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Rebelles du genre – Épisode 49 – Chantal

Chantal – Je m’appelle Chantal, je me décris comme lesbienne, féministe. J’ai un peu plus de 50 ans. Je suis parisienne et j’ai toujours évolué dans le milieu LGBT, puisque j’ai participé en 94 à la création de ce qui s’appelait à l’époque le centre gay et lesbien, près de Bastille, et j’ai eu deux enfants en coparentalité avec un homme gay.

Dès l’ouverture du centre gay et lesbien, près de Bastille, en 94, on a senti le besoin d’un moment d’accueil non mixte réservé aux femmes, évidemment aux femmes nées femmes, avec une expérience de femme, une éducation de femme, parce que la plupart des moments d’activité étaient souvent accueillis par les homosexuels hommes, par les gays, et on a senti le besoin d’un moment d’expression sèche pour les femmes, réservé aux femmes, et donc non-mixte. Ça s’est appelé le vendredi des femmes. Et j’y ai toujours plus ou moins participé. J’ai rencontré celle qui est devenue la marraine de mes enfants, en 94, au deuxième vendredi des femmes, que j’ai animé ensuite. Ensuite, je suis revenue participer, entre 2006 et 2012. À l’époque, Christine Le Doaré, d’ailleurs, était la présidente du centre, et j’invite toutes les auditrices à lire son livre, qui s’appelle “Fractures : comment le mouvement LGBT a perdu son L”. 

À partir de 2012, j’ai suivi une formation sur la démocratie participative et l’animation des débats. Et donc, je me suis lancée dans l’animation de rencontres, d’échanges, au sein du vendredi des femmes. Alors, par exemple, je vous donne quelques thèmes des débats que j’ai pu animer : “Des gouines rouges à la PMA pour toutes : la place des lesbiennes dans la société”, un autre sur le désir lesbien “Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une autre femme ?”, un autre où nous avions invité Odile Fillod, sur “Le clitoris, cet inconnu” (Odile Fillod étant celle qui a fait la première échographie du clitoris), et un autre débat, qui a eu beaucoup de succès, qui s’appelait “Femmes, comment pécho ?”

Là, il y avait beaucoup de participantes. Et j’y ai vécu de grands moments de sororité, d’écoute, de bienveillance, d’échanges et aussi, de ce qu’on appelle en anglais “empowerment”, c’est-à-dire où on se sentait plus fortes ensemble. 

En 2018, mon amie et moi nous avons suivi une formation à la transidentité, imposée par le Centre LGBT à tous ses bénévoles, une formation qui était menée par Sam (ex Marie-Hélène) Bourcier, pour ceux qui la connaissent. Et nous étions donc les seules femmes présentes. Et parmi les discours qu’elle nous a tenu, elle a dit, en substance, ceci : “Un homme attiré par les femmes, mais se sentant lui-même une femme, pourrait se retrouver en couple lesbien.” Et là, mon amie et moi nous avons protesté, en disant qu’on ne pouvait pas utiliser le mot de “Lesbien” pour cet homme hétéro, et qu’il n’aurait, évidemment, pas du tout ni le même vécu, ni la même expérience de la lesbianitude, du gouinistan, que les femmes qui, elles-mêmes, avaient ce coming out à faire, cette révélation, et cette appropriation de leurs désirs, et cette affirmation d’un désir sans hommes (qui reste quand même toujours dans une société patriarcale, masculine, profondément misogyne, où les lesbiennes sont souvent plutôt vues comme des agréments pour les films pornos). Ça reste des moments très difficiles et, bien sûr, un homme ex-cis-hétéro n’aurait pas du tout eu ce même parcours et ces même épreuves. 

Ce à quoi Sam/Marie-Hélène Bourcier a répondu : “Oh, vous les lesbiennes, de toute façon, vous êtes contre tout. Notre parole n’avait absolument aucune importance.” Ça, ça a été la première étape où je me suis rendu compte qu’il y allait y avoir un problème avec la transidentité. Et effectivement, lors d’un débat sur la santé des lesbiennes, il y a deux hommes avec du fond de teint, une jupe, des talons hauts, (toutes les caricatures du genre féminin que justement beaucoup de lesbiennes refusent) qui sont venus pour participer à cette réunion.

Et très vite ils ont monopolisé la parole parce qu’il en est ainsi et tout le monde l’a vu dans des réunions que ce soit professionnel ou familiales les hommes se sentent toujours autorisés et légitimes à parler, alors que les femmes il faut beaucoup plus souvent les solliciter, leur demander leur avis, elles vont plus spontanément écouter.

Et donc ces deux hommes ont complètement ruiné mon débat sur la santé des lesbiennes, puisqu’ils se sont mis à parler, à interrompre tout le monde, à parler entre eux… Et pour finir, le débat a évolué sur le cancer de la prostate ! Un grave problème de lesbiennes ! On le sait bien !

Quand j’en ai parlé à la salariée du centre, elle a dit que c’était moi qui avais mal géré le débat, donc me faisant reporter, bien sûr, sur moi, la faute.

Bon ensuite est arrivé le covid, la fermeture du centre, et c’est vrai qu’à la reprise il y a eu deux événements d’abord j’ai trouvé que les opinions étaient beaucoup plus en opposition : que ce soit des anti-vaccins, des pro-vaccins…

Enfin bon et que du coup les débats étaient très difficiles à mener.

J’ai arrêté d’animer des débats parce que l’ambiance était telle qu’il n’y avait plus moyen de discuter ensemble et ensuite parce que l’entrisme des trans était de plus en plus fort, et que si un homme se désignant comme femme voulais participer et si moi en tant qu’animatrice je lui répondais que c’était non-mixte et qu’il n’avait pas à venir, du coup le débat entre les participantes porterait uniquement sur sa présence ou non, et ça risquait bien sûr de faire des disputes et en plus j’étais desavouée par le Centre LGBT lui-même.

Nous avons été convoquées par (je dis nous puisque c’était les animatrices du vendredi des femmes) on a été convoquées par les membres du bureau, pour (beaucoup de guillemets) “résoudre notre problème avec la transidentité” et donc il nous avait été imposé de suivre une formation à la transidentité ; j’ai dit que moi je l’avais déjà suivi et que ça m’apportait rien et les filles ont refusé en demandant à ce qu’une formation à la prévention du sexisme et à la misogynie soit aussi introduite dans la formation du bénévole, au centre, puisque on trouvait que si le vendredi des femmes avait été créé donc quand même il y a 28 ans c’est bien qu’il y avait nécessité d’un espace non-mixte ou la parole safe pouvait se dire et que du coup il était important de former là aussi les bénévoles du centre pour que au moins ils aient conscience des présupposés qu’ils ont pour l’accueil des femmes. ! 

Voilà. 

C’est mon parcours ! 

Les deux derniers événements bien sûr c’est la manifestation du 8 mars 2022 où énormément de pancartes sur la transidentité, énormément d’affiches étaient contre ce qu’ils appellent des TERFS, des féministes excluant les trans. 

J’ai trouvé ça très violent : comme si la première chose qu’il fallait faire le 8 mars c’était exclure des féministes, surtout que l’on sortait d’une période de confinement où on sait que les violences domestiques avaient considérablement augmenté.

La situation s’est reproduit à la Marche des fiertés puisque le slogan était clairement une revendication trans, et oubliait toutes les revendications lesbiennes, féministes, et même gay.

RDG – Est-ce que tu peux nous dire le slogan s’il te plaît ? Le mot d’ordre ? 

Chantal – “mon corps, mon choix, ta gueule” ce qui est quand même violent et puis surtout encore énormément de pancartes “terf out” etc.

Je trouve que ces couillus avec des fonds de teint sont… Moi j’ai tendance à parler de “couillus” pour parler des hommes de sexe biologique parce qu’après tout dans l’utilisation “celle-là, elle en a” ou “il en a” on voit très bien de quoi il est question, et je trouve que ça ramène au corps biologique et aussi à l’éducation qui va derrière donc…

Je trouve que le fait que, ces couillus avec du fond de teint s’attaquent au féminisme, c’est une preuve de lâcheté. 

Parce que je ne les vois pas du tout faire les mêmes manifestations dans les milieux masculinistes ou Zemmouriens et ça rentre dans la domination masculine.

Voilà, ce sont ces différents éléments qui ont fait que j’ai signé une tribune luttant contre l’invisibilisation des lesbiennes dans le mouvement LGBT et qu’à l’issue de cette signature j’ai été exclue du Centre LGBT et désignée comme transphobe. 

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société ou pour la démocratie ?

Chantal – Eh bien déjà ça invisibilise complètement les combats des femmes. En tant que femme biologique, on grandit dans un corps de jeune fille. Il y a cette obligation d’inclure à chaque fois les femmes avec pénis donc, les hommes avec des fonds de teint : ça renforce la binarité ! 

Par exemple on voit les hommes qui se disent femmes dans les médias quand ils réussissent par exemple à aller dans des compétitions sportives, ou quand ils se font élire à des postes de responsabilité ; par exemple : la loi sur le conseil municipal, qui veut que les listes soient paritaires, (un homme/une femme) va-t-on voir “des femmes avec pénis”, des hommes se disant en femme, prendre les places des femmes biologiques des femmes “nées femmes” (vraiment femme) au sein des conseils municipaux ??

On pourrait parfaitement avoir des conseils municipaux plein “d’êtres humains à pénis” certains se revendiquant hommes, certains se revendiquant femmes, mais ils ont au fond la même éducation, le même mode de pensée, la même culture, et donc ça silencie, ça bâillonne, ça empêche d’utiliser les bons mots…

Moi je repense à la phrase de Camus “mal nommer un objet n’apporte que du malheur dans le monde” ben là on nomme mal des êtres humains !

Il y avait le rapport sur l’inceste qui dit que c’est encore 90% des filles qui souffrent d’inceste. Bien sûr qu’il y a des personnes qui sont incestuées de tous les genres et qu’il y a des personnes qui sont violées de tous les genres, (même si ce sont majoritairement des femmes qui sont violées) par contre les violeurs sont systématiquement des hommes ! Et on aurait plus le droit de le dire ! Donc ça supprime les lieux safe pour les femmes qui a été quand même déjà très difficile à obtenir ;

Ça supprime les critères de parité, au sein des conseils municipaux, au sein des députés, au sein des conseils d’administration des entreprises… Ça renforce la binarité parce que pourquoi un homme qui voudrait se maquiller serait forcément une femme ? Au contraire, il faut lutter… (enfin lutter…) pour que les hommes se débrouillent ! Et que s’ils ont envie de se maquiller, qu’ils prennent le droit de le faire ! Sans emmerder le voisin, et notamment les femmes ! 

Ça peut empêcher certains progrès : par exemple moi je suis favorable à ce qu’on installe des distributeurs gratuits de protection périodique dans les collèges et les lycées, …bon, les revendications trans font qu’ils veulent également que ce soit installés dans les toilettes pour homme : bien sûr pour les garçons avec leurs règles ! (des filles, bien sûr). Il va sans dire que ça multiplie le coût, ça multiplie les risques de dégradation, et donc au final ça ne se fait pas ! Alors que ce serait très utile pour les filles d’aujourd’hui.

Et enfin on a l’impression… Enfin pour moi, je le vis comme une appropriation identitaire, c’est-à-dire que tous les combats des féministes qui a eu avant nous c’est couillus avec leur fond de teint, leur maquillage et leurs hauts talons ils viennent nous dire “bah Vous vous êtes pas des vraies femmes c’est nous les vrais femmes !” et donc ils renforcent les stéréotypes de genre, je dis. Mais qu’est-ce que ça veut dire “je me sens femme” ?? Ça veut dire qui correspond à des stéréotypes de genre du type “il est doux” “il aime jouer à la poupée” ?? Dans ce cas-là, bats-toi pour être un homme qui a le droit de faire ce qu’il veut !!

Et d’ailleurs, dans les temps anciens, jusqu’à assez récemment, il y avait une loi qui interdisait aux femmes de mettre un pantalon ! C’était dans la loi, c’était dans la législation ! Il n’y a jamais eu aucune loi qui interdisait aux hommes de mettre une jupe ! Ni de se maquiller ! C’est juste qu’ils n’osent pas, ils ont pas les couilles pour le faire, ils sont trop lâches, voilà.

Et donc ils préfèrent s’en prendre aux femmes, c’est tellement plus facile !

Donc on se retrouve avec des bars où il y a marqué “bar de filles” et où quand on arrive, il y a une majorité d’êtres humains à pénis, de tous les genres ; on se retrouve dans des réunions avec des hommes qui se prennent pour des femmes, qui monopolisent la parole !

Cette auto identification fait que ça peut arriver à n’importe quel moment dans la vie, c’est-à-dire qu’on a une personne par exemple notre “homme cis” là, qui a vécu toute sa vie en tant “qu’homme cis” voir hétéro, disons “homme normal” si vous préférez, j’aime pas non plus le terme “CIS, donc un hétéro et qui d’un seul coup va se revendiquer une identité non seulement de femme, et même de lesbienne, et du coup s’imaginer aussi légitime que quelqu’un qui a effectivement vécu au quotidien toutes les pressions du monde hétérosexuel, patriarcal, dominant. 

Moi j’ai vu une personne qui avait été directeur de maison de retraite donc il avait certainement une belle vie, un bon salaire, il avait certainement fait travailler les femmes dans des conditions précaires, et puis qui a 65 ans dit ah bah maintenant je suis une femme, je prends de l’œstrogène je me fais pousser des seins et voilà.

Et enfin je connais au moins deux personnes qui m’ont rapporté avoir eu des propositions très désagréables et limite du harcèlement de la part de pseudos femmes trans expliquant que puisqu’elle se sentait femme, la copine qui était lesbienne devait sortir avec elle ! Non !

Et du coup le problème est toujours reporté vers les femmes : c’est “si tu ne sors pas avec moi c’est que toi tu as un problème avec le pénis”.

Non. 

Je ne sors pas avec toi parce que moi je préfère les femmes et toi tu n’es pas une femme. Voilà. Il y a au moins deux personnes qui m’ont rapporté avoir eu, comme ça, du mal à sortir du harcèlement d’une trans qui voulait à tout prix coucher avec une lesbienne. 

Je voudrais revenir aussi sur la notion de ce qu’ils appellent le “plafond de coton”. Ce serait le Graal à atteindre : réussir à coucher avec une lesbienne, briser le plafond de coton. Pour moi, ça rappelle beaucoup le viol correctif qui se faisait notamment en Afrique du Sud contre les lesbiennes, et donc c’est absolument scandaleux. C’est comme les pancartes “Terfs au bûcher”. Si ça ne vous rappelle pas la chasse aux sorcières… 

C’est terrible. J’ai l’impression d’une immense régression et d’une immense violence. 

RDG – On pourrait même appeler ça de la thérapie de conversion, finalement : forcer une femme lesbienne à coucher avec un homme.

Chantal – Oui, tout à fait. Ça y ressemble beaucoup. Et puis, faire porter sur elle le problème : “C’est toi qui as un problème avec le pénis”. Ce qui est d’ailleurs amusant, mais on pourrait relever toutes les incohérences de cette idéologie trans. C’est, par exemple, au planning familial, lorsqu’on va vous dire : “Ah, mais le phallus ce n’est rien, c’est juste un organe, ça n’a au fond aucune importance.”

RDG – C’est pas un problème d’avoir un problème avec le pénis. On a un témoignage (celui de Marie, que tu pourrais écouter) qui va exactement dans ce sens-là. Elle est lesbienne, elle était bénévole au planning et elle a été harcelée aussi par le planning familial, par des membres du planning familial de là où elle était. On lui a dit : “Tu as un problème avec le pénis”. 

Chantal – Bien sûr. C’est absolument scandaleux. Ils le minimisent en disant : “Bon, c’est juste un organe, ne vous arrêtez pas à ça, c’est pas grave”. Il faut quand même reconnaître qu’il y a des femmes qui sont nées dans une famille royale et il parce qu’elles n’avaient pas de phallus, elles n’ont pas pu devenir reine, puisqu’on était dans la loi phallique. Qu’il y a des enfants qui sont avortés en Inde ou en Chine, ou peut-être même en France, parce qu’ils n’ont pas de phallus. Qu’il y a quand même énormément de pays où des enfants sans phallus sont violés, vendus, n’ont pas le droit à l’école. Donc considérer que ce n’est rien, c’est tout simplement nier des siècles de domination masculine, phallocratique, c’est absolument scandaleux. 

De la même manière, je trouve que la phrase de Simone de Beauvoir “On ne naît pas femme, on le devient”, se comprend comme un oignon, avec différentes couches. On commence à devenir une petite fille à trois ans, à quatre ans, à six ans, à 12 ans, et à la puberté c’est encore une autre sensation etc. 

Ce n’est absolument pas : “Je me réveille un bon jour, je décide de mettre une robe et ça y est je suis une femme.”

Et ça, il ne le comprennent pas. 

Pour moi, le transactivisme c’est du masculinisme de la pire des manières puisque c’est de l’appropriation identitaire. En plus, c’est souvent des gens qui par ailleurs ont une pensée intersectionnelle ou woke. On va les voir rouspéter quand un auteur Blanc ou un traducteur blanc traduit une poétesse noire, ou parler d’appropriation culturelle. Mais là, pour moi ; il s’agit d’une appropriation identitaire, c’est-à-dire des individus qui n’ont rien à voir, usurpent une identité. Alors que, c’est d’ailleurs dit dans la présentation et Podcasts rebelle de genre, à la base moi j’étais plutôt favorable à la transidentité dans la mesure où c’était trans de genre, c’est-à-dire la possibilité pour chacun d’être comme il veut et de faire ce qu’il veut : les filles au foot et les garçons à la danse classique, même avec des tutus. Ça créait un espèce de troisième sexe, un troisième genre. 

Mais considérer qu’un homme qui ne se sent pas complètement masculin est une femme, c’est une appropriation identitaire et c’est un crachat à la gueule de ma mère, de ma grand-mère, de mon arrière-grand-mère, et de toutes les femmes qui ont supporté la domination masculine, qui n’avaient pas le droit de vote, qui n’avaient pas le droit de faire des études, et qui devaient dire “Amen” à leur couillu de mari et qui devaient supporter le viol conjugal. C’est un crachat à la gueule de toutes les petites filles qui se font mettre la main aux fesses à 12 ans dans le métro. C’est un crachat à la gueule de toutes les filles stagiaires qui ont eu un chef de service qui leur a peloté les seins. C’est ça, quand un homme se déclare femme par son bon vouloir. 

C’est-à-dire : en fait tu n’existes pas et je prends ton identité. Mais bon, si je prends ton genre, je ne prends pas forcément ni ta retraite, ni ton harcèlement, il ne faut pas exagérer non plus. 

J’ai vu des articles sur des hommes se déclarant femme qui étaient soit élus maires, soit venaient d’une famille très religieuse (rabbin de New York qui avait quitté sa communauté pour devenir une femme trans) et les compétitions sportives où les hommes qui se déclarent femmes battent assez facilement les vrais femmes physiologiques. Par contre, quand est-ce qu’on parle des hommes trans (donc des femmes se disant hommes) ? 

Quand ? Quand elles sont enceintes. Ah bah la grossesse ! Et donc du coup on voit les hommes même s’ils portent des jupes et du maquillage, du fond de teint, des talons hauts, qui sont dans la politique, qui sont dans la religion ou qui sont dans le sport et on voit des femmes (même si elles se disent hommes) qui sont reconnues pourquoi ?

Pour leur grossesse. Ah mon dieu il est enceinte c’est merveilleux ! Je trouve que c’est très binaire alors que la transidentité pourrait au contraire nous libérer de ces stéréotypes de genre. Il la renforce : le transactivisme est un masculinisme qui renforce les identités de genre et qui remet les femmes dans “pute” ou “maman”, sans alternative. J’ai rencontré à deux reprises des femmes donc une en vrai, enfin en présentiel, en “real-life” dans un bar parisien de la rue Saint-Martin, un bar qui s’appelle “La Mutinerie” avec qui j’ai échangé, donc moi je la percevais comme une jeune “Butch”, habillée tout en noir, cheveux courts, un peu déprimée, un peu solitaire, un peu rebelle, attirée par les femmes et qui s’interrogeaient en fait sur la prise d’hormones, sur la mastectomie… Donc moi évidemment je l’ai surtout écoutée et ce que j’ai entendu de son témoignage, c’était plutôt qu’elle ne supportait pas d’abord l’image de femmes que lui renvoyait les réseaux sociaux, c’est à dire les femmes maquillées, les Kim Kardashian comme exemple et qu’il y avait énormément de messages pro-trans lui disant : “Ben la solution si tu ne te sens pas bien, si tu déprimes, si tu n’es pas bien dans ton corps de femme qui aime les femmes, c’est de devenir un mec et ça résoudra tous tes problèmes.” Là, elle résistait. Puis j’ai eu un deuxième témoignage un peu similaire : là c’était une jeune fille qui prenait contact par mail sur le groupe du vendredi des femmes, c’était pendant le confinement, elle expliquait qu’elle avait des problèmes relationnels avec sa famille et se demandait si une transition pourrait l’aider. Et on a pas mal échangé et elle avait complètement un parcours de “Butch” et effectivement c’est son homosexualité que sa famille supportait pas. Et disait qu’à la rigueur sa mère lui avait dit “Ouais il aurait peut-être mieux valu que tu sois un garçon” et que quelque part devenir un mec ça résolvait l’homophobie de sa mère. Bon c’est vrai que dans mes activités au sein du Centre j’étais plutôt confrontée aux hommes qui se faisaient passer pour des femmes mais j’ai ces deux exemples de femmes qui hésitaient à rentrer dans le monde masculin, mais honnêtement c’était pas par désir de venir un beau mec ou parce qu’elles se sentait profondément des valeurs d’hommes, encore je sais pas trop ce que ça veut dire. Je vous dis moi je les percevais comme des petites Butch, j’adore les petites Butch moi, j’ai toujours aimé les petites Butch. Et du coup, j’avais vraiment l’impression que ça leur semblait la seule issue possible en fait, c’est vraiment un peu le “Il n’y a pas d’alternative, c’est ça où je vais souffrir toute ma vie”. Je vais conseiller encore un autre livre, c’est “Stone Butch Blues” sur l’expérience d’une petite Butch des années 50 aux États-Unis, qui elle fait effectivement une mastectomie, qui essaye de devenir un homme et qui se rend compte qu’elle n’est pas du tout acceptée dans le milieu des hommes. D’ailleurs vous pourrez remarquer que les hommes ont beaucoup moins de problèmes avec l’intégration des femmes qui se disent hommes, tout simplement parce que les femmes qui se disent hommes ferment leur gueule, comme une bonne femme qu’elles sont, et donc ne revendiquent pas d’aller dans des groupes exclusivement masculins, je ne suis pas sûre qu’on leur ferait bon accueil.

RDG – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner sous ton identité ? As-tu déjà subi des pressions, des menaces ?

Chantal – Maintenant je me sens relativement sécurité, mais je viens de vivre une période assez violente, donc ça fait effectivement au moins un an que les pressions sur deux groupes, d’ailleurs au sein du centre c’est à dire “le Vendredi des Femmes” qui étaient réservées aux femmes, des femmes lesbiennes et bi et le groupe des femmes plus âgées « Senoritas » et le Centre fait pression pour qu’on accepte les hommes qui se disent femmes, qui est bien sûr la porte ouverte à tous les voyeurismes, à la fin de la sororité et à la confiance dans la discussion. Et donc ça fait à peu près un an que je militais dans un lieu auquel j’étais à très attachée puisque j’ai milité depuis près de 28 ans et là j’ai signé donc une tribune dénonçant ainsi ironiquement l’invisibilisation des lesbiennes au sein des centres LGBT, cette tribune et ma signature sont montées jusqu’au bureau du Centre. Donc le bureau a envoyé à tous les contacts un communiqué me désignant nommément, donc “Chantal Millet a signé un courrier transphobe et nous nous désolidarisons et Chantal Millet n’est plus bénévole au Centre” 

RDG – Est-ce que tu peux s’il te plaît nous dire quand c’était cette tribune et quand ça s’est passé cette histoire de courrier du pôle LGBT ?

Chantal – Le 22 août 2022 là, donc ça fait à peu près un mois. J’ai évidemment protesté, disant qu’il y avait quand même d’abord un anonymat au Centre, que je ne vois pas pourquoi on diffuse comme ça mon nom avec l’épithète “transphobe”. J’ai ensuite justement revendiqué le fait qu’il fallait un espace safe pour que la parole des femmes puissent aussi être entendues et qu’on ne pouvait pas exclure les gens comme ça puisque après tout, je n’ai attaqué, agressé, violé personne, je n’ai harcelé personne et qu’il y a quelques clauses et des procédures pour exclure les gens d’un centre et que ces procédures n’avaient évidemment pas été respectées. Donc j’ai reçu un courrier de réponse du secrétaire général du Centre qui dit que je ne suis pas du tout exclue, bien sûr je suis adhérente à jour de mes cotisations donc on ne peut pas m’exclure, que par contre je ne peux plus animer d’atelier, je ne peux plus être bénévole et qui me demande un entretien avec les membres du bureau afin, alors je cite ouvrez les guillemets, “de connaître pleinement mes positions”. J’ai dit que je voulais bien parler avec le bureau mais que la dernière fois, la présidente du centre était partie en claquant la porte en me traitant “d’essentialiste” parce qu’elle n’était pas très ouvert au dialogue, c’est le moins qu’on puisse dire, et que donc je refusais de venir me présenter seule à un procès de Moscou digne des meilleures heures du maccarthysme aux États-Unis. J’ai demandé à y aller accompagnée et ils ont refusé. c’est bien sûr tombé dans les limbes, on n’en a plus reparlé, évidemment que je ne me présenterai pas. Mais où avez-vous vu un centre, donc financé sur fonds publics, exigeant comme ça un espèce de procès de Moscou pour connaître pleinement mes positions et pourquoi pas mes positions politiques, mes convictions religieuses et allons-y gaiement ! Donc nous en sommes là, je n’ai pas reçu un énorme soutien des autres bénévoles, donc c’est peut-être l’une des choses les plus difficiles. Moi je ne suis pas sur les réseaux sociaux donc je n’ai pas suivi tout ce qui se passait sur Twitter, Facebook, ce n’est pas ma problématique mais des amis qui les suivaient, j’ai eu trois personnes qui m’ont appelée pour me dire qu’ils avaient mis des messages de soutien ma faveur, ce qui m’a fait plaisir, une amie que je connais bien puis deux personnes qui m’avaient croisée. Sinon j’ai eu à l’inverse une personne qui souhaite être candidate au CA du centre qui a écrit pour dire que ses opinions n’étaient pas les mêmes que les miennes et qu’elle désavouait mes prises de position. Donc c’est pour ça que maintenant j’ai décidé de témoigner parce que je trouve qu’il y a vraiment une dérive pro-transactiviste, d’ailleurs c’est pas étonnant le président de l’association Out Trans est membre du bureau, c’est donc bien sûr lui qui fait pression pour que je sois virée et les autres membres du bureau sont des petits jeunes voilà et donc le Centre devient un lieu trans et gay grosso modo… Donc c’est pour ça que maintenant je souhaite témoigner parce que j’ai une quand même une longue expérience de ce centre et que j’en vois toutes les dérives par rapport à l’ouverture qu’il avait pu y avoir. D’ailleurs une autre anecdote qui m’a vraiment poussée à signer cette tribune de Marie-Jo Bonnet, c’était le 8 juillet dernier, c’était donc un vendredi, je devais participer à une English conversation au sein du “Vendredi des Femmes” donc je me suis rendue au Centre et le centre parisien recevait une délégation des centres LGBT de province. De mémoire il devait y avoir Clermont-Ferrant, Nantes, Strasbourg, Bordeaux, peut-être Toulouse et je me suis dit “chic on va rencontrer des lesbiennes de province” et bien non, il n’y avait que des couilles : des couilles gay, des couilles de trans, mais pas une seule fille. Il n’y avait qu’une seule femme qui était venue dans les délégations donc j’ai essayé de lui parler mais elle était salariée hétéro du centre de Bordeaux, donc là on était vraiment dans l’invisibilisation des lesbiennes au sein du mouvement LGBTQIA++ et ça me semble très important de le dénoncer, de le signaler au moment où la Première Ministre a annoncé l’ouverture de 10 nouveaux centres LGBT en France, ce qui veut dire des financements, sachant que ces centres ne défendent plus les personnes homosexuelles, mais uniquement les personnes trans et la transidentité. 

Ca veut dire également beaucoup de financement qui arriveront soit vers les gays, soit vers les trans et parmi les trans, je vous ai parlé de la différence de visibilité entre les hommes qui se disent femmes et qu’on entend beaucoup et les femmes qui se disent hommes qui sont également invisibilisées. C’est donc pour ça que je souhaite témoigner aujourd’hui parce qu’il me semble que la situation est grave, parce que ayant vécu un coming out et ayant animé donc beaucoup de thèmes de discussions avec beaucoup de femmes de différents âges, de différents milieux, de différentes religions, de différentes cultures, de différentes races ou même des femmes migrantes je peux dire que le coming in, c’est à dire l’acceptation de son homosexualité, l’acceptation du fait qu’on ne va pas rentrer dans les cases de cette société hétéro normée patriarcale et misogyne, est déjà une acceptation de soi qui est un pas franchir qui est assez difficile à faire. Et quand on a 15, 16, 18 ans, qu’on s’éveille à la puberté et que le seul discours qu’on entend c’est “ah bah si tu te sens pas bien en tant que femme, bah, t’as cas de venir un homme, fait donc une mastectomie, fait des bloqueurs de puberté, faites-toi pousser la barbe et tu te sentiras mieux dans ta peau”. Mais c’est faux ! C’est faux les filles, vous ne serez pas mieux en tant qu’homme au contraire.

RDG – Comment tu vois les choses, comment tu vois ton militantisme dans les années à venir et en particulier pour les lesbiennes ?

Chantal – Et bien je crois qu’on va faire comme on a fait pendant de très nombreuses années, on va retourner dans des caves. C’est-à-dire qu’on va se voir par petits groupes entre nous, entre copines. On aura beaucoup moins de visibilité, d’associations, ce sera beaucoup plus difficile pour une jeune fille de trouver des lieux safe où s’exprimer. Moi je vais commencer à militer plutôt avec des lesbiennes féministes en vrai groupe non mixte. J’ai envie de m’engager plus auprès de groupes comme les Amazones ou Résistance Lesbienne et j’ai presque envie là, au point où j’en suis, d’aller à la castagne, c’est-à-dire me dire “je vais me mettre en danger physiquement”, parce que c’est le seul moyen sinon la rue est à eux. Mais le mouvement lesbien va bien sûr, les filles vont continuer à être lesbiennes et militer. 

RDG – Oui mais ça c’est des choses qu’on ne peut pas changer et les filles, les lesbiennes seront des lesbiennes, simplement la question c’est qui va se battre pour elle ?

Chantal – Ah bah personne ! Il n’y a qu’elles qui vont se battre pour elles, jamais personne ne s’est battu pour elles. Quand les gays ont eu le Sida, je veux dire j’y étais, on s’est beaucoup battue pour les aider, pour que leur voix soit entendue et comme tous les financements allaient à la santé, à la lutte contre le Sida, on essayait de dire au lesbiennes “mais vous êtes sûres que vous, vous n’avez pas des cas de séropo ?”. Et ben non je suis désolée, mais les lesbiennes n’étaient pas touchées par le Sida donc tous les financements sont allés au gays. Bon ça c’est un autre problème, mais personne ne luttera pour les lesbiennes, personne n’a jamais lutté pour les lesbiennes. Les hommes qui se disent femmes ne luttent pas pour l’avortement donc ce sera encore à elles de s’auto-organiser. Moi je pense pas mal m’appuyer sur les féministes aussi, même les féministes hétéro parce qu’on a quand même ma génération, notre génération des cinquantenaires : moi j’ai vécu la lutte pour le PACS en 99, les manifs pour le mariage. Si on arrive à empêcher une grande régression qui remettrait en cause les droits au mariage pour tous, les droits l’avortement, les droits à la PMA pour toutes. On a quand même des acquis juridiques contre l’homophobie et pour le respect de nos couples, pour le droit à aimer qui on veut, qui est quand même une grande liberté pour les générations futures, qui fait que les mouvements féministes hétéro peuvent aussi se joindre, enfin on peut peut-être plus s’entendre avec les revendications féministes, qu’elles soient hétéro ou homosexuelles, puisque le tabou homosexuel est quand même un peu levé par rapport à ce que ça pouvait être dans les années 70. Et c’est vrai aussi parmi les jeunes générations, enfin bon moi j’ai une fille de 22 ans qui m’a super soutenue dans cette histoire là, elle était là “Mais c’est qui ces connards qui veulent empêcher ma mère de voir ses copines ? Ils ne peuvent pas aller voir des filles ailleurs ? Vous avez bien le droit de rester entre vous !” Et aussi pour dire que tout n’est pas perdu dans la jeune génération, elle m’a fait part d’une anecdote : donc c’est ma fille qui était en boîte de nuit avec des copines et une de ses copines a été pelotée, approchée sur la piste de danse par un mec qui est un gros lourdingue avec les mains baladeuses et elle a été sidérée, ne sachant pas comment réagir et dès que la danse s’est arrêtée (stratégie d’évitement), elle a quitté la piste de danse. Et elle est venue donc voir ma fille et une autre copine qui lui ont tout de suite dit “Oh ma pauvre ! Mais c’est pas possible !” etc… Et elles étaient avec deux garçons et les garçons disent “Ah mais pourquoi tu as rien dit ? Tu aurais dû le gifler et après t’aurais dû nous appeler”. 

Et ma fille m’a dit, les garçons, spontanément, ont posé la question : “Mais pourquoi tu n’as rien fait ?” Et elle m’a dit, mais même poser la question, c’est une violence. Parce que ça reporte la faute sur la femme.

RDG – Exactement !

Chantal – Même si c’est des mecs plutôt ouverts, qui… C’est ça qui est terrible c’est des mecs qui vont se définir féministe, mais qui, du coup vont être violents. Alors que les filles, spontanément, ont tout de suite compris, qu’elle, elle ne pouvait pas juste foutre une gifle à l’emmerdeur, ou s’en aller. Parce qu’elles avaient déjà vécu des situations de harcèlement.

Et donc les filles ont ce vécu, très profondément. Parce qu’on le subit depuis très jeune. Et donc, ma fille a parfaitement compris qu’on pouvait avoir envie de se sentir entre femmes, parce qu’un homme n’aurait pas du tout ces réflexes-là, et que, même poser la question du : “Mais pourquoi tu n’as rien fait ?”, c’est une violence. C’est ce que toute jeune fille qui se rend au commissariat, et qui explique qu’elle a été violée, et quand on lui dit : “bah ne vous êtes pas débattue”, le flic en face il dit : “bah alors vous devez être un peu consentante…” 

Et bien non ! C’est ce qu’on appelle la sidération. Et c’est là où je suis optimiste, je reviens à la question précédente : c’est parce que chez la jeune génération il y a quand même une prise de conscience très forte de tous ces systèmes de domination masculine. Par exemple le terme “mansplaining” – le mec qui t’interrompt pour t’expliquer quelque chose que tu connais déjà – on l’a toutes vécu, mais on n’avait pas de terme pour le désigner. Idem pour le terme “male gaze” : ce regard de l’homme qui va se permettre de juger la grosseur de tes seins, comment tu t’habilles, comment tu fais… alors que toi, tu ne te permets pas de porter un jugement sur comment est-ce qu’il est mal fagoté ou quelle sale tête de con il peut avoir, quoi ! Ou si tu te le fais, tu ne vas pas lui dire.

Mais lui, il se permet : “Ah, tu es jolie aujourd’hui !” 

Et les filles, maintenant, elles ont des mots pour le dire, et elles sont sensibles aux choses. 

Et elles comprennent peut-être beaucoup plus l’importance de la sororité, du coup. 

C’est ce qui me rend optimiste sur les luttes futures, parce que j’ai quand même peur qu’on assiste à une grosse régression. Mais maintenant, les filles ont quand même les mots et des connaissances pour pouvoir le formaliser, pour pouvoir le conscientiser.

Il y a aussi pas mal de livres féministes sur “comment l’histoire a invisibilisé les femmes”, sur les femmes qui font des recherches, qui se font voler leurs recherches par des hommes, et tout ce type de syndrome d’une société patriarcale… et il y a pas besoin d’aller à un Afghanistan pour le vivre, qui sont maintenant plus en plus détaillés, connus, et surtout nommés : on a les mots pour nommer les choses, et ça me paraît être un facteur plutôt positif pour le futur.

RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Chantal – Je voudrais parler, par exemple, de cette dernière réunion où deux hommes avec jupes et maquillage sont venus participer à la réunion, et qu’à la fin de la discussion, ils ont absolument voulu prendre la parole, nous inviter rapidement à aller boire un verre avec eux. Ils se sont permis des commentaires – c’était un atelier English conversation – sur : “Ah ben toi tu as vraiment un accent, un très bel accent, mais très compliqué à comprendre, etc… alors que tout le monde, justement, essayait d’éviter de faire des remarques trop personnelles. On entendait plus qu’eux, quoi.

Un besoin de s’exprimer et d’élever la voix, et de… Cette invasion de l’espace qu’ont systématiquement les hommes, quoi.

C’était la dernière fois que j’avais participé, c’était donc le 8 juillet. Et j’avoue que ça m’avait laissée sur une très, très mauvaise impression, voilà.

J’ai quand même un autre témoignage : je suis allée à une soirée, qui s’appelle “les soirées de Mademoiselle Audrey”, réservée, donc, aux femmes, dans un petit bar. 

Et qui je vois ? Alors, pour le coup, c’est pas un trans, c’est un vraiment un travelo, qui s’est changé en arrivant pour mettre sa petite robe. Et je discutais avec une amie, il est venu s’interposer auprès de nous, et il nous a dit : “Ah qu’est-ce que j’aime bien être comme ça, avec ma robe, avec des filles… Je me sens vraiment comme une petite fille !”

Et moi, je venais de passer mon après-midi avec ma fille de 22 ans et ses copines, et je me suis dit que cet homme-là ne ressemblait pas du tout aux petites filles, aux jeunes femmes que je venais de quitter, et je lui ai dit : “Bah moi je te perçois comme un vieux mec !”

Parce que c’est ma perception, et je le voyais comme ça !

Eh bien la copine avec qui je discutais était un peu outrée, elle a trouvé que ce que je lui avais dit était très violent.

Lui a fait la tête, mais il a essayé de me reparler dans la soirée.

Et ce que je veux dire, c’est que moi j’ai trouvé très violente sa présence à cette soirée non-mixte, d’autant plus qu’avant de repartir dans le métro, il avait enlevé sa petite robe, et il ressemblait complètement à un mec hétéro. Il s’était remis en tenue safe pour prendre le métro…

Donc, bah non. 

Non, on a le droit de dire qu’on a envie d’être entre nous. 

Les lieux en non-mixité ont toujours été des revendications féministes, que ce soit pour parler sexe – j’ai aussi un bouquin sur les premiers lieux où les femmes des années 70 américaines parlaient sexe, et certaines découvraient leur clitoris, découvraient leur corps, c’est assez terrible. 

Dans le film “la belle saison” il y a un mouvement où les filles se réunissent aux Beaux-Arts pour discuter entre elles, et on voit tous ces gauchos de mecs en train de vouloir rentrer parce que c’est la grande question “mais qu’est-ce qu’elles peuvent bien se raconter sans nous ?” 

Je pense que les femmes sont divisées parce qu’elles appartiennent à un foyer, sous la tutelle d’un père, sous la tutelle d’un mari, et elles sont chacune isolées dans leur foyer, donc solidaires de leur foyer, de leur homme : les femmes bourgeoises, solidaires des hommes bourgeois. Les femmes ouvrières, solidaires des hommes ouvriers.

Et je pense que le mouvement trans, comme le mouvement masculiniste, n’a qu’un seul but : c’est diviser les femmes entre elles. Pour encore plus les isoler et les bâillonner…

RDG – As-tu quelque chose à ajouter ?

Chantal – Oui alors j’ai préparé ma “chute”. 

Je voudrais lire la page 92 du dernier livre d’Alison Bechdel, “Les secrets de la force surhumaine”, donc là, elle parle dans ses 20 ans, la première fois où elle est allée dans un festival de musique non mixte, avec uniquement des femmes.

Donc je vous le lis, c’est très court : “J’en suis restée baba. Pas à un homme en vue. On n’a pas eu idée de ce que pèse le fait d’être constamment dévisagée, sifflée, moquée, pelotée, sans parler de menaces plus extrêmes mais tout aussi présentes, tant qu’on n’a pas fait l’expérience dans leur brusque cessation. Dans ce vide saisissant, j’ai vécu un changement de perception vertigineux. Je voyais ce que signifiait être un sujet et non un objet. Je voyais aussi que le corps, si désavoué par le patriarcat, n’était pas quelque chose de séparé, d’autre.

Ici, l’autre, la nature elle-même, était replacée au centre.”

Voilà. C’est juste une petite page de “Le secret de la force surhumaine” d’Alison Bechdel, mais qui pour moi montre cette force de la sororité, et de ces moments safe où, entre femmes, on peut vraiment faire beaucoup de choses.

RDG – S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe.

http://www.womensdeclaration.com 

Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous par mail. 

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