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Rebelles du genre – Épisode 43 – Alice

Alice – Je m’appelle Alice, j’ai 27 ans.

Je vis à Bruxelles. Je tiens le compte instagram Radfem_fr et je suis sociologue de formation.

Rebelles du genre – Bonjour et bienvenue sur le podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole. 

Alice – Pendant très longtemps, j’ai eu une conscience féministe extrêmement sommaire et basique. Par contre, les droits des personnes homosexuelles m’ont toujours tenu à cœur, et en fait c’est la lutte contre l’homophobie qui m’a amenée aux idées queer. J’ai consommé du contenu transactiviste pendant des années, sans le nommer comme ça. Parce que je voulais simplement m’intéresser à la communauté LGBT pour pouvoir les soutenir du mieux possible depuis ma place. En arrive très vite sur la théorie du genre, en cherchant du contenu LGB, ou du contenu féministe d’ailleurs, en ligne. Pour moi, l’introduction à ce sujet-là, ça a été les visuels du style “la licorne du genre”. Donc j’ai défendu l’idéologie transactiviste de manière assez forte, pendant un bon moment. J’ai ingurgité, il n’y a pas d’autre mot, leur vocabulaire et toutes les idées qu’il sert à véhiculer, sans me rendre compte du tout de l’homophobie qu’il y a derrière, je dois bien l’avouer. J’étais colonisée par l’idée que c’était une communauté soudée avec des intérêts convergents. C’est ça qu’on nous vend à longueur de journée, j’en suis revenue aujourd’hui ! Mais chez moi, ce lavage de cerveau a bien fonctionné. J’avais très profondément intégré le fait que se dire homme ou femme était suffisant pour être ou  devenir homme ou femme, et que c’était violent de ramener les personnes trans à leur sexe de naissance, même en leur absence. Par contre, comme je le disais, je ne faisais pas le lien avec l’homosexualité. J’étais très naïve là-dessus. Pour moi, dire qu’une femme trans est une femme, c’était une chose. Mais dire que du coup les lesbiennes ne peuvent pas refuser d’avoir des relations avec ces personnes, qui se disent femmes, c’en était une autre, et ça, ça ne me passait même pas par la tête, et honnêtement, je n’ai pas le souvenir de l’avoir entendu dire, ou en tous cas pas de cette manière-là, par les transactivistes que je suivais à l’époque sur youtube. Je crois que dans mon esprit, j’avais un préjugé favorable vis-à-vis des personnes trans, parce que je partais du principe que les gens, de manière générale, sont honnêtes et bienveillants, jusqu’à preuve du contraire. Et donc, je n’aurais pas imaginé qu’ils mettent la pression aux lesbiennes en particulier pour relationner avec ceux qui s’autodéfinissent comme des « femmes trans ». Pas plus que je ne pouvais concevoir qu’on pousse une lesbienne à relationner avec n’importe quelle femme, d’ailleurs. Oui, c’est clair que c’est très bisounours, mais je l’assume, parce que c’est notamment lié à l’éducation que j’ai reçue, mais j’ai quand même fini par me poser des questions, je vous rassure. Donc je vous raconte ma première prise de conscience, même si je ne sais pas si on peut vraiment parler de peak trans, parce que ça a eu un impact limité. C’est dans le contexte que je viens de vous raconter,   j’ai notamment suivi Claude Emmanuelle sur Instagram, qui est une personne trans MtF avec une audience importante en France. Petite paranthèse : A présent j’utilise uniquement FtM et MtF pour éviter tout malentendu, comme ça on sait bien de qui on parle.

Un jour, cette personne profère des menaces de mort à l’égard des fameux hommes cis qui sont le diable incarné, n’est-ce pas, en story sur instagram. Je lis ça en me disant que ça ne vole pas haut, mais je suis passée à autre chose. Et puis, cette story a été supprimée par Instagram et elle s’en est plainte. Elle a crié au “cis-sexisme” et tout. Et donc là, je me suis dit « faut pas déconner, on n’insulte pas et on ne menace pas les gens sur Instagram. Donc je lui ai donc écrit que c’était effectivement des menaces de mort, ce qui est interdit sur tous les réseaux sociaux comme dans la vraie vie évidemment. Là, elle a mis mon message en story en me traitant – je cite- de « gestapo des cis » et en disant que je délirais. J’ai encore essayé de faire un effort de communication en lui répondant qu’il y a des règles pour s’exprimer en public, que ces règles ne sont pas là pour rien, et qu’en l’occurence  je ne critiquais pas le fond de sa pensée mais uniquement les termes qu’elle avait employés. Mais j’ai évidemment été bloquée dans la foulée. J’ai juste eu le temps de voir qu’elle avait encore partagé un message de quelqu’un d’autre qui l’applaudissait en disant que « la violence est nécessaire, qu’ils le veuillent ou non ». Bon, ça s’est arrêté là, c’était sans grande importance, mais cette anecdote m’a quand même marquée et m’est restée en tête et ça m’a fait un peu déchanter. Surtout que Claude Emmanuelle est adulée par beaucoup de personnes trans qui disent qu’elle les a énormément aidées et inspirées dans leur parcours. Donc là,  je me suis quand même dit : si c’est des attitudes pareilles qui sont leur modèle, on est mal barrés pour le vivre ensemble et la démocratie. Quelques temps après ça, j’ai découvert le féminisme radical, toujours sur Instagram, un peu par hasard, et là j’ai appris et compris plein de choses. J’ai notamment eu un vrai déclic, sur le transactivisme. Avec le recul, je me rends compte en fait que j’ai eu l’intuition de devoir séparer les questions LGB et T dès le début, quand j’étais très jeune, et pendant longtemps, sur base de l’idée toute simple que les trans choisissent de transitionner, alors que l’orientation sexuelle ça ne se choisit pas, et que donc ça n’a pas de sens de les réunir dans une même communauté. Je me souviens m’être régulièrement dit que si moi, j’avais été lesbienne, je n’aurais pas apprécié de devoir, entre guillemets, intégrer les personnes trans à ma communauté, à cette lutte, et à cette identité.

Cette opposition toute simple, elle manque sans doute de nuance, ne fût-ce que parce qu’il y a des personnes qui se disent trans sans avoir la moindre intention de modifier leur apparence ou leur anatomie, donc ne font pas de transition au sens où moi je l’entendais à l’époque, puisque moi, je parlais plutôt de personnes transsexuelles que de  transgenres, à ce moment-là. Mais c’est un réflexe naïf que je trouve quand même intéressant. Ça a été bien enfoui quand j’ai consommé du contenu transactiviste (que je n’identifiais pas comme tel), et c’est revenu. Et je suis de nouveau dans cette idée-là évidemment, depuis que j’ai découvert le féminisme radical, j’ai repris cette conviction-là, sous une forme un peu différente, un peu mieux informée et davantage consciente des enjeux qu’il y a derrière tout ça?

Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, et pour la démocratie ?

Alice – Si vous voulez bien, je voudrais faire un petit détour par la théorie du genre elle-même, en fait,  avant de parler des conséquences que ça implique. Evidemment, le plus frappant quand on analyse ces discours avec un regard critique, ce que j’espère réussir à faire aujourd’hui, c’est l’aspect circulaire et stéréotypé de la définition de ce que c’est qu’être’un homme ou d’une femme. Pour moi, cela revient à différencier le sexe et le genre, mais en inventant de nouvelles définitions pour l’un et l’autre ! Donc le genre ça devient une identité et un ressenti profond, irrationnel, indiscutable, qui peut recouvrir les catégories homme et femme, que tout le monde connaît, mais aussi plein d’autres genres, (non binaire, agenre, gender fluid etc.) Il y a, pour ainsi dire un genre par personne. Et ce n’est plus un ensemble de stéréotypes et d’attentes de la société vis-à-vis des hommes et des femmes en tant que catégories binaires, puisque basées sur le sexe, avec une catégorie, celle des hommes évidemment, qui domine l’autre, qui domine les femmes. De so côté, le sexe, ça devient une construction sociale, une invention de la science qui veut brimer nos identités en nous disant qui on doit être et en nous empêchant de nous réaliser en tant qu’individus. Et donc on refuse de dire que c’est une notion biologique de base, applicable à l’ensemble du règne animal, et liée à notre capacité à nous reproduire, entre individus mâles et femelles. Ca, c’est évidemment le cœur du problème.

Mais au départ de ça, qui est une aberration totale, moi j’ai aussi identifié toute une série d’amalgames ou d’inversions que cette théorie-là peut engendrer, et que je voudrais donc partager avec vous. Alors la liste n’est sûrement pas exhaustive, mais je crois qu’elle est déjà suffisamment longue pour se rendre compte qu’on a un gros, gros problème. ahah 

D’abord, en ce qui concerne le sexe et le genre, pour moi il y a au moins trois énormes confusions.

La première, c’est qu’on inverse l’inné et l’acquis puisqu’on prétend que le genre est notre essence profonde,et que le sexe est une invention de la science moderne, pour faire simple. On confond donc complètement notre part animale et sociale, c’est-à-dire qu’on n’en a plus rien à fiche de la différence entre la biologie et la sociologie. Et on n’en a plus rien à fiche des bases de chacune de ces disciplines. Et ça, ça a pour conséquence de faire passer un trait de personnalité autodéterminé – que serait le genre – avant une catégorie sociale objectivement définissable qu’est le sexe. Et donc ça revient à vouloir que le genre remplace le sexe. Et du coup, on mélange complètement féminité et fémellité, notamment. Et on  fait passer la féminité – donc la performance du genre féminin – au-dessus de ce que signifie être une femme, c’est à dire une femelle adulte humaine.

Et ça, en tant que sociologue, moi ça me rend dingue. Bien sûr, je suis évidemment très sensible à toutes les tentatives de déconstruire, et parfois de détruire, les injonctions sociétales qui nous limitent, nous abîment, qui sont violentes, qui sont  liberticides, etc. C’est une base du féminisme d’ailleurs, tout comme de l’antiracisme, de la lutte pour les droits des LGB, etc. Mais par contre l’idéologie du genre, en fait elle ne déconstruit rien du tout. L’idéologie du genre, elle nie l’importance, pourtant évidente, et le caractère inéluctable,  d’être né mâle ou femelle. Mais enfin la sociologie et le féminisme, ce n’est pas ça. C’est dire qu’être mâle ou femelle ça ne doit pas nous empêcher de mener la vie qu’on veut, d’avoir les goûts et l’apparence qu’on veut, parce que c’est simplement lié à notre personnalité, et que les hommes comme les femmes peuvent avoir n’importe quelle personnalité. Donc prétendre qu’une transition médicale est une manière de déconstruire le sexisme et les rôles genrés, c’est une vaste blague : je suis désolée, mais se modifier soi-même, en l’occurrence modifier sa propre anatomie de manière radicale, c’est tout le contraire d’envoyer balader la société et ses normes de genre.  Et par ailleurs si on se « contente », entre guillemets, d’avoir un look androgyne ou de reprendre les codes de l’autre sexe, le vrai acte de rébellion c’est quoi? C’est justement d’assumer son sexe, d’assumer qu’on est un homme qui aime porter des jupes, d’assumer qu’on est une femme qui a envie d’avoir les cheveux très courts, et d’affirmer que notre sexe, ça n’a pas à guider, justement, des choses aussi futiles qu’une coupe de cheveux, des fringues, du maquillage, des bijoux ou que sais-je. Ce n’est certainement pas de se dire « non binaire » ou « gender fluid » qui est révolutionnaire et qui met le patriarcat à terre.

Et moi j’ai un exemple qui me vient souvent en tête à ce propos-là, c’est l’acteur Alexandre Wetter qui est un acteur français assez jeune, que moi j’ai vu dans “Miss” il y a un an ou deux maintenant, et qui se prétend gender fluid. Et alors quand on le voit, ben… c’est un homme ça saute évidemment aux yeux, mais qu’est ce qui le rend genderfluid? Ben il porte des boucles d’oreille! Et franchement, c’est strictement la seule chose, visuellement, qui ne colle pas dans son apparence, aux normes masculines. Excepté, il est mannequin aussi, et modèle photo, excepté en shooting et dans certains projets artistiques. Mais je veux dire, dans sa vie quotidienne, c’est très clair que ça ne repose que sur ce genre de futilité, quoi! Donc moi, ça… je ne peux plus, quoi. C’est vraiment nous prendre pour des idiotes.

Bref, ça, c’était le premier point.

Deuxième grosse confusion : c’est que pour moi, le transactivisme est en fait une croyance qui veut se donner les apparences de la science, mais tout en lui crachant dessus et en la tordant dans tous les sens, évidemment. La théorie du genre, ça consiste à présenter comme des faits ce qui en fait est une idéologie. J’ai presque envie de dire qu’on inverse la réalité et la fiction. On passe son temps à inventer toujours plus de termes, à tenir des discours toujours plus complexes sur la transphobie, qu’on voit partout, mais ça ne repose sur rien. Et pour moi, un exemple typique de ces discours-là qui sont incohérents, qui sont parano, c’est l’amalgame qu’ils sont nombreux à faire entre le féminisme radical et l’extrême droite. Alors je ne sais pas où ils sont allés pêcher ça, mais ça n’a aucun sens. Ça sert uniquement leur discours de victimisation, et leur prétention au progressisme. Parce qu’évidemment, faire passer les méchantes TERF pour des réacs, c’est facile, et c’est bien pratique, sauf que le féminisme radical, c’est ça qui est libérateur et émancipateur pour les femmes. Et c’est précisément pour ça que nous, en tant féministes radicales, on tient à affirmer, en particulier aux filles, hétéro mais  surtout lesbiennes, qu’elles sont des femmes, qu’elles sont parfaites comme elles sont, avec tout ce qui fait d’elles des femmes, dans leur corps et dans leur chair, et ça malgré le regard oppressant et les désirs pervers des hommes. Et que c’est les hommes, le patriarcat qui doivent changer. Pas elles, pas nous. C’est tout simple!

Est-ce qu’il y a encore besoin de préciser de quel côté se trouvent la violence et l’intolérance ?

Troisième confusion que j’avais envie de citer.  C’est une conception complètement délirante du normal et du pathologique, de la règle et de l’exception. Pour moi, dans la théorie du genre, on a vraiment l’impression qu’ils ne comprennent pas la différence entre un trouble et une diversité normale au sein de la population. Donc, forcément, on estime chez les transactivistes que la psychiatrisation, c’est-à-dire le fait que la psychiatrie s’intéresse à un trouble et essaie de diagnostiquer, de le décrire et de le soigner, ce n’est que ça, hein, la psychiatrisation, pour eux, c’est synonyme de psychophobie. Par exemple, moi je suis désolée mais il suffit de connaître l’étymologie de dysphorie pour comprendre que c’est une maladie mentale. Dysphorie, c’est l’inverse d’euphorie. Donc la dysphorie c’est un sentiment pénible, désagréable, général, qu’on a par rapport à son propre corps. Ca, je suis désolée mais on ne me fera pas croire que ce n’est pas un enjeu et un problème de santé mentale.

Et pourtant, certains transactivistes luttent pour qu’on autorise les transitions le plus facilement et le plus gratuitement possible, y compris pour les très jeunes, et notamment qu’on allège ou qu’on supprime l’obligation de diagnostic et de suivi psy dans le cadre de la transition. Mais en fait, quand on écoute vraiment les personnes trans, et les transactivistes eux-mêmes d’ailleurs, leur souffrance, elle saute aux yeux. Et c’est quoi la solution qu’ils proposent ? C’est l’automutilation, pour caricaturer. Sorry not sorry, moi c’est pas ça ma conception du bien-être.

Voilà, ça c’est ce que j’avais envie de partager en ce qui concerne vraiment les notions de sexe et de genre.

Mais alors, en ce qui concerne le transactivisme et les revendications des personnes trans, j’ai aussi quatre narratifs que j’ai repérés, qui pour moi sont complètement biaisés et que je vous cite plus rapidement.

Le premier c’est que j’ai l’impression que l’idéologie du genre fait que certains se sentent autorisés à demander tous les droits possibles et imaginables pour les personnes trans, et ils oublient complètement ce que ça signifie de vivre en société. Donc la fameuse inclusion, par exemple, chez eux, ça vire au  caprice narcissique. Et on dirait qu’obtenir des droits pour une population déterminée ça revient à retirer des droits à tous les autres et c’est pas grave, ça n’a aucune importance. 

Mais ce n’est pas comme ça que les luttes sociales fonctionnent! L’antiracisme, ce n’est pas retirer des droits aux blancs, le féminisme, ce n’est pas retirer des droits aux hommes, c’est simplement se battre contre une oppression ou des discriminations ou des violences. C’est très, très, très différent.

Deuxième point : je crois que le transactivisme, en fait, confond le respect que les personnes trans ont le droit d’exiger comme tous les êtres humains, et la soumission qu’ils attendent de notre part  à leurs idées et à leurs revendications, quelles qu’elles soient. Donc ils qualifient de violence toutes les frustrations qu’ils et elles vivent. Et ils attribuent toutes leurs souffrances à la manière dont le monde extérieur les maltraite.

Troisième point : dans la communication de certains activistes, moi je trouve que le débat contradictoire est remplacé par l’imposition de normes, de diktats, de dogmes. Et on prétend qu’on essaie d’éduquer les fameuses personnes “cis” pour en faire, soi-disant, des “alliés”, mais en fait, des alliés, c’est qui? C’est ceux qui vont avaler  tout ce qu’on leur raconte, et les alliés on les amène comment à notre cause? En silenciant tous les autres, qui se contentent pourtant de poser des questions ou d’émettre des doutes raisonnables. Et en faisant cela, on mélange complètement information et prosélytisme, on mélange militantisme et harcèlement.

Et puis dernier point : en ce qui concerne la manière de s’adresser aux personnes trans ou à celles et ceux qui sont dans le doute, dans la recherche d’eux-mêmes, moi j’ai peur que la prétendue ouverture de la parole et la prétendue visibilisation de la transidentité cache dans une certaine mesure un phénomène de contagion, et que le soutien que certains vont chercher auprès des trans qui sont médiatisés, qui sont transactivistes, ça dérive en endoctrinement, tout simplement. Je crains que l’émancipation qui nous est vendue ne soit en fait qu’une vision réductrice de tout ce que produit cette communauté de beaucoup moins reluisant. Et du coup, moi je trouve aussi effrayant de constater que ce sentiment d’appartenance à une communauté semble, dans certains cas en tous cas, être l’équivalent d’un droit qu’ils s’attribuent à empêcher les autres (en particulier les femmes) d’avoir leurs propres espaces, leur propre communauté, leurs propres enjeux. Mais ça, évidemment,  on en reparlera.

Voilà, ça c’est ce que j’avais envie de mettre en évidence pour le contexte théorique. Mais de manière plus concrète, oui : le transactivisme est une menace à différents niveaux.

Le premier niveau dont j’ai envie de parler, c’est évidemment les femmes, et il me semble que c’est un danger pour les femmes pour trois raisons principalement.

La première raison, c’est qu’on modifie la définition légale de ce que c’est un homme et une femme, et donc on empêche de produire des statistiques pertinentes et correctes sur tous les phénomènes relevant du patriarcat, et de la violence masculine. Si on autorise tout le monde à changer de sexe en un claquement de doigts, eh bien on ne peut plus avoir de chiffres utiles  sur le viol, les féminicides, le harcèlement, la discrimination à l’école, à l’emploi, la criminalité, la précarité, etc. 

Et si on n’a plus de données chiffrées sur tout ça, on entrave la lutte féministe, évidemment. Et par ailleurs on permet l’invasion des hommes, c’est-à-dire des mâles, dans les espaces réservés aux femmes (que ce soit le sport, la prison, les refuges pour femmes, les groupes de parole pour femmes, les associations féministes, les zones non mixtes à l’école, dans les espaces de loisirs, typiquement les toilettes, les vestiaires…), on envahit les espaces des femmes dans tous les aspects du quotidien et en particulier on envahit les espaces militants féministes et lesbiens.

La deuxième raison, c’est que moi, je trouve ça extrêmement insultant de dire haut et fort que les femmes qui ne se disent pas autre chose que femmes, qui ne revendiquent pas une autre étiquette (c’est ce que eux appellent donc les femmes cis), elles sont femmes parce qu’elles ont un sentiment profond d’être des femmes, ce qui n’a pas de sens parce qu’en fait personne n’a le sentiment profond d’être un homme ou une femme, ou alors elles sont femmes parce qu’elles adhèrent aux stéréotypes de genre, elles adhèrent aux attentes que la société a vis-à-vis des femmes, et ça non seulement ça ne me paraît pas possible à 100%, personne ne colle à 100% aux rôles féminins ou masculins, mais en plus, si une femme y correspondait à 100%, par définition, vu la société patriarcale dans laquelle on vit, ce ne serait pas  un choix libre de sa part, et donc ça ne serait pas révélateur de son identité profonde.

La troisième raison pour laquelle c’est un danger pour les femmes, c’est qu’on n’a plus le droit de parler uniquement des femmes, en assumant le fait que tout le monde sait très bien de qui il s’agit!

On doit soit parler des « femmes cis » soit des  « femmes cis et des hommes trans », soit des « femmes cis et trans », soit des « personnes sexisées », selon le sujet, selon la population qu’on veut viser, on ve devoir utiliser ce genre d’expression, plus complexes. Voire même parfois des expressions complètement déshumanisantes, style : « personnes menstruées », « personnes gestantes », « personnes à utérus », « personnes à clitoris », etc.  Et ça, c’est un problème, parce que la catégorie des femmes, dans sa définition biologique qui est la seule valable et correcte, et il faut continuer à l’employer sans faire des sous-catégories au sein des femmes, sans devoir inclure d’autres personnes, c’est-à-dire des hommes, dans la catégorie “femmes” et sans réduire les femmes à tel ou tel organe, ou telle ou telle fonction biologique. Par exemple, le vrai tabou autour des règles, qu’on est important de casser, pour moi il ne vient pas d’un problème lié aux règles elles-mêmes, c’est-à-dire au sang menstruel en tant que tel. Le problème, c’est qu’il parle d’une caractéristique importante de la biologie des femmes et de leurs capacités reproductrices, et ça c’est quelque chose que les hommes veulent contrôler, que les hommes font passer soit pour sales, impures, soit pour quelque chose sans importance, soit comme un signe de faiblesse ou ce genre de chose… Et donc, le sang d’une blessure virile, c’est le même, ou presque, que du sang menstruel ! Mais le corps des hommes, il est toujours vu comme beau, puissant, admirable, etc. Alors que le corps des femmes, il faut le cacher, il ne faut pas en parler, ou alors il faut uniquement le sexualiser pour le plaisir des hommes. Rien de plus. Et donc quand on ne peut plus parler des femmes et du corps des femmes, on ne peut plus mener des combats féministes, et on ne peut plus casser les tabous qui entourent le corps des femmes.

Pour moi, un féminisme qui ne peut pas parler de fémellité c’est-à-dire de notre corps de femelles, eh bien ce n’est pas du féminisme, tout simplement. Parce que la plupart des enjeux féministes sont liés à nos corps, et en particulier les enjeux dans lesquels il y a encore le plus de boulot, parce que nos droits sont récents et sont fragiles. Il y a des dizaines d’exemples  comme ça. En médecine, on peut parler d’endométriose, de SOPK, de lipœdème, etc. C’est évidemment lié au corps. Tout ce qui est excision et mutilsations génitales féminines, pareil. Tout ce qui est la sexualité, la reproduction et la maternité : on parle de PMA, GPA, etc. Tout ce qui est IVG, contraception, aussi. Tout ce qui est harcèlement et violences sexuelles, inceste, pornographie, prostitution. Tout ça, c’est des questions où le coeur du problème c’est le corps des femmes. Et comme Anissia le dit souvent, et on ne le répétera jamais assez : mon corps, c’est moi. Donc empêcher de parler du corps des femmes, c’est déjà une violence, parce qu’en fait, nous empêcher de parler de notre corps, c’est nous empêcher de parler de nous-mêmes,  c’est nous empêcher de parler… tout court. Et ça, en soi, c’est violent et ça ouvre la voie à beaucoup d’autres violences, notamment celle de ne pas pouvoir disposer de nos corps  comme on l’entend. Parce qu’on ne peut plus se battre, par exemple, pour le droit à l’avortement, pour faire cesser l’excision, pour mettre à mal l’industrie de la pornographie et de la prostitution, etc. Donc c’est tout  fait catastrophique. Ca, c’est ce que moi j’avais en tête en ce qui concerne les femmes, mais évidemment le transactivisme c’est aussi un danger pour les  homosexuel.le.s, gays comme lesbiennes, mais encore plus fortement pour les lesbiennes, et sur deux plans au moins.

Le premier, c’est que pour moi, le transactivisme s’est vraiment accaparé les luttes LGB. Il s’est accaparé leur visibilité, leurs outils, leur vocabulaire, leurs victoires, etc… et ce n’est pas uniquement  pour les rejoindre ou pour  devenir des bénéficiaires collatéraux des combats que les lesbiennes et les gays mènent depuis longtemps. C’est vraiment pour trahir ces luttes-là. D’après moi il n’y a pas d’autre mot, parce que la théorie du genre, elle finit par modifier, absorber et invisibiliser le combat LGB. Et pourtant c’est un combat qui est encore important, parce que c’est loin d’être gagné ! Et un truc qui est symptomatique de ça, moi je trouve, c’est qu’on n’entend presque plus les mots gays, bi et lesbiennes. Les mots eux-mêmes sont mis de côté. On parle soit des queers, soit des LGBTQQIP2SAA+, soit des minorités de genre, soit encore d’autres appellations… mais en tous cas on invente des expressions qui invisibilisent, du coup, les orientations sexuelles gays et lesbiennes , qui sont pourtant on ne peut plus simples à comprendre, et à définir. Et puis, autre problème bien sûr, c’est qu’avec le transactivisme, on n’a plus le droit de dire que les relations lesbiennes sont des relations entre femmes, c’est-à-dire des relations qui n’impliquent pas de personnes qui possèdent un pénis, qui n’impliquent pas d’homme. C’est pourtant la base de la base, mais ça, on n’a plus le droit de le dire : c’est transphobe. Et donc, de manière générale, on prétend que les préférences génitales sont socialement construites, qu’il faut les dépasser, qu’il faut aller au-delà de ça, etc. Alors que des préférences génitales, ce n’est pas du tout socialement construit, c’est juste lié à notre orientation sexuelle qui est innée et que personne n’a jamais choisi, ni réussi à modifier. Donc ça n’a aucun sens. Et ce qui n’a aucun sens non plus, et qu’on entend beaucoup, c’est que les lesbiennes, du coup, devraient logiquement pouvoir être attirées par des personnes trans MtF, c’est-à-dire les hommes qui se disent femmes y compris quand ces personnes ont toujours un pénis. Miraculeusement, un homme qui se dit femme ou qui se sent femme devrait pouvoir attirer une lesbienne, c’est quand même incroyable. Mais c’est devenu un peu central dans leur discours.

Et puis la deuxième grande raison pour laquelle il y a un problème, je crois, pour les homosexuels, c’est qu’il y a beaucoup de  transitions qui en fait  sont des thérapies de conversion pour des gays et des lesbiennes. D’ailleurs, entre parenthèse, moi il me semble qu’il faudrait trouver un autre terme, que thérapie de conversion, de manière générale, parce que c’est tout sauf une thérapie, quelle que soit la forme que ça prend. Mais enfin, bref. Il y a beaucoup de gays et de lesbiennes qui témoignent du fait que  pendant l’enfance et le début de l’adolescence, ils et elles dans l’autre sexe,  ou  se projettent dans l’autre sexe, parce qu’il faut du temps pour comprendre, mettre des mots sur son orientation sexuelle, qu’on sent bien ne pas être celle de la majorité autour de soi. Et moi, il me semble que la pire chose que l’on puisse faire dans ces cas-là, c’est les encourager à croire que devenir hétéro en changeant de sexe, eh bien c’est ça qui va faire leur bonheur, non seulement parce qu’on ne devient pas hétéro, ça nexiste pas : on l’est ou on ne l’est pas, point à la ligne. Mais surtout parce que l’homosexualité a la même valeur que l’hétérosexualité, et ça devrait pouvoir être vécu avec la même liberté et la même sérénité, tout simplement. Et c’est notamment ces gays et lesbiennes, qui transitionnent pour s’éloigner  en quelque sorte de leur homosexualité, pour pouvoir la nier, l’oublier, la mettre de côté.  Ce sont ceux-là et celles-là qui sont nombreux et nombreuses à détransitionner ensuite, quand ils et elles ont fait un travail et ont avancé dans leur vie et ont, voilà, compris que c’était simplement leur orientation sexuelle, et qu’ils devaient l’accepter, et que la société, surtout, devait l’accepter autour d’eux, et que le problème ne vient pas d’eux ou d’elles mais de l’homophobie de la société.

Troisièmement, le transactivisme c’est évidemment un problème et un danger  pour les enfants.

Déjà parce que les transitions médicales, c’est particulièrement dangereux chez les très jeunes.  Et puis même sans intervention chirurgicale ou sans traitement hormonal, tout ce qui est binder par exemple, c’est une catastrophe pour la santé, on en a déjà parlé dans des épisodes précédents. Le fait de se binder les seins, c’est-à-dire de les comprimer pour avoir  un torse plus plat et plus masculin, c’est extrêmement dangereux, ça a plein de conséquences à terme, et donc à cet âge là, chez les jeunes ados notamment, il faut leur foutre la paix, et il faut les protéger contre eux-mêmes. Il faut leur faire comprendre, je crois, que le problème ce n’est pas leur corps, le problème c’est le regard que la société a dessus, et le fait que ce regard soit malveillant, en fait. Donc ce n’est vraiment, vraiment pas un service à leur rendre de les encourager dans des transitions trop jeunes, parce que c’est normal, en fait, qu’il faille du temps aux filles comme aux garçons d’ailleurs, à l’adolescence, pour se découvrir et s’assumer.

Voilà, ça c’est les trois catégories de personnes qui sont les plus directement touchées par la transactivisme, ça va de soi. 

Mais de manière générale, dans la société, moi je trouve que le transactivisme ramène tous les débats à l’unique question de l’identité de genre, de la transphobie et de tout ce qui va autour. Et donc on n’arrête pas de nous dire qu’il faut faire attention à ne droisser personne, à ne mégenrer personne, à inclure tout le monde. Et en fait ça devient presque plus important que de mener les luttes sociales, de mener les combats qu’il y a encore à mener. Et moi, j’ai carrément peur que tous les problèmes de raisonnement et de logique qu’il y a dans la théorie du genre finissent  par déteindre aussi  sur d’autres sujets que la notion de genre elle-même. Et moi je me dis que ça va empêcher tout une génération qui a baigné là-dedans, qui a été biberonnée à ça, ça va les empêcher de raisonner correctement, tout simplement! Et il me semble que ça se voit déjà, en fait. Il y a plein d’exemples de ce genre-là. Moi, il n’y a pas longtemps, j’ai découvert qu’il y avait des gens qui s’auto-identifiaient handicapés, qui s’auto-identifiaient comme d’une autre origine ethnique. Bon, c’est quand même encore plus délirant me semble-t-il, que de s’identifier homme quand on est femme et inversement. Et puis en termes d’organisation sociale, il me semble qu’on stigmatise de plus en plus la non mixité, puisqu’il y a une injonction à l’inclusion, évidemment,  et on demande à tout le monde de faire toujours plus d’intersectionnalité, alors que cette notion a quand même ses limites et qu’on a le droit de la questionner, quoi.

Donc voilà, moi j’ai peur que ça aie vraiment des conséquences bien au-delà du sujet du sexe, du genre, et des relations hommes-femmes.

Et ça ne me paraît pas être une crainte délirante ou exagérée, je ne pense vraiment pas être parano en disant ça,  si on considère que la théorie du genre, c’est un symptôme de l’individualisme, des dérives de l’éducation bienveillante, du narcissisme qu’il y a sur les réseaux sociaux et d’un backlash masculiniste. 

Eh bien oui, c’est logique que ça ait des conséquences plus larges dans la société, quoi.

Et rien que l’idée, qui est assez centrale à la théorie du genre, que tout ce que je peux dire à mon propre sujet est valide et incontestable, et que les autres doivent l’accepter, en fait c’est problématique.

Non, on n’a pas le droit de dire n’importe quoi quand on parle de nous-mêmes.

Si tu es un violeur, tu n’as pas le droit de te qualifier toi-même de coureur de jupons. Eh bien c’est pareil avec le sexe. 

Si tu es un homme, tu n’as pas le droit de te revendiquer femme. Point barre.

Tout ça pour dire qu’en termes sociétaux et démocratiques, c’est aussi un vrai coup dur que cette idéologie ait pris tellement de terrain.

Tout ceci étant dit, moi je crois qu’il faut quand même garder de la compassion pour la souffrance des personnes trans, tout en critiquant évidemment les discours que tiennent les transactivistes. Moi, je refuse de mettre toutes les personnes trans dans le même sac que les transactivistes.

Déjà, le transactivisme n’a pas toujours été ce qu’il  est aujourd’hui, et puis surtout il y a  beaucoup de personnes trans qui ne sont pas d’accord, en fait, avec les discours que tiennent les transactivistes. Il y en a notamment qui admettent sans le moindre problème que la transition, ça ne change pas leur sexe, leur nature, mais ça change uniquement leur apparence et la manière dont ils sont perçus par la société. Par exemple, dans le documentaire « What is a woman ? » de Matt Walsh, il y a une personne trans  FtM, donc une femme qui a transitionné vers le genre masculin, qui explique ça très bien : elle dit « Je suis une femme, biologiquement je ne serai jamais autre chose qu’une femme, mais j’ai subi des opérations et j’ai pris des traitements hormonaux pour être perçue par la société comme un homme et pour avoir des interactions sociales qui se rapprochent plus de celles que peut avoir un homme ». Il y a certaines personnes trans qui ont vraiment de la dysphorie, évidemment. Il y a sans doute certains cas dans lesquels on ne peut pas soigner cette dysphorie autrement que par une transition. Il y a certaines personnes qui considèrent que la dysphorie est une condition nécessaire pour se dire trans. Mais par contre il y en a d’autres qui  se contentent de performer les codes de l’autre genre, ce qui est leur droit, tant qu’ils ne revendiquent pas le sexe qui opposé.

En principe, les personnes trans, moi j’ai tendance à me dire qu’elles devraient  être les meilleures féministes ou les meilleurs alliés du féminisme, puisqu’ils et elles souffrent des stéréotypes de genre. Mais au lieu de ça, il y en a qui se disent qu’ils doivent se changer eux-mêmes, en fait. Et moi je trouve ça infiniment triste et révoltant pour les personnes trans elles-mêmes. J’ai parlé de choix tout à l’heure, en disant que j’étais revenue en quelque sorte, depuis que j’ai découvert le féminisme radical, à l’idée que la transidentité se choisit. Mais en fait, pour être plus précise, je crois que la transidentité c’est toujours la conséquence d’un profond malaise, et que les gens ne choisissent pas de ressentir ce malaise, et que ce malaise n’est pas de leur faute. Par contre, on est toutes et tous évidemment responsables de la manière dont on gère nos problèmes, et notamment notre santé mentale. Donc, sans excuser le moins du monde les discours et les comportements problématiques qui sont légion chez les transactivistes, moi j’essaie de ne jamais perdre de vue que dans l’écrasante majorité des cas, les personnes trans lambda et anonymes, hommes ou femmes, ils et elles ont trouvé dans la transidentité un refuge face à une détresse immense. Alors sauf dans de rares exceptions peut-être, moi je ne crois pas que ce soit une solution constructive, cette transition, qu’elle soit uniquement sociale entre guillemets, ou qu’elle soit médicale, et donc c’est pour ça que moi je trouve que  c’est important de parler de dysphorie comme d’un trouble, en tout cas chez les adultes, pour pouvoir mieux le soigner. Mais je ne m’autorise pas à juger quiconque pour sa manière de gérer son mal-être… tant que ça ne fait pas du tort à autrui. Et c’est là que l’équilibre est difficile à tenir, en ce qui concerne la transidentité. Parce qu’en réalité, le transactivisme, comme on vient d’en parler longuement, c’est un danger pour autrui et pour la société tout entière, et notamment dans sa manière de parler de la dysphorie et de l’autogynéphilie aussi par exemple, ou plutôt dans sa manière de ne pas en parler, justement.

Je voudrais terminer ma réponse à cette question en parlant d’une autre catégorie de personne, qui est moins visible que les femmes et les LGB, même si elle l’est de plus en plus, c’est les personnes intersexe.

Parce que moi je suis frappée par le fait que dans le transactivisme et chez certaines féministes qui le soutiennent d’ailleurs, il y a une instrumentalisation des intersexes pour défendre la théorie du genre, et parfois même une fétichisation, que les trans disent pourtant subir eux-mêmes , en tant que personnes trans.

Je suis moi-même intersexe, puisque j’ai le syndrome de Turner. Et donc je sais d’expérience à quel point le discours et la prise en charge médicale peuvent être compliqués à entendre et difficiles à vivre. Mais ce n’est pas une raison pour tout envoyer balader ou tout déformer. 

Donc tout d’abord, j’aimerais bien rétablir quelques vérités à rétablir à propos des intersexes.

Numéro 1 – On parle d’intersexuation, et pas d’intersexualité. Ça n’a absolument rien à voir avec les relations ou l’orientation sexuelle, mais bien avec la sexuation, c’est-à-dire les caractéristiques physiques sexuellement différenciées. Être intersexe, c’est avoir une  ambiguïté, un dysfonctionnement ou une anomalie soit au niveau des chromosomes sexuels soit au niveau des gonades soit au niveau des organes génitaux, c’est-à-dire les trois composantes du sexe.

Numéro 2 – Evidemment, les variations individuelles, c’est une caractéristique importante dans le monde animal, et même dans le monde vivant tout entier. Mais ce n’est pas pour ça qu’aucune règle n’existe, que les tendances ne veulent rien dire et que les lois de la nature sont inventées de toutes pièces par les scientifiques. Donc ça me rend folle qu’on remette en cause le fait que le reproduction humaine, ça nécessite un ovule, donc une femme pour faire simple, et un spermatozoïde, donc un homme ? Est-ce que vous avez déjà vu des gamètes d’un autre type qu’un spermatozoïde ou un ovule, vous ? Non, il n’y en a deux types, parce qu’il y a deux sexes. Il y a un sexe qui produit un type de gamète, et l’autre sexe qui produit l’autre type de gamète. C’est pourtant pas compliqué !

Numéro 3 – On n’assigne aucun sexe à la naissance, on constate le sexe. Et d’ailleurs le plus souvent, on le connaît bien avant la naissance. Par contre, ce qui existe, c’est vrai, ce sont des interventions sur les nouveaux nés intersexe, pour les faire artificiellement correspondre aux standards, et ça, ça n’est pas toujours nécessaire. Et donc dans les cas où ça n’est pas nécessaire, bien évidemment, c’est assimilable à des mutilations.

Numéro 4 – L’hermaphrodisme, ça signifie avoir deux appareils reproducteurs complets et fonctionnels chez un même individu, et ça, ça n’existe pas chez l’être humain. L’hermaphrodisme n’existe pas chez l’être humain. Même les personnes intersexes sont soit des mâles, donc des hommes, soit des femelles, donc des femmes, on n’est jamais les deux à la fois.

Voilà, ça c’est déjà de bonnes bases, je crois. Donc s’il vous plaît, je vous en supplie, si le sujet vous intéresse, lisez des sources scientifiques solides, interrogez un médecin fiable en personne. Et surtout ne vous contentez pas de descriptions farfelues qu’on trouve sur internet. Moi la dernière sur laquelle je suis tombée et qui m’a complètement rendue folle, c’est un compte féministe que je n’ai même pas encie de viter, qui fait une FAQ et  il y a quelqu’un qui demande : “C’est quoi être intersexe?” Et la personne a répondu : “C’est avoir des caractéristiques à la fois mâles et femelles. Entre parenthèses : chromosomes XX qui a une apparence masculine ; ou quelqu’un qui a deux appareils génitaux, un pénis et une vulve”. 

Est-ce que j’ai vraiment besoin de préciser que c’est complètement fantasmagorique et que ça n’a aucun rapport avec la réalité?

Bon. Pour revenir au transactivisme, je trouve ça terriblement dangereux de véhiculer l’idée que la médecine et la science ont tout faux, inventent des choses, ne reposent que sur des préjugés, des idéologies, des constructions sociales, etc. Evidemment, la sociologie de la science a très bien montré les biais qu’il y a en biologie  et en médecine. Et donc avoir un esprit critique là-dessus c’est très bien, mais ça n’autorise pas à faire du cherry picking, que ce soit dans la littérature scientifique, ou dans  l’offre de soins d’ailleurs. S’il y a bien une chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est déduire de l’existence des personnes intersexes que le sexe n’est pas binaire. L’intersexuation, c’est un ensemble de maladies, que ça vous plaise ou non. C’est pas une tare. Il y en a d’autres, des maladies, et y compris des maladies avec lesquelles on vit très bien, mais ça reste des maladies. Et il faut les appeler comme ça, c’est tout.

Autre chose, pour savoir si une caractéristique est un trouble ou une maladie, le nombre de personnes concernées ce n’est pas un argument. Donc il faut arrêter de dire : « il y a autant de personnes intersexes que de personnes rousses ». Moi j’ai déjà vu ça souvent, sous-entenu “c’est tout à fait normal et c’est bien une preuve que le sexe n’est pas binaire”, en général ça va de pair avec ça.  

Alors je ne sais même pas si c’est vrai qu’il y a autant de personnes intersexes que de personnes rousses, mais en fait on s’en fiche, c’est juste complètement hors sujet. Le nombre de personnes impactées n’a aucun rapport avec le fait de savoir si c’est une maladie ou pas. 

Au-delà des chiffres, les transactivistes donnent l’impression de ne pas comprendre qu’une exception, ça  n’invalide pas la règle. S’il y a des exceptions à une règle, ça ne veut pas dire que cette règle doit être mise à la poubelle. Et qu’ils ne comprennent pas ça, moi je trouve ça dramatique, et ça suffirait presque  à me donner envie de remettre en cause toute leur honnêteté intellectuelle et tout leur discours.

Mais enfin, bon. Si seulement il n’y avait que ça… 

Il y a aussi autre chose sur lequel je voudrais insister, c’est complètement indécent d’instrumentaliser les intersexes, qui se battent pourtant contre les mutilations chirurgicales qui sont par définition invasives, souvent inutiles, et non consenties chez les nouveaux-nés typiquement, de les instrumentaliser donc, au profit de l’idéologie transactiviste qui elle, au contraire, soutient, demande, banalise, idéalise, et promeut des interventions chirurgicales de ce type, y compris avec les mêmes dérives dans beaucoup de cas, ne fût-ce que quand ça concerne des enfants et des jeunes  ados qui n’ont pas le discernement et la maturité nécessaires pour prendre ces décisions-là. 

Donc je trouve que c’est un comble de cracher sur la médecine qui est soi-disant transphobe, alors que les transitions médicales justement sont de plus en plus faciles.

Dernière remarque : je défends la science ici, mais sans pour autant blanchir la médecine. La médecine devrait avoir honte de son sexisme éternel, de la stigmatisation qu’elle fait peser sur les personnes intersexes, mais aussi de sa manière d’encourager et d’aider les personnes trans à l’automutilation, parce qu’il y a beaucoup de cas dans lesquels les transitions médicales sont de l’automutilation. Et ça, encourager ça, en tant que médecin, c’est contraire au serment d’Hippocrate. Je rappelle quand même que le premier principe du serment d’Hippocrate c’est “primum non nocere” : d’abord, ne pas nuire.

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a poussée à témoigner sous ta réelle identité ? Est-ce que tu te sais en sécurité pour parler librement, ou est-ce que tu as déjà subi des pressions ou des menaces par rapport à cette question ?

Alice – Alors je témoigne avec ma vraie identité aujourd’hui, parce que pour le moment, je n’ai jamais eu aucun problème avec mes opinions sur le féminisme et en particulier sur le genre, ni en ligne, ni dans la vie réelle d’ailleurs. Je n’en parle pas beaucoup, mais quand je le fais, c’est quand même arrivé quelque fois, il y a eu des désaccords qui ont été exprimés dans le respect. Donc je n’ai pas envie de cacher mes opinions à ce sujet, ni à aucun sujet d’ailleurs. C’est plus facile à dire qu’à faire évidemment, et je comprends très bien celles qui préfèrent garder leur anonymat ou qui se sentent obligées de rester anonymes. Mais c’est aussi pour les soutenir elles que je prends la parole, le plus ouvertement et sincèrement possible. Je suis extrêmement fière de les rejoindre dans cette démarche, qu’on fait chacune à notre rythme et à notre façon.

Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Alice – Alors ce n’est pas une anecdote personnelle, mais c’est l’actualité en Belgique. Chez nous on a des transactivistes qui ont interpellé les politiques sur un problème. Ils souhaiteraient que l’on résolve le problème de l’indication binaire du sexe, donc M ou F sur les cartes d’identité, parce que ça pose souci pour les personnes intersexes, pour les personnes non binaires, pour les personnes genderfluid, et j’en passe. Donc comme d’habitude, on mélange donc un peu tout le monde, il n’y a qu’à se servir. Bref. Il y a donc  deux options principales qui sont débattues parce qu’évidemment le politique a accepté de s’emparer de la question.

Première possibilité : ajouter une catégorie X, en plus de M et F.

Deuxième possibilité : enlever complètement toute référence au sexe. 

Et alors j’ai lu quelques articles dans la presse à ce sujet, et je trouve que les arguments quels qu’ils soient d’ailleurs, sont complètement lunaires, qu’ils viennent des journalistes,  des universitaires ou des associations.

Donc j’avais juste envie de vous citer  3 exemples, et je vous laisse vous faire votre opinion.

Premier exemple – C’est une prof de droit qui dit  : “Si la décision se limite à l’apparition du sexe sur la carte d’identité, cela reste un épiphénomène. La question est plutôt de savoir si, lors de la déclaration d’une naissance, les parents devront encore mentionner le sexe de leur enfant, ou s’ils pourront le laisser décider plus tard. Toutefois, la suppression totale du sexe de l’état civil pourrait poser des difficultés pour la lutte contre les discriminations hommes-femmes. Les statistiques ventilées par genre sont essentielles dans cette lutte. On doit pouvoir poser des diagnostics pour l’écart salarial, les discriminations à l’emploi…”.

Deuxième citation, ce sont les mots d’un journaliste : “En réalité, derrière cette volonté de l’exécutif, il y a l’ambition de trouver une solution à une difficulté pointée en juin 2019 par la Cour constitutionnelle :  le caractère inconstitutionnel de la loi transgenre du 25 juin 2017 qui, malgré un certain nombre d’avancées, ne sort pas d’une vision binaire et perpétue de la sorte l’obligation pour des personnes dont l’identité de genre est non-binaire d’accepter un enregistrement du sexe sur base de la distinction entre femme et homme qui ne leur correspond pas.”

Et puis troisième exemple, j’ai gardé le meilleur pour la fin – Un activiste transgenre, qui parle de l’éventualité d’ajouter une case X : “Ce schéma à trois ne reflète pas la réalité scientifique qui pointe en réalité non pas deux ou trois sexes mais bien plus”.

Rebelles du genre – Dernière question, as-tu quelque-chose à ajouter ?

Alice – Oui, je voudrais faire une dédicace aux très jeunes radfem, pour qui j’ai beaucoup d’admiration et que j’encourage tout le monde à aller écouter dans le podcast de Marguerite Stern. Elle a donc fait une série qui s’appelle « Au peuple des femmes », où elle a rencontré plusieurs RadFem qui ont entre 18 et 21 ans, et qui sont exceptionnelles d’intelligence, de courage, de force, et de pertinence.

Rebelles du genre – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible.

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses.

Si vous souhaitez témoigner contactez nous par mail.

A bientôt, pour un nouveau témoignage de Rebelles du genre.

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