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Rebelles du genre – Épisode 46 – Lily

Ce témoignage a été rédigé par Lily et lu par une rebelle du genre

Lily – J’ai choisi de m’appeler Lily le temps de cette interview. J’ai 23 ans, je suis expatriée au soleil, bisexuelle, professeure de français et juive (je vais revenir sur ce point un peu plus tard). 

Je dirais que mon rapport au féminisme est informatif : je me renseigne beaucoup par la lecture (livres, médias engagés et comptes Instagram militants de divers horizons) et les podcasts, et je suis peu dans l’action, faute d’engagement concret possible. 

Il n’empêche que j’ai toujours plaisir à partager mes convictions et à lancer le débat avec les membres de mon entourage et, à mon humble avis, j’ai réussi à déconstruire pas mal d’idées reçues auprès des personnes que je fréquente. Chacune apporte sa pierre à l’édifice à sa façon !

Rebelles du Genre – Bonjour et bienvenue sur le podcast Rebelles du Genre. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole. 

Lily – Je vais essayer de vous résumer mon rapport au genre de ma tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. 

Quand j’avais entre 3 et 7 ans environ, je n’aimais pas les jeux dits « de fille », et cela a plus posé problème à mes instits qu’à mon entourage, pour qui ça n’avait pas d’importance tant que j’étais heureuse et bien avec mes amis, qui étaient exclusivement des garçons d’ailleurs. Je jouais aux voitures, aux billes, mon père et ma tante m’ont tout de suite appris à supporter leur club de foot fétiche et à 6 ans, je savais ce qu’était le « hors-jeu ». J’allais même souvent au stade avec mon père, ma tante et mon grand-père. Pas mal, pour moie qui n’étais qu’une fille, hein ? Et à  côté de ça, ma maîtresse de moyenne section ne voulait pas que les garçons utilisent du rose et les filles du noir pour les coloriages. 

A l’école primaire, je suis rentrée dans les standards qu’on attendait d’une petite fille mais sans qu’on ne m’y ait vraiment forcée, du moins pas explicitement : donc les robes, les Winx, les Totally Spies, Hello Kitty, etc…  Et ça ne m’a pas posé de problème, du moins pas que je m’en souvienne. Au passage, je me rappelle mon meilleur copain de l’époque, dont les autres garçons se moquaient parce qu’il ne jouait qu’avec des filles et que, comme elles, il aimait les princesses, les contes de fées. Ça m’énervait beaucoup qu’il soit pointé du doigt, mais lui, ça ne lui faisait ni chaud ni froid, et tant mieux ! 

En somme, comme bien d’autres enfants, j’ai été et l’actrice et la témoin des normes de genres, basées sur le sexe, qui modèlent les enfants.

Mon adolescence s’est passée sans que la question des LGBT+ ne soit au cœur de mes préoccupations. Toutefois, dans les trois établissements catholiques que j’ai successivement fréquentés, il y avait une rhétorique homophobe et misogyne bien ancrée, mais venant presque toujours du corps enseignant, pas vraiment répandue au sein des élèves. 

Au lycée, j’ai commencé à prendre conscience des enjeux des débats sur l’homosexualité et sur la condition de la femme quand j’ai découvert mon attirance pour les filles et que la loi Taubira était d’actualité. Des réflexions sont nées, mais mon cheval de bataille concernait plutôt ce qui touche au sexisme. N’ayant personnellement pas fait de mauvaise expérience sur le moment (même si des années plus tard, avec du recul, je me suis rendu compte que j’avais été harcelée, agressée, silenciée à plusieurs reprises), je ne me suis pas plus que ça interrogée. 

Quand j’avais 18 ans, j’étais en prépa littéraire. Je vais vous épargner les détails car ce n’est pas vraiment le sujet, mais les nombreux ouvrages de Nietzsche et du marquis de Sade comme philosophes ont totalement révolutionné le rapport que j’avais à mon propre corps et à mon environnement, déclenchant ainsi une libération de mœurs, sans laquelle je ne serais certainement pas la même personne qu’aujourd’hui. L’année de mes 18 ans est l’une des plus belles de ma vie ! Merci à mes philosophes préférés ! 

Entre mes 19 et 22 ans, j’ai découvert de nombreux comptes Instagram féministes, parmi lesquels @tasjoui, @irenevrose, @mecreantes, @jmenbatsleclito, ou encore @feminist. Progressivement, la question du transactivisme s’est invitée chez certains. J’insiste sur ce « progressivement », car c’est certainement ce qui a fait que je n’aie pas vraiment vu comment la question trans était venue grignoter de l’espace à la question féministe. Avec le recul, c’est bien la preuve que l’un a volé la place de l’autre ! 

Alors, je me suis abonnée à de plus en plus de comptes transactivistes à grosse audience comme @transnoir, @endolorix, @agressively_trans, @no.dick.pick, j’ai lu sans cesse des posts pour comprendre et saisir tout le nuancier de la transidentité. 

Jamais, ô grand jamais je n’ai remis en question tout ce que je découvrais pour deux raisons principales : j’étais comme fascinée (au sens positif du terme) par ces variétés d’identités, et les personnes trans sont en souffrance, il faut donc se plier à leurs revendications. Concernant le premier point, en tant que prof de français passionnée par les évolutions de la langue, j’ai trouvé incroyable qu’autant de mots émergent, que le langage puisse se démultiplier pour répondre à des exigences nouvelles pour des visibilités nouvelles.

Aussi, je ne voyais pas de problème à ce que chacun.e s’auto-identifie comme bon lui semble. L’inclusivité, le maître-mot : c’est plutôt pas mal, sur la forme ! Et force est de reconnaître que les comptes militants sont généralement très bien tenus : pédagogiques, interactifs, précis, équilibrés entre expérience personnelle et conclusions générales. Bref, sans être moie-même ultra investie concrètement, je trouvais ça intéressant et moderne. 

On disait de détester Dora Moutot, Marguerite Stern, J. K. Rowling, les assos l’Amazone et Osez le féminisme !, les « TERFs », les « SWERFs », alors je les ai détestées sans jamais chercher à comprendre le sens de leurs positions. Ben ouais, faut pas perdre son temps à écouter ces tarées qu’on n’hésitait pas à associer à l’extrême-droite d’ailleurs.

J’avais suivi de près la polémique sur le fameux coup de gueule des « TERFs » quant à la mention de l’identité de genre dans la loi contre les thérapies de conversion, et sans légitimer le harcèlement vécu par Dora Moutot, je m’en amusais un peu, elle l’avait bien mérité. 

Je répétais « Trans women are women », « Sex work is work » et d’autres litanies. Au passage, si les adeptes du féminisme libéral faisaient preuve d’un minimum de bonne foi, iels admettraient que personne n’inclut plus les prostituées que les prétendues « SWERFs », et que ces dernières sont même les seules et uniques à soutenir celles qui ont vécu l’enfer. SWERFs, vous dites ? 

Aujourd’hui, j’ai 23 ans, et il y a trois mois environ, Marguerite Stern, dont je regardais de temps en temps le compte Instagram, s’est mise à produire des podcasts avec de jeunes féministes. Par curiosité, j’en ai écouté quelques-uns… Et tout s’est recomposé dans ma tête. Ces femmes donnaient des réponses à des questions que je n’osais pas me poser de peur d’être moie-même une « sale TERF ». Je ne saurais pas expliquer à quel point ça a totalement changé ma vision du féminisme, vampirisée par le transactivisme, et du transactivisme lui-même. J’ai bingé les podcasts de Rebelle du genre, tous ceux de Marguerite Stern (ses cinq séries alors sorties), des interviews de Dora Moutot et de Joana de « Bois mes règles ». J’ai relu des contenus que j’avais approuvés comme un mouton, et je me suis demandé comment j’avais pu gober tout ça, tellement c’était… lunaire. 

J’ai alors lu les commentaires de certaines publications. Je précise que je ne les avais pas lus avant car le post se suffisait à lui-même. En voici qui sont assez mythiques : 

– « Arrêtez d’utiliser le mot « femme », c’est transphobe et excluant (…) Hitler et les nazis utilisaient aussi le mot « femme ». Le terme à utiliser est « personne à vulve » ou « personne qui menstrue ». Le mot « femme » est à bannir, merci ! » L’analyse de Lily : j’ai tout à parier qu’Hitler utilisait aussi les mots « arrêter », « exclure », « bannir » et « merci ». 

– « Ça fait quoi d’être une TERF ??? D’utiliser le mot « meuf » comme si tout était normal ? (…) Remets-toi en question et commence à déconstruire un peu ton privilège juif ». L’analyse de Lily : bon, déjà, c’est vrai que c’est pas normal de dire « meuf », il vaut mieux dire « femme », parole de prof de français. Ensuite, les juifs et les juives sont tellement privilégié.e.s qu’Hitler était jaloux d’elles et eux et qu’il les a condamné.e.s aux pires horreurs. Mais l’antisémitisme qui s’invite dans les luttes intersectionnelles, c’est une autre histoire, et je ne m’étendrai pas dessus car ce n’est pas le sujet. 

– « Jésus n’était sûrement ni « homme » ni « femme » : son expression de genre était très féminine (cheveux longs, lèvres pulpeuses), même s’il était une personne avec pénis. Jésus était un.e Palestien.ne queer et transgenre ». L’analyse de Lily : on me dit  dans l’oreillette qu’à cette époque, les hommes portaient les cheveux longs et que le fils de Dieu était bien un fils. On repassera pour les cours d’histoire, aussi.

– « La préférence génitale est bien transphobe. Refuser de sortir avec une personne parce qu’il s’agit d’une femme avec pénis ou d’un homme avec vulve est d’une violence extrême. Le problème, c’est qu’on nous apprend dès la naissance que le système hétéro est normal alors qu’il est discriminant pour bon nombre d’adelphes. Quand une femme trans tombe amoureuse d’une homme cis, celui-ci ne sortira jamais avec elle juste parce qu’il croit ne pas aimer les pénis… Il est là, le problème ». L’analyse de Lily : oui, c’est vrai que le système est hétéronormé et cela génère de l’homophobie. Mais on ne peut pas obliger les personnes hétérosexuelles à avoir des relations homosexuelles, enfin ça tombe sous le sens ! Mention spéciale pour le Freud de comptoir qui explique aux gens qu’ils connaissent mal leurs propres goûts. A ce propos aussi, je rappelle que, selon le transactivisime, vouloir coucher avec des personnes trans, c’est du fétichisme, mais ne pas vouloir coucher avec elles, c’est de la transphobie. De même, quand un compte féministe tenu par une femme parle des questions trans, c’est du vol de parole par les non-concernées. Si ledit compte n’en parle pas, il n’est pas assez inclusif donc transphobe. 

A méditer. 

Dans la série des incohérences, il y a aussi l’impossibilité de définir une « femme » et un « homme ». Par exemple, Lexie, femme transgenre tenant le compte @agressively_trans, dit elle-même ne pas savoir définir une femme, mais savoir qu’elle en est une. Elle dit aussi que son identité de genre « femme » n’a rien à voir avec sa « féminité », soit ses vêtements, son maquillage, en gros que ses robes ne sont pas liées au fait qu’elles se sente femme. Mais de qui se moque-t-on ! Séparer identité et expression de genre… c’est sexiste au mieux, au pire de mauvaise foi. Mais je pencherais vers la mauvaise foi, l’une des marques de fabrique du transactivisme. 

J’ai commencé à m’indigner des interdictions de l’ouvrir à coup de « Tu n’es pas concernée donc tu ne peux pas t’exprimer ». Comment ça, je ne suis pas concernée ? Je ne suis peut-être pas une femme trans, mais je suis quand même une femme, si des fois ! Désolée de te le dire, Lexie, mais oui, je suis plus une femme que toi, qui te prétends femme sans même savoir ce que c’est. Quand tu connaîtras un dixième de ma douleur chaque mois, un centième de l’angoisse que j’ai ressentie à chaque fois que j’ai cru être enceinte, un millième de la peur que je connais sy-sté-ma-ti-que-ment quand je prends les transports, un millionième de ma colère quand l’amendement garantissant le droit à l’avortement a été aboli dans le pays le plus influent du monde,  tu pourras dire que tu es autant une femme que moi. Porter des robes et du maquillage, tu as le droit de le faire, mais ça ne change rien à ma biologie comme à la tienne. Tu ne sais pas ce que c’est qu’une femme, alors laisse-moi te le dire, puisque j’en suis une. Je ne tolèrerai jamais qu’une femme trans, donc une personne qui a une bite et qui a été sociabilisée comme homme, explique aux femmes ce qu’est le féminisme, et surtout ce qu’est une femme. 

Petit message aux femmes trans : tous les désagréments (c’est un euphémisme) liés à notre sexe biologique n’ont absolument rien d’enviable. C’est vrai que pour beaucoup de femmes, donner la vie est quelque chose de merveilleux, mais là encore, neuf mois de possibles complications variées et plus ou moins intenses, c’est le prix à payer pour cet avantage… si c’en est un !

Lexie me répondra que mes propos sont d’une « violence extrême ». En effet, c’est l’expression à la mode pour écarter toute possibilité de discussion. Mais je crois que vous, les transactivistes, n’avez jamais pensé à vous demander ce que ça fait, dans l’autre sens.

Si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » de parler de sexe biologique au point de coller « Le sexe biologique n’existe pas », pensez à la violence extrême infligée à toutes ces filles par des mutilations sur et à cause de leur sexe (et non leur genre).

Si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » de parler de « femme » et non de « personne à vulve », je vous réponds que c’est d’une violence extrême pour moie d’être ramenée à mon entrejambe. 

Si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » de dire « les femmes trans ne sont pas des femmes », je vous réponds que c’est d’une violence extrême pour moie d’être assimilée à des personnes qui n’ont rien de commun avec moie en termes de biologie sexuelle. 

Redisons-le, si vous avancez que c’est d’une « violence extrême » que les lesbiennes refusent les pénis, je vous réponds que c’est d’une violence extrême pour elles qu’on leur en impose un. 

En plus, l’expression « violence extrême » m’insupporte au plus haut point. Les mots ont un sens, et les milieux intersectionnels ne cessent de le rabâcher. Apparemment c’est « psychophobe » de dire « fou amoureux », « un film de dingue », « j’hallucine », « sale con », etc. Eh bien moi, je pense que parler de « violence extrême » pour une erreur de pronom ou un accord fautif, c’est absolument disproportionné quand on sait toutes les violences qui touchent spécifiquement les femmes. Petit coucou à Dora Moutot, dont la campagne de haine lancée par Lexie a commencé par un « t’es pas content » au lieu de « t’es pas contente ». Si vous êtes convaincu.e.s de votre identité de genre, une maladresse d’expression ne devrait vous faire ni chaud ni froid !

Pour finir ce parcours dans la critique du genre, en mai, Marguerite Stern a publié une tribune sur sa colère de ne pas être mentionnée dans un film qui porte sur sa création, les collages contre les féminicides, à Cannes. Ça m’a révoltée. Elle m’a donné l’honneur de traduire cette tribune en anglais, pour la publier dans le média britannique The Critic. Le fait de sentir son indignation littéralement au mot le mot m’a d’autant plus confortée dans mes positions. Au passage, chers.e.s transactivistes, je ne sais pas comment vous pouvez vous regarder dans la glace après avoir harcelé et agressé une icône du féminisme, dont le nom mérite d’être gravé dans l’histoire, au point qu’elle doive être hospitalisée. 

Je vais vous faire une confession, chères auditrices : j’adore l’Italie. Je parle italien et j’ai même lu de la poésie italienne du XIVe siècle, c’est dire si je remonte aux racines. Je connais certainement Florence mieux que beaucoup de Florentins et Florentines. Je savoure avec plaisir la bonne nourriture italienne. Chaque été, je vais en Italie. L’histoire italienne, je la connais presque autant que l’histoire française. En plus, avec mon teint basané et mes longs cheveux foncés, on me prend souvent pour une méditerranéenne. Je suis donc une Italienne transnationale. … Quoi ? Comment ça, je ne suis pas Italienne ? Vous n’avez pas le droit de heurter mon ressenti ! C’est d’une violence extrême !  

Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes ? Pour leurs droits ? Pour les enfants ? Po ur la société ? Pour la démocratie ? 

Lily – Je vais la faire courte, du moins essayer, cette fois !

Pour les femmes : Comment peut-on se battre pour les droits d’une catégorie si cette catégorie ne peut plus être définie ? Ainsi, que vaut le féminisme si le mot « femme », au mieux est à préciser avec des termes tels que « cisgenre », « transgenre », « non binaire », au pire est à bannir ? Quand je dis « les femmes », j’ai envie de pouvoir me référer aux personnes femelles sans avoir à réfléchir à dix mille concepts derrière. Si tu es une femelle non femme, eh bien ne te sens pas concerné. Si tu es un mâle non homme, eh bien ne te sens pas concernée non plus. Pour les personnes intersexes, il s’agit effectivement de biologie. Alors, libre à toi de te sentir concerné.e. Si pour toute autre raison métaphysique tu ne te sens pas concerné.e, eh bien… ne te sens pas concerné.e. C’est mon droit de refuser des formulations contre- intuitives. De toute façon, arrêtons la mauvaise foi : vous savez très bien que quand on dit « les femmes », les concernées n’ont pas besoin d’un ou plusieurs adjectifs derrière pour savoir qu’on parle d’elles. 

Et pourtant vous l’avez sûrement entendu et continuerez de l’entendre, même dans ce témoignage, je n’arrive pas toujours à parler d’ « homme » pour « femme trans » et de « femme » pour « homme trans », car mon cerveau est vraiment trop conformé à l’autodétermination de chacun.e. 

Pour les femmes toujours, je pense notamment aux lesbiennes. A celles et ceux qui soutiennent que refuser un « pénis de femme » quand on est lesbienne est d’une violence extrême, vous n’avez jamais pensé à vous dire que c’est tout aussi violent dans l’autre sens ? Et si vous mettez la pression à la lesbienne en question et qu’elle accepte sous contrainte un pénis, rappelez-vous qu’une relation sexuelle par la contrainte, c’est un viol. C’est la loi. 

On atteint même un niveau supérieur quand on traite les lesbiennes de « fétichistes de la vulve », comme si une femme, ce n’était qu’une vulve. Alors j’ai un scoop : quand une femme est attirée par une autre femme, c’est aussi pour l’amour d’un corps développé d’une certaine façon avec ses formes et sa répartition des graisses, un timbre vocal souvent plus doux, l’intercompréhension par un vécu commun, une voix double contre les oppressions, le soulagement d’être avec quelqu’une qui nous ressemble et qui ne représente pas une menace patriarcale. 

Imposer un pénis à une lesbienne, ce n’est ni plus ni moins que de l’homophobie. Il en va de même pour les hommes hétéros, qui ne sont pas transphobes s’ils n’aiment pas les pénis, ou les femmes hétéras, qui ne le sont pas plus si elles ne veulent pas d’une vulve. De toute façon, je pense que le décentrement de sa propre petite personne est quelque chose qui manque vraiment aux transactivistes. 

J’ai un autre exemple sur la question des femmes. Megan Rapinoe, joueuse de football américaine, déjà connue pour avoir refusé de se rendre à la Maison Blanche sur invitation de Trump (ce que je trouve courageux et louable), a récemment publié une tribune qui défend le droit des femmes trans de concourir avec les femmes. Elle explique en effet que la santé mentale d’un jeune garçon transidentifié valait plus que le refus de jeunes filles d’avoir un garçon parmi elles. Mais n’a-t-elle pas pensé à se dire que le confort de plusieurs jeunes filles comptait aussi ? Que ces jeunes filles n’étaient peut-être pas à l’aise de partager un vestiaire avec un jeune garçon, d’autant plus si c’est pendant la puberté ? 

A ce propos, quand j’étais adolescente, j’étais complexée par mon corps, j’avais déjà du mal à me changer dans les vestiaires alors que c’était avec mes copines et qu’on était toutes logées à la même enseigne niveau amour propre. Je ne pense pas que j’aurais accepté qu’un adolescent transidentifié soit avec nous. Ça aurait été violent pour lui, j’en suis consciente, mais, parmi les transactivistes, qui penserait que c’est aussi violent pour toutes les filles en retour ? Ça ne m’aurait certainement pas remplie de joie de le refuser, mais ne serait-ce que mathématiquement parlant, mieux vaut une personne mal à l’aise que quinze. D’ailleurs, ce genre de situation mène une fois de plus à de la misogynie : on préfère expliquer à des filles mal dans leur peau qu’elles doivent se dénuder devant un garçon plutôt que rappeler aux garçons les règles de respect élémentaires pour que leur camarade se soit pas moqué ni rejeté. C’est exactement ce que vous dites dans votre intro : les femmes sont « conditionnées à la gentillesse ». 

Rapinoe a également démenti l’idée que « les femmes trans battent tous les records ». Je me suis renseignée, et elle a raison : c’est très caricatural, et les quelques cas où c’est vrai ne suffisent pas à en faire une généralité. Cependant, même si les femmes trans en question n’arrivent que 5ème, 8ème ou même avant-dernière, elle éliminera de toute façon une femme biologique, femme qui n’aurait pas été éliminée si elle avaient eu l’avantage d’avoir fait sa puberté en tant qu’homme. La mauvaise foi encore, vraiment une marque de fabrique !

Concernant les femmes également, la question de la transidentité fait encore une fois ressortir des doubles standards dans le traitement. Quand Marguerite Stern dit en ces mots qu’être une femme est une réalité biologique, elle subit des violences sans nom. Quand Julien Rochedy dit que les personnes trans sont dégénérées, c’est complètement passé sous silence, alors que c’est de la pure transphobie. Il en va de même pour Dora Moutot : des transactivistes ont collé des stickers « TERF » sur ses livres à la Fnac. Pourquoi n’ont-iels pas collé « FACHO » sur ceux de Zemmour, qui a fait référence à un médecin nazi en camp de concentration pour parler des enfants trans ? 

Pour les enfants : Imagine t’as fait 10 ans d’études pour être psychiatre, et là, t’as une enfant de 8 ans qui te dit qu’elle aime les voitures, ses parents te demandent le feu vert pour des bloqueurs de puberté, et si tu ne le leur donnes pas, tu peux être poursuivi.e pour thérapie de conversion. 

Non, je rigole. Mais imagine quand même. 

Imagine t’as fait 10 ans d’études pour être psychiatre et là t’as une ado qui a passé quelques mois sur Insta et Discord qui veut se faire déchirer un bout de peau pour avoir une bite parce qu’elle s’est auto-diagnostiquée trans demi-boy non binaire gender fluid, et si tu lui refuses le feu vert pour de la T, tu peux être poursuivi.e pour thérapie de conversion. 

Non, je rigole. Mais imagine quand même. 

Nothing to add. 

Pour la société maintenant : A mon sens, soigner la dysphorie par des transformations médicales dangereuses plutôt que par une réévaluation de son propre corps et un suivi psychologique, c’est de l’inconscience. 

On peut faire un parallèle entre la dysphorie de genre et la dysmorphophobie. La dysmorphophobie, pour la faire courte, c’est l’ensemble des troubles générés par l’obsession pour des défauts dans l’apparence. En gros, c’est la dysphorie de l’apparence physique. Prenons le cas d’un trouble dysmorphophobique bien connu : l’anorexie. Déjà, ça n’a pas de sens d’être « contre » l’anorexie ou « contre » la transidentité : c’est là, ça existe, c’est tout. Donc chut, les réacs. Cependant, cela ne nous empêche pas de nous interroger sur les sources du trouble, mais surtout sur les moyens d’y remédier autres que les transformations corporelles. Si une patiente anorexique demande à sa ou son docteur des médicaments pour maigrir encore plus et avoir le corps dont elle rêve, iel ne va jamais lui prescrire quoi que ce soit ! Bien au contraire, iel va l’aider à accepter son corps tel qu’il est, en dépassant justement cette dysphorie de l’apparence physique. Un suivi psychologique et/ou psychiatrique est tout à fait envisageable également.

A l’origine de l’anorexie d’une patiente, on sait très bien qu’il y a le culte du corps excessivement mince – donc maigre – dans les pubs, les magazines, la mode. Pour comment y remédier, je suis loin d’être une spécialiste, mais pour avoir traversé une phase d’anorexie, je peux dire que la réévaluation des qualités de mon corps, comprendre que je peux tout à fait être jolie et plus en chair, qu’un corps cadavérique n’a rien d’idéal, ça m’a beaucoup aidée.

Pour la dysphorie de genre, pourquoi ce serait différent ? L’origine, c’est la genrification extrême de tout : vêtements, jouets, couleurs, livres, sports, métiers, programmes TV, loisirs, produits d’hygiène & cosmétiques, rôle à la maison, image dans les médias et les pubs, et même jusqu’à la nourriture ! Alors pourquoi le soin, ce ne serait pas de détruire ces clichés, de la même façon qu’on détruit l’image du corps maigrissime parfait ? Je reste bien sûr consciente que face à une société aussi conditionnée, la tâche n’est pas aisée. J’y reviendrai. 

Pour finir, je tiens à dire j’apprécie sincèrement quand des personnes transgenres assument ouvertement qu’elles n’ont pas le sexe qu’elles auraient voulu avoir, au lieu de partir dans des démonstrations sans queue ni tête que le sexe biologique n’existe pas. J’ai vu plusieurs interviews de telles personnes, et c’est réconfortant de se dire qu’il y a tout de même quelques réflexions rationnelles. 

Pour la démocratie : Je pense que ce qui représente une menace pour la démocratie dans le transactivisme, c’est le refus de la liberté d’opinion et d’expression. Clin d’œil à ma maman, avec qui j’en ai beaucoup parlé. Disons les choses simplement : si vous n’êtes pas d’accord avec elles et eux,  vous n’avez pas le droit de parler. Les critiques de Marguerite Stern sont mises sur le même plan que les propos haineux de l’extrême droite. Ce n’est même pas caricatural ! En atteste la censure permanente de comptes n’allant pas dans le sens des transactivistes. Le pire, c’est que les moutons qui signalent en masse des critiques du genre n’hésitent eux-mêmes pas à appeler à harceler, insulter, voire proférer des menaces de mort. Evidemment, ces comptes se portent très bien et ne sont jamais inquiétés.

A l’heure où j’écris, le Twitter de Marguerite Stern a été définitivement supprimé, mais récupéré après une procédure d’appel. Voici la preuve qu’il s’agit d’une censure ciblée : une semaine auparavant, son compte avait été réactivé car considéré conforme aux règles de Twitter. Pendant toute la semaine suivante, elle n’a publié strictement rien de polémique. Seule une énième vague de signalements massifs peut en être à l’origine. Hélas, elle y est abonnée. Chers moutons qui signalent, rappelez-vous cette phrase de Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Il n’y a que les petits hommes qui craignent les petits écrits. » Donc si vous avez peur de quelque 240 caractères, c’est que vous n’êtes vous-mêmes pas grand-chose. 

Cette censure de la parole n’a guère de précédent depuis l’ère des réseaux sociaux, même pas chez l’extrême droite, où on trouve pourtant des contenus racistes, misogynes, antisémites, homophobes, lgbt+phobes haineux et violents à l’envi.

Là est la menace pour la démocratie : aux yeux des transactivistes, la frontière entre critique et haine n’existe plus. Preuve en sont des posts sur des comptes intersectionnels disant sans ironie que Charlie Hebdo et Valeurs actuelles, c’est la même chose. Donc un journal satirique dans lequel l’ex FEMEN et icône du féminisme Inna Shevchenko écrit, c’est pareil qu’un magazine qui dit en ces mots que les féministes sont « folles » et « hystérisent le débat ».

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité ou de façon anonyme ? As-tu déjà subi des pressions, des menaces, un danger perçu ou réel dans ton entourage (pro, perso, peur pour tes proches, etc.), ou, au contraire, te sais-tu en sécurité pour parler librement ?

Lily – Je souhaite être anonyme car je perdrais des ami.e.s si je faisais mon coming out radfem, or je considère que ces fortes amitiés doivent dépasser les désaccords sur des questions aussi polémiques. 

C’est la première fois que je partage le fruit de mes récentes réflexions, alors je ne suis pas du tout en danger par rapport à mes opinions. Cependant, la peur que peuvent éprouver certaines témoignantes m’indigne, et prouve des pratiques violentes maquillées en pseudo inclusivité.

Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ? 

Lily – Je vais un peu m’étaler, mais c’est la première fois que j’ai l’occasion de le faire. J’aimerais donc partager plusieurs anecdotes qui ont été de véritables déclics pour moie, et qui me maintiendront toujours dans mes positions actuelles. 

Première anecdote : Une personne que j’ai connue comme femme pendant mes études et qui se considère à ce jour comme homme trans non binaire m’a expliqué que refuser un « pénis de femme » quand on est lesbienne ou homme hétéro est transphobe car le rapport que l’on a à un pénis est une construction sociale. A ce titre, un pénis est associé à une façon de s’en servir. Il n’y a pas que les rapports vaginaux, buccaux et anaux, il y a une infinité de choses. Bon… tout ça pour dire que mon copain, hétéro, qui ne pourrait pas toucher une autre bite que la sienne, est transphobe ? Euh… non. 

D’ailleurs, cette même personne se dit « lesbien ». Il m’a écrit un long message, à mon goût bancal, pour m’expliquer pourquoi on pouvait être un homme lesbien. La raison principale, c’est que pas mal de femmes lesbiennes qui transitionnent se retrouvent, de fait, exclues de la communauté à laquelle elles appartenaient. Or, cette exclusion peut être vécue comme un délaissement, un abandon, voire de la transphobie. Il est donc “normal” que les hommes trans antérieurement femmes cis lesbiennes puissent rester « lesbiens », et être acceptés en tant hommes dans des communautés de femmes. Vous suivez ? Ou bien vous trouvez aussi que le transactivisme devient une caricature de lui-même ? 

Deuxième anecdote : Un instagrammeur transgenre de grande audience se fait connaître par un prénom masculin, appelons-le Thomas, qui a remplacé son deadname. Il a dit qu’il s’était « toujours appelé comme ça ». Oui, je trouve ça un peu ridicule. Thomas a d’ailleurs récemment dit qu’il était un homme trans non binaire. Il en a fait part à sa communauté courant mai comme s’il faisait une annonce incroyable, comme une femme annoncerait qu’elle est enceinte à sa famille, par exemple. A ce propos, j’ai l’impression que dans la communauté queer et les milieux intersectionnels, il y a une course à qui aura le plus d’étiquettes, et donc qui subit le plus d’oppressions, et donc quelle parole aura le plus de valeur. Je trouve ça tellement malsain de vouloir comparer les souffrances, et aussi terriblement dangereux : c’est une aubaine pour vouloir supprimer à des gens le droit de parler de leurs problèmes sous prétexte qu’iels souffriraient moins. Le transactivisme, c’est l’un des cas d’école : on en vient à dire que les femmes trans étant plus opprimées que les femmes cis, les femmes cis doivent fermer leur gueule quand on prononce le mot « femme ». 

Bien sûr, cette pseudo hiérarchie d’oppressions entre femmes cis et femmes trans, est une invention pure des femmes trans elles-mêmes, certainement en partie pour nous voler la parole. Or, rappelons-le, ces dernières sont toutes des hommes au départ. 

Mais revenons à Thomas ! Il avait également fait un post pour expliquer que les personnes transgenres sont celles qui cassent les codes… alors que c’est tout l’inverse, de mon point de vue. Il était par exemple fier de nous montrer son déodorant estampillé « homme », validant par extension le fait que les femmes et les hommes ne puissent pas se laver avec le même savon, se raser avec les mêmes rasoirs, se protéger des odeurs avec le même déo ! En se déterminant homme parce qu’on n’aime pas les choses « de femmes », au contraire, on appuie encore plus les stéréotypes de genre. 

Troisième anecdote : D’une manière générale, j’ai l’impression qu’être « non binaire » dans la société dans laquelle on vit, donc ultra binarisée, c’est s’inventer un problème. Je précise bien dans notre société, car dans bien d’autres cultures, la binarité n’est pas instituée. C’est peut-être pour se rendre intéressant.e. Je pense à une « personne à vulve » de grande audience sur Instagram ayant un passing totalement conforme aux stéréotypes de genre féminin qui se dit non binaire. Cela dit, elle correspondrait bien à cette expression, que j’ai dégotée sur un autre compte militant : « personne non binaire afab [assigned female at birth] dont le passing correspond à l’assignation de naissance ».  Là aussi, le transactivisme devient une caricature de lui-même. 

De toute manière, personne ne correspond à 100% à des clichés d’un bord ou d’un autre, tout le monde est donc non binaire, d’une certaine façon… D’ailleurs, selon cette même personne, le genre, c’est comme la couleur préféré : on ne peut pas expliquer pourquoi on est une femme de la même façon qu’on ne peut pas expliquer pourquoi on aime le bleu. En fait, « femme » et « homme », ça ne veut plus rien dire, et c’est affligeant. Ça me fait penser à un tweet dont l’auteur incendiait Marguerite Stern pour avoir utilisé le mot « femme ». Dans le même tweet, il parlait de « personnes qui menstruent » et de « mecs ». Donc pas de « personnes à pénis ». Donc les femmes sont bien invisibilisées, mais pas les hommes. 

Quatrième anecdote : Je suis abonnée à un journaliste et militant transgenre sur Instagram. En toute sincérité, je l’admire beaucoup pour ses réflexions sur des questions de société générales très pertinentes. C’est l’une des rares personnes des milieux intersectionnels qui porte ouvertement sa voix contre l’antisémitisme. Il a écrit un livre qui m’a bouleversée. Comme quoi, personne n’est tout blanc ou tout noir, et ça me semble important de le souligner. 

Il y a quelque temps, ce journaliste a fait une boîte à questions et a répondu à la question « Peut-on être féministe et gender critical ? » Sa réponse : non. En effet, selon lui, l’expression « gender critical » sert juste à ne pas dire « transphobe ». En fait, ça veut simplement dire qu’on ne peut pas critiquer sans être accusée de haine, de rejet. C’est d’une absurdité sans nom ! 

J’aimerais insister sur ce point : le problème que beaucoup de gender criticals ont, c’est qu’il n’y a pas le droit de remettre quoi que ce soit en cause, ni même d’interroger seulement. Cet amalgame entre critique et rejet, violence est vraiment épuisant, et je ne connais aucune autre minorité à ce point hermétique à la critique. Il suffit juste d’appliquer la logique des transactivistes à d’autres domaines pour comprendre à quel point on est dans une censure extrême de la parole. 

Moie, Lily, je suis juive, et je suis la première à critiquer les incohérences et la misogynie de ma religion et à en débattre avec mon grand-père rabbin. Pour autant, suis-je antisémite ? Ce serait la meilleure ! 

Pourquoi peut-on critiquer l’islam sans être islamophobe, mais pas le transactivisme sans être transphobe ? 

Dans les commentaires d’une publication, une personne m’a répondu que penser qu’une femme a une vulve et un homme un pénis était transphobe car ça revient à nier l’existence même des personnes trans. Pourtant, quand on critique la religion en niant l’existence de Dieu, ce qui est tout à fait accepté et, plus encore, un puits sans fond pour débattre, on nierait aussi l’existence même des croyants et croyantes, puisqu’il n’y a pas de Dieu ! Est-ce pour autant qu’on remet en cause l’existence des fidèles ? Ben non, on exprime juste notre opinion ! Bref, la moindre discussion ou tentative de discussion est stérile.

D’une manière générale, j’ai l’impression que créer des mots qui se terminent par « phobe » ou « iste » est le nouveau moyen de mettre à pied toute opinion contraire à la nôtre. Il faut savoir distinguer critique et reproche de l’appel à la haine et à la violence. Ces nouvelles tendances font que parfois, on ne peut plus rien dire. Je ne parle pas du tout des pseudo-blagues misogynes et racistes qu’on connaît bien, mais de la réserve voire la peur perpétuelle de mal nommer les choses quand on veut en parler et d’être toujours transphobe d’une façon ou d’une autre. 

Par exemple, une militante a tweeté « Quand vous dites « les femmes cis et trans » au lieu de « les femmes » et « les femmes et personnes sexisées » au lieu de « les personnes sexisées », vous êtes transphobe ». J’ai beau chercher, me mettre dans la logique des transactivistes… eh bien je ne comprends pas pourquoi. 

Et si je voulais moi-même nommer les choses en bonne et due forme selon les critères des queers, je ne vois clairement pas ce que je pourrais dire d’autre. En fait, quoi qu’on dise, on risque de se faire accuser de transphobie. Et si on va vers la simplicité, il y aura toujours quelqu’un ou quelqu’une pour nous expliquer que non, ça ne va pas. Voici ce que j’ai pu recueillir sur divers comptes transactivistes : 

– si je dis « les femmes », c’est pas assez précis ; si je dis « les femmes cis et trans », il manque les intersexes et les non binaires ;

– si je dis « les femmes cis, trans, non binaires et intersexes », on suppose que ça ne forme pas un tout uni et que les femmes non cis ne sont pas vraiment des femmes puisqu’on les distingue dans la dénomination ;

– il faut dire « les femmes » tout court. Mais le serpent se mord la queue, puisqu’on vient de voir que « les femmes » seul, ça marchait pas ; 

– si je dis « les personnes sexisées », ça vole le mot « racisé » aux luttes antiracistes, et certaines dites femmes qui ont un pénis trouvent ça transphobe. 

Bref, on sort ja-mais de là. Mais genre jamais. Vraiment jamais. Ma conclusion, c’est que j’ai le droit de dire « les femmes » si je veux parler des femelles, et rien ne me semble plus logique. 

Revenons à nos moutons, avec ce journaliste. Selon lui, les femmes cisgenres reproduisent l’oppression patriarcale sur les femmes transgenres. Laissez-moie en douter. 

Je n’ai jamais vu une femme harceler ou agresser une personne transgenre. En revanche, j’ai déjà vu des hommes agresser des femmes transgenres. 

Je n’ai jamais vu de collage de l’Amazone appelant à tuer les femmes transgenres. En revanche, j’ai déjà vu des collages et tags de femmes transgenres appelant à tuer des femmes. 

Je n’ai jamais vu une femme imposer une vulve à une femme transgenre. En revanche, j’ai déjà vu une femme transgenre imposer un pénis à une femme. 

L’adage « Trans tué.e.s, TERFs coupables » et ses déclinaisons démontrent la misogynie inhérente au transactivisme, car 100% des assassins de personnes trans sont des hommes. Mais là encore, c’est clairement plus facile de s’en prendre aux femmes qu’aux criminels. Au fond, c’est comme dans les affaires de viols, où on trouve toujours un moyen de « prouver » que la femme est fautive alors qu’elle a subi un crime (oui, le viol est bien un crime dans la loi, et nous en sommes redevables à Gisèle Halimi). 

La conclusion, c’est que si oppression il y a, cela vient des personnes transgenres et non des femmes. Dès lors, certaines femmes transgenres ne sont que la réplique du système patriarcal oppresseur : on appelle à tuer (« Sauve un trans, butte une TERF »), à violer (les lesbiennes forcées à accepter un pénis par exemple), à silencier (les dérives violentes du transactivisme, le refus de la critique). Si pour les femmes trans, l’oppression c’est de ne pas accéder à des domaines et lieux réservés aux femmes biologiques, il suffit de rester homme : là, elles auront tout ce qu’elles veulent !

Si des transactivistes m’écoutent et s’indignent de mon discours généralisant, j’anticipe la réponse : je ne mets pas tous les œufs dans le même panier, mais il y a une omerta évidente sur les problèmes posés non pas par les personnes trans elles-mêmes, mais par leurs modes d’action et leurs revendications qui n’ont pas lieu d’être. Si vous ne dénoncez pas et ne parlez que de ce qui vous arrange, vous êtes complices. 

Tout le monde est au fait de ces dérives voire violences, et je pense qu’il est de la responsabilité des transactivistes les plus influents, comme @agressively_trans, @lecoindeslgbt, @loulouparfois, de dire explicitement à leur communauté de cesser de harceler. Hannah d’@endolorix est une transactiviste qui commente des tweets transphobes, mais précise à chaque fois de ne jamais aller s’en prendre à qui que ce soit. Pouvons-nous pour autant la remercier, ou est-ce simplement normal de retenir les gens de vider leur haine… et donc de respecter la loi ? Il n’en reste pas moins que beaucoup suivent la démarche contraire, implicitement ou explicitement. Par exemple Lexie d’@aggressively_trans : elle a fait de Dora Moutot sa victime désignée pour un « e » manquant. Quand @lecoindeslgbt a longuement expliqué pourquoi Dora Moutot, toujours était une « TERF », il n’y a pas eu d’appel à la haine, seulement à se désabonner. Mais voilà, les responsables du compte savaient très bien que ça générerait une vague de harcèlement massif contre elle. On en revient au point de départ : ne rien dire, c’est être complice. 

Cinquième anecdote. Tout à l’heure, je disais les femmes trans étant soi-disant plus opprimées que les femmes cis, ces dernières doivent fermer leur gueule quand on prononce le mot « femme ». Je vais illustrer ça tout de suite : j’ai récemment lu un tweet sur une campagne de pub de Tampax avec un homme transidentifié. Qu’un homme trans, c’est-à-dire avec un sexe féminin, fasse ce genre de campagne, pourquoi pas. Mais un mâle, c’est juste le summum de l’indécence, une instrumentalisation des règles pour servir les dérives du transactivisme. Ce genre de campagne n’est là que pour flatter des hommes en leur donnant la parole sur NOS sujets. Point. 

Dans le même genre, dans l’un de vos podcasts, une témoignante évoque un homme transidentifié qui a présenté un certificat médical à son employeur pour endométriose. Mais on se fout de la gueule de qui ? Et quel.le transactiviste relayerait cette info ? Cela dit, si les hommes avaient la moitié du quart de nos douleurs chaque mois, le congé menstruel existerait depuis bien longtemps. 

Sixième anecdote. Allez, une dernière ! Marguerite Stern a récemment créé un site internet pour centraliser son travail, anticipant (à raison) la censure sur les réseaux sociaux. Une personne trans a invité en story ses abonné.e.s à signaler en masse son site, tout en précisant n’en avoir lu qu’une partie car « c’est trop horrible » et en poussant sa communauté à surtout NE PAS lire ! Ça m’a laissée bouche bée. Quand on se met à censurer un contenu sans connaître le contenu en question, il y a vraiment un problème. C’est bien ça, la définition d’un mouton ? 

Concernant Marguerite Stern aussi, elle a récemment fait un test sur Twitter : elle a tweeté « Les femmes sont des homo sapiens femelles ». Ni une ni deux, le tweet est censuré. Elle a tweeté dans la foulée « Les femmes sont des homo sapiens mâles ». Là, ça passe crème. 

Rebelles du genre – As-tu quelque chose à ajouter ?

Lily – Oui, je voudrais ajouter trois petites choses. 

D’abord, malgré mes prises de position devenues radicales, je n’en respecte pas moins les personnes qui se transidentifient. Si une personne me demande de la genrer et de la nommer d’une certaine façon, je pense que c’est normal de le faire, en sa présence comme en son absence. Le problème est plus profond qu’un simple prénom et de simples accords, et je ne veux pas générer un quelconque mal-être qui s’apparenterait à de la méchanceté gratuite. En effet, je pense que transitionner est le résultat d’une société réfractaire au fait que l’on sorte des cases imposées. Entendez par là que si un homme qui aime le maquillage et les talons décide transitionner pour devenir une femme, c’est parce que la société ordonne aux femmes de porter du maquillage et des talons, et qu’elle ne peut pas concevoir qu’un homme aime porter du maquillage et des talons. Plus que ne pas pouvoir le concevoir, elle en vient à l’interdire. Cela se traduit concrètement par les agressions de femmes trans par les hommes eux-mêmes. Aussi, n’oubliez pas que jamais une femme n’ira violenter une femme trans. 

Malheureusement, tant que cet imaginaire collectif ne sera pas restructuré, ce sera toujours plus acceptable d’être une femme transgenre qu’un homme qui aime le maquillage et les talons.  En ce sens, je comprends tout à fait que la transition soit le seul recours possible : puisque je ne peux pas faire comme les femmes, alors je vais en devenir une. Si ça permet à des personnes de mieux se sentir, soit.

Mais ce n’est pas parce qu’on a transitionné qu’on peut se prétendre « femme » à tout point de vue, ainsi s’octroyer de nouveaux droits et revendiquer ce qui revient aux femmes biologiques, comme leurs espaces de parole, le sport et les vestiaires, les foyers pour femmes en détresse, les marches lesbiennes, les têtes de cortège de manifestations féministes, etc. 

A ce propos, récemment, dans un post du média féministe très libéral Madmoizelle, j’ai soutenu J. K. Rowling par rapport à la cancel culture, pas pour défendre ce qu’elle dit, mais défendre son droit de s’exprimer. Ce commentaire a été parmi les plus likés de la publication ! C’est là que je veux en venir : pour moi, c’est la preuve que certaines femmes pensent un minimum comme noues, les critiques du genre, mais qu’elles n’osent pas le dire. Liker, c’est une façon d’adhérer en douce. 

Plus encore, je suis certaine que bien des femmes du féminisme libéral savent, au fond d’elles, que l’engouement autour du transactivisme et son refus de définir des choses juste évidentes n’ont pas de sens. Ces femmes se posent des questions sans oser les poser à un tiers, car le simple fait de rentrer dans le débat fait d’elles des sales TERFs transphobes. Je le sais, car j’en faisais moi-même partie, de ces femmes. 

Je pense que l’effet de groupe a beaucoup à voir dans tout ça. En ayant pour seul possible appui celles qui sont cataloguées comme « TERFs », on peut difficilement se sentir légitime pour critiquer des inepties et des « raisonnements » plus que contre intuitifs. 

Même si elles ne le disent, les femmes savent ce qu’est une femme. La composante commune à toutes les femmes, c’est d’avoir des chromosomes XX ou une variation pour les femmes intersexes et basta. Certaines femmes n’ont pas leurs règles, sont stériles, n’ont pas de poitrine ou pas d’utérus, mais les chromosomes XX, c’est UNIVERSEL. A partir de là, sans chromosomes XX ou intersexualité, se dire « femme », ce n’est pas en être une : c’est s’approprier des codes, de la même façon qu’on peut être Française tout en adoptant les codes culturels des Italiennes. Personnellement, j’aurais adoré être franca-italienne, mais aucune ascendance ne me ramène à la botte. Alors je me contente d’apprendre la langue, la culture et l’histoire, de lire en italien, de voyager en Italie dès que l’occasion se présente. Ce n’est d’ailleurs pas une imitation grossière consistant à manger des pâtes et des pizzas en disant « ma que !!! », comme un homme qui se contenterait de mettre une jupe et du rouge à lèvres pour dire « je suis une femme ». 

Les femmes trans savent qu’elles ont beau se nommer « femme », elles n’en seront jamais une à 100%, malgré tout ce qu’elles peuvent faire pour y ressembler. Je pense que les mille et un raisonnements pour prouver le contraire sont l’expression d’une frustration intérieure. Je veux dire que les personnes trans compensent le fait qu’elles n’aient pas le sexe biologique qu’elles auraient souhaité en démontrant (lol) que le sexe biologique n’existe pas.  

Ensuite, je pense que les gens qui se disent gender criticals tout en clamant que les garçons doivent jouer au foot et porter des pantalons tandis que les filles doivent jouer à la dînette et porter des jupes sont en réalité tout sauf gender criticals desservent complètement notre lutte. Ces personnes rétrogrades ne sont pas mes allié.e.s, je le clame haut et fort. Comme je viens de le dire, c’est à cause des gens comme ça que naissent la dysphorie de genre et tout ce que ça engendre. Le but des gender criticals n’est pas de dire « Le rose, c’est pour les filles », mais « Le rose n’a pas de genre ou de sexe. » Dire que le bleu c’est pour les garçons et le rose pour les filles, c’est du sexisme déguisé en critique du genre, ce n’est donc pas de la critique du genre. 

Ainsi, en tant que critique du genre comme construction sociale, je refuse d’être assimilée aux « féministes » type Némésis, Antigones, ou, d’une manière générale, aux groupes identitaires et/ou intégristes. Ce sont à cause de telles personnes que les féministes radicales sont associées à l’extrême-droite. Pour elles, la transidentité (comme la prostitution, d’ailleurs) est à écarter pour des questions de bonnes mœurs et par refus de ce qui n’est pas dans les rangs. Pour les féministes radicales, c’est une réflexion autour des droits de la femme qui s’impose, et non pas un rejet pur et simple parce que ce n’est pas conventionnel. J’ai d’ailleurs horreur des conventions. 

Enfin, j’aimerais rendre femmage à une femme que j’ai mentionnée à plusieurs reprises : Marguerite Stern. Depuis quelques mois, elle est devenue petit à petit une véritable modèle pour moi à bien des égards. La force et l’énergie qu’elle a dégagées avec FEMEN, l’idée géniale au sens littéral de porter nos luttes aux yeux de toustes dans la rue par des collages percutants, le maintien de ses convictions coûte que coûte malgré le harcèlement massif, ses séries de podcasts qui ne peuvent pas laisser indifférent.e… Tes mots m’ont accompagnée mai et juin durant, tant et si bien que j’avais l’impression que nous marchions ensemble. Depuis, tu es pour moi autant synonyme d’enseignement que de libération. Merci, Marguerite. 

Je suis ravie d’avoir enfin pu m’exprimer librement, même si anonymement. C’est soulageant de pouvoir dire « les femmes » pour se référer aux… femmes ! J’ai beaucoup blablaté, mais c’est la première fois que je peux le faire, alors j’en profite. Merci de m’avoir écoutée jusqu’au bout.

Rebelles du Genre – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

S’’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

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