu’on ne mélange pas les deux pour faire une grosse bouillie indigeste !

Quand les idéologues queer disent « il n’y a pas de lien entre le sexe et le genre », ils sont dans un registre normatif. Ils veulent dire « il ne devrait pas y avoir de lien ». Là on est d’accord, il ne devrait pas y avoir de lien entre notre sexe et notre destin social mais, pour le moment, il y a une très très forte corrélation entre les deux et pour la combattre il faut d’abord pouvoir la nommer et la décrire. Les idéologues queer préfèrent être dans le déni comme si en disant « ça n’existe pas », ça va arrêter d’exister. Et du coup, ces militants de la pensée queer nous accusent d’être essentialistes parce qu’ils prennent notre discours descriptif et critique pour un discours prescriptif et normatif. Est-ce que c’est de la mauvaise foi ou est-ce que c’est de la bêtise ? Je ne sais pas. 

Les notions qui constituent l’idéologie transgenre sont à la fois illogiques et a-scientifiques. 

Donc, je ne comprends pas comment autant de personnes a priori sensées et intelligentes peuvent se faire les défenseurs voire les passeurs de cette idéologie. 

Tout ça va quand même très loin ! Parce que le planning familial, association féministe historique et largement subventionnée par l’Etat, qui fait de nombreuses interventions en milieu scolaire et accompagne des ados et jeunes adultes sur des questions de contraception, de santé sexuelle et tout ça, soutient dans son lexique trans que le sexe est un spectre, qu’un homme peut avoir une vulve ou encore que le pénis n’est pas un organe masculin.Il fallait oser !

Ce qui me surprend le plus, c’est de constater que de nombreux représentants et représentantes du mouvement zététique et sceptiques semblent convaincus de la pertinence de cette idéologie. 

Il y a quelques mois j’ai voulu me rapprocher de la communauté zététique parce que la démarche sceptique me plaît énormément. Le fait de réfléchir à comment faire la part des choses entre les croyances et les savoirs. Le fait de douter, notamment face à des assertions extraordinaires, surprenantes. Le fait de  réfléchir aux biais cognitifs, à tout ce qui nous éloigne d’une juste connaissance du monde et de nous-même… Voilà en tous cas comment je vois la zététique et le scepticisme scientifique. La zététique nous dit par exemple « ce n’est pas parce qu’une personne est persuadée de communiquer avec des personnes défuntes qu’elle le fait vraiment ». On a besoin de preuve pour accepter cette idée comme vraie. La personne ne ment pas forcément, elle peut vraiment penser communiquer avec des personnes défuntes. Dans ce cas son sentiment est bien réel, mais le fait auquel il renvoie ne l’est pas. La zététique prétend passer à l’épreuve des faits ce type de croyances. Le parallèle avec le sentiment profond d’une personne d’être de l’autre sexe ou genre est intéressant à faire. Quand des hommes prétendent qu’ils sont en réalité des femmes et qu’ils revendiquent le droit d’accéder à tous les espaces réservés aux femmes (les espaces de non mixité politique, les espaces lesbiens, les vestiaires, toilettes, les saunas, le sport féminin) il est tout à fait normal et juste que les femmes leur demande de prouver leur affirmation car la demande de ces hommes n’est pas anodine ni sans conséquences… Leur permettre d’accéder à leur demande peut avoir des effets importants sur les femmes, sur leur bien-être physique et mental, mais aussi sur leur sécurité. 

Le fait de ne pas croire sur parole une personne qui me dirait « je suis née dans le mauvais corps » ne veut pas dire que je manque de respect à cette personne. Ça ne veut pas dire que je pense qu’elle ment ou que son sentiment n’est pas réel. Mais vouloir être gentille avec les gens ne veut pas dire croire en tout ce qu’ils disent, et même quand ça concerne leur « être profond » entre guillemets. On a tous déjà entendu dire d’une personne croyante « je sens sa présence, il est avec moi». Je peux avoir du respect, de l’empathie et de l’attention pour cette personne même si je ne crois pas en Dieu. Pourtant je pense que Dieu n’existe pas, jusqu’à preuve du contraire, et donc qu’il ne peut pas être réellement avec cette personne. 

Que certaines personnes soient persuadées d’être de l’autre sexe ou genre, cela ne me dérange pas en soi. Mais j’estime que j’ai le droit de ne pas partager leurs croyances, comme j’ai le droit de ne pas croire en Dieu. 

Alors, la zététique qui soutient l’idéologie transgenre, c’est le monde à l’envers. Le monde à l’envers, c’est aussi les critiques qui sont faites à nous autres, féministes critiques du transgenrisme. On nous accuse d’être essentialistes parce qu’on rappelle que le genre et le sexisme sont des faits sociaux qui sont corrélés à un fait biologique : le sexe. Évidemment, cela ne veut absolument pas dire que les comportements sexistes sont causés par la biologie ! Ni que le sexisme est légitime éthiquement ! 

Mais quand des féministes indiennes font campagne contre les avortements sélectifs, il est totalement insensé et injuste de leur reprocher de faire preuve d’essentialisme. Et pourtant pour militer contre cette violence faite aux filles, il faut nécessairement qu’elles fassent le lien entre deux faits :  un fait social et un fait biologique. D’un coté, le fait de procéder à des avortements sélectifs, de l’autre le fait que les fœtus peuvent être mâle ou femelle et que se sont les fœtus femelles qui sont avortés. 

Ce détournement de la notion d’essentialisme et cette confusion entre le registre prescriptif et le registre descriptif est vraiment dingue de la part de personnes ayant pourtant les outils intellectuels pour comprendre notre point de vue. Ne pas être d’accord avec nous ok, mais ne même pas restituer correctement nos arguments soit c’est très stupide soit c’est complètement malhonnête. 

Je ne comprends pas cet aveuglément et cette mauvaise foi ! Ça me stresse vraiment beaucoup à vrai dire. Je me suis vraiment beaucoup interrogée sur moi-même, sur ma manière de voir les choses. J’ai retourné le truc dans tous les sens, me disant que ce n’était pas possible que des personnes partageant la même manière de voir les choses que moi sur bien des points, un même rapport à la rationalité, une même analyse du monde social, pouvaient trouver de la logique et de la cohérence à l’idéologie trans. 

Donc peut-être que c’est moi qui ne comprenait rien ? Alors j’ai lu et relu, et regardé et écouté tout ce que j’ai pu du côté du féminisme queer. J’ai vraiment essayé de trouver de la logique dans tout ça, mais je n’en ai pas trouvé. Mais je n’ai pas non plus trouvé de réponses vraiment satisfaisantes sur pourquoi tant de personnes a priori intelligentes et sensées adhèrent à ces croyances.  

Je n’ai pas trouvé de réponse, à part que ces personnes arrêtent de réfléchir dès qu’on aborde la question trans parce qu’elles veulent à tout pris être inclusives, être des bonnes féministes, ou être « dans le coup » en adhérant à l’idéologie très en vogue, perçue comme la pointe de la radicalité de la gauche…

Ce qui me semble très inquiétant, c’est que ces croyances sont en train de s’imposer dans tous les espaces sociaux. C’est flippant.

Ces idées relèvent de la croyance et non pas du savoir, donc c’est déjà un très gros problème que les chercheurs, les soignants (médecins, psychologues), les institutions, les partis politiques, les journalistes, diffusent et utilisent des notions illogiques et a-scientifiques. C’est une nouvelle religion, d’une certaine manière, qui se pare d’un vernis de progressisme et est en train de s’imposer à tout le monde.

Le pire, c’est que ça s’impose dans le cadre du droit. Actuellement, de nombreux Etats dits démocratiques imposent une idéologie contraire aux savoirs scientifiques les plus élémentaires. Le pire, c’est que de plus en plus la contestation de cette idéologie va devenir illégale, puisque tout discours critique peut-être qualifié de « transphobe ».

Est-ce qu’il y a des équivalents dans l’histoire des démocraties contemporaines ? Des États démocratiques qui imposent des idées révisionnistes et criminalisent toute critique de ces idées ? J’ai l’impression qu’on est en pleine dystopie… Je ne sais pas vers quoi on va mais ça ne me suggère vraiment rien de bon…

Je trouve aussi que cette idéologie est très problématique sur la vision de la personne et de l’organisation sociale qu’elle véhicule. 

La personne d’abord. L’idéologie trans fait la promotion d’une vision identitaire. L’approche identitaire, pour moi, c’est exactement l’inverse de ce qu’elle prétend être. C’est censé libérer les personnes des « étiquettes », des « assignations sociales », mais en vérité c’est une vision très figée, très essentialiste et très cloisonnante de ce qu’est une personne. 

Pour moi, ce qui fait qu’on est ce qu’on est, c’est le fruit d’une histoire ; une histoire personnelle mais aussi collective. Et l’histoire ne s’arrête jamais, donc on évolue en permanence, en fonction de notre relation à notre environnement, en fonction de notre réflexivité , en fonction de tout plein de choses qu’il n’est pas toujours facile de percevoir mais qu’il est pourtant très passionnant et selon moi très utile d’analyser. 

A l’inverse, dans la logique identitaire, on te dit « tu es ça » et point barre ; faut pas chercher à comprendre. Il devient tabou de dire que l’environnement familial, social, culturel a un impact sur ce qu’on est. Donc en plus d’être irrationnelle et contraire à tous les savoirs en sciences sociales et en psycho, cette vision identitaire est très aliénante parce que ça retire à la personne la possibilité de réflexivité sur ses manières de fonctionner, son rapport au monde, à soi et aux autres. 

Pourquoi ne pas faire la promotion d’un monde débarrassé du sexisme et du genre plutôt que de créer toujours plus de catégories, d’étiquettes comme « trans », « non binaire », « gender fluid », « a-genre » etc. ?

C’est surtout quand on pense aux enfants étiquetés trans qu’on voit comment cette dimension identitaire est ultra nocive. Quand un enfant a certains goûts, certaines manières de fonctionner qui ne sont pas conformes aux normes sexistes, au lieu de valoriser cet enfant parce qu’il a une personnalité originale, et de l’aider à être heureux ainsi malgré la pression sociale qu’il va effectivement subir pour être plus conforme, on l’étiquette « trans » et on le dirige vers un parcours de médicalisation. On enferme cet enfant dans une catégorie très contraignante, alors même que l’enfance comme l’adolescence sont des moments de grand chamboulement. Qui peut nier qu’une petite fille très conforme aux stéréotypes de genre peut devenir une adulte très critique du genre. Ou qu’une petite fille très “tomboy” peut devenir une adulte très “féminine”, et épanouie ainsi.

C’est complètement irresponsable de diriger des enfants et des ados dans des parcours de transition qui ont des conséquences si fortes. Il y a des conséquences physiques et médicales irréversibles, quoi qu’en disent les défenseurs de la cause trans. Tout ça est tout de même assez bien documenté, maintenant. Et là je ne parle même pas des conséquences sociales et psychologiques…

Enfant, j’avais une réelle angoisse par rapport au fait d’être une fille. Je n’ai pas du tout aimé avoir mes règles, ni voir ma poitrine pousser. J’ai refusé obstinément de mettre un soutien-gorge jusqu’à ce que je cède sous la pression de ma mère et de mes copines. J’avais tellement honte quand mon père me faisait des remarques qui me rappelait qu’il me voyait avant tout comme une fille ! Je trouvais la masculinité tellement plus cool ! J’observais les garçons et je me demandais quoi faire pour être comme eux. 

J’ai beaucoup réfléchi, depuis, à la manière dont je me suis construite étant enfant et à mon rapport au fait d’être une fille. Bien sûr, comme tous les enfants, j’avais intériorisé la hiérarchie sexuelle et j’avais une certaine conscience qu’être une fille était moins valorisé qu’être un garçon. Mais je pense que c’est surtout le rapport que j’avais avec mes parents et la dynamique familiale dans son ensemble qui explique ce complexe que j’avais d’être une fille. 

Heureusement pour moi, je suis née à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas et où l’étiquette « enfant trans » n’était pas encore aussi répandue. Pourquoi je dis heureusement ? 

Parce que je préfère être une adulte en bonne santé, qui ne doit pas prendre un traitement hormonal à vie. Je préfère avoir eu la possibilité de réfléchir à pourquoi je me sentais mal en tant que fille et d’avoir compris que le problème ne venait ni de moi ni de mon corps, mais d’un système social qui dévalorise les personnes de sexe féminin, et que ce système peut être changé. 

Parce que je suis contente de ne pas m’être retrouvée avec une étiquette très rigide et aliénante de « personne trans », et avoir pu résister aux normes sexistes à ma manière et à mon rythme. Sans en faire une obsession non plus, sans penser qu’être une personne non conforme aux normes de genre est ce qui me définit plus que tout, parce que je suis bien d’autres choses que ça !

Parce que j’ai pu me libérer du genre autant qu’il est possible de le faire dans une société sexiste et non à l’inverse m’être la question du genre au centre de ma vie comme le font souvent les personnes trans.

Et j’ai pu apprendre qu’il n’était pas honteux d’être une femme et qu’il était très agréable de se solidariser avec les autres femmes, même si une partie de moi aurait trouvé beaucoup plus cool, beaucoup plus facile, d’une certaine manière, de devenir un homme et de fuir la féminité et tout son corollaire de trucs chiants. 

Encore maintenant, je ne suis pas complètement  à l’aise avec le fait d’avoir un corps et un sexe de femme. Dans certaines situation, mon corps et mon sexe de femme me provoquent un sentiment de honte, de vulnérabilité. J’ai comme l’impression que ce sexe me met en danger, me trahit.  Mais pourtant, je ne vois vraiment pas en quoi me faire enlever la chatte pour me faire greffer un faux pénis serait quelque chose de subversif politiquement. Pareil sur le fait de garder mon corps mais de prétendre que je suis un homme. Mon corps est en bonne santé, il fonctionne bien. Ça n’a pas été facile, mais j’ai appris à l’apprécier. Le problème ce n’est pas mon corps, ce n’est pas moi, c’est le monde dans lequel j’ai grandi et dans lequel  je vis qui est un problème et qu’il faut changer. 

De plus en plus d’enfants, tous ceux qui ne sont pas suffisamment conformes aux stéréotypes sexistes, vont se retrouver étiquetés et dirigés vers un parcours lourd de conséquences médicales, sociales, psychologiques. Au lieu de remettre en question la dynamique familiale et même la société dans son ensemble c’est tellement plus simple de coller une étiquette à un enfant et de le mettre sous traitement !

Dans une société qui protège les personnes mineures, ça paraît complètement décalé, incroyable au premier sens du terme, « incroyable » qu’on puisse bloquer la puberté d’un enfant en bonne santé. Ca paraît complètement fou, et pourtant, c’est bien réel. C’est ce qui est en train de se passer dans les sociétés occidentales. 

D’un point de vue collectif, politique évidemment que cette vision est totalement libérale, ultralibérale même. On ne change pas le système, on prétend juste donner les possibilités aux individus de se mouvoir dans le système comme bon leur semble. 

Au lieu d’abolir le genre, on permet juste aux personnes d’en « changer ». Imaginons un parallèle. Dans une société hiérarchisée,  au lieu d’abolir les privilèges et les inégalités sociales; on autorise juste les personnes à monter ou descendre dans la hiérarchie, mais sans réellement changer le système et sans s’interroger sur les conditions sociales de possibilités de cette mobilité sociale. Bon, c’est à peu près ce qui se passe dans nos sociétés libérales ! Mais là curieusement, quand il s’agit de la question transgenre, dans tous les milieux ont dit « amen » d’une même voix  !

Ce projet politique que l’idéologie trans nous prépare, c’est une société où la liberté individuelle devient la norme suprême sans qu’on réfléchisse aux conditions de cette liberté, à sa signification, à ses conséquences sociales et collectives. Je pense qu’on peut pas faire abstraction, quand on parle de « liberté individuelle », de se poser quelques questions. Par exemple : 

Est-ce que je cesse d’être aliénée sous prétexte que j’ai l’impression d’être libre ?

Est-ce que si tout le monde a l’impression d’être libre, la société devient égalitaire ? 

Comment faire en sorte que la liberté de certaines et certains n’empiète pas sur celle des autres ?

Est-ce juste qu’un homme trans-identifié impose sa présence dans des espaces de non-mixité ?

Le pire, c’est le lien entre le transgenrisme et le transhumanisme. Voir comme un progrès social le fait que des personnes utilisent la technologie médicale pour modifier leur corps afin de le mettre en adéquation avec l’idée qu’elles s’en font, ça me dépasse…. Le transgenrisme est une grande porte ouverte au transhumanisme. C’est hyper flippant.  

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner de façon anonyme ou sous ta réelle identité ? As-tu déjà subi des pressions, des menaces, un danger perçu ou réel dans ton entourage (pro, perso, peur pour tes proches, etc.), ou, au contraire, te sais-tu en sécurité pour parler librement ?

Il y a 2 mois, quand j’ai commencé à réfléchir à ce témoignage, je ne me sentais pas vraiment en sécurité. Je n’avais aucune raison objective d’être inquiète mais pourtant je ne me sentais pas en sécurité. Les accusations publiques de transphobie, les chasses aux sorcières sur les réseaux sociaux, les agressions en manif, bref la terreur que font régner le trans-activisme et ses alliés a un effet psychologique fort et durable sur chacune d’entre nous. Même en étant très loin de toutes ces menaces et ces accusations, j’ai senti cet effet. Ces dernières années j’ai pris beaucoup mes distances par rapport au militantisme féministe par facilité. Ça me semblait impossible de dire ce que je pensais, mais je ne voulais pas non plus mentir. Mais depuis quelques mois je me sens plus à l’aise pour exprimer ma position. Déjà, parce que j’en ai marre de me taire, que ça m’est trop pénible. Aussi, je me sens ré-assurée par la mobilisation qui est en train d’émerger. Rebelles du genre, notamment, me fait beaucoup de bien. 

Il y a quelques mois, j’ai eu une conversation marquante avec ma sœur, avec qui on parle beaucoup de ce sujet. Elle me disait : dans vingt ans, je veux pouvoir me dire que j’ai fait partie de celles qui ont lutté. Et je me suis dit “mais oui” ! Il se joue maintenant un truc hyper fondamental pour les femmes, et c’est le moment d’agir. J’ai souhaité rester anonyme, alors ma sœur a pris le relai en lisant mon témoignage. On se soutient beaucoup sur ce sujet.

Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Magda – Oui. La dernière fois que j’ai participé  à un événement féministe, c’était gratiné…

Le contexte : petit festival de campagne, organisé par des femmes, avec des artistes femmes exclusivement mais pour un public mixte. Avec deux copines, nous avons proposé des discussions autour de la sexualité. Le festival en était à sa seconde édition. La première année, la question trans n’est presque pas présente (mis à part qu’un homme “on binaire » entre guillemets a joué sur scène alors que l’objet du festival était de ne faire jouer que des femmes, mais bref…). La seconde année, le féminisme queer était déjà nettement plus présent… Exemple : l’une de nos discussions était sur le thème « orgasme et éjaculation féminine ». Mais au moment d’inscrire le titre de notre  atelier sur le programme, on nous a gentiment indiqué qu’il n’était pas possible d’utiliser le terme « féminine ». Le titre de l’atelier sur l’éjaculation féminine est donc devenu « orgasme et éjaculation »… Incroyable ! Lors de la première édition, nos discussions étaient en non mixité. 

Mais la seconde édition, nous avons préféré faire tout en mixité car on craignait qu’on nous le reproche le terme «  non-mixité » et qu’on nous impose le terme « mixité choisie ». Du coup, on a tout fait en mixité comme ça, pas d’embrouille… Ce qui est évidemment dommage, de ne plus pouvoir faire de non-mixité dans un festival féministe !

Lors d’une de nos discussions (c’était pas sur le thème de l’orgasme féminin mais sur un autre thème), il y avait un homme qui visiblement prétendait être une femme. C’était un homme d’âge moyen, plutôt grand et costaud, et qui avait vraiment l’air d’un homme. Je suppose qu’il ne prenait pas de traitement hormonal ou pas depuis longtemps. La seule chose qui nous indiquait qu’il était censé être une femme, c’est le fait qu’il portait une petite robe à fleurs et qu’il essayait de parler avec une petite voix douce ! Super cliché ! Cet homme faisait partie de l’équipe d’organisation, censée être exclusivement féminine. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est l’effet que la présence de cet homme – censé être une femme dans le corps d’un homme – a eu sur les personnes présentes, ou au moins sur moi. Donc quand cet homme, au physique tout ce qu’il y a de plus masculin, mais habillé avec une petite robe à fleurs, prenait la parole tout le monde l’écoutait religieusement. En fait, je ne peux pas affirmer que tout le monde l’écoutait avec plus d’attention que les autres personnes intervenantes. Ce qui est sûr, c’est que moi je l’ai écouté avec une attention et surtout une précaution toutes particulières. J’ai beau être très critique de la transidentité, j’ai écouté cet homme avec une précaution, un respect pour sa parole particulièrement intenses. Pourquoi ? Et bien après y avoir réfléchi, voilà ce que j’en ai conclu : cette personne me semblait totalement pathétique et j’étais gênée pour lui. Et je ne voulais pas qu’il se sente mal à l’aise ni que le ridicule de la situation crée du malaise au sein du groupe. Donc en tant que femme bien éduquée et conditionnée à protéger l’égo masculin, j’ai tout fait pour refouler mon esprit critique pendant quelques minutes et c’est mon côté « le pauvre, prenons soin de lui, il fait vraiment trop de la peine » qui a pris le relai. Je ne peux pas être sûre que les autres personnes ont ressenti quelque chose de similaire ; mais peut être que si. Et du coup, peut être que c’est à cause de notre envie d’être bienveillantes, en tant que femmes et d’autant plus en tant que femmes de gauche, vis à vis des personnes fragiles, marginalisées, discriminées…. qui empêche absolument toute autre posture qu’une posture de réception passive de la parole de ce type de personnes, donc un homme qui veut être considéré comme une femme, et qui est donc censé faire partie d’une descatégories les plus opprimées qui soit.

Je doute beaucoup que j’étais la seule à trouver cette personne profondément ridicule et pathétique et à cacher mon sentiment dans une surenchère de précaution et d’attention. C’est un sacré coup de force de la part des mecs quand même ! Arriver à devenir le centre de l’attention dans des espaces féminin et féministes ! 

J’ai donc décidé de me retirer de ce festival pour l’année suivante. Mais sur le coup je me suis tu,  j’ai subi et il m’a semblé totalement impossible, impensable même, d’engager le moindre débat. Dans ce festival je suis sûre, du moins j’espère, qu’on était nombreuses à ne pas être à l’aise avec la manière dont les choses évoluent. Seulement comment se reconnaître pour en parler, pour se soutenir, pour s’organiser ? Nous sommes, chacune, apeurées, isolées, muettes. Nous avons tellement peur de nous faire ostraciser, traiter de transphobes. Je me suis retirée de l’animation de ce festival, mais j’ai décidé d’y aller tous les ans afin d’observer la place grandissante que risque d’y prendre l’approche queer et le transgenrisme dans les prochaines éditions. Et peut-être petit à petit trouver le courage et les moyens d’y diffuser un point de vue critique. 

Rebelles du genre – As-tu quelque chose à ajouter ?

Magda – Oui. Je pense que dans ce débat les mots qu’on utilise sont très piégés. On vit dans une société sexiste depuis des millénaires, donc ça a des conséquences très fortes sur le langage. Le mot « femme » est à double sens. Dans son sens disons le plus neutre, le plus descriptif, il signifie «  une individue humaine de sexe femelle ». Mais vu qu’on vit dans une société sexiste, ça veut dire bien d’autres choses puisque ça renvoie à ce qu’est censée être une femme selon les normes sexistes (par exemple une personne maternante, douce, fragile, émotive, disponible sexuellement pour les hommes….) C’est le même problème pour les mots « masculin » et « féminin » qui peuvent renvoyer au biologique, c’est-à-dire quelque chose de factuel et d’indépendant de toute norme sociale, ou au contraire ça peut être très chargé de sens moral et normatif. Par exemple, en disant  «la vulve est un organe féminin », je constate un fait, je ne fais en aucun cas un jugement de valeur. Par contre, dire d’une femme qu’elle est « féminine » renvoie aux normes sexistes, par exemple au fait qu’elle met du maquillage ou qu’elle est jolie et souriante. Ainsi les termes « femmes », « hommes », « masculin », « féminin », ont vraiment un double sens – logique puisqu’ils ont été façonné dans le cadre d’une société sexiste. Cette ambiguïté de la langue devrait obliger toutes les personnes qui veulent parler de questions de genre à définir précisément les mots et leurs usages et à faire preuve de précision et de rigueur pour éviter les malentendus et les contresens. 

Au lieu de ça, nous avons des chercheuses, des chercheurs, des idéologues et des militantes et militants qui maintiennent un véritable flou artistique dans l’usage des termes et des notions. Ce qui empêche le développement d’un débat intelligent et constructif. Jusqu’à quel point cette confusion relève de la bêtise ou bien de la malhonnêteté, ça, c’est vraiment la question qui m’interpelle le plus…

Rebelles du Genre – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses.

Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous par mail.

A bientôt pour un nouveau témoignage de “rebelles du genre”.

Rebelles du genre – Episode 44 – Sophie Robert

Bonjour les Rebelles du genre, merci pour votre accueil.

Je m’appelle Sophie Robert, je suis réalisatrice et productrice de films documentaires, d’émission plateau, dédiés au sciences humaines en général mais avec un focus sur la psychologie et la psychiatrie fondées sur les preuves, avec une démarche scientifique.

Je me suis beaucoup intéressée aux handicaps, aux handicaps cognitifs et à la maladie mentale, et à la manière dont toutes ces réflexions irriguent les comportements sociaux. Voilà.

Et donc je suis en train de finaliser la réalisation d’un documentaire de 2 fois 60 minutes qui s’appelle “ Mauvais genre : un scandale sanitaire” qui est dédié au transactivisme et… alors il faut bien faire la distinction entre transexuel, transgenre et transactivisme mais c’est dédié à cette vague épidémique qui frappe les pays de l’Ouest et qui frappe la France de plein fouet, alors avec un petit temps de retard avec les pays anglo-saxons. Qui touche énormément de gens de tous âges mais beaucoup de jeunes et notamment de filles, et beaucoup de jeunes avec autisme et de sjeunes avec des problématiques psychiatriques variées, des jeunes futur.e.s homosexuel.le.s qui s’interrogent et qui sont happé.e.s dans cette espèce de secte et qui va conduire à des mutilations et à des démarches irréversibles. Avec pas mal d’adultes qui les orientent dans ce sillage de la « transindustrie » et qui s’en mettent plein les poches.

Donc vous pourrez retrouver des informations sur ce film, le teaser et des éléments sur la campagne de financement participatif sur mon site dragonbleutv.com. 

Donc DRAGONBLEUTV.COM

Sophie Robert –  Alors j’ai découvert il y a à peu près 3 ans, enfin 2 ans et demi 3 ans, cette histoire et cette idéologie et la manière dont cela affectait de plus en plus de personnes, à travers des post de féministes, de contacts féministes.

Il faut savoir que pendant tout mon travail de 10 ans sur la psychanalyse, j’étais vraiment en contact avec des parents d’enfants autistes et qui expliquaient la souffrance que ça causait toutes ces idéologies complètement rétrogrades et pendant très longtemps je me demandais mais elles sont où les féministes, mais elles sont où les féministes, mais où elles sont les féministes ? Et j’étais heu, très désolée et puis j’ai découvert grâce à OLF et grâce à différentes personnes, mais sur le tard en fait, il y a 3, 4 ans : « mais on est là! et on suit ton travail et puis ça fait des années qu’on le relaie » Ah bon ? et donc on a pris ces contacts là et c’est là que je suis passée des handicaps cognitifs, de la psychologie et la psychiatrie, à agréger en fait – et à retrouver contact – puisque quand j’ai commencé à militer, il y a un certain temps, c’était dans les milieux féministes et à retrouver contact avec un certain nombre de personnes qui diffusaient des informations donc féministes. Alors j’ai découvert qu’il y avait une distinction en même temps entre libfem et féministes radicales. J’ai dit : « Ah bon il faut une distinction ? Ok. Je suis féministe radicale » et etc etc. 

Et donc j’ai commencé à découvrir des posts en fait, des messages, sur de faits hein, des messages sur des faits, des phénomènes qui se passaient aux Etats-Unis, en Angleterre en Australie, sur c’était essentiellement sur des restrictions de droits de personnes, de femmes, de lesbiennes, et de femmes qui se trouvaient dans l’interdiction de parler de leur, de tout ce qui était féminin, de tout ce qui était la biologie féminine.

Ou des intrusions en fait, d’hommes autogynéphiles, identifiés femmes, qui forçaient les portes de lieux extrêmement féminins. Je pense que ça a commencé comme ça.

Et puis au départ c’était des messages épars, qui n’étaient même pas commentés, en fait, c’était de l’information. Et puis il y en a eu de plus en plus . Et puis l’information concomitante c’était « mon message a été censuré par Facebook », « mon message a été censuré par Twitter ». Et j’étais observatrice en fait pendant un certain temps. Et puis c’était des signaux faibles.

Et il y a des gens bizarres partout, dans la vie, dans toutes les strates de la société. On se posait la question de savoir si ce sont des choses bizarres qui arrivent et qui vont s’étouffer d’elles-mêmes, parce que ça arrive régulièrement dans des tas de sujets, ou est-ce que ce sont des signes avant-coureurs de quelques chose de beaucoup plus grave, de beaucoup plus important, qui est en train de se structurer ?

Donc j’étais observatrice. Et puis effectivement ça s’est passé comme ça et le mouvement s’est amplifié. 

Les personnes qui étaient censurées lorsqu’elles diffusaient des informations l’ont été de moins en moins. Il y avait énormément de menaces, de rétractation, d’agressions en fait, des transactivistes dès que quelque chose qui ne va pas dans leur sens sort.

Et puis il y en a eu quand même moins. Enfin, c’est-à-dire que la parole a quand même pu se libérer un petit peu sur les réseaux sociaux. Ça a pu se libérer.

Donc j’ai commencé il y a à peu près 18 mois à rediffuser, à relayer, des informations critiques du genre et surtout qui dénoncent, en fait, des problématiques posées par le transactivisme. 

Et au départ ce n’était absolument pas ni commenté ni liké. J’ai beaucoup beaucoup de contacts, certains de ces posts ont été supprimés puis d’autres ont fini par rester mais ça n’a été ni commenté ni liké, mais je diffusais régulièrement des informations. Mais je recevais de plus en plus de messages en MP sur facebook (parce que moi je communique surtout, essentiellement, sur Facebook) de gens qui me remerciaient, de psychologues, de psychiatres, de personnes en milieu des arts et du spectacle, qui me remerciaient de les informer sur ce qui se passe.

Et beaucoup me disaient : « On n’ose pas s’exprimer publiquement, c’est tellement polarisé. Dans le milieu de la zététique, pareil. Mais on est contents  que tu nous diffuses toutes ces informations. » Vous voyez. Et là, je me dis : “mais c’est pas possible” !

J’ai vécu avec les psychanalystes il y a 10 ans, avec les campagnes de diffamation, 7 années de procédures. J’adore me battre contre des fondamentalistes. Quelque part il y a des choses qui sont assez similaires dans le rejet de la nature, le fait de catégoriser les gens. Il y a des choses qui sont, des choses, un empilement de choses complètement contradictoires, et je me dis « mais je vais me retrouver dans la même situation, bon bah soit » .

Donc j’ai commencé au départ simplement à relayer des informations en me disant il faut que je parfaisse ma connaissance du phénomène avant de pouvoir vraiment m’exprimer, donc voilà j’y ai passé 1 an et demi 2 ans.

Je me suis remise sur twitter pour heu… Je ne communique quasiment pas sur twitter mais ça me permet de communiquer avec les radfem anglo-saxonnes. Donc je parle anglais et du coup j’ai pu acquérir beaucoup beaucoup d’informations et aujourd’hui donc je relaie, je relaie et je commente. Et je produis ma propre pensée, structurée, sur toutes ces questions.  Et je me suis dit voilà il faut…les gens ne sont pas au courant en fait, évidemment personne ne veut être contre des trans. Je veux dire il y a des gens qui ont des problèmes, ils ont besoin de ci de ça, on a envie de détruire personne. Ce n’est pas du tout la question. On a envie d’éviter qu’ils se mutilent, surtout quand c’est des gamins, et qui s’embarquent…. Il y a des gens qui ont des problèmes psychiatriques, et qui s’embarquent dans des situations qui vont détruire leur existence.

Les gens n’osent pas produire une pensée et ils n’arrivent pas à relayer une info. C’est le boulot des journalistes et les journalistes mainstream ne font pas ce boulot là en France.

Donc je produis ce documentaire qui s’appelle « Mauvais genre : un scandale sanitaire », en me disant je vais me concentrer sur l’aspect scandale sanitaire. Il y a bien d’autres aspects dans cette problématique trans et idéologie du genre qui sont directement une agression aux femmes, là on est vraiment dans le Rapid Onset Gender Dysphoria, c’est l’aspect sanitaire de la problématique.

Alors il faut savoir qu’il y a une vraie atteinte à la liberté d’expression, une vraie censure économique. La censure par rapport à toute cette idéologie du genre elle existe parce que les médias ne font pas leur travail et parce que, en temps que réalisateur et producteur, on ne peut pas solliciter, et je dis « on » et c’est dans le monde, il y a des artistes qui sont déplateformés parce qu’ils ont des propose critiques du transactivisme. Il y a des tas de gens qui sont censurés, il y a des journalistes qui travaillent sans argent, il y a plein de gens qui sont licenciés. Il y a une pression économique phénoménale.

Ce qui fait que les besoins sont d’autant plus importants parce que toutes les informations qui sont distribuées au public sont biaisées, sont univoques, sont strictement dans un seul sens.

Donc j’ai eu un peu de financement de particuliers ou d’associations, que je ne peux pas citer, tout le monde exige une discrétion absolue. Donc j’ai eu un embryon de financement qui m’a permis de faire ce travail, qui est bien avancé, on va dire que le film est terminé à 80%. Et puis c’est surtout de l’autofinancement, je ne me suis pas payée un centime bien sûr et j’ai surtout beaucoup de sacrifices et heu une mise en danger, une vraie mise en danger économique, parce que j’ai strictement rien derrière pour vivre, et il faut que je puisse payer des techniciens, monteurs et différentes personnes.

Aujourd’hui il me manque un minimum de 8000€ pour terminer ce film, mais qui est déjà très bien avancé. Et si je peux le terminer il pourra être diffusé dès… enfin ça va dépendre du financement hein mais dès cet automne ou début de l’hiver.

Et là l’idée c’est d’avoir un outil synthétique, concret, complet, qui permette, qui s’adresse à tout un chacun mais qui s’adresse aussi aux pouvoirs publics, qui s’adresse aux psychologues, aux psychiatres, pour dire voilà on a posé les enjeux du débat, de manière synthétique, sourcée, maintenant il va falloir prendre position. Vous ne pouvez pas faire l’autruche.

Rebelles du genre – Je trouve que 8000pour sauver des enfants ce n’est vraiment pas cher, donc s’il vous plaît : contribuez ! Merci.

Sophie Robert – La prise de conscience c’est sur le… Je vais faire un parallèle avec le combat par rapports aux fondamentalistes de la psychanalyse d’il y a 10 ans, et où j’ai travaillé vraiment très seule pendant plusieurs années avant de découvrir «Autistes sans frontières » et avant d’être happée et découvrir l’envers du mur, et d’être portée par cette communauté de gens qui m’ont dit merci, qui voilà.  

Et puis aujourd’hui je me retrouve dans un autre contexte mais avec heu… Il faut savoir qu’énormément de jeunes trans sont autistes, ou TDAH. Alors pas tous hein, on ne va pas mettre tout le monde dans le même panier mais il y a une fragilité spécifique des personnes autistes et TDAH, avec une identification très formelle à des codes sociaux, avec une rigidité cognitive, avec des mécanismes d’influence, qui sont particulièrement fragiles. Et il faut repartir au front pour les protéger , y compris les protéger d’eux même, parce qu’il y a une pression à l’intérieur des groupes et des associations qui est phénoménale. Et qui rajoute de la misère à la misère.

Je suis un peu désespérément optimiste, j’ai cette grande joie dans mon travail de faire des choses qui ont énormément de sens. J’ai découvert notamment à travers les féministes radicales en France et aussi aux États-Unis et au Royaume-Uni, une véritable bande de guerrières ! Il faut le dire ! Entre J.K. Rowling et Maya Forstater, l’Alliance LGB, et tant d’autres qui font un travail remarquable. 

J’ai observé ça depuis 2 ans sur Twitter notamment et c’est phénoménal ce qu’il se passe. C’est la réaction à ce climat d’agression idéologique et pratique de l’idéologie du genre poussé par le transactivisme qui a suscité beaucoup de destruction mais aussi des gens qui se sont défendus et qui ont réagi. Tout un réseau d’intelligence très chouette où j’ai l’impression de retrouver ce qui se passait dans le milieu de l’autisme mais dans une toute autre dimension, où finalement dans un milieu où les gens sont complètement écrasés certains sortent du lot, créent des associations, montent des structures à tour de bras et pas seulement pour sauver leurs gamins mais pour sauver tous les gamins des autres. Ils déploient une énergie colossale au sein d’une intelligence de réseau tout aussi colossale. 

Et donc je suis toutes ces personnes, j’ai l’impression que beaucoup de choses reposent sur les épaules de quelques individus qui s’agrègent entre elles. Cette intelligence de réseau réveille des gens et se révèle dans l’adversité. 

Ça m’a vraiment réjouie, ça me donne beaucoup d’espoir par rapport à plein de choses et j’ai hâte de finir mon film et de pouvoir dire à toutes ces personnes « J’arrive ! Je suis là ! On va disposer d’un outil qui va permettre de toucher des gens francophones en plus de tout ce que vous faites. I’m coming ! » 

Voilà je suis un peu comme une gosse qui a envie de participer à ce jeu. Parce que oui, c’est dramatique, des vies sont détruites, il y a énormément de violences, mais c’est quelque chose qui donne du sens, en fait. J’ai des collègues qui font des films sur les jeunes qui sont jeunes, les vieux qui sont vieux, les baraques à frites, et moi je fais des films sur les psychanalystes orthodoxes et le transactivisme.

Quand mon film, qui a révélé le scandale sanitaire de la prise en charge obsolète des personnes avec autisme par la psychanalyse misogyne et arriérée, « Le mur – la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme », est sorti, on était un petit peu dans la même situation. Les psychologues et psychiatres TCC, qui fondent leurs pratiques sur des preuves scientifiques, étaient muselés par des psychanalystes extrêmement agressifs qui avaient le pouvoir. Mon film a été utilisé pour solliciter des chercheurs aux États-Unis et ailleurs qui ont réagi, en France aussi, il y a eu le rapport de l’HAS (Haute Autorité de Santé) sur l’autisme et ça c’est fait, en fait : le rapport de force a fini par s’inverser progressivement.

Et là, je pense qu’il faut résister aux pressions, que de plus en plus de personnes s’expriment afin que le rapport de force change. Je pense qu’on assiste en direct à la naissance d’une idéologie. C’est comme une nouvelle religion, il y a vraiment des aspects religieux dans la structure du discours entre autre choses, dont les agressions liées au sexe, contre les femmes et les homosexuels. Il y a aussi l’embrigadement des jeunes, la prise de pouvoir, l’absence de débat, « c’est comme ça », toute la société prêtent allégeance et se conforme, alors que ça exige de remettre en question des éléments absolument fondamentaux y compris la protection des mineurs et de leur intégrité physique. C’est incroyable d’observer des médecins, des psychiatres, abdiquer leur rôle et avoir des réactions qui sont complètement insensées, décalées, hors de toute réflexion scientifique et de leur rôle traditionnel. On est dans un no man’s land et ça gonfle, ça mousse…

Rebelles du genre – Oui c’est exactement cela, c’est ce renoncement à la pensée scientifique, parce qu’on est séduit, convaincu, ou apeuré, qui est de l’ordre du dogme.

Sophie Robert – Tout cela est construit sur des contradictions insolubles et les idées complètement délirantes. Du coup, les gens sont sidérés intellectuellement, cessent de penser, de réfléchir, et se mettent à développer cette idéologie complètement déconnectée de la réalité.

Rebelles du genre – C’est exactement le mot qui me venait, le mot « sidération ». C’est comme si : “soit tu réfléchis, soit tu y crois”.

Sophie Robert – C’est ça, exactement.

Rebelles du genre –  Alors du coup comment ça se fait qu’il y a des gens qui gardent cette pensée critique, d’après toi ?

Sophie Robert – Je pense qu’on peut aussi facilement perdre cette pensée critique. On peut avoir de la compassion pour des gens qui ont une problématique mais à un moment donné quand on m’agresse et qu’on agresse des gens devant moi, quand on prétend qu’on va défendre les rôles sexuels alors qu’en réalité on les stérilise et on les mutile… les mots ont un sens ! La réalité, elle compte.

Je voulais aussi dire que c’est très important que les gens comprennent la distinction entre les transgenres et les transsexuels « old school », et le transactivisme. Le transactivisme est une idéologie, c’est un parapluie qui recouvre des comportements de plein de gens qui se considèrent comme des alliés (beaucoup de mascus/incels), des gens qui ne sont pas trans ni concernés par la transindustrie, ou pour des raisons professionnelles. Ce sont des gens qui utilisent la terminologie de cette idéologie qui avance comme un cheval au galop sans aucun garde-fou sur les réseaux sociaux pour casser, détruire, s’imposer, obtenir du pouvoir.

Il y a des trans qui ne sont pas du tout d’accord avec ça, et qui observent la situation en étant consternés. Il y a des trans qui sont conscients que derrière l’appellation transgenre, transactivisme, il y a des gens qui poussent leurs propre agenda qui n’a rien à voir avec la transidentité et certainement pas avec la dysphorie de genre. Réciproquement, il y a des transactivistes extrêmement agressifs qui ne sont pas trans, pas concernés, mais qui utilisent ces outils pour casser, pour détruire, pour s’imposer. Il y a des gens qui ont des troubles de la personnalité borderline, des gens très agressifs. C’est pour beaucoup de mecs l’occasion d’attaquer la notion de consentement et d’aller emmerder les lesbiennes. Casser toutes les limites, tous les droits obtenus par les femmes contre le patriarcat. Quand les masculinistes se mettent une bannière rose et bleue, du rouge à lèvres et une jupe, ils ont tous les droits. Y compris de dire que l’attirance pour le même sexe est quelque-chose de transphobe ou que le fait de refuser la présence d’un homme dans un club de femmes serait transphobe. En fait, ils ont absolument tous les droits. C’est quelque chose qui n’a rien à voir avec la dysphorie de genre, avec la souffrance réelle d’un très petit pourcentage de la population confronté à des vraies problématiques, pour lesquelles moi, j’estime qu’il y a du traumatisme derrière. Il y a urgence pour une réelle prise en charge par la psychologie et la psychiatrie avec des professionnels correctement formés en psychotraumatologie, et surtout pas des mutilations sexuelles.

Rebelles du genre – : Et des soins, et peut-être aussi changer la société pour que les filles puissent se dire que finalement être une fille ce n’est pas horrible. Car il y a aussi de ça, des filles qui fuient la féminité et tout ce que ça signifie.

Sophie Robert – Oui, et puis les stéréotypes de genre ne sont que des stéréotypes, c’est quand même incroyable de remettre en question le fait qu’être une femme ce n’est pas porter du maquillage et une jupe. Cette idéologie de genre réifie, glorifie les stéréotypes, tout y est défini à partir des stéréotypes. C’est terrifiant.

Rebelles du genre –  Du coup ça m’amène à la question suivante, pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes et pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

Sophie Robert – Alors j’ai commencé un petit peu à en parler tout à l’heure, parce que c’est une idéologie, c’est un mouvement qui est prosélyte. Si ça ne concernait qu’un petit nombre de personnes qui mettraient leur vie en danger, à la limite ce ne serait pas si grave, mais c’est un mouvement qui est intensément prosélyte. Sous le parapluie transactiviste, des tas de gens poussent leurs agendas de business, ou des agendas d’appropriation de pouvoir au sens le plus large du terme et notamment identifier le maximum de personnes. Plus il y a de personnes qui s’identifient à une bannière, plus cette bannière a du pouvoir dans la société. Donc agréger des gamins de plus en plus jeunes, voilà le truc. Donc c’est une menace réelle, parce qu’en plus ils exigent que toute la société se conforme à ça. Par exemple, l’expression des pronoms. Même les fondamentalistes religieux n’ont pas fait ça, même les islamistes ne demandent pas ça aux gens. C’est à dire qu’on est censés demander aux personnes les pronoms avec lesquels on doit s’adresser à eux en leur absence quand on parle d’eux à une autre personne. C’est quand même dingue, c’est comme dire vous devez porter allégeance à mon Dieu, même quand j’ai le dos tourné, en toutes circonstances. C’est juste hallucinant.

Rebelles du genre – Alors ça m’amène à la question suivante: pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la démocratie? 

Sophie Robert – Comme je l’ai dit tout à l’heure, parce que c’est une idéologie, c’est un mouvement qui est prosélyte. Si ça ne concernait qu’un petit nombre de personnes qui font des bêtises avec leur vie, à la limite, ce ne serait pas si grave. Mais c’est c’est un mouvement qui est prosélyte parce que sous le parapluie transactiviste il y a des gens qui poussent leur agendas de business, des agendas d’appropriation de pouvoir au sens le plus large du terme, notamment identifier le maximum de personnes. 

Plus il y a de personnes qui s’identifient à une bannière, plus cette bannière a du pouvoir dans la société donc c’est une menace réelle parce qu’en plus, ils exigent que toute la société se conforme à ça. donc par exemple à l’expression des pronoms, des pronoms délirants…. Il faut quand même expliquer ce que c’est aux gens que les pronoms : même les religieux fondamentalistes ne font pas ça ; même les islamistes ne demandent pas ça aux gens… C’est-à-dire qu’on censés demander aux personnes les pronoms avec lesquels on doit s’adresser à eux en leur absence ! Lorsqu’on parle d’eux à une autre personne ! C’est quand même dingue ça… C’est comme si on disait vous devez prêter allégeance à mon dieu, mais vous devez le faire quand j’ai le dos tourné en fait! Vous devez le faire en toute circonstances, même quand je ne suis pas là ! 

Déjà, c’est juste hallucinant. 

Et alors ils inventent des trucs… Il y a un enseignant en Irlande, dans une école catholique d’Irlande qui a été incarcéré à l’heure actuelle. Parce qu’il a été mis à pied parce qu’il a refusé d’utiliser les pronoms d’un élève à problème, il a refusé d’être mis à pied, il est revenu en classe en disant “ma place est en classe” et bien il est incarcéré maintenant. 

Ils se sont attaqués aux lesbiennes, ensuite ils se sont attaqués aux féministes radicales, en balançant des menaces de viols et de meurtres, que les réseaux sociaux ont  laissé faire et tout le monde a dit « alléluia » enfin, beaucoup de gens ont dit “chouette les féministes s’en prennent plein la gueule, ça nous arrange”. Après ils se sont attaqués de manière simultanée à tous les droits des femmes, dans toutes les frontières, des droits acquis pour les femmes, dans les milieux sportifs, dans les prisons… Les sportifs auto-déclarés, des autogynéphiles qui se sont investis dans des lieux féminins…et caetera … Et aujourd’hui ils s’attaquent aux hommes, attention! Maintenant c’est leur tour! 

C’est extrêmement grave, et ça ne s’arrêtera pas tant qu’on ne les arrêtera pas c’est-à -dire que c’est des gens qui cherchent à agréger, qui sont dans une démarche prosélyte, il faut agréger le maximum de personnes, ils cherchent la confirmation, ils cherchent la soumission en fait. Il faut se soumettre.

J’ai des choses qui me font particulièrement mal au cœur, ils s’attaquent aux femmes de pouvoir : des femmes qui ont une représentation… JK Rowling ! Enfin voilà, elle est extraordinaire, c’est notre reine! (rires) Elle est géniale. 

Ils s’attaquent à des personnes qui sont moins connues mais qui sont connues dans l’histoire, Alison Bailey, Maya Forstater…. Mais je pense à cette chanteuse Adèle, aux MTV, il y a un an, parcequ’ils ont décidé de ne plus faire de récompenses genrées, Adèle qui dit “ mais moi j’adore être une femme” . 

Et qui s’est pris des seaux de merdes et d’injures derrière… et je lui dis : “Ne courbe pas l’échine, ne courbe pas l’échine….”

Ils ne s’arrêteront pas. Ce sont des agressions qui ne sont pas symboliques en plus, elles sont très concrètes. ça se passe sur les réseaux sociaux , enfin, c’est plus que ça ce sont des agressions extrêmement concrètes. Pour soumettre! Pour ramener les femmes aux cuisines, hein ! Pour soumettre tous les gamins, toutes les femmes aux stéreotypes de genre hein, parceque ça devient la norme, on a plus le droit d’être une femme “butch”, une femme un peu masculine, faut être dans les stéréotypes,ou alors  il faut adopter l’autre stéréotype, et pour soumettre tout le monde en fait. Soumettre à l’idéologie ! C’est un monde de fous. 

Rebelles du genre – Et chaque personne qui cède fait un peu plus céder le barrage, et le flot est de plus en plus fort, et ça devient de plus en plus difficile de s’opposer. 

Sophie Robert – Exactement! et ça se traduit concrètement par des mutilations sexuelles, il faut savoir que les transactivistes minimisent tout, en disant c’est du cherry picking, c’est minoritaire, il faut savoir qu’aujourd’hui en France, une adolescente de 14 ans peut se faire inscrire sur une liste pour une double mastectomie au bout de la 3ème séance (*chez un psy) la 3ème séance! 14 ans! Et puis cette séance a lieu en visio! et puis il faut savoir que le planning familial oriente les gamines vers la stérilisation et la mutilation sexuelle sans leur faire voir aucun psychologue, psychiatre, ni aucun endocrinologue. Ce sont des médecins lambdas, qui ne connaissent rien,  parce que les gens qui s’auto-déclarent spécialistes du genre, ce sont des idéologues, point barre!

Ils prescrivent de la testostérone, et ils n’ont aucune connaissance de ça.

Les conséquences : en quelques mois, la voix des femmes se “masculinise” de façon irréversible, les hormones sexuelles “contraires” sont des agressions biologiques contre tout le système reproducteur et la sexualité; Et au bout de 5 ans, c’est le maximum, 5 ans de testostérone pour les filles, c’est hystérectomie, parce que sinon c’est cancer. Il y a de plus en plus de cancers chez les jeunes, chez les jeunes trans! Il n’y a même pas besoin d’attendre 5 ans en fait… ce sont des choses qui arrivent…Et j’ai même entendue parler d’ablation du vagin! Parce qu’ ils sont pris dans cet espèce de truc où c’est une agression! Il faut écouter les trans qui sont raisonnables et qui disent: ce n’est que de la conformation sexuelle; il faut vraiment être conscient des choses. 

Ça peut limiter effectivement la dysphorie de genre, pour certaines personnes qui sont réellement dysphoriques, tout petit pourcentage la plupart des transactivistes n’ont rien à voir avec ça, c’est un effet de mode. Et la dysphorie elle ne disparaît pas! Et de toute façon, c’est quelque chose d’extrêmement mutilant. 

Raison pour laquelle il faut le faire quand on est adulte!

Rebelles du genre – Pour que je sois sûre d’avoir bien compris : aujourd’hui en France, il y a des mineurs à qui on a prescrit de la testostérone ? 

Sophie Robert – Bien sûr ! 

Rebelles du genre – Des mineurs ? 

Sophie Robert – Bien sûr et on les met sur la liste d’attente pour la mastectomie! Parce qu’ il y a un an d’attente, et dans certains endroits il y a deux/trois ans d’attente donc pour qu’ils puissent subir des mastectomies en étant mineurs! c’est pas interdit ! C’est à dire qu’on s’offusque de ce qui se passe aux états unis ou en Angleterre, qui est pourtant très transactiviste, il y a des médecins qui ont été poursuivis parce qu’ils ont fait des opérations chirurgicales sur des mineurs, mais c’est autorisé en France ! 

Rebelles du Genre – Il faut savoir que le médecin psychiatre, le pédopsychiatre auquel j’ai été opposée cette semaine sur un débat sur M6 qui sera bientôt diffusée, a soutenu que c’est faux, qu’il n’y a pas de testostérone avant 16 ans, qu’il n’y a pas de chirurgie avant 18 ans, que les bloqueurs de puberté c’est juste un bouton “pause”, c’est complètement réversible et n’ont pas d’effets sur la santé et quand j’ai effectivement parlé de la nécessité d’hystérectomie au bout de 4 à 5 ans de testostérone il m’a dit que c’était un mensonge. Je l’ai traité de menteur sur le plateau, mais à mon avis ça va être coupé hein!

Sophie Robert – C’est un mensonge ! C’est  quelque chose qui est archi sourcé, et je l’ai sorti dans mon film, les effets sur la santé sont dévastateurs. Et ces effets sont irréversibles et ça a été archi sourcé, les bloqueurs de puberté et ainsi de suite. 

Rebelles du Genre – Le moins qu’on puisse dire c’est que ça raccourcit l’espérance de vie des personnes qui en prennent, donc je pense que je vais être coupée au montage mais je l’ai dit, et on m’a répondu que non, c’était faux. 

Sophie Robert – Je cherchais… je ne sais pas si je vais retrouver ce mail… “Urgence transition enfants” c’était un tweet, un message qui date de cet été, c’est une association transactiviste qui s’appelle inter ruralité qui dit “les TS sont contenues mais pour combien de temps? “ Alors ils disent: “à l’association nous avons trois personnes mineures, qui ont commencé la transition – donc commencé la transition ça veut dire  prendre des hormones – trois personnes mineures avec des parents charmants et ouverts mais démunis face à l’absence d’une équipe médicale pour faire la suite…” Ils ne disent pas l’âge des enfants mais c’est évident que tout ça ça s’adresse à des mineurs. 

Rebelles du Genre – Et puis j’étais avec une mère d’Ypomoni sur le plateau et ils ont des centaines de témoignages qui vont dans ce sens-là. 

Sophie Robert – Et le problème c’est que les psychiatres, les psychologues, le plus grand nombre, qui sont opposés à ça qui sont très mal à l’aise avec ça, qui ne sont pas dans ce délire, ils déclinent, ils disent “je ne suis pas compétents pour répondre à votre demande”, parceque les gamins sont coachés entre eux, sont coachés par des adultes pour savoir ce qu’il faut demander, qu’est ce quil faut dire pour avoir tout de suite un parcours de réassignation sexuelle, c’est du genre “il faut mutiler son sexe pour correspondre à son genre”. Et du coup, les parents sont obligés de s’orienter pour aider leur gamins comme ils peuvent, vers des gens qui s’auto-déclarent compétents, et ce s gens là sont tous dans la réassignation sexuelle, ils sont dans le WPATH, dans les recommandations pour les chirurgies de réassignation sexuelles. Il n’y a pas autre chose. 

Il faut savoir que pendant des décennies, il y eu plein d’études qui ont été faites elles vont toutes dans le même sens, les personnes qui déclaraient une dysphorie de genre à l’adolescence, ou d’incongruence de genre , c’était des retards de développement, et 75 à 90% d’entre eux, ça se soigne tout seul en entrant dans l’âge adulte. Ok? 

D’abord je pense que tous les adolescents sont plus ou moins dysphoriques, “qu’est ce qui se passe dans mon corps? Je suis pas d’accord….oh la la ça va trop vite”  et puis pour certains, c’est plus compliqué parceque traumatismes, parce que proto-homosexuel qui comprend pas trop ce qui lui arrive, parce que retard de développement. Il y a plein de raisons, mais il y avait un tout petit pourcentage pour lesquels la dysphorie était résiduelle et résistante. 

Aujourd’hui tous ces gamins sont directement orientés vers des chirurgies de réassignation sexuelle et puis ils contaminent pleins de gamins qui sont pas du tout dysphoriques en fait… et qui sont pris dans cet espèce de paillette où être hétéro bien dans sa peau, c’est super moche en fait !

Certains sont en train de se réveiller, beaucoup en Angleterre, aux Etats- Unis, en Australie disent aujourd’hui “ J’ai plus de seins, j’ai plus d’utérus, j’ai 20 ans, pourquoi est-ce que vous m’avez orienté la dedans? Bon ok je l’ai demandé à corps et à cris mais j’étais une gamine! J’avais des problèmes psychiatriques, qu’est ce qui s’est passé je veux récupérer mon corps!“ 

C’est violent…

Rebelles du Genre – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner et plus particulièrement, est-ce que tu te situes dans un cadre où tu subis des pressions, des menaces, est-ce que tu sens que parfois tu peux être mise en danger par rapport à cette question, ou est-ce que tu te sens complètement libre de t’exprimer ?

Sophie Robert – Alors je prends la liberté de m’exprimer. Je considère que plus on m’empêche de m’exprimer, plus j’ai envie de m’exprimer. 

La liberté d’expression est un droit chèrement acquis. Particulièrement pour les femmes, mais pour tout le monde et si on ne s’en sert pas, il n’existe pas. Je veux dire, c’est terrifiant ! 

J’ai été taxée d’être raciste ou islamophobe parce que je relaye des posts de femmes qui en Iran sont emprisonnées parce qu’elles enlèvent leurs voiles, c’est parfaitement odieux ! J’ai été taxée de tout un tas de trucs donc évidemment, j’ai déjà commencé à subir des pressions (alors on me parle de transphobe) mais je vais avoir des pressions, des agressions, voilà, je suis là, je suis prête (rire), je vous attends, j’ai un avocat, c’est bon quoi ! (rires). 

La liberté d’expression, on doit la défendre, on doit la garder. Qu’est-ce qui est en jeu enfin ? Moi j’ai pas envie de vivre dans une société où ces choses-là durent sans qu’on fasse quoi que ce soit. Je me regarde dans la glace (rires), je suis contente de moi, je ne peux pas faire l’autruche, c’est incompatible avec mon tempérament. 

Soit j’extériorise en faisant quelque chose de créatif et d’informatif dans mon travail de documentariste, en l’occurrence, c’est comme ça que j’exprime mes émotions et ma pensée par rapport à ces choses-là, soit je me fais une tumeur (rires), il n’y a pas de neutralité : soit je m’autodétruis, soit j’agis politiquement. Mon truc, c’est de transformer en énergie créative, positive, tout ce que je ressens. 

Je pense que c’est un devoir de citoyen, chacun fait ce qu’il peut à son niveau avec les outils dont il dispose mais c’est un devoir. 

C’est des gamins ! Enfin, ils s’attaquent aujourd’hui à des enfants ! On est dans un espèce de rouleau compresseur idéologique, ils s’attaquent à des gosses !

J’ai trouvé des vidéos de responsables de cliniques de réassignation sexuelle où ils expliquent qu’il n’y a pas d’âge (parce que c’est maintenant le nouveau truc), il n’y a pas d’âge pour transitionner, ils s’attaquent à des gamins pré-verbaux, avant 3 ans! Et il y a une bonne femme complètement hallucinée qui dit d’une petite fille qui va devenir trans-homme après, il y a une vidéo où elle s’arrache les barettes, on essaie de lui mettre des barettes dans les cheveux,-  alors les filles c’est les barrettes dans les cheveux ! Moi j’ai jamais pu mettre des trucs comme ça sur la tête de ma fille, elle s’arrachait tout ! (rires) – Et en fait, mais c’est dingue, et elle dit “voilà” complètement hallucinée, elle s’enlève les barrettes dans les cheveux, c’est une manière d’exprimer le fait que cette personne, cet enfant est trans” Et je vais vous dire un truc encore plus gore, c’est possible… 

Parce que trans, c’est un cheval lancé au galop sans aucune limite, un cheval fou… 

Aujourd’hui la mode c’est les asexuels, alors c’est parti avec avec la chirurgie non-binaire. Je montre ça, j’explique tout ça avec des images bien gores dans mon film. Au départ, les chirurgies de réassignation sexuelle, c’est pour bricoler en fait, mutiler un garçon pour le transformer en pseudo-fille ou une fille transformée en pseudo-garçon. Mais il y a des chirurgiens, des docteurs Mengele qui ont inventé le concept d’une chirurgie non-binaire. A priori, ça fait “soft” non-binaire. 

Non.

Derrière la bannière trans, il y a plein de gamins et notamment des gamins autistes qui disent “en fait je suis terrifié par la sexualité”. En fait, beaucoup ont des problèmes de contact, de toucher, de problématiques sociales et disent “je suis asexuel, je suis asexuel” et c’est ça qui les dérange. et bien il y a des chirurgiens qui leur mettent dans la tête qu’il faut conformer son corps à son genre asexuel et donc il faut tout couper. Et les chirurgies non-binaires c’est couper les tétons, couper le nombril, je ne savais même pas que c’était possible de couper un nombril mais apparemment c’est possible, et de couper tout dans l’entrejambe pour que dans l’entrejambe ce soit aussi lisse que Ken ou Barbie. Donc chez les garçons le pénis, les testicules et le scrotum et ça, c’est des chirurgies qui s’appellent “nullification sexuelle, le nullo” et la justification dite par ces chirurgiens c’est de dire : l’idée c’est de rendre le corps conforme au genre, au genre asexuel, qu’il n’y ait pas de ligne de démarcation, que ce soit parfaitement lisse, que le corps soit parfaitement lisse: couper les tétons etc, et tout ce qu’il y a en bas. Et ça a été autorisé par la WPATH par l’organisation mondiale des médecins transactivistes. Il y a des médecins et ça a été mis en évidence par Genevieve Gluck et le site extraordinaire REDUXX qui font un travail extraordinaire là-dessus. Il y a trois médecins qui ont participé à la rédaction du DSM et à l’élargissement du parapluie, le parapluie transactiviste, ce n’est plus du M to F, c’est Male to Nullo, c’est les eunuques en fait. Excusez-moi, j’hésite dans ce que je dis parce que tout me vient en anglais dans la tête, c’est de la documentation anglaise mais… Cela a commencé à arriver en France, je sais qu’aujourd’hui on pratique l’ablation des tétons chez les filles autistes, ça se fait en France aujourd’hui, d’accord ? 

Ca n’a rien à voir avec de la réassignation sexuelle, avec une histoire de “je suis né(e) dans un corps de garçon ou de fille”, c’est l’ablation des tétons ! 

Parce qu’ils vont prendre des médecins qui sont des docteurs Mengele, vont aller dans le sens des problématiques sensorielles des personnes autistes pour conformer leurs corps à ça. 

C’est monstrueux ! C’est monstrueux ! 

Et tout ça, c’est remboursé par la Sécu en plus. Voilà. Donc il faut que ça s’arrête. Ils veulent m’attaquer, qu’ils m’attaquent, je suis là, je suis prête.

Rebelles du Genre  J’ai lu l’article de REDUXX, en fait cette histoire de “Male to Eunuque”, mais en fait, c’est des pédocriminels derrière…

Sophie Robert – Alors oui, ce que j’ai voulu dire c’est que, ils ont été récompensés pour avoir élargi le truc, à l’identification à des eunuques. En fait, ce sont des sites du fétichisme des mutilations sexuelles. Il y a un vrai courant chez les frappadingues de fétichisme. Alors il y a des gens qui pratiquent ça sur eux, c’est vraiment des gens qui ont des problèmes psychiatriques gravissimes qui sont embarqués là-dedans et il y en a d’autres qui le regardent, des gens qui éprouvent de la jouissance orgasmique à regarder ces mutilations sexuelles et à être témoins. Et il y a des films de mutilation sexuelles qui se vendent sur des sites dédiés dans le Dark Web.

Rebelles du Genre –  Je suis au bord du malaise…

Sophie Robert – Bon voilà il n’y a pas de limite, il faut qu’on s’arrête, il faut qu’on les arrête.

Rebelles du Genre –  En plus je crois que j’ai lu que ces personnes-là, ces hommes, on peut dire des personnes mais ce sont des hommes réellement, qui notamment étaient sollicités pour contribuer à la rédaction du DSM, la nouvelle version du DSM.

Sophie Robert – Oui, tout à fait.

Rebelles du genre – C’est-à-dire le manuel [diagnostic et statistique des troubles mentaux] …

Sophie Robert – Ca devient une identité, attention, c’est toujours le discours idéologique, ça devient une identité donc “à respecter” etc, mais une identité qui nécessite de la chirurgie mutilante pour respecter cette identité. Ce qui va arriver, c’est en train d’arriver, le WPATH, l’organisation mondiale des médecins transactivistes, est en train d’établir ses huitièmes recommandations, et alors ce qui est très intéressant, je fais une parenthèse, c’est une personne transexuelle qui m’a donné ces informations-là et qui est aussi critique du genre que nous, qui veut rester discrète et pas connue. j’ai eu ces informations par des personnes trans, par une personne trans et ils sont tout un groupe et ils ne sont pas du tout d’accord avec ce qui est en train d’arriver, c’est important de le savoir. Ils sont en train de préparer les huitièmes recommandations qui sont récupérées par l’ex SoFECT qui est l’émanation française du WPATH, Trans Santé France, c’est de dire ce qui s’appelle de “l’auto-détermination éclairée”. Auto-détermination éclairée, c’est-à-dire que , et c’est dit expressément dans leurs recommandations, la détermination de l’identité de genre n’appartient qu’à la personne qui l’exprime, pas au médecin, quel que soit son âge. Mais par contre, l’objectif, c’est d’obtenir la réassignation sexuelle… Tout le bordel : bloqueurs de puberté, hormonothérapie et chirurgie derrière… Et comme ils sont conscients que en fait la plupart des médecins, des psychologues et des psychiatres sont contre en fait, ils ne sont pas d’accord du tout avec ça, donc il n’y en pas pas suffisamment, il y a une explosion des demandes, mais une explosion des demandes et des listes d’attentes mais phénoménales ! Ils veulent quelque part forcer la main en passant outre l’avis médical, c’est-à-dire qu’il n’y a plus besoin de diagnostics pour pouvoir orienter directement n’importe qui, en faisant la demande, vers des cliniques de réassignation sexuelle, tout ça remboursé par la Sécu. 

Voilà… (rires) Je suis désolée, je te vois t’affaisser dans ton fauteuil (rires)

Rebelles du genre – Attends, en fait …  la nullification des autistes, moi euh…

Rebelle du genre 2 – Pareil, je suis un peu sous le choc là, j’avoue que ça m’a vraiment euh…

Rebelles du genre – J’ai juste envie de pleurer là, c’est…

Rebelle du genre 2 – Moi aussi…

Rebelles du genre – En tous cas merci parce que c’est exactement ce qu’on a besoin d’entendre en fait…

Rebelles du genre 2 – C’est important franchement, c’est important d’être informés là-dessus, je crois que moi j’en apprends tous les jours malheureusement quoi, malheureusement j’en apprends…

Rebelles du genre – C’est sûr…

Sophie Robert – Par rapport aux agressions que cette idéologie fait peser sur les femmes, il y a le fait d’identifier des femmes à des stéréotypes féminins, de limiter la femme à un stéréotype féminin et d’interdire par la présence en fait de ces hommes auto-identifiés femmes dans les cerles féministes, d’interdire de parler des règles, interdit de parler de nos ménopauses, interdit de parler d’IVG, interdit de parler des cycles féminins, cette espèce de prise de pouvoir… Et aussi il y a la disparition des femmes homosexuelles en fait. Il y a une disparition sociale, une espèce d’exigence de conformation de toutes les femmes qui ne correspondent pas aux canons stéréotypés de la beauté, de devoir se conformer à des hommes. Et c’est une agression qui est faite aux femmes. Et sans noues, en fait… Et d’observer ce spectacle de ces filles qui pour s’émanciper, se coupent les seins, se masculinisent, c’est prendre au premier degré l’expression “garçon manqué”, mais c’est monstrueux ! C’est monstrueux ! Ça ne va pas du tout ! Mes amies qui se définissent féministes ou pas, je veux dire, indépendamment de l’orientation des gens, on est toutes, on a toutes passé un passage à l’adolescence, si on était adolescentes aujourd’hui, on serait là-dedans, on serait prises là-dedans ! Du jour au lendemain, vous attirez les regards des vieux monsieurs alors qu’ils ont l’âge d’être votre grand-père (rires) “Mais attendez, moi j’ai pas envie de ça hein ! Je suis désolée, qu’est-ce qui se passe ? Je suis pas d’accord, mon corps il pousse pas à la même vitesse, je suis pas d’accord ! J’ai pas envie de m’emmerder à être dans le maquillage et ces trucs-là et les talons, je me casse la gueule, je m’en fous, ça ne m’intéresse pas !” Et bien si on était dans ce rouleau compresseur idéologique, j’en ferai certainement avec en plus, l’intransigeance, la volonté, l’intransigeance de l’adolescence, j’en aurai tiré la conclusion que j’étais un garçon manqué, au premier degré. J’ai envie, à travers tout ça, de sauver les autres filles… il faut sauver ces gamines, quoi! 

Rebelles du Genre – Oui, et pour revenir sur les lesbiennes, ce que tu disais, c’est à la fois elles sont mises sous emprise de ces hommes qui disent “Moi, je suis une lesbienne à pénis”… ou alors, elles sont… des hommes, littéralement. Elles transitionnent, parce que, étant lesbiennes, eh bien, elles ne peuvent pas exister, en tant que femmes, et donc prétendent être des hommes. Le nombre de… Sur le plateau, c’était exactement ça que j’avais en face de moi : une fille qui, maintenant, est “un garçon”, et qui vit avec une fille. Donc… Voilà. Voilà, voilà.

Sophie Robert – Oui.

Rebelles du Genre – Donc l’éradication des lesbiennes, leur mise sous emprise, enfin pour moi c’est vraiment le groupe le plus… le plus largement… j’allais dire “terrorisé” littéralement.

Sophie Robert – Tout à fait.

Rebelles du Genre – Parce que c’est vraiment une mise sous terreur, en fait. Et ça, c’est quelque chose qui est, pour moi qui ne le suis pas, totalement insupportable.

Sophie Robert – Il y a un mécanisme qu’il faut bien comprendre, c’est que, comme tout ça repose sur quelque chose de complètement délirant et complètement idéologique, que les conséquences de ces réassignations sexuelles sont extrêmement mutilantes, ça pousse les gens, malgré eux, à faire du prosélytisme. Parce qu’ils ont besoin : c’est tellement délirant, évidemment ça ne soigne pas. D’abord, ça ne soigne pas une dysphorie qui n’existait pas à la base. Et quand les gens sont réellement dysphoriques, de toute façon ils disent bien que ça ne les soigne pas. Il y a des périodes de dépression, ils sont obligés d’aller toujours plus loin, toujours plus loin, toujours plus loin… quitte à reprocher à la société leur propre mal-être. Et, du coup, ils sont poussés à chercher l’approbation et la légitimité dans la société, pour justifier leur propre démarche. Et donc, plus ils vont arriver à convaincre d’adolescents ou de jeunes autour d’eux, de devenir trans, plus ça va les soulager de leurs propres erreurs, en fait! C’est un mouvement qui suscite en lui-même du prosélytisme. Mais c’est terrifiant à observer.

Rebelles du Genre – Le truc, c’est que c’est aussi une démarche un peu absolutiste, mais qui va, bien évidemment, dans un cul-de-sac, et je pense que ça explique probablement une partie des suicides que l’on observe, des jeunes filles qui se disent trans. Non pas parce que l’on n’accepte pas le fait qu’elles soient trans, mais parce qu’elles-mêmes se rendent compte que, en fait, c’était une chimère! 

Sophie Robert – Bien sûr!

Rebelles du Genre – Et que ça les a amenées, ben, à se détruire elles-mêmes, voire à être complices de mutilations chez d’autres personnes, et c’est difficile à supporter.

Sophie Robert – Tout à fait.

Rebelles du Genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Sophie Robert – Moi, il y a deux choses qui me touchent. 

C’est le spectacle de belles intelligences et de personnes qui résistent à ce rouleau compresseur, et qui se révèlent dans l’adversité. La manifestation d’intelligence humaine, ça, c’est le côté positif, je trouve ça génial.

Et un autre événement, c’est que j’ai passé deux heures au téléphone, il y a quelques jours, avec une personne trans, qui était exactement sur le même point de vue que moi, me disant : “Moi, je veux vivre ma vie le plus discrètement possible. Je passe pour une femme, je ne veux absolument pas être connu, mais ce qui se passe, c’est absolument scandaleux. Sous la bannière “trans”, on fait passer des informations qui sont fausses auprès des gamins, pour endoctriner les gamins.” Et je lui ai dit : “Mais ce serait vraiment bien de pouvoir en parler sur un plateau.” Et lui : “Mais on n’est pas prêts à ça!” Parce qu’ils ont très très peur. Ils ne veulent pas apparaître comme trans. 

Ca, c’est quelque chose que je pense qu’il est important, peut-être, de développer : c’est qu’il y a une contradiction complète entre cette espèce de mode, de personnes qui se revendiquent trans pour limiter toutes les frontières, pour casser tout, pour revendiquer, revendiquer, revendiquer… et la réalité de la vie des personnes trans “old school”, qui ont toujours existé, bien sûr, depuis très longtemps, et qui ont toujours existé, aussi, dans les cercles féministes, mais à une époque où c’était super discret, et qui ne revendiquent rien, qui veulent vivre leur vie tranquille, et qui sont extrêmement lucides sur le fait que “une femme trans est un homme”, point. Voilà. Et qui sont extrêmement raisonnables et extrêmement lucides. Et ils cherchent à protéger les enfants, parce qu’ils se rendent compte qu’en leur nom, on fait des choses qui sont totalement inacceptables. 

Et ça, je trouve que ça participe de ce courant d’intelligence collective, et j’espère que mon film va contribuer à ce que ces paroles se délient, encore plus, soient plus visibles, que les gens aient des informations, enfin voilà. Pour faire nombre. Et remettre un peu de raison dans tout ça.

Rebelles du Genre – Dernière question : as-tu quelque chose à ajouter?

Sophie – Ce que je souhaiterais… Très concrètement, j’ai besoin de sous pour finir mon film, je suis désolée d’être prosaïque! 

Parce que j’ai fait des sacrifices énormes qui sont complètement insensés, et parce que c’est un vrai souci. Pour faire un film qui a de l’ambition, il faut payer des techniciens, tout un tas de trucs… En plus il fait deux fois 60 minutes, il est long! Et on va essayer de faire quelque chose d’un peu artistique, quand même! Il faut des moyens, et si vous allez dans “Dragonbleutv.com”, et sur la colonne de droite, il y a écrit : “campagne de financement participatif, Mauvais genre : un scandale sanitaire”. Il n’y a pas de petit don, et je peux vous garantir que chaque euro sera utilisé en temps de montage, et ce sera vraiment utile, quoi.  

Je dis ça parce que j’ai toujours tendance à être un peu “s’en va-t-en guerre”, les gens s’imaginent, “ha Sophie, elle s’en sort, elle fait des trucs, et out… Non, non! C’est vraiment compliqué, je vous assure que c’est vraiment compliqué. Et mon film, si je n’ai pas ces financements-là, je ne pourrai pas le sortir, c’est clair!

Rebelles du Genre – Donc on appelle toutes nos auditrices et tous nos auditeurs à contribuer à ce film qui sera certainement un outil précieux pour sauver des enfants et protéger les droits des femmes.

Sophie Robert – Merci à vous. Merci infiniment.

Rebelles du Genre – Merci Sophie!

S’’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

Rebelles du genre – Épisode 43 – Alice

Alice – Je m’appelle Alice, j’ai 27 ans.

Je vis à Bruxelles. Je tiens le compte instagram Radfem_fr et je suis sociologue de formation.

Rebelles du genre – Bonjour et bienvenue sur le podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole. 

Alice – Pendant très longtemps, j’ai eu une conscience féministe extrêmement sommaire et basique. Par contre, les droits des personnes homosexuelles m’ont toujours tenu à cœur, et en fait c’est la lutte contre l’homophobie qui m’a amenée aux idées queer. J’ai consommé du contenu transactiviste pendant des années, sans le nommer comme ça. Parce que je voulais simplement m’intéresser à la communauté LGBT pour pouvoir les soutenir du mieux possible depuis ma place. En arrive très vite sur la théorie du genre, en cherchant du contenu LGB, ou du contenu féministe d’ailleurs, en ligne. Pour moi, l’introduction à ce sujet-là, ça a été les visuels du style “la licorne du genre”. Donc j’ai défendu l’idéologie transactiviste de manière assez forte, pendant un bon moment. J’ai ingurgité, il n’y a pas d’autre mot, leur vocabulaire et toutes les idées qu’il sert à véhiculer, sans me rendre compte du tout de l’homophobie qu’il y a derrière, je dois bien l’avouer. J’étais colonisée par l’idée que c’était une communauté soudée avec des intérêts convergents. C’est ça qu’on nous vend à longueur de journée, j’en suis revenue aujourd’hui ! Mais chez moi, ce lavage de cerveau a bien fonctionné. J’avais très profondément intégré le fait que se dire homme ou femme était suffisant pour être ou  devenir homme ou femme, et que c’était violent de ramener les personnes trans à leur sexe de naissance, même en leur absence. Par contre, comme je le disais, je ne faisais pas le lien avec l’homosexualité. J’étais très naïve là-dessus. Pour moi, dire qu’une femme trans est une femme, c’était une chose. Mais dire que du coup les lesbiennes ne peuvent pas refuser d’avoir des relations avec ces personnes, qui se disent femmes, c’en était une autre, et ça, ça ne me passait même pas par la tête, et honnêtement, je n’ai pas le souvenir de l’avoir entendu dire, ou en tous cas pas de cette manière-là, par les transactivistes que je suivais à l’époque sur youtube. Je crois que dans mon esprit, j’avais un préjugé favorable vis-à-vis des personnes trans, parce que je partais du principe que les gens, de manière générale, sont honnêtes et bienveillants, jusqu’à preuve du contraire. Et donc, je n’aurais pas imaginé qu’ils mettent la pression aux lesbiennes en particulier pour relationner avec ceux qui s’autodéfinissent comme des « femmes trans ». Pas plus que je ne pouvais concevoir qu’on pousse une lesbienne à relationner avec n’importe quelle femme, d’ailleurs. Oui, c’est clair que c’est très bisounours, mais je l’assume, parce que c’est notamment lié à l’éducation que j’ai reçue, mais j’ai quand même fini par me poser des questions, je vous rassure. Donc je vous raconte ma première prise de conscience, même si je ne sais pas si on peut vraiment parler de peak trans, parce que ça a eu un impact limité. C’est dans le contexte que je viens de vous raconter,   j’ai notamment suivi Claude Emmanuelle sur Instagram, qui est une personne trans MtF avec une audience importante en France. Petite paranthèse : A présent j’utilise uniquement FtM et MtF pour éviter tout malentendu, comme ça on sait bien de qui on parle.

Un jour, cette personne profère des menaces de mort à l’égard des fameux hommes cis qui sont le diable incarné, n’est-ce pas, en story sur instagram. Je lis ça en me disant que ça ne vole pas haut, mais je suis passée à autre chose. Et puis, cette story a été supprimée par Instagram et elle s’en est plainte. Elle a crié au “cis-sexisme” et tout. Et donc là, je me suis dit « faut pas déconner, on n’insulte pas et on ne menace pas les gens sur Instagram. Donc je lui ai donc écrit que c’était effectivement des menaces de mort, ce qui est interdit sur tous les réseaux sociaux comme dans la vraie vie évidemment. Là, elle a mis mon message en story en me traitant – je cite- de « gestapo des cis » et en disant que je délirais. J’ai encore essayé de faire un effort de communication en lui répondant qu’il y a des règles pour s’exprimer en public, que ces règles ne sont pas là pour rien, et qu’en l’occurence  je ne critiquais pas le fond de sa pensée mais uniquement les termes qu’elle avait employés. Mais j’ai évidemment été bloquée dans la foulée. J’ai juste eu le temps de voir qu’elle avait encore partagé un message de quelqu’un d’autre qui l’applaudissait en disant que « la violence est nécessaire, qu’ils le veuillent ou non ». Bon, ça s’est arrêté là, c’était sans grande importance, mais cette anecdote m’a quand même marquée et m’est restée en tête et ça m’a fait un peu déchanter. Surtout que Claude Emmanuelle est adulée par beaucoup de personnes trans qui disent qu’elle les a énormément aidées et inspirées dans leur parcours. Donc là,  je me suis quand même dit : si c’est des attitudes pareilles qui sont leur modèle, on est mal barrés pour le vivre ensemble et la démocratie. Quelques temps après ça, j’ai découvert le féminisme radical, toujours sur Instagram, un peu par hasard, et là j’ai appris et compris plein de choses. J’ai notamment eu un vrai déclic, sur le transactivisme. Avec le recul, je me rends compte en fait que j’ai eu l’intuition de devoir séparer les questions LGB et T dès le début, quand j’étais très jeune, et pendant longtemps, sur base de l’idée toute simple que les trans choisissent de transitionner, alors que l’orientation sexuelle ça ne se choisit pas, et que donc ça n’a pas de sens de les réunir dans une même communauté. Je me souviens m’être régulièrement dit que si moi, j’avais été lesbienne, je n’aurais pas apprécié de devoir, entre guillemets, intégrer les personnes trans à ma communauté, à cette lutte, et à cette identité.

Cette opposition toute simple, elle manque sans doute de nuance, ne fût-ce que parce qu’il y a des personnes qui se disent trans sans avoir la moindre intention de modifier leur apparence ou leur anatomie, donc ne font pas de transition au sens où moi je l’entendais à l’époque, puisque moi, je parlais plutôt de personnes transsexuelles que de  transgenres, à ce moment-là. Mais c’est un réflexe naïf que je trouve quand même intéressant. Ça a été bien enfoui quand j’ai consommé du contenu transactiviste (que je n’identifiais pas comme tel), et c’est revenu. Et je suis de nouveau dans cette idée-là évidemment, depuis que j’ai découvert le féminisme radical, j’ai repris cette conviction-là, sous une forme un peu différente, un peu mieux informée et davantage consciente des enjeux qu’il y a derrière tout ça?

Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, et pour la démocratie ?

Alice – Si vous voulez bien, je voudrais faire un petit détour par la théorie du genre elle-même, en fait,  avant de parler des conséquences que ça implique. Evidemment, le plus frappant quand on analyse ces discours avec un regard critique, ce que j’espère réussir à faire aujourd’hui, c’est l’aspect circulaire et stéréotypé de la définition de ce que c’est qu’être’un homme ou d’une femme. Pour moi, cela revient à différencier le sexe et le genre, mais en inventant de nouvelles définitions pour l’un et l’autre ! Donc le genre ça devient une identité et un ressenti profond, irrationnel, indiscutable, qui peut recouvrir les catégories homme et femme, que tout le monde connaît, mais aussi plein d’autres genres, (non binaire, agenre, gender fluid etc.) Il y a, pour ainsi dire un genre par personne. Et ce n’est plus un ensemble de stéréotypes et d’attentes de la société vis-à-vis des hommes et des femmes en tant que catégories binaires, puisque basées sur le sexe, avec une catégorie, celle des hommes évidemment, qui domine l’autre, qui domine les femmes. De so côté, le sexe, ça devient une construction sociale, une invention de la science qui veut brimer nos identités en nous disant qui on doit être et en nous empêchant de nous réaliser en tant qu’individus. Et donc on refuse de dire que c’est une notion biologique de base, applicable à l’ensemble du règne animal, et liée à notre capacité à nous reproduire, entre individus mâles et femelles. Ca, c’est évidemment le cœur du problème.

Mais au départ de ça, qui est une aberration totale, moi j’ai aussi identifié toute une série d’amalgames ou d’inversions que cette théorie-là peut engendrer, et que je voudrais donc partager avec vous. Alors la liste n’est sûrement pas exhaustive, mais je crois qu’elle est déjà suffisamment longue pour se rendre compte qu’on a un gros, gros problème. ahah 

D’abord, en ce qui concerne le sexe et le genre, pour moi il y a au moins trois énormes confusions.

La première, c’est qu’on inverse l’inné et l’acquis puisqu’on prétend que le genre est notre essence profonde,et que le sexe est une invention de la science moderne, pour faire simple. On confond donc complètement notre part animale et sociale, c’est-à-dire qu’on n’en a plus rien à fiche de la différence entre la biologie et la sociologie. Et on n’en a plus rien à fiche des bases de chacune de ces disciplines. Et ça, ça a pour conséquence de faire passer un trait de personnalité autodéterminé – que serait le genre – avant une catégorie sociale objectivement définissable qu’est le sexe. Et donc ça revient à vouloir que le genre remplace le sexe. Et du coup, on mélange complètement féminité et fémellité, notamment. Et on  fait passer la féminité – donc la performance du genre féminin – au-dessus de ce que signifie être une femme, c’est à dire une femelle adulte humaine.

Et ça, en tant que sociologue, moi ça me rend dingue. Bien sûr, je suis évidemment très sensible à toutes les tentatives de déconstruire, et parfois de détruire, les injonctions sociétales qui nous limitent, nous abîment, qui sont violentes, qui sont  liberticides, etc. C’est une base du féminisme d’ailleurs, tout comme de l’antiracisme, de la lutte pour les droits des LGB, etc. Mais par contre l’idéologie du genre, en fait elle ne déconstruit rien du tout. L’idéologie du genre, elle nie l’importance, pourtant évidente, et le caractère inéluctable,  d’être né mâle ou femelle. Mais enfin la sociologie et le féminisme, ce n’est pas ça. C’est dire qu’être mâle ou femelle ça ne doit pas nous empêcher de mener la vie qu’on veut, d’avoir les goûts et l’apparence qu’on veut, parce que c’est simplement lié à notre personnalité, et que les hommes comme les femmes peuvent avoir n’importe quelle personnalité. Donc prétendre qu’une transition médicale est une manière de déconstruire le sexisme et les rôles genrés, c’est une vaste blague : je suis désolée, mais se modifier soi-même, en l’occurrence modifier sa propre anatomie de manière radicale, c’est tout le contraire d’envoyer balader la société et ses normes de genre.  Et par ailleurs si on se « contente », entre guillemets, d’avoir un look androgyne ou de reprendre les codes de l’autre sexe, le vrai acte de rébellion c’est quoi? C’est justement d’assumer son sexe, d’assumer qu’on est un homme qui aime porter des jupes, d’assumer qu’on est une femme qui a envie d’avoir les cheveux très courts, et d’affirmer que notre sexe, ça n’a pas à guider, justement, des choses aussi futiles qu’une coupe de cheveux, des fringues, du maquillage, des bijoux ou que sais-je. Ce n’est certainement pas de se dire « non binaire » ou « gender fluid » qui est révolutionnaire et qui met le patriarcat à terre.

Et moi j’ai un exemple qui me vient souvent en tête à ce propos-là, c’est l’acteur Alexandre Wetter qui est un acteur français assez jeune, que moi j’ai vu dans “Miss” il y a un an ou deux maintenant, et qui se prétend gender fluid. Et alors quand on le voit, ben… c’est un homme ça saute évidemment aux yeux, mais qu’est ce qui le rend genderfluid? Ben il porte des boucles d’oreille! Et franchement, c’est strictement la seule chose, visuellement, qui ne colle pas dans son apparence, aux normes masculines. Excepté, il est mannequin aussi, et modèle photo, excepté en shooting et dans certains projets artistiques. Mais je veux dire, dans sa vie quotidienne, c’est très clair que ça ne repose que sur ce genre de futilité, quoi! Donc moi, ça… je ne peux plus, quoi. C’est vraiment nous prendre pour des idiotes.

Bref, ça, c’était le premier point.

Deuxième grosse confusion : c’est que pour moi, le transactivisme est en fait une croyance qui veut se donner les apparences de la science, mais tout en lui crachant dessus et en la tordant dans tous les sens, évidemment. La théorie du genre, ça consiste à présenter comme des faits ce qui en fait est une idéologie. J’ai presque envie de dire qu’on inverse la réalité et la fiction. On passe son temps à inventer toujours plus de termes, à tenir des discours toujours plus complexes sur la transphobie, qu’on voit partout, mais ça ne repose sur rien. Et pour moi, un exemple typique de ces discours-là qui sont incohérents, qui sont parano, c’est l’amalgame qu’ils sont nombreux à faire entre le féminisme radical et l’extrême droite. Alors je ne sais pas où ils sont allés pêcher ça, mais ça n’a aucun sens. Ça sert uniquement leur discours de victimisation, et leur prétention au progressisme. Parce qu’évidemment, faire passer les méchantes TERF pour des réacs, c’est facile, et c’est bien pratique, sauf que le féminisme radical, c’est ça qui est libérateur et émancipateur pour les femmes. Et c’est précisément pour ça que nous, en tant féministes radicales, on tient à affirmer, en particulier aux filles, hétéro mais  surtout lesbiennes, qu’elles sont des femmes, qu’elles sont parfaites comme elles sont, avec tout ce qui fait d’elles des femmes, dans leur corps et dans leur chair, et ça malgré le regard oppressant et les désirs pervers des hommes. Et que c’est les hommes, le patriarcat qui doivent changer. Pas elles, pas nous. C’est tout simple!

Est-ce qu’il y a encore besoin de préciser de quel côté se trouvent la violence et l’intolérance ?

Troisième confusion que j’avais envie de citer.  C’est une conception complètement délirante du normal et du pathologique, de la règle et de l’exception. Pour moi, dans la théorie du genre, on a vraiment l’impression qu’ils ne comprennent pas la différence entre un trouble et une diversité normale au sein de la population. Donc, forcément, on estime chez les transactivistes que la psychiatrisation, c’est-à-dire le fait que la psychiatrie s’intéresse à un trouble et essaie de diagnostiquer, de le décrire et de le soigner, ce n’est que ça, hein, la psychiatrisation, pour eux, c’est synonyme de psychophobie. Par exemple, moi je suis désolée mais il suffit de connaître l’étymologie de dysphorie pour comprendre que c’est une maladie mentale. Dysphorie, c’est l’inverse d’euphorie. Donc la dysphorie c’est un sentiment pénible, désagréable, général, qu’on a par rapport à son propre corps. Ca, je suis désolée mais on ne me fera pas croire que ce n’est pas un enjeu et un problème de santé mentale.

Et pourtant, certains transactivistes luttent pour qu’on autorise les transitions le plus facilement et le plus gratuitement possible, y compris pour les très jeunes, et notamment qu’on allège ou qu’on supprime l’obligation de diagnostic et de suivi psy dans le cadre de la transition. Mais en fait, quand on écoute vraiment les personnes trans, et les transactivistes eux-mêmes d’ailleurs, leur souffrance, elle saute aux yeux. Et c’est quoi la solution qu’ils proposent ? C’est l’automutilation, pour caricaturer. Sorry not sorry, moi c’est pas ça ma conception du bien-être.

Voilà, ça c’est ce que j’avais envie de partager en ce qui concerne vraiment les notions de sexe et de genre.

Mais alors, en ce qui concerne le transactivisme et les revendications des personnes trans, j’ai aussi quatre narratifs que j’ai repérés, qui pour moi sont complètement biaisés et que je vous cite plus rapidement.

Le premier c’est que j’ai l’impression que l’idéologie du genre fait que certains se sentent autorisés à demander tous les droits possibles et imaginables pour les personnes trans, et ils oublient complètement ce que ça signifie de vivre en société. Donc la fameuse inclusion, par exemple, chez eux, ça vire au  caprice narcissique. Et on dirait qu’obtenir des droits pour une population déterminée ça revient à retirer des droits à tous les autres et c’est pas grave, ça n’a aucune importance. 

Mais ce n’est pas comme ça que les luttes sociales fonctionnent! L’antiracisme, ce n’est pas retirer des droits aux blancs, le féminisme, ce n’est pas retirer des droits aux hommes, c’est simplement se battre contre une oppression ou des discriminations ou des violences. C’est très, très, très différent.

Deuxième point : je crois que le transactivisme, en fait, confond le respect que les personnes trans ont le droit d’exiger comme tous les êtres humains, et la soumission qu’ils attendent de notre part  à leurs idées et à leurs revendications, quelles qu’elles soient. Donc ils qualifient de violence toutes les frustrations qu’ils et elles vivent. Et ils attribuent toutes leurs souffrances à la manière dont le monde extérieur les maltraite.

Troisième point : dans la communication de certains activistes, moi je trouve que le débat contradictoire est remplacé par l’imposition de normes, de diktats, de dogmes. Et on prétend qu’on essaie d’éduquer les fameuses personnes “cis” pour en faire, soi-disant, des “alliés”, mais en fait, des alliés, c’est qui? C’est ceux qui vont avaler  tout ce qu’on leur raconte, et les alliés on les amène comment à notre cause? En silenciant tous les autres, qui se contentent pourtant de poser des questions ou d’émettre des doutes raisonnables. Et en faisant cela, on mélange complètement information et prosélytisme, on mélange militantisme et harcèlement.

Et puis dernier point : en ce qui concerne la manière de s’adresser aux personnes trans ou à celles et ceux qui sont dans le doute, dans la recherche d’eux-mêmes, moi j’ai peur que la prétendue ouverture de la parole et la prétendue visibilisation de la transidentité cache dans une certaine mesure un phénomène de contagion, et que le soutien que certains vont chercher auprès des trans qui sont médiatisés, qui sont transactivistes, ça dérive en endoctrinement, tout simplement. Je crains que l’émancipation qui nous est vendue ne soit en fait qu’une vision réductrice de tout ce que produit cette communauté de beaucoup moins reluisant. Et du coup, moi je trouve aussi effrayant de constater que ce sentiment d’appartenance à une communauté semble, dans certains cas en tous cas, être l’équivalent d’un droit qu’ils s’attribuent à empêcher les autres (en particulier les femmes) d’avoir leurs propres espaces, leur propre communauté, leurs propres enjeux. Mais ça, évidemment,  on en reparlera.

Voilà, ça c’est ce que j’avais envie de mettre en évidence pour le contexte théorique. Mais de manière plus concrète, oui : le transactivisme est une menace à différents niveaux.

Le premier niveau dont j’ai envie de parler, c’est évidemment les femmes, et il me semble que c’est un danger pour les femmes pour trois raisons principalement.

La première raison, c’est qu’on modifie la définition légale de ce que c’est un homme et une femme, et donc on empêche de produire des statistiques pertinentes et correctes sur tous les phénomènes relevant du patriarcat, et de la violence masculine. Si on autorise tout le monde à changer de sexe en un claquement de doigts, eh bien on ne peut plus avoir de chiffres utiles  sur le viol, les féminicides, le harcèlement, la discrimination à l’école, à l’emploi, la criminalité, la précarité, etc. 

Et si on n’a plus de données chiffrées sur tout ça, on entrave la lutte féministe, évidemment. Et par ailleurs on permet l’invasion des hommes, c’est-à-dire des mâles, dans les espaces réservés aux femmes (que ce soit le sport, la prison, les refuges pour femmes, les groupes de parole pour femmes, les associations féministes, les zones non mixtes à l’école, dans les espaces de loisirs, typiquement les toilettes, les vestiaires…), on envahit les espaces des femmes dans tous les aspects du quotidien et en particulier on envahit les espaces militants féministes et lesbiens.

La deuxième raison, c’est que moi, je trouve ça extrêmement insultant de dire haut et fort que les femmes qui ne se disent pas autre chose que femmes, qui ne revendiquent pas une autre étiquette (c’est ce que eux appellent donc les femmes cis), elles sont femmes parce qu’elles ont un sentiment profond d’être des femmes, ce qui n’a pas de sens parce qu’en fait personne n’a le sentiment profond d’être un homme ou une femme, ou alors elles sont femmes parce qu’elles adhèrent aux stéréotypes de genre, elles adhèrent aux attentes que la société a vis-à-vis des femmes, et ça non seulement ça ne me paraît pas possible à 100%, personne ne colle à 100% aux rôles féminins ou masculins, mais en plus, si une femme y correspondait à 100%, par définition, vu la société patriarcale dans laquelle on vit, ce ne serait pas  un choix libre de sa part, et donc ça ne serait pas révélateur de son identité profonde.

La troisième raison pour laquelle c’est un danger pour les femmes, c’est qu’on n’a plus le droit de parler uniquement des femmes, en assumant le fait que tout le monde sait très bien de qui il s’agit!

On doit soit parler des « femmes cis » soit des  « femmes cis et des hommes trans », soit des « femmes cis et trans », soit des « personnes sexisées », selon le sujet, selon la population qu’on veut viser, on ve devoir utiliser ce genre d’expression, plus complexes. Voire même parfois des expressions complètement déshumanisantes, style : « personnes menstruées », « personnes gestantes », « personnes à utérus », « personnes à clitoris », etc.  Et ça, c’est un problème, parce que la catégorie des femmes, dans sa définition biologique qui est la seule valable et correcte, et il faut continuer à l’employer sans faire des sous-catégories au sein des femmes, sans devoir inclure d’autres personnes, c’est-à-dire des hommes, dans la catégorie “femmes” et sans réduire les femmes à tel ou tel organe, ou telle ou telle fonction biologique. Par exemple, le vrai tabou autour des règles, qu’on est important de casser, pour moi il ne vient pas d’un problème lié aux règles elles-mêmes, c’est-à-dire au sang menstruel en tant que tel. Le problème, c’est qu’il parle d’une caractéristique importante de la biologie des femmes et de leurs capacités reproductrices, et ça c’est quelque chose que les hommes veulent contrôler, que les hommes font passer soit pour sales, impures, soit pour quelque chose sans importance, soit comme un signe de faiblesse ou ce genre de chose… Et donc, le sang d’une blessure virile, c’est le même, ou presque, que du sang menstruel ! Mais le corps des hommes, il est toujours vu comme beau, puissant, admirable, etc. Alors que le corps des femmes, il faut le cacher, il ne faut pas en parler, ou alors il faut uniquement le sexualiser pour le plaisir des hommes. Rien de plus. Et donc quand on ne peut plus parler des femmes et du corps des femmes, on ne peut plus mener des combats féministes, et on ne peut plus casser les tabous qui entourent le corps des femmes.

Pour moi, un féminisme qui ne peut pas parler de fémellité c’est-à-dire de notre corps de femelles, eh bien ce n’est pas du féminisme, tout simplement. Parce que la plupart des enjeux féministes sont liés à nos corps, et en particulier les enjeux dans lesquels il y a encore le plus de boulot, parce que nos droits sont récents et sont fragiles. Il y a des dizaines d’exemples  comme ça. En médecine, on peut parler d’endométriose, de SOPK, de lipœdème, etc. C’est évidemment lié au corps. Tout ce qui est excision et mutilsations génitales féminines, pareil. Tout ce qui est la sexualité, la reproduction et la maternité : on parle de PMA, GPA, etc. Tout ce qui est IVG, contraception, aussi. Tout ce qui est harcèlement et violences sexuelles, inceste, pornographie, prostitution. Tout ça, c’est des questions où le coeur du problème c’est le corps des femmes. Et comme Anissia le dit souvent, et on ne le répétera jamais assez : mon corps, c’est moi. Donc empêcher de parler du corps des femmes, c’est déjà une violence, parce qu’en fait, nous empêcher de parler de notre corps, c’est nous empêcher de parler de nous-mêmes,  c’est nous empêcher de parler… tout court. Et ça, en soi, c’est violent et ça ouvre la voie à beaucoup d’autres violences, notamment celle de ne pas pouvoir disposer de nos corps  comme on l’entend. Parce qu’on ne peut plus se battre, par exemple, pour le droit à l’avortement, pour faire cesser l’excision, pour mettre à mal l’industrie de la pornographie et de la prostitution, etc. Donc c’est tout  fait catastrophique. Ca, c’est ce que moi j’avais en tête en ce qui concerne les femmes, mais évidemment le transactivisme c’est aussi un danger pour les  homosexuel.le.s, gays comme lesbiennes, mais encore plus fortement pour les lesbiennes, et sur deux plans au moins.

Le premier, c’est que pour moi, le transactivisme s’est vraiment accaparé les luttes LGB. Il s’est accaparé leur visibilité, leurs outils, leur vocabulaire, leurs victoires, etc… et ce n’est pas uniquement  pour les rejoindre ou pour  devenir des bénéficiaires collatéraux des combats que les lesbiennes et les gays mènent depuis longtemps. C’est vraiment pour trahir ces luttes-là. D’après moi il n’y a pas d’autre mot, parce que la théorie du genre, elle finit par modifier, absorber et invisibiliser le combat LGB. Et pourtant c’est un combat qui est encore important, parce que c’est loin d’être gagné ! Et un truc qui est symptomatique de ça, moi je trouve, c’est qu’on n’entend presque plus les mots gays, bi et lesbiennes. Les mots eux-mêmes sont mis de côté. On parle soit des queers, soit des LGBTQQIP2SAA+, soit des minorités de genre, soit encore d’autres appellations… mais en tous cas on invente des expressions qui invisibilisent, du coup, les orientations sexuelles gays et lesbiennes , qui sont pourtant on ne peut plus simples à comprendre, et à définir. Et puis, autre problème bien sûr, c’est qu’avec le transactivisme, on n’a plus le droit de dire que les relations lesbiennes sont des relations entre femmes, c’est-à-dire des relations qui n’impliquent pas de personnes qui possèdent un pénis, qui n’impliquent pas d’homme. C’est pourtant la base de la base, mais ça, on n’a plus le droit de le dire : c’est transphobe. Et donc, de manière générale, on prétend que les préférences génitales sont socialement construites, qu’il faut les dépasser, qu’il faut aller au-delà de ça, etc. Alors que des préférences génitales, ce n’est pas du tout socialement construit, c’est juste lié à notre orientation sexuelle qui est innée et que personne n’a jamais choisi, ni réussi à modifier. Donc ça n’a aucun sens. Et ce qui n’a aucun sens non plus, et qu’on entend beaucoup, c’est que les lesbiennes, du coup, devraient logiquement pouvoir être attirées par des personnes trans MtF, c’est-à-dire les hommes qui se disent femmes y compris quand ces personnes ont toujours un pénis. Miraculeusement, un homme qui se dit femme ou qui se sent femme devrait pouvoir attirer une lesbienne, c’est quand même incroyable. Mais c’est devenu un peu central dans leur discours.

Et puis la deuxième grande raison pour laquelle il y a un problème, je crois, pour les homosexuels, c’est qu’il y a beaucoup de  transitions qui en fait  sont des thérapies de conversion pour des gays et des lesbiennes. D’ailleurs, entre parenthèse, moi il me semble qu’il faudrait trouver un autre terme, que thérapie de conversion, de manière générale, parce que c’est tout sauf une thérapie, quelle que soit la forme que ça prend. Mais enfin, bref. Il y a beaucoup de gays et de lesbiennes qui témoignent du fait que  pendant l’enfance et le début de l’adolescence, ils et elles dans l’autre sexe,  ou  se projettent dans l’autre sexe, parce qu’il faut du temps pour comprendre, mettre des mots sur son orientation sexuelle, qu’on sent bien ne pas être celle de la majorité autour de soi. Et moi, il me semble que la pire chose que l’on puisse faire dans ces cas-là, c’est les encourager à croire que devenir hétéro en changeant de sexe, eh bien c’est ça qui va faire leur bonheur, non seulement parce qu’on ne devient pas hétéro, ça nexiste pas : on l’est ou on ne l’est pas, point à la ligne. Mais surtout parce que l’homosexualité a la même valeur que l’hétérosexualité, et ça devrait pouvoir être vécu avec la même liberté et la même sérénité, tout simplement. Et c’est notamment ces gays et lesbiennes, qui transitionnent pour s’éloigner  en quelque sorte de leur homosexualité, pour pouvoir la nier, l’oublier, la mettre de côté.  Ce sont ceux-là et celles-là qui sont nombreux et nombreuses à détransitionner ensuite, quand ils et elles ont fait un travail et ont avancé dans leur vie et ont, voilà, compris que c’était simplement leur orientation sexuelle, et qu’ils devaient l’accepter, et que la société, surtout, devait l’accepter autour d’eux, et que le problème ne vient pas d’eux ou d’elles mais de l’homophobie de la société.

Troisièmement, le transactivisme c’est évidemment un problème et un danger  pour les enfants.

Déjà parce que les transitions médicales, c’est particulièrement dangereux chez les très jeunes.  Et puis même sans intervention chirurgicale ou sans traitement hormonal, tout ce qui est binder par exemple, c’est une catastrophe pour la santé, on en a déjà parlé dans des épisodes précédents. Le fait de se binder les seins, c’est-à-dire de les comprimer pour avoir  un torse plus plat et plus masculin, c’est extrêmement dangereux, ça a plein de conséquences à terme, et donc à cet âge là, chez les jeunes ados notamment, il faut leur foutre la paix, et il faut les protéger contre eux-mêmes. Il faut leur faire comprendre, je crois, que le problème ce n’est pas leur corps, le problème c’est le regard que la société a dessus, et le fait que ce regard soit malveillant, en fait. Donc ce n’est vraiment, vraiment pas un service à leur rendre de les encourager dans des transitions trop jeunes, parce que c’est normal, en fait, qu’il faille du temps aux filles comme aux garçons d’ailleurs, à l’adolescence, pour se découvrir et s’assumer.

Voilà, ça c’est les trois catégories de personnes qui sont les plus directement touchées par la transactivisme, ça va de soi. 

Mais de manière générale, dans la société, moi je trouve que le transactivisme ramène tous les débats à l’unique question de l’identité de genre, de la transphobie et de tout ce qui va autour. Et donc on n’arrête pas de nous dire qu’il faut faire attention à ne droisser personne, à ne mégenrer personne, à inclure tout le monde. Et en fait ça devient presque plus important que de mener les luttes sociales, de mener les combats qu’il y a encore à mener. Et moi, j’ai carrément peur que tous les problèmes de raisonnement et de logique qu’il y a dans la théorie du genre finissent  par déteindre aussi  sur d’autres sujets que la notion de genre elle-même. Et moi je me dis que ça va empêcher tout une génération qui a baigné là-dedans, qui a été biberonnée à ça, ça va les empêcher de raisonner correctement, tout simplement! Et il me semble que ça se voit déjà, en fait. Il y a plein d’exemples de ce genre-là. Moi, il n’y a pas longtemps, j’ai découvert qu’il y avait des gens qui s’auto-identifiaient handicapés, qui s’auto-identifiaient comme d’une autre origine ethnique. Bon, c’est quand même encore plus délirant me semble-t-il, que de s’identifier homme quand on est femme et inversement. Et puis en termes d’organisation sociale, il me semble qu’on stigmatise de plus en plus la non mixité, puisqu’il y a une injonction à l’inclusion, évidemment,  et on demande à tout le monde de faire toujours plus d’intersectionnalité, alors que cette notion a quand même ses limites et qu’on a le droit de la questionner, quoi.

Donc voilà, moi j’ai peur que ça aie vraiment des conséquences bien au-delà du sujet du sexe, du genre, et des relations hommes-femmes.

Et ça ne me paraît pas être une crainte délirante ou exagérée, je ne pense vraiment pas être parano en disant ça,  si on considère que la théorie du genre, c’est un symptôme de l’individualisme, des dérives de l’éducation bienveillante, du narcissisme qu’il y a sur les réseaux sociaux et d’un backlash masculiniste. 

Eh bien oui, c’est logique que ça ait des conséquences plus larges dans la société, quoi.

Et rien que l’idée, qui est assez centrale à la théorie du genre, que tout ce que je peux dire à mon propre sujet est valide et incontestable, et que les autres doivent l’accepter, en fait c’est problématique.

Non, on n’a pas le droit de dire n’importe quoi quand on parle de nous-mêmes.

Si tu es un violeur, tu n’as pas le droit de te qualifier toi-même de coureur de jupons. Eh bien c’est pareil avec le sexe. 

Si tu es un homme, tu n’as pas le droit de te revendiquer femme. Point barre.

Tout ça pour dire qu’en termes sociétaux et démocratiques, c’est aussi un vrai coup dur que cette idéologie ait pris tellement de terrain.

Tout ceci étant dit, moi je crois qu’il faut quand même garder de la compassion pour la souffrance des personnes trans, tout en critiquant évidemment les discours que tiennent les transactivistes. Moi, je refuse de mettre toutes les personnes trans dans le même sac que les transactivistes.

Déjà, le transactivisme n’a pas toujours été ce qu’il  est aujourd’hui, et puis surtout il y a  beaucoup de personnes trans qui ne sont pas d’accord, en fait, avec les discours que tiennent les transactivistes. Il y en a notamment qui admettent sans le moindre problème que la transition, ça ne change pas leur sexe, leur nature, mais ça change uniquement leur apparence et la manière dont ils sont perçus par la société. Par exemple, dans le documentaire « What is a woman ? » de Matt Walsh, il y a une personne trans  FtM, donc une femme qui a transitionné vers le genre masculin, qui explique ça très bien : elle dit « Je suis une femme, biologiquement je ne serai jamais autre chose qu’une femme, mais j’ai subi des opérations et j’ai pris des traitements hormonaux pour être perçue par la société comme un homme et pour avoir des interactions sociales qui se rapprochent plus de celles que peut avoir un homme ». Il y a certaines personnes trans qui ont vraiment de la dysphorie, évidemment. Il y a sans doute certains cas dans lesquels on ne peut pas soigner cette dysphorie autrement que par une transition. Il y a certaines personnes qui considèrent que la dysphorie est une condition nécessaire pour se dire trans. Mais par contre il y en a d’autres qui  se contentent de performer les codes de l’autre genre, ce qui est leur droit, tant qu’ils ne revendiquent pas le sexe qui opposé.

En principe, les personnes trans, moi j’ai tendance à me dire qu’elles devraient  être les meilleures féministes ou les meilleurs alliés du féminisme, puisqu’ils et elles souffrent des stéréotypes de genre. Mais au lieu de ça, il y en a qui se disent qu’ils doivent se changer eux-mêmes, en fait. Et moi je trouve ça infiniment triste et révoltant pour les personnes trans elles-mêmes. J’ai parlé de choix tout à l’heure, en disant que j’étais revenue en quelque sorte, depuis que j’ai découvert le féminisme radical, à l’idée que la transidentité se choisit. Mais en fait, pour être plus précise, je crois que la transidentité c’est toujours la conséquence d’un profond malaise, et que les gens ne choisissent pas de ressentir ce malaise, et que ce malaise n’est pas de leur faute. Par contre, on est toutes et tous évidemment responsables de la manière dont on gère nos problèmes, et notamment notre santé mentale. Donc, sans excuser le moins du monde les discours et les comportements problématiques qui sont légion chez les transactivistes, moi j’essaie de ne jamais perdre de vue que dans l’écrasante majorité des cas, les personnes trans lambda et anonymes, hommes ou femmes, ils et elles ont trouvé dans la transidentité un refuge face à une détresse immense. Alors sauf dans de rares exceptions peut-être, moi je ne crois pas que ce soit une solution constructive, cette transition, qu’elle soit uniquement sociale entre guillemets, ou qu’elle soit médicale, et donc c’est pour ça que moi je trouve que  c’est important de parler de dysphorie comme d’un trouble, en tout cas chez les adultes, pour pouvoir mieux le soigner. Mais je ne m’autorise pas à juger quiconque pour sa manière de gérer son mal-être… tant que ça ne fait pas du tort à autrui. Et c’est là que l’équilibre est difficile à tenir, en ce qui concerne la transidentité. Parce qu’en réalité, le transactivisme, comme on vient d’en parler longuement, c’est un danger pour autrui et pour la société tout entière, et notamment dans sa manière de parler de la dysphorie et de l’autogynéphilie aussi par exemple, ou plutôt dans sa manière de ne pas en parler, justement.

Je voudrais terminer ma réponse à cette question en parlant d’une autre catégorie de personne, qui est moins visible que les femmes et les LGB, même si elle l’est de plus en plus, c’est les personnes intersexe.

Parce que moi je suis frappée par le fait que dans le transactivisme et chez certaines féministes qui le soutiennent d’ailleurs, il y a une instrumentalisation des intersexes pour défendre la théorie du genre, et parfois même une fétichisation, que les trans disent pourtant subir eux-mêmes , en tant que personnes trans.

Je suis moi-même intersexe, puisque j’ai le syndrome de Turner. Et donc je sais d’expérience à quel point le discours et la prise en charge médicale peuvent être compliqués à entendre et difficiles à vivre. Mais ce n’est pas une raison pour tout envoyer balader ou tout déformer. 

Donc tout d’abord, j’aimerais bien rétablir quelques vérités à rétablir à propos des intersexes.

Numéro 1 – On parle d’intersexuation, et pas d’intersexualité. Ça n’a absolument rien à voir avec les relations ou l’orientation sexuelle, mais bien avec la sexuation, c’est-à-dire les caractéristiques physiques sexuellement différenciées. Être intersexe, c’est avoir une  ambiguïté, un dysfonctionnement ou une anomalie soit au niveau des chromosomes sexuels soit au niveau des gonades soit au niveau des organes génitaux, c’est-à-dire les trois composantes du sexe.

Numéro 2 – Evidemment, les variations individuelles, c’est une caractéristique importante dans le monde animal, et même dans le monde vivant tout entier. Mais ce n’est pas pour ça qu’aucune règle n’existe, que les tendances ne veulent rien dire et que les lois de la nature sont inventées de toutes pièces par les scientifiques. Donc ça me rend folle qu’on remette en cause le fait que le reproduction humaine, ça nécessite un ovule, donc une femme pour faire simple, et un spermatozoïde, donc un homme ? Est-ce que vous avez déjà vu des gamètes d’un autre type qu’un spermatozoïde ou un ovule, vous ? Non, il n’y en a deux types, parce qu’il y a deux sexes. Il y a un sexe qui produit un type de gamète, et l’autre sexe qui produit l’autre type de gamète. C’est pourtant pas compliqué !

Numéro 3 – On n’assigne aucun sexe à la naissance, on constate le sexe. Et d’ailleurs le plus souvent, on le connaît bien avant la naissance. Par contre, ce qui existe, c’est vrai, ce sont des interventions sur les nouveaux nés intersexe, pour les faire artificiellement correspondre aux standards, et ça, ça n’est pas toujours nécessaire. Et donc dans les cas où ça n’est pas nécessaire, bien évidemment, c’est assimilable à des mutilations.

Numéro 4 – L’hermaphrodisme, ça signifie avoir deux appareils reproducteurs complets et fonctionnels chez un même individu, et ça, ça n’existe pas chez l’être humain. L’hermaphrodisme n’existe pas chez l’être humain. Même les personnes intersexes sont soit des mâles, donc des hommes, soit des femelles, donc des femmes, on n’est jamais les deux à la fois.

Voilà, ça c’est déjà de bonnes bases, je crois. Donc s’il vous plaît, je vous en supplie, si le sujet vous intéresse, lisez des sources scientifiques solides, interrogez un médecin fiable en personne. Et surtout ne vous contentez pas de descriptions farfelues qu’on trouve sur internet. Moi la dernière sur laquelle je suis tombée et qui m’a complètement rendue folle, c’est un compte féministe que je n’ai même pas encie de viter, qui fait une FAQ et  il y a quelqu’un qui demande : “C’est quoi être intersexe?” Et la personne a répondu : “C’est avoir des caractéristiques à la fois mâles et femelles. Entre parenthèses : chromosomes XX qui a une apparence masculine ; ou quelqu’un qui a deux appareils génitaux, un pénis et une vulve”. 

Est-ce que j’ai vraiment besoin de préciser que c’est complètement fantasmagorique et que ça n’a aucun rapport avec la réalité?

Bon. Pour revenir au transactivisme, je trouve ça terriblement dangereux de véhiculer l’idée que la médecine et la science ont tout faux, inventent des choses, ne reposent que sur des préjugés, des idéologies, des constructions sociales, etc. Evidemment, la sociologie de la science a très bien montré les biais qu’il y a en biologie  et en médecine. Et donc avoir un esprit critique là-dessus c’est très bien, mais ça n’autorise pas à faire du cherry picking, que ce soit dans la littérature scientifique, ou dans  l’offre de soins d’ailleurs. S’il y a bien une chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est déduire de l’existence des personnes intersexes que le sexe n’est pas binaire. L’intersexuation, c’est un ensemble de maladies, que ça vous plaise ou non. C’est pas une tare. Il y en a d’autres, des maladies, et y compris des maladies avec lesquelles on vit très bien, mais ça reste des maladies. Et il faut les appeler comme ça, c’est tout.

Autre chose, pour savoir si une caractéristique est un trouble ou une maladie, le nombre de personnes concernées ce n’est pas un argument. Donc il faut arrêter de dire : « il y a autant de personnes intersexes que de personnes rousses ». Moi j’ai déjà vu ça souvent, sous-entenu “c’est tout à fait normal et c’est bien une preuve que le sexe n’est pas binaire”, en général ça va de pair avec ça.  

Alors je ne sais même pas si c’est vrai qu’il y a autant de personnes intersexes que de personnes rousses, mais en fait on s’en fiche, c’est juste complètement hors sujet. Le nombre de personnes impactées n’a aucun rapport avec le fait de savoir si c’est une maladie ou pas. 

Au-delà des chiffres, les transactivistes donnent l’impression de ne pas comprendre qu’une exception, ça  n’invalide pas la règle. S’il y a des exceptions à une règle, ça ne veut pas dire que cette règle doit être mise à la poubelle. Et qu’ils ne comprennent pas ça, moi je trouve ça dramatique, et ça suffirait presque  à me donner envie de remettre en cause toute leur honnêteté intellectuelle et tout leur discours.

Mais enfin, bon. Si seulement il n’y avait que ça… 

Il y a aussi autre chose sur lequel je voudrais insister, c’est complètement indécent d’instrumentaliser les intersexes, qui se battent pourtant contre les mutilations chirurgicales qui sont par définition invasives, souvent inutiles, et non consenties chez les nouveaux-nés typiquement, de les instrumentaliser donc, au profit de l’idéologie transactiviste qui elle, au contraire, soutient, demande, banalise, idéalise, et promeut des interventions chirurgicales de ce type, y compris avec les mêmes dérives dans beaucoup de cas, ne fût-ce que quand ça concerne des enfants et des jeunes  ados qui n’ont pas le discernement et la maturité nécessaires pour prendre ces décisions-là. 

Donc je trouve que c’est un comble de cracher sur la médecine qui est soi-disant transphobe, alors que les transitions médicales justement sont de plus en plus faciles.

Dernière remarque : je défends la science ici, mais sans pour autant blanchir la médecine. La médecine devrait avoir honte de son sexisme éternel, de la stigmatisation qu’elle fait peser sur les personnes intersexes, mais aussi de sa manière d’encourager et d’aider les personnes trans à l’automutilation, parce qu’il y a beaucoup de cas dans lesquels les transitions médicales sont de l’automutilation. Et ça, encourager ça, en tant que médecin, c’est contraire au serment d’Hippocrate. Je rappelle quand même que le premier principe du serment d’Hippocrate c’est “primum non nocere” : d’abord, ne pas nuire.

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a poussée à témoigner sous ta réelle identité ? Est-ce que tu te sais en sécurité pour parler librement, ou est-ce que tu as déjà subi des pressions ou des menaces par rapport à cette question ?

Alice – Alors je témoigne avec ma vraie identité aujourd’hui, parce que pour le moment, je n’ai jamais eu aucun problème avec mes opinions sur le féminisme et en particulier sur le genre, ni en ligne, ni dans la vie réelle d’ailleurs. Je n’en parle pas beaucoup, mais quand je le fais, c’est quand même arrivé quelque fois, il y a eu des désaccords qui ont été exprimés dans le respect. Donc je n’ai pas envie de cacher mes opinions à ce sujet, ni à aucun sujet d’ailleurs. C’est plus facile à dire qu’à faire évidemment, et je comprends très bien celles qui préfèrent garder leur anonymat ou qui se sentent obligées de rester anonymes. Mais c’est aussi pour les soutenir elles que je prends la parole, le plus ouvertement et sincèrement possible. Je suis extrêmement fière de les rejoindre dans cette démarche, qu’on fait chacune à notre rythme et à notre façon.

Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Alice – Alors ce n’est pas une anecdote personnelle, mais c’est l’actualité en Belgique. Chez nous on a des transactivistes qui ont interpellé les politiques sur un problème. Ils souhaiteraient que l’on résolve le problème de l’indication binaire du sexe, donc M ou F sur les cartes d’identité, parce que ça pose souci pour les personnes intersexes, pour les personnes non binaires, pour les personnes genderfluid, et j’en passe. Donc comme d’habitude, on mélange donc un peu tout le monde, il n’y a qu’à se servir. Bref. Il y a donc  deux options principales qui sont débattues parce qu’évidemment le politique a accepté de s’emparer de la question.

Première possibilité : ajouter une catégorie X, en plus de M et F.

Deuxième possibilité : enlever complètement toute référence au sexe. 

Et alors j’ai lu quelques articles dans la presse à ce sujet, et je trouve que les arguments quels qu’ils soient d’ailleurs, sont complètement lunaires, qu’ils viennent des journalistes,  des universitaires ou des associations.

Donc j’avais juste envie de vous citer  3 exemples, et je vous laisse vous faire votre opinion.

Premier exemple – C’est une prof de droit qui dit  : “Si la décision se limite à l’apparition du sexe sur la carte d’identité, cela reste un épiphénomène. La question est plutôt de savoir si, lors de la déclaration d’une naissance, les parents devront encore mentionner le sexe de leur enfant, ou s’ils pourront le laisser décider plus tard. Toutefois, la suppression totale du sexe de l’état civil pourrait poser des difficultés pour la lutte contre les discriminations hommes-femmes. Les statistiques ventilées par genre sont essentielles dans cette lutte. On doit pouvoir poser des diagnostics pour l’écart salarial, les discriminations à l’emploi…”.

Deuxième citation, ce sont les mots d’un journaliste : “En réalité, derrière cette volonté de l’exécutif, il y a l’ambition de trouver une solution à une difficulté pointée en juin 2019 par la Cour constitutionnelle :  le caractère inconstitutionnel de la loi transgenre du 25 juin 2017 qui, malgré un certain nombre d’avancées, ne sort pas d’une vision binaire et perpétue de la sorte l’obligation pour des personnes dont l’identité de genre est non-binaire d’accepter un enregistrement du sexe sur base de la distinction entre femme et homme qui ne leur correspond pas.”

Et puis troisième exemple, j’ai gardé le meilleur pour la fin – Un activiste transgenre, qui parle de l’éventualité d’ajouter une case X : “Ce schéma à trois ne reflète pas la réalité scientifique qui pointe en réalité non pas deux ou trois sexes mais bien plus”.

Rebelles du genre – Dernière question, as-tu quelque-chose à ajouter ?

Alice – Oui, je voudrais faire une dédicace aux très jeunes radfem, pour qui j’ai beaucoup d’admiration et que j’encourage tout le monde à aller écouter dans le podcast de Marguerite Stern. Elle a donc fait une série qui s’appelle « Au peuple des femmes », où elle a rencontré plusieurs RadFem qui ont entre 18 et 21 ans, et qui sont exceptionnelles d’intelligence, de courage, de force, et de pertinence.

Rebelles du genre – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible.

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses.

Si vous souhaitez témoigner contactez nous par mail.

A bientôt, pour un nouveau témoignage de Rebelles du genre.

Rebelles du genre – Épisode 42 – Clara

Je m’appelle Clara, j’ai 43 ans, j’habite en région parisienne, à Bagnolet plus précisément. Je suis la maman de deux enfants, dont un petit garçon qui a 10 ans, et une plus grande fille qui va bientôt avoir 15 ans. Et justement, c’est cette fille qui se disait trans jusqu’à peu. Donc c’est pour cela que je voudrais témoigner aujourd’hui.

Clara – Ma fille, c’est l’exemple type qui est illustré dans le livre qui s’appelle “La fabrique de l’enfant transgenre” de Céline Masson et de Caroline Eliacheff. 

Tout a débuté lors du confinement en 2019. Ma fille s’est réfugiée derrière les écrans, les réseaux sociaux, et en parallèle, elle a été victime de harcèlement scolaire (chose que je ne savais pas à l’époque). 

Donc elle avait quand même des troubles anxieux, et s’est réfugiée sur Instagram, Tik Tok. 

Et au début, elle parlait de ses passions, à savoir : les animés, le cosplay, les mangas… et elle a conversé avec une fille qui se disait trans. Et au début (en fait j’ai appris ça plus tard, tout, ça avec le recul), donc au début, ça la dégoûtait, elle se disait : “mais qu’est ce que c’est que cette histoire?”, etc. Puis, comme elle était en malaise qu’elle n’était pas bien, etc. , elle s’est intéressée à la question, et, petit à petit, en fait, j’ai vu qu’il y avait une différence dans son comportement. 

Elle était très renfermée sur elle-même, très renfrognée, elle nous rejetait et elle a commencé à tenir des propos assez lunaires sur, justement, la transidentité , qu’est ce que ça veut dire “être non binaire?”, la communauté LGBT, beaucoup de choses, des questions qu’elle ne se posait jamais auparavant. Eh bien nous, en fait, en tant que parents, on a cru que c’était une lubie d’adolescente. Donc au début  on en  plaisantait un petit peu : “Ho t’es non-binaire”, “Ho t’es..”, “Aujourd’hui je suis…”  Voilà, en fait, on en rigolait quoi. 

On s’est dit on va la laisser un petit peu, voilà, on va pas non plus l’engueuler pour ça, mais bon, on a pris ça à la légère. Donc il faut savoir que dans ce collège-là, donc elle est arrivée petite fille innocente assez naïve en sixième, c’était une enfant qui était très timide qui ne s’était jamais posé la moindre question sur son genre, c’était une petite fille lambda. Et arrivée en 6e, là, elle a eu beaucoup de pression au niveau… c’est une école privée catholique qui met beaucoup de pression sur les notes, et comme elle manquait déjà de confiance en elle, qu’elle était assez stressée, les autres enfants ont tout de suite repéré ceci, et ça a été l’escalade. Donc c’était assez sournois et elle me disait “j’ai des maux de ventre” etc. Donc je ne savais pas vraiment ce qu’il se passait, je pensais que c’était une gastro, etc. Et elle-même ne savait pas que c’était de l’harcèlement scolaire, c’était vraiment très très sournois.  Dans ce collège-là, à côté, il y avait un lycée et il y avait une communauté LGBT dont des personnes trans, un garçon qui était en jupe et en chaussures, ils étaient tous super cool avec des couleurs de cheveux différents, donc c’est vrai que c’était “deux salles – deux ambiances” pour ma fille. 

Donc si on revient en 2019, après donc ce confinement, ma fille retourne en classe et là, grosse anxiété : impossible de retourner à l’école. Je prends rendez-vous avec la CPE et donc je lui dis : “ Il y a un petit souci, qu’est ce qui se passe?” 

Et là, elle me dit : “ Oh, c’est les hormones, les enfants, ils sont pas bien à cet âge-là ”. Je lui dis: “ Vous n’avez pas de psychologues?”, “Non, non”. Bref. Et là, ma fille commence à donner des noms en disant “Oui, ils sont pas sympas”. Mais bon, cette CPE ne prend pas vraiment le problème.

Et là, il y a les vacances scolaires, je me dis “Bon, on va attendre que les vacances scolaires passent”. Et là elle se renferme encore plus en vacances, elle est vraiment très très froide avec nous. Et en septembre, donc à la rentrée des classes, elle porte des sweat shirts alors qu’il faisait 30 degrés, donc je commence un petit peu à la gronder en disant : “Mais ça va pas il fait 30 degrés tu vas en sweat shirt!”. Et, en fait, je comprends plus tard qu’elle se scarifiait et qu’elle camouflait son mal être, tout ça, elle ne voulait pas le montrer et elle mettait des manches longues. 

Et ce qui s’est passé également au collège donc, c’est que, premier jour de la rentrée, en fait, elle était assise à côté de la fille qui l’avait harcelée en sixième, elle a fait comme un burn-out total. Et voilà, elle ne pouvait plus assumer, c’était trop dur pour elle. Et comme elle était persuadée, elle s’était auto-diagnostiquée “trans”, ‘parce que c’est comme ça pour les jeunes; ils s’auto-diagnostiquent tout seuls en regardant ce qui se passe sur les réseaux). Les réseaux sont dans une bulle : plus on like, plus on regarde un post, et plus on est enfermé dans ce milieu-là. C’est-à-dire qu’elle ne voyait que du contenu trans affirmatif où on lui disait tout simplement : “Si t’es pas bien dans ton corps, c’est parce que, voilà, t’es pas bien dans ton genre et tu es peut-être trans. Tu es certainement trans.” 

Et, en fait, c’est tout cet enchaînement qui a fait qu’elle ne supportait plus rien. Et elle m’a demandé: “ Maman je veux me couper les cheveux, je veux me couper les cheveux!”. Je ne comprenais pas. Elle me dit :”Maman,si tu me coupes les cheveux, je serai mieux dans ma tête, mieux dans mon corps!”. Je lui dis « Écoute, je ne suis pas sûre que ça soit ça qui va régler ton problème” mais, bon, je l’amène chez le coiffeur, elle se coupe les cheveux et elle était toute contente de retourner au collège. Sauf que bon, elle a fait son coming out trans. Nous, évidemment, on a été au courant de rien de tout ça à cette époque là. Et tout le monde s’est moqué d’elle. On lui est tombé dessus et c’est là où elle est partie dire à l’éducatrice qu’elle se scarifiait. Je reçois l’appel de la CPE et là je tombe des nues, je pars en courant au collège pour récupérer ma fille et discuter avec la CPE. Et je dis: “ C’est pas possible, il y a un problème avec la classe, avec les élèves, il faut la faire changer de classe.” 

Sauf que voilà, le mal était fait. Ma fille était prise de phobie sociale, anxiété sociale, elle faisait des crises d’angoisse. Je n’avais jamais vu ça de ma vie. Elle tremblait et elle ne pouvait même pas prendre les cars scolaires le matin pour aller au collège. Et puis là je suis rentré dans une errance au niveau des psys! Je veux dire qu’en France on n’a vraiment pas de chance au niveau des psys; la prise en charge psychiatrique pour les enfants… c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de psychiatre disponible. Le CMP de ma ville m’a dit qu’il y avait un an d’attente et qu’ au pire, fallait que j’aille aux urgences. Mais bon ma fille, elle était pas…, voilà, il n’y avait pas… je ne la voyais pas se suicider à l’époque! 

Donc je lui ai dit : ” Pourquoi la mener aux urgences?” Et, en fait, j’étais tellement mal que le CMP de la ville voisine a accepté de prendre ma fille. C’était un tout petit CMP, ils étaient complètement dépassés par le mal être de ma fille. Quand je parlais du harcèlement scolaire, eux, non c’était pas ça, c’était ailleurs… J’ai dû moi-même avoir un suivi où ils essayaient de savoir la vie de ma mère, de ma grand-mère pour essayer de trouver d’où venait le problème. Mais bon il n’y en avait pas. J’avais beau leur dire que c’est pas ça le souci. Et moi de mon côté, je voulais comprendre ce qu’il se passait, j’ ai intercepté son téléphone portable et là j’ai vu des échanges où ses copines de son collège lui parlait en tant que “il”, avec un prénom masculin qui ressemblait à un prénom de manga, et en même temps, elle disait qu’elle était amoureuse d’une fille de son école et que ce n’était pas réciproque. Bref elle n’était vraiment pas bien du tout. 

Et donc, à un moment donné il va bien falloir que je lui parle de ça à ma fille : “Du coup, tu te prends pour un garçon?” Au début elle disait : “Non, non!” Et puis je dis : “Mais t’es trans?” et là, elle me dit “oui-oui”.  Elle avoue en fait, elle avoue être trans. Et, en fait, à cette période là, je ne savais pas quoi dire. Je ne savais pas comment raisonner. Donc, je lui ai dit : “ Bon ok, si c’est ça ton problème, ça va passer.”

Je n’avais pas pris, en fait, l’importance de tout ça, ce que cela pouvait représenter, parce que j’étais persuadée que c’était impossible et que ça allait passer. 

Et donc, comme elle n’était vraiment pas bien, j’ai pas voulu non plus me mettre en position pour encore plus l’enfoncer. Donc j’appelle sa psychologue et je lui dis : “Vous savez, ma fille se prend pour un garçon.” Et là, je la sentais complètement dépassée, elle m’a dit : “ Oui, mais votre fille, là, faut la mettre dans un asile, parce que là, pour la protéger là, elle fait des psychoses…”  Et bref,  je voyais quelque chose qui n’allait pas, je n’allais pas mettre ma fille dans un asile, comme elle disait! 

Non moi, mon but dans la vie c’est de protéger ma fille et de l’aider, c’est pas de l’enfoncer et je savais très bien que ce n’était pas la solution. 

Là, je décide de prendre ma fille, de la faire sortir de ce CMP. 

Chose qu’ en fait, cette psychologue ne voulait pas au début, elle ne voulait absolument pas que ma fille aille dans le libéral. Et je cherche, je cherche, je vois des consultations via “Doctolib” et un psychiatre qui est spécialisé dans les adolescents. Donc je prends rendez vous avec lui et comme par hasard, en plus, c’était un expert en dysphorie. Donc je me suis dit: génial, il va nous aider, ça va être top. Donc c’était un monsieur très convaincant, pour le coup il avait vraiment aidé ma fille au départ, parce qu’il l’a poussée un petit peu dans ses retranchements, mais il ne parlait pas de la dysphorie en fait. Il s’était focalisé sur la phobie scolaire et je lui ai parlé également du harcèlement qu’elle avait vécu, mais il n’avait même pas noté dans son dossier donc en fait pour lui… c’était… mais il n’avait même pas pris conscience de ça quoi. 

Donc le temps passe et, en parallèle, j’ai pris un rendez-vous avec un psychologue TCC, donc en thérapie comportementale et cognitive, qui, lui, a vraiment axé tout son travail sur la phobie sociale et l’anxiété généralisée. Et qui l’a mise devant, justement, sa peur du regard des autres.  Et ma fille allait mieux. Et, en fait, au bout d’un moment, on lui dit : “Il faut vraiment que tu changes de collège, c’est pas possible quoi!” Et là, elle prend la décision de changer de collège. Donc pour le coup elle y est allée, tout s’est super bien passé. 

A un moment donné, je lui dis : “T’en es où de ta dysphorie?” Donc elle me dit : “Non mais là c’est bon, c’est passé, ça va bien, ça va bien.”, et avec le psychiatre, on décide d’arrêter le suivi parce que ma fille ne voulait plus, de toute façon, consulter. Donc on sentait que ça la gonflait. On peut comprendre quand on est une adolescente, les consultations psys, c’est pas vraiment l’idéal pour une ado. Je pensais que tout était réglé, que tout allait bien, mais sept mois plus tard, le collège m’appelle pour me dire que ma fille a fait une tentative de suicide. Dans l’enceinte même du collège.

Donc j’étais avec mon fils, j’étais avec mon mari ; on est tombés vraiment de haut. Donc j’arrive en pleurs en courant au collège en pensant que ma fille était à moitié morte, je rentre dans l’infirmerie et je vois ma fille qui me rejette d’une façon très agressive. 

Je lui dis:” Mais pourquoi tu as fait ça, pourquoi tu as fait ça?”. 

Elle me dit :” Mais maman, c’est parce que vraiment tu n’as rien compris, tu refuses d’accepter mon genre!” Mais d’un air vraiment mauvais, et méchant! 

Et là je dis:” Mais je ne comprends pas, je t’ai demandé si tu allais bien, je te demande tout le temps si tu vas bien, ton bonheur c’est tout ce qui compte.” 

Elle me dit : “Non mais là, t’arrêtes, t’as vraiment rien compris!”. Et devant tout le monde : c’était très théâtralisé. Il y avait sa meilleure amie, les profs, les pompiers, bref. 

Et après on l’amène aux urgences, et je ne comprenais pas cette fille dans les urgences. Elle était vraiment… comme si c’était quelque chose de planifié, c’était vraiment très étrange. “Tu arrêtes tes conneries là!, Tu ne te rends pas compte de ce que tu fais!”. Et comme elle était complètement shootée, elle avait pris des médicaments, elle était vraiment à l’ouest. Je pense qu’elle ne se rendait même plus compte de tout ça. Elle était sur une autre planète. Donc là, elle était hospitalisée à côté d’enfants qui étaient malades, type COVID, etc. Dans cette même unité il y avait quatre ados et dont une fille également qui se disait trans. 

Donc je me suis dit :”Ce n’est pas possible, mais c’est une vraie épidémie, il y en a partout!” Parce que même dans son collège il y avait déjà des filles qui allaient voir les profs et qui faisaient leur coming out trans. Je me suis dit : “ Mais il y a vraiment un problème!”

Il faut savoir que là, au niveau des unités psychiatriques en France, tout est surchargé, cette période de COVID 19  ça a massacré le moral de nos enfants et il n’y avait plus de place donc. En fait, on m’a dit : “Votre fille peut partir à condition que vous preniez un psychiatre en libéral pour la suivre.” 

Donc là je fonce pour retrouver le psychiatre qui avait vu ma fille au début. Donc celui qui est expert en dysphorie. Et on va sur Paris le consulter. Et, en fait, on mène la conversation, sachant que ma fille n’a jamais parlé de dysphorie a aucun psychiatre qu’elle a vu, lorsqu’elle a été hospitalisée, elle n’a jamais parlé de ça. Et lorsque je lui avais demandé : “Mais c’est vraiment ça ton problème?”, elle m’a dit : “Non, non, mais il y a autre chose…” Puis, elle s’excusait aussi de m’avoir agressée, elle m’a dit: “Je ne me suis pas rendu compte maman.” 

Après, je pense qu’elle a pas mal culpabilisé. Donc on va le voir et puis, c’est moi, en fin de consultation, je lui dis : “Mais là, il serait peut-être temps de parler de ça, parce que là, elle est toujours… voilà, elle se dit toujours dysphorique, elle se prend toujours pour un garçon donc là…” Et là, tout de suite, il me dit : ” Oh ben, de toute façon…” d’un air nonchalant, “…de toute façon ça, à 16 ans, elle pourra prendre de la testostérone, voilà, avec autorisation parentale.”

Et là, je tombe de haut, je dis : “Pardon?” Et je me mets à pleurer. 

Je me dis:” Mais ce n’est pas ça le problème!” Et ma fille qui a un humour assez particulier, elle parlait du COVID, etc.,  et puis il sort, il sort une blague, il sort :” De toute façon, tu sais, si Zemmour il passe, (c’était pendant les élections), les immigrés et les gens comme toi, vous serez les premiers à partir.” 

Et là, en fait, je suis tellement restée estomaquée, que je n’ai pas réagi. En plus, j’enchaînais les nuits blanches, etc., donc, j’étais vraiment complètement paumée. Donc on se donne rendez vous pour une deuxième consultation. Il m’avait promis des noms de psychologues… et, en fait, il n’y avait jamais eu rien derrière. C’était juste pour prescrire des médicaments. 

Deuxième consultation … il prend ma fille en rendez-vous, puis me parle après, d’un ton assez grave : ”Ecoutez Madame, ce serait bien temps que je vous voie, vous et votre mari, pour qu’on mette les pieds dans le plat une bonne fois pour toutes.” 

Mais je dis : “ Mais pardon, de quoi vous parlez?”

Il fait : “Oui, parce que là votre fille, encore bon, si c’était un mois, deux mois… mais là, ça traîne. Donc, il faudrait vraiment qu’on se voit.” 

J’en parle à mon mari et mon mari dit : “Il est fou lui. Il est hors de question que je me déplace, qu’on parle de ça. Pour moi c’est un non sujet!”

Et là j’ai un voyant “Warning!” qui apparaît. Je suis pas mal, moi, assez… cartésienne. 

Je connais ma fille. Je sais les problèmes qu’elle a. Je sais qu’elle est fragile. Je sais qu’elle est influençable. Et je me dis: “ Il n’y a pas que cette voie-là!”

Donc, je vais sur des groupes trans de parents sur facebook, et là, je vois tout un monde où, limite, les gens sont heureux de la première prise de testostérone. 

Là, je parle de mon cas, je dis:” Mais c’est quand même bizarre parce qu’elle est pleine de paradoxes; elle commande des jupes, elle a une attitude très féminine…”, et là, on me dit: “Ho mais non, ne vous inquiétez pas. Nous aussi c’était comme ça. Mais, si elle le dit, il faut vraiment que vous l’aidiez, il faut vraiment l’accompagner dans sa transition.” 

Bon en fait je n’ai pas le choix, on peut pas lui dire : “Non, tu fais une connerie. Soigne-toi d’abord. Tu as des problèmes psy. Tu ne peux pas discerner. Tu n’es pas en capacité de réfléchir à tout ça. Tu as la vie devant toi. Voilà, quoi! C’est pas ta vie, tu ne vas pas prendre de la testostérone. Tu n’as jamais été comme ça, tu n’as jamais eu le moindre doute. Je vois ton comportement. T’as un comportement, voilà, qui n’a rien à voir avec un garçon, avec voilà…”

Pour moi c’était juste impossible. Et là, je me renseigne, je regarde des articles, je regarde sur google, je me dis : “Non, il doit bien y avoir d’autres personnes qui vont dans mon sens!”, et je tombe sur YPOMONI. 

Et là, ils me mettent en garde en disant : “Écoute, ce médecin, il tient un double discours, fais attention!” 

Je ne croyais pas, je dis : “Mais non, quand même, c’est un expert, etc., il sait de quoi il parle!” Et lors du troisième rendez vous avec ce médecin donc, en téléconsultation, je le prends à part au début, je dis : “Voilà”, je lui donne ma façon de penser en disant que je comprends pas pourquoi il a parlé de testostérone tout de suite, que ma fille n’est pas en capacité de raisonner, qu’elle est très influençable, qu’elle a d’autres problèmes liés à son harcèlement qui n’ont jamais été vraiment traités et que je me suis renseignée sur ce qui se passe en Suède, au Royaume-Uni, qu’il y a quand même des détransitionneurs, qu’on revient sur les protocoles! Et je lui dis : “ Mais pourquoi il a parlé de ça?” Il me dit: “Bah,  écoutez, c’est le protocole! Il y a des études qui sont comme ça, c’est prouvé. Pour gagner la confiance de l’adolescent, en gros, c’est comme ça que ça fonctionne. Mais vous savez, moi j’ai quand même, au début, laissé un petit peu traîner, parce que, oui c’est vrai, que maintenant se dire trans c’est comme un peu les gothiques, les punks à l’époque, c’est pour se rendre un peu intéressants”. 

Bon je fais : “OK,  bon, il est raisonnable.” et je lui passe ma fille. 

Et là je me dis : “ Non, je vais écouter”. 

Je sais que ça ne se fait pas,  mais il fallait que j’aie vraiment le cœur net la-dessus. 

Et je vois qu’il pose des questions : “Mais  voilà, ça a débuté comment? Est ce qu’il y a des gens dans ton collège qui se posent exactement les mêmes questions?” Donc elle répond : “ Oui!” et après,  j’entends qu’il termine la conversation par : “ Mais de quelle religion sont tes parents?” 

Donc ma fille répond : “Ils sont catholiques, mais ne sont pas pratiquants. Moi je suis athée, etc.”

Mais je me dis : “ J’ai bien entendu?” 

Donc, je ne comprends pas, mais je me dis : “Mais pourquoi il pose cette question? C’est quoi l’intérêt?” 

Et après, il conclut, il ne veut même plus me parler à la fin, il conclut :” Mais j’ai parlé de ton cas en réunion.” 

Puis moi : “Mais il a parlé de quoi en réunion? Il a parlé de ma fille? Mais avec qui? Je ne suis même pas au courant, je ne sais même pas ce qu’il s’est passé et il veut parler de ma fille ?”

Et là, j’ai arrêté. J’ai arrêté tout. 

Je n’ai pas donné suite aux consultations. 

Donc j’ai suivi le psychologue TCC. J’ai parlé de mes craintes. Et il m’a dit: “ Écoutez, de toute façon, moi je vais faire en sorte d’accompagner votre fille pour déjà régler ses problèmes de dépression. Régler ses problèmes d’anxiété sociale. Et puis je vais aborder la question avec elle. Et, petit à petit, voilà quoi, je vais déjà l’aider pour ses troubles. Des troubles psychiatriques quoi. Ses troubles psys. Je fais : “  OK, très bien!”. Et puis, c’est vrai que moi, au début, ça commençait à m’énerver ces questions de trans identité. Donc j’ai essayé de prouver par “A + B” que ce n’était pas possible, etc. et que je voyais très bien que ma fille était de plus en plus agressive, qu’elle me traitait de transphobe, que j’étais “qu’une cis-genre hétéro” et, au bout d’un moment, j’ai voulu mettre cartes sur table et lui parler de ce que je ressentais de ce que je pensais de tout ça. 

Et, en fait, j’étais devant une page Wikipédia. 

C’est-à-dire que ma fille, je voyais qu’elle était endoctrinée. Que c’était impossible de dialoguer avec elle. 

Que c’était vraiment complètement lunaire. Il y avait des choses qui n’avaient ni queue ni tête. 

Qu’elle récitait quelque chose qu’elle avait appris, mais que ça ne venait pas d’elle. 

Donc là, j’ai arrêté et je me suis dit ça y est; elle est dans une idéologie. Ce n’est même plus la .. c’est, voilà, c’est une secte. C’est une emprise sur le cerveau des jeunes, c’est impressionnant quoi. 

Et il y a eu l’académie et le communiqué de presse de l’académie de médecine, justement, qui parlait de tout ça. 

Et je l’ai envoyé au psychologue TCC. Pour quand même lui dire : “Faut faire attention, parce que je pense que ma fille, elle rentre dans ce cadre-là, qu’elle a vraiment besoin d’accompagnement psychologique pour traiter son réel problème.”

Il était d’accord avec moi. Et, par contre, il m’a dit :” Voilà, votre fille, elle n’est vraiment pas bien, parce que, avec votre mari, vous, voilà, sur cette question là, où, voilà, vous prenez pas en compte son mal-être, et en fait, ça lui fait beaucoup de peine.” 

Et là, il m’a conseillé l’ écoute empathique. C’est-à-dire d’écouter ma fille, mais sans la juger. 

Et aussi je lui ai dit à ma fille : “ Écoute, tu peux tester ton genre. Tu peux te couper les cheveux. Tu peux t’habiller comme tu veux. Par contre, à la maison, tu seras toujours “Julie”. Tu seras toujours “elle”.

C’est passé. Plus les soins. Plus le fait qu’on prenne en compte sa souffrance. On était tous au courant de tout ça. C’est vrai que je cachais beaucoup de choses au petit. Et j’ai l’impression que ça l’a aidé. 

Je lui ai dit: “On est une équipe. On est une famille. On est soudés. On sera toujours là pour toi. On va te sortir de ton mal-être.” 

Mais je ne lui ai pas dit : “On va te sortir de ton transgenrisme”, parce que, elle n’était pas en mesure d’accepter cela quoi. Chose est faite et que voilà, petit à petit cela a fonctionné et j’ai dialogué après avec elle. Lui dire : “ Voilà, tu sais, tu peux très bien être une fille, avoir une expression de genre masculine, t’habiller comme un garçon, ça voilà il n’y a pas de souci là-dessus. Tu peux très bien être une fille lesbienne, il n’y a pas de problème là-dessus. Pourquoi vouloir prendre des hormones? Pourquoi? Tu sais que ça, voilà, ce n’est pas sans risques! »

Je lui ai dit que c’était quand même dangereux pour la santé, que l’on faisait croire que non, mais si ; il y a quand même des effets au niveau cardiovasculaire, au niveau de la stérilité. Je lui ai dit : “ Tu vas avoir des poils à vie, tu vas avoir une voix de d’homme et je pense que tu ne te rends pas compte de tout ça.”  

Elle mettait deux brassières qui lui écrasaient la poitrine.  Je lui ai dit : “ Sois libre! Ton corps,  il est à toi, c’est ta maison, il faut que tu acceptes ton corps.

Et ton corps, franchement, tu as un corps magnifique. A l’adolescence, c’est normal d’être mal dans sa peau. On a toujours été mal dans notre peau à l’adolescence,  c’est une période compliquée.” 

Donc je lui dis : “ Ouvre les yeux sur ta situation. Sur ta …,  voilà quoi, essaye de prendre soin de toi, de…”.  Mais tout ça avec beaucoup d’amour et de respect quoi. J’ai … Voilà… C’est comme ça que, petit à petit, elle a réussi à s’en sortir et de se rendre compte que tout ça; elle était enfermée dans un mal être. 

On lui faisait promettre des choses qui étaient des mensonges. Et là, voilà, dernièrement, elle a retiré de tous ses réseaux sociaux les pronoms. 

Elle a dit : “ Je m’en fous des pronoms!” 

Elle m’a dit : “ Maman, voilà, moi je m’en fous du genre finalement.”

Et elle m’a avoué que les réseaux sociaux avaient agi comme une secte. 

Parce qu’elle m’a dit : “ Tu sais, dès qu’on disait qu’on avait le moindre doute, on était traité de transphobe.” Donc en gros, c’est une grosse emprise sur ces jeunes qui ont droit à, voilà, une grosse communauté qui les soutient. Ma fille était très solitaire, elle n’avait pas beaucoup de copines, elle était triste, elle était en dépression. Donc, derrière ces écrans, il y a des personnes qui se disent bienveillantes, une communauté forte, une communauté qui se bat pour des droits, qui l’appuyait, qui l’encensait.  Donc, quelque part, avouer à demi-mot qu’elle a fait une erreur, c’est compliqué pour ces jeunes, et ça remet tout en question. Pour eux, c’est faire machine arrière, c’est un peu compliqué. Voilà, c’est ce qu’elle m’a dit. 

Et puis, quand elle a reparlé du psychiatre expert en dysphorie, elle m’a dit : “Mais lui, il est fou! Il n’a rien compris Maman. Il voulait me donner de la testostérone!” 

Voilà, elle m’a dit clairement : “Il aurait mieux fait d’essayer de me comprendre, au lieu de mettre parler de ça comme ça quoi! ” 

Et c’est comme ça, voilà, que pour moi, elle s’en est sortie. 

Elle est bien dans sa peau. Et là, elle remet des choses qui sont plus du style féminin; des crop tops, elle se maquille, elle a plein de copines. Elle sort, elle revit. Elle a une vie d’ado normale. Et pour moi c’est une victoire. 

Au jour d’aujourd’hui, je peux te dire qu’elle est sortie de tout ça. Et elle a le recul, le discernement pour voir qu’elle a été sous une emprise sectaire. Et quand je dis que c’est une emprise sectaire et je pèse mes mots, parce que moi même, je suis allé voir les Tik Tok, Instagram, etc., et il y a des gourous derrière tout ça. Comme quoi les gourous, c’est les influenceurs, qui sont bien là pour influencer les jeunes. Et leur but, c’est justement, c’est de les éduquer à l’idéologie du genre. Et quand je vois les commentaires où, pour eux, la testostérone, c’est inoffensif,  les bloqueurs de puberté, c’est inoffensif, il n’y a aucun danger; ce n’est pas possible de laisser ces gens là manipuler des enfants qui sont en danger, qui ont traversé une crise COVID et on peut tout leur faire gober quoi! 

J’ai vu un petit gamin sur Tik Tok, à 10 ans, qui faisait des tutos pour dire que :

“C’est quoi être transgenre”.

Non mais!  Je pense que les autorités ne se rendent pas compte de tout ça. Il faudrait qu’il y ait des garde-fous. Des gens qui disent : “ Non, tu ne peux pas dire ça sur Tik Tok!” 

Il y a des enfants derrière. Il y a des jeunes, certes, qui sont peut-être en questionnement du genre, mais c’est parce ce que cela fait partie de la construction d’un individu, d’un adolescent qui n’est pas très bien dans ses baskets qui sait pas trop s’il est gay,  s’il est hétéro, il a le droit de se poser des questions. Mais de là de lui dire : “ Ha bah non, si tu te poses des questions, c’est que… c’est ton ressenti et ton ressenti c’est la vérité!” ,tu vois, derrière, c’est ça quoi, c’est : “Tu es trans!” Et tu ne peux pas dire le contraire, parce qu’il y a tellement de personnes qui commentent aussi derrière, une telle communauté qui emprisonne là-dedans, que …, il y a vraiment une emprise chez nos jeunes. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui je voulais témoigner pour aider, alerter nos enfants et des parents et leur dire que de ne pas rentrer là-dedans. De vraiment, de…,  d’être eux- mêmes. De se faire leur opinion. De regarder ce qu’il se passe et de prendre la bonne décision pour leurs enfants. Parce que c’est une décision sur une vie entière. C’est pour ça, que pour moi, c’est important aujourd’hui de témoigner.

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace? Et pour qui?

Clara – Mais en fait c’est une menace pour la démocratie, pour les femmes, les enfants. On voit bien qu’il y a un lobbying derrière qui est ultra puissant et très bien ficelé, qui contrôle absolument tout. Le moindre mot qui peut semer un doute est vite banni. Que ce soit, on voit bien, des comptes de féministes, où, lorsqu’on dit que le sexe biologique c’est vraiment une réalité; elles sont bannies, elles sont censurées. Moi-même si je fais, si je mets un moindre commentaire sur Instagram ou sur Tiktok, je me retrouve avec des menaces alors que je n’ai rien dit de grave. 

Et, pareil, quand on reprend par exemple les arguments de l’académie de médecine, on se fait qualifier tout de suite de transphobe. “Transphobe”,  c’est vraiment le mot magique. qu’emploient ces transactivistes, c’est le pire mot qu’ils puissent, voilà, on dirait que c’est le…, c’est le mot qui sert pour conclure chaque phrase sans arguments. Et même quand on voit tout ce qu’il se passe actuellement avec les sports, où les catégories féminines, où il y a des hommes qui viennent et qui prennent, justement, les podiums. J’ai l’impression que, les femmes, on est encore une nouvelle fois mises de côté. Je n’arrive même pas à comprendre comment on en est arrivé là. En fait c’est : “Qu’est-ce qu’il y a derrière de si puissant?” Et là, c’est une vraie interrogation de ma part.

RDG – Est- ce que tu pourrais développer cette fameuse position de l’académie de médecine? Enfin, très rapidement, parce que tu l’as évoquée deux fois. Peut-être redire ce que c’est? Parce qu’il y a des gens qui ne vont pas saisir.

Clara – L’académie de médecine, quand on relit son communiqué de presse, qu’on peut trouver très facilement sur google. En fait, il dit qu’il y a une hausse exponentielle des cas de dysphorie subite. Donc, plutôt des jeunes filles, qui vers, à l’âge de l’adolescence, qui, auparavant, ne s’étaient jamais posé de questions, là, maintenant, se déclarent trans du jour au lendemain quasiment. Et qui, ils emploient le mot “épidémie” parce que c’est une poussée exponentielle, et ils mettent en garde contre la rapidité des traitements hormonaux et de privilégier plutôt un suivi de thérapie psychologique long. En fait pour, réellement, vraiment, être sûr que ce n’est pas une dysphorie transitoire. Je crois qu’ils appellent ça comme ça, en fait. Et que, bon, la plupart du temps ça passe, une fois la puberté passée. Donc, ils appellent plutôt à la prudence.

RDG – En fait, c’est exactement ce qu’il s’est passé avec ta fille, clairement.

Clara – Oui, exactement.

RDG – Le psychiatre qui l’a suivie, par contre, avait vraiment une approche, ben en fait, “comment est ce que je pourrais dire?”, un peu sournoise. Puisque il y avait un double discours vis-à-vis de vous, les parents, mais clairement une approche trans-affirmative vis-à-vis de ta fille.

Clara – Ha mais, de toute façon, ce médecin est réputé pour être trans-affirmatif. Il est dans toutes les bases de données des trans activistes lorsqu’ils cherchent à trouver le bon médecin. Lui, il prône, bien sûr, il travaille dans les hôpitaux qui accompagnent la transition. Quelque part il prêche pour sa paroisse. Donc c’est pour ça que le psychologue qui était TCC, qui a fait une approche plutôt globale; il m’a clairement dit : “ Votre fille, là, elle est trop axée sur son genre. Elle ne se voit qu’en “genre”. Elle ne se voit plus en tant qu’individu. Donc, mon travail, c’est qu’elle se voit comme un individu, avec un environnement, des amis, des activités annexes, une famille, une école, et non pas comme un genre. Parce que dans la vie, on n’est pas qu’un genre. On est un individu avec plein de qualités, des défauts, avec des goûts. Et, en fait, lui, son but, c’était  qu’elle ouvre les yeux sur ses pensées dysfonctionnelles qu’elle avait en fait. Et, pour le coup, il a très bien réussi. 

RDG – Donc, si je résume, en fait : Il y a d’un côté le service public de l’hôpital public et, globalement, la sécurité sociale. Qui sont dans une approche quand même clairement trans affirmative aujourd’hui. Avec notamment l’ALD qui est donnée aux personnes trans, le remboursement de tout, la chirurgie, les médicaments… il y a même l’épilation laser, les seins, enfin la totale. Et de l’autre côté, le libéral, qui va apporter heureusement des ressources aux familles. Mais, par contre, c’est payant. 

Clara – Alors, oui. Ben, c’est le problème, c’est que, actuellement… Si on veut faire suivre son enfant correctement, il faut avoir les moyens. 

En gros c’est comme ça. Et moi, pour le coup, ce médecin là, donc celui qui est trans-affirmatif, il officie à l’hôpital et en même temps il est en libéral. Donc moi, en pensant qu’il était un expert de la dysphorie, mais un expert dans le sens où il allait pouvoir éclairer ma fille mais en lui disant : “Ben, non,  c’est juste pas possible!” 

En fait, lui, moi, je l’ai consulté en libéral. Parce que si j’étais passé par les hôpitaux, j’en aurais eu encore pour un an d’attente, je ne sais pas, mais en tout cas, je …, moi ce que je voulais c’est que…, c’est d’aider ma fille et que ça aille au plus vite. Mais c’est sûr, en soi, que si je l’avais amenée en consultation à l’hôpital, ça aurait été le même résultat. Parce que c’étaient les mêmes individus derrière. Je ne sais pas à l’heure d’aujourd’hui dans quel état serait ma fille, je ne sais pas quoi là. Elle m’a même dit : “Maman, si on avait continué avec lui, peut-être que je serais restée encore dans mon délire trans.” Voilà, pour reprendre ses mots.

RDG – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner aujourd’hui? Est-ce que tu sens qu’il y a des pressions, des menaces dans ton entourage? Ou est-ce que tu te sens tout à fait libre de parler et en sécurité? 

Clara – Pourquoi j’ai témoigné aujourd’hui? C’est pour aider les parents, les adolescents, les enfants à éviter le pire. Moi, pour l’instant, on voit la lumière au bout du tunnel. 

On est sortis de ce cauchemar. 

Et, vraiment, je demande aux parents de surveiller les réseaux sociaux de leurs enfants, de limiter leur temps d’usage. Parce que c’est ce que j’ai fait avec ma fille et j’ai bien vu une différence. De devenir eux-mêmes un expert en transidentité. Parce que, comme ça, leur enfant ne pourra pas encore baratiner des trucs pas possibles. Et ils verront que les parents finalement, ils en savent autant. Et de lire tous les articles. De se faire vraiment une opinion par eux mêmes. De se rapprocher du collectif Ypomoni, qui est un collectif de parents qui sont là pour aider les parents, comme moi, qui étaient vraiment, vraiment mal quoi, on était complètement perdus. 

Ne pas écouter les groupes trans-affirmatifs, parce que…, sauf s’ils veulent vraiment et sont convaincus que leur enfant est trangenre …là, c’est … Voilà. 

Mais moi, ce n’était pas mon cas, je n’avais vraiment zéro doute là-dessus. Il était hors de question que ma fille fasse une transition, ce n’était pas, ce n’était pas son problème à ma fille ça. Et surtout ne pas succomber aux fameux chantage : “ Si vous ne le faites pas…”, en tout cas : ” Si vous n’aidez pas votre enfant à changer de genre, et bien, il se suicidera.” Parce que moi, ma fille, elle a fait sa TS après avoir fait sa transition sociale dans le collège. Donc elle avait fait quand même son coming out au collège. Donc, ça ne l’avait pas du tout aidée cette histoire. Et c’était un appel à l’aide. C’était vraiment pour qu’on la sorte de tout ça quoi. 

Et l’autre conseil que je pourrais donner, c’est ce que m’a dit le psy TCC :  c’est vraiment d’écouter son enfant sans juger. En fait, comme ils sont dans une emprise vraiment idéologique, si au début vous essayez de la contredire, elle va vraiment se braquer, ça ne va pas fonctionner. Il faut déjà soigner les maux de l’enfant, les maux, voilà, les problèmes psys, et, ensuite, lui montrer, lui prouver, habilement, et vraiment, voilà, faut y aller… on marche sur des œufs. Pour lui dire que vous en savez plus que lui, au fait. lui prouver que, finalement, ce n’est pas ça son histoire. Et lui prouver par “A + B” que ce qu’on raconte c’est pas, ce n’est pas c’est pas possible quoi. Et la sortir de là aussi par des activités des sorties, pour qu’il soit vraiment connecté à la vraie vie. Pour qu’il voie, qu’à côté, ce n’est pas que la transidentité. Parce qu’ils sont, en fait, à force… ils ne voient que ça, ils ne parlent que de ça et ils ne se voient qu’en “genre”, ils ne voient pas que derrière il y a la vie de tous les jours quoi. Il faut qu’ils vivent une vie d’ado normal, quoi.

RDG – Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le trans-activisme? 

Clara – Moi, c’est l’absurdité du langage.

En fait, ils ont inventé tout un vocabulaire et en parlant avec ma fille qui me disait que je n’étais qu’une “cis-genre hétéro”

en gros, je ne faisais pas partie des victimes. Donc, elle m’a même posé : “ Mais toi, tu n’as eu jamais de problèmes, tu n’as jamais eu de problèmes dans ta vie!”, en gros, comme si c’était une tare! Donc, en fait, il y a toujours ce côté victimisation qui doit être là. J’hallucinais sur ce côté-là. Il y a beaucoup de propos incohérents, de paradoxes. Moi, ma fille, par exemple, je lui disais : “ Mais je ne comprends pas; tu dis que tu es un garçon mais pourquoi tu t’es acheté une jupe?” et là, elle me répond : “ Oui mais maman, tu sais, une jupe ça n’a pas de genre. Il y a des jupes…les jupes ont toujours existé … depuis la nuit des temps les hommes portaient des jupes.”  En fait, c’est un peu … ils font ce qu’ils veulent avec le genre. Et je lui disais : “ Mais je ne comprends pas. Tu te dis garçon, mais tu veux porter une jupe?”, mais pour moi ce n’était pas clair quoi tout ça, c’était pas,  ce n’était pas clair, donc. Et c’est comme quand je vois dans Tik Tok les grands influenceurs hommes qui se disent femmes qui s’habillent de façon clichée; mini jupe très sexy et maquillage à outrance, pour eux, c’est ça être une femme. Et là,  je dis à ma fille: “ Mais tu te rends compte c’est ça! Eux, ils se disent femmes, mais moi, ils ne me représentent pas! Moi, je ne m’habille pas comme ça! Je n’ai pas une attitude délurée avec des propos très crus. Et, tout le temps, ces jeunes se font… mettent en avant  leur opération chirurgicale. Tout tourne autour de leur transidentité quoi. Et comme quand ils disent que si une femme ne veut pas sortir avec un homme trans, c’est qu’ell e est transphobe. Je dis “Non, c’est juste qu’elle n’a pas envie!” En fait  tout… en fait ils dictent les façons, les comportements que tout le monde devrait avoir dans la société. C’est ça aussi qui fait peur. C’est eux qui devraient imposer leur façon de vivre, leurs façons d’être, leurs lois, alors que quand on les entend, ils représentent à peine 1 % de la population. Il y a quand même un souci derrière tout ça, qui, moi, me fait peur. C’est…, c’est tous ces paradoxes. C’est comme quand ils disent “le sexe est assigné à la naissance.” On dirait que la sage femme a sorti le bébé du ventre et qu’elle a fait un petit coup de pifomètre : “ Ha bah,  lui,  on va dire que c’est une fille! Et ben lui, on va dire que…” Ben non! Si la nature est là, le sexe biologique est là! Et il ne faut pas avoir honte de ce sexe biologique! Sachant qu’ils sont là en train de critiquer la science, mais ils sont bien contents d’avoir l’ALD, d’avoir la testostérone, d’avoir des chirurgies! Donc, en fait, ils crachent un peu dans la soupe, mais, en même temps,  ils sont bien contents de l’avoir. Donc c’est ça aussi qui est paradoxal. C’est pour ça que, quand j’ai montré tous ces exemples à ma fille, elle voyait bien que j’avais raison. Et, petit à petit, il y a eu, voilà, un petit changement aussi de position de sa part, je pense.

RDG –  Donc, je crois, que tu as une anecdote à raconter sur les animaux…

Clara –  Oui, bah en fait, moi, maintenant, je suis devenue donc une fan de Tik Tok, parce que je me dis que c’est quand même important qu’un parent voie ce qu’il se passe chez les jeunes en fait. Parce que c’est, quand même, il se passe beaucoup de choses sur Tik Tok. Et c’’était pour le mois de la pride, et il y avait une marque qui parlait justement de l’homosexualité chez les animaux. Donc, ils montraient des exemples, que c’était prouvé, etc. Et moi, un peu pour rigoler quoi, comme commentaire, je dis : “ Et est-ce qu’il existe des animaux transgenres?” Et donc, il y avait des personnes qui disaient : “ Non ce n’est pas possible, c’est un ressenti, les animaux ne parlent pas, etc.” et, je me suis retrouvée avec des commentaires de … bah, de gamins quoi, de 13, 14, 15 ans, qui me disaient : “ Oui, ça existe, y a les hippocampes, les poules, les mantes religieuses …” donc j’ai eu le droit à plein d’animaux. Mais je dis : “ Non, ils sont juste hermaphrodites. Il faut  juste aller regarder sur google…” donc je leur disais, et en fait, non,  ils étaient tellement persuadés que, voilà, que chez les animaux que ça existait… moi je me suis dit : “ Une poule? Mais comment une poule peut être transgenre? C’est juste pas possible! “ Mais, en fait, j’ai vraiment l’impression que comme ils veulent prouver l’existence… eux-mêmes, ils s’inventent des choses et ils le placent comme ça, de façon telle, que, en gros, ça existe, parce que, ils l’ont dit. Donc non, c’est …

RDG – Tu sais, je vais aller leur demander directement là. Parce que là… J’en ai deux, je les mégenre, peut-être.

Clara – C’est voilà, c’était la petite anecdote pour… et là, je me suis dit : “ Non, mais non…” Je pense qu’il faudrait un peu de pédagogie en fait aussi derrière. Parce qu’on la laisse la pédagogie entre les mains d’un …,  de certaines personnes qui prêchent pour eux quoi! Non, ils ne sont pas neutres dans cette histoire. Mais derrière il y a quand même des gamins, donc ils sont responsables de ce qu’ils disent vis-à-vis des gamins. Donc il faudrait quand même qu’il y ait un petit peu de prudence. Qu’il y aie des alertes quand ils mettent des personnes qui prennent de la testostérone en direct live sur… sur Tiktok, il faudrait qu’il y aie des petites des alertes en disant que ça peut quand même… c’est un contenu sensible, ça peut heurter les plus jeunes.

RDG – C’est même interdit aux femmes, il faut savoir, la testostérone, sur la petite fiche qui va dans l’étui, c’est marqué que c’est interdit aux femmes.

Clara – Ah oui non, ben, bien sûr!

RDG – Parce que c’est dangereux…

Clara – Ils ne le disent pas, ils ne le disent pas, je pense que … je ne sais pas;  ils ne veulent pas le dire… donc… Et, pareil, il y avait un gamin sur Tik Tok,

il disait qu’il prenait des bloqueurs de puberté à 13 ans, et moi, je dis : “ Non mais les bloqueurs c’est dangereux quand même pour les enfants!” Et je me suis retrouvée avec des messages haineux!

Alors que je n’avais rien dit, j’avais juste dit que c’était dangereux. “Non ce n’est pas dangereux, ce n’est pas dangereux ! “ Je dis : “ Ah,  bon bah…” je lui ai dit : “ Vous avez bien lu! C’est, quand même, il  y a  un problème de calcification des os, il y a de l’ostéoporose, il y a des…”, voilà, au niveau même de fonctionnement de… des organes sexuels, j’ai lu comme quoi ça faisait des micro pénis pour les garçons plus tard, ils pouvaient même pas, du coup, se re-constituer un vagin s’ ils souhaitaient continuer. Sans penser avec un gamin qui a… qui a 15 ans, qui a encore un corps d’enfant… psychologiquement … il ne sort pas indemne de tout ça quoi! On leur fait croire des mensonges, que des médicaments à vie, c’est sain, en gros, c’est pour leur santé…

RDG –  Sans parler des dommages irréversibles au cerveau, puisque, l’adolescence, ce n’est pas la maturation qui n’est que des organes sexuels, mais aussi du cerveau! Ça a un effet sur l’intelligence tout simplement.

Clara – Oui, sans parler du consentement éclairé d’un gamin quoi! A cet âge là il n’a aucun pouvoir de discernement, quoi, c’est juste pas possible! Surtout s’il est en état dépressif comme l’était ma fille. C’est dangereux, quoi. C’est, vraiment, on est… on est chez les fous comme disait… c’est vraiment ça quoi… c’est vraiment le cas.

RDG –  Pour terminer est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Clara –  Oui, j’ai aussi quelque chose d’important à ajouter, notamment pour les filles qui se disent trans. C’est qu’il y a beaucoup de filles aspergers, donc, autistes aspergers, qui ne le savent pas et qui, justement, sont attirées par, euh, changer de genre, parce que pour elles opter pour le genre masculin c’est beaucoup plus facile à vivre. Parce que c’est des filles qui sont caméléons, qui arrivent comme ça à naviguer dans la vie en copiant, en imitant les comportements des gens. Moi, ma fille, elle a des traits autistiques, elle a toujours eu des intérêts spécifiques. Donc je me suis même demandé si sa transidentité n’était pas, également, un intérêt spécifique. Là, elle a demandé à ce qu’on lui fasse un bilan aussi là-dessus. Donc, je pense que c’était quand même important à  notifier pour tous les parents de jeunes filles qui, justement, bon, pourraient se questionner là-dessus, c’est une piste aussi à vérifier voilà.

Puis j’avais un message aussi pour les ados, pour les enfants : “ Vraiment, sachez que vos parents vous aiment. Et ils ne sont pas transphobes. C’est ce qu’on vous fait croire. Et, surtout, voilà, détachez-vous des réseaux sociaux. Ce n’est pas votre famille. Parce que le jour où vous irez mal, ils ne seront pas là pour vous aider. Mais vos parents, ils seront toujours là.

Donc là, vous n’êtes pas d’accord avec eux. Mais sachez qu’ils vous aiment, qu’ils se font du souci pour vous. Et même si, voilà, ils ont une mauvaise attitude, qu’ils ne vous écoutent pas, ce n’est pas qu’ils ne vous aiment pas, mais c’est juste qu’ils ne savent pas comment faire et qu’ils sont eux-mêmes perdus. Donc, discutez avec eux.” Et aux parents : “ Ecoutez vos enfants. Ne les jugez pas. Voilà, accompagnez votre enfant avec amour. Choisissez un bon psychologue qui traite déjà les problèmes de votre enfant et qui ne parle pas tout de suite de transition comme moi j’ai pu faire. Une personne de confiance. Et,  pareil, que l’enfant puisse discuter avec lui librement et faire son petit cheminement. Et pour qu’il finisse, voilà, de passer son adolescence bien dans ses baskets, bien dans sa tête. Voilà, j’espère à tous les parents qu’ils s’en sortiront et que  leurs enfants iront bien comme ma fille.” C’est le message que je voulais faire passer.

RDG – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

S’’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

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