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Rebelles du genre – Épisode 51 – Éléonore

Eléonore – Je m’appelle Eléonore, j’ai 26 ans, je suis belge, je travaille dans l’administration et j’habite à Bruxelles. Je souffre depuis très longtemps maintenant d’un trouble bipolaire de type 1, donc ça veut dire qu’il y a des manies très très hautes et des dépressions très très basses. j’ai des délires et un trouble psychotique un peu annexe, dont on arrive pas tout à fait à déterminer la cause, du coup aujourd’hui je viens témoigner pour démontrer par ma propre expérience, que l’idéologie du genre et le transactivisme, ce n’est pas seulement un danger pour les femmes et pour les personnes LGB, mais c’est également pour les personnes souffrant de maladie mentale, et de troubles mentaux, ou qui sont tout simplement dans une confusion. 

Rebelles du genre – Bonjour et bienvenue sur le Podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes, pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basées sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe et la raison de notre oppression par les hommes et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons, aujourd’hui, avec fureur, des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits.

Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent, en général, un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis, elles ouvrent les yeux, constatent sa violence et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre, et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole.

Eléonore – Moi, au départ j’avais pas vraiment de réticence vis à vis de l’idéologie du genre. J’y pensais même pas en fait pour moi c’était même pas une idéologie pour moi c’était simplement militer pour les droits et la sécurité des personnes trans, donc moi j’avais pas de problème. et j’ai toujours été sensibilisée par les personnes marginalisées et en souffrance puisque je viens moi-même d’ une famille où ma simple existence dérangeait. pas pour les mêmes raisons évidemment, et pas du tout à la même échelle, du coup je pouvais quand même plus facilement compatir. 

Donc je ne m’opposais pas à ce que je pensais être les revendications des transactivistes pour autant je ne militais pas avec eux puisque j’avais énormément de problèmes à tous les niveaux donc au niveau familial, psychiatrique, psychologique, et j’avais vraiment pas la force de militer pour quoi que ce soit.

Donc je vais devoir expliquer certaines choses qui n’ont absolument rien à voir…Enfin, absolument… Elles ont à voir avec le transactivisme mais… il n’y aura pas de mention de cette idéologie, juste pendant un petit temps. 

Je pense que c’est important de comprendre d’où je viens pour comprendre la critique que je vais en faire. 

Donc, comme je l’ai dit, je viens d’une famille où les relations étaient extrêmement difficiles, très très tendues, et elles étaient marquées par la violence aussi bien verbale, que psychologique et physique. 

Donc je ne vais pas m’étendre à ce sujet, mais enfin on va dire qu’il y avait des insultes, des accusations infondées, de la manipulation, des menaces, de la violence physique et puis aussi, comme ça on est sûr qu’il  il y a tout, une touche de folie, quoi. 

Il faut savoir, enfin ça je pense que tout le monde le sait parce que c’est la base de la psychologie, mais il faut savoir que la personnalité et l’identité de l’enfant elle ne peut se forger que si l’enfant se sent en sécurité chez ses parents. et si cette sécurité elle n’existe pas,  montrer qui on est, montrer ce qu’on veut c’est toujours dangereux soit pour l’intégrité physique, soit pour l’intégrité physique. et donc moi ayant vécu beaucoup de violences pendant des années j’ai été incapable de me construire. Parce que c’était dangereux et donc je ne savais absolument pas me forger une idée de qui j’étais, vers où je voulais aller dans la vie, quoi. j’étais vraiment complètement paumée!

Et à ça, s’ajoutait évidemment mon trouble bipolaire qui est survenu tôt. Et des problèmes  de dissociation et de psychose. J’ai eu, notamment, eu un premier épisode paranoïaque à sept ans. Et comme beaucoup de jeunes filles j’ai aussi souffert de troubles alimentaires,  donc d’un rapport avec mon corps qui était très très problématique, qui a été causé aussi par le fait que ma mère a été danseuse pendant très longtemps, donc pour elle les corps maigres c’était vraiment la base de la beauté, de la beauté féminine en tout cas, et en même temps elle me disait que j’étais pas aussi  féminine que ma soeur donc ben voilà, ça a joué beaucoup joué sur l’image que j’avais moi-même. 

Donc autant dire que à la fin de l’adolescence, après des années de problèmes, de tout ça en fait, ça n’allait plus du tout, j’ai fait ma première très grosse dépression à 17 ans, j’avais déjà eu des dépressions plus légères, entre guillemets, avant ça, puisque j’ai jamais vraiment été une gamine ni une adolescente très très heureuse… 

Mais la première très grosse dépression est survenue à 17 ans. 

Puis j’ai fait une manie à 19 ans, avec délire cette fois. Donc je me prenais pour l’élue de Dieu. 

Puis j’ai fait une autre dépression à 21 ans en fait avec le même délire, mais à ce moment là ça c’est un peu renversé, il fallait en fait que je me suicide pour rejoindre Dieu parce que “il me rappelait à lui”, entre guillemets.

Et puis entre ces gros épisodes, il y avait énormément de dissociations.  

Alors pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’est la dissociation, il s’agit en fait d’un trouble qui est typiquement associé à un stress post traumatique, mais pas que, c’est aussi quelque chose qui est lié à la schizophrénie, par exemple.  

Et il y a deux types de dissociation : il y a la déréalisation, qui est un sentiment d’étrangeté vis-à-vis du monde extérieur, et puis il y a la dépersonnalisation, qui est un sentiment d’étrangeté par rapport à soi-même. C’est à dire qu’on va regarder nos bras, nos mains, on va regarder nos jambes, notre corps tout entier, et on va se dire : “il me semble étrange, c’est comme si ce corps ne m’appartient pas, comme si j’habitais un corps qui n’était pas le mien…” 

Même chose pour le visage : moi, je regardais mon visage dans la glace par exemple, et je ne me reconnaissais pas du tout ; enfin,  je ne me reconnaissais pas : on est conscient du fait que ce visage est le nôtre, mais en même temps on ne le reconnaît pas, et en même temps on a l’impression, vraiment, que comme si c’était quelqu’un d’autre qui parlait, quoi. 

Et ça c’est vraiment un point important et j’ai vraiment envie de le souligner, parce que ça va revenir après. Et donc, en gros la première vraie confrontation avec le transactivisme, ça a été pendant ma première dépression : je souffrais justement d’une énorme confusion mentale, qui est typiquement associée à la dissociation et à la dépersonnalisation, du coup, aussi.  

Et donc j’avais aussi à ce moment-là un sentiment intense de dépersonnalisation, juste pour expliquer un peu la scène, j’étais couchée dans le canapé du salon j’étais très très inquiète, très très perturbée, et il se trouve qu’à ce moment là, à la télé il y avait un reportage sur la transidentité. Et c’est vraiment quand un interlocuteur trans a commencé à parler de son expérience que ça a commencé

Il ou elle, je ne sais plus, parlait de sa transition comme de quelque chose de génial qui l’avait complètement guéri, et il prétendait, en gros, que désormais il avait pu regarder en arrière, que le passé était enterré dans un sens, et que c’était plus important. Qu’il était enfin la personne qu’il avait toujours souhaité être, et qu’en gros, la personne qu’il était par le passé, en fait, ce n’était qu’un leurre dans un sens. Et c’est un discours que, je pense, on retrouve beaucoup : cette idée que, tant qu’on n’a pas fait ça transition, on n’est jamais vraiment soi-même, voire on n’est pas du tout soi-même. Et c’est un discours que je trouve assez dangereux, justement pour les personnes qui sont confuses et qui sont perdues à un moment dans leur vie quoi.

Moi par exemple, j’étais à ce moment-là au fond du trou! Vraiment. 

Avec des années de violence et de détresse derrière le dos, je n’avais vraiment qu’une seule envie, c’était d’échapper à ma situation, quoi. 

Et quand on est vraiment en pleine confusion mentale, quand on est en détresse et qu’on n’en peut plus, ce genre de discours, qui ne présente aucune nuance, peut faire penser que la transition, c’est une solution idéale, quoi, parce qu’on change de nom, on change de corps, on change de visage, on change de voix, et on enterre littéralement son passé. 

Et enfin le “deadname”, au fond, c’est ça : il ne faut absolument pas prononcer le “deadname”, de peur de déterrer tout le passé qui va avec.

Et déjà là, pour moi, il y a un énorme problème. 

Parce que, quand bien même j’aurais aimé avoir un passé différent, ça c’est clair, quand j’y pense ça me rend triste, vraiment.  

Le renier et l’enterrer, c’est prétendre que plus de 20 ans de mon existence n’a jamais eu lieu, quoi! 

Aujourd’hui, je sais que ce n’est absolument pas sain, et que ce n’est pas quelque chose à faire, qu’il faut accepter ce qui s’est passé et faire avec, mais à l’époque, bah c’était la solution idéale, parce que je ne voulais plus ressentir ou vivre toutes les choses que je vivais ou ressentais à ce moment-là.

Après, je sais que ce n’est sans doute pas le cas de toutes les personnes trans, mais enfin quand même une très très grosse partie de cette population, il me semble…

J’étais donc devant la télé, j’avais un sentiment intense de confusion, dans une phase de dépersonnalisation, et à ce moment-là, pour combler le tout, il y a un délire qui a commencé : j’étais convaincue que je voulais changer de sexe, forcément! 

Et je tiens à préciser : parce que le délire c’est quand même un phénomène assez rare, donc tout le monde ne comprend pas exactement ce que c’est. 

En gros, il y a une certitude dans le délire, qui n’a rien à voir avec la certitude saine et basée sur la réalité ou les certitudes qu’on a… ça n’a même rien à voir avec une épiphanie par exemple.

Ça survient tout à coup, ça prend tout le corps en otage, et ça reste pendant des jours, des semaines, des mois! On ne pense qu’à ça! 

Ou en tout cas c’est toujours quelque part dans sa tête. Parce qu’on est quand même souvent encore capable de… peut-être pas nécessairement de travailler, mais de “fonctionner” normalement.

 Mais…par exemple parler avec les autres, s’intéresser à ce qu’ils disent etc… C’est très difficile parce qu’on n’a qu’une idée en tête quoi.  Un délire c’est ça : ça n’admet aucune contradiction, aucune nuance et le délire refuse totalement la raison, aussi. Bizarrement, quelque chose qu’on retrouve aussi dans le transactivisme. 

Et je vais aussi préciser qu’en plus l’idée de vouloir devenir un homme ne m’avait vraiment jamais effleuré l’esprit. Je me suis toujours sentie un peu mal dans mon corps parce que j’ai traversé une période d’anorexie, comme j’ai dit. Je n’ai jamais pu accepter mon corps, même encore à l’heure actuelle, à l’époque même si j’étais maigre, enfin j’étais arrivé à 40 kilos et mon objectif c’était d’arriver à 35, donc même à cette époque je me sentais grosse et maintenant que j’ai vraiment grossi à cause des médicaments, parce que c’est malheureusement en effet secondaire très commun, et bien c’est pire encore et c’est très dur ! Parce que peu importe le corps qu’on a, ce n’est jamais suffisant pour une femme. Donc voilà jusqu’à ce moment là ça ne m’avait jamais effleuré l’esprit mais tout à coup, c’était devenu essentiel, il fallait que je change de sexe. 

Du coup la dépersonnalisation qui était à ce moment-là couplée avec un délire, avec en plus le manque de repère évidemment, parce que voilà je n’avais jamais réussi à me construire, et le fait qu’on m’avait toujours dit que j’étais (par exemple ça c’est un truc que j’ai entendu toute ma vie,  que j’étais)  moins féminine que ma sœur et que du coup, elle avait le droit de porter des robes et moi pas nécessairement, en gros cela a pris de telles proportions que mon corps de femme à ce moment-là me semblait être étranger et pas normal.

Et si on ne connaît pas mon historique médical, si on ne connaît pas mes problèmes psychiatriques et psychologiques, toute la violence que j’ai pu vivre, on aurait aisément pu conclure que je souffrais de dysphorie, très facilement. 

Alors que ce n’était pas du tout ça. Et c’est assez bizarre parce que finalement j’avais donc ce délire où j’avais cette certitude qu’il fallait que je change de corps et que je transitionne, et puis dans le même temps, l’idée de couper des parties de mon corps, enfin ça me terrifiait, c’est extrêmement violent en fait de penser à ça !  En réalité avec le temps je me suis rendu compte que ce n’est que l’échappatoire qui m’intéressait. 

Donc je ne savais pas quoi faire, je me rendais compte, (quand même j’ai eu un petit peu de lucidité), je me rendais compte que c’était quand même pas normal, que je n’avais jamais pensé ça, que malgré le fait que j’étais mal dans mon corps de femme, j’aimais bien être une femme, quand même. Il y a une certaine sororité et des expériences qui nous lient etc…

Même si bon, se sentir femme, tout ça… donc oui il y a cette sororité qui m’a toujours beaucoup touchée, le fait d’avoir des expériences communes, même si on ne se sent pas nécessairement femme, voilà mais donc je ne vois pas de problème à penser que j’étais une femme, me dire que j’étais une femme. C’était un fait et voilà.

Donc je me suis rendu compte qu’il y avait un petit peu quelque chose d’étrange et j’ai refusé de parler de tout ça, parce que quand on entend le discours des transactivistes, si on se sent homme ou si on a l’impression qu’il faut qu’on devienne un homme et ben c’est forcément vrai. 

Alors que pas nécessairement. Parfois on est confus, parfois on ne sait pas où on va, parfois on ne sait pas qui on est. Et donc moi, j’avais tellement peur qu’on me dise qu’il fallait que je m’accepte et que je commence ma transition, que je n’en ai pas parlé. Donc je ne suis pas allée voir un psy ni un psychiatre, je n’ai pas osé en parler autour de moi.

Sauf à ma mère, bizarrement, je ne sais pas pourquoi. J’en ai parlé à ma mère, à ce moment-là, et elle a eu quand même la jugeote de me dire : “Eléonore, si je devais te ressortir toutes les absurdités que tu m’as déjà dites, il y aura une liste sans fin!” 

Bon alors, ce n’était pas hyper gentil, parce que voilà, ça faisait référence à énormément de choses sur lesquelles on n’était pas d’accord, mais pour le coup elle a dit quelque chose de vrai, et elle a un peu arrêté ça, elle m’a même un peu sauvée, dans un sens. 

Ca, c’est vraiment quelque chose, quand même, qui m’énerve de la part des transactivistes, surtout de l’influence qu’ils ont sur l’idée qu’on s’en fait des personnes trans et de la transidentité etc… 

C’est qu’ on accepte sans nuance, que si on se sent trans, si on se sent du sexe opposé, on est forcément trans ou du sexe opposé. 

Comme si ces personnes savaient mieux que les autres ce qu’ils vivent intimement et ce qu’il faut qu’ils fassent. Avec leur corps, avec leur vie, avec tout ce qu’ils sont, et ça, je trouve ça vraiment… Enfin, ça me met vraiment très, très en colère, parce que justement, les personnes qui, du coup, vivent ce genre de situation et dans une confusion totale, si elles en parlent, elles seront, soit redirigées vers une clinique du genre, mais en tout cas vers un médecin qui peut leur faire commencer une transition, soit elles n’oseront pas en parler parce que, comme moi, elles auront peur qu’on les incite à transitionner. Donc, d’une manière ou d’une autre, en refusant d’explorer toutes les pistes qui auraient pu amener quelqu’un à vouloir transitionner, on condamne les personnes comme moi à gérer ce problème toutes seules, alors que c’est vraiment extrêmement difficile à vivre.

Du coup, le délire est parti.

Puis quelques années plus tard, quand je suis partie de chez moi et que je devais tout à coup faire face au monde toute seule et comprendre le monde toute seule et enfin voilà, c’était vraiment très difficile, je suis retombée dans une dépression très très lourde. Le délire est revenu, et là j’ai quand même osé en parler à ma thérapeute qui était beaucoup plus nuancée sur plein de sujets en réalité, et donc je me suis dit que j’allais pouvoir quand même en parler. Et heureusement, elle a tout de suite compris que ce n’était pas le vrai problème. Elle m’a dit : « Attends avant de tirer des conclusions hâtives, pour l’instant ça ne va pas très bien, tu dis ceci beaucoup donc on va attendre de voir ce que donne la suite et si à ce moment-là tu te sens toujours homme, on pourra peut-être en reparler”.

Mais effectivement, elle avait totalement raison. Donc quand j’ai commencé à prendre des médicaments pour la bipolarité, parce que le diagnostic n’avait toujours pas été posé en réalité à ce moment-là, donc quand j’ai commencé à prendre des médicaments et à “guérir”, entre guillemets, de tout ce que j’avais vécu,  l’idée et l’angoisse sont partis. C’est vraiment à cause de cette expérience-là que j’ai commencé à douter du transactivisme, en tout cas de certains discours qui sortaient du transactivisme. Mais je restais quand même encore, pendant un certain temps, très en retrait, parce que c’est un sujet sensible, aussi bien pour moi que pour les personnes trans que je n’avais pas envie de blesser, et je ne voulais pas non plus qu’on me traite de transphobe, parce que évidemment ça, on en a toutes fait l’expérience.  

Et avec le temps, j’ai entendu de plus en plus de personnes en parler, de plus en plus de femmes en parler, dont Antastésia, dont j’ai entendu le témoignage ic,i qui était vraiment super, et elle m’a beaucoup aidée, elle, justement à mettre des mots sur ce que je ne comprenais pas ou ce qui me dérangeait dans ce mouvement. Et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de problèmes avec ce mouvement et qui dépassaient vraiment l’expérience que j’en avait faite. 

Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à me dire que j’étais comme ces femmes : “critique du genre”.

Rebelles du Genre – Merci. C’est j’imagine douloureux de raconter ça. Ça fait plaisir parce qu’on voit que tu vas bien donc tu dois avoir un traitement qui te convient, parce que tu m’as dit que tu travaillais etc… Donc tu dois avoir une vie de bonne qualité. Venant d’où tu viens…

Eléonore – Oui mais pendant longtemps j’ai eu peur de ne jamais être capable de travailler car j’étais tellement crevée à la fin de la journée. Et à la fin du mois, j’étais cassée, tant que je faisais des petits boulots d’étudiants qui duraient un mois, ça allait, mais à partir du moment où j’ai commencé à travailler vraiment, ça a été dur pendant longtemps.

Rebelles du Genre – Alors je te pose la question suivante : Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie ?

Eléonore – Alors moi, j’aimerais souligner deux problèmes. 

J’aimerais vraiment commencer, en fait, par souligner qu’il y a une menace, vraiment, aussi bien pour la médecine que pour la société et ses lois. Et donc par là, la défense des personnes les plus vulnérables. 

J’ai remarqué, déjà, pendant mes années d’études à l’université que, aussi bien les profs de socio, que mes profs de philo insistaient sur le fait que “la normalité” (entre gros guillemets), c’est un pur construit et qu’on veut enfermer les gens dans des cases avec cette notion. 

C’est vrai, dans un sens. Mais dans un autre sens, la normalité c’est essentiel, en fait. Parce que comment est-ce qu’on peut faire des lois, comment est-ce qu’on peut traiter les maladies et guérir les gens, si on estime qu’il n’y a pas de normalité ? C’est complètement absurde ! Et c’est quelque chose qui est très présent, je trouve, chez les transactivistes, qui veulent notamment faire passer la transidentité comme un défi des normes sociétales et comme quelque chose qui n’est ni normal ni anormal, puisque la normalité, ça n’existe presque plus, en fait. Dans ce sens-là, ils refusent de penser qu’il puisse s’agir d’un trouble.

 Ce n’est pas un hasard, je pense, qu’ils colonisent les études sur le genre, puisque c’est une notion qui a été élaborée d’abord par la sociologie et la philosophie et que l’idée de normalité est reprise justement dans la notion de genre. Donc moi, mon idée c’est qu’effectivement les normes sont socialement ou intellectuellement construites, et par conséquent elles doivent toujours, dans un sens, pouvoir être remises en question. 

Par contre, refuser catégoriquement la normalité, c’est vraiment insensé, c’est dangereux. Si on sait qu’un corps est malade, c’est parce que l’on sait à quoi ressemble un corps sain, un corps normal. 

Si on a des lois pénales, c’est parce qu’on a défini ce qu’est un comportement anormal en société : un pédophile qui agit sur son attirance envers les enfants, c’est un comportement anormal qu’il faut absolument pénaliser, il faut arrêter ce type. Et donc refuser de penser la normalité, ça peut mener à vraiment de grosses grosses dérives je pense, même si ce n’est  peut-être pas leur intention première, j’espère.

 Le problème est qu’effectivement, la normalité est vraiment très difficile à délimiter : il y a toute une sorte de “grey area” comme on dit en anglais, où les comportements sont vraiment très très ambigus à ce niveau : est-ce que c’est normal, est-ce que c’est anormal ? On ne sait pas trop. 

Est-ce que c’est juste une forme d’excentricité? On ne sait pas. 

Et donc, où poser la limite ? 

Finalement, pour les transactivistes, on ne sait pas où poser la limite, donc il y a pas de limite. Alors, moi je pense que c’est important de réfléchir à toute cette zone un peu ambigüe, voir ce qui est normal, pas normal dans cette zone-là, ou si même il y a à mettre une limite dans cette zone-là. 

C’est important de réfléchir à ces zones ambiguës, mais c’est aussi important d’admettre que certains comportements et certaines idées sont pour leur part indubitablement anormales. 

Quand je pense, par exemple, qu’il y a des… que les personnes dans la voiture qui est garée en face de chez moi, ces personnes m’espionnent alors qu’il n’y a rien qui puisse le démontrer, l’idée est anormale. 

Quand j’ai la certitude, par exemple, d’être enceinte, alors qu’on avait mis un préservatif, que je continue à avoir mes règles, que mes tests de grossesse sont négatifs, cette idée n’est pas normale. 

A ce moment-là , on n’est plus dans l’ambiguïté, on sait sans aucun doute qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qu’il y a un trouble. Et donc, si on ne défend pas cette notion de normalité, ou en tout cas un minimum, quand même, de bon sens à ce niveau-là, comment est-ce qu’on peut soigner les personnes comme moi, si on estime que tout est normal ou si justement plus précisément rien n’a à être normal?

Je me rappelle aussi que j’avais une prof, je ne suis plus exactement certaine, à un moment je crois que j’avais fondu en larmes devant elle parce que, enfin voilà, ça n’allait pas du tout. Et donc je lui ai dit que j’étais bipolaire. Et je me rappelle qu’elle avait presque refusé le diagnostic, elle a presque refusé le fait que je puisse avoir un trouble psychique, que c’était vraiment une façon pour la société de me contrôler et j’étais là : “Mais non en fait ! J’ai vraiment un trouble ! J’ai besoin d’être soignée, quoi ! Tout simplement.” 

Et c’est vraiment quelque chose qui a pénétré et qui influence énormément les sciences humaines et sociales. C’est assez incroyable.

Et alors, bon, j’ai parlé de dérives, là tout de suite il y en a une dont j’ai vraiment envie de parler parce que je trouve qu’elle illustre quand même très bien cette absurdité, en fait. Que c’est… 

J’ai envie de parler de “Tiamat” qui est un homme qui est transidentifié femme et Dragon voilà, et cette personne a subi des transformations corporelles mais vraiment absolument hallucinantes et dangereuses. Alors elle s’est coupée les oreilles, elle s’est fait un nez qui ressemble à celui d’un serpent et sans vouloir être méchante, c’est juste le nez de Voldemort.

Rebelles du Genre –  Tu parles d’un homme qui s’identifie femme ?

Eléonore – Oui c’est ça. 

Rebelles du Genre – Non mais du coup tu peux dire “il”. (rires)  Entre nous on peut se dire la vérité, quand même ! (rires)

Eléonore – Ok. Donc il s’est coupé les oreilles, c’est en fait un nez qui ressemble à celui d’un serpent, et qui ressemble essentiellement à celui de Voldemort. Il s’est fait enlever une grosse partie de sa dentition, donc il ne sait plus du tout manger normalement, et c’est un cas absolument extrême ça, on est bien d’accord. Mais quand on voit les commentaires sous les vidéos de cet homme, c’est extrêmement éclairant en fait. Je vais en prendre deux au hasard, je les ai traduits, mais il faut vraiment garder à l’esprit qu’il y a une montagne de commentaires de ce type. 

Donc je commence : “Nous avons tous droit au bonheur tant que ce que cela ne fait pas de mal aux autres, c’est beau de voir quelqu’un vivre comme il l’entend, ce monde a une manière de nous façonner que nous ne pouvons anticiper pour le meilleur comme pour le pire. Je souhaite tout le meilleur pour Tiamat et les personnes comme elle”. 

Un autre commentaire : “Le jour où elle nous quittera, quand l’univers l’emportera, j’espère qu’elle deviendra un dragon de chair et d’os.”

Le troisième commentaire, c’est le dernier : “Une partie de moi dit cette personne est folle, une autre elle me dit cette personne est courageuse et géniale pour oser prendre un contrôle absolu sur qui elle est. Qui suis-je, ou qui est la société pour juger les autres en fonction des normes sociétales actuelles ? Nous sommes tous des êtres égaux et cette personne a le droit et le courage de faire ce qui la rend heureuse. Je respecte ça.”

Alors si ce n’est pas la prééminence de l’autodétermination qui est l’élément clé du discours transactivisme, franchement je ne sais pas ce que c’est. Et Tiamat se dit d’ailleurs bel et bien trans, donc c’est qu’”elle” a quand même été fortement influencée par cette idéologie, ou en tout cas qu’elle y a puisé la justification pour les transformations qu’elle a subies. Et juste petite parenthèse pour moi, c’est vraiment un manque de déontologie… mais criminelle, de la part du corps médical. Parce que qui est-ce qui oserait faire ce genre, après c’est aux États-Unis donc forcément la déontologie tout ça, tout ça, c’est plutôt capitalisme quoi.

Rebelles du Genre –  Non mais en fait dans tous les pays c’est la même chose, je veux dire la question de l’éthique et la déontologie…

Eléonore – Mais pour moi du coup, cette personne elle est en souffrance, elle parle même des traumatismes qu’elle a subis, donc enfin, déjà là, on sait qu’il y a quelque chose qui ne va pas, et deuxièmement elle a même tenu ce discours qui était : “Etre humain, ça ne m’a jamais fait du bien”. Donc enfin le problème il est là en fait, il n’est pas dans le fait qu’ il n’a pas vraiment envie de devenir un dragon, c’est juste qu’il a trop souffert, tout simplement. 

Moi vraiment ces commentaires m’ont sidérée ! 

A quel moment est-ce qu’on a décidé que quelque chose comme ça était normal ? Et je rebondis aussi rapidement sur un des commentaires qui est quand même un argument classique du transactivisme, c’est “si ça fait pas de mal aux autres, quel est le problème ?” Mais est-ce qu’on a complètement oublié que les personnes peuvent se faire du mal à elles-mêmes et parfois même sans s’en rendre compte ? C’est absurde…

Et donc enfin voilà pour terminer un petit peu là-dessus, le refus de la normalité, ça se traduit par le refus de considérer qu’on puisse être malade et souffrir d’un trouble. Et je me rappelle d’ailleurs que j’avais discuté avec une transactiviste en message privé, au départ c’était à propos des espaces non mixtes pour les femmes parce que j’avais dit un peu ce que je pensais sur Instagram, et elle est venue m’invectiver en privé (zéro surprise à ce niveau-là parce qu’on a toutes l’habitude), mais la discussion bascule à un moment sur un fait : je dis, en gros, qu’il faut soigner, quand même, les personnes trans, quelle que soit la manière dont on les soigne, finalement. Et cette personne me rétorque : “ Tu dis que les personnes trans sont malades…”. Sous-entendu, c’est insultant. Et c’est un argument que je retrouve vraiment partout. Dire que les personnes trans souffrent d’un trouble, c’est insultant et c’est surtout contribuer à les marginaliser. 

Mais il est où le véritable problème? Est-ce que c’est dans le fait que moi je dise qu’elles ont un trouble? Ou est-ce que c’est dans le fait que les personnes qui souffrent de problèmes mentaux sont systématiquement marginalisées? 

Moi, ce que je vois, c’est un problème de psychophobie. Et la psychophobie, le transactivisme s’en rend complètement coupable, en réalité, parce que ce sont des personnes qui ont un trouble mais qui refusent d’admettre qu’elles ont un trouble et qui, par conséquent, disent que c’est insultant, que c’est marginalisant, et qui disent: “Il ne faut surtout pas dire que les personnes ont un trouble”.

Et moi, je me dis: “Pourquoi est-ce que vous vous battez pas contre ça plutôt que de contribuer à marginaliser les personnes comme moi?” 

Ils ont un tel poids dans le débat politique actuel qu’ils pourraient, franchement, facilement, changer un minimum la donne pour les personnes qui ont des troubles psy. Évidemment, ils ne le font pas. Tout comme ils ne défendent pas les droits des femmes et le féminisme parce que leur idéologie, tout simplement, ne leur permet pas. Ça, c’est tout ce que j’avais à dire sur ce point là.

Le deuxième point que je voulais aborder, c’est l’influence qu’exerce le transactivisme sur les sciences, qu’elles soient sur les sciences “dures” ou les sciences humaines. 

Je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’à partir du moment où une idéologie influence la recherche scientifique, la science est en danger. Et si la science est en danger, la vérité est en danger. Surtout que toutes les personnes qui osent s’opposer à cette injonction idéologique sont censurées (“canceled”) alors même que leurs arguments sont tout à fait scientifiques, entendables, fondés dans la réalité. Il y a des biologistes qui disent que le sexe est binaire (jusque là, pas de problème). Mais selon les transactivistes, ces biologistes ne comprennent rien à la biologie. 

C’est gros quand même! Je veux dire, venant de personnes qui n’ont pas fait d’études de biologie, c’est culotté, je trouve.

J’ai eu une conversation, d’ailleurs, avec quelqu’un sur Twitter : c’était un homme et il me disait que les gens qui “prétendent” (je le mets entre guillemets parce que c’est complètement absurde de dire ça) que le sexe est binaire ne sont pas informés, qu’ils n’y comprennent rien. Mais il faut savoir que, plus haut, il m’avait admis qu’il ne connaissait pas grand-chose à la biologie. Donc ce type vient dire : “Je ne sais pas trop, au niveau biologique, ce qui se passe, mais les gens qui disent que le sexe est binaire ne comprennent rien à la biologie.” 

Vraiment, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. 

Et ce qui m’a le plus mise hors de moi, c’est qu’il m’a sorti : “Au fond, au niveau biologique, il n’y a pas tant de différence entre les hommes et les femmes. Ils sont beaucoup plus similaires que différents.” J’ai rien dit là-dessus, mais je me suis dit : “Il y a vraiment qu’un homme pour sortir une telle énormité”. 

La raison de notre oppression millénaire, c’est les différences biologiques entre les hommes et les femmes. C’est la faiblesse physique. C’est le fait d’avoir ses règles d’avoir un utérus et donc pouvoir enfanter. C’est de là qu’ont décollé les normes genrées. C’est la base. Et nous, notre différence biologique, on la sent bien quand il y a un homme qui nous harcèle dans la rue. On la sent. Je sais pas, mais l’oppression qu’on subit, c’est pas parce qu’on se sent femme. C’est parce qu’on est une femme. Parce qu’on est une femme au sens biologique du terme. À ce stade-ci, je ne sais même plus dans quelle langue il faut le dire.

Un jour, j’ai lu un livre de (je ne sais plus comment elle s’appelle mais son nom de famille c’est…) Lachenal, “10 questions sur le genre” ou un truc comme ça. J’avais lu là-dedans que la biologie (et en particulier le sexe) était une construction sociale. Le jour où j’ai lu ça, je suis tombée des nues. 

Alors oui, pour parler de biologie, il y a un langage. On relie les observations entre elles par des mots qui font des catégories ou des concepts. Ça, c’est clair. Et il est vrai que la langage structure la pensée, et que le langage peut parfois mener à des oppressions. C’est la base de la philosophie et de la sociologie du langage. Il y a toute une littérature à ce sujet et on sait très bien que les hommes ont inventé ou modifié le langage pour mieux nous opprimer. On le sait. 

Mais ça veut pas dire qu’on ne peut pas faire des observations objectives et chercher la vérité en usant du langage. Si la biologie n’était qu’une construction sociale, elle ne serait qu’un ensemble de normes sociétales et arbitraires (ça, c’est important) qu’on pourrait changer à tout va sans que le corps humain et l’ensemble de la biologie ne deviennent incompréhensibles. Et ce n’est pas vrai. 

La biologie, les catégories qu’on a créées pour la biologie, sont essentielles pour pouvoir comprendre comment fonctionne le corps humain et comment on peut soigner le corps humain. Je trouve d’ailleurs assez drôle qu’il n’y a que la biologie qui soit une construction sociale et pas la physique, pas la chimie, pas les mathématiques. Ça, bizarrement, on n’y touche pas et je me demande bien pourquoi.

Rebelles du Genre –  Aujourd’hui, tu témoignes anonymement. Est-ce que tu peux dire pourquoi tu as choisi de témoigner et pourquoi tu le fais de façon anonyme?

Eléonore – Oui, je témoigne parce qu’il faut en parler tout simplement.

Je pense que c’est la raison principale. Et il me semble aussi que mon expérience, en particulier, est plutôt éclairante sur les dangers du transactivisme pour les personnes en souffrance ou en détresse psychologique. Tout simplement parce que c’est important de le souligner. 

Quant à l’anonymité, je l’ai choisie parce que je travaille pour une administration. Tout fonctionnaire se doit de défendre les minorités (ce qui est tout à fait normal), mais je pense que les politiques ont un peu oublié ce qu’est une minorité, ce que c’est qu’une personne vulnérable, et ce qu’il y a à défendre. 

J’ai un peu peur que, si je témoigne à visage découvert, je risque de perdre mon poste, et je ne peux vraiment pas me le permettre. Même si c’est beaucoup plus difficile de virer quelqu’un dans le public que dans le privé, mais bon, on reste prudente quand même.

Rebelles du Genre –  Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Eléonore –  Oui. Là, ça n’a plus rien à voir avec la psychophobie pour le coup, mais c’est la menace que ça représente pour les personnes LGB.

J’ai un membre de ma famille qui est gay et il a vraiment été complètement endoctriné par l’idéologie trans. Je me rappelle que j’en avais discuté avec lui, j’avais avancé mes arguments qui étaient, quand même, plutôt solides, mais il ne parvenait pas à les entendre sans me voir comme une grosse transphobe. (Après, bon, c’est son droit. Mais le fait que ça puisse potentiellement briser des familles, c’est quand même vraiment catastrophique, je trouve.)

À un moment, on parle : je lui dis que c’est une menace pour les personnes LGB, et lui, effectivement, il est intéressé, il me demande pourquoi. Je lui ai dit qu’on était en train de complètement transformer le concept de sexualité en genrité (parce que c’est un mot que j’ai entendu, que j’ai vu passer: une “genrité” à la place de “sexualité”) et qu’on était en train d’enlever l’importance du sexe dans l’attirance sexuelle. Je lui disais, qu’en gros, les parties génitales, elles sont bel et bien importantes. Quand on couche avec quelqu’un, les parties génitales sont là. Il faut faire avec. Il faut arrêter de le nier. Nier ça, c’est homophobe et ça relève de la culture du viol et de la thérapie de conversion. 

Il m’a sorti : “ Et, pour toi, les femmes ne sont que des vagins sur pattes?” 

Alors là, j’ai pensé (je l’ai pas dit mais j’ai pensé) quand même, que venant de la part de personnes qui disent “personne à utérus” et “personne à vagin”, c’est quand même vachement gros. Bref, je ne l’ai pas dit. 

Je lui ai demandé : “Alors écoute, si un jour tu tombes amoureux d’un homme trans, (j’en doute mais bon, acceptons l’hypothèse) et que cet homme trans a un vagin, ça ne te dérangerait pas d’être intime avec lui?” Alors j’ai vu le choc et le dégoût sur son visage. C’était évident que juste l’idée même le dégoûtait. Mais il a persisté à me dire “Et bien, je me focaliserai sur ses attributs masculins, pas sur son vagin”. 

Je suis désolée, mais si on doit fermer les yeux sur quelque chose qui nous met mal à l’aise dans notre sexualité, on se force à avoir des relations sexuelles avec quelqu’un qu’on ne désire pas. C’est évident. Et on renie sa sexualité. Et ça relève de l’agression sexuelle, mais ça je l’ai déjà dit. Vraiment, le fait de ne rien pouvoir faire à ce niveau, pour moi c’est vraiment désespérant et c’est révoltant. Je ne peux pas aider ce membre de ma famille. 

Rebelles du Genre –  Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Eléonore – Oui. La seule chose que j’ai à ajouter, c’est que vraiment j’en ai ras-le-bol de leur manie à nous déposséder du féminisme et plus largement de la gauche. Ça me met vraiment hors de moi. Je me dis : “Mais pour qui est-ce qui se prennent?”. Toute personne qui n’accepte pas le discours consensuel de la gauche, à l’heure actuelle, à beaucoup de niveaux, pose question. Si on critique un petit peu la gauche (même si on est de gauche), on est quand même taxé d’extrême droite. Alors qu’on (c’est dingue) vote à gauche, pour des politiques de gauche, on défend les minorités, mais on est d’extrême droite. N’importe quoi!

Je suis désolée, mais à quel moment a-t-on décidé que la gauche était un monolithe? Et à quel moment a-t-on décidé que la gauche n’admettait aucune nuance et aucune critique? C’est absolument totalitariste. Et honnêtement, si vous vous revendiquez de gauche mais que vous n’acceptez pas qu’on puisse la critiquer, c’est vous qui êtes loin d’être de gauche. 

Parce qu’historiquement, la gauche a toujours défendu le droit de critiquer et de questionner. Il n’y a vraiment qu’à l’heure actuelle qu’elle n’admet plus la critique. Pour moi, en tout cas dans l’idée que je me fais de la gauche, c’est plutôt vous qui n’êtes pas de gauche. Et vous êtes vraiment un mauvais citoyen aussi, au passage. 

Alors, je veux juste rajouter que j’avais vu une vidéo (je crois que c’est lui mais je suis pas sûre) d’un type qui joue un personnage qui s’appelle Jonathan Pie  et qui fait justement une critique assez virulente de l’idéologie woke (pour le coup il appelle ça comme ça). 

Il dit (c’est une chose qui est extrêmement frappante, et qui, moi, me choque beaucoup et qui est vraie) que c’est que l’argument de la liberté d’expression maintenant, c’est un argument de la droite. Et ça, c’est quand même vraiment très très inquiétant…

Rebelles du Genre –  Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basées sur le sexe : womensdeclaration.com 

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses. Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous et à bientôt pour un nouveau témoignage de Rebelles du Genre.

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