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  • Rebelles du genre – Épisode 59 – Pénélope

    Pénélope – Je m’appelle Pénélope, j’ai 30 ans et je travaille dans le secteur de la santé sexuelle et reproductive en Belgique francophone et je travaille en particulier sur les thématiques de la contraceception et de l’avortement; et donc je travaille dans un milieu où il y a notamment d’autres axes de travail qui concernent les questions trans et de genre.

    En fait, ces questions de terminologies transactivistes, avant, ne me questionnaient pas vraiment et j’ai rencontré certaines personnes qui m’ont plus informée sur cette question-là, ce qui m’a permis de remettre en question pas mal de dogmes. J’ai notamment un collègue qui travaille sur les questions LGBTQIA+, qui a des projets très intéressants, par exemple sur les questions de dépistage IST, VIH, etc. Je ne me posais pas la question vraiment, par exemple de l’écriture inclusive, moi je pratique l’écriture inclusive à partir d’une perspective féministe mais jusqu’à il y a à peu près deux ans, je ne me posais pas la question sur le fait de pouvoir choisir son pronom, etc. Et je me disais qu’en fait, si ça faisait du bien à certaines personnes, c’était quelque chose qui était OK et donc je n’avais pas de lecture vraiment critique sur le genre.

    RDG – Bonjour et bienvenue sur le podcast Rebelles du genre.

    Nous sommes des femmes militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basées sur le sexe et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes et le genre en est le moyen

    Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis, elles ouvrent les yeux, constatent sa violence et la refusent.

    Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Ecoutons leur parole.

    Pénélope – Donc c’était en juin 2021, où j’étais en contact sur les réseaux sociaux avec des féministes critiques du genre et en fait, en lisant certains statuts, je me questionnais, je ne voyais pas où était le problème à priori donc… J’ai été vers cette personne en lui demandant en fait, ben voilà, quels étaient les enjeux qu’elle soulevait parce que j’avais du mal à les identifier de prime abord et elle m’a envoyé vraiment beaucoup beaucoup de liens et d’informations, qui ont effectivement été assez percutants pour moi.

    Et plus tard, en septembre 2021, j’avais rédigé une carte blanche sur la contraception avec mon compagnon qui est médecin et on a proposé à différentes associations, à différents intervenants qu’on connaissait de signer cette carte blanche et en fait, plusieurs n’ont pas voulu la signer parce que dedans, on parlait de contraception masculine et de contraception féminine. Et non de contraception dite masculine ou de contraception dite féminine. On a fait valoir les arguments qu’en fait, comme on parle d’organes génitaux, ce n’est pas la question du genre qui prime: un médecin doit savoir quels sont les organes sexuels de la personne pour pouvoir lui donner une contraception et donc ces différents intervenants, en fait… Donc c’était dans des commentaires sur un Google Doc ou quelque chose comme ça, et donc on commençait à mentionner le mot TERF. Nous on se considère quand-même comme des personnes assez progressistes donc c’est la première fois qu’on a été confrontés vraiment à cette réalité là, dans nos pratiques. Et là, on a vraiment été convaincus qu’il y avait un souci et ça nous a en fait amené à lire davantage et à nous informer davantage sur la question. Evidemment, on est… Je dis “on” parce que je parle de ces cartes blanches qu’on a rédigées à deux mais donc on est vraiment contre toutes les formes de discrimination, peu importe qui elles touchent et donc c’était très perturbant en fait d’avoir ce miroir, de nous dire “Ben non, en fait, vous êtes transphobes.” alors que nos intentions n’étaient pas du tout celles-là et qu’on ne s’était jamais imaginés avant ça pouvoir être catégorisés comme ça, en fait. On l’a reçu quand-même assez violemment.

    Donc c’est un peu la suite aussi de la question parce que pour moi, c’est vraiment une question de démocratie en fait, de garantir les termes d’un débat démocratique. Pour moi, c’est extrêmement dangereux, effectivement, de qualifier des interlocuteurs ou interlocutrices de transphobes alors que ça n’est pas du tout le cas. En fait, c’est le nouveau point Godwin: on ne peut plus poser de questions, on ne peut plus même, voilà, soulever des incohérences et en fait, le fait d’utiliser cette terminologie “transphobe” ou “TERF”, ça clôt totalement le débat, ça humilie aussi les personnes qui souhaitent en parler et donc pour moi, c’est effectivement très dangereux au niveau de la démocratie.

    Quelque chose qui m’a aussi interpellé, c’est qu’en général, ce sont surtout des hommes qui se prétendent femmes qui interviennent dans le transactivisme et qui vont dire en fait à des femmes comment elles doivent être femmes, comment elles doivent être féministes, comment elles doivent être progressistes, etc. Et alors que la majorité des personnes qui font la transition sont des femmes qui se disent hommes et donc ça, c’est assez interpellant de voir que même là, alors que les hommes sont minoritaires, c’est eux qui prennent encore plus de place dans le débat.

    RDG – Oui, c’est vrai qu’aujourd’hui, l’immense majorité des transitions, c’est plutôt des adolescentes. Chez les adultes, ce sont des hommes mais chez les adolescentes qui sont très très nombreuses aujourd’hui, ce sont au moins à 75% des filles, donc des jeunes femmes qui transitionnent. Par contre, chez les adultes, c’est plutôt des hommes mais c’est une autre histoire (rires)… Des hommes d’un genre particulier.

    Pénélope – Oui ou alors quand ils sont enfermés pour violences sexuelles où ils disent que finalement ils sont des femmes.

    RDG – Ou des autogynéphiles. Voilà. Carrément, une perversion sexuelle.

    Pénélope – Moi je pars du principe que à priori, une féministe, elle n’est pas d’extrême-droite, que les féministes ont toujours, souvent en tout cas, pris soin des personnes plus précaires, discriminées, etc. Et en fait, en soi, c’est une aberration de dire qu’une féministe est d’extrême-droite mais je pense que ça vise vraiment à limiter le débat, à limiter la parole et la preuve aussi, c’est que dans ce podcast-ci, par exemple, on est plusieurs à témoigner de façon anonyme, rien que ça, c’est vraiment une preuve du problème.

    RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ? Tu as déjà commencé à aborder cette question de la démocratie.

    Pénélope – D’abord une menace pour les femmes pour plusieurs raisons.

    Je dirais que, d’abord, il y a vraiment un enjeu de visibilité des combats féministes et de l’autre côté, d’invisibilisation de ces combats et qu’à partir du moment où le mot “femme” ne veut plus rien dire, vu que des hommes peuvent se dire femmes, on n’a plus en fait la terminologie et les mots pour mettre en phrases, pour conceptualiser les rapports de domination envers les femmes dans la société. Et en fait, des féministes qui ont utilisé le genre aussi dans les années 60, c’était pour dénoncer justement les rôles sociaux qui sont imposés aux hommes mais surtout aux femmes et en fait, le genre, à ce moment-là, n’est pas du tout quelque chose à performer mais quelque chose à combattre et quand on voit la façon dont se présentent les personnes trans en général, il est évident que les stéréotypes de genre sont renforcés et que c’est ceux-là mêmes qu’on voulait combattre à la base. Et donc c’est assez déstabilisant aussi mais c’est vraiment aussi nous enlever vraiment les mots en fait pour exprimer des rapports de domination.

    Effectivement, quand on réfléchit pourquoi les femmes sont voilées, pourquoi les petites filles sont excisées, mariées de force, qui sont dans la majeure partie des personnes qui sont victimes de prostitution, etc., eh bien ce n’est pas parce que ces personnes se définissent femmes mais c’est parce qu’elles sont femmes au sens biologique, qu’elles ont un utérus, qu’elles ont des facultés reproductives et donc c’est ça qui est vraiment l’objet de la domination des hommes sur les femmes. Et donc à partir du moment où on ne peut plus dire “femme” pour décrire une femme biologique, eh bien à mon sens, on perd tout ça parce que le mot “femme” contient d’une part les aspects biologiques, et d’autre part, tout ce qui est associé à cette condition là donc on sait bien que les facultés reproductives, c’est quand-même un enjeu important et ce n’est pas pour rien que, notamment dans les guerres civiles, etc., qui sont encore en ce moment en République démocratique du Congo, il y a des crimes, des viols collectifs qui sont faits non pas sur des personnes qui se disent femmes, sur des hommes qui se disent femmes, mais bien sur des femmes biologiques.

    Et donc je pense que ce mot “femme” a vraiment en soi tout ce qui se rattache en fait à un concept sociologique, avec tout ce qui se rattache à la condition d’être femme et donc pour moi, c’est très important qu’on puisse l’utiliser dans ce sens là et donc c’est vrai que j’ai du mal à comprendre qu’en fait, on ne puisse plus le faire, notamment aussi dans des secteurs comme le secteur du planning familial. Donc maintenant, par exemple, quand certains acteurs du planning familial font des publications sur les réseaux sociaux ou font des enquêtes, etc. donc même là, est utilisé des mots comme “personne avec utérus”, etc., moi je trouve ça extrêmement dérangeant, voilà, je me perds un petit peu (rires)… Ouais, je trouve ça très dérangeant et en fait, c’est encore plus dérangeant qu’à la base, ce sont vraiment des associations qui ont été créées par des femmes, pour les femmes, autour d’enjeux comme la contraception et l’avortement, enfin ce sont des droits qui peuvent toujours être remis en question, qu’il faut absolument continuer à préserver et à travailler, donc effectivement, je pense que, par exemple, un centre de santé sexuelle, un centre de planning familial, doit accueillir tout le monde comme il est mais à la base, l’enjeu vraiment du planning familial qui est féministe et qui est de défendre la santé sexuelle et reproductive des femmes, on le perd complètement de vue et donc ça m’interpelle aussi un peu.

    Aussi, je pense qu’il y a beaucoup… toujours dans cette question aussi de moyens dans l’associatif, qu’il y a du temps, beaucoup de temps et beaucoup de moyens qui sont octroyés, notamment des subventions, etc. aux questions transgenres par des cabinets qui portent en eux la question des droits des femmes et donc c’est du temps et des moyens qui ne sont plus disponibles pour les femmes donc ça me questionne aussi.

    J’ai deux enfants, dont une petite fille qui est encore assez jeune et c’est vrai que par exemple, moi, je suis assez matérialiste, la question de la non-mixité par exemple dans les toilettes, dans les vestiaires, etc. m’interpelle beaucoup. Donc par rapport à la non-mixité, moi, ça m’arrive de travailler avec… d’être en contact avec des cabinets politiques, etc. qui abordent ces questions là et donc ce que je constate, c’est que, par exemple, quand, dans certains événements publics, on fait la remarque “Il n’y a pas assez de toilettes pour femmes.” et donc à ce moment-là, les cabinets ont plusieurs options qui sont soit de mettre plus de toilettes pour femmes tout simplement, soit de mettre toutes les toilettes en non genré et en fait, tu remarques que c’est l’option qui est choisie parce qu’en plus, c’est moins cher donc ça arrange tout le monde. C’est très à la mode aussi, ça donne une image justement progressiste de la politique.

    Ça me questionne beaucoup ces choix d’espace pour les femmes qui se retrouvent en non-mixité, pour plusieurs raisons. Parce que moi je pourrais partager éventuellement mes toilettes mais j’entends qu’il y a des femmes pour qui ce n’est juste pas possible et je le comprends tout à fait, je comprends tout à fait pourquoi. Et par ailleurs, j’avais aussi une amie qui me racontait que… qui est aussi dans l’associatif et qui m’expliquait que lors des assemblées générales dans son assos, en fait, il y avait beaucoup de décisions politiques aussi qui étaient prises par les femmes dans les toilettes parce qu’elles allaient s’isoler à la pause et avaient un moyen avec ces toilettes de se retrouver entre elles et que là, elles construisaient des stratégies politiques pour revenir après en assemblée générale. J’ai trouvé cette anecdote, anecdote entre guillemets, très parlante et très intéressante aussi, même les toilettes…

    RDG – Ça montre à quel point on a besoin de non-mixité, tout simplement. Je trouve cette anecdote ultra parlante en fait, c’est quand-même incroyable qu’on en soit réduite à ne pouvoir parler entre nous que dans les toilettes, et même ça on nous le retire.

    Pénélope – Et donc c’est vrai que ça montre qu’il n’y a pas suffisamment d’espaces en non-mixité pour que les femmes puissent construire leurs stratégies politiques et discuter entre elles et que là, même ces toilettes, eh ben en fait, on ne va plus y avoir accès non plus et on devrait les partager avec absolument tout le monde.

    Au niveau des enfants, la question de la mixité des vestiaires, des toilettes, etc. me pose question aussi. Encore une fois, ben moi, ça m’arrive d’aller dans des thermes naturistes donc je vais dire, je n’ai pas de problème spécifique par rapport à ça mais quand j’imagine ma fille venir avec moi, par exemple dans des vestiaires mixtes à la piscine, on a une piscine près de chez nous, les vestiaires sont mixtes, je me dis en fait, elle va être là en train de se changer et peut-être qu’elle va avoir un pénis à hauteur de son visage et qu’en fait, si on dénonce ça, ben ça sera considéré comme non inclusif, comme transphobe, etc. mais c’est un vrai problème en soi, je n’ai pas envie que… et même mon fils, à la limite, aussi, mais dans l’autre sens donc voilà, je pense qu’il y a des lieux, effectivement, qui, à raison, doivent rester totalement non-mixtes. Pour moi, c’est vraiment important. En plus, on sait bien, voilà, qu’il y a quand-même aussi des questions d’abus, etc. alors je ne dis vraiment pas que les personnes trans sont des violeurs mais je pense que, voilà, il faut quand-même limiter les contacts dans des lieux comme ça, où on se retrouve complètement dénudé avec des hommes adultes. Ça ne devrait pas arriver, d’après moi.

    RDG – Pas tous, mais suffisamment pour qu’on ait toutes peur, en fait. Évidemment, pas tous des violeurs, mais suffisamment, trop en tout cas.

    Pénélope – Oui et c’est vrai que cette question de se dire qu’effectivement… C’est souvent un argument, quand on dit “Ben voilà, en prison, il y a des hommes qui commettent des agressions sexuelles et qui demandent à être en prison avec les femmes.” donc on répond souvent “Oui, mais bon, ça, c’est un cas…”. Bon, déjà, il y a plusieurs cas, quand on analyse, il y en a quand-même pas mal. C’est un cas qui est permis par la loi donc il y a des agresseurs qui profitent du cadre légal pour se retrouver dans les lieux de femmes et même si c’est 10 cas, imaginons qu’il n’y aurait eu que 10 cas jusqu’ici, bah c’est suffisamment, effectivement, pour se poser la question, pour se dire “Ok qu’est-ce qu’on fait de ça ?” donc c’est quelque chose qui peut arriver, qu’un homme qui se dise femme se retrouve dans une prison pour femmes et qu’il agresse des femmes donc on doit le dire, on doit veiller à la sécurité des femmes aussi dans les prisons qui, en plus, souvent, ces femmes-là ont été aussi victimes elles-mêmes, dans leur enfance ou plus tard, d’agressions sexuelles ou d’autres violences et donc voilà, il faut préserver cette non-mixité là aussi.

    RDG – C’est un problème de violence masculine et ce n’est pas aux femmes de prendre ça en charge, en fait, c’est aux hommes de s’organiser, ce n’est pas aux femmes d’abriter, de protéger les éventuels personnes qui se pensent trans dans les prisons pour femmes, c’est aux hommes d’organiser ça. On n’a pas du tout à prendre aussi ça en charge, on n’est pas leurs mamans, quoi.

    Pénélope – Oui donc je ne sais pas, effectivement, quelles seraient les solutions et peut-être que ce n’est pas notre problème à nous, enfin, je veux dire, de nous en charger mais oui, effectivement, peut-être que pour cette question de mixité/non-mixité, bah alors il faut créer des espaces pour des personnes qui se disent en transition aussi ou personnes trans.

    Au niveau des enfants, il n’y a pas mal aussi de documentaires qui commencent à sortir pour l’instant. Moi j’ai regardé “Trans Train” notamment il y a un mois ou deux et je le trouvais assez parlant par rapport aux enfants où l’on voit les dérives clairement donc par exemple, les mastectomies sont autorisées dès 14 ans et donc ben je ne comprends pas en fait comment on autorise ça, alors qu’on a vraiment des cadres légaux  internationaux qui fait qu’on devrait protéger les enfants. Donc un enfant bah, il ne peut pas conduire avant 18 ans, il ne peut pas se faire tatouer etc… Mais on laisse une petite fille vivre une opération pour enlever ses seins et on sait que clairement le cerveau des enfants n’est pas encore totalement mature à cet âge-là.

    Et donc voilà, que c’est normalement de la responsabilité des états de les protéger et donc moi je suis formellement contre tout traitement hormonal avant au moins 18 ans. Peut-être un peu “extrémiste” mais voilà.

    RDG – En fait ce n’est pas du tout extrémiste, moi c’est 25 ans. Je pense que les études scientifiques démontrent que le cerveau mature jusqu’à 25 ans, donc jusqu’à 25 ans pas de traitement hormonal, pas de bloqueur, rien du tout pour que le cerveau puisse maturer jusqu’au bout. Ce n’est pas une question d’extrémisme, c’est une question de bon sens ! En fait on n’est pas là pour faire plaisir aux gens et les parents ne sont pas là et les institutions, les pouvoirs publics et les médecins, ne sont pas là pour faire plaisir aux enfants. Ils sont là pour les protéger ou pour les soigner, certainement pas pour les stériliser, les castrer ou les mutiler.

    En tout cas moi, je ne me sens pas extrémiste de dire ça. Si dire qu’on doit protéger les enfants c’est être extrémiste, mais dans quel monde on est ? Enfin je veux dire : c’est vrai que ce que tu dis, la façon dont tu le dis, montre à quel point il y a une intolérance par rapport à ça et on se sent presque honteuses de dire qu’il faut protéger les enfants. C’est fou quand même!

    Ça me sidère un peu de dire qu’on doit raser les murs, témoigner anonymement, avoir peur pour sa vie etc… Parce que tout simplement on veut protéger les enfants et en particulier les filles puisqu’on sait qu’elles sont hyper majoritaires parmi les victimes de cette idéologie.

    Moi je suis assez fière, enfin je suis même très fière d’être féministe et pourtant j’ai peur, ce n’est pas normal !

    Pénélope – Et par ailleurs je trouve que ce qui est très inquiétant, c’est qu’ on constate en fait, quand on regarde un peu les communications des transactivistes, que les enfants sont une cible en fait de la communication. Souvent dans les événements, les petits événements queer ou quoi qu’il ya a en Belgique, et bien on va parler des enfants, on va dire : “Oui c’est important que les enfants viennent nous voir et viennent parler de ça avec nous etc…” Et même dans la forme en fait des posts, on retrouve souvent du rose, des petites licornes ou alors il y en a qui font du merchandising avec des stickers, je veux dire des stickers avec des petits bonhommes, c’est clairement enfantin. Et donc moi j’ai l’impression que les enfants sont vraiment une cible de cet activisme, qu’il y a une volonté prosélyte de les convaincre le plus tôt possible. C’est vrai que par exemple, la laïcité par rapport à ça, on voit bien que la laïcité a pour but aussi de protéger les enfants du prosélytisme religieux et je pense qu’il faut les préserver aussi de ce prosélytisme là, peut-être encore plus d’ailleurs. 

    Il n’ y a pas longtemps, il y a peu, il y a eu une polémique au niveau du Planning Familial avec une affiche que tout le monde a vu de “l’homme enceint” et c’est vrai que quand on va voir l’illustrateur de la fiche sur son compte, sur son compte Twitter ou je ne sais plus exactement où j’ai vu ça, ou Instagram, où clairement on voit le développement d’un merchandising qui est vraiment aux couleurs enfantines, qui sont même des objets enfantins. Donc les stickers je veux dire, nous en tant qu’adultes on ne va pas commencer à coller des stickers partout même si ça pourrait être sympa, mais donc je pense que le fait de sortir des stickers, de les mettre dans des couleurs très enfantines : pastels, avec des personnages etc… C’est clairement orienté vers un public enfant. Et moi quand j’ai vu ces stickers là, donc qui ont été réalisés par Laurier The Fox je me disais mais clairement ma fille adorerait ces stickers en fait et donc ça m’a questionné aussi par rapport à ça. Mais c’est une amie à moi aussi qui est féministe critique du genre et qui avait attiré mon attention sur cette forme de merchandising là.

    RDG – Ok  ouais ouais, c’est clairement tourné vers les enfants, c’est du “grooming” en fait, c’est vrai.

    Pénélope – Et je voyais un truc de caravane Queer à Bruxelles et ils étaient là : “Oui les enfants ! Les enfants !” Et je trouve ça hyper malsain en fait d’être à ce point…

    RDG – Ils ont l’avenir devant eux et de longues années d’hormonothérapie aussi.

    Pénélope –  Oui et par rapport  même au truc enfantin, moi j’ai pensé à un lien. Je ne sais pas s’il faut le dire parce que c’est vraiment une idée que j’ai comme ça, mais je me dis même les bloqueurs de puberté, on est un peu dans le syndrome Peter Pan en fait. Surtout ne pas grandir, ne pas affronter en fait, le fait de grandir quoi ! Te dire, voilà je ne grandirai pas !

    Et il y a quelque chose, un rejet aussi…

    RDG – Alors moi je vais beaucoup plus loin que toi. Je pense que c’est de la pédocriminalité : que ces hommes qui se transidentifient “petite fille” et qui poussent des enfants vers les bloqueurs de puberté. C’est ce que Sophie Robert nous a expliqué dans un épisode précédent sur les nullos, la nullification, les opérations qu’on appelle nullo qui consistent en fait à rendre eunuques des enfants, puis finalement les bloqueurs de puberté, les stérilisations etc… C’est de la castration finalement, ça crée des enfants, c’est à dire que ça va être des personnes qui ne vont jamais grandir, maturer etc… Ça crée tout un groupe de personnes qui vont être abusables par ces pédocriminels. Je pense que ça va beaucoup plus loin, que ce n’est pas fortuit quoi cette histoire de phénomène de l’enfant tu vois. 

    Pénélope – Nan mais moi je parlais dans le chef de l’enfant tu vois. C’est que l’enfant n’a pas forcément envie de grandir et on profite de ça en fait, on lui dit : “mais tu n’es pas obligé de grandir”. 

    RDG – Alors là dessus je suis d’accord complètement, c’est effrayant de grandir et notamment pour les filles parce qu’on sait ce qui nous attend, mais les garçons aussi, certains d’entre eux, tout ça. Je veux dire que si les adultes gardaient leur bon sens ce ne serait pas un problème. Le problème c’est qu’il y a des adultes qui en profitent pour les pousser et leur dire que c’est possible tout en satisfaisant leur fétiche sexuel de pédocriminel. Et ça c’est grave parce que c’est ce qui se passe sur les réseaux sociaux, enfin je veux dire là j’ai enregistré un témoignage d’une jeune femme qui parle de ce qui se passe dans les jeux en ligne, effectivement tu as des pédocriminels qui fréquentent des enfants dans les univers virtuels, il n’y a aucune loi, il n’y a rien, il y a aucune réglementation. Il y a des violences incroyables qui se passent dans les jeux en ligne en réalité augmentée et on parle de bien de ça, on parle bien de pédocriminels et aujourd’hui c’est leur terrain de jeu, il y a beaucoup de pédocriminalité. Un des moyens pour un pédocriminel d’atteindre sa cible, c’est de se prétendre transgenre. Je ne dis pas que tous les transgenres sont des pédocriminels, par contre c’est un moyen très efficace quand on est un pédocriminel d’atteindre des enfants. 

    Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner de façon anonyme ? Est-ce que tu as déjà subi des pressions ? Est-ce que tu te sens en sécurité pour parler librement de ce sujet ? 

    Pénélope – Dans mon entourage proche je suis très libre d’en discuter donc c’est déjà une bonne chose. Toutefois sur les réseaux sociaux etc, je trouve que c’est vraiment compliqué parce que effectivement dès qu’on aborde la question, on est considéré transphobe d’extrême droite etc… Et donc on retombe à nouveau dans ce nouveau point Godwin et par ailleurs je fais notamment du travail comme indépendante aussi et je pense que m’exprimer librement sur ce sujet pourrait amener certaines personnes à me blacklister. Je sais qu’il y a plusieurs personnes dans le secteur associatif en Belgique qui sont blacklistées pour cette raison, donc c’est pourquoi j’ai décidé de témoigner en anonyme. C’est ce que je disais tout à l’heure par rapport au problème du débat démocratique, etc, en fait voilà, on en vient à nous censurer, à nous “canceller” nous-mêmes pour ne pas subir les répercussions d’une prise de parole et moi je me suis amenée… aussi dans certains cas parce qu’en fait quand on dit à quelqu’un à chaque fois qu’il est transphobe, à un moment je pense qu’il faut aussi s’auto analyser, se poser la question : “bon ok, pourquoi est-ce que je le suis vraiment ? Qu’est-ce que ça veut dire être transphobe ? Etc…” Et donc il n’y a pas longtemps, j’étais dans un lieu de culture pour les enfants, donc qui est dédié vraiment aux enfants et j’y étais avec mes enfants et la personne qui tenait la cafèt’ était visiblement trans ou non-binaire, en tous cas elle remettait en question les stéréotypes de genres. Et je me suis posée la question en fait, je me suis dit : “Est-ce qu’elle me fait peur ? Non pas du tout. Est-ce que sa présence me dérange ? Bah en fait, pas du tout non plus. Est-ce que je préfèrerais que cette personne ne soit pas là ? Non plus. Est-ce que j’ai peur que mes enfants soient en contact avec elle ? Non plus.” En fait ce qui me dérangerait c’est si je venais à parler avec cette personne et que je voyais qu’elle était justement dans ce dogme et dans du prosélytisme. Après il y a aussi plein de personnes qui se disent “trans”, il y en a qui détansitionnent, il y en a qui remettent en question le transactivisme, qui ne veulent pas être associés non plus à ça, des personnes qui souffrent de dysphorie de genre mais qui ne vont pas pour autant s’associer à l’activisme. Et moi j’ai fait cette auto analyse, de me dire que je n’ai pas de problème en soi avec cette personne, mais je pourrai en avoir si elle soutenait quelque chose que je trouve dogmatique, comme je pourrais en avoir avec une autre personne qui parlerait de religion à des enfants par exemple, ça pourrait me poser problème aussi.

    Et par ailleurs l’anonymat aussi parce que si je témoignais sous ma vraie identité, je ne pourrai pas non plus dire tout ce que j’ai à dire donc c’est aussi pour ne pas me silencer justement et pour porter tous les messages que j’ai envie de porter via ce podcast.

    RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

    Pénélope – Mais donc il y en a plusieurs, la première donc je disais dans l’introduction qu’ il y avait plusieurs associations qui n’avaient pas voulu signer notre carte blanche en estimant qu’elle était transphobe parce qu’on parlait de contraception masculine et féminine. 

    Et en fait ces personnes qui n’ont pas voulu signer à carte blanche, elles sont aussi contre la contraception hormonale et donc moi ça me pose vraiment question parce qu’en fait ce qu’elles disent, c’est que les hormones sont un poison pour le corps et l’esprit. En fait, c’est aussi des personnes qui militent activement pour la contraception masculine et qui vont vraiment jouer sur l’hormonophobie pour développer leur entreprise, pour l’appeler comme ça. Et donc j’en viens à la conclusion qu’en fait ces personnes qui sont fort intégrées aussi dans l’activisme trans, vont encourager des personnes trans à faire des transitions avec des hormones, dans le même temps elles vont dire aux femmes qu’elles ne peuvent pas prendre la contraception hormonale parce qu’elle est mauvaise pour leur corps. Donc on se retrouve encore dans une situation où des hommes disent aux femmes ce qui est bon ou pas pour elle et par ailleurs ils ne permettent pas de faire aux femmes, ils le permettent aux personnes trans pour transitionner. Et donc là ça m’a vraiment posé question aussi sur ce mouvement et en fait j’ai vraiment à ce moment là aussi vu un lien entre plusieurs enjeux : que ce sont les mêmes personnes qui défendent des personnes trans, qui défendent la contraception masculine, qui défendent la prostitution, qui défendent la pornographie etc… Avec l’argument de dire qu’il faut beaucoup plus de fluidité et qu’il faut désexualiser les corps, mais il y a un message hyper culpabilisant derrière aussi sur les femmes et toutes les violences qui découlent aussi on le sait d’exploitation sexuelle.

    Alors j’ai deux anecdotes encore, il y en a une qui est vraiment au niveau national donc au niveau de la Belgique : donc notre secrétaire d’État à l’égalité des chances qui s’appelle Sarah Schlitz, donc l’égalité des chances comme en France principalement on va dire en grande partie en tout cas, était développé pour l’égalité entre les femmes et les hommes mais pas que évidemment, mais force est de constater que cette secrétaire d’État passe énormément beaucoup de temps et de moyens sur les questions de transidentité. Je l’ai vue il n’y a pas longtemps dans un coloc organisé par une association féministe où en fait dans cette association là, il y a plusieurs tensions aussi dans l’équipe sur la question et donc elles avaient notamment diffusé deux films dont un film qui considère que les hommes qui se prétendent femme sont des femmes et que donc elles recueillent la parole des femmes et donc de toutes les “femmes” entre guillemets. Et en fait, cette secrétaire d’État a vraiment donné le bon point à l’association, donc elle a fait un discours dans lequel elle dit : “Voilà je vois que sont incluses les personnes trans et j’en suis très heureuse et c’est très bien”. Bon tout le monde connaît les tensions dans lesquelles se trouvent les associations et donc en fait pour avoir des subsides, il faut avoir ces bons points, il faut absolument inclure les personnes trans dans les luttes féministes, donc ça pose vraiment question.

    Dernièrement cette secrétaire d’État a publié sur sa page Facebook qu’elle allait financer une recherche pour identifier les groupes conservateurs anti-genres. Donc elle finance un prof d’université pour faire ça et donc on est un peu inquiètes ici en Belgique de se demander si la chasse aux sorcières finalement est lancée et donc ça pose beaucoup de questions. Ce chercheur travaille aussi sur les questions de genre donc il s’appelle David Paternotte et il y a notamment quelques années quand ça bougeait un peu sur la législation IVG en Belgique (donc il se dit féministe allié etc…) on lui avait proposé de signer une carte blanche pour augmenter l’accès à l’avortement et donc il avait chipoté vraiment sur des formulations parce qu’on parlait des médecins. Il disait : “Mais je ne vais pas soutenir les médecins quand même, ça n’a pas de sens ! Alors que bon on parle de médecine sociale et on ne parle pas du médecin libéral dans sa tour d’ivoire, de médecine sociale qui permet l’accès à l’avortement”. Et donc je suis assez étonnée aussi avec le recul qu’il n’avait pas soutenu le droit d’IVG des femmes et que maintenant ce soit lui qui soit financé pour faire une recherche sur les anti-genres. Mais c’est très questionnant, je suis impatiente de voir ce que ça va donner comme résultat, mais c’est assez inquiétant de se dire qu’on finance ce type de recherche là et ça pose des questions même sur la liberté intellectuelle dans la recherche aussi.

    Une dernière anecdote : donc c’est une de mes contacts sur Facebook qui est professeur de français je pense, donc avec des jeunes adolescents et elle avait écrit un texte qui était rigolo parce qu’en plus elle n’avait pas du tout conscience des enjeux dont on discute ici, pour elle c’était vraiment l’inconnu, elle ne s’était jamais intéressée à la question. Mais c’est quelqu’un qui aime bien écrire, elle avait écrit un petit texte en disant qu’elle voulait passer de femmes à femmes parce que elle était considérée un peu comme garçon manqué, pas assez féminine etc… Et elle s’est vraiment faite incendier, mais elle s’est faite incendier au point qu’il y a des gens qui ont écrit à sa direction pour qu’ils la virent de l’école. Et donc je me dis : “Bah voilà cette personne qui n’avait même pas du tout conscience des enjeux, qui a juste fait un exercice d’écriture, ben elle aurait pu perdre son travail”. 

    Donc voilà c’est encore une fois en termes de liberté d’expression et de débats démocratiques, c’est très inquiétant aussi.

    RDG – Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

    Pénélope –  Ce que je me rends compte par rapport à mon propre chemin sur la question, c’est que  j’ai fait des études aussi en sciences sociales et puis je suis rentrée dans ce secteur planning et j’avais une approche vraiment très relativiste en fait de se dire : “Ben en fait chacun est libre de faire ce qu’il veut etc…”

    Mais le relativisme, il a ses limites parce que, effectivement, quand ça concerne les enfants, comme on l’a vu, quand ça invisibilise les femmes, etc, il faut absolument les remettre en question. 

    Et donc, j’ai eu beaucoup de chance, en fait, de croiser sur les réseaux sociaux – et c’est peut-être ça qu’il y a de bien, aussi dans les réseaux sociaux, même si il y a plein de côtés négatifs aussi – mais ça m’a permis, en fait, d’être en contact avec des féministes critiques du genre, et ça m’a vraiment, voilà : j’ai vraiment été beaucoup alimentée, à ce moment-là, en articles, j’ai recherché des livres j’ai écouté des podcasts, j’écoutais notamment les vidéos aussi du “Fou Allié”, etc. Et donc, ça m’a permis de faire évoluer ma pensée. Et je pense que ce qui est important, c’est de se donner, en fait, le droit de changer d’avis, de ne pas rester sur ses acquis, et de s’ouvrir aux autres arguments. Et on ne perd rien à le faire. Parce que le pire qui peut arriver, c’est qu’on change d’avis, effectivement. Mais on n’est pas obligées de le faire non plus. Et donc je pense qu’il faut vraiment être ouvert aussi à la discussion, au débat, et accepter, en fait, d’aller lire effectivement des arguments qui sont pas les nôtres, qui sont en désaccord avec ce qu’on pense sur le moment même. Et que ça permet, voilà, ça nous permet d’apprendre des choses, d’évoluer. 

    Et enfin, moi ça a été vraiment par ce podcast, j’en profite aussi pour remercier avec ces personnes qui m’ont accompagnée sur ce chemin-là.

    Donc voilà, j’aurais envie de finir en disant “Donnez-vous le droit de changer d’avis et surtout d’écouter des discours alternatifs sur ces questions-là, et vous ferez votre propre idée.” 

    S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

  • Rebelles du genre – Épisode 58 – Julie

    Julie – Bonjour, je m’appelle Julie. J’ai eu 19 ans récemment. J’habite en région parisienne, et je suis étudiante en études de psychologie, je suis en L2. Je suis féministe depuis mes 14 ans, en tout cas à mes 14 ans je ne me décrivais pas comme féministe, mais c’était l’émergence de mes premières pensées féministes.

    J’ai eu une éducation plutôt classique, avec une famille, avec mon père, mon grand frère et ma mère. Avec un très très grand frère, donc je n’ai vécu qu’avec mes deux parents.

    En fait, j’ai toujours eu une éducation, on va dire “critique du genre,  sur un aspect en particulier : sur tout ce qui était intellectuel.

    On m’a toujours appris qu’en tant que fille, je pouvais faire tout ce que je voulais sur un point de vue intellectuel, que j’étais égale aux garçons, donc ça c’était assez génial. Longtemps, on m’a encouragée à faire de longues études, on m’a encouragée à me croire aussi intelligente que les garçons, on m’a donné la même éducation que mon frère, vraiment, ça c’était super. Par contre, il y a quelque chose sur lequel on a très fortement renforcé mon éducation genrée: c’était tout ce qui était apparence physique, on va dire. Depuis toute petite, j’ai des parents qui m’habillent de manière très coquette, qui m’encouragent à être très féminine en apparence, qui me poussent un peu finalement dans les stéréotypes de genre. C’était un peu particulier pour moi parce que du coup je voyais que ça faisait plaisir à mes parents donc j’intégrais mais en primaire quand même j’avais une personnalité qu’on appelle garçon manqué donc évidemment je me faisais beaucoup moquée par mes camarades mais en même temps, on me poussait dans cet aspect très féminin donc ça a consacré une sorte de discordance chez moi qui me mettait un peu mal à l’aise ce qui fait que quand je suis arrivée au collège, j’ai rejeté la féminité. Je me suis dit “En quatrième, j’ai pas envie d’être féminine, j’ai trop de pression sur moi.”. Les garçons aussi de mon collège pratiquaient énormément d’harcèlement sexuel, du coup j’ai vraiment eu un énorme rejet de ma féminité et j’ai voulu me masculiniser. Ca a créé des troubles graves du comportement alimentaire chez moi, j’ai voulu vraiment rejeter mon corps, mon apparence, j’ai carrément voulu me couper les cheveux, ma mère ne m’a jamais laissée faire, enfin je voulais vraiment être un garçon, je voulais être perçue comme un garçon, je voulais échapper à tout ce qui était norme de société parce que je ne me sentais vraiment plus comme moi mais j’avais pas du tout le recul de me dire que c’était pas de ma faute, que c’était le fait de la société.

    Après, pendant ma quatrième, ça a progressé parce que j’ai découvert le féminisme, mais le féminisme à travers les réseaux sociaux. C’est à dire que, comme j’étais très mal dans ma peau, j’ai cherché évidemment des réponses… Donc, je suis passée par les réseaux sociaux. Donc, j’ai découvert quelques comptes féministes mais féministes libérales, entendons-nous bien… Pas directement radicales féministes évidemment. Et j’ai commencé à découvrir, alors il y avait Period Studio, il y avait… C’était tout ce qui était “Je m’en bats le clito”, enfin des trucs comme ça, c’était assez léger sur le fond et ça parlait quand même de stéréotypes, de dire qu’on pouvait être les mêmes, qu’on n’avait pas besoin d’être féminines, c’était tout ce qui était très superficiel donc par exemple c’était : pouvoir, apparence physique, body positive. Ca m’a beaucoup aidée dans un premier temps, j’ai tout de suite adhéré à ces idées, je me suis dit “Génial et tout, c’est vrai, on peut être libre et tout.” Donc là, j’ai un peu renoué, ça allait mieux pour moi mais j’avais pas encore découvert le féminisme de fond, ça restait vraiment en surface et c’est à partir de la troisième et de la seconde que j’ai découvert des thèmes qui étaient beaucoup plus importants donc de c’est à partir de ce moment-là que j’ai parlé d’abolitionnisme et de porno, j’ai découvert tout ce qui était thématique autour du porno et de la prostitution.

    D’abord par rapport au porno parce qu’évidemment, au collège, qu’est-ce que font tous les mecs ? Ils regardent du porno. Les garçons de ma classe ils ont voulu me montrer un porno parce qu’ils avaient envie de… je ne sais pas, peut-être me… un peu me pornifier, de m’éduquer à ce qu’ils voulais. J’avais pas du tout envie, j’étais jeune, j’avais pas envie de regarder deux personnes faire ces choses-là, ça m’était tout à fait étranger et en fait, ils m’ont montrée la plateforme, ils m’ont montrée les visuels, ils m’ont montrée vraiment tout et ça m’a dégoûtée, vraiment, jusqu’à la moelle. Je ne me suis pas dit “Ah, c’est dégoûtant !” parce que c’est des relations sexuelles, je me suis dit “C’est dégoûtant parce que là il n’y a pas d’amour, il n’y a pas d’échanges, il y a des trucs, il y a des pratiques…”. Comment c’est humainement possible de faire ça ? Et en fait je voyais tous les garçons de ma classe qui étaient excités par ça et je voyais aussi énormément de filles de ma classe qui, pour correspondre aux attentes un peu des mecs de notre classe , étaient en mode “Oui mais c’est bon, c’est normal, c’est la découverte de notre âge.”. Comment ceci peut correspondre à la découverte de notre âge ? Et du coup j’ai commencé à aller me renseigner sur les réseaux sociaux et j’ai vu que sur les comptes féministes que je suivais, il y avait beaucoup d’encouragements au fait de consommer du porno, que ce soit avec son copain, que ce soit avec ses amis, enfin c’était présenté comme quelque chose de positif et moi ça m’a tout de suite dérangée. Donc ni une ni deux, j’ai cherché plus loin, je suis allée chercher d’autres sources et en seconde, j’ai découvert des comptes abolitionnistes et féministes radicaux donc là j’ai découvert Osez le féminisme, j’ai découvert le compte de Marguerite Stern, j’ai découvert les Amazones, j’ai découvert Bois mes règles et là ça m’a fait une révélation, je me suis dit “Bah évidemment, c’est pas possible, le porno.”. J’ai enfin mis le truc sur ce qui me dérangeait: c’est du viol tarifé, c’est pas des échanges humains, on ne peut pas faire ça aux gens, ce n’est pas de l’éducation sexuelle, ça n’a rien d’une représentation de la réalité, c’est de la maltraitance humaine, c’est de la traite d’êtres humains.

    Et évidemment, quand on se rend compte du porno, on se rend compte évidemment de la prostitution. La prostitution, c’est un peu différent parce que j’ai toujours pensé que c’étaient des manières inhumaines d’acheter quand-même un humain. Je sais que ça ne paraît pas très logique mais je pense que c’est quand-même la base, enfin tu ne vas pas acheter des gens dans la rue, pourquoi t’achèterais des femmes ?

    Et du coup, j’ai vraiment découvert ça sauf que, évidemment, en suivant ces comptes féministes radicaux, qu’est-ce qui a émergé ? Le sujet de la transidentité.

    Et au début, moi, en ayant des comptes féministes libéraux, en fait, le genre, du coup, on ne le définissait plus déjà à l’époque comme un ensemble de stéréotypes, on le définissait maintenant de plus en plus comme un ressenti personnel, comme étant multiple, comme étant à respecter, comme étant… je ne sais pas, une essence en fait, au final. Moi, ça me déplaisait parce que comme je l’ai dit plus tôt, toute ma jeunesse, vous m’avez inculquée quand-même des stéréotypes sur mon apparence, comme j’étais femme, je devais être féminine. Je me suis dit “Mais non, si j’ai réussi à rejeter ça, c’est que ce n’est pas une essence, c’est que ça n’a pas de sens de dire que c’est une essence.”.

    Et du coup, en découvrant le féminisme radical, ces choses-là, évidemment, j’ai appris à les remettre un peu en question. Quand je regardais les comptes, surtout, d’Antastesia, surtout sa vidéo qui s’appelle “Suis-je une vilaine terf ?”, je me suis dit “Mais en fait, c’est exactement ça, c’est ce que je pense.”. Mais j’étais pas tout de suite dans la logique de me dire “Oui, je suis 100% d’accord.”; non, non, j’étais encore dans la logique de me dire “Je suis gentille j’ai envie d’être gentille avec tout le monde donc je vais être gentille, je vais approuver ce que tout le monde dit.” mais sans le penser, c’est à dire que dans mon coin, je pensais “Bon, c’est un peu n’importe quoi mais je vais être gentille, je vais accorder à des mecs de se dire n’importe quoi sur les réseaux sociaux et de véhiculer cette idée.” et j’ai commencé à adopter le vocabulaire qui était employé par ces personnes-là et notamment sur Twitter. J’ai commencé à me définir comme une femme cis, une jeune fille cis, à 15 ans ça n’a aucun sens, même les adultes ils ne comprennent pas, personne de ton entourage ne comprend et j’ai commencé à adopter les pronoms, les choses comme ça et tout et en fait j’en ai parlé un peu autour de moi dans ma classe et là je me suis rendu compte que j’étais la seule débile en fait à me définir comme ça mais vraiment. J’en parlais et tout le monde faisait “Mais elle va pas bien dans le ciboulot !” et c’était pas du rejet de dire “Ah, qu’est-ce qu’elle est bête !”,  c’était vraiment juste “Mais qu’est-ce qu’elle raconte ?” et du coup, je me suis vraiment rendue compte que c’était un peu comme une bulle et qu’en fait les féministes radicales avaient raison. Il fallait en fait avoir le courage d’assumer, que c’était une minorité d’individus qui disait n’importe quoi.

    Ça m’a fait mon peak trans: je me suis dit “Mais en fait, c’est vraiment n’importe quoi.”. J’avais même adhéré à l’idée de préférences génitales, je m’étais dit “Bon, ça se trouve, on s’est un peu gouré sur tout ce qui est orientation sexuelle.” Ca n’avait aucun sens, enfin je veux dire, à 15 ans on découvre tous notre orientation sexuelle, même si on ne le fait pas de manière consciente, c’est quand même des thématiques qui reviennent par rapport à la découverte de la sexualité et tout.

    Je me suis dit “Tout ce féminisme libéral, tout ce transactivisme, ça avait foutu le bins dans ma tête.”,  j’avais toujours été pour le soutien de la cause LGB…T et après, évidemment, je me suis dit “Je ne comprends pas en fait ce que le T a à voir avec le LGB.”, je ne comprenais pas pourquoi la transidentité, donc en fait qui est sur un sentiment profond de soi, avait à voir avec le fait d’entretenir des relations amoureuses et sexuelles avec autrui, ça n’a pas forcément de rapport.

    Plus ils définissaient des termes comme “préférences génitales”, “ identité”… et plus, en fait, moi, en tant que gentille personne, ça remodelait complètement mon rapport aux lesbiennes, aux gays et aux bisexuels. Il y avait même le terme “pansexuel”, c’était un terme que j’adoptais mais que je ne comprenais pas parce que pansexuel, ça ne veut rien dire en fait, ça veut dire que tu veux relationner avec n’importe qui selon son identité genre mais en fait, comment je peux communiquer avec mes amis avec, ma famille et avec d’autres personnes sur quelque chose aussi flou ? Quand j’essayais d’expliquer à mon entourage, ils étaient tous là en mode “Bah en fait, c’est la même chose que bisexuel.” Ah mais non tu ne comprends pas, c’est parce que il y a une identité de genre et tout et après, en écoutant au fur et à mesure les féministes radicales et en écoutant mes amis qui me disaient “Tu racontes n’importe quoi.”, je me suis rendue compte que ça n’avait aucun sens donc là j’ai vraiment commencé à être dans la critique. Plus j’écoutais de contenus radfems, plus j’écoutais de trucs aussi qui étaient importants parce qu’on a d’autres choses à faire en fait, quand on écoute les féministes radicales, évidemment, et qu’on s’intéresse à des thématiques aussi importantes que les féminicides, que l’abolitionnisme, que la porno-prostitution, que l’excision, et que tu vois après qu’on parle en plus de plus en plus de mecs qui sont en jupe, on a autre chose à faire et du coup je me disais “Je vais un peu laisser cette thématique de côté, c’est bon, j’arrête d’en parler, de toute manière ça ne sert à rien, je vais plutôt écouter d’autres choses.” et en fait, je me suis rendue compte que ça, ça marchait pas. Les transactivistes, ils ont une progression incroyable, je ne sais pas comment ils ont fait mais en tout cas, ils ont inondé toute la sphère internet de leur cité. De plus en plus, j’ai vu mon entourage qui me disait avant “Non mais c’est n’importe quoi.” finalement être contaminé par cette idéologie. J’avais des amies avant qui, par exemple, ne comprenaient rien aux termes cis et trans qui maintenant, quand j’en discute avec elles, me disent “Mais si, mais moi je suis une femme cis et elle c’est une femme trans.”. A l’époque, tu me disais bien que c’était n’importe quoi, qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ? “Bah je ne sais pas, c’est comme ça, écoute, on m’a dit que c’était comme ça, je respecte, je vais faire plaisir à la personne.”. Mais quel changement dans ce petit laps de temps, environ 6 mois… Je me suis rendue compte que ça avait explosé d’un coup et là je me suis dit “On a un véritable problème.” et en parallèle sur les comptes militants radfems, je voyais que la discussion était de plus en plus abordée et plus elle était abordée, et plus moi, ma pensée, elle s’affirmait et elle devenait radicale aussi sur ce sujet là.

    C’est pas possible, faut vraiment qu’on redéfinisse ce que c’est le genre et il faut qu’on redonne de la place au sexe parce que le genre, maintenant, la définition qui est employée dans mon entourage, dans mes amis, et même en psycho par exemple, c’est vraiment défini maintenant comme un ressenti et plus du tout comme un ensemble de stéréotypes et dans mon entourage, les gens qui n’avaient même pas la notion de genre avant comme étant ressenti, aujourd’hui, ils emploient tous cette définition donnée par les transactions et moi je pense que c’est le point important de bascule.

    Nous, pendant des années, on a essayé d’implanter une définition qui soit carrée, qui soit claire, qui soit factuelle, et qu’on peut prouver par ailleurs et eux, en un ou deux ans de confinement, ils ont réussi à gagner tellement de terrain, que même des gens qui ne parlent pas de féminisme au quotidien et de transactivisme, ils appliquent leur définition. C’est quand-même incroyable.

    Mon premier peak trans, je l’ai eu en discutant avec ma meilleure amie. En fait, on a vu un poste, je crois que c’était sur Period Studio qui parlait de protections hygiéniques, c’est un thème qui est quand-même super important parce qu’on a toujours pas par exemple de gratuité pour les protections périodiques, et là c’était un poste militant qui disait “Telles personnes en France [je ne me rappelle plus du pourcentage exact] souffre de précarité menstruelle.” et en fait, le terme employé dans le poste c’était personnes qui menstruent. En fait, j’ai eu un bug. Sur le moment j’ai relu deux fois le post parce que je me suis dit “Qu’est-ce que c’est “personnes qui menstruent” ?” avant de comprendre que c’était moi la personne qui menstruait; c’était nous les femmes en fait ! Du coup, j’ai envoyé le post à ma meilleure amie: “Tu en penses quoi ? Qu’est-ce qui se passe en fait ?”. Elle ne milite pas trop, elle regarde des trucs de très loin et tout et là elle m’écrit, premier truc elle fait “Mais c’est quoi “personnes qui menstruent” ?”. Ca peut paraître peut-être un peu bête, on peut se dire “Oh là là mais elles sont bêtes.” mais en fait, pas du tout, je pense que ce n’est pas évident de choper tout ce néovocabulaire: “personne à vulve”, “personne à pénis”, enfin “personne à pénis”, personne ne l’emploie, on sait très bien pourquoi, évidemment, mais ce vocabulaire là, en plus d’être super flou et difficile à comprendre, le premier sentiment qui me soit venu en lisant ce post, c’est “Ah oui, donc là je suis exclue, les femmes sont exclues, sous le terme d’inclusivité.”.

    Tout mon parcours de féministe, j’ai parlé de règles et de menstruations, surtout au collège et au lycée, c’était important pour moi d’avoir le terme “femme” parce qu’en fait, le premier truc que je disais aux mecs c’était “Fermez-là parce que vos mères, les femmes de votre entourage, ont aussi leurs règles.”. C’était important de dire cette phrase et de situer que c’était une thématique féminine parce que la plupart des hommes pensent que c’est des êtres immatériels qui ont leurs règles. Dans la tête des gens, les règles, c’est une thématique à part qui ne touche pas directement le quotidien des femmes. Pour moi, quand on parle de règles, c’était important de dire que c’étaient les femmes qui avaient leurs règles parce que c’était un problème qui nous concerne au quotidien. Tout le monde côtoie des femmes dans son entourage, dire que c’est les femmes qui ont leurs règles, les gens pensent directement aux femmes qui les entourent donc ça relie directement la thématique des règles et tout ce qu’on a comme droit à avoir dessus aux femmes de leur entourage. Là, quand j’ai vu “personnes qui menstruent”, ça ne m’a fait penser à personne. Moi, quand je dis “personnes qui menstruent”, ça ne me fait pas penser à ma mère, ça ne me fait pas penser à mes amies, ça ne me fait penser à personne, en fait. C’est hyper détaché et ça nous enlève clairement la lutte militante parce que si c’est les personnes qui menstruent donc même des femmes qui se disent hommes dedans, même si ces hommes là entre guillemets ont leurs règles, on a plus besoin de se préoccuper des femmes, on s’en fout maintenant. Comme c’est un peu le problème de tout le monde, on le réglera plus tard et on le réglera quand les hommes auront aussi envie. Non, ça ne marche pas comme ça. 

    Mon second peak trans: j’ai parlé de préférences génitales tout à l’heure, c’est en discutant aussi avec une amie. Je lui ai envoyé un post et ça, c’était un fil sur Twitter, en gros. Bon, Twitter on sait que c’est un peu un monde à part etil disait “Voilà, si vous êtes homosexuel ou hétérosexuel et que vous refusez d’avoir des relations avec une personne qui n’a pas l’organe génital qui correspond au genre qui vous attire, vous êtes transphobe.” et moi ça m’a fait halluciner parce que je me suis dit “Le sexe, ce n’est pas une partie génitale.”. Dans le fil Twitter, il disait “Non, en fait, quand on a une relation sexuelle, on n’a pas forcément besoin de s’intéresser aux parties génitales.”. Alors… Comment avoir un orgasme si on ne s’intéresse pas aux parties génitales, j’ai envie de te dire ? Ca, c’est une problématique typiquement féminine: le nombre de mecs qui ignorent toute une partie de notre organe et maintenant on devrait plus s’intéresser carrément à l’organe au complet, j’ai envie de te dire… On va se faire jouir comment ? Avec le regard ? Enfin, ça ne marche pas.

    Parce que je me suis aussi mise là-dedans, c’est que ça montre bien l’incompréhension totale de ce que c’est le sexe par ces personnes-là.

    En fait, le sexe, c’est une donnée biologique qui détermine aussi tous nos caractères secondaires. Quand on a est attiré par un sexe, on est aussi attiré par des traits physiques, par une répartition de masse graisseuse, par la voix, par la pilosité, enfin c’est un ensemble et en fait, là dessus, ce qui était hyper intéressant, c’est que je suis allée du coup voir la chaîne du Fou Allié sur Youtube. Le Fou Allié, je trouve que ses vidéos sont incroyables, il a fait une vidéo super complète sur “Qu’est-ce qu’une femme ?” et en fait, il parle de la différence sexuelle entre hommes et femmes et il donne tous les critères qui sont déterminés par le sexe.

    Le sexe, je pense que c’est la chose la plus importante pour déterminer notre corps. Comment tu peux ensuite arriver à dire que le sexe, c’est secondaire dans une relation sexuelle ou dans une relation amoureuse ? Non, le sexe c’est primordial, c’est faux de le dire. Mais ça, ça nous a fait rire, honnêtement, on s’est dit “Mais c’est pas possible…” et en fait, j’ai vu dans ses commentaires, ces personnes-là, il y avait beaucoup de gens qui insultaient, évidemment, en fait quand tu réfléchis à cette réaction, ce n’est pas normal, évidemment, d’insulter une personne, on ne souhaite pas à cette personne d’être harcelée, pas du tout, cette vague de haine, on va dire, elle a été déclenchée parce que je pense que les gens, cette fois, ils se sont sentis vraiment, hommes ou femmes, attaqués dans leur intimité et avec toutes les problématiques qu’on connaît sur la difficulté dans un monde hétéronormé à connaître bien son orientation sexuelle et être à l’aise avec ça, je me suis dit “Mais ça, c’est une bombe qui est lâchée.”, je me suis dit “Mais autant pour les personnes hétérosexuelles, et plus encore pour les personnes homosexuelles, et surtout les femmes lesbiennes !”.

    Comment on peut dire qu’une femme lesbienne, elle a envie de coucher avec un pénis ?! Mais ça ! Ca m’a tout de suite fait penser au porno, ça m’a tout de suite fait penser aux vieux gars qui allument leur catégorie “lesbiennes” pornifiées et qui pensent que des lesbiennes vont les accueillir dans leurs relations sexuelles. On est exactement là dedans et ça, ça m’amène à mon troisième peak trans, c’est le rapport entre la prostitution et le transactivisme.

    Nombre de figures du transactivisme, je vais citer Olivier Schiappa et Beverluxe, qui est largement secondaire mais qui fait quand-même pas mal de bruit, sont en rapport avec la prostitution. Combien d’entre eux reprennent des codes pornifiés qui concernent évidemment les femmes ?

    Il y en a beaucoup, de mâles transidentifiés, qui se revendiquent lesbiennes donc ils disent avoir des relations lesbiennes et en plus, il pornifient ces relations et ça c’est un retour en arrière incroyable ! C’est à dire que maintenant, ces figures-là sont présentées comme transactivistes féministes, elles mettent en scène tout ce qui est représentations pornos, surtout des femmes, et d’une catégorie de femmes tellement oppressées, les femmes lesbiennes, je suis dit “C’est pas possible, en fait !” et ils présentent en plus ça comme du sexe lesbien alors que l’élément principal de cette relation sexuelle, c’est la pénétration avec un pénis, mais on a franchi un pas de plus, on est littéralement sur le truc du mec qui voit deux lesbiennes qui s’embrassent dans sa rue et qui vient les voir et qui dit “Ouh là là, ça vous dirait pas de faire un trio ?”. C’est ça mais à une échelle vraiment gigantesque et aussi, un autre truc, là c’est récemment mais j’ai l’impression qu’il y a un an ce n’était pas encore aussi généralisé, mais c’est le fait de parler des enfants trans.

    Les enfants trans vraiment très jeunes, c’est à dire que récemment, je suis encore tombée sur un fil avec un petit garçon espagnol qui se revendique fille du coup, qui a parlé je crois au Parlement espagnol, c’était il y a à peu près un an, qui a fait un discours et tout sur la nécessité d’accompagner les enfants trans. Je me suis dit “On a foutu un petit garçon devant un Parlement, filmée en plus son intervention !”, donc à son âge, à visage découvert, sans voix brouillée ni rien, pour parler de ce sujet-là, mais on va où là ? C’est un enfant de 4 ans ! Déjà, les enfants, je pense qu’ils devraient être protégés de l’espace public le temps qu’ils puissent se construire, mais s’ils ne sont même pas protégés dans leur espace privé et qu’on dit à un enfant qui a telle préférence pour tels jouets, pour tels vêtements, pour tels… je ne sais pas, pour tels groupes d’amis… on lui dit qu’en plus, il est pas bien dans son corps, mais comment un enfant de 4 ans peut comprendre ça ? C’est impossible, déjà que c’est compliqué à figurer pour des adultes, là on a franchi un cap gigantesque.

    Comment on peut dire que la transidentité peut être innée dès la naissance, comment on peut dire que des enfants de moins de 5 ans peuvent être transidentifiés ? Déjà que moi, ça me choque, en dessous de 18 ans, alors là, ma mâchoire elle s’est décrochée ! Ce n’est vraiment pas possible, quand j’ai vu cet enfant parler devant une cour d’adultes, je me suis dit “Comment ces adultes-là n’ont pas le recul nécessaire pour dire qu’on va protéger cet enfant et on va faire ce qu’il faut pour lui, pour qu’il puisse grandir normalement ?” parce que c’est pas un développement normal que de mettre un enfant sur une voie qui fait que quand il va arriver à la puberté, on va bouleverser sa vie en changeant son corps. Il n’y a aucun de ces adultes de cette assemblée qui a eu le recul nécessaire, c’est incroyablement dangereux.

    Et aussi, par rapport aux enfants, évidemment, le documentaire “Petite fille”. Pour ça je pense que même ça se passe de commentaires tellement c’était incroyable à voir en fait. Et il y a beaucoup de gens qui ont critiqué sa mère, moi quand j’ai regardé cette maman, tout le monde a dit “Ouais, ‘est de la faute de la mère.” et tout, cette maman là, ça se voit qu’elle est complètement paumée et qu’elle essaie que son enfant soit heureux, c’est juste la faute aussi des gens derrière qui ont plus de recul que cette maman et qui ont pas stoppé le mécanisme et qui ont dit “On va proposer quand-même quelque chose de beaucoup plus correct à votre petit garçon parce qu’en fait, là ça va, c’est pas grave.”.

    J’ai regardé les critères du DSM5 pour définir ce que c’est qu’un enfant transidentifié et c’est vraiment des critères à base de “Il n’aime pas ce jeu de garçon, il va préférer ce jeu de petite fille, il n’a que des amis de l’autre sexe, il s’habille avec les vêtements de l’autre sexe…”, enfin quel petit garçon n’a jamais essayé les jupes de sa maman ? Quel petit garçon n’a jamais joué avec le rouge à lèvres de sa maman ? Quel petit garçon ne s’en fout pas un peu des vêtements qu’il porte tant qu’il peut jouer dans la cour de récréation ? Vraiment, je me dis que c’est incroyable, ces critères-là ils sont hors sol, ils ont été reconnus par des adultes et quand j’ai lu ça, c’est trois événements se sont enchaînés en fait: le premier m’a amené à m’intéresser à la thématique des enfants et ça, je pense que c’est le truc qui m’a le fait le plus péter un câble. 

    Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour notre démocratie ?

    Julie – Pour les femmes, parce que je pense qu’en fait, ce qui se met en place, c’est la disparition de la catégorie “femme”, c’est à dire que tout ce qui nous appartient comme luttes en tant que femmes, par exemple tout à l’heure comme je l’ai cité pour les règles, pour la grossesse, les luttes médicales, tout ce qui est luttes anti problèmes médicaux pour les femmes, tout ce qui est vraiment itinérant à la thématique de base féministe est tout repris par le transactivisme, que ce soit pour les enfants, les règles… je pense que c’est celui que j’ai cité tout à l’heure, c’est le plus parlant et par exemple, pour les espaces séparés, pour la non-mixité. La non-mixité, de base, c’est quelque chose qui est essentiel pour les femmes parce que ça nous permet de nous exprimer en toute sécurité mais aussi de pouvoir aborder des points sans que les hommes nous coupent constamment le discours et la parole et là, on se retrouve avec des personnes qui se revendiquent femmes et qui ont été sociabilisées en tant qu’hommes et même des femmes qui se disent hommes et du coup, qui adoptent ces codes d’agresseur, qui reproduisent tous les codes avec dans ces milieux militants.

    On a écarté le problème, on avait réussi un tout petit peu à gagner de l’espace, à sortir les hommes pour avoir nos propres espaces et là, en fait, on se rend juste compte qu’ils rentrent par la porte de service et ça, c’est tellement dangereux, on peut plus se réunir en réunion de non-mixité totale pour parler d’agressions sexuelles. Pour des groupes de soutien, on n’aurait théoriquement pas le droit de refuser l’arrivée d’un porteur de pénis dans notre salle au milieu alors que toutes ces femmes, potentiellement, ont été agressées quasiment à 100%, agressées par ce même pénis. Comment on en est arrivé à ce point-là ? C’est à dire que les femmes n’ont plus le droit à la… On pourrait faire une métaphore simple: c’est comme si t’étais chez toi, que tu fermais ta maison, que t’installais tes alarmes et tout, que tu allais prendre ta douche, que l’État mettait une loi qui fait que tout le monde a les clés de chez toi et que tout le monde pouvait aller t’observer sous ta douche (c’est ce qui arrive aux femmes) et que tout le monde prenait tes affaires, les touchait et les réorganisait exactement de la manière qui leur plaît.

    En fait, les luttes antiporno et antiprostitution, de base, elles sont organisées par les femmes, on a tels angles d’attaque, on a fait notre planification, on a fait nos mouvements et tout, et là tu as des hommes qui arrivent et qui nous font “Non mais moi, je pense que c’est pas du tout ça.” et qui nous chamboulent et comme ces hommes-là, ils se revendiquent femmes et que la plupart des femmes ils ont réussi à nous imposer cette manière de penser, ils arrivent à nous imposer cette organisation dans nos luttes et en fait, si on n’a pas nos moyens de lutter et si on n’a pas nos moyens de s’exprimer, on n’arrive à rien faire et le pire, je pense, dans tout ça, c’est que bientôt, ça passera dans les lois.

    La plupart des femmes, elles se taisent parce qu’elles ont peur, parce qu’elle veulent être gentilles, parce qu’elles adhèrent aussi parfois, il faut quand-même le dire, il y a beaucoup de femmes qui adhèrent, il n’y a quasiment pas d’opposition et pour tout ce qui se passe de non-mixité, pour tout ce qui est vestiaires, pour tout ce qui est définition par exemple d’une femme et tout.

    Un jour, ça finira par passer, un jour on modifiera les lois et on aura des lois du pays qui sont basées sur l’identité de genre, on aura plus de loi pour les droits des femmes basés sur le sexe et ça, c’est un danger incroyable pour les femmes.

    Et aussi un danger de la transidentité dont on parle moins, c’est qu’ on voit beaucoup de mecs en général hétéros, qu’on qualifierait de cis, qui sont d’accord avec des femmes critiques du genre mais ils sont pas d’accord avec des femmes critiques du genre parce qu’ils adhèrent à nos idées de déconstruction du genre, ils sont d’accord avec les critiques du genre entre guillemets parce qu’ils ont une vision conservatrice de la société. En fait, les trans activistes ont réussi à donner du sens à la volonté de conservation du genre par beaucoup de masculinistes. Je pense que le meilleur exemple de ça, c’est par rapport au fait que les transactivistes donnent du crédit aux idées des conservateurs masculinistes.

    C’est le documentaire de Matt Walsh “What is a woman ?”, c’est un documentaire qui, théoriquement, quand tu le regardes, tu es d’accord quand tu es critique du genre, tu fais “Bon, il y a certains points qui sont très intéressants et que la plupart de la population serait d’accord.” sauf que derrière, c’est pas des idées critiques du genre qui sont soutenues, et déconstructions du genre, non, non, c’est des idées conservatrices qui sont “Une femme doit être comme ça, un homme doit être comme ça.” donc en fait, on se retrouve à ce débat-là: soit les transactivistes inventent leurs idées et derrière, ça paraît tellement loufoque pour une grande partie de la population qu’en fait, ils donnent du crédit à tout ce qui est renforcement du genre dans la vision masculiniste. Au final, personne j’ai l’impression, ou très peu de gens dans la population générale, ne font l’effort d’écouter les femmes qui parlent de déconstruction du genre et ça, je trouve que c’est incroyable parce qu’ils ouvrent le boulevard aux masculinistes.

    Et aussi, le féminisme est en train de se prendre un énorme coup parce que maintenant, je pense que vous avez déjà entendu l’expression, pleins de personnes disen “Moi je ne suis pas féministe.” et avant c’était “T’es une féministe extrémiste.”, maintenant on dit “T’es une néoféministe aux cheveux bleus.”. Alors, on voit à quoi ils font référence, tu vois qu’ils font référence aux transactivises de Twitter, tu vois de qui ils parlent quand ils disent “Ouais, je suis un hélicoptère de combat, les féministes vous cassez les couilles.”, ils font pas la différence avec les transactives. Quand ces mecs-là et ces femmes-là disent ça, en fait ça décrédibilise le mouvement féministe en même temps.

    Le transactivisme, par ses glissements idéologiques, tire le féminisme derrière lui. Le féminisme est en train de se vider de son sang, de tout en fait. On perd nos luttes et en plus, on perd notre crédibilité, le peu de crédibilité qu’on avait et en plus, par rapport au féminisme libéral, personne quasiment ne connaît l’appellation “féminisme radical” donc en fait, ça fait vraiment de nous un microcosmos qui est invisibilisé par toutes ces idées qui n’ont aucun sens des deux côtés.

    Tout le monde est en train de donner sa propre version du féminisme, on n’a plus d’unité et de l’autre côté, t’as les masculinistes qui continuent évidemment leur acharnement contre le féminisme, c’est vraiment un truc de fou.

    Et pour la société aussi je pense que c’est important que… ça c’est un peu bête à dire mais dans notre société, on a quand-même besoin d’avoir des normes communes et les transactivistes, leur idée principale, elle est très déconstructiviste, c’est à dire qu’il n’y a pas de norme nulle part, chacun pourrait faire ce qu’il veut, chacun se déterminer comme il veut et tout le monde devrait s’adapter à la perception individuelle de cette personne. En fait, une société ça ne fonctionne pas comme ça et si on ne reconnaît pas le droit ou le choix dans la société de s’articuler en fonction d’une perception collective, on n’arrive plus à communiquer, c’est très individualiste, c’est à dire qu’on n’arrive plus à se fédérer en collectif. Si on devait appliquer tout ce que les transativistes disent, j’ai l’impression que ça limiterait énormément les échanges entre le collectif. Je vais vous donner un exemple concret: si vous êtes un groupe de 10 personnes et que dedans, il y a… je ne sais pas, trois personnes non-binaires, on va prendre exactement l’exemple de la non-binarité, et que vous devez faire une règle commune qui prendra en compte, je ne sais pas, la séparation de vestiaires et que vous devez prendre en compte le fait que ces personnes-là soient non-binaires, vous n’arriverez jamais à prendre un accord parce qu’ils vont dire “Vous êtes un groupe de personnes, ces personnes-là, la norme de société voudrait qu’on ne sait pas en fait en fonction des sexes parce que c’est la règle logique.”, mais ces personnes non-binaires là vont devoir casser cette règle, en fait on va devoir s’adapter à leur perception individuelle et on n’arrivera jamais à déterminer quelle séparation on doit faire parce qu’il faut correspondre à chacun et une société, elle ne peut pas faire une règle en fonction de chaque personne, il faut qu’on arrive quand-même à s’aligner tous sur un même continuum et là, on ne peut pas le faire, en fait, on ne peut pas arriver avec le transactivisme à se dire “Ok, on part tous sur une base commune, c’est notre interprétation commune et on le fait.”. On ne peut pas segmenter à ce point.

    Et enfin, pour les enfants, j’en ai déjà parlé un peu, les enfants pour moi, c’est des êtres qui sont en développement. Le développement des enfants va jusqu’à 25 ans je dirais, je pense qu’avant 25 ans, tu n’as pas fini ton développement, tu n’as pas d’expérience, tu n’as pas de maturation, qu’elle soit physique ou cérébrale donc tu es tout le temps en construction. On ne peut pas introduire une idée aussi déconstructionniste que la transidentité pour les enfants.

    Quand on passe par exemple à l’adolescence, on découvre plein de choses, il nous manque plein d’éléments de compréhension qui sont en général censés être apportées par notre entourage, par exemple sur tout ce qui est passage à la puberté, on découvre notre puberté par nous-mêmes mais aussi par rapport aux rapports qu’on a aux autres. C’est un peu plus compliqué quand on est une femme parce qu’en fait, quand on passe la puberté, on se rend compte que toutes les normes sociétales nous sautent un peu dessus encore plus, on se fait vraiment étrangler mais globalement, c’est une construction qui est très fragile à avoir, qui est à la fois personnelle mais à la fois collective.

    Là, la transidentité, ça veut dire que tu vas demander à des gens, à des enfants et à des adolescents de déconstruire quelque chose qu’ils n’ont même pas encore acquis; c’est à dire par exemple, quand tu fais faire une transition à une jeune femme par exemple de 16 ans pour qu’elle devienne un homme, tu vas lui demander de déconstruire son identité de femme alors que son identité de femme n’a même pas été encore construite et n’a même pas encore été stable. Elle ne sait pas encore tout à fait ce qu’est d’être une femme, elle est en découverte de son identité de femme et là, tu vas demander d’abandonner toute son éducation qu’elle a reçue pour l’instant en tant que femme, tu vas lui demander de se séparer de son développement pour sa puberté et de son corps alors que son corps n’est même pas encore formé, c’est-à-dire qu’il y a des jeunes femmes qui passent sur le billard en se faisant par exemple couper la poitrine ou en se faisant créer un pénis donc qui ne sont même pas encore à l’aise quand elles étaient femmes, qui n’ont même pas encore eu le temps d’être totalement à l’aise avec le développement de leur corps.

    C’est quand-même incroyable de dire que l’on peut ressentir de la dysphorie de genre à partir de 11 ans donc par rapport à son corps, la dysphorie c’est quand-même un mal-être par rapport à son corps, alors qu’à 11 ans on n’a même pas encore une puberté qui nous permette d’appréhender vraiment ce que c’est notre être physique. C’est comme si on disait par exemple à un enfant de 8 ans, dire qu’il ressent de la dysphorie de genre alors qu’en fait ils n’ont même pas encore fait leur puberté, qu’ils n’ont même pas encore leur corps d’adulte, c’est complètement paradoxal, tu ne peux pas ressentir un mal-être entre ton corps et ton genre si ton corps n’a pas encore fini de se développer, tu ne le connais pas encore en fait et je me dis “Ca, c’est incroyable !” et surtout, quand on regarde la dysphorie de genre en général qui est un des symptômes principaux de la transidentité, elle apparaît surtout à l’adolescence parce qu’on a du mal à saisir le décalage qui se passe entre notre enfance et notre adolescence, c’est quand-même un énorme changement et la plupart des gens ont du mal avec ce changement. Ce mal-être là, en général, il part quand on est adulte parce qu’on a réussi à se construire une identité par rapport à notre corps, on est plus à l’aise avec ça, on s’est formé, on intègre aussi un peu plus la manière de réagir à la perception des autres vis-à-vis de nous et là en fait, ça voudrait dire que la transidentité intervient à ce moment fatidique où on se construit pour dégommer cette construction. C’est comme si vous commenciez une course, que vous deviez faire un 100 mètres et qu’avant même d’être arrivé aux 100 mètres, vous vous arrêtiez et vous disiez “Non, en fait, ça va pas le faire, je ne le sens pas.”. Vous n’avez même pas fait encore votre performance, vous ne savez pas si elle est bonne ou si elle est mauvaise, vous arrêtez au milieu: “De toute façon, la performance est mauvaise donc je ne courrai pas.” Ca n’a pas de sens. On se dirait “Non, continue et après on verra effectivement si ça te convient ou si ça ne te convient pas.”.

    Là, la transidentité et la manière dont c’est présenté aux adolescents, on n’attend même pas de voir s’ils sont sûrs de leurs sentiments, on n’attend même pas de voir si effectivement ça ne va pas avec leur corps, on les jette directement.

    Et en plus, maintenant, il y a la version un peu plus soft on va dire, où on peut se décrire dans notre genre mais on n’a pas besoin de faire de transition. Alors là c’est un méli mélo parce qu’en fait, ces adolescents, en général, ils souffrent parce qu’ils savent qu’ils sont perçus par leur sexe par les autres parce que c’est comme ça en général qu’on perçoit les individus et eux, ils sont en lutte permanente pour qu’on les valide dans leur genre qu’ils se disent alors qu’en plus, ils n’ont même pas de passing. Du coup, ils sont constamment en lutte avec les autres, constamment en conflit, pour faire valider une identité qui n’existe même pas. C’est hyper destructeur et tu ne peux pas être harmonieux avec toi-même si tu es constamment en lutte avec la manière dont tu te places vis-à-vis des autres et de toi-même. C’est très dangereux je trouve pour les enfants et pour les adolescents, en fait.

    Rebelles du genre – Du coup, c’est peut-être aussi pour ça qu’il y en a beaucoup qui se disent non-binaires ?

    Julie – Ouais, la non-binarité c’est un peu en dehors de ça en fait, moi je trouve qu’on est dans une époque où les adolescents… C’est peut-être un peu bizarre ce que je vais dire mais je dirais que chaque époque, pour l’adolescence, il y a des modes en fait et j’ai l’impression que la non-binarité, au-delà d’être liée à un mal-être physique, elle est aussi liée au fait qu’on a envie d’appartenir à une communauté.

    Je pense qu’il y a beaucoup d’adolescents et d’enfants qui trouvent du support auprès de leurs camarades et un point d’entente dans le fait de se déclarer non-binaire parce que du coup, ils appartiennent quand-même à la communauté trans et en même temps, ils n’ont pas besoin de faire de changement donc c’est à dire qu’ils sont cajolés, qu’ils sont en échange avec les autres, qu’ils se sentent intégrés et en même temps, ils ne font pas de changement. Moi, je pense que c’est vraiment un but d’être intégré ou juste d’être un peu en rébellion.

    Rebelles du genre – Donc vraiment, pour toi, c’est plus une mode ou une recherche de communauté, c’est comme être gothique, tu peux être non-binaire.

    Julie – Ouais. Dans ma fac, je vois beaucoup de gens qui se déclarent non-binaires parce qu’ils disent… Enfin, c’est un peu bizarre à dire. Ils disent “J’ai le sentiment d’être spécial.” et tu fais “Mais… t’as le sentiment d’être spécial, pourquoi ?”, “Tu comprends, parce que je ne correspond pas à la société.” et du coup, la réponse qu’ils ont trouvé, c’est la non-binarité. Tout le monde ne correspond pas à la société parce que la société, c’est une moyenne qui est parfois très injuste et contre laquelle les féministes se battent en ce qui concerne le genre et donc toi, tu vas, à partir de ce mal-être là qu’on ressent tous, surtout toutes les femmes en fait, ils se décrètent une

    identité personnelle parce que ça les… je ne sais pas, ils ont l’impression d’avoir trouvé leur solution, d’avoir trouvé leur clé. Tu n’es pas spécial en fait, tu es comme tout le monde mais tu te rassures en fait, pour moi.

    Rebelles du genre – Donc c’est encore plus what the fuck que le reste (rires).

    Julie – En fait, pour moi, la non-binarité, c’est vraiment… “Oh, she’s different !”, genre, vraiment, pour moi, c’est ça.

    Rebelles du genre – Au moins, ils ne font de mal à personne, ceux-là.

    Julie – Ben, en fait, je ne suis pas sûre parce que… pour moi, le fait de se déclarer non-binaire, c’est vraiment un doigt d’honneur à tous les autres, c’est à dire que tu gardes ton apparence physique, tu sais que tu es perçu comme une femme ou comme un homme; en plus, tu pousses les autres à aller contre leur perception, ce quie st quand-même violent au niveau cognitif. Des gens que je connais, qui sent “Non mais je suis non-binaire.” alors que par exemple je sais que c’est des mecs ou que je sais que c’est des filles, ça me demande un effort supplémentaire mental pour ne pas les blesser, pour ne pas déraper alors qu’en plus, ils SAVENT qu’ils sont perçus pas parce qu’ils ressemblent à un mec ou à une fille, parce qu’ils en sont. C’est violent pour les autres et en plus, c’est vraiment le fait de dire “Ecoute, toi tu corresponds à 100% aux stéréotypes, reste dans ton truc. Moi, je suis différent, moi j’ai choisi d’être différent comparé à toi.” alors qu’en fait, ils en sont au même stade que nous. Je trouve ça limite insultant, en fait.

    Rebelles du genre – Ouais, je vois bien l’image, du coup, du doigt d’honneur: “Vous qui choisissez d’être complètement victimes de votre oppression, c’est sans nous.”.

    Julie – Moi j’avais vu une affiche qui m’avait vraiment fait rire, c’est une femme voilée non-binaire. Une femme voilée non-binaire, genre (rires). Et par rapport à ça, j’ai une anecdote un peu personnelle, c’est… il y a quelqu’un que je connaissais du collège, que je connais du coup depuis 6 ans. C’est un mec, il a toujours été connu comme un mec, quand je me faisais harceler sexuellement au collège avec toutes mes copines et tout, il ne disait rien comme les autres mecs, il avait vraiment le comportement typique d’un mec et aujourd’hui, il se dit non-binaire féminine. Il n’a rien changé à son apparence. Mais quand je vous dis rien changé, c’est rien changé. Je lui ai dit “Tu as déjà éprouvé de la dysphorie de genre, quelque chose comme ça ?”, il m’a dit “Non, non, pas du tout.”, il poste des photos de lui torse nu à la plage parfaitement à l’aise dans son corps et tout mais par contre, je dois l’appeler “elle”. Et moi, je trouve ça hyper violent parce qu’il continue à tenir des positions hyper misogynes, évidemment il a eu une éducation d’homme et en même temps, il me dit “Non mais t’inquiète, j’ai le même vécu que toi.”. Mais t’as pas du tout le même vécu que moi, rien qu’au collège on a eu un vécu tout à fait différent, moi j’ai un vécu traumatique parce que j’avais le malheur d’être là, d’être une fille, toi tu étais tranquille, pépouse, et tu me dis qu’on a le même vécu ?! Et qu’en plus, je devrais t’appeler “elle” et en même temps t’es non binaire ?! Donc genre “elle”, “iel”, “ielle” ?? Je ne sais pas, c’est… (rires) ça n’a pas de sens.

    Rebelles du genre – Ouais, c’est complètement insensé…

    Julie – J’en ai parlé avec des amis qui sont aussi potes avec lui et ils m’ont dit “Tu es méchante et tout.”,  je leur ai fais “Mais j’en ai rien à foutre d’être méchante !” et deux mecs, avec moi et une amie à moi, et je me suis tournée vers mon ami fille et je lui ai dit “Toi tu te sens femme ?” Elle m’a dit “Non, moi, je ne me sens pas femme.”. J’ai regardé mes deux potes mecs “Vous vous sentez mecs ?” “Bah… Quand je regarde mon pénis.”. Voilà, genre, c’est votre réponse ! Il n’y a rien à ajouter par dessus ça !

    Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner et ce, de manière anonyme ? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, est-ce que tu te sens en danger ou est-ce que tu te sens parfaitement tranquille pour pouvoir assumer ces positions et parler librement ?

    Julie – Alors, j’ai décidé de témoigner en anonyme, je n’ai jamais subi de pression; en revanche, je suis en étude de psychologie. Ca, c’est une thématique importante pour moi parce qu’en ce moment, dans ma filière, tout le monde est pro-transidentité mais quasiment tout le monde. Sur la fac, on est… je ne sais pas, sur ma promo, on doit être 600, on doit être 10 à être critiques du genre. Vraiment, c’est rien du tout et plusieurs fois, sur les forums de ma fac, j’ai trouvé des messages du type “Si vous êtes transphobe, vous êtes signalé à l’administration.” donc être signalé à l’administration, ça peut potentiellement dire aboutir à un conseil disciplinaire. Évidemment, ça ne m’intéresse pas du tout de passer en conseil disciplinaire et à chaque fois qu’on aborde ce sujet dans la fac, ça nous concerne directement parce que évidemment, on est en formation de psychologue donc qu’est-ce qu’on va voir ? Par exemple, on va voir des personnes qui sont transidentifiées. C’est quand-même… la dysphorie, c’est quand-même c’est un trouble mental, du coup on les voit en cabinet, évidemment, et le truc, le grand mouvement en ce moment, c’est de dire “Si vous recevez un patient trans dans votre cabinet, vous ne remettez pas en question son ressenti, c’est-à-dire il vous dit qu’il est trans et qu’il veut transitionner, vous n’avez rien à dire là-dessus.” 

    Alors, alors… Ça fait plusieurs fois, moi, que je dis que je ne suis pas d’accord avec ça et ça fait plusieurs fois qu’on me fait comprendre que je dois la fermer. Je dis à chaque fois “Oui, moi, je pense que ce n’est pas notre rôle, moi je pense qu’on doit quand-même questionner parce que la dysphorie, ce n’est pas forcément relié à la transidentité, ça peut être surtout relié par exemple aux troubles du comportement alimentaire, à des traumatismes sexuels…”, enfin plein de choses, en fait, et ça plusieurs fois qu’on me dit “Non mais en fait, t’es transphobe.”. Le sous-titre c’est “Sale merde” en fait, faut pas chercher et “Pourquoi tu es en psycho ?”.

    Si je témoigne en anonyme aujourd’hui, c’est parce que j’ai peur que plus tard ça m’apporte vraiment des problèmes, même vis-à-vis de mes profs. Donc je peux être  rapportée à mon administration pour avoir tenu les propos que je tiens, parce que vraiment, j’ai des amis dans ma fac qui m’ont exprimé des propos critiques du genre… La moitié de la fac, vraiment la moitié de leurs amis, vraiment, sur des gros groupes d’amis, ne leur parlent plus ! Ça c’est un côté amical, ok. Mais je me dis, mais plus tard, si jamais des choses empirent, moi je pouvais vraiment avoir des difficultés, je pense, à accéder à certaines  formations, ou quelque chose comme ça, si j’ai des problèmes avec l’administration. Et ça, ça me fait vraiment très peur. Peut-être que je me fais des films, mais honnêtement…

    RDG – C’est grave, en fait, ce que tu dis. Mais la question c’est, sur les forums de la fac, quand tu dis qu’on pourrait vous signaler, etc. Mais qui c’est qui tient ces propos ? C’est des profs, c’est des étudiants ?

    Julie – Alors en fait, les messages du forum sont en anonyme. Mais en fait, ce que j’ai compris de ces messages qui étaient postés, c’étaient des responsables étudiants, des gens qui sont en communication avec l’administration, et des étudiants plus âgés. Et moi, ça me fait très peur, parce que je me dis, dans ma fac – c’est une fac qui est sciences et psychologie, qui est plus tournée vers un côté recherches, donc en fait, c’est censé être plus rationnel que les facs de psycho psychanalytique, sauf qu’on a quand-même des approches, parfois, qui sont assez psychanalyse – et je me dis, qu’en fait, j’aurais vraiment peur de tomber sur des profs qui me disent, en fait, tu n’es pas faite pour la psychologie, ça va te tomber dessus, quoi. Moi, j’aurais vraiment peur de ça. Alors qu’en plus, c’est vraiment le métier que je veux faire, j’en suis convaincue. Et surtout qu’en fait, je n’ai pas de haine. Moi, je sais, plus tard, quand je serai psychologue, et que j’aurai mon cabinet et que par exemple, je recevrai des jeunes qui veulent discuter de leur transidentité, entre guillemets, avec moi, et bien je sais que je ne serai jamais violente. Je sais que… je sais que je discuterai, que j’écouterai leur vécu, que je serai vraiment dans mon rôle de psy, quoi, que je n’ai vraiment pas de haine, et que je cherche juste à comprendre. 

    Et je me dis, rien que le fait de chercher à comprendre, si ça c’est pénalisé… 

    Dans ma fac, je me dis, mais je veux vraiment exercer ce métier. Parce que je pense que j’ai un rôle à jouer, et que la future génération de psychologues et psychiatres a vraiment un rôle important.

    Et je me dis, je suis psychologue critique du genre… si ça se trouve, on est en voie de  disparition, les psychologues critiques du genre ! 

    RDG – Le problème, c’est la loi qui est passée l’an dernier, la loi sur les thérapie de conversion, qui oblige les soignants, en fait, à avoir une approche transfirmative, faute de quoi ils peuvent perdre leur droit d’exercer.

    Julie – Ça, on n’en a quasiment pas parlé en cours. Moi, ça m’a inquiétée. Je voulais poser la question, mais on n’avait pas le temps. Quand j’ai vu ça, je me suis dit, mais en fait, c’est n’importe quoi, parce que dans le DSM 5, en fait, la transidentité figure dans le DSM 5, la dysphorie de genre, ce n’est pas pour rien, en fait. Je me dis que c’est parce que c’est une pathologie.

    Donc là, c’est-à-dire qu’on va recevoir des patients en cabinet sans pouvoir parler de leur pathologie ? C’est comme si je recevais une patiente anorexique, ça, d’ailleurs, ça avait été cité par le Fou Allié comme exemple. C’est comme si je reçois une patiente anorexique et que je devais confirmer son anorexie parce qu’elle est “transmaigre”. Ça n’aurait pas de sens.

    RDG – Le projet, aujourd’hui, de l’organisation mondial pour la santé trans, le WPATH, c’est de sortir la dysphorie du DSM5. 

    Julie – Je ne pense pas qu’à terme, ça se fera. Parce que c’est quand même reconnu comme une affection longue durée, donc en fait, les soins sont remboursés par la Sécurité sociale, pour certains, ou par les assurances.

    Ils veulent le sortir, mais est-ce qu’ils vont vraiment complètement sortir d’une approche médicale? Parce que ça serait quand même très dommageable pour les personnes trans qui veulent pouvoir faire leur transition sans payer les frais, quoi. Parce qu’on sait qu’aujourd’hui certaines opérations sont remboursées, les épilations laser pour les poils sont remboursées… ça c’est risible, mais bon.

    Moi, je veux pouvoir donner la meilleure approche à mes patients, évidemment. Si un patient, qui au bout d’années de thérapies, ou de mois, me dit : effectivement, je me sens toujours trans, et je pense que je suis trans, je n’irai jamais contre, évidemment. Mais je voudrais au moins avoir la possibilité de vraiment discuter en fait, de faire mon travail, tout simplement. Et je n’ai pas envie de me faire virer de la fac par des gens qui me signaleront, parce qu’ils ont une pensée ultra idéologique et dogmatique.

    RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ? 

    Julie – Alors là, je vais choisir de raconter une anecdote assez drôle au final, avec du recul. Drôle… c’est un rire jaune, on va dire.

    Alors j’ai 16 ans, je me balade sur Instagram, et là je vois des potes radfems à moi qui me balancent un compte, celui de “I am Beverluxe”. Donc un homme transidentifié qui a un compte MYM ou Onlyfans, je ne sais plus. Et je vais voir sa story – et en fait les filles m’ont dit ouais va voir sa story, et tout – donc je vais voir sa story, et là, je le vois qui se masturbe en story. Mais vraiment. Enfin, je pense que vous voyez comment les hommes se masturbent, donc tu vois le… tu vois son bras bouger, tu vois ses gémissements, et tout. 

    Et en fait, moi, ça m’a choquée.

    Je me suis dit, mais ce n’est pas possible. Du coup je me suis dit : je vais écrire un message bienveillant. Je lui ai dit mais tu penses que ça, ça a vraiment sa place sur Insta ? Parce que là, on le voyait vraiment avoir des râles de plaisir, son visage se crisper, enfin bref, on voyait vraiment. En fait, c’était du soft porn avec un lien direct vers son MYM,  et je lui ai dit mais ça, ça n’a pas sa place sur Instagram. Ça, ce n’est pas possible, en fait. Ça, c’est la sexualité que tu montres. 

    Et en fait, il m’a répondu littéralement : “Bouffe-moi le cul, petite conne de salope.”. J’ai vu le message, ce n’était pas “Bouffe-moi le cul”,  c’était “Bouffe-moi la rondelle.”. 

    Mais ça,  c’est un comportement de mec ! Mais je me suis dit : il y a pas plus masculin que ça en fait. Jamais une femme n’aurait dit à une compère “Bouffe-moi la chatte”… ça n’a pas de sens. Du coup, je me suis fait bloquer, il m’a affichée dans sa story. J’avais 16 ans. Donc il m’a potentiellement exposée à du harcèlement et j’étais là… Je me suis dit “c’est pas croyable” quoi… Evidemment, je n’ai pas reçu de messages parce que je pense que les gens ont autre chose à faire de leur vie qu’insulter des petits comptes anonymes comme le mien – comme je suis pas un gros compte, je suis juste radfem… enfin voilà… Je pense ils ont juste vu ça dans leur story et se sont marrées entre personnes débiles, mais il m’a potentiellement exposée à du harcèlement alors que j’étais mineure. Il m’a clairement dit de faire des choses sexuelles alors que j’étais mineure… Il ne se renseigne même pas sur mon âge alors qu’en plus il se masturbe dans sa story, ce qui est interdit clairement par Instagram. Sur Instagram, ils ont une modération parfois très bancale… Mais je me suis dit « c’est pas possible”… Et récemment, il y avait un commentaire – c’était la journée sur “le coin des LGBT”, donc un autre compte militant – c’était la journée des travailleuses du sexe. Oui, vive la prostitution et tout… Et je suis allée dans les commentaires de la publication, j’ai écrit un message abolitionniste “on se bat contre le droit des hommes de violer des femmes, on se battra toujours contre ça ; le terme c’est pas travailleuse du sexe, c’est prostituées”… J’ai fait un long message et tout, hyper construit, j’ai fait “Respectez ces femmes, allez écouter les survivantes” et tout… J’étais hyper claire, concise… Et il m’a répondu, il m’a dit “Ouais, en fait, tu es juste putophobe”. J’avais changé de compte, donc il n’a pas reconnu mon compte. Il m’a dit “T’es putophobe, renseigne-toi, t’y connais rien, de toute façon ça se voit que tu es une conne, t’es une conne d’abolitionniste”… Donc c’est ce mec-là qui m’a littéralement insultée, qui s’est masturbé en story et qui vient me donner des leçons de féminisme sur comment on parle des survivantes et comment on écoute leur parole ! Hallucinant ! Ça m’a choquée… Et son message a été liké, je crois, plus d’une centaine de fois. Donc là, tu as une vague de soutiens pour un mec qui, en plus, avait affiché sa réponse ultra sexualisée dans sa story. Il le fait tout le temps, des trucs comme ça ! Comment les gens peuvent supporter ça ?! Ils ne voient pas ça ? C’est incroyable ! C’est les mêmes délires que Olivier Ciappa, là… C’est pareil. C’est pas possible… Du coup, cette anecdote me fait rire avec du recul, mais je me dis que les gens qui soutiennent le mouvement transactiviste et, du coup, qui soutiennent la prostitution via le mouvement transactiviste, ne connaissent rien, ça se voit. C’est zéro sur vingt.

    Rebelle du genre – Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

    Julie – Ce que je dirais, au final, c’est que l’on peut être critique du genre. Les critiques du genre sont beaucoup vues comme des femmes horribles, qui seraient méchantes et tout… Il ne faut pas avoir forcément peur de cette image. Ok, elle n’est pas agréable à supporter, parce que quand on parle avec des gens, ils me disent “Oui mais en fait, vous ne respectez pas les sentiments des gens, vous leur faites mal”… Mais je pense qu’on n’a pas forcément à respecter les sentiments des gens, surtout quand ils ont un impact sociétal aussi grand que celui de la transidentité. Surtout, je n’ai jamais vu une femme critique du genre insulter, menacer ou violenter une personne trans. En revanche, j’ai énormément vu l’inverse. Quand on parle de transidentité, à chaque fois, à chaque fois on met des formes. Franchement, on fait les choses bien et en face, on n’est jamais reçues de la même manière. Ce que je vois, c’est qu’on est toujours là, même dans ces podcasts… Même dans les podcasts de Rebelles du genre, j’ai plusieurs fois entendu des femmes qui ont affirmé le fait qu’elles ne souhaitaient pas être agressives ni méchantes. Et on n’a jamais l’inverse. Donc, osons rejeter cette étiquette de “méchante”. On replace la violence du bon côté. Pour les jeunes femmes qui écouteraient ces podcasts et se diraient “Ah mais si ça se trouve, je suis une personne horrible ! Je critique, je fais du mal aux gens, machin.”… Non, vous ne faites pas de mal aux gens. Vous vous posez des questions. En plus, vous les posez bien, parce que vous cherchez du contenu, avec des ressources. Vous écoutez la parole des femmes. Vous faites les choses bien. Vous pouvez rejeter cette étiquette de personne méchante, parce qu’en fait les critiques du genre font bien, font les choses bien, font les choses dans le respect et font les choses de manière éclairée et sourcée. On a du recul sur nous-mêmes. Donc, osez être critiques du genre et faites aux accusations de méchanceté, parce que ce n’est pas la vérité.

    Rebelle du genre – S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe :

    womensdeclaration.com

  • Rebelles du genre – Épisode 57 – Olga

    Je m’appelle Olga. J’ai 26 ans. Je suis professeur de FLE (c’est “français langue étrangère”). Je suis bretonne. Je suis en rupture familiale depuis longtemps. Je suis lesbienne et j’ai un mode de vie assez nomade, avec mon travail : je dois souvent habiter dans des pays différents et, par conséquent, j’ai souvent des relations amoureuses à distance. C’est anecdotique mais ça fait quand même partie de ma vie. J’ai milité dans une association féministe qui a permis de me propulser dans un militantisme et je suis féministe radicale séparatiste. J’ai remis le mythe de la famille en question depuis quelques années, et de l’hétérosexualité imposée, de l’hétérocaptivité, etc. après de nombreuses années de soumission à ce système de violence lesbophobe etc. 

    J’ai habité à Kiev pour mon travail et j’ai dû revenir à cause de la guerre. Aujourd’hui j’habite aux États-Unis. Donc, tous ces pays m’ont fait voir des choses différentes du féminisme, j’ai envie de dire… Enfin, ils m’ont fait avoir une perception différente du patriarcat. 

    En terme de liberté d’expression, j’ai constaté que sur le sujet du transactivisme, l’Angleterre – où j’ai vécu – et les États-Unis – où je vis – sont très timorés à l’idée de questionner l’idéologie du genre, et que c’est assez difficile de s’exprimer sur ces sujets, voire impossible.

    Moi, comme je suis une femme et qu’on est éduquées à l’empathie (comme vous l’avez sûrement entendu dans d’autres podcasts), je pense que j’ai été très sensible aux injustices et aux violences que subissent les personnes, mais aussi les animaux. Je suis vegan et j’ai été végétarienne pendant des années, et comme beaucoup de femmes, on a une sensibilité à la violence que les hommes n’ont pas par leur éducation. Donc, j’ai été très vite touchée par la violence que subissent les femmes. Ça a commencé comme tout le monde avec les enfants battus, les femmes battues… Enfin, “comme tout le monde” –  comme toutes les féministes, je pense. Et puis, peu à peu, je me suis rendu compte de choses plus “psychologiques” qui peuvent être un outil de violence. C’est bien plus tard que j’ai systématisé les choses, que je me suis rendu compte que tout était un système. 

    Ce qui a été intéressant, c’est qu’au début, j’étais un petit peu comme un… pas un électron libre, mais… En gros, il y avait quelque chose qui me touchait, je trouvais ça injuste et je parlais du sujet. Ça allait, par exemple, être un documentaire sur la violence faite aux animaux ou alors la violence raciste, ou alors j’allais lire un truc sur le sujet des intersexes… Et là, je me rendais compte qu’il y avait ce problème que je connaissais pas, cette violence que je connaissais pas envers les intersexes etc. Donc, c’était un petit peu dans tous les sens, et j’étais très sensible. Pour donner un exemple du fait que j’étais féministe mais sans aucune conscience de mon féminisme (enfin, c’était tout simplement je me faisais la défenseuse de la veuve et de l’orphelin quand j’étais au lycée), j’ai fait mes TPE (un truc qu’il faut faire au lycée, une espèce de projet pour le lycée) sur les hommes battus. Et, à l’époque, je n’avais pas cette conscience de la violence systémique qu’il y avait envers les femmes. Du coup, je me disais : “Il y a des femmes qui se font taper, mais il y a aussi des hommes, et ça on en parle pas”. Du coup, j’ai fait mon TPE là-dessus. Donc, ça montre à quel point, pour moi, il y avait violence, il y avait défense, il fallait parler des violences etc. ça montre que je n’avais pas vraiment de conscience du système. Moi, j’allais un petit peu… pas dans l’anecdotique mais… je lisais un truc, je m’en imprégnais et j’en parlais. En plus, à l’époque (c’est toujours le cas, quoi que c’est moins le cas quand même), le terme féministe était extrêmement lourd à porter, et je pense qu’aujourd’hui il l’est moins… Mais surtout parce que le féminisme… Enfin, on se qualifie de féministe alors qu’on ne l’est pas forcément. Mais à l’époque, c’était subversif parce que, évidemment, c’était une menace pour le patriarcat, puisque c’est lutter pour l’égalité etc. 

    Et donc, je ne me disais pas féministe et je pense que ce qui m’a propulsée dans le féminisme (enfin vraiment peut-être la première [chose]), c’est le fait d’être lesbienne et d’être sortie du placard. Parce que, quand on est lesbienne, on subit une double violente patriarcale et du coup, en fait, on ne peut pas… C’est comme si, avant, on avait constaté une violence à la télévision, et qu’on en parlait, mais qu’on n’avait jamais eu à aller prendre les armes et aller sur le champ de bataille parce qu’on n’est pas concernée… Et en fait, là, bien sûr que j’étais concernée par le sexisme, mais c’est comme si je pouvais être modérée parce que je n’étais pas propulsée dans la violence. Et là, d’un coup, je suis sortie du placard et c’est comme s’il fallait que je me batte. Pas le choix :  je ne pouvais plus me cacher, donc j’étais là, avec mon féministe comme un bouclier dans un champ de bataille. C’est ce que j’ai ressenti. C’est comme si le féminisme était arrivé à moi par le fait de sortir du placard. Je pense que c’est l’expérience de beaucoup de femmes lesbiennes d’ailleurs, qui sont féministes. 

    C’est aussi par ce biais là, je pense, que j’ai commencé à me questionner sur le genre… Puisque, quand on est lesbienne, on se la pose forcément, vu que c’est vu comme divergent dans la société… On peut forcément poser la question de “Est-ce que je suis vraiment attirée par les femmes”, “Est-ce qu’il y en a d’autres” etc. Donc, on commence à s’intéresser à la documentation qu’il y a autour du sujet du lesbianisme. Et en fait, comme dans la communauté LGBT il y a des lesbiennes mais il y a aussi les trans, on tombe très vite sur des rapprochements entre lesbianisme et transactivisme… On commence à avoir une documentation parfois ou des choses sont entremêlées. D’ailleurs, beaucoup de mouvements activistes sont activistes de façon un petit peu panoramique, sur toute la communauté LGBT. Du coup, on est un petit peu, malgré soi, confrontée à cette question du genre. 

    Ce qui est intéressant – et ce qui est injuste aujourd’hui – c’est que je me suis vraiment intéressée à la question du genre et à l’abolition du genre. J’ai lu Judith Butler. Je me suis vraiment documentée. Je suis quelqu’un qui est assez intellectuelle, donc j’ai vraiment poussé mes recherches de façon assez vaste. J’étais dans l’abolition du genre et j’étais de tout cœur avec les personnes qui étaient violentées par le patriarcat, que ce soit des personnes trans ou que ce soit des femmes. J’étais vraiment à fond avec eux, surtout qu’à l’époque le fait d’être trans – le transactivisme – n’était pas une idéologie dominante du tout. On savait qu’il y avait quelques exceptions, des personnes qui étaient en dysphorie de genre et qui souffraient parce qu’elles étaient violentées, parce qu’elles n’étaient pas considérées etc. Et donc moi, j’étais évidemment de tout cœur avec ces personnes-là, de la même façon que j’étais alliée à d’autres causes. Et c’est comme ça que j’ai commencé à m’interroger sur le genre… Et ça va avec les stéréotypes, les choses qu’on pense qu’elles nous définissent en tant que femme, et qui en fait ne sont que question de genre, etc. J’ai commencé à être sensible à ces questions-là et éduquées sur ces questions-là, mais je n’étais pas militante. Je ne pense pas que j’étais militante. Ce qui a commencé à me permettre de vraiment de remettre en question certaines idéologies, c’est que je suis sortie avec une fille – une Anglaise – qui, elle, était dans un milieu un peu queer… Enfin même pas vraiment… Mais avec un langage très policé sur la question du genre. Enfin bon, c’était surtout du langage et pas beaucoup de discours, ni d’argumentaire, ni de quoi que ce soit. C’était seulement une espèce de politiquement correct qui entourait cette bulle, autour d’elle, et elle était très investie -j’ai envie de dire – émotionnellement, en tout cas, sur les questions de genre, de non binarité, etc. Moi, je n’avais jamais vraiment entendu le terme de “non binaire” avant. Je savais qu’il y avait des trans, mais je savais pas trop que c’était un concept, là “non binarité”… Bon, à part chez Judith Butler, mais qui est quelque chose de très théorique et pas du tout systématiquement applicable, quoi. Donc, j’ai commencé à être parfois un petit peu en désaccord avec elle mais comme on pouvait pas vraiment en parler, parce que c’était très policé et tout ça, et que si je disais un truc pas très sensible ou pas très délicat, parce que je ne suis pas éduquée ou que je ne sais pas de quoi elle veut parler, je me faisais un petit peu envoyer sur les rosiers. Du coup, je faisais un peu attention à ce que je disais pour ne pas passer pour une personne… Donc, c’est là que la peur a commencé à exister en moi. Ensuite, ma sœur a commencé à évoluer dans un milieu queer qui m’a semblé tout de suite immédiatement sectaire, à l’inverse de mon ex… J’avais l’impression que c’était un peu plus une espèce de politiquement correct pour ne pas froisser, et là, avec ma sœur, j’ai eu l’impression que c’était un délire sectaire tout de suite. J’ai eu peur pour elle, en fait, et j’ai intégré une association qui m’a permis d’avoir des clés en termes de chiffres, d’études, etc. pour un petit peu avoir des armes pour argumenter. Et il y a un truc qui a été la goutte qui a fait déborder le vase, c’est que déjà je n’en pouvais plus du côté politiquement correct anglais là, le côté queer mais très impalpable, sans aucune explication : c’est juste il faut pas dire ça, etc. Enfin, une espèce de sensiblerie qui m’agaçait autour de ce sujet. Il y a vraiment une goutte qui a fait déborder le vase – bon, j’en avalais quand même des couleuvres avec ma sœur et tout, déjà – mais j’ai une amie militante lesbienne de l’association dans laquelle j’étais investie, qui s’est mise en couple avec une personne – enfin, une qui était dans ce délire queer – et je savais j’ai su tout de suite que ça allait arriver sur le tapis, qu’elle allait retourner sa veste, etc. Il faut savoir qu’elle est beaucoup beaucoup plus virulente sur le sujet que moi – sur le sujet trans. Moi, je n’étais pas du tout transphobe. Je n’ai jamais été transphobe et je n’ai jamais rien dit qui soit transphobe. Mais elle, elle disait des choses à l’époque – je me rappelle très bien -, elle était plus virulente que moi. Elle disait des choses comme “homme en jupe”, etc. Moi, je n’ai jamais utilisé ce langage là. Donc, c’est pour vous dire d’où elle partait. Et elle s’est mise en couple avec cette fille et j’ai su immédiatement qu’elle allait retourner sa veste sur son militantisme. Elle a cessé d’être activiste dans la l’association dans laquelle j’étais et elle me titillait sans cesse pour qu’on parle de ce sujet, alors qu’elle savait très bien ce que je pensais, parce qu’on avait parlé un milliard de fois ensemble. Et elle faisait comme si elle ne savait plus, comme si elle tombait là, enfin comme si elle avait jamais pensé ce qu’elle avait pensé avant… Moi, je faisais exprès de ne pas parler, parce que je savais bien que ça allait être un sujet de discorde. Un jour, elle est venue chez moi, elle m’a parlé de la mammectomie de sa compagne, et je lui ai dit “mais en tant que lesbienne, ça ne te dérange pas ?” Parce que je me souviens qu’elle m’avait dit que ça l’aurait dérangée, avant. Je disais “mais ça te dérange pas que ta compagne se fasse ça, qu’elle transitionne vers le masculin, puisque tu es lesbienne ?” Et elle m’a dit “moi, je pense que l’amour c’est au-delà du genre”, enfin plein de petits clichés, plein de petites phrases qui n’ont pas de sens sur le lesbianisme. Et moi, je commençais vraiment à être énervée, parce que j’avais l’impression qu’elle essayait d’enlever l’étiquette lesbienne, qu’elle essayait d’effacer cette identité. 

    Et moi, ça me violentait ! Je me disais « bah attends mais ça existe, quoi ! Être lesbienne, ça existe ! Enfin merde ! C’est une vraie identité ! On ne peut pas juste dire “l’amour c’est au-delà de ça” ! C’est complètement violent et puis c’est, en plus, le discours réac habituel sur les lesbiennes ! C’est vraiment ça : “Oh, mais tu es sûre ? C’est peut-être juste une phase ! Tu sais, l’amour c’est pas de se mettre des étiquettes… Moi, j’ai entendu ça de mes grands-parents, donc pour moi c’est du même acabit… Même s’ ils essayent de se distinguer en se faisant passer pour progressistes. Elle m’a demandé si je pourrais… J’ai dit “Moi, je ne pourrais pas”. Elle m’a dit “Mais ça voudrait dire que tu quitterais ta copine si elle faisait ça ?” J’ai dit “Oui, moi je ne pourrais pas sortir avec une personne qui se dit homme… Non, pas possible. Elle me dit “OK, dans ce cas-là tu pourrais donc sortir avec une femme trans (donc, sous-entendu un homme transidentifié) et je dis non, parce qu’il y a plusieurs choses. Premièrement, c’est très rare qu’un homme trans ait transitionné jusqu’au bout, c’est-à-dire soit allé jusqu’à l’opération etc. Et, du coup, il en aura toujours des éléments de son corps qui seraient masculins, premièrement. Mais ça, c’est secondaire à la rigueur, parce que j’ai pas envie d’être qu’on essaie de changer mes propos en disant que je m’intéresse qu’au sexe, etc. Le plus important, c’est que, surtout, il a tout un passé. En général, les personnes qui transitionnent ou qui qui sortent du placard en tant que trans, c’est tardif. Ils ont eu toute une vie identifiée par la société comme étant un homme ou une femme et donc ça veut dire qu’elle aurait eu toute une vie, plusieurs décennies, où elle serait par la société perçue comme une un homme. Et, donc, ayant mené une vie d’homme, ayant certainement violé des femmes, ayant eu le rôle de l’oppresseur dans un système patriarcal. Et, donc, en plus, on aurait rien en commun de ce point de vue là… Enfin, on n’aurait rien à partager de ce point de vue là. Moi, ce qui m’intéresse dans le fait de sortir avec des femmes – ce qui m’intéresse au-delà du fait – du déterminisme d’être lesbienne, j’en sais rien… mais du fait que j’y peux rien – mais au-delà de ça, ce qui m’intéresse, c’est que j’ai des choses en commun avec la personne avec qui je sors. On a on a un vécu de femme en commun, de par ce qu’on a subi, mais aussi par notre biologie. Et ça, on aurait rien à partager exactement comme avec un homme hétéro, et moi, c’est pas possible en fait : je suis lesbienne. Et là, elle va rétorquer que j’étais fétichiste des parties génitales… Donc, classique… C’est le truc classique, c’est le coup ultime, et moi je suis un petit peu sortie de mes gonds. J’ai dit “bah écoute, c’est super lesbophobe ce tu dis.” Enfin ça, le fétichisme, le fait que c’est déviant comme sexualité : c’est exactement ce que disent les réacs, hein. Elle était lesbophobe avec moi, en fait. Comme elle ne voulait pas dialoguer et que je refusais de me mettre de son côté – elle voulait que j’adhère à son opinion, ça se voyait qu’elle voulait quelqu’un avec elle, de la même association, qui change d’avis comme elle… Alors que moi, non : j’étais attachée à mes valeurs. Donc non. 

    Et elle m’a dit “C’est bon, il y a trop de négativité dans cette pièce ! Là, je sens que t’es rageuse, t’es hargneuse ! Féministe hargneuse ! J’ai pas besoin de négativité dans ma vie!”  Bref, le discours “bisounours”: il ne faudrait surtout pas se cogner au mur dont je parlais plus tôt. On dirait une espèce de bulle où il faudrait surtout ne pas trigger les autres. On ne peut même pas dialoguer. Donc, là, ça a été vraiment le coup fatal, parce qu’elle est partie en claquant la porte et elle a foutu notre amitié à la poubelle en cinq minutes, parce qu’elle refusait de dialoguer. Ce n’est même pas que je n’acceptais pas notre différence. C’est vraiment elle qui refusait de dialoguer, et pour moi ça a vraiment traduit d’un immense problème de liberté d’expression. C’est ce que j’avais ressenti avec mon ex, même si j’avais pas encore eu ce peak avec mon ex… Mais je commençait déjà à sentir qu’il y avait une espèce de pression au niveau de la liberté d’expression, une censure, et c’est ce que j’ai ressenti dans tous les milieux queer dans lesquels j’ai été. Et là, c’était le coup fatal. Donc, j’ai des amis qui m’ont dit qu’elle avait sacrifiée notre amitié sur l’autel du queer. J’ai bien aimé cette expression. Maintenant que j’habite aux États-Unis, je ressens exactement une pression à ne pas parler. C’est partout… Le sujet est partout mais, mais on ne peut pas en parler. En plus, le langage change constamment. Le langage est constamment en mouvement, de façon à ce qu’on puisse pas l’employer, pas l’utiliser, si bien qu’à chaque non connaissance d’un nouveau mot ou d’un nouveau concept, on se fait taper sur les doigts, comme étant quelqu’un de violent… Évidemment, c’est la hantise de toutes les femmes, qui sont elles-mêmes des opprimées, de reproduire une oppression. Donc, c’est là qu’on est des bonnes clientes de cette culpabilité. Pour moi c’est vraiment des éléments de langage, et non un vrai discours… C’est vraiment ça, le transactivisme.

    Rebelles du genre – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants et pour la démocratie ?

    Olga – Pour moi, l’idéologie transactiviste est basée sur l’idée que parce que le genre ne devrait pas exister, alors il n’existe pas. C’est une logique un petit peu infantile, selon laquelle parce que j’ai décidé que quelque chose n’existe pas, alors elle n’existe pas. C’est un raccourci super simpliste, qui n’est pas sans me rappeler les dérives qui peuvent exister, notamment par l’usage immodéré des réseaux sociaux… ça me fait penser à quand on entre sur un profil Instagram, par exemple, de body positivity, et qu’on remarque que la violence, les systèmes de pression qui existent, la ségrégation des femmes hors norme et toute cette expérience-là, sont complètement tues au profit d’une image plus lisse, plus réjouissante, coupée de toute réalité, qui nous fait penser que le monde s’est amélioré. 

    Les réseaux transactivistes, soutenus par le dit “féminisme” (à mettre des grosses guillemets, parce que pour moi c’est pas ce ne sont pas des mouvements féministes, mais il se disent féministe, donc c’est ultra libéral et capitaliste) ont eux aussi la même manière de façonner un monde qui n’existe pas – fictif, donc – se concentrer sur des choses qui n’existent pas, qui sont fictives, qui n’existent que dans les discours sur les réseaux sociaux et pas dans la réalité. Donc, c’est exactement la même chose. Plutôt que de dire “il existe des violences liées au sexe”, on dit “personne n’a de sexe, le sexe n’existe pas, pourquoi pas parler de ça…” Donc, c’est nier la réalité.

    En gros – je caricature un peu –, mais on prend une femme grosse ou une personne trans, on lui écrit sur le corps “Je suis libre”, on met le bon choix de hashtag, d’emoji etc. et on fait un peu oublier que la personne a des menottes aux mains. Pour moi, c’est exactement la même culture que la culture Trump, qui est un tweet qui remplace toute une pensée, tout un discours, qui remplace 300 pages d’investigation théorique. La punchline a plus de valeur que les faits. Donc, pour moi, c’est une idéologie qui nie le genre, soi-disant, tout en l’admettant, travaillant une image normée selon les codes, ne remettant rien en question de l’idéologie dominante, qui prône une soi-disant désobéissance tout en jouant selon les mêmes règles imposées, répondant aux mêmes injonctions normatives que le schéma binaire habituel. Donc, c’est une image de rébellion qui est complètement superficielle ; qui est, je pense, très adolescente. C’est un peu comme de poster une photo de soi-même sur un réseau social en écrivant “Fuck la société” ou “anti-système”, alors que le réseau social est lui-même complètement – enfin l’usage d’un réseau social – fait partie du système. Donc c’est absurde, selon moi. Ce qui me dérange également, c’est le manichéisme (et ça, c’est quelque chose que j’avais dit avant) de ce militantisme…

    Notamment sur la vision qu’ont ces militants des féministes radicales, qui associent immédiatement le scepticisme du genre au mouvement conservateurs, voire à l’extrême droite… Comme si l’étroitesse de leur échiquier idéologique ne pouvait pas admettre qu’il y ait d’autres compositions possibles. C’est ou bien d’un côté les progressistes d’un côté et les fachos de l’autre, et dans les progressistes, il y a une espèce de package qui est obligatoire ; et c’est ça qui est progressiste et l’autre package qui est facho. Donc, le package, c’est – pour être féministe tout ça : LGBT donc transactiviste par extension (liberté individuelle oblige), prôner la légalisation de la prostitution parce que liberté oblige – c’est le même délire, quoi – et favorable au porno dit, entre grosses guillemets, “féministe” etc. Donc, en gros, on a ce package-là. Et si on désapprouve l’une de ses composantes, on est immédiatement relégué à l’autre package qui est celui des méchants conservateurs, racistes, –phobes… et toutes les personnes qui remettent en question package de la première catégorie, quoi. Donc, je trouve ça plutôt binaire pour une idéologie “non binaire” d’être obligée de mettre les gens dans des cases comme ça, de ne pas admettre qu’il y ait des désaccords. Moi, le nombre de fois où on m’a associée à Macron ou à des extrémismes religieux, en cinq minutes après qu’ils aient compris ma position sur le féminisme, alors que je suis issue d’un féminisme profondément anticlérical, c’est hallucinant ! Vraiment, c’est dingue… Parce que pour eux, c’est impossible d’envisager une idéologie qui est non conforme…  Je trouve ça assez violent. Et comme je disais, les punchlines finissent par avoir plus de poids que des chiffres, des études, des faits. Souvent, je vais parler à des transactivistes en disant juste cela : en disant ok, admettons, laissons de côté le choix et toute la réflexion sur le genre, et je vous dis quelque chose : la grande majorité des personnes qui transitionnent – c’est-à-dire qui font une transition hormonale ou/et chirurgicale –  sont des femmes, anciennement lesbiennes. Ça devrait poser question sur le fait que ça découle d’un système patriarcal,d’une violence patriarcale… Sinon, si c’était une question de dysphorie de genre, systématiquement, il y aurait autant d’hommes que de femmes qui transitionnent. Donc, il n’y a même pas besoin d’aller plus loin : je vois que c’est une dérive patriarcale. ça me fait penser c’est que – de la même manière que le porno et la prostitution –  quand on essaye de m’asséner des arguments de style “liberté de choix” et tout le tintouin, il faut quand même savoir que la grande majorité des personnes qui sont dans la prostitution sont des femmes, et l’écrasante majorité des clients sont des hommes. Quand on sait ça on voit bien que ce n’est pas une question de choix, que c’est une question déterminisme patriarcal… Parce qu’en plus on nous fait souvent croire que les hommes ont plus de libido que les femmes. Donc, si c’était une question d’aimer le sexe et tout, il y aurait autant d’hommes sur le trottoir. C’est quoi, cette histoire…? C’est pour ça qu’il y a des parallèles avec l’idéologie transactiviste, selon moi. 

    En plus, les punchlines sont d’autant plus valorisées si elles sont portées par des personnes qui correspondent aux codes de la beauté traditionnelle sur les réseaux sociaux, mais seulement en dehors de leur identité non-binaire. (pas logique…) Donc, en gros, c’est des personnes qui ont une identité non binaire, mais qui par ailleurs sont complètement normatives, et ça ne fait pas questionner l’hyper-sexualisation liée au sexisme. 

    Au-delà du côté manichéen et binaire, j’ai parfois l’impression d’être plongée dans l’histoire du roi nu. Vous connaissez peut-être l’histoire… C’est un roi auquel des escrocs font croire qu’ils savent tisser un vêtement avec un tissu invisible à l’œil des sots et des personnes qui manquent de goût. Lui, comme il ne  veut pas paraître sot, il accepte de se faire faire ce vêtement. Il commence à parader dans la ville. Toute la ville, comme ils ne veulent pas paraître des personnes de mauvais goût ou des sots, ils font croire qu’ils voient le vêtement. Il y a seulement un enfant qui ose dire “Bah… Il est tout nu, le roi !”. 

    Pour moi, c’est exactement ça, le côté transactiviste… C’est-à-dire qu’on nous fait vraiment passer des vessies pour des lanternes, et personne n’ose l’admettre. Ce n’est pas pour ne pas paraître sot, mais c’est pour ne pas paraître “TERF”, cette nouvelle malédiction, c’est-à-dire progressiste, réac etc. 

    Donc pour moi, ce qui est absurde là-dedans, c’est que les femmes qui ont subi énormément d’oppression, de violence, de culture du viol et qui sont sans cesse en train de se battre contre la violence patriarcale… pour elle, ça a été un outil de survie d’être capable de déterminer si les gens sont des hommes ou des femmes. C’est une hyper vigilance de genre qui est nécessaire pour les femmes. Typiquement, moi, je fais beaucoup de stop. Quand je monte dans une voiture, je regarde si c’est un homme, si c’est une femme… Si c’est un homme, est-ce qu’il y a des enfants avec lui… Cette hyper vigilance d’être capable de repérer si les gens sont des hommes ou des femmes, ça n’est pas parce que ça nous fait plaisir, c’est parce que c’est nécessaire à notre survie, et c’est comme ça qu’on réussit à être intacte en tant que femme. Si on ne fait pas attention à cela, eh bien souvent –  et c’est le cas de quasiment toutes les femmes – on se fait abuser. Il y a beaucoup de femmes qui vous diront qu’elles ont parfois voulu aller au-delà de ces stéréotypes, c’est-à-dire “ah bah non, c’est un homme, mais bon, vas-y, je vais lui donner une chance ,ça va être un bon ami, etc.”, et se sont retrouvées harcelées ou dans des rapports de séduction ou violées carrément! Par ces hommes. 

    C’est l’expérience commune,  donc ça montre que cette hyper vigilance est nécessaire! et maintenant, on essaie de nous faire ravaler cette hyper vigilance la faire taire, la cacher, et de nous dire “non non non mais là c’est c’est une femme”. 

     Ça me fait penser comme si une personne qui s’était fait attaquer, défigurer par un chien, violent, qui avait eu un traumatisme lié à ce chien, et ensuite on l’obligeait à fréquenter des chiens, en lui disant “Non mais c’est des chats!”

    Pour moi c’est la même chose.

    On peut se demander aussi pourquoi dans les milieux militants du coup, on a peur? Pourquoi a-t- on peur ? Est-ce qu’il y a une bonne raison d’avoir peur ? Pourquoi on a peur de ce terme TERF etc. Surtout en France où il y a quand même une culture de la provocation, de la provoc, du soi-disant débat, etc.  

    Donc on pourrait se dire que personne n’a peur de dire des choses… De mettre les pieds dans le plat! Bah moi je pense qu’il y a une vraie menace, un vrai système qui fait qu’on a peur en fait. Il y a des bonnes raisons, mais d’ailleurs on l’a vu avec les manifestations, ou les collages (les nouveaux collages, j’entends) avec écrit “une TERF une balle” ou “les TERFS au bûcher”Enfin bon, c’est ultra violent, quoi. 

    Au-delà du fait que le transactivisme pour moi repose complètement sur un sophisme, qui est :” je refuse de me conformer au code imposé par la féminité alors je ne suis pas une femme” 

    Il me semble qu’il a aussi également dépouillé complètement le féminisme d’une réflexion qui était précieuse pour déconstruire les rôles genrés, combattre les divisions genrées des rôles, et combattre les violences liées au patriarcat.

    Pour moi, le transactivisme c’est une menace pour les femmes et pour le féminisme par ce fait-là.

    D’ailleurs pour moi c’est un énorme backlash… Le fait que ce soit très populaire et très mainstream aujourd’hui, c’est complètement évident que c’est un backlash compte tenu du contexte dans lequel est apparu ce truc.

    Parce qu’on a vécu un vrai tournant féministe au moment de Me Too, une sorte de réaction en chaîne complètement libératrice suite à un ras-le-bol des femmes, qui étaient pas toujours féministes d’ailleurs, mais qui dénonçaient. 

    Moi je crois pas que cette vague féministe d’accès à la théorie de création en masse de contenu de réunion de communauté de femmes de libération de la parole ait découlée naturellement sur la question du genre et par extension sur le transactivisme, comme un glissement naturel,

     Je pense plutôt qu’ au contraire c’est le transactivisme de masse il est apparu en réaction à une ébauche de libération des femmes c’est ça que je pense c’est une réaction de la part de l’oppression.

     Souvenons-nous quand même que la popularité psychiatre rhétorique elle est apparue à un moment de rébellion où on avait le mariage pour tous, la dédiabolisation de la notion de misandrie dans les milieux militants un avènement des espaces non-mixtes des collages féministes avec Marguerite Stern une sortie de l’ombre de la réappropriation du terme “sorcière”; la vulgarisation du concept de lesbianisme politique, une sortie de du placard des patrimoines, et du coup le fait de refuser aussi de lire des textes écrits par des hommes parce qu’on veut favoriser les femmes etc… C’était complètement en voie d’être banalisé avant le transactivisme enfin l’avènement du transsexisme quoi. 

    Toutes les pionnières qui ont été de ce mouvement ont été diabolisées… c’est les premières qui ont été diabolisées! comme par hasard au moment de ce tournant féministe:  Marguerite Sterne bien sûr, JK Rolling… et pour moi c’est pas par hasard que avant MeeToo etc on avait déjà le scandale Johnny Depp/Amber Heard qui était sur le feu  Amber Heard qui était victime de violence conjugales, et comme par hasard aujourd’hui on a un énorme backlash et une violence mais… déchaînée! Contre cette femme, qui pour moi n’apparaît pas à un moment anodin.  C’est pas anodin le timing là, je pense. 

    Sur le sujet du lesbianisme qui me concerne personnellement, enfin ce qui m’apparaît comme un énorme backlash, un backlash masculiniste et lesbophobe par conséquent, c’est que l’ennemi numéro 1, du patriarcat c’est bien évidemment le féminisme mais aussi le lesbianisme car c’est l’ultime attaque contre le patriarcat de ne pas avoir besoin ou de refuser d’avoir un homme dans sa vie.

    Car les lesbiennes, n’ont pas besoin d’hommes contrairement à ce qu’on veut nous faire croire à grand renfort de culture du viol etc. Le patriarcat le sait très très bien, qu’on a pas besoin d’homme, et donc le côté masculiniste de cette idéologie va pour moi de pair avec la lesbophobie. Qui est intrinsèque à ces mouvements en fait, parce qu’on vit dans une société où en gros une femme qui est mal à l’aise avec les rôles genrés qu’on lui impose, et qui s’intéresse à une activité soi disant masculine, des vêtements ou bien une orientation sexuelle qui ne devrait pas être la sienne, et bien elle se convainc d’être un homme et elle devient un homme hétéro! 

    Donc c’est non seulement un négationnisme de la réalité genrée de la société, réalité biologique du corps des femmes… Parce que si on suit leur raisonnement, si on se déclare homme, on est un homme! Donc on peut pas être une lesbienne! 

    Parce que la définition de lesbienne, c’est des femmes qui ont des relations amoureuses avec d’autres femmes!

    En fait, il y a au-delà d’un négationnisme, il y a un effacement des lesbiennes, qui est grave! Une disparition des lesbiennes! 

    Pour moi c’est ça. 

    Donc sans déconner, toutes les grandes “mentors”, toutes les femmes lesbiennes qui étaient visibles au moment où je suis sortie du placard, enfin franchement il y en a une sur trois qui sont des trans aujourd’hui ou des personnes non-binaires! c’est hallucinant! 

    Tous les clubs, tous les endroits qui étaient dédiés aux lesbiennes sont aujourd’hui des endroits trans, pour moi c’est pas du tout un hasard en fait: c’est les lesbiennes l’ennemi numéro 1 du patriarcat! les isoler, les diviser, les faire sortir avec des hommes, les faire sortir avec des personnes trans, c’est tout!

    Typiquement moi j’adorais Océan, là, celui qui s’appelle Océan aujourd’hui, c’était Océane Rose-Marie avant: c’était une une femme qui était chroniqueuse à la radio. Moi, je l’ai écoutée souvent et elle était comédienne. Elle était très grande gueule et en plus elle était “lesbienne visible”. Elle a fait tout un spectacle qui s’appelle “la lesbienne invisible”. Moi, je m’identifiais beaucoup parce qu’à l’époque, on ne captait pas du tout que j’étais lesbienne.  Et pour moi, c’était très fort d’avoir une lesbienne qui ne soit pas dans les codes, qui soit quand même une femme, qui ne soit pas dans le stéréotype, qui ne “mimétise” pas l’homme mais qui soit visible, qui parle… 

    Elle a fait tout plein d’activisme sur le lesbianisme… Et aujourd’hui, c’est un “homme” on ne peut plus macho, qui plus est à fond dans le délire queer. Ça me déprime franchement quand je vois ça. 

    Quand j’entends une lesbienne, qui était pour moi un modèle, devenir trans, pour moi c’est déprimant. D’ailleurs, ma hantise, c’est que Adèle Haenel le devienne ! Eliott, qui était Hélène Page, qui était aussi lesbienne… enfin, avant ! Est maintenant un garçon… donc, bref! 

    Pour moi, c’est une disparition des lesbiennes, vraiment. 

    Donc, quand je découvre une nouvelle lesbienne qui est connue, ma hantise, c’est qu’elle revendique publiquement le fait d’être trans. Parce que je me dis, en fait les jeunes qui sortent du placard, vont se dire, si ça se trouve moi aussi je suis trans. Je suis peut-être un garçon, si je suis une fille pas normale, qui aime d’autres filles, c’est que je suis un garçon. Donc en plus je trouve qu’il contredisent eux-mêmes parce que j’entends des trans dire : “Mais tu ne pourrais pas sortir avec une femme trans, comme je vous l’ai dit plus tôt, donc un homme transidentifié?” Je dis non, je ne pourrais pas. Car non seulement cette personne a la biologie, mais aussi  l’expérience, et tout ce que j’ai dit plus tôt. Et alors, on me dit souvent : “Tu pourrais sortir avec un homme trans?” Et moi je dis non. Parce que je suis lesbienne. Donc ça voudrait dire que eux-mêmes contredisent leur propre discours en disant que le mec avec qui je sors, c’est une lesbienne. C’est pas un peu transphobe de dire ça? Vous dites que c’est un mec. Il dit que c’est un homme. Normalement, quand on dit qu’on est un homme, on est un homme! Donc on n’est pas une lesbienne! C’est complètement contradictoire et, en fait, c’est vraiment “faites ce que je dis, pas ce que je fais.” Donc moi je trouve qu’il y a énormément de contradictions au sein même de leur discours, en fait. Et souvent, j’entends des choses comme ça, genre on est une femme si on se déclare être une femme, on est un homme si on se déclare être un homme… et ensuite j’entends des choses contradictoires de style “mais non, on peut très bien être lesbienne et sortir avec un mec. Non, on peut très bien être dans un couple non-binaire, mais être hétéro… Enfin, du coup, je ne comprends plus rien. 

    RDG – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner de façon anonyme? As-tu déjà subi des pressions, des menaces, un danger perçu ou réel dans ton entourage?

    Olga – Moi, je me sens en danger. Évidemment, on ne m’a jamais menacée de mort, mais peut-être aussi parce que je ne l’ai jamais dit publiquement. Tout ce que je suis en train de dire, là. 

    Je sens qu’il y a une pression dans les milieux féministes, enfin dans le féminisme, mais aussi dans la société en général, de ménager la chèvre et le chou constamment en fait. Et il y a des choses qui sont antinomiques, qui ne sont pas compatibles dans le transactivisme, avec le féminisme. Il y a des choses qui ne sont pas compatibles, et essayer d’être sans cesse dans l’intersectionnalité, pour moi, ça me pose un problème. Et si on a le malheur de dire ça, eh bien on est directement taxée de Terf. 

    Être taxée de Terf, ce n’est pas juste un terme, non non. C’est vraiment un black listing des milieux activistes, parfois des manifestations. Il y a des femmes qui se sont vues agressées, verbalement ou physiquement. Il y a des femmes qui ont été ostracisées de leur milieu. Du coup, pour moi il y a un réel danger dans ce sens-là. Je ne l’ai pas perçu personnellement, cet extrême du danger, mais je sens que je pourrais perdre mon travail, si ça se savait au travail.

    Parce que je sens qu’il y a une énorme pression, notamment aux États-Unis, pour être complaisant avec ce transactivisme, ce discours-là, ce discours transactiviste. On doit être complaisant, et si on a la moindre critique, on est blacklisté comme je vous disais. Et avec mon travail, je sens que c’est vraiment réel, d’ailleurs ma supérieure m’a clairement fait sentir qu’il fallait que je la ferme sur ce sujet. Pourtant je ne l’ai vraiment pas ouverte du tout, j’ai juste dit une petite nuance, et tout de suite on m’a dit “Ouh là, attention! Ici ce n’est pas possible.” Donc je sens que je pourrais perdre mon travail. Et surtout, ce qui m’inquiète le plus, ce serait de perdre des proches. Parce que j’ai ma soeur qui est dans un milieu queer, et je sais que si je lui disais ce que je pense vraiment, de but en blanc, comme ça, ce serait très difficile de la garder dans ma vie. Parce qu’elle est dans un milieu très sectaire, là. Comme je vous le disais et donc, c’est tout ou rien.

    C’est comme ce que j’ai vécu avec mon ami, dont je vous parlais plus tôt,  j’ai l’impression qu’on peut très vite être isolée et perdre des proches, perdre des amis, et dans le pire des cas, perdre son travail.

    Et je sais qu’on peut trouver d’autres communautés, mais ça n’empêche que je n’ai pas envie de vivre ça, en fait.

    J’ai envie qu’on continue à écouter ce que je dis, en termes de féminisme. Et je sais que si je dis ce que je pense sur le transactivisme, on n’écoutera plus ce que je dis en termes de féminisme. On me qualifiera de conservatrice.

    RDG –  As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

    Olga – J’ai commencé à être très sceptique du transactivisme, enfin vraiment rebelle quand ma sœur a commencé à être dans cette communauté, cette grande coloc, dans laquelle elle habite, où tout le monde est queer. Ils ne sont pas queer en arrivant, enfin ils n’étaient pas tous queer en arrivant, mais ils le sont devenus en y étant, ce qui est pour moi un signe d’un milieu sectaire, quand même : c’est que tout le monde se transforme en trans, comme par hasard, au bout de quelques mois dans ce milieu. Donc pour moi, vraiment un red flag. Et en fait j’ai commencé à sentir que cette communauté était hostile envers moi quand ils ont compris dans quelle association je militais… Donc j’ai vu qu’ils avaient quand même une volonté de me mettre de côté. Avec ma sœur, j’ai souvent essayé d’argumenter. Ils sont évidemment pro-prostitution, et compagnie. Enfin, c’est le délire total. Et j’ai essayé d’argumenter avec ma sœur parce que je pense sincèrement qu’elle est victime de milieu, qu’elle est brainwashée. C’est ce que je pense. Et j’essaie d’argumenter avec elle sur ce sujet. Et à chaque fois, elle comprend, elle entend ce que je dis et elle n’a pas d’argument à redire, comme si elle était convaincue. Et elle me rappelle une demi-heure après, et elle me dit tout un tas de trucs qu’elle me répète comme un perroquet, parce qu’elle en a parlé à sa coloc ou à son coloc, et ils lui ont dit quoi me répondre.

    C’est là que j’ai commencé à être vraiment inquiète. Et ce qui m’a inquiétée, c’est que ma soeur était dans un choix d’abstinence amoureuse et sexuelle, parce qu’elle était hétéro – enfin, elle est bi, mais elle n’avait que des relations hétéro – et elle était malmenée par sa vie hétéro. Enfin, elle était toute cassée, quoi! Donc elle a décidé, au moment où MeToo est apparu, d’arrêter avec les mecs, parce qu’elle se sentait mal. 

    Et en fait, peu à peu, elle a commencé, – dans leur coloc, soi-disant ils n’acceptaient pas d’hommes au début, maintenant c’est pas d’homme “cis”, donc il y a des hommes – et au début ils étaient pro non mixité, tous misandres… et au fur et à mesure ils sont en “mixité choisie”, ils ne sont plus misandres, le nouvel ennemi, c’est les “cis”, etc.

     Et en fait, je savais qu’elle ne voulait plus fréquenter d’homme, amoureusement parlant. Et il s’est passé un truc qui m’a vraiment choquée, c’est que, du coup, son coloc, qui est arrivé en tant que mec, “total”, et il est arrivé en tant qu’homme, et en fait, au bout de quelques mois, il a commencé à porter des boucles d’oreilles longues,  et à dire qu’il voulait qu’on l’appelle “iel”… Et en fait, dans cette coloc, ce qui était bien, c’est que c’était un safe place, où les femmes pouvaient se mettre toutes nues dans le jardin si elles le voulaient, tant qu’il n’y avait pas d’hommes, bien sûr, évidemment.  Quand il a commencé à y avoir des hommes, c’était la débandade. Mais sauf que… c’étaient des hommes qui se disaient non-binaires, donc…

    Moi, j’ai vu ce mec qui se baladait dans le jardin à poil,  j’avais son paquet sous les yeux, et on me demandait de faire croire que ce n’était pas un homme. Donc déjà, c’est choquant, quand même, soi-disant dans des espaces où on peut être safe, et tout ça…

    Il faut savoir que ce mec est couturier, et il fait des des corsets et des harnais. Des sous-vêtements de type sado-maso. Tout le monde dans ce milieu-là en porte, et dit “Ah c’est trop cool, j’ai mon corset, il est trop beau! J’ai mon harnais, il est trop beau!” Et tout ça, moi je dis, mais c’est de l’imagerie pornographique de violence quoi!

    Ma sœur me dit “Mais non, on peut se réapproprier son corps… Et voilà. Donc je sentais que c’était sur la pente glissante, et en fait, un jour ce mec – que maintenant, il faut prétendre que c’est une femme, il n’a pas transitionné ni rien – il a invité ma soeur à faire une “sex party”, c’est à dire une partouze, une orgie quoi. Et il lui a dit “Mais ça va, tu vas voir, ça va te réconcilier avec le sexe… tu vas te réapproprier ton corps.” Enfin, au début elle a dit non. Mais il a insisté en disant “Moi je pensais que c’était parce que c’était un safe place, que tu avais besoin, je pensais… etc.”

    Donc là, il lui a fait de la rhétorique.

    Et comme elle est sensible à la domination masculine, comme je vous l’ai dit plus tôt, évidemment c’est un homme, donc elle ne veut pas le décevoir, parce que c’est un homme et qu’elle est aliénée aux hommes, et donc elle a dit oui. Elle y est allée et elle m’a dit « Ça va être chouette, ça va être que des potes, etc.” 

    Avec qui elle a fait des trucs?

    Avec lui.

    En fait , ce mec il voulait mettre le grappin sur ma sœur, sous prétexte de féminisme, moi je trouve alors qu’elle avait décidé de plus relationner avec des hommes. 

    Parce que maintenant, on doit dire que c’est une femme, voilà!

    Ce mec, qui se dit bi, parce qu’il se disait bi au début, mais il ne sort qu’avec des femmes, il ne sort qu’avec des femmes! Donc moi, ça m’a franchement… ça m’a écœurée. J’étais mal. Oh là là, je n’étais pas bien. Donc là, ça m’a… ça a été vraiment un moment décisif où je l’ai dit. Je lui ai dit, à ma sœur : “Tu es  sûre que ce n’est pas un piège, tu es sûre?” Quand elle n’y était pas encore allée, je lui dis “Mais tu es sûre ce n’est pas un piège, qu’il ne veut pas te…  ce n’est pas une stratégie pour t’avoir dans son lit?”

    Donc voilà, j’étais très choquée. Ce n’est pas la première fois que qu’il se passe un truc comme ça.

    Pareil, elle est sortie avec une fille, après avoir décidé de faire du lesbianisme politique. Elle est sortie avec une fille, et finalement cette fille, en traînant dans ce milieu-là, maintenant, c’est un garçon! Donc en fait, elle n’a pas du tout réussi à sortir de l’hétéro-patriarcat. En fait, elle y est engluée.

    Et on essaie de lui faire croire que c’est ça : ils vont à des cabarets ils font des photos nus, ils font… enfin c’est c’est tout ce qu’il y a de plus sordide. Seulement on prend le même système,  on change les étiquettes, on prend le même système, l’objectification  des femmes, on met “féministe” à la place, et c’est tout, quoi!

    Donc en fait, elle n’est pas sortie de l’auberge, c’est ça qui est horrible. Et en plus, comme c’est un milieu sectaire, ce que je disais, ils ne voient personne, c’est une espèce de huis clos entre eux, il n’y a jamais d’interactions avec le monde extérieur. Tous les milieux où ils vont, c’est des gens qui sont dans le même délire, du coup pour moi, il y a vraiment, c’est difficile de s’en sortir. 

    Voilà donc ça, c’était l’anecdote que j’avais à raconter

    RDG –  As-tu quelque chose à ajouter?

    Olga – J’’aimerais bien dire que c’est pour avoir plus d’anecdotes qui corroborent ce que je dis et mon expérience. J’ai l’impression que mon expérience est banale en fait. Quand j’écoute les podcasts de Rebelles du genre, c’est ce que j’ai vécu. J’ai l’impression d’entendre la même chose à chaque fois, d’entendre mon expérience, quoi. 

    Donc en fait, quand la parole commence à se libérer, on se rend compte qu’on a toutes les mêmes expériences, qu’on a toutes les mêmes anecdotes et qu’on a toutes le même vécu.

    Et du coup, je j’invite vraiment à écouter d’autres podcasts, enfin d’autres épisodes de ce podcast, de façon à avoir plus d’anecdotes, d’exemples qui corroborent ce que je dis. Parce que je dis des choses qui, parfois, sont théoriques. Mais en fait, il y a beaucoup de femmes qui ont vécu des choses qui le confirment.

    RDG – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

    S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe, www.womensdeclaration.com 

  • Rebelles du genre – Épisode 56 – Anna

    Anna – Bonjour, je m’appelle Anna, j’ai 23 ans, je vis en Bretagne et je suis russe. Je vis en France depuis 7 ans. Je m’intéresse beaucoup au féminisme depuis que j’étais au collège, mais je m’intéresse également aux nouvelles technologies (comme la réalité virtuelle par exemple ou la réalité augmentée), à la sociologie (par exemple des mouvements qui semblent un peu autoritaires ou sectaires). Et je considère que le mouvement transactiviste est intéressant à étudier sur ces points là : des nouvelles technologies ou l’aspect sectaire.

    Mon parcours de critique de genre est un peu en lien avec ma mère. Quand j’étais au collège, je passais beaucoup de temps sur Tumblr où j’ai goûté au féminisme libéral. Et quand je suis partie au lycée, j’ai migré en France. Pendant ce temps là, ma mère, qui habite en Russie, n’était pas féministe. Mais après avoir subi des violences misogynes, elle est devenue féministe radicale. 

    Quand on discutait du féminisme, je n’étais pas toujours d’accord avec elle et je répétais tout ce que j’avais lu sur Tumblr : Libfems et transactivistes. Pendant ces années-là, donc il y a 7 ou 5 ans, Tumblr était vraiment le berceau de ces deux mouvements, bien que la réalité que j’ai vécue (en Russie surtout) et que ma mère a vécue ne s’appliquait pas vraiment aux idées que je pouvais lire en ligne. 

    Quand j’ai fini le lycée et que j’étais en études supérieures, j’ai découvert, sur Reddit, un subreddit qui s’appelle “female dating strategy”. C’est un subreddit où il n’y a que des femmes. Les hommes sont éloignés de ce subreddit.

    Ce qui était différent, c’est que c’était un subreddit critique du genre et sans être misogyne. Il parlait de la violence masculine et cela m’a ouvert les yeux. Notamment un thread sur des violences masculines, où il y avait des femmes de dizaines de pays différents qui parlaient de leurs expériences. Et c’est comme ça que je me suis rendu compte que c’était partout pareil.

    En même temps, je passais mon temps sur un forum anonyme qui s’appelle “Lolcow”. C’est comme Fortune mais il est non mixte et critique du genre. Alors il y a une culture très particulière. Ça parle surtout des personnalités publiques ou influenceurs qui sont bizarres. La culture est assez hard. C’est pas très bienveillant. 

    Mais un jour, je suis tombée sur un thread qui documentait des hommes transidentifiés. Je pense que c’est leur thread le plus populaire parce que les médias mainstream et les réseaux sociaux sont totalement sur ce type de contenu. Et quand j’ai vu cette face cachée du transactivisme, avec les autogynéphiles, le porno dans les toilettes, la pédocriminalité, ça m’a piqué, très très vite. Et j’ai fait le lien entre la violence des transactivistes et la violence masculine normale que j’ai vu sur Reddit.

    Après, je me suis intéressée au contenu et aux idées purement radfems. J’ai commencé à lire des livres de théorie radfem. Alors les livres d’Andrea Dworkin, bien sûr, et le tout dernier livre que j’ai lu et qui m’a vraiment marqué, c’est le livre de Caitlin Roper qui s’appelle Sex Dolls, Robots and Woman Hating, qui est très récent et c’est vraiment bien écrit. 

    Et maintenant je parle souvent du féminisme radical avec ma mère qui participe au mouvement antimilitariste et féministe en Russie et qui est très choquée d’apprendre la situation en France concernant la violence transactiviste. Parce que, quand on migre, et qu’on était dans une famille assez libérale de la classe moyenne, on a une image de l’Europe de l’Ouest très positive. C’est vraiment là où les droits des personnes homosexuelles ou des femmes sont respectés. C’est un peu le pays des bisounours. Quand on arrive et qu’on voit que non, pas du tout, que les féministes sont frappées et éloignées des manifs anti-avortements, on a un peu les rêves brisés. Ça rappelle un peu trop les violences anti-féministes dans le pays d’origine. En URSS, il y avait aussi des thérapies de conversion pour les personnes homosexuelles, notamment pour des lesbiennes, qui étaient envoyées en camp de travail, je crois que c’est au Kazakhstan. Et les médecins soviétiques, qui faisaient des recherches sur comment éradiquer l’homosexualité, les exposaient à la thérapie de conversion par des hormones et identifiaient les lesbiennes masculines comme des hommes.

    NOTE : 1/ Sur les thérapies de conversion des homosexuels et en particulier des lesbiennes en URSS. Source : Functional female sexopathology, V. Zdravomyslov, 1985

    Rebelles du genre – Donc ils faisaient transitionner les lesbiennes pour régler la question de l’homosexualité?

    Anna – Oui. Dans leur livre, ces médecins Soviétiques avaient écrit en épilogue: “En espérant que, dans le futur, ce sera possible de commencer la thérapie de conversion par hormones le plus tôt possible pour éradiquer l’homosexuelité de ces personnes.”. Je crois que ce livre est en anglais.

    Rebelles du genre – Ok… Je savais qu’il y avait de l’homophobie, par contre je ne savais pas que l’homophobie était réglé comme en Iran, par la transition. En Iran, c’est pareil, ils font de la chirurgie de réassignation sexuelle, comme ça ils n’ont plus d’homosexuels. 

    Anna – Je ne sais pas si c’est vraiment pour se transformer en homme, ou juste pour que si on te donne telle hormone tu vas tu vas arrêter d’être attirée par les femmes. J’ai pas trop compris.

    Rebelles du genre – De toute façon, ça ne marche pas comme ça. C’est un long sujet. Il faut juste foutre la paix aux lesbiennes. C’est juste ça : foutez la paix aux lesbiennes. Point. Elles sont très très bien là où elles sont : lâchez-les.

    Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

    Anna – Pour la société et la démocratie : le transactivisme s’inscrit parfaitement dans le modèle “BITE” qui est développé par Steven Hassan, qui est un expert sur les dérives sectaires. Steven Hassan, qui a écrit un livre qui s’appelle Combating Cult Mind Control. Ça parle de dérives sectaires qui peuvent être religieuses mais aussi politiques par exemple, et quels sont leurs signes. Le transactivisme, c’est une croyance. On peut croire à Jésus, ou au Père Noël, ou qu’au fond de nous il y a un homme qui vit. C’est une croyance avec des signes de dérive sectaire parce que ça contrôle ces adhérents. Par exemple, ça limite l’accès aux informations.

    Note : 2/ Sur le modèle BITE : L’acronyme B.I.T.E. désigne le schéma de contrôle de l’esprit appliqué dans les sectes à structure pyramidale : le B c’est pour “Behaviour”, le contrôle du comportement, le I pour le contrôle de l’information, le T pour “Thoughts”, le contrôle des pensées, et le E pour celui des émotions.

    Rebelles du genre –  Oui, par rapport à cette question, à ce point, par exemple on peut nous dire : “ Allez signaler ce compte mais surtout ne lisez pas ce qu’il y a dedans.”.

    Anna – Oui. En fait, ça limite l’accès aux informations en disant qu’il ne faut pas aller regarder ou lire certaines personnes qui ne sont pas d’accord avec le dogme. Ça ressemble un peu aux sectes religieuses qui disent : “N’allez pas dire tels livres ou n’allez pas parler avec certaines personnes, ils sont influencés par Satan”. Bah là, ils sont influencés par les terfs, surtout n’allez pas parler aux personnes qui sont sorties de la secte (donc ici c’est les personnes détrans). Il faut toujours contrôler ce que les autres disent, donc si votre adepte dit quelque chose que vous ne pensez pas correct, il faut toujours faire la chasse aux sorcières, dénoncer.

    On a aussi affaire à ce que l’auteur appelle les Thoughts Stopping Affirmations : ce sont des informations, des phrases, qui coupent complètement la réflexion. 

    On le connaît tous, c’est “Trans women are women”qu’on dit à chaque fois qu’on nous demande de réfléchir un peu. 

    Ce que je trouve intéressant dans les sectes, c’est qu’il y a aussi des phrases qu’on doit tout le temps répéter, ou même une pratique de chanter certaines choses. Ça m’a fait penser à la réunion de Nous Toutes (je sais pas si vous avez vu la vidéo) où il y a toute une salle de personnes, de femmes, qui chantent “La transphobie tue, la transphobie tue!”. 

    Non, elle tue une personne en moyenne en France, si je ne me trompe pas. Et ça aussi : pourquoi donner à des personnes des statistiques erronées qui vont leur faire peur, qui vont les convaincre qu’elles sont isolées et persécutées? 

    Ça aussi, c’est une technique de secte. 

    Rebelles du genre – Alors, juste pour dire, quand même, les personnes trans qui sont tuées, il y en a quand même pas une par an et, en France, les deux dernières fois où ça s’est produit, c’était des personnes qui malheureusement étaient victimes de traite prostitutionnelle et qui étaient assassinées par leur proxénètes ou par les prostitueur, clients-violeurs. Ce n’est pas les trans. Enfin, je ne sais pas si on peut appeler ça de la transphobie. Moi je pense que c’est surtout de la violence masculine et ce ne sont certainement pas des féministes. 

    Les féministes n’ont jamais tué qui que ce soit. Jamais. 

    Peut-être qu’elles devraient s’y mettre et elles deviendraient crédibles à ce moment-là, peut-être, mais dans tous les cas, jusque là, les personnes trans qui ont été tuées ne l’ont jamais été par des féministes. 

    Anna – Oui, c’est parce que j’ai lu un article de RadCaen. Dans la source qu’elle donnait, c’était une association qui veille sur les meurtres de personnes trans et effectivement, en France, c’était ça, en moyenne. Mais c’était tous genres et motivations de crime confondus. 

    Mais je ne suis pas sûre qu’il y ait des études qui parlent vraiment de violence et de meurtres transphobes, qui touchent disproportionnellement des femmes trans comme on aime le raconter.

    Cette croyance, pour moi, de transactivisme, n’est pas juste sur les marges de la société, mais elle est imposée au niveau légal dans certains pays, comme le crime de mégenrage, ou le crime de non-reconnaissance du genre de la personne. Cette croyance ne respecte pas la liberté de la parole (ça on l’a bien vu avec toutes les féministes qui sont harcelées, censurées). 

    C’est une croyance qui est violente, sans presque jamais être punie. 

    Et en dehors du cadre légal, les transactivistes censurent non seulement des personnes individuellement sur les réseaux sociaux, avec les chasses aux sorcières où ils signalent en masse le compte de quelqu’un, mais ils ont aussi le pouvoir de faire disparaître des sites entiers qui dénoncent et qui documentent leur comportement. 

    C’était le cas de Kiwi farms. 

    Kiwi farms, c’est un site qui est un peu comme Lolcow : c’est un forum anonyme où on documente, de manière pas très bienveillante, les comportements de personnes en dehors de la norme. 

    Notamment il documente Chris Chan, un homme transidentifié qui a violé sa mère. 

    Il documentait aussi Keffals. C’est une figure de transactivisme très intéressante. C’est un influenceur, on peut dire, un streamer twitch, un homme transidentifié, qui “groome” des enfants. Parce qu’avec son pote (qui est un peu aussi streamer et homme transidentifié, Bob Posting), ils avaient ouvert un serveur Discord avec des mineurs, des jeunes garçons, à qui ils exposaient leur kink de “catgirl”. Ça sort de la culture manga, c’est des filles avec des oreilles. Je ne sais pas pourquoi mais les transactivistes adorent ce type de personnage et le cosplay souvent de manière assez sexualisée. 

    Donc sur ce Discord, Keffals révélait son kink aux enfants, et les encourageait à s’habiller de cette façon et à être sexuel. 

    Pour moi, c’est du grooming. 

    Et pourquoi il faisait ça, à part pour le plaisir sexuel? Il fait (ou faisait) la promotion d’un site “DIY  HRT” qui vend des hormones de transition aux mineurs sans être une entreprise pharmaceutique, qui est connue sans aucune licence. Et ça, ça ne passe pas dans les médias mainstream. Et ça passe à côté de toutes les lois, j’ai l’impression.

    Je sais que c’est un sujet que, si tu ne passes pas 10 heures par jour sur Internet, peut-être tu n’es pas forcément au courant. Mais je ne trouve pas ça normal qu’un mouvement puisse, limite, avoir des dealers dans ses rangs et… personne ne fait rien!

    Je trouve que c’est un mouvement purement capitaliste et autoritaire. 

    RDG – Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner sous ta réelle identité? Est-ce que tu as déjà subi des pressions,  des menaces,  est-ce que tu perçois un danger ou est-ce que tu te sens en sécurité pour parler librement? 

    Anna – J’ai décidé de témoigner sous ma réelle identité… 

    J’ai subi des menaces de « doxxing » : j’ai dit à quelqu’un que les hommes transidentifiés sont des mâles et la personne m’a répondu “voilà : ton université, je vais les contacter”, etc… 

    Mais mon entourage proche partage mes valeurs et mon entourage pro… le monde pro est… difficile à joindre. J’ai quand même pris des mesures pour protéger mon identité en ligne. 

    Je suis d’avis que si vous ne voulez pas être une personnalité publique et vous êtes une femme, évitez de donner votre nom, votre ville, votre métier, sur les réseaux sociaux, ou de poster votre photo, parce que n’importe quelle personne “chasseuse de Terf” peut prendre votre photo Instagram, la passer  sur un site de reconnaissance faciale, et après, trouver tous les endroits en ligne vous apparaissez : donc ça peut être votre LinkedIn, ça peut être votre page Facebook, etc. 

    Et j’ai décidé de témoigner avec mon vrai prénom, parce que je suis inspirée aussi par ma mère qui est assez courageuse à faire son activisme dans un pays autoritaire, sans se cacher. Elle était déjà censurée par son entreprise et par les réseaux sociaux mais elle continue et je pense que je dois faire pareil.

    RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme? 

    Anna – Alors j’ai deux anecdotes :  le premier c’est que un jour j’ai reposté sur Instagram un poste qui parlait de la violence sur les femmes, mais le compte s’appelait “a woman is not a feeling” et j’ai une amie très proche qui est venue dans mes DM en disant “mais c’est quoi ce compte de Terf que tu repartages?” 

    Mais en parlant avec elle, j’ai compris qu’elle était d’accord avec le message lui-même. Et quelques semaines après, cette amie qui avait déjà conscience de la violence masculine a “peak” très vite en voyant la violence des transactivistes partagées sur un compte radfem. 

    RDG – Donc en fait quand elle t’en a parlé elle était déjà en train d’ouvrir les yeux c’est ça?

     Anna – Oui. En fait, elle habite en Égypte et elle a bien conscience de la violence masculine qui l’entoure, je pense que c’est pour ça que c’était plus facile de voir la violence, qui ressemble à ce qu’elle vit.

    RDG – Autrement dit, c’est pas parce qu’une femme dit que tu es une terf qu’elle n’est pas, elle-même, prête à en devenir une bientôt!

    Anna – Oui  je pense, oui. 

    RDG – Des fois c’est la dernière réaction, la dernière façon de se défendre.

    Anna – Mais j’ai entendu ça de quand j’ai écouté le podcast de Marguerite Stern où elle parle avec des jeunes femmes Radfems, et là aussi il y avait un témoignage qui parlait des amies qui sont d’accord avec les messages de terfs, mais que qui chassent ces mêmes terfs en même temps.

    Ma deuxième anecdote est un peu plus récente : quand j’étais à Nantes, j’ai vu un sticker de NousToutes qui parlait de la violence “de genre” envers les femmes et naturellement, ça m’a interpelée. Je n’étais pas du tout d’accord, donc je l’ai pris en photo et je l’ai posté sur mes réseaux sociaux en disant que “Non, les femmes, elles sont violentées, opprimées… que les violences que subissent les femmes sont fondées sur leur sexe, et pas leur genre.” 

    Et j’ai donné plusieurs exemples : des fœtus femelles avortées parce que ce sont des femelles. 

    Ou l’absence de l’accès à l’avortement. 

    Ou les féminicides… 

    J’en ai posté 12 exemples, je crois, à peu près. Et NousToutes a répondu à ma story en disant en gros que : “Non, on ne parle pas de violence de sexe, mais de genre, parce qu’ils sont concernés… parce que ça concerne aussi des personnes trans, mais ça se voit, vous n’êtes pas ouverte à la discussion.” 

    Et à la fin, elles ont dit clairement :  

    “Occupez-vous des violences de sexe, nous on va lutter contre les violences de genre.” 

    Et pour moi c’était hallucinant qu’une association qui est censée protéger les femmes, elle s’en fiche clairement des violences de sexe, à part quand il faut ramasser l’argent dans leur cagnotte. Là, c’est bien une lutte antisexiste. Et ma mère était très choquée quand je lui ai raconté cette petite anecdote.

    RDG – Évidemment. Mais bon, Nous Toutes ne cessera jamais de nous surprendre par la profondeur des abîmes dans lesquelles elle tombe sans s’arrêter. C’est effrayant, le vide. 

    Le vide de la pensée, le vide de la pensée stratégique et le vide du féminisme surtout.

    Anna Mais même ça je ne trouve… Enfin, j’ai du mal à vraiment comprendre, parce que même les personnes trans elles sont discriminées ou elles sont violentées à cause de leur sexe. Un homme trans ne peut pas accéder à l’avortement, c’est pas à cause de son genre, c’est à cause de son sexe. 

    Ou quand les femmes, les hommes transidentifiés américains sont enrôlés dans l’armée alors qu’ils ne veulent pas, ça aussi c’est une discrimination à base de sexe, pas à base de leur genre.

    Si vous avez vu que Dylan Mulvaney, un homme transidentifié assez populaire qui était invité à la Maison Blanche très récemment, c’est tout simplement un évènement marketing de la part de la Maison Blanche, parce qu’ils ont signé une loi qui enrôle tous les hommes transidentifiés dans l’armée dans le cas d’une guerre. 

    Donc c’est bien une discrimination à base de sexe.

    RDG – C’est à dire qu’en fait cette loi elle dit qu’en cas de guerre, les hommes, peu importe la façon dont ils s’identifient, sont enrôlés, c’est ça ? 

    Anna – Oui, c’est ça.

    RDG – D’accord, donc autrement dit, le genre c’est du bullshit.

    Anna – Oui. En fait, on respecte le genre des hommes transidentifiés pour qu’ils puissent aller aux toilettes des femmes ou dans leurs prisons, mais quand il s’agit de l’armée tout de suite, ils ont une vision très lucide de du sexe et du genre. 

    C’est très récent. Personnellement, je pense que c’est juste pour que quand les gens ils cherchent “transwoman – Biden”, je ne sais pas quoi, ils tombent sur le résultat de rencontre Biden – femme trans et pas…

    RDG – Ils ont allumé un contre-feu quoi (rires). D’accord.

    Anna – Oui. Comme il y avait vraiment très peu de temps entre ces deux news, je pense que c’était juste pour cacher…

    RDG – Ils ont allumé un contre-feu, clairement. C’est assez amusant…

    Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

    Anna – Oui. J’aimerais parler des espaces un peu uniques en ligne et des nouvelles technologies qui sont liées au transactivisme et qui posent un danger pour les enfants ou les personnes vulnérables et ce qui est très peu réglementé.

    On peut parler déjà de tous les espaces en dehors des réseaux sociaux, donc, comme des forums anonymes comme Lolcow ou Kiwi Farms ou même Mumsnet qui sont des forums critiques de genre, qui documentent les dérives du mouvement transactiviste, qui sont menacés. Parce qu’il ne faut pas croire que si vous êtes censuré sur Twitter ou Instagram à cause de vues critiques du genre, vous pouvez échapper à ça et être… et parler librement sur les autres sites parce que les autres sites sont aussi sous l’oeil de transactivistes et qui peuvent les faire disparaître comme c’était le cas de Kiwi Farms.

    J’aimerais parler aussi de la réalité virtuelle et de son lien avec le transactivisme. 

    Les applications de réalité virtuelle comme VRChat sont des espaces en ligne que n’importe qui peut y accéder en portant un avatar qui peut… qui peut ressembler à n’importe qui ou n’importe quoi. Pour les personnes qui passent des heures et des heures par jour dans ces espaces, il aiment bien aussi avoir des avatars customisés qui sont souvent commandés ou achetés pour des centaines voire des milliers de dollars. La personne qui essaie de s’échapper du vrai monde et qui achète des avatars et du matériel assez coûteux s’investit beaucoup dans ces milieux et pour ça il faut vraiment avoir des motivations très profondes, c’est pour ça qu’ il y a autant de personnes transidentifiées de ce monde.

    Alors je n’ai pas lu d’études précises mais j’ai juste vu un questionnaire d’un influenceur qui a demandé à son audience qui utilise la réalité virtuelle à leur identité et un peu moins de 20% de ces personnes des utilisateurs de la réalité virtuelle étaient des personnes transidentifiées, ce qui est énorme parce que si je ne me trompe pas, il y a entre 1 et 0,5% de population transidentifiée dans le monde. Et ça semble assez logique que ces personnes, qui sont mal dans leur peau, et qui sont un peu en guerre avec la réalité, elles puissent accéder à ces espaces-là.

    Beaucoup de personnes qui utilisent la réalité virtuelle sont assez vulnérables et ça, ça attire énormément de prédateurs, notamment de pédocriminels. 

    Dans la réalité virtuelle, par exemple sur VRChat,  il y a des pratiques un peu sexuelles, ça s’appelle “erotic role play” donc toi, habillé dans ton avatar, tu peux jouer un jeu de rôle sexuel avec d’autres personnes et très souvent ces personnes-là peuvent être des enfants, sont des enfants.

    RDG – C’est-à-dire que… Tu es en train de me dire que dans certains mondes de réalité virtuelle, il y a des enfants qui jouent à des jeux sexuels avec des adultes. Mais quel genre de jeux sexuels ?

    Anna – Alors, ça peut être l’imitation de l’acte sexuel, par exemple.

    RDG – D’accord, ils simulent des rapports sexuels en ligne.

    Anna – Oui. Et il n’y a pas… Ce n’est pas très réglementé donc personne n’est puni quand ça se passe

    RDG – Et en plus, enfin dans les mondes de réalité virtuelle, il y a… Dis-moi si je me trompe mais il y a d’autres personnes autour en fait qui sont témoins de ce qui se passe.

    Anna – Oui, c’est ça.

    RDG – Donc en fait il y a par exemple un adulte qui va abuser d’un enfant… puisque là on ne peut pas parler de rapport sexuel quand on a un adulte et un enfant et il y en a d’autres autour qui regardent ?

    Anna – Il y a des clubs sexuels dans VRChat où il n’y a pas vraiment de limite d’âge.

    RDG – VRChat ça s’écrit comment ?

    Anna – VRChat. Voilà, où il y a des… Dans ces espaces-là, ces clubs euh… je ne sais pas comment le dire… Libertins ? il y a des personnes qui imitent les actes sexuels, qui peuvent être parfois des viols, vu qu’il s’agit de la pédocriminalité. Et aussi il y a un processus de grooming vu que souvent, ces actes sexuels ou ces viols, ils sont… enfin on expose les personnes aux fétiches, notamment quand l’avatar, c’est pas une personne humaine mais un animal donc il y a des gens qui s’habillent en animaux et qui… 

    RDG – Et qui et qui ont des rapports sexuels avec des enfants habillés en animaux ?

    Anna – Ça peut être des enfants, ou ça peut être d’autres adultes.

    RDG – D’accord et ça, c’est complètement… avec aucun contrôle de rien, quoi ?

    Anna – Il y a très peu de contrôle de ça, que ça soit dans les applications elles-mêmes, dans les applications elles-mêmes il y a peu de contrôle mais au niveau légal si je ne me trompe pas, il n’y a rien qui réglemente ça en fait.

    Ce qui est pire aussi, on a observé que certaines personnes qui sont… quand elles utilisent la réalité virtuelle, elles ont ce qu’on appelle “phantom touch” donc en fait, elles sentent quand quelqu’un les touche.

    RDG – C’est quoi, c’est une sorte de tenue que tu portes en fait ?

    Anna – Non, non. En fait, c’est comme les personnes qui n’ont pas une jambe ou une main, qui ressentent leur membre mais là ils ressentent…

    RDG – D’accord. Ils sont tellement immergés dans la réalité virtuelle qu’en fait, ils ont l’impression de ressentir physiquement ce qui leur arrive dans leur… à leur alter ego en fait. C’est ça ?

    Anna – C’est ça, oui. Voilà. Et une autre chose pour la réalité virtuelle, c’est intéressant de regarder quels avatars exactement portent les utilisateurs, alors on a déjà dit que certains ils peuvent porter des avatars qui ressemblent à des animaux ou à des furies ou à des, des humains avec des traits un peu animaliers mais en fait c’est presque un meme que les personnes, enfin les hommes transidentifiés en réalité virtuelle ils portent des avatars de filles manga très sexualisées avec des oreilles de chat, avec des uniformes un peu particuliers et je pense que c’est assez révélateur que les hommes transidentifiés qui vont en réalité virtuelle, ils portent pas pour alléger leur dysphorie de genre, ils portent pas des avatars de femmes normales mais ils portent vraiment des avatar hyper sexualisés, pas du tout conformes à la réalité. Et d’ailleurs, si vous lisez les témoignages de femmes transidentifiées qui utilisent des avatars dans la réalité virtuelle qui les représentent pas de la façon très fidèle, souvent elles disent qu’elles portent des avatars d’hommes pour échapper à la sexualisation et l’objectivisation.

    RDG – Donc une femme, les jeunes femmes qui souffrent de dysphorie, elles elles vont être en homme pour échapper en fait à la violence sexuelle et les hommes vont eux se déguiser, enfin s’habiller ou je ne sais même pas comment on peut appeler ça, se transformer en jeunes femmes hyper sexualisées ou en animaux un peu chelou avec de la fourrure pour se livrer à des pratiques sexuelles sur les enfants qui sont présents et devant eux.

    Anna – Oui. Mais d’ailleurs, pour les victimes de ces pratiques sexuelles, les enfants, c’est des enfants de tous les sexes et même si ça ne se passe pas dans la réalité virtuelle, après ça continue sur discord mais dans la réalité virtuelle c’est… ce n’est pas juste des mots dans le chat, c’est vraiment… une espèce de réincarnation et d’immersion, et d’immersion complète.

    RDG – C’est cette fameuse sensation de vivre pour de vrai ce que ce qui est dans ce monde virtuel. Et alors du coup, tu as parlé de discord et sur discord il se passe quoi ?

    Anna – Alors sur Discord. Discord c’est une application qui est utilisée souvent par… dans le monde du gaming ou de la tech mais aussi pour des gens qui aiment bien la réalité virtuelle. Il y a beaucoup d’anonymat. 

    Souvent, les personnes qui utilisent discord, elles n’utilisent pas leur vraie identité et les serveurs discord, donc des espaces un peu privés on va dire, sont gérés par des personnes en particulier. Il y a moins de censure que par exemple sur votre compte Twitter qui est visible un peu à tout le monde.

    Dans les Discords liés au gaming ou à la réalité virtuelle, il y a parfois des… des espaces, des chaînes qui sont concentrés plus sur la sexualité le role play érotique ou des choses comme ça et là il y a très peu d’espace qui limitent l’âge des enfants et qui refusent aux mineurs d’y accéder et ça finit par pas mal de mineurs qui accèdent à des espaces où ils sont malheureusement groomés ou ils sont des victimes de pédocriminels.

    RDG – Et du coup, toi tu as déjà assisté à des choses comme ça, en ligne ?

    Anna – Alors, moi personnellement, non mais je regarde ce qui se passe dans les autres chaînes de, enfin j’observe et je vois… Mais c’est presque… comment dire, c’est presque un mème, ces espaces-là, mais je veux dire c’est… c’est pas non plus très caché, personne ne sait ce qui se passe.

    RDG – Ouais, d’accord, en fait tu veux dire que… Tu es en train d’expliquer que finalement, c’est quelque chose qui est plutôt culture pop quoi, un truc un peu marrant, que tout le monde sait.

    Anna – Oui, en quelque sorte. Je veux dire quand vous allez sur Tumblr et vous avez des mineurs qui sont dans des milieux un peu gamers, transidentité, etc., ils parlent souvent de discord qui sont en lien avec… où ils ont des expériences un peu sexualisées.

    RDG – Ben dis donc… 

    Anna – Et ce qui est inquiétant, c’est que c’est très peu réglementé par la loi donc la réalité virtuelle, les espaces en ligne, les applications comme discord, la technologie elle avance trop vite pour les lois qui ne suivent pas du tout ce qui se passe et c’est un peu no man’s land.

    Pour les parents ou les personnes qui sont inquiets pour des proches vulnérables, je conseille d’être surtout proches d’eux et qu’ils puissent vous faire confiance, essayer de leur parler de ce qu’ils font en ligne, essayer quand même d’avoir un minimum de contrôle parental si la personne est très jeune, essayer de lui dire que si il va là, il s’expose à des risques comme ça, enfin je pense que le plus important c’est de vous informer vous-même et après de prévenir votre enfant de ce qui peut lui arriver, d’être là pour lui, pour parler des choses qu’il peut trouver traumatisantes.

    Je sais que moi, je passe beaucoup de temps en ligne, dès que j’étais très petite et mes parents ne savaient rien du tout de ce que je faisais, je sais que parfois juste ils me prenaient mon portable pour que je ne passe pas trop de temps en ligne mais en soit ils étaient… on ne parlait pas du tout de ce que je faisais, quand j’ai vu des trucs un peu traumatisants j’ai pas pu en parler avec mes parents, essayer d’éviter ça.

    RDG – On est très proche à la fois de la pédocriminalité et de la pornographie. Et donc ce sont des expériences qui sont clairement traumatisantes pour des enfants aujourd’hui en fait, des enfants ou des préadolescents ou des adolescents d’ailleurs, des mineurs en général. Il y a quelque chose qui est de l’ordre du traumatisme de l’agression sexuelle, même si c’est virtuel comme tu dis, cette fameuse phantom touch, que oui effectivement j’y avais pas réfléchi mais c’est évident, quand tu passes beaucoup de temps en ligne, tu finis par… Ça finit par devenir ta maison quoi.

    Anna – Oui. Et en fait les personnes en  général mais les enfants qui passent beaucoup de temps en ligne, c’est mon avis personnel mais… quand tu passes 10 heures par jour sur TikTok ou dans la réalité virtuelle, c’est parce que tu essaies de fuir quelque chose dans ta vie réelle, t’as pas peut-être d’aide psychologique pour ce que tu vis en dehors de ça, tu es en situation de mal-être et c’est pour ça que tu y vas.

    RDG – C’est ça, oui mais du coup tu renforces le problème.

    Anna – Oui. Et c’est ça qui est visé par les transactivistes, c’est les personnes qui sont vulnérables, peut-être qui ont une relation avec leur corps qui est un peu fragile. Une personne totalement heureuse et qui a une sexualité épanouie, qui est en paix avec soi-même, pourquoi elle irait se shooter à la testo ?

    RDG – Oui, bien sûr. C’est vrai que les enfants et les préadolescents n’ont pas nécessairement de sexualité justement, à priori c’est le fait de leur en imposer une qui pose problème déjà, surtout avec des adultes d’ailleurs.

    RDG – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible.

    S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe :

    www.womensdeclaration.com

  • Rebelles du genre – Épisode 55 – Lilou

    Rebelles du genre – Bonjour, aujourd’hui on va faire une interview un peu particulière, puisque c’est Lilou qui va parler, Lilou qui est une amie à moi, et que je suis particulièrement heureuse d’interroger aujourd’hui, et de recevoir dans notre podcast.

    Lilou –  Je m’appelle Lilou, j’ai 18 ans. Je suis une activiste féministe radicale et étudiante en sociologie en région parisienne, depuis septembre.

    J’ai fait plusieurs années de danse orientale. La danse est une pratique qui me passionne, qui me transporte, et j’exprime ma colère aussi, en dansant, ma peine, ma douleur, mon indignation. Je vis la danse comme une expérience collective sorore, forte et fédératrice, mais aussi comme profondément intime et corporelle. Se mouvoir d’une telle façon, diriger ses gestes pour réaliser un mouvement ou en enchaîner plusieurs, de manière fluide ou fragmentée. Je me rends compte que mes années de pratique de la danse m’ont permis de mieux connaître mon corps, d’expérimenter la liberté de mouvement dont nous sommes si souvent privées, en tant que femmes, dans les sociétés patriarcales. Et, à mes yeux, des espaces et des temps entre femmes uniquement, par exemple consacrés spécifiquement aux danses ou bien à d’autres activités, pourraient être bénéfiques pour contribuer à la libération des femmes. 

    Et j’en ai fait l’expérience quelquefois, et c’est merveilleuse.

    Du coup, je dirais que ma conscience féministe, je la développe depuis que je suis petite, mais sans avoir pu, réellement, mettre des mots sur ce que je vivais, ce que j’observais des conditions et des droits des femmes de mon entourage social et familial.

    Avec ma sœur et mes cousines, on était très proches durant notre enfance, grâce à nos mères, elles-mêmes sœurs. Nous avons pu tisser des liens sorores et solides. On a vécu des moments extrêmement forts, ce qui fait aussi que je suis aujourd’hui une femme qui pense que les femmes peuvent réussir à se reconnaître, à s’allier, à se rassembler et à s’organiser, malgré la division et la rivalité que les hommes nous imposent et nous font intérioriser. Aujourd’hui, je me dis qu’heureusement j’ai été éduquée par une mère qui a de nombreuses réflexions féministes et qui voulait nous permettre, à ma soeur et à moi, de nous faire notre propre vision du monde, détachée des stéréotypes et des étiquettes sociales qui collent à la peau des femmes. C’est sûrement aussi grâce à cela que je construis mon esprit critique, petit à petit, depuis mon enfance. 

    Et je pense que cet éveil à la critique du genre et elle apprentissage de savoirs assez distanciés des normes sociales et du cadre académique (j’ai fait l’école à la maison pendant 5 ans) a pour conséquence, actuellement, que je m’interroge sur les faits sociaux, que je cherche à comprendre les “pourquoi” des phénomènes que j’observe et identifie les croyances, dogmes et arnaques masculinistes qui colonisent de plus en plus nos espaces de filles et de femmes.

    Ce qui me semble aussi important de souligner, c’est que ma mère nous a toujours dit, à ma sœur et à moi, qu’elle nous accepte comme on est, que nous pouvons ne pas être conformes aux stéréotypes et aux modèles sexistes. 

    Elle nous a appris à connaître notre corps, à l’écouter, à l’aimer, à en prendre soin, à dire quand on a mal.

    Je me rends compte maintenant, qu’en tant que fille dans une société qui hait, objectifie et sexualise les corps des filles et des femmes, j’ai eu beaucoup de chance d’avoir été éduquée comme je l’ai été, et je remercie, du coup, ma mère.

    J’ai commencé à militer lorsque j’ai rencontré les femmes de l’association Osez Le Féminisme ! en septembre 2020 lors d’une action poignante qui a résonné fort en moi, intitulée “Je te crois”. J’avais 16 ans.

    Puis j’ai fait la connaissance des activistes de la collective l’Amazone Avignon, tellement badass, dont j’admirais les collages depuis quelque temps.

    La découverte de ces formes d’engagements politiques pour les droits des femmes m’a énormément enrichie. 

    Elle est allée de pair, ou plutôt de mère, avec la découverte de la sororité politique, d’expérience en expérience, de partage en partage, d’actionne en actionne entre femmes.

    J’ai compris que les liens que peuvent nouer les femmes entre elles sont incroyablement puissants.

    Et cela m’a fait du bien.

    Et à partir de là, j’ai enfilé mes lunettes violettes de féministe en apprentissage, qui appréhende la monde avec curiosité et détermination.

    Du coup, par la suite, ça m’a fait comprendre que ces formes d’engagement politique pour les droits des femmes me paraissaient vraiment nécessaires, et je comprends que toutes les femmes ne peuvent pas s’engager de cette manière-là. Mais moi, en tout cas, c’était c’était vraiment ce dont j’avais besoin à ce moment-là, ça me parlait, et du coup j’ai pu découvrir à ce moment là d’autres formes de sororité, plus politiques, à travers les actions, à travers les caféministes, les discussions qu’on a eues, les manifestations, aussi. Et en fait, ça m’a confortée dans l’idée que, malgré la domination patriarcale, les femmes peuvent quand même réussir à nouer des liens qui sont forts, qui peuvent inspirer d’autres femmes, et qui nous rendent puissantes et qui.. qui oui, qui nous permettent aussi de surmonter les difficultés qu’on a, chacune dans notre quotidien. Tout s’enrichit mutuellement.

    Et c’est à partir de là, du coup, que j’ai pu aussi en apprendre de plus en plus en me renseignant par des podcasts, des articles, notamment sur Instagram, également. 

    RDG – Peut-être aussi par la formation féministe que tu as pu avoir dans Osez le féminisme, avec notamment les feminist camps?

    Lilou – Oui, le feminist camp d’octobre 2021 m’a aussi permis  de connaître des femmes de toute la France, ce que je n’avais jamais expérimenté jusqu’alors et de comprendre, en fait, qu’il y avait plusieurs dimensions d’oppression patriarcale, enfin dans plusieurs sphères de la vie des femmes, et donc qu’on pouvait spécifiquement réfléchir à certains sujets, comme l’écoféminisme ou comme la lutte antiraciste, avec le féminisme… comment elle s’imbriquent. Et de partager aussi d’autres moments qui font du bien, enfin qui… oua qui nous lient et qui nous donnent de l’espoir pour continuer. Surtout parce que on pourrait se dire qu’avec toutes les violences que les femmes peuvent subir dans plein de sphères différentes, bah on pourrait ne plus avoir d’espoir pour continuer à militer, ou  justement on va être découragées, et c’est totalement légitime… mais justement ces moments-là, je pense qu’ils sont très fédérateurs et ils nous permettent de continuer.

    RDG – De garder l’espoir?

    Lilou – Oui, de garder l’espoir,  de… de ne pas céder.

    RDG – De résister.

    Lilou –  Oui, j’ai participé aux réunions mensuelles dans un premier temps. J’avais du temps que je voulais passer à m’investir dans cette association-là, parce que je sentais que j’y étais bien, j’avais été super bien accueillie, et que j’étais en surtout en accord avec les valeurs,  parce que je trouve que les valeurs, c’est très important. Et, même si j’étais en questionnement, parce que je débutais,  au fur et à mesure j’ai commencé à faire partie du conseil d’administration, et ça m’a permis aussi de partager des idées que j’avais, de mettre en commun des projets que plusieurs femmes pouvaient avoir, pour les réaliser concrètement.

    Et puis j’ai aussi intégré le conseil d’administration national et ça donne une plus grande part de responsabilité vis-à-vis des membres de l’antenne locale, pour essayer aussi de faire le relais. Et ça m’a permis, par la suite aussi, d’intégrer un groupe de travail spécialement centré sur l’abolition du système porno-prostitueur, ce qui était un enjeu que je ne connaissais pas du tout avant et qui m’a complètement révoltée. Je me suis dit “Comment c’est… comment c’est possible que, dans une société qui se dit démocratique, et même à l’échelle mondiale, dans plein d’autres pays qui se disent défenseurs des droits humains, qu’il y ait la moitié, enfin même plus de la moitié de la population, à savoir la peuplesse des femmes, qui soient vendues, marchandisées, achetées? Qu’il y ait également du proxénétisme?” 

    Enfin, tout ça, ça m’a complètement sidérée, et je me suis dit : “Je ne peux pas rester impuissante face à ça, en fait. C’est juste impossible. Et le fait d’intégrer le groupe abolition, je me suis dit que c’était un bon moyen de mettre ma motivation en commun avec d’autres femmes, agir par des campagnes sur les réseaux sociaux de sensibilisation, des actions plus “coup de poing”, par exemple pour le 25 novembre, voilà. Du coup, j’ai cheminé petit à petit.

    RDG – Je vais te poser une question complémentaire. En fait, il y a un point que tu n’as pas développé, mais qui, à mon avis, est important : c’est le fait que quand tu as été, finalement, à l’âge un peu crucial, à l’âge où les enfants rencontrent les premières violences, en fait, notamment pornographiques, toi, tu étais à l’abri, puisque tu n’étais pas à l’école. Est-ce que tu peux développer?

    Lilou – Pendant les 5 années de primaire, mes parents, donc, ont décidé de nous donner l’instruction à domicile, avec ma sœur. Et je n’étais pas confrontée au discours, au comportement des autres enfants qui étaient à l’école. Et une grande partie de certainement exposés à des images pornographiques. Le fait qu’on soit à l’écart de ça, ça m’a aussi protégée.

    RDG – Moi je ne peux pas m’empêcher de penser que, quand on sait qu’en CM2, un garçon sur deux a déjà vu un film pornographique, et aussi de très nombreuses filles… Ne pas fréquenter beaucoup d’enfants qui sont victimes de ces violences-là, ça permet aussi, pendant ces années où on construit son identité d’être protégée relativement. Et c’est peut-être ce qui fait que, du coup ça t’a gardé intacte cette capacité de rébellion que tu as, et qui, aujourd’hui, est à mon avis une des sources de ton militantisme? Le fait d’avoir brutalement découvert le monde à un moment où tu étais déjà capable de comprendre qu’une violence est une violence en fait. Parce que quand on est petit, on ne fait pas la différence entre les choses, et on ne comprend pas que c’est de la violence. Et on s’habitue. Et toi tu n’étais pas habituée.

    Lilou – Oui, c’est ça. Je n’étais pas du tout… même ma mère, avec ma sœur, nous a toujours expliqué que la violence ne réglait aucun problème, et que ça ne servait à rien. Et pire que ça : que c’était complètement destructeur et contre-productif. Même, du coup, l’arrivée au collège, ça fait un peu un effet de claque, en fait, qu’on se prend dans la figure, parce que je sortais un peu du monde des bisounours, si on peut dire ça comme ça, et du coup c’est assez violent quand on se rend compte que, finalement, c’est comme si j’avais un peu vécu dans une bulle. Même si j’avais des amis qui étaient à l’école, et je les voyais, et on passait du temps ensemble. Mais j’avais quand même cette sorte de barrière, un peu protectrice, qui a fait que quand j’ai su qu’il y avait autant de violences qui étaient commises contre les enfants, et particulièrement contre les filles, et également contre les femmes… ben c’était juste inimaginable. Et je me suis dit : “bah en fait, je ne peux pas laisser passer ça, quoi! Enfin, je ne peux pas vivre ma vie comme si je connaissais pas.” Alors que j’en prenais conscience enfin, voilà.

    RDG –  Je pense que ça a préservé ta capacité d’indignation, en fait! En ce qui concerne, donc, le genre, la notion du genre : à quel moment tu t’es dit que tu étais critique du genre? Est-ce qu’il y a eu un moment où tu as eu une révélation? Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que tu te dises aujourd’hui que tu es critique du genre?

    Lilou – Il n’y a pas eu un déclic. C’est plus une suite d’événements qui m’ont fait prendre conscience que le féminisme est forcément critique du genre. Je pense ça à l’heure actuelle, mais c’est quand même assez récent. Même si en fait, je me dis : “Pourquoi créer d’autres cases, d’autres catégories, pour enfermer les filles et les garçons, donc les enfants, dès le plus jeune âge, alors qu’on pourrait tout simplement laisser les enfants jouer à ce qu’ils veulent et laisser les enfants se comporter comme ils veulent?” 

    Critique du genre, sans nommer ça comme ça, mais je l’ai aussi pensé assez jeune. Mais là, c’est vraiment grâce à l’engagement associatif, et au militantisme et aux actions : j’ai pu comprendre les enjeux, avec la montée du transactivisme. Qu’en fait il fallait réaffirmer le fait qu’on soit critiques du genre, que ça n’allait pas de soi. Et j’ai aussi appris, notamment par les réseaux sociaux, qu’il y avait d’autres courants féministes, qui ne se disaient pas du tout abolitionnistes des stéréotypes sexistes de genre, mais qui prônaient un discours ultra-libéral…

    RDG – …Avec bien sûr tout ce qui est le BDSM, la pornographie!

    Lilou – Voilà ! Le non-abolitionnisme qui m’a complètement consternée… Et oui, par rapport à l’usage, aussi, des mots… La première fois que je suis tombée sur l’expression “travail du sexe”, je…  ça m’a laissée assez perplexe, et je me suis dit : “Ok, il y a certaines personnes qui se revendiquent du féminisme qui utilisent ces termes-là”… Moi je voyais que dans OLF, on utilisait “abolitionniste” et j’avais vu les campagnes qui avaient été menées par rapport à ça, contre à l’industrie pornographique aussi, et je me suis dit : “Bah déjà, la loi, qu’est-ce qu’elle dit?” Et la loi de 2016 est clairement abolitionniste. Donc, déjà par rapport à ça, ça m’a un peu mis la puce à l’oreille, et je me suis dit : « Comment peut- on prôner le libre choix, alors que la majorité des personnes prostituées, en fait, c’est des femmes? La majorité des actes sexuels, c’est des viols. Et en fait, les femmes qui sont les plus victimes de cette industrie-là sont des femmes précaires, marginalisées, racisées, étrangères, qui migrent. Enfin, l’âge d’entrée, entre 13 et 14 ans à l’échelle mondiale…” Je me suis dit : “Comment on peut oser défendre une industrie, qui en plus est multimilliardaire, alors qu’en fait il s’agit d’humaines,  d’enfants et de femmes, quoi?” Ça m’a paru complètement lunaire.

    Je voulais évoquer aussi la découverte de Typhaine D, merveilleuse artiste, comédienne qui a créé la féminine universelle, qui est un mode de langage qui a pour but de féminiser la langue. Pour moi, en fait, ça a joué aussi un rôle important dans mon cheminement féministe depuis deux ans, parce qu’on m’a appris au collège, comme toutes les autres, que le masculin l’emportait sur le féminin, et toutes les règles de grammaire mascouillinistes. En fait, de l’entendre dire de la bouche d’une femme, qui exprimait explicitement que le langage était masculiniste, pour telle telle telle raison… Et qu’en fait ce n’était pas du tout neutre, comme on avait pu nous le faire croire, que c’étaient les académiciens du 17e siècle qui avaient instauré ces règles de masculinisation du langage… C’est quelque chose que j’aurais aimé savoir plus tôt. Mais que, déjà, je suis très heureuse de connaître maintenant.

    Parce qu’on peut se dire : “Oui, l’école c’est trop bien, on nous apprend à parler, on développe plein de compétences, on a des liens sociaux aussi qui se créent grâce à cette instance de socialisation. Mais il y a quand même ce problème de la langue, que je ne considérais pas du tout avant, et que maintenant je prends en compte, parce qu’en fait le langage, comme Typhaine le dit,  structure la pensée. Et on ne peut pas se projeter dans l’avenir si on n’a pas les mots qui nous permettent de voir notre avenir, de voir comment on voudrait être plus tard, d’envisager des professions qui pourraient nous intéresser, mais en fait on ne sait même pas qu’elles existent pour les femmes. Je pense par exemple “autrice”, des mots de notre matrimoine qui, justement, ont été ressortis du passé, et qui, justement, étaient utilisés avant cette Académie française, et qui, en fait, ont été complètement effacées. Et c’est ce qu’explique très bien Titiou Lecoq dans son essai : “Pourquoi l’histoire a-t-elle effacé les femmes?” Et en fait, ce n’est pas l’histoire qui a effacé les femmes, c’est les hommes! Et tout ce qu’ils ont institué et organisé. Oui, ça fait mal, aussi, de comprendre qu’on n’existe pas dans le langage et on est quand même censées construire nos vies et avancer, alors que tout, dans le langage, est créé pour les, pour les hommes, quoi!

    RDG – Pourquoi penses-tu que l’idéologie du genre est une menace pour les droits des femmes, pour les enfants ou pour la société, ou pour la démocratie?

    Lilou – Déjà en fait je me suis questionnée par rapport à ça, et en fait avant même d’avoir compris que l’idéologie transidentitaire était une menace certaine pour les droits des femmes, l’acronyme LGBTQ+ me posait déjà problème. Et en fait, je me disais : “C’est quand même vraiment bizarre et tordu de mettre sur le même plan, le combat contre l’homophobie et contre la transphobie, et pour les personnes trans, d’en faire en somme, en faire des luttes indissociables. Je me disais : “Mais pourquoi?” Parce que pour moi, de ce que j’avais compris en tout cas, c’était quand même deux choses complètement distinctes, entre ce qu’on prétendait être, comment on voulait qu’on se définisse, et l’orientation sexuelle. 

    Donc du coup, je me disais : “Mais pourquoi mettre toutes ces lettres accolées, enfin, les mettre ensemble, quoi?” 

    Et du coup, entre-temps, je me suis questionnée, j’ai lu des livres, des articles, des communiqués, des tribunes. J’ai écouté aussi des podcasts, notamment ceux de Marguerite Stern, qui donne la parole aux femmes, parce qu’en fait, parce que c’est elles que j’ai envie d’entendre, et que malgré le fait que j’ai quand même fait l’école à la maison, bah j’ai pas échappé aux cours d’histoire du collège et du lycée, relatant l’histoire des hommes, en effaçant les femmes. Et en fait, j’ai compris aussi, progressivement, ben les derniers mois, les dernières années, là, qu’en fait l’idéologie de genre, elle est profondément homophobe et donc lesbophobe. Parce que, pour ne donner qu’un exemple, il est courant de lire ou d’entendre que les lesbiennes peuvent avoir des pénis, que les lesbiennes doivent aimer les femmes qui ont des pénis… ça, ça m’a complètement retournée quand j’ai lu ces phrases-là, notamment sur les réseaux. Je me suis dit : “Mais il y a rien qui va! C’est complètement justement contre l’homosexualité! Parce que si tout le monde doit aimer tout le monde, dans ce cas-là, il n’y a même plus d’orientation sexuelle… c’est, c’est… ouais, c’est complètement dangereux à ce niveau-là!

    Et par rapport aussi aux enfants, je me suis dit que je ne pouvais pas tolérer une idéologie totalitaire qui, en plus, se répand de plus en plus, et qui vise en majorité des jeunes, qui mutile plus spécifiquement des adolescentes et des jeunes femmes encore en développement, encore en croissance. Parce que j’ai aussi appris que le cerveau se développait jusqu’à 25 ans, donc je me dis : “Pourquoi des traitements hormonaux, des transitions, seraient autorisés sur la simple autodétermination des enfants avant 25 ans?” 

    Et donc je me suis dit, en fait, permettre à des adolescentes de prendre des hormones pour effectuer une transition médicale ou pire les y inciter sous prétexte qu’elles seraient nées dans le mauvais corps… bah en fait, c’est complètement absurde pour moi.

    Et en fait, la société patriarcale dans laquelle on vit, elle est problématique, ainsi que toutes les conséquences qui en découlent, en termes de violences machistes. Et donc si en fait on ne  prend pas en considération la structure sociale, on ne peut pas expliquer pourquoi les individus auraient tel goût, telle envie, tel choix, tel comportement. 

    Il y a une dimension sociologique à analyser, qui est pour moi nécessaire. Et en fait je me rends compte qu’on est obligées de rappeler aujourd’hui, que noues sommes nos corps : il n’y a pas une essence, qui serait l’esprit, et le corps, quelque chose de simplement matériel et utile. On est un tout!

    RDG – Je reconnais bien là quand ton goût pour la philosophie, je vois déjà le moment où je vais illustrer ce témoignage avec le fameux collage “noues sommes nos corps” que tu avais fait l’an dernier.

    Lilou – En fait, je me dis, oui, qu’une fois qu’on a aussi compris certains aspects, on peut réfléchir aux mécanisme sociaux qui s’opèrent et au rôle des instances de socialisation dans la construction des normes de féminité, en se demandant pourquoi elles sont maintenant telles qu’elles sont. Et même historiquement, c’était pas les mêmes il y a 200 ans, il y a 300 ans, au Moyen-Âge… Et ça montre bien, en fait, qu’elles varient au cours du temps, et donc elles ne sont pas naturelles ou biologiques, comme pourraient le dire certains idéologues du genre.

    Je voulais aussi évoquer que, dans tous les cas, charcuter des corps en bonne santé ou bloquer la puberté – qui est quand même naturelle – d’adolescentes ou d’adolescents, en faisant totalement abstraction, premièrement, de l’état de santé psychologique des enfants et également des normes sociales et des attentes qui pèsent sur elles et eux, ne fait d’aucune personne quelqu’une de progressiste ou de bienveillante ou bienveillant. Alors que les transidentitaires essaient de nous persuader du contraire.

    RDG – Oui, parfois la bienveillance c’est savoir dire non, en fait.

    Lilou – D’autant plus que la réalité, c’est que les conséquences des transitions médicales, sur le développement tant physique que psychologique des jeunes concernés, sont en fait, irréversibles. Et maintenant on sait que c’est prouvé que les conséquences sont irréversibles. Que des psychiatres, que des médecins se permettent de dire dans des articles, dans des livres, même à l’université pour des profs qui défendraient l’idéologie du genre, que ces personnes-là se permettent justement de prôner le contraire, et de faire croire à des enfants (c’est de la manipulation) que c’est réversible, qu’ils pourront reprendre leur puberté 5 ans après la prise d’hormones… en fait, c’est criminel, quoi!

    RDG –  J’ai même lu récemment que beaucoup de filles qui subissent une mastectomie pensent, en fait, que quand elles reprendront des hormones féminines ou qu’elles arrêteront la testostérone, leurs seins vont repousser. Et évidemment, le jour où elles s’aperçoivent que, bah non, en fait, elles ont infligé à leur corps… enfin “on” a infligé à leur corps des dommages irréversibles. C’est dramatique.

    Lilou – Surtout que les enfants sont en situation de vulnérabilité. Et donc en plus, en tant qu’adultes… Enfin, selon moi, les adultes ont aussi une responsabilité vis-à-vis des enfants, en général, dans le domaine de la santé, et savoir que, justement, des adultes les manipulent à des fins financières ou idéologiques… bah c’est complètement aberrant! 

    RDG – Oui. C’est incroyable. 

    Lilou – Je ne pensais pas être confrontée à ça un jour. Enfin…

    RDG – Oui, c’est dur.

    Lilou – Je voulais aussi ajouter que devoir sans cesse répéter que les femmes n’ont pas de pénis et que les lesbiennes n’aiment pas les pénis, en fait, c’est une forme de rabaissement intellectuel, comme le dit Marguerite Stern. Puisqu’en fait, toute personne sensée en a bien conscience, et c’est la biologie. Il n’y a pas besoin de faire des études de science poussées pour le savoir. Et en tant que féministe radicale, je sais que… bah en fait on est épuisées de devoir le rappeler à longueur de temps, alors qu’en fait, on a des droits à défendre, on a des stratégies et des formes de mobilisation et d’engagement à créer et à développer concrètement, à imaginer aussi. Et ça nous… en fait ça nous… c’est pas que ça nous empêche, mais ça nous prend de l’énergie et du temps : ce temps qu’on met, justement, dans la défense de notre biologie, alors que c’est censé aller de soi.

    RDG – On pourrait presque penser que c’est une stratégie masculiniste!

    Lilou – Voilà! Et en fait, on est obligées de se battre contre ça, parce que sinon ça prend une telle ampleur, ça colonise tellement d’enfants, notamment, et surtout de filles… qu’on ne  peut pas laisser passer ça. C’est aussi pour ça que ce podcast existe, et c’est pour qu’on parle et que ça se sache, et qu’il n’y ait pas de complaisance, en fait, par rapport à l’idéologie transidentitaire.

    Par rapport à l’acronyme TERF aussi. Je voulais revenir là-dessus, parce que c’est, en fait, une nouvelle forme de dire féminazi, hystérique, folle et compagnie… sorcière, évidemment. Et c’est une insulte en fait, ça, il faut bien le dire, je pense, qui permet de justifier, de banaliser les violences contre les femmes, comme le harcèlement, la diffamation, le lynchage (dont notamment a été victime Dora Moutot pendant plusieurs années et en particulier sur les réseaux sociaux, mais ça va au-delà) et ce n’est pas parce qu’il y a une majorité de jeunes, et même de gens, en général, qui l’utilisent de plus en plus, on le voit partout sur les réseaux, utilisé, en fait à toutes les sauces. Dès qu’en fait, une femme ose critiquer la construction sociale et l’outil d’opression qu’est le genre : BAM! TERF! Transphobe! tada! direct! C’est-à-dire qu’il y a aussi une censure, et c’est là aussi où je voulais en venir : c’est que la censure, elle passe par le fait que les transactivistes assimilent toute critique ou tout questionnement, tout cheminement par rapport à la question du genre, comme de la haine, comme de la peur envers les trans, en utilisant, justement, cette expression “transphobe”, alors que, comme le dit Marguerite Stern également, on ne se bat pas contre des personnes, ce n’est pas du tout l’objectif des féministes radicales. C’est, en fait, c’est toute idéologie qui va à l’encontre des trois des femmes contre lesquelles on s’élève, et qu’on ne laissera pas passer, sous aucun prétexte. 

    Et du coup, pour évoquer la démocratie aussi, en fait le principe même, c’est qu’il existe le droit de dialoguer, de débattre, d’échanger ses idées, de les confronter au sein de la société. Et donc, en fait cette idéologie, elle est contraire à ce principe-même de démocratie, et d’échanges entre les individus. Parce que si on est tout de suite taxée de Terf, de transphobe, on ne peut même pas exprimer ce qu’on a à exprimer. On ne peut même pas argumenter, défendre nos prises de position, expliciter, donner des exemples, parce qu’on est direct censurées. 

    Du coup je voulais évoquer le rassemblement pour l’IVG qui a eu lieu le 28 septembre à Paris, mais également dans d’autres villes. Et comme je l’ai dit tout à l’heure, je suis arrivée à Paris en septembre. J’ai participé à cette manifestation avec les Amazones. Donc en fait, pour établir les faits, on s’est rendues place de la Bastille pour cette mobilisation, à l’occasion de la Journée internationale pour le droit l’avortement. On portait des pancartes relatant nos expériences de l’avortement, exprimant que nous refusons un retour en arrière avec les méthodes des ceintres, et autres, qui sont très dangereuses. Et au bout d’une demi-heure de marche, alors que nous étions en tête de cortège, des adolescentes et des adolescents nous ont repérées, épiées. Ils se sont précipités derrière nous en hurlant “Terf, hors de nos luttes” et “Assez de cette société qui ne respecte pas les trans, les gouines et les pédés. Alors, déjà on peut noter, première chose, c’est que pour les trans, ils disent “trans”, mais pour les lesbiennes et les gays, ce sont des insultes, et donc, en soi, une agression lesbophobe dès le début, contre laquelle nous n’avons rien fait. Ensuite, l’une d’elles a arraché par-derrière une des pancartes, qui disait “Avorter m’a sauvé la vie” qu’une des activistes de l’Amazon brandissait, et les autres se sont rués sur des activistes, dans lequel je faisais partie. Nous sommes aussitôt allées interpeller les organisatrices en leur demandant de faire venir la police. Elles sont restées passives, et nous sommes donc allées chercher la police par nous-mêmes. Par la suite, une organisatrice a dit à l’une d’entre nous, qu’à cause de nous, elles avaient, je cite : “les flics au cul”… Donc ce renversement classique de la culpabilité qui est une technique d’agresseur, on le connaît très bien, et c’est d’autant plus insupportable en manifestation qui se dit féministe, pour défendre un droit si durement acquis. Et donc cette même organisatrice a ensuite arraché le téléphone de l’une d’entre nous pour le donner à nos agresseuses et à nos agresseurs et lui a hurlé dessus, encourageant au passage les agresseurs à se ruer sur la victime. Nous avons ensuite changé de trottoir, et avons demandé au service d’ordre de nous protéger. Certaines organisatrices nous ont dit qu’elles savaient qu’on était toujours agressées… voilà. Mais sont restées passives, et finalement des hommes autoproclamés féministes nous ont poussées et culpabilisées, certains nous ont dit que nous n’avons rien à faire là…

    RDG – En manif féministe!

    Lilou – En manif féministe, tout va bien, voilà! Alors que nous sommes des femmes, directement concernées par le droit à l’IVG, et nous sommes évidemment totalement légitimes à manifester ce jour-là, c’est une évidence. Et en fait, le pire, c’est qu’on est convaincues qu’on est à notre place, qu’on a le droit d’être là, que ce qu’on fait, bah… c’est juste! Alors qu’on essaie de nous faire croire le contraire, en fait, en permanence. Y compris en manifestation! Et ça, c’est quelque chose de vraiment douloureux. Je sais que moi, j’étais sidérée, en fait, juste après le rassemblement, parce que c’est une dissonance cognitive. Tu te dis “Je sais que je suis là pour la bonne cause”. Tu en es complètement convaincue. Mais il y a quand même des gens qui s’infiltrent, qui colonisent nos espaces, qui se font passer, en plus, pour des féministes, et d’autres qui se font passer pour des femmes, qui se croient tout permis. La police, d’autant plus, est à côté. Ils sont là, ils sont dans la rue, ils ne font rien. Le service d’ordre, c’était également… pas ça. Et c’est…

    RDG – En fait, c’est le fameux, comment dire… le fameux panneau de Noustoustes qui disait :  “Terfs, hors de nos luttes!” Littéralement, ils sont en train de faire ça, c’est-à-dire qu’ils sont en train d’exclure les femmes qu’ils jugent des Terfs, hors de nos luttes… C’est-à-dire qu’ils exproprient les féministes des luttes féministes. Et c’est vrai que… ça pique un peu.

    Lilou – Oui. Et pour citer un autre rassemblement qui a eu lieu à Paris, et auquel j’ai aussi participé. On s’est rassemblées en soutien aux femmes iraniennes le 24 septembre, donc quelques jours avant la manifestation pour l’IVG. Et une femme iranienne, quelques minutes après que nous soyons arrivées, s’approche de nous et nous dit : “Vous savez, des non-binaires aussi sont tués en Iran!”  Alors là, on reste bouche bée. 

    RDG – C’était une femme iranienne, tu es sûre?

    Lilou – Il me semble, oui.

    RDG –  D’accord.

    Lilou – Pour moi cette phrase montre à quel point, en fait, cette femme était colonisée par l’idéologie transidentitaire, parce que tout est ramené aux trans, aux non-binaires, aux  genderfluid… et bla bla bla,  alors qu’en fait, on était mobilisés pour les femmes, parce que on est des femmes, et qu’on voulait soutenir nos soeurs en Iran. Et c’est quand même… c’est pareil, en fait, que la manifestation pour l’IVG : c’est nous déposséder de nos propres actions, mobilisations, alors qu’en plus, on reprenait le slogan “Jin, Jiyan, Azadi” des femmes iraniennes qui veut dire “femme, vie, liberté”. Et, en fait, on pensait bien faire, mais apparemment, ça n’a pas été reçu comme un soutien!

    RDG – Là, il ne s’agit que d’une seule femme.

    Lilou – Après, oui c’est sûr. Jusqu’à preuve du contraire, il y a quand même peu, voire pas du tout d’hommes qui sont obligés de porter le voile en Iran, donc le voile est bien un outil patriarcal, et pas un vêtement anodin. 

    On peut également faire un parallèle entre les mobilisations féministes d’aujourd’hui et les luttes, par exemple, qu’ont menées les suffragettes en Angleterre dans les années 1920, par exemple, à propos du droit de vote. Imaginons que les femmes féministes à cette époque-là avaient crié haute et forte qu’elles “se sentaient hommes”, comme le disent les transactivistes aujourd’hui, aucune loi n’aurait permis aux femmes d’être éligibles et de voter. Et donc on en serait encore au suffrage – dit universel – uniquement masculin! 

    Et donc enfin, pour moi ça montre à quel point le transactivisme est absurde et contraire à la défense des droits des femmes basés sur le sexe. Pour répondre à celles et ceux qui croient en une convergence des luttes.

    RDG – La question du droit de vote, le droit à l’avortement, ou demain le droit de ne pas porter le voile, c’est bien basé sur le sur le sexe en fait! 

    Lilou – Et du coup depuis septembre je suis à la à la fac et j’ai constaté que l’idéologie du genre est aussi très présente dans le milieu universitaire, autant du côté des profs, en fait certaines et certains utilisent le mot “genre” pour “sexe” et inversement, donc ça crée un flou, surtout pour la majorité, je pense, des étudiantes et des étudiants qui ne sont pas forcément sensibilisés sur ces questions-là. Bah en fait, ça noie… l’un est utilisé pour l’autre, on ne sait plus la frontière entre les deux. Enfin notamment, en plus je suis en sociologie, donc je me dis que c’est quand même particulièrement problématique. Même au niveau des statistiques :  comment on peut mesurer les inégalités sociales et économiques et les violences commises par les individus si on ne garde pas cette variable du sexe ? Parce que si on la remplace par la variable du genre, et qu’en plus certains individus disent changer de genre tous les jours, toutes les semaines, tous les ans… ça devient hors sol, on n’a plus de statistiques, et on ne peut pas faire des études qui soient scientifiquement correctes et rationnelles, quoi. 

    Ça montre aussi que, du coup, le transactivisme est complètement irrationnel, en plus d’être misogyne, lesbophobe, et contraire…

    RDG –  Et bien sûr derrière les études qu’on ne peut pas faire, il y a toutes les décisions publiques qu’on ne peut pas prendre, de protection. 

    Lilou – Oui, toutes les mesures de protection qui découlent des statistiques établies, varient selon les résultats de ces statistiques, donc qui protéger quand on ne sait pas qui commet les violences et qui les subit? Oui, c’est problématique!

    RDG – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité? Est-ce que tu as déjà subi des pressions ou des menaces, ou est-ce que tu te sens en sécurité? Est-ce que tu peux parler librement?

    Lilou – Je ne me sens pas en danger de prendre la parole sur ce sujet, que ce soit dans mon cercle familial ou amical. Mais néanmoins, je sais que toute femme qui critique ou s’oppose au transactivisme à l’heure actuelle, prend le risque de subir du harcèlement, de la diffamation, ou des menaces. Mais il y a quand même cette question qui me préoccupe toujours : “Allons-nous céder à cette violence?”

    Personnellement, je témoigne sous ma réelle identité, parce que je ne veux ni me taire ni me cacher. 

    Et également parce que j’ai décidé de dénoncer toute forme de misogynie, qu’elle vienne des masculinistes, de l’extrême-droite, ou de ceux qui se prétendent aujourd’hui progressistes, donc les idéologues du genre ultralibéraux. 

    Et tout simplement parce que c’est insupportable de devoir vivre dans une société,  et même dans un monde où les femmes, en tant que classe sociale, sont assassinées, torturées, violées, vendues, harcelées, agressées, humiliées, insultées par la classe sociale des hommes. 

    Et en sachant ce que je sais aujourd’hui, je n’ai plus envie d’être complice de toutes les atrocités que les femmes sont obligées d’endurer au cours de leur vie. Ce n’est même pas une question, en fait. Je ne peux pas faire autrement, quoi!

    Je souhaite aussi témoigner au nom des femmes de ma famille qui sont décédées aujourd’hui et qui ont été silenciées et violentées par des hommes. Parce que je pense que ça joue aussi dans mon engagement aujourd’hui, et que, ouais, mon histoire aussi fait que j’en suis là aujourd’hui, et que je n’aie pas envie de perpétuer ce silence, en fait, qui leur a été imposé. 

    Je comprends tout à fait qu’elles n’aient pas pu parler, que c’était trop dur. Du coup, je me sens aussi responsable de prendre la parole aujourd’hui.

    RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

    Lilou – Oui, du coup j’ai une anecdote.

    En octobre, je suis allée voir un des spectacles qui étaient proposés dans un des théâtres de ma fac, qui était une conférence spectaculaire intitulée “Histoire de graffeuses”, créée et animée par une enseignante d’histoire de l’art et comédienne qui se revendique féministe… et queer. 

    Alors déjà ça m’a fait un peu hausser les sourcils. Je me suis dit “Je vais quand même y aller, et je vais voir comment elle présente les choses.” Elle a donc présenté plusieurs dizaines d’oeuvres de street art réalisées par des femmes au cours des époques de l’histoire. Bien sûr en les nommant,  ça paraît assez cohérent, en insérant des anecdotes de sa vie personnelle de temps en temps… jusqu’au moment où des collages, notamment “Stop féminicides” apparaissent sur la toile du vidéoprojecteur. Et donc, à ce moment-là, j’attends avec impatience qu’elle nomme Marguerite Stern, créatrice des collages contre les féminicides en février 2019 à Marseille, je la rappelle. 

    Mais non. Au lieu de cela, elle enchaîne avec la présentation d’autres œuvres, laissant le doute s’installer chez les spectatrices et les spectateurs : qui a bien pu inventer cette technique des lettres noires peintes sur des feuilles blanches A4, elles-mêmes collées sur des murs de plusieurs villes de France? 

    On n’en sait rien!

    A la fin de la conférence, je me permets alors de m’approcher d’elle et de lui rappeler que, par souci d’honnêteté intellectuelle, bah elle se doit de nommer Marguerite Stern… à part si, bien sûr, elle n’en a pas la connaissance, mais bon, ça me paraissait assez évident.

    Et que de plus, sans Marguerite Stern, les collectives de l’Amazone ne seraient pas nées partout en France, à Berlin, à Londres… et les féminicides n’auraient pas eu la visibilité autant médiatique, et l’impact en fait, sur l’opinion publique qu’ils ont aujourd’hui. 

    Et pour moi, c’est une réalité objective, et donc non discutable en fait. Elle a créé les collages, voilà!

    Pourtant, elle me répond qu’elle a choisi de nommer seulement les artistes qu’elle aime et qu’elle apprécie et justifie cela par la subjectivité de son travail.

    Alors déjà, ça commence à me mettre en colère… et après elle me dit quelque chose comme “Marguerite, avec les positions qu’elle tient maintenant par rapport aux personnes trans, c’est trop violent, c’est transphobe.” N’argumentant en rien ce qu’elle avance, bien sûr. Et pour moi, cela prouve bien qu’elle sait déjà, premièrement, QUI est à l’origine des collages. Parce que quand je lui ai dit “Marguerite Stern”, j’ai vu qu’elle connaissait. Et en plus, elle sait les positions qu’elle tient aujourd’hui. Donc ça prouve bien qu’elle est au courant et en fait, en refusant de dire que c’est Marguerite Stern qui a inventé la technique des collèges comme mode d’activisme radical, aux valeurs bien précises et contre toutes les violences machistes, elle la dépossède de sa création, et participe en même temps à l’effacement des femmes et des féministes de l’histoire. 

    Et pour moi, ça, c’est c’est complètement insupportable.

    Et ces mots m’ont attristée et m’ont mise à la fois en colère, parce qu’oser invisibiliser la créatrice des collages, tout en se prétendant féministe… mais quel culot!

    RDG – Dernière question : est-ce que tu as quelque chose à ajouter? 

    Lilou – Oui j’aimerais rajouter que, malgré la cancel culture, le lynchage misogyne, notamment celui de Dora Moutot, comme je l’ai évoqué tout à l’heure, le harcèlement, la diffamation dont sont victimes de nombreuses féministes radicales en France et même dans d’autres pays, comme JK Rowling, malgré aussi la peur que nous avons, de parler de la réalité des violences que nous subissons chaque jour – parce qu’on est tout le temps culpabilisées – les mascus et les transidentitaires essaient de nous expliquer ce qu’est une femme, alors qu’on est des femmes…

    … malgré tout ça, j’aimerais inviter toutes les femmes qui la peuvent à lutter contre notre oppression systémique par les hommes et les idéologues du genre, aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre. Parce que nous sommes toutes légitimes et surtout, plus nous serons nombreuses à nous mobiliser, à prendre la parole, à initier des actions, à créer des espaces aussi en non-mixité pour les femmes, moins les anti-féministes pourront déverser leur haine sur nous, tant sur les réseaux que dans la vie réelle.

    Car on sait bien qu’ils ne peuvent pas être sur tous les terrains, sur tous les tableaux. 

    Donc c’est ça que je voulais rappeler.

    Et je finirai par une citation d’Andrea Dworkin qui résonne très fort pour moi, qui est une féministe abolitionniste lesbienne brillante que j’aurais énormément aimé rencontrer. 

    Elle dit, s’adressant aux femmes : “Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas.” 

    S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe : 

    http://www.womensdeclaration.com 

  • Rebelles du genre – Épisode 54 – Ana Minski

    Ana – Je m’appelle Ana Minski, je vis en Occitanie et je participe donc à des recherches archéologiques, je suis archéologue en fait, spécialiste des outils de Néandertal. Je suis également autrice sur le site “Les ruminants”, j’écris de la poésie, de la fiction mais aussi des articles d’écologie sur la techno-critique, sur le féminisme également, et je suis écoféministe radicale et j’ai publié également cette année un essai : “Sagesses incivilisées : Sous les pavés, la sauvageresse” aux éditions M Éditeur, dans lequel je retrace depuis le néolithique les techniques pour identifier les techniques de domination et l’avènement du patriarcat.

    Je crois que j’ai toujours été critique du genre. Tout d’abord, de manière plutôt intuitive parce que quand j’étais gamine, je jouais beaucoup plus aux jeux de garçons qu’aux jeux de fille et j’étais pas vraiment adaptée pour le rôle de celui de fille en fait donc très tôt je me suis révoltée contre l’assignation au genre féminin et j’ai lu des féministes, des théoriciennes féministes, j’ai pu comprendre les raisons de cette révolte, distinguer sexe et genre et c’est comme ça que je suis devenue petit à petit écoféministe radicale abolitionniste du genre, de la porno-prostitution et de la domestication en général via toutes les recherches que j’ai pu menées aussi en archéologie notamment. Après, en ce qui concerne mon intérêt pour l’idéologie du genre, ça a commencé en 2016, j’étais sur un chantier de fouilles archéologiques et il y avait une jeune femme qui était là et qui désirait transitionner. Elle s’était renommée avec un prénom d’homme, un prénom masculin, et s’habillait comme un homme. Mais elle ne souhaitait pas s’installer dans une chambre où il y avait des hommes, elle tenait à rester dans une chambre avec des femmes. J’ai passé beaucoup de temps à discuter avec elle, c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser au transgenrisme donc j’ai commencé à m’informer ensuite quand je suis rentrée après la fouille, à échanger avec d’autres personnes et très vite j’ai senti que l’identité de genre était une idéologie qui posait de sérieux problèmes, aussi bien pour le droit des femmes que pour celui des enfants. J’ai alors participé à des traductions de féministes anglo-saxones critiques de l’identité de genre, notamment pour le collectif Tradfem, ce qui m’a permis de comprendre ce qui se passait déjà aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et ce qui pendait un peu au nez quoi.

    RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

    Ana – Alors, cette idéologie est une menace pour les femmes. Déjà, parce qu’elle remplace le sexe par le genre, alors que le droit des femmes est fondé sur le sexe. 

    Le genre, c’est ce qui nous opprime, donc ça paraît un peu problématique de remplacer le sexe par le genre. Le genre, ce sont les différences construites socialement et les stéréotypes associés à chaque sexe biologique, et c’est à partir des attributs visibles à la naissance qu’un nouveau-né sera assigné à un genre, masculin ou féminin, et socialisé en vue de correspondre à ce genre. Dans une société à domination masculine, le genre est donc ce qui permet aux hommes de s’approprier le corps des femmes, que ce soit pour la reproduction, pour la sexualité, pour la force de travail, et le masculin donc est le genre qui domine, le féminin celui qui se soumet. C’est donc un dualisme entre les sexes et comme je l’ai étudié, notamment en questionnant le Néolithique et l’apparition de nouvelles techniques qui apparaissent, c’est à ce moment-là que se met en place dès les premières domestications un dualisme entre hommes et femmes et notamment qu’apparaît une valorisation de la masculinité et de la virilité. Ce dualisme va se consolider avec l’apparition des cités-États. Donc s’identifier à un genre, c’est valider, accepter ce dualisme patriarcal qui est extrêmement violent pour les enfants et plus particulièrement pour les filles et les femmes. Le problème, ce n’est pas le sexe biologique mais bien la construction sociale des individus via le genre. Dans une société patriarcale, tout ce qui est efféminé est infériorisé et méprisé. C’est pour ça qu’en tant que féministe radicale, je suis pour l’abolition du genre et contre l’idéologie du genre.

    Quand on voit des anarchistes défendre cette idéologie, dans les milieux militants c’est assez frappant, c’est d’une incohérence affligeante. Le genre, c’est ce qui a permis l’avènement des États, la réification des individus et l’avènement du capitalisme. Donc moi, je me demande vraiment comment on en est arrivé à vouloir s’identifier à ce qui est à l’origine même des oppressions ?

    Après, au niveau des enfants, c’est également une menace (enfin c’est une menace pour beaucoup de choses). C’est une idéologie vraiment très problématique. Dans le cas précis, en 2016, c’était une femme qui voulait transitionner et il s’avère que ces dernières années on a constaté une explosion du nombre de jeunes filles qui désirent transitionner. Je sais plus si… Je crois que vous aviez reçu une mère du collectif Ypomoni, qui souhaite alerter contre la prise abusive des bloqueurs de puberté des interventions chirurgicales sur les mineurs, etc. Et donc l’explosion de la transition des filles, des jeunes filles, est liée à plusieurs facteurs : une hypersexualisation de la société, une violence masculine qui s’exprime librement sur les réseaux sociaux et une puberté plus précoce. A cause des perturbateurs endocriniens, aujourd’hui, de nombreuses jeunes filles ont une puberté qui commence dès l’âge de 10 ans. Ces jeunes filles doivent donc faire face à un corps qui change, au regard des garçons, des pères, des oncles, des frères, qui change également. Et comme nous sommes dans des sociétés hypersexualisées, des enfants, dès l’âge de 8 ans, peuvent voir de la pornographie, ce qui est très problématique, puisque la pornographie est un viol filmé, c’est d’une extrême violence. Et les filles qui sont confrontées à la pornographie imaginent le sexe tel qu’il est visible dans un film porno, ce qui est quand-même d’une extrême violence et ce qui crée bien évidemment une peur d’être une femme, ça semble assez évident. Certaines féministes parlent donc, plutôt que de dysphorie de genre, de dysphorie pubertaire.

    En fait, dans les années 70, on parlait de dysphorie de genre, c’était pour des cas très rares et c’était essentiellement des hommes, enfin des garçons, et ça commençait très très tôt. Aujourd’hui, ceux qui veulent transitionner, les enfants qui veulent transitionner, sont essentiellement beaucoup d’adolescents. Et à l’adolescence, nous avons toutes été vulnérables psychologiquement, c’est tout à fait normal, ça fait partie de l’adolescence. Sauf qu’à partir de 2006, il y a une explosion des réseaux sociaux qui participent activement au prosélytisme trans et qui donne la sensation à ces jeunes filles qu’elles peuvent appartenir à un groupe, à un mouvement transgressif. Et c’est vrai qu’il est plus facile de s’identifier au genre masculin que de lutter contre les stéréotypes de genre ou contre la domination masculine. Surtout que dans nos sociétés, actuellement, les codes de genre sont transgressés depuis des décennies. Donc c’est pas vraiment si transgressif que ça de changer de genre en vrai, en vérité. Il suffit de voir les chanteurs des années 80, ils jouent tous avec le genre.

    D’ailleurs, je voulais conseiller un documentaire, en quatre parties, de Vaishnavi Sundar : “Dysphorique : Fuir la féminité comme une maison en feu”, qui est disponible sur Youtube et qui décrit très bien comment la féminité est tellement difficile à vivre qu’on préfère la fuir plutôt que d’essayer de lutter contre le patriarcat. Il y a aussi un site que je voulais conseiller, c’est l’Observatoire de la petite sirène, qui veille au discours idéologique sur l’enfant et l’adolescent et sur les impacts des pratiques médicales, l’emprise des réseaux sociaux. 

    Parce que ça c’est un grave problème aussi pour la société, la façon dont sont médicalisés ces enfants qui sont en détresse psychologique et plutôt que de leur apporter un soutien psychologique dont ils ont besoin, on leur propose une médicalisation qui est irréversible et à vie. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de détransitions, je crois que ça tourne autour de 20%, et ces personnes dénoncent le manque de suivi psychologique. Il y a l’affaire Keira Bell par exemple, qui est assez significative, qui a permis la fermeture de la clinique Tavistock.

    C’est dangereux également d’un point de vue démocratique puisque, comme nous le voyons depuis plusieurs années, les femmes qui osent questionner l’identité de genre sont menacées, censurées, des comptes Twitter sont fermés sous prétexte de transphobie. Lorsqu’on rappelle qu’une femme est une femelle humaine adulte, qu’il est impossible de changer de sexe, qu’il est indispensable de maintenir des groupes non-mixtes entre femmes biologiques, on nous menace de mort, on nous dit que nous sommes responsables du suicide des enfants trans par exemple. Pourtant, il n’y a pas plus de suicide chez les enfants trans que chez les autres enfants et la transition ne diminue absolument pas le taux de suicide. C’est un discours culpabilisant qui a pour but de bloquer la réflexion et de censurer toute critique. La réalité, c’est que les agressions contre les trans, les homosexuels, sont le fait des hommes, de masculinistes et que ce sont des actes d’homophobie. Ce ne sont pas les femmes et encore moins les féministes radicales qui agressent et menacent de mort et de viol les homosexuels ou les trans. Donc il y a clairement un problème au niveau démocratique, au niveau de la liberté de parole, où on ne peut pas parler librement de cette question qui pourtant est dangereuse sur plusieurs niveaux.

    Là je vais parler par exemple d’un point de vue écologique. Penser qu’on peut changer de sexe, c’est quand même dénier la réalité biologique du corps. Donc ce déni nous renvoie au refus des limites que nous impose la nature. On rejette notre condition de mammifères, qui est faite de chair et de sang. Nous sommes donc encore dans un désir de maîtrise de la nature, de la biologie, c’est un peu pour ça qu’on a des problèmes environnementaux aujourd’hui. C’est une domination masculine, hégémonique et toxique qui détruit l’environnement parce qu’elle veut le contrôle sur l’environnement en utilisant des méthodes qui ont été expérimentées sur les animaux d’élevage en plus, qu’on va transposer à des enfants donc cette  idéologie participe à maintenir la division entre corps et esprit, ce qui renvoie aussi à celle de nature et culture, donc à celle de féminin masculin qui est au fondement de tous les dualismes et qui permet à la domination masculine de se maintenir.

    Aujourd’hui, on réifie des morceaux de corps, on a des banques de sperme, des banques d’ovules, des banques d’embryons, donc le transgenrisme, la chirurgie de réassignation, les expérimentations pour créer des utérus artificiels, le transhumanisme, tout cela est lié. D’ailleurs, des liens existent entre le transgenrisme et le transhumanisme : je donne l’exemple de Martin Rothblatt qui a écrit De transgenre à transhumains : Un manifeste sur la liberté de forme, qui est un entrepreneur et un avocat très prospère, fondateur de l’United Therapeutics. Il a été plusieurs fois le PDG le mieux rémunéré de l’industrie bio-pharmaceutique et il a participé activement à la banalisation du transsexualisme. Le transhumanisme souhaite créer une espèce supérieure, se libérer des limites de l’incarnation, il ne veut pas autre chose que la disparition de notre propre espèce et malheureusement tous ces enfants sont utilisés pour alimenter les biobanques, ils sont des cobayes, ils sont stérilisés. Je ne sais pas mais vous avez reçu Sophie Robert, je n’ai pas pu écouter le podcast mais j’imagine qu’elle doit en parler, peut-être, un peu, de cette stérilisation des enfants ?

    RDG – Oui. Bien sûr. C’est un épisode remarquable que nous vous invitons à écouter et effectivement, on parle notamment de la castration des enfants.

    Ana – Voilà. Moi je pense que quand on lutte contre le capitalisme, contre la réification et la marchandisation du vivant, on ne peut pas défendre l’identité de genre, c’est tout simplement suicidaire.

    RDG – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité ? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces ? Est-ce que tu as déjà été mise en danger dans ton entourage personnel, professionnel ou est-ce que tu es parfaitement libre et en sécurité pour parler ?

    Ana – Je parle avec mon identité parce que j’écris de toute façon des articles, depuis un petit moment, sur cette question là aussi, que j’ai participé à des traductions, etc. donc j’assume parfaitement mes positions. Après, oui j’ai reçu des menaces, bien évidemment, j’ai été accusée de Terf, de transphobe à plusieurs reprises.

    Je ne suis plus invitée à des événements écoféministes à cause de ça donc là où je vis, c’est un petit bourg de 900 habitants, je voulais constituer un petit collectif féministe et artistique et à cause de cette position, j’ai été écartée donc je suis isolée.

    Il m’arrive, lors de discussions amicales, de sentir aussi que je suis un peu… que je suis jugée, je fais un peu la rabat-joie, je suis même voire limite réac. D’ailleurs, j’ai certaines amies dont je n’ai plus de nouvelles bizarrement… Donc les échanges peuvent être assez stressants. Après, je ne me sens pas menacée, pour l’instant en tout cas. Je ne me sens pas menacée mais par contre, clairement, c’est un sujet qui est délicat pour échanger avec avec certaines personnes, même en fouilles cet été il y a eu des moments où c’était un peu tendu et où j’ai un peu hésité à mettre mon grain de sel, bon finalement je l’ai fait (rires) mais ce n’est pas très agréable quand on reste un mois avec des personnes, une collectivité d’une vingtaine de personnes, et qu’on est considéré comme terf, ce n’est pas super sympa.

    RDG – Je crois qu’on a toutes vécu ça (rires). Ces accusations qui arrivent : “Tu veux tuer les trans !”

    Ana – Oui, c’est ça.

    RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée, concernant la transidentité ou le transactivisme ?

    Ana – On m’avait proposé de participer à un événement écoféministe il y a quelques années et puis après s’être renseigné sur ma personne, on m’a téléphoné pour me dire que c’était un peu problématique parce que ma position par rapport à l’idéologie du genre posait problème. On ne m’a pas retirée du festival mais on m’a demandé de faire profil bas et de ne surtout pas aborder ce sujet et ça, malgré le fait que les organisatrices étaient d’accord avec moi. Mais elles ne se sentaient pas, elles ne pouvaient pas se permettre de gérer un conflit, m’ont-elles dit, avec les transactivistes. D’autres femmes m’ont dit aussi préférer ne pas dire qu’elles étaient Radfems, qu’elles étaient féministes radicales, pour ne pas entrer en conflit avec leurs collègues et risquer de perdre leur poste, notamment dans le milieu artistique. Et là, dernièrement, pour mon livre où j’ai voulu le présenter dans différentes librairies, il y en a certaines qui l’ont refusé après s’être renseigné sur ma personne et parce que j’ai des articles sur mon site qui critiquent la question trans. Voilà, ça c’est les anecdotes sympathiques (rires) qu’on peut avoir quand on est féministe radicale aujourd’hui.

    RDG – Concrètement, la position d’être critique ou abolitionniste du genre amène directement à l’appauvrissement et à la précarisation des femmes féministes, c’est vraiment terrible. Pour les hommes, il n’y a pas vraiment cet effet-là mais pour les femmes, c’est vraiment terrifiant. La marginalisation de leur parole et leur précarisation économique et sociale, comme tu l’as dit dans ton village de 900 habitants, quand-même c’est incroyable.

    As-tu quelque chose à ajouter ?

    Ana – Je voulais d’abord vous remercier pour tout votre travail, de permettre aux femmes et aux féministes radicales de partager leurs analyses, leurs expériences et leurs craintes, de m’avoir accordé aussi ce moment de parole libre parce que je pense qu’aujourd’hui… Enfin je pense… Non, c’est un fait : aujourd’hui, nous sommes silenciées, comme vous l’avez dit tout à l’heure, nous sommes silenciées, nous sommes agressées, nous sommes… Je pense qu’on est un peu toutes en état de choc par rapport à ce qui se passe avec le transactivisme et qu’il faut vraiment qu’on soit le plus solidaires possible, se soutenir les unes les autres et en parler le plus possible pour que les gens soient au courant parce que beaucoup de personnes ne sont pas au courant en fait, ne savent pas du tout en quoi ça consiste exactement ce qui se passe avec les enfants et donc c’est pour ça aussi que je pense que “Rebelles du genre” est un podcast hyper important et que je suis très contente d’y avoir participé.

    RDG – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible.

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  • Rebelles du genre – Épisode 53 – Ophélie

    Ophélie – Bonjour, je m’appelle Ophélie. J’ai 26 ans. Je suis gérante d’un restaurant vegan dans le nord de la France, et je suis ici pour témoigner sur mon rapport au féminisme, comment je suis devenue critique du genre, et l’évolution de mon féminisme et de mes pensées. 

    Alors moi, j’ai eu une enfance assez classique, je dirais, avec des stéréotypes, entre guillemets, “normaux”. Voilà. 

    J’ai appris qu’être une petite fille, c’était un petit peu un ensemble de stéréotypes, et les garçons autour de moi… voilà : pareil. 

    Mais sans non plus être trop dans le sexisme exagéré, on va dire. 

    Je n’ai pas non plus, voilà, trop eu d’introduction au féminisme, et ce que c’était le féminisme, et justement, l’abolition du genre et tout ça… Ce ne sont pas des notions que mes parents, ou que mon entourage m’ont apprises. 

    Je me souviens justement, que dans mon enfance, je n’avais jamais vraiment trop de problèmes avec mon corps, avec mes poils. Dès l’instant où je suis rentrée dans l’adolescence, et que mes copines, elles ont commencé à se raser, à s’épiler, et à se maquiller, moi je n’avais pas vraiment ce besoin et, justement je ne comprenais pas d’où venait ce besoin.

    Et après voilà dans mon adolescence j’avais beaucoup d’idées reçues sur le féminisme, avec avec les Femen, la haine des hommes, des femmes très en colère, avec les cheveux colorés, les poils sous les bras… colorés aussi, et tout ça! Donc une idée assez pessimiste, et très stéréotypée de ce qu’était le féminisme. Avec une forme spécifique, mais sans en comprendre vraiment le fond. 

    Et je dirais que c’est… Donc c’est à peu près il y a 6 ans, j’avais 20 ans, que je me suis vraiment, je me suis vraiment intéressée aux notions de féminisme, et de ce que c’était. Et ouais, vraiment à prendre à prendre conscience de ce que c’était vraiment que le féminisme. 

    Grâce à quoi? Grâce aux réseaux sociaux surtout, donc notamment Twitter et YouTube.

    Twitter : il y avait beaucoup de comptes d’activistes (à l’époque, voilà, c’était du féminisme assez “normal”, entre guillemets) qui m’ont appris  justement les notions de genre et les notions de violence sur les corps des femmes, etc. Donc ça m’a vraiment permis de prendre conscience de tout ça.

    Et sur YouTube, j’ai commencé notamment avec Antastésia qui parlait beaucoup de féminisme, et de… “La Carologie”, également.

    Donc j’ai appris vraiment beaucoup de choses, et en fait j’ai ouvert les yeux sur, à la fois les stéréotypes de genre qui étaient attribués à chaque sexe, et du coup ce qu’on nous demandait, en tant que femmes : les injonctions, les diktats, etc. 

    Sur les hommes également, mais voilà, beaucoup plus sur les femmes, étant donné que c’est un petit peu le sujet.

    Et à la fois les violences, les oppressions qui étaient faites sur nos corps, et ce qu’on subissait en tant que femmes dans le collectif.

    Après, vraiment, j’ai fait le lien. Ça a été comme une révélation, j’ai vraiment fait le lien : je comprends que nos corps sont violentés, qu’ils sont sexualisés, nos corps de femmes… et que les stéréotypes qu’on nous imposent viennent rajouter une couche, justement, sur tout ça. Sur toutes les injonctions et la violence, et que voilà, l’idée c’était de nous posséder…

    Mais voilà : j’ai fait le lien entre tout ça, et moi, mon but c’était justement de prendre conscience des stéréotypes de genre, de les déconstruire, et de pouvoir, vraiment, en avoir conscience, et d’abolir, en fait, toutes ces injonctions qui étaient faites sur nos corps et sur sur nos vies.

    J’ai fait le lien aussi, du coup, entre patriarcat et capitalisme, justement, avec le fait que les stéréotypes nous imposaient des choses sur nos corps qui permettaient d’enrichir la société, avec notamment l’injonction au maquillage, aux vêtements, à la beauté, à l’épilation, etc. 

    Donc vraiment, c’était comme un puzzle qui… chaque pièce s’imbriquait, petit à petit. Où je comprenais le lien entre tout, et vraiment, où j’ai ouvert les yeux, et où j’ai vraiment compris, en fait, c’est à partir de ce moment-là où j’ai compris ce que c’était qu’être une femme. 

    Et où je me suis sentie vraiment femme, pour la première fois de ma vie, c’est en comprenant le lien qui m’unissait à toutes les autres femmes de ce monde, que ce soient des femmes de mon pays, ou d’autres pays.

    Et qu’on avait des oppressions communes, et d’autres qui s’ajoutaient, aussi, en fonction de la culture qu’on avait, le pays dans lequel on est née, et également, voilà, tout le background social et éducatif.

    Ensuite le féminisme est devenu beaucoup plus mainstream. Donc je dirais que c’est ça, il y a environ quoi? Trois ans. 

    Donc à peu près 3 ans après mon entrée, vraiment, dans le féminisme. 

    C’est devenu beaucoup plus mainstream avec, notamment, des comptes Instagram qui se sont vraiment développés : des comptes sexos, libération de la sexualité, libération des tabous, on a commencé à parler des règles, on a commencé à parler de “bodypositive”, la charge mentale sur les femmes… 

    Beaucoup de comptes ont “poppé”, comme ça. 

    Moi, j’avais déjà un pied dans le féminisme. 

    Je n’ai pas découvert ce combat via Instagram et le développement de ces comptes-là, mais j’étais contente de voir que ça se démocratisait et, pour moi, c’était que du positif, parce que ça la parole s’étendait. Instagram est un réseau social qui est utilisé par, aujourd’hui, toutes les générations, dont les plus jeunes. Pour moi, ça part de la jeunesse pour pouvoir déconstruire le plus tôt possible toutes les injonctions et reconnaître les violences qui nous sont faites. 

    Je n’avais pas encore eu vent des différents mouvements féministes. Je commençais à entendre parler du fait qu’il y avait plusieurs féminismes mais je ne comprenais pas cette idée là. Pour moi, le féminisme, c’était abolir le patriarcat, donc abolir les stéréotypes de genre, et arrêter les violences faites sur nos corps. 

    Donc je ne comprenais pas trop cette notion. 

    Et ensuite, j’ai voulu aller un petit peu plus profondément dans ces notions féministes qui étaient un peu trop en surface : c’est-à-dire “mon corps, mon choix”, où chaque femme fait ce qu’elle veut sans remettre en question, vraiement, pourquoi on faisait ces choix là, par exemple, de l’épilation. J’avais besoin d’aller plus dans le fond et de me dire : “Oui, mais pourquoi fait-on ces choses là?  Et si on se posait la question, est-ce qu’on le ferait vraiment?” 

    J’ai essayé de creuser un peu plus et c’est là que j’ai découvert que les notions d’intersectionnalité, avec la convergence des luttes, la convergence entre sexisme et classe sociale, sexisme et “race”, la grossophobie… 

    J’ai compris que le sexisme, à lui seul, englobait beaucoup de hiérarchies différentes, et la notion de privilège également est arrivée. 

    Je me suis rendue compte de la notion de privilège, pas seulement de masculine sur le privilège féminin, mais également la notion de privilège à l’intérieur du féminisme. 

    Ça m’a beaucoup parlé, liens entre écologie et féminisme, le racisme, également le validisme, l’homophobie, la lesbophobie, étant moi-même concernée étant donné que je suis une personne bi.

    Ça a été une deuxième “révolution” pour moi. J’ai encore plus ouvert les yeux sur les luttes et les personnes oppressées par le système oppressant.

    C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte encore plus du tronc commun qui unissait les femmes du monde. Le tronc commun, c’est nos corps, c’est le corps des femmes. Les violences qu’on subit sont sur nos corps. Mais il y a des oppressions supplémentaires qui s’ajoutent en fonction de notre classe sociale, de notre “race”, avec ce tronc commun : “Le sexisme, c’est nos corps qui sont utilisés, qui sont violentés, qui sont objectifiés, sexualisés, etc.”

    Je suis consciente de ça depuis le début. Mon but, c’est d’abolir le genre depuis le début. Je dirais que je suis critique du genre depuis les prémices de mon féminisme. 

    C’est un peu parti en cacahuètes après, quand, dans l’intersectionnalité, j’ai entendu parler de transactivisme et de convergence des luttes entre sexisme et femme cis/femmes trans, et la différence entre le cisgenre, le transgenre. 

    Forcément, je m’y intéresse et j’écoute les concerné.es, parce qu’on nous dit d’écouter les concerné.es. 

    J’ai vraiment intégré les discours qui stipulaient qu’être une femme cis, c’était être beaucoup plus privilégiée qu’une femme trans, parce que convergence des luttes,  intersectionnalité, une femme trans vit à la fois la transphobie et le sexisme. J’étais là : “Oui oui… Ça fait sens… Intersectionnalité, tout ça…”. 

    En fait, leur discours commençait à invisibiliser totalement la violence qui était faite sur nos corps. 

    Je me suis imprégnée de leur discours et je me suis un petit peu détachée du concret. Alors que pour moi, c’était la base depuis le début : la violence qui est faite sur nos corps. Et la notion de genre a commencé à prendre le pas sur la notion de sexe, de biologie. 

    Donc moi-même, en tant que femme “cis” (aujourd’hui, je ne le dis plus. Je suis une femme. Point.), je me sentais privilégiée par rapport aux femmes trans, sans même poser les faits : c’est-à-dire que moi, mon corps, je l’ai depuis la naissance et les oppressions que je subis, je ne les ai pas choisies. Et dans tous les cas, je suis une femme. Je ne l’ai pas choisi. Quoi qu’il en soit, le réel rattrapera toujours l’abstrait. Mon corps sera ciblé, parce que j’ai un corps de femme. 

    Et après, il y a eu tout le discours transactiviste qui a commencé à pointer du doigt les féministes radicales nommées “Terfs” : Dora Moutot, Marguerite Stern et Antastesia. 

    En fait, ça a commencé avec Antastésia, parce que je la suivais depuis le début, j’étais vraiment très intéressée par ce qu’elle disait. Je trouvais toujours ça très concret et ça me parlait. Elle avait fait une vidéo où, justement, elle réfutait les accusations qui lui étaient faites sur le fait qu’elle était transphobe parce qu’elle avait osé dire qu’être une femme, c’était lié à la biologie et à pas grand chose d’autre, que les stéréotypes de genre ne définissaient pas ce que c’était qu’être une femme. 

    Et je me suis renseignée des deux côtés: j’étais d’accord avec ce qu’elle disait dans ses vidéos et, sur Twitter, je voyais les gens qui disaient “Antastésia : transphobe, terf…”.

    C’était assez virulent. C’était jamais vraiment constructif. 

    Je voyais les gens dire : “ Il faut cancel Antastésia parce que c’est une terf”. 

    Les gens répondaient : “Ah bon? Elle a dit quoi?”. 

    La personne en face répondait : “ Je ne sais pas ce qu’elle a dit, mais j’ai entendu que c’était une terf, alors il faut la cancel.” 

    Super. 

    Vraiment, l’argumentaire, on repassera…

    De moi-même, j’ai fait mes recherches et j’essayais toujours d’être dans la nuance et je comprenais pas pourquoi elle était si décriée, si insultée… 

    Donc après Antastésia, il y a eu d’autres féministes radicales qui ont osé prendre la parole, notamment Marguerite Stern, Dora Moutot. Et en fait les idéologies et les discours transactivistes prenaient tellement le pas sur les réseaux sociaux (et peut-être sur les personnes que je suivais à l’époque parce que j’étais persuadée que c’était le discours à avoir et que c’était “le bon féminisme” à avoir) que je n’ai pas réellement cherché à aller voir ce que disait Dora et Marguerite dans le fond, parce qu’elles étaient tellement insultées et vraiment considérées comme des mauvaises personnes, des mauvaises féministes que dès l’instant où on osait même dire : “ Peut-être que je vais aller me renseigner sur ce qu’elles disent”, ou même le faire soi-même… Moi, je ne me sentais pas d’aller voir leur contenu parce que je me disais que ce n’était pas la bonne chose à faire et que j’allais être une mauvaise féministe.

    Donc j’ai fait l’erreur de “cancel”, dans le sens où je ne les ai pas suivies, je ne voulais pas les suivre. 

    C’est vraiment là que s’est installé le discours transactiviste qui prend le pas sur tout. Tout le monde commence un peu à partager en story les trucs transactivistes, LGBT, queer et compagnie dans leurs stories, sans même trop comprendre ce que ça voulait dire. Mais ça faisait bien de partager ces idées-là, parce que c’était les idées mainstream. 

    Le discours transactiviste a pris un peu le monopole du féminisme mainstream qui, de base, expliquait juste les bases du féminisme. Et on a bien vu ce que ça a donné après, avec l’invisibilisation du mot “femme”, pour le remplacer avec les termes de “personne menstruée”, “personne à utérus”, etc.

    Mais en fait, je me rendais compte que les discours transactivistes n’allaient pas avec mon idée de base du féminisme qui était d’abolir le genre et, surtout, de dénoncer les violences qui étaient faites contre nos corps. Donc j’ai commencé à nuancer mes pensées en allant me renseigner de l’autre côté, et en me rendant compte que j’étais plus d’accord avec les personnes qui étaient cancel de la place publique. 

    À me dire : “ Ouh là là… Soit j’ai un problème… soit j’ai un problème!”

    Je me disais que le problème, c’était moi. 

    Je me suis dit : “ Il faut absolument que je me remette les idées en place, que je me renseigne et que j’écoute les concernés, parce que ce qu’ils disent c’est vrai et c’est moi qui ait un problème.”.

    J’ai fait ce qu’ils ont dit, j’ai écouté les concernées. Il s’avère que ça a juste confirmé encore plus mon idée de base du féminisme et que je me suis, à ce moment là, beaucoup plus rapproché du féminisme radical, et beaucoup (beaucoup, beaucoup) plus éloignée de toutes les idées queer, transactivistes, libérales, et cela grâce au fait que j’ai écouté les personnes trans. 

    Je ne veux pas compter le nombre d’heures que j’ai passées à regarder des vidéos (Youtube c’est génial, c’est une mine d’or, on peut y voir de tout). 

    Et j’ai écouté les personnes trans nous parler de leur transition, de leur histoire, de comment elles ont fini par transitionner, pourquoi elles ont transitionné, qu’est-ce que c’est pour eux être une femme, être un homme…

    J’ai passé des heures à écouter des dizaines, voire peut-être même des centaines de personnes (peut-être que j’abuse, mais en tout cas des grosses dizaines de personnes), pour me dire : “ C’est moi qui ai un problème. Si je les écoute, ça va me remettre dans le bon chemin.” 

    Et en fait, au fur et à mesure des témoignages, je me suis rendu compte que le seul tronc commun que toutes ces personnes transidentifiées avaient, c’était que, pendant leur enfance, elles ne se sentaient pas en adéquation avec le genre qu’on leur a soi-disant “assigné à la naissance” (le genre avec lequel on les a tout simplement éduquées, à cause de leur sexe). 

    Et que ça leur a créé une forte dysphorie, un fort mal-être (ce que je peux entièrement comprendre parce que les stéréotypes de genre tuent), et que leur transition a commencé par là. 

    C’est le seul tronc commun parce qu’à part ça, il n’y a aucun point commun entre toutes ces personnes, étant donné qu’on se base sur un ressenti ultra personnel, qui passe au-dessus des faits réels, des faits matériels et des faits biologiques. 

    Donc un ressenti personnel qui prime sur tout, et qui est surtout différent entre toutes les personnes.

    Donc j’ai entendu des personnes transidentifiées parler d’être nées dans le mauvais corps. 

    D’autres qui disaient que la biologie et le genre n’avaient absolument rien à voir et qu’il ne fallait surtout pas dire qu’on était né dans le mauvais corps. 

    D’autres qui faisaient une transition médicale avec prise d’hormones, “réassignation sexuelle”, vaginoplastie et compagnie. 

    D’autres qui refusaient ça parce qu’elles se sentaient bien, dans leur biologie à elles. 

    Bon au final, à chaque fois, ça finissait toujours par une transition médicale. 

    Ça, c’est un autre truc en commun. 

    Au fur et à mesure d’écouter les personnes, ça finissait toujours par une transition médicale. 

    Donc on revient au point de vouloir se retrouver “biologiquement” dans le genre opposé. 

    Je me disais : “ Il y a trop de contradictions. Je ne comprends pas.”. Mais je me suis évertuée, je me suis dit : “C’est moi qui ne suis pas assez ouverte.”

    Pendant tout ce temps-là, ce n’est pas que je mettais de côté la réalité des faits et de la violence, et des oppressions subies sur nos corps de femmes. Mais je me disais que ce n’était pas ce qui primait, que ce n’était pas ce qui me définissait en tant que femme. 

    Moi-même, à ce moment là, je me suis perdue dans ma propre définition de femme. 

    Dans tous les cas, j’ai fini par m’intéresser à ce que Marguerite Stein, Dora Moutot et les féministes radicales, en général, disaient. Et leur discours, je me suis retrouvée dedans. 

    Ça a pris beaucoup de temps, jusqu’à ce que je lâche prise sur le fait que je fasse partie du “mauvais camp”, parce qu’à côté je voyais encore, sur Instagram et les réseaux sociaux, le féminisme mainstream ultralibéral, pro “TDS”, avec la prostitution, les “travailleurs du sexe qui choisissent”, et les paillettes… 

    J’avais toutes ces contradictions, et je me suis beaucoup plus retrouvée dans le féminisme radical qui ne dit pas plus que les faits, c’est-à-dire : la violence sur le corps des femmes, les stéréotypes qui les appuient, mais en aucun cas, être une femme n’est de l’ordre du ressenti et d’arborer des stéréotypes qui feraient qu’on est des femmes.

    On en arrive à aujourd’hui, où je n’ai plus peur de parler et j’ose prendre la parole pour justement affirmer mes idées, parce que ça a mis du temps avant que j’affirme mes idées et aujourd’hui c’est le cas.

    Donc aujourd’hui je suis juste retournée aux prémices de mon féministe d’il y a 6 ou 7 ans, à savoir être critique du genre, à vouloir abolir le genre et supprimer les violences faites sur le corps des femmes à cause de notre biologie. 

    RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie? 

    Ophélie – Cette idéologie, c’est une menace, selon moi, pour les femmes, avant tout, parce qu’on invisible totalement le fond du problème et pourquoi le féminisme existe, pourquoi le sexisme existe. 

    Le tronc commun au sexisme, c’est des corps de femmes qui sont utilisés, qui sont violés, qui sont excisés… 

    On nous invisibilise et la notion de genre prend le pas sur la notion biologique, alors que la violence, elle, est matérielle. 

    Les stéréotypes de genre sont là pour appuyer cette violence matérielle, mais la violence est factuelle, elle est sur nos corps. 

    On parle de ressenti aujourd’hui dans le transactivisme mais à aucun moment on ne rappelle que c’est le vagin qui est violé, ce sont nos corps qui sont objectifiés, qui sont infantilisés, les deux en même temps. Qui sont utilisés pour le marketing, ce sont nos vulves qui sont mutilées. Ce sont les femmes en Inde, ou dans d’autres pays du monde, qui ne naissent même pas parce qu’elles sont de sexe féminin et, avant même leur naissance, on interrompt la grossesse parce qu’elles vont être des femmes. 

    On oublie aussi tout ce qui est plaisir sexuel, relation hétéro (la base dont on parle depuis le début). Le plaisir sexuel des femmes est oublié au profit de celui des hommes : c’est bien parce que c’est celui des femmes, du fait des corps que l’on a. 

    Les personnes menstruées (comme ils disent), c’est nous qui subissons les violences gynécologiques, par exemple, les viols et autres violences gynécologiques. 

    On ne parle pas de l’ordre du ressenti. On parle de faits, de faits matériels. 

    Tout ce qui est contraception, qui est attribuée à la femme, parce que ce sont nos corps qui subissent ça. Ce sont nos corps et notre charge mentale, en même temps. L’endométriose, dont on n’a pas parlé depuis des années, aujourd’hui, on se réveille un peu. Mais pourquoi? Parce que c’est quelque chose qui concerne le corps des femmes. Et tout ça on l’oublie. 

    Aujourd’hui, c’est vraiment la notion d’abstrait qui ne prend même pas le pas sur le concret, mais ça écrase le concret. Et l’abstrait devient une vérité universelle et le concret devient flou et devient remettable en question, alors que l’abstrait, hors de question de la remettre en question. 

    Sinon, on est transphobe, “Au bûcher!” et compagnie… Ça me fait penser du coup au film de Arthus-Bertrand qu’il a réalisé (note : le film est sorti en 2019.) en 2017. Le film s’appelle “Woman”. Il a pris le témoignage de femmes de plus de 50 pays du monde, toutes avec des cultures différentes, des éducations différentes, des richesses, des couleurs de peau… Juste, le tronc commun est qu’elles sont (et nous sommes) toutes des femmes. Elle parlaient de leurs oppressions, de leur vie et des violences qu’elles subissaient, au niveau des mariages forcé, les agressions sexuelles, les viols, l’excision, le vitriolage (qui consiste à jeter de l’acide sur le visage des femmes pour se venger de choses qu’elles auraient faites), et après la maternité, la sexualité, les règles et tout…

    Et en fait ce film m’a bouleversé. Quand je l’ai vu à l’époque, (bon je sais qu’aujourd’hui, Arthus Bertrand, il y en a beaucoup qui auraient à redire sur lui) le film est magnifique. Il m’a fait me sentir encore plus connectée aux femmes du monde de par le point commun qu’on a toutes, en dehors de tout l’aspect social, sociétal, culturel, le tronc commun qu’on a et qui nous revient en pleine figure dans tous les cas parce qu’on a pas le choix de l’avoir (et la société nous fait bien rappeler que notre corps leur appartient). 

    Je ne peux pas m’empêcher de me dire, qu’aujourd’hui, c’est un film qui serait considéré transphobe parce qu’il parle des oppressions vraiment matérielles et que ces oppressions sont oubliées, invisibilisées. À aucun moment dans le film on ne parle de ressenti. Enfin, si. On a le témoignage des femmes avec leurs émotions, mais on parle vraiment des faits concrets qui, aujourd’hui, ne sont plus au premier plan des combats féministes, visiblement. 

    Rebelles du genre – Ben fait c’est aussi simple que le fait de ne pas mettre au premier plan les témoignages des femmes trans! Donc voilà, tout simplement. Rien que pour cette raison, c’est un film qui doit aller au bûcher. Aujourd’hui, on a tout un tas, par exemple, de jeux féministes… je ne sais pas, là moi j’ai tout un tas de jeux féministes… enfin, prétendument féministes. En fait, pour qu’ils soient diffusés aujourd’hui, ils collent dedans des “femme trans” : des hommes. C’est-à-dire que là, j’en ai un qui s’appelle “L’oracle féministe”, bon ben il y a un ou deux mecs glissés dedans, voilà. Et puis, évidemment, pour faire bonne mesure, il y a aussi une ou deux prostituées. 

    Et c’est partout pareil : dans tous les livres que tu lis, chaque fois que la femme qui écrit quelque chose elle ne veut pas être cancel, eh bien elle est contrainte de faire ça. Par exemple, je lis un livre de Rupi Kaur qui est une poétesse canadienne d’origine indienne. C’est magnifique, ça me tire des larmes quand je lis ce qu’elle écrit. Et paf, page 162, crac, il y a une phrase : “Les femmes trans sont des femmes.” Point. Ensuite, elle repart sur son… sur tout. 

    Et en fait, moi, je le comprends comme une sorte de prise en otage de cette poétesse qui sait que, si elle ne veut pas avoir d’ennuis, elle est obligée de verser sa soulte. Voilà. Donc elle a fait une page qui dit : “ Les femmes trans sont des femmes.” 

    Point. 

    Quand je l’ai lu, j’avais envie de pleurer, je me suis dit : “ Encore une qui a été obligée de le dire.”

    C’est comme quand tu es gamin, et tu en as un autre qui t’empêche de passer, il te dit “péage” et tu dois dire un mot de passe.

    Et en fait aujourd’hui, le mot de passe pour être visible dans les médias c’est “Les femmes trans sont des femmes”. 

    Voilà, c’est le mot de passe.

    Ophélie – Visible dans les médias et visible de la bonne façon. Parce qu’aujourd’hui, des Stern, Moutot, elles sont visibles mais elles sont cancel.

    RDG – Mais elles ne sont pas visibles. Parce que si tu regardes, ce sont des femmes de gauche et elles ne sont visibles dans aucun média de gauche. Aucun média de gauche. 

    Il faut être clair : les médias qui, aujourd’hui, acceptent notre parole ne sont pas les médias de gauche. 

    Donc en fait il y a une sorte d’OPA sur la gauche par des gens qui sont en fait des ultra libéraux et qui font taire les femmes. Voilà.  

    Donc on ne peut pas dire que Dora ou Marguerite aient réellement la possibilité de s’exprimer quand leur seul choix c’est de parler… soit tu vas parler à  Valeurs Actuelles, soit tu vas parler à… je n’en sais rien, moi…

    Bon, après, moi, tous les médias indépendamment de Valeurs Actuelles (il ne faut pas exagérer non plus) ont absolument le droit d’exister, ce n’est pas la question.

    Mais si tu veux t’adresser à un public large, il n’y a aucune raison que les médias de gauche interdisent la prise de parole. 

    Je veux aussi parler de la tribune qu’avait écrite Pauline Arrighi, il y a deux ans, qui disait : “Suffit-il de s’autoproclamer femme pour en être une?”

    Et elle a été publiée dans Le Huffington Post deux heures. 

    Et au bout de deux heures, Le Huff a retiré la tribune en s’excusant, et en disant que c’était contre leurs standards, que la transphobie ne faisait pas partie de leurs valeurs… C’était juste, pourtant, une question qui méritait d’être posée : est-ce qu’on est vraiment une femme quand on déclare qu’on est une femme? 

    Et finalement il y a Marianne qui a quand même accepté de diffuser cette info.
    Et je dirais que Marianne c’est à peu près le seul média aujourd’hui dans lequel les femmes critiques du genre peuvent encore s’exprimer. 

    Ophélie – Et puis surtout que les féministes radicales soient associées à l’extrême droite systématiquement! Transphobie et extrême droite du coup, enfin systématiquement, donc je sais pas il y a pas de juste milieu, il y a pas de nuance, il y a pas de… c’est soit blanc soit noir et vraiment c’est… 

    RDG – Alors qu’on est dans de l’ultra libéralisme en fait! Donc la gauche aujourd’hui, la valeur centrale de la gauche, c’est l’ultra libéralisme : la liberté du renard libre dans le poulailler libre. Autrement dit : on veut que les hommes puissent accéder librement aux toilettes, aux vestiaires et aux prisons des femmes! 

    Mais qu’est-ce que c’est ça? C’est quelle liberté, celle qui permet d’opprimer les opprimées? 

    Ophélie – Non mais en plus, ça fait le lien avec ce que je ce que je voulais dire juste après : j’ai parlé justement, de toutes les violences qui étaient faites sur nos corps, mais il faut pas oublier que c’est leur corps à eux qui nous violentent! Voilà! on parle de ressenti, et tout ça… mais c’est un corps violenté par un autre! 

    C’est leurs pénis qui nous violent, c’est leurs mains, c’est “leur puissance masculine physique”, et leur supériorité physique qui prend le pas sur nous,  qui nous violente, qui prend le pouvoir. 

    C’est, encore une fois, c’est leur pénis qui nous viole! 

    Donc ça c’est oublié, ça c’est oublié…

    C’est pas un ressenti homme envers un ressenti femme. 

    Et ça je sais pas, en fait, je n’arrive toujours pas à comprendre comment, aujourd’hui, ça peut être la pensée universelle, qui floute totalement toutes les réalités matérielles, toutes les réalités concrètes, et que tout le monde soit ok avec ça, ou du moins pas tout le monde, mais que ce soit vraiment la pensée mainstream… 

    Je n’arrive toujours pas à comprendre!

    Ensuite, c’est un danger pour les enfants, évidemment. 

    Je pense même que c’est un danger autant pour les enfants que pour les femmes en réalité. 

    Parce que, selon moi, la déconstruction des stéréotypes de genre, elle doit se faire dès l’enfance, ça voilà depuis le début de mon féminisme j’en suis consciente, qu’on a beaucoup de facilités à intégrer des choses et beaucoup plus de difficultés à les déconstruire après en étant adulte, en ayant vraiment intégré des idées qui sont considérées normales, normées. 

    Donc selon moi, ça passe par l’éducation, tant familiale, que scolaire, et aujourd’hui à l’école tant dans la cour d’école, on va intégrer l’idée que les femmes, enfin les filles, les petites filles, c’est pas celles qui ont des corps de petites filles et les petits garçons c’est pas ceux qui ont des corps de petits garçons…

    Et à la fois on va encore plus insister sur les stéréotypes de genre qui aujourd’hui divisent les filles et les garçons et qui justement aboutissent à encore plus de violences et encore plus de sexisme des hommes sur les femmes! 

    Et en fait, pour moi voilà : le but du féminisme et de l’abolition du patriarcat, c’est quand même l’abolition du genre, et aujourd’hui on est en train de le développer encore plus! 

    Cette notion de genre est justement la différence entre une fille, sociétalement et un garçon, sociétalement. 

    Parce qu’on entend aujourd’hui que la dysphorie du genre bah ça existe, oui ça existe, je pense que ça a toujours existé. Moi en tant que petite fille des fois je me disais que c’était peut-être pas normal que j’aime pas porter des robes parce que j’étais censée porter des robes et que du coup est-ce que ça fait de moi une vraie petite fille, féminine… etc. Ça ne veut pas dire que j’étais un garçon pour autant!

    Heureusement! Mais aujourd’hui, voilà le discours il tend vraiment à “si tu as une dysphorie de genre, ce n’est pas à cause des stéréotypes qui sont ultra ancrés, c’est justement parce que ces stéréotypes sont en train de te dicter qui tu es”.

    Je ne  sais pas. On en vient à nous dire que notre corps, il n’ a rien à voir avec notre genre social, mais en fait, tous les enfants qui ont des dysphories de genre, c’est justement des dysphories liées au corps… Et après, même les personnes transidentifiées qui prônent le discours du “biologie n’est pas égale à genre, et ça n’a rien à voir”, elles finissent toujours par faire des transitions médicales, prendre des hormones, être contentes de voir que leur passing il est bien dans la rue, qu’elles passent pour des femmes, pour des hommes… parce qu’en fait sans leur passing bah… la réalité biologique les rattrape, et ça reste leur corps. Et quels que soient les vêtements qu’elles mettent ou les coiffures qu’elles ont, si elles mettent du maquillage ou du vernis, voilà, nos corps restent nos corps et le passing pour moi, c’est vraiment de la surface.

    Oui pour les enfants pour ces raisons-là, et moi si je fais le parallèle, du coup, avec l’enfance que j’ai eue et déjà les stéréotypes qui étaient pas mal ancrés.

    On entendait souvent le terme de “garçon manqué” et puis on l’entend encore, on l’entend encore pas mal. Mais vraiment, il y avait ce terme de garçon manqué pour les filles pas assez féminines, justement.

    Moi dans mon féminisme, je me suis toujours battue contre ce terme qui est complètement dégueulasse en disant “déjà on n’utilise pas le terme “fille manquée” mais garçon manqué, pourquoi? Parce que tu n’es pas assez féminine, que tu n’arbores pas tous les stéréotypes de genre féminin?” Aujourd’hui on ne dit plus “garçon manqué”, on dit “homme trans”, en fait! 

    Parce que pour moi c’est la définition-même. Un garçon manqué aujourd’hui, c’est un homme trans, une femme qui va se transidentifier, parce que… si tu ne te sens pas en adéquation avec les stéréotypes féminins, bah ouais, il y a moyen qu’en fait, au fond de toi, tu sois un garçon. Et on dit que c’est au fond de toi, parce que ça vient du ressenti, du plus profond, et que les personnes “cis” ne peuvent pas comprendre ce que c’est, être trans. Mais d’un autre côté, toutes les personnes que j’ai écoutées parler de leur transition et de leur transidentité, et de leur rapport à la transidentité, c’était toujours lié à des faits de société. Enfin s’il n’y avait pas de genre, si la notion de genre n’existait pas, il n’y aurait pas de transition. Et ça, voilà, c’est c’est des discours qui sont tous plus contradictoires les uns que les autres dans le transactivisme… mais c’est leur ressenti, donc il faut qu’on ferme notre gueule et que… enfin nous, on n’a rien à dire en tant que personnes “cis”, et encore plus en tant que femmes cis, qui sont limite coupables des crimes,  de ces crimes sur les personnes transidentifiées, les “femmes trans”, donc les hommes transidentifiés.

    RDG – Par définition, on est coupable de tout, de toute façon! Principe de base : les femmes, et en particulier les féministes, sont coupables de tout.

    Ophélie – Pour la société, alors… C’est un danger pour la société, parce qu’en termes de définitions, de chiffres, de faits, de statistiques, plus rien n’est, plus rien n’est réel, en fait! On ne peut plus se baser sur ce sur quoi on se basait depuis des années. Donc les faits n’existent plus. Tout devient flou et plus rien n’est mesurable, de la même manière.

    Donc ça c’est un grand danger.

    Pour la démocratie, évidemment, parce que aujourd’hui penser, ne serait-ce qu’un petit peu différemment, ou remettre en question les idéologies mainstream (je dis Mainstream mais du coup c’est les idéologies libérales transactiviste, queer, et de façon plus générale pro “travail du sexe”, pro prostitution et pornographie, aussi) penser ne serait-ce qu’un petit peu autrement, c’est… c’est être vraiment dans le mauvais camp. Donc il n’y a pas de juste milieu. La parole elle est très fermée, alors que c’est censé justement… enfin c’est des personnes qui se disent justement très ouvertes, et dans l’inclusivité pour tout le monde, à base de pronoms et de termes, voilà, de non-binarité, etc.

    Enfin, au nom de l’inclusivité, on est en train de fermer la bouche de beaucoup de personnes, et dont les femmes qui, justement, prennent enfin la parole et sont enfin écoutées depuis plusieurs années, même si voilà, c’est un combat très lent, très lent à aboutir. 

    Il n’y a plus de place, en fait, pour la remise en question, pour la nuance. On pense en fait, se déconstruire sur des schémas de société, des injonctions, en allant justement dans ce féminisme, et dans cette idée de théorie du genre, de queer etc. Mais on s’enfonce, en fait, dans d’autres dogmes qui nous enferment. 

    Et en fait c’est… ouais bah c’est, comme beaucoup d’autres femmes l’ont dit dans ce dans ce podcast, et j’avais peur de… j’avais peur d’utiliser ce terme, au début, parce que je trouvais ça un peu abusé, mais en fait non : c’est sectaire. Parce qu’en fait, on s’enferme et on est pris par les discours, on n’écoute pas les discours des autres. Parce que c’est considéré être le mauvais camp, donc on cancel, sans même… sans même regarder ce que les autres disent, parce que moi, c’est ce qui m’est arrivé au début, et je pense que c’est le cas pour beaucoup d’autres personnes. Et du coup, où est la nuance, où est la liberté de parole? 

    Voilà. Enfin, je veux dire, traiter de transphobe quelqu’un qui va juste remettre un petit peu en question l’idée du genre et de la transidentité, et tout ça, c’est injuste et c’est dangereux. C’est dangereux, parce qu’il n’y a plus aucune place pour la liberté de parole.

    RDG – Aujourd’hui qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est-ce que tu perçois un danger, ou est-ce que tu te sais complètement en sécurité pour parler librement?

    Ophélie – Alors, comme je le disais juste avant, moi, j’ai mis longtemps à affirmer mes idées déjà, à me sentir légitime, et à ne pas me sentir une mauvaise personne, de penser ce que je pensais, justement à cause de tout le féminisme libéral, qui prend le pas (“féminisme libéral” entre guillemets) qui prend le pas sur tout autre forme d’idées, notamment le féminisme radical. Donc j’ai longtemps eu peur de parler et de me faire… de me faire cancel, ou de d’être considérée comme une mauvaise féministe. Alors que bon, je sais très bien que, enfin ce qui fait mon féminisme, c’est la bienveillance et l’ouverture d’esprit, et le fait de pouvoir permettre à tout le monde d’être qui il veut être, tant les femmes que les hommes, d’ailleurs. Donc en abolissant les stéréotypes de genre.

    Et aujourd’hui j’en ai marre, parce qu’en fait juste je reviens aux bases de “pourquoi je suis féministe” et je ne vois aucune violence dans ce que je pense, dans mes propos, et je trouve ça très injuste de la part des personnes transidentifiées de dire qu’on les tue, qu’on est des personnes abjectes, qu’on mérite le bûcher…

    Et la forme de discrimination, de harcèlement en ligne là, qui est mis sur toute pensée qui pourrait remettre en question la leur. Elle installe un climat de terreur, de peur. D’où le fait aussi que je comprenne que ce soit dur d’en sortir, parce qu’on est dans une société où c’est bien vu de faire partie d’un groupe et, quand un groupe qui est supposé avoir la pensée universelle, la bonne pensée, on n’a pas trop envie d’en sortir, parce qu’on a envie d’être intégré à la bonne pensée. 

    Mais, aujourd’hui, je suis convaincue de mes idées. Je n’estime pas être une mauvaise personne et je n’ai pas non plus de personnes dans mon entourage qui pourraient être directement blessées par ce que je dis, dans le sens où je ne connais pas de personnes transidentifiées. Ni mon entourage familial, ni amical n’est concerné par ça. Ce serait beaucoup plus remis en question si j’avais des chances de blesser plus directement quelqu’un que que j’aime profondément. 

    Je ne dis pas que mes paroles ne blessent personne, dans le sens où j’avais peur de parler pendant longtemps parce que ce sont des paroles qui sont considérées transphobes par une grande partie de la population. 

    Mais aujourd’hui, j’ose parler, je trouve ça très important de remettre les points sur les i, et de faire passer un message à toutes les femmes qui sont dans le dans le silence, qui n’osent plus rien dire parce que leur parole vont être transphobes, qui ne comprennent pas trop non plus vers quel chemin le féminisme va. Je voudrais être une parole, une voix en plus qui leur dit “Mais n’ayez pas peur et parlons tous ensemble”. Il faut revenir aux bases.

    C’est aussi parce qu’aujourd’hui je refuse d’être mise dans le même panier que des personnes transphobes, parce que je suis certaine que ça existe, des personnes haineuses, comme les homophobes, les racistes… Il existe des personnes transphobes, mais remettre en question l’idéologie des transactivistes, des queers et du féminisme libéral, ce n’est pas être transphobe. Mais justement, la prise de parole, c’est vraiment de pouvoir affirmer ça. 

    Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’aurait marqué concernant la transidentité ou le transactivisme?

    Ophélie – J’en ai plein. Au fur et à mesure de mes écoutes de témoignages vidéos, podcasts, articles, réseaux sociaux des personnes concernées (donc des personnes transidentifiées), j’ai pu noter tellement, à la fois, de contradiction et, à la fois, de paroles absurdes, et même dangereuses, pour certaines.

    Ça a commencé avec Olivia Ciappa, anciennement Olivier Ciappa, qui a beaucoup parlé de sa transition sur les réseaux sociaux et qui la médiatise beaucoup, notamment son épilation, pour être une vraie femme, sans aucun poil. (moi à l’heure actuelle, j’ai des poils sous les aisselles, je suis à deux doigts de transitionner!). 

    Olivia dit qu’il faut souffrir pour être belle, il a souvent dit ça dans ses stories depuis sa transition. Ça, c’est vraiment un terme pareil que “garçon manqué” qui m’horrifie, qui m’horripile. Il faut souffrir pour être belle, c’est pour moi une phrase qui banalise toutes les injonctions sur le féminin, sur les femmes, qui banalise tout le patriarcat, et qu’une personne transidentifiée, se considérant comme femme, puisse se réapproprier cette phrase et la rendre normale, légitime, moi ça me ça me fait peur. 

    Il y a eu d’autres trucs, je ne dirais pas marrantes, mais des choses absurdes. 

    Par exemple, il y a Océan. (Je me fais du mal). J’ai regardé toute sa série de vidéos sur sa transition. Il y a plusieurs saisons. Il a fait ça un peu sous un documentaire. J’ai regardé pour voir ce que ça disait. 

    Tous les moments avec sa mère ou il ne fait que la reprendre sur les termes qu’elle utilise, et le fait qu’elle le considère ou non comme son fils ou sa fille. 

    Il n’y a pas de place pour l’incompréhension du fait que c’est très dur à comprendre, leur notion de transidentité, étant donné que chaque ressenti est différent. Une personne va te dire que son ressenti est comme ça, et l’autre comme ça. Et les gens en face ne savent plus trop quoi dire. Il y a cette sorte d’air hautain qui fait que si tu n’as pas compris et que tu dis un mot de travers, tu es considérée comme la pire des personnes.

    Bref, dans son reportage, il était avec son groupe de copains, toutes des personnes transidentifiées (je crois que c’était tous des hommes transidentifiés) et ils se faisaient des sessions de testo, de piqûres de testo groupés. 

    A un moment donné, il y en a un qui a dit : “Tu veux ma fin?” et vraiment j’ai regardé mon écran, je me suis “ Attends, il y a vraiment dit?”. Le “ Tu veux ma fin de testo?”, c’est le nouveau “Tu veux ma fin de clope, ou la fin du joint?”. 

    On est quand même en train de parler d’une modification corporelle qui est, je crois, irrémédiable à partir de l’instant où on commence. Je me suis dit que ça devient la normalité, les prises de testo, en soirée, ça devient une normalité. C’est super dangereux. 

    Ça me fait penser aussi à une vidéo d’une personne transidentifiée qui a fait une vidéo avec son petit frère, qui devait avoir 10 ou 11 ans. C’est Laura Badler sur Youtube. Elle posait des questions à son petit frère en disant “ C’est quoi, pour toi, une personne trans?”. On voyait que son petit frère était perdu, qu’il essayait de ressortir les paroles que son frère transidentifié lui a dit sur ce qu’est être une personne trans). Le petit frère était perdu. Je me suis dis qu’on est en train de niquer tous ses repères (ce que c’est d’être une femme ou un homme).

    De façon plus personnelle, j’ai fait plusieurs manifs féministes pour les violences sexistes. J’en ai fait plusieurs et à chaque fois je faisais des pancartes. Aujourd’hui, mes pancartes seraient considérées transphobes, alors qu’à l’époque j’étais super fière de ce que j’avais fait. Il y en avait une, la première, où j’avais écrit “ tu connais le patriarcat ? C’est mortel !”. J’ai fait le haut de “mortel” en forme de vulve et en rouge pour démontrer la violence. 

    Tout le monde l’avait adorée d’ailleurs. J’étais trop contente de mon “jeu de mots”, un peu dérision. Même pendant ma période où j’adhérais un peu aux idées des transactivistes), je me disais que ma pancarte était transphobe. C’est pas bien ce que j’ai fait, j’ai pas inclus les personnes trans.


    Dernière anecdote, moins marrante. Il y avait une manifestation à Genève. 

    Je l’avais vue passer par la Carologie sur les réseaux sociaux parce qu’elle y avait participé ( elle a vraiment plongé dans l’ultra libéralisme et le transactivisme). 

    J’avais lu un article sur cette manif où il avait été déconseillé aux femmes “cisgenre” de manifester les seins nus parce que ça pourrait offenser les “femme trans”. C’est à ce moment-là, vraiment, que j’en ai eu marre d’avoir peur de parler. 

    Je me dis “ Ça, ça passe, et ce que je pense ne passe pas”. Interdire aux “femmes cis” de manifester les seins nus alors que nos corps sont politiques, que nos seins sont politiques, que j’ai compris pourquoi les Femen faisaient des actions avec les seins nus et les mots écrits sur leur corps… Je me dis “On est en train de faire taire les femmes”. Encore une fois, on utilise leur corps et on leur dit quoi faire de leur corps. C’était vraiment considéré normal dans l’article.

    La Carologie a partagé ça, en étant ok avec ça, alors qu’il y a encore quelques années elle manifestait les seins nus dans la rue parce elle-même elle est archi-consciente que nos corps sont politiques, que c’est un moyen de passer des messages. 

    Pareil, un podcast d’un mec transidentifié qui disait que son passing devenait de plus en plus OK dans la rue et qu’ il était content de se faire harceler parce qu’il passait pour une meuf.

    RDG – C’était pas Olivia qui disait qu’il était heureux d’être harcelé dans la rue?

    Ophélie – Non mais ça ne m’étonne pas.

    RDG – C’était qui? Je l’ai vu ça.

    Ophélie – C’était un podcast d’un mec qui a parlé de sa transition sur plein d’épisodes, j’ai écouté et à un moment donné il parlait de son passing et de la rue. Il disait : “ Je suis contente de me faire harceler”.

    RDG – Mon dieu… Contente d’être harcelé…

    Ophélie – Je me disais putain, mais ta gueule, franchement… Surtout que s’il n’avait pas fait son passing, il ne se ferait pas harceler, ça on est obligées de le dire.  C’est leur passing qui fait qu’il se font harceler, parce qu’on les prend pour des femmes biologiques. 

    RDG – Ils jouissent de notre oppression. Ils jouissent littéralement de leur oppression. C’est des autogynéphiles, ça les excite et ils jouissent de ça. C’est un truc de fou.

    Ophélie – Voilà, des petites anecdotes comme ça… À la fois marrantes et pas marrantes. Dangereuses même.

    RDG – As-tu quelque chose à ajouter? 

    Ophélie – Oui, j’aimerais juste revenir sur l’histoire des passing et des contradictions qui sont au sein du transactivisme et des transactivistes eux-mêmes. On parle de ressenti et on nie totalement les faits concrets et biologiques. Il y a tellement de contradictions à la fois entre ce que eux disent de leur propre parole, c’est-à-dire de vouloir faire la différence entre biologie et genre social, mais de quand même aboutir à des transitions médicales qui transforment leur corps et qui les amènent à avoir des euphories de genre, etc. Enfin voilà, c’est… à chaque fois tout ce qu’ils disent dans leurs vidéos, dans leurs témoignages etc. Et à la fois il y a tellement de contradictions entre, justement, chacun son ressenti sur la transidentité, et ce qu’est être un homme ou une femme. 

    Du coup, il n’y a vraiment plus aucun point commun si on met toutes les personnes transidentifiées autour d’une table, et qu’on leur dit : “Ok, parlez-nous de vos ressentis, de ce que vous subissez, de… voilà.” Bah tout sera différent. Donc en fait, quel est le point commun, quel est le tronc commun entre vous tous, si ce n’est juste le fait que vous avez un ressenti personnel. Et ces personnes-là vont nous dire à nous, les femmes, c’est quoi être une femme pour toi? Ils pensent avoir l’argument et la question, vraiment qui vont nous clouer le bec, en disant : “Mais et toi? Qu’est-ce qui fait de toi une femme, en fait?”

    C’est simple : le tronc commun, c’est nos corps. Et quelle que soit la manière dont on s’habille, la façon dont on se coiffe, et tout ce qu’on arbore, et même ce qu’on voudra cacher ou pas, en fait, c’est nos corps qui seront ciblés. Et quoi qu’on en fasse, ce sera le cas. Donc ce n’est plus du tout une question, enfin c’est une question à laquelle je peux répondre aujourd’hui si jamais on me la pose, parce que, du coup, une autre de leurs questions c’est : “Mais qu’est-ce que ça vous fait à vous, personnellement, les femmes, quoi, les femmes “cis”, ça vous fait quoi personnellement?” 

    Mais ils répondent souvent à notre place en disant : « Ça ne vous fait rien. Ça ne change rien à votre vie, donc, en gros, fermez-la et laissez-nous vivre, et laissez-nous exister. Parce que vous nous tuez.” 

    Enfin, voilà. Bref. 

    Et, moi j’ai envie de leur répondre : “Mais nous, personnellement, si!  Ça nous fait quelque chose. Parce que ça continue de nous invisibiliser, d’invisibiliser les violences qui nous sont faites.” 

    Mais en fait, on pense collectif, justement. Et moi, je pense à toutes mes sœurs du monde entier, en fait, qui subissent la même chose que moi, à plus ou moins grande échelle. J’ai d’ailleurs la chance, dans ma vie, de n’avoir subi que des micro-agressions, et de ne jamais avoir subi plus, alors que je sais que c’est un peu monnaie courante et que j’ai de forts risques de connaître ça dans ma vie.

    Et, eux c’est vraiment une… Ils sont étriqués, justement, dans leur ressenti personnel, sans penser à aucun tronc commun qui pourrait les unir. Parce qu’en fait, désolé : ils se disent unis, mais il n’y a rien qui les unit. Encore une fois, demain on les met à la même table, il y en a un qui va dire qu’il se sent femme, que c’est une femme, mais qu’il garde sa bite, son pénis de femme. L’autre qui va dire : “Non, moi je suis né dans le mauvais corps et j’ai besoin de faire une transition médicale.” L’autre qui va dire que la biologie ça n’a rien à voir avec le genre mais qui va quand même prendre de la testo ou des oestrogènes, et qui va… 

    Enfin, tous leurs discours sont contradictoires, et il n’y a aucun tronc commun.

    Donc je ne peux plus admettre qu’on me dise que je ne suis pas légitime de dire ce que c’est qu’être une femme en le vivant, en le vivant moi-même. 

    Et je rebondis aussi sur le fait que les femmes entre guillemets “cisgenre” sont aujourd’hui considérées comme l’ennemie des transactivistes, des personnes trans, et l’ennemie du féminisme, du coup – parce que le féminisme est devenu transactiviste parce que, voilà… – j’entends à longueur de journée “Mais c’est les femmes cis, en fait, c’est vous qui perpétuez, dans tous les cas, les stéréotypes de genre depuis toujours. Donc arrêtez de nous dire de ne pas le faire, parce qu’en fait, c’est à cause de vous qu’on le fait!” Et donc moi, à ça je réponds aujourd’hui : “Mais donc on est en train d’oublier toute l’oppression justement, du système et patriarcal et capitaliste qui nous met une pression de ouf sur les épaules qui nous met des injonctions à base de publicités, à base de marketing, de radio, d’affiches sur les réseaux sociaux, partout! Pour nous dicter, justement, quoi faire de nos corps pour qu’on soit des vraies femmes, et que on soit justement acceptées dans la société!” Donc moi, depuis le début, justement, j’ai appris à déconstruire le fait que, même les femmes qui arborent les stéréotypes féminins ne sont pas fautives de ça, parce qu’elles en sont victimes. Moi j’ai appris ça depuis le début, j’en suis convaincue. Donc aujourd’hui j’ai arrêté de mettre la faute sur les femmes, et aujourd’hui on nous… on inverse, en fait, l’ennemie. Moi, dans mon féminisme, je me suis rendu compte que je m’étais trompée d’ennemi, quand j’ai réussi à déconstruire mon sexisme intériorisé. Je me suis dit ok, je me suis trompée d’ennemi. Je me suis rendu compte, mais en fait là, aujourd’hui, c’est nous les ennemies, c’est les femmes. Et ils nous ont choisies, en fait. Enfin, voilà : ils ont choisi leur ennemie et la boucle est sans fin, en fait. On revient à nous invisibiliser, à nous dire de nous taire, à nous dire qu’on n’est pas légitimes. Et voilà, en fait : on oublie, on en vient même à dire que le féminisme radical, il rapporte les femmes au corps, et que justement c’est ce que les féministes depuis la première vague essayent justement de ne plus faire. Et en fait, sous couvert de féminisme, voilà… suffragettes, Simone de Beauvoir et compagnie qui ont lutté, depuis le début, pour nos droits.

    Mais en fait, ces femmes-là, elles n’ont jamais nié la réalité biologique, justement. Elles ont ouvert leurs bouches en disant : nous ne sommes pas que des corps pour procréer. Nous sommes beaucoup plus que ça. Nous avons les mêmes droits que les hommes. Mais à aucun moment elles n’ont nié la réalité biologique et la violence qui était faite envers nous. 

    Donc en fait, là, on est en train de changer d’ailleurs le discours… on est en train de changer de discours, de changer les livres, de changer les manuels, voilà. 

    Enfin… et ça me fait penser aussi, du coup, peut-être, je ne sais pas si c’est dans les anecdotes sur le transactivisme, mais j’avais vu que agressively trans  s’était offusqué du fait qu’on veuille remettre les clitoris dans les manuels scolaires, parce que ça oppresserait les femmes trans. Alors que c’est un combat depuis des années justement, d’arrêter d’invisibiliser le corps des femmes, et de enfin mettre ce clitoris là où il faut, c’est à dire le montrer, parce qu’il existe, et que depuis des années, on ne le montre pas. On dit qu’il n’existe pas et aujourd’hui, certains hommes transidentifiés disent : “Non, en fait il ne faut pas le mettre, parce ça nous oppresse, nous.” Donc même dans les manuels scolaires, on va on va finir par avoir des personnes à vulve, et personnes à pénis dans les manuels scolaires, en oubliant, en omettant totalement le terme de femme et d’hommes. 

    Et tout le monde pourra se proclamer qui il veut,  donc…

    RDG – Sauf si on se bat! Sauf si on se bat et si on gagne! On va quand même se battre avec la dernière énergie pour que ça n’arrive pas, vraiment!

    Ophélie – Non mais voilà on se bat pour que le clitoris soit dans les manuels scolaires, et des hommes disent : “Non, il ne faut pas le mettre, parce que ça nous oppresse.” La boucle est bouclée. Il y a vraiment…

    Donc voilà. Je voulais juste finir par ce que je viens de dire sur nous, les féministes, on s’est trompées d’ennemi pendant longtemps, et on a arrêté de mettre la faute sur les femmes, et aujourd’hui, c’est nous l’ennemi. Mais il est choisi, l’ennemi quoi. Ils ne se trompent pas d’ennemie. Ils l’ont choisie.

    RDG – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe.

    womensdeclaration.com

  • Rebelles du genre – Épisode 52 – Andréa

    Andréa – Je m’appelle Andréa, j’ai 19 ans. Je vis en région parisienne mais je suis née en Alsace à Colmar. Je suis étudiante en photographie et je témoigne aujourd’hui pour me faire entendre sur la question du transactivisme car, malheureusement, je trouve que les stories sur Instagram aujourd’hui ne sont plus suffisantes, et que ce n’est qu’une toute petite partie du militantisme pour faire avancer les choses. 

    J’ai commencé à me revendiquer féministe vers mes treize ans, à peu près à la même période durant laquelle j’ai commencé à m’intéresser à l’écologie et à la cause animale. Mais en réalité, cette révolte contre les injustices dans le monde, et plus particulièrement celle liée aux femmes, a existé très tôt en moi, sans forcément mettre de mots dessus.

    Par exemple, quand j’étais petite, je ne comprenais pas que le rose soit associé aux filles et le bleu aux garçons. Ça me paraissait complètement infondé, voire ridicule. 

    Quand j’avais onze ans, j’étais un jour habillée en pantacourt (donc un pantalon qui arrive au niveau des genoux) et mon père a sorti un truc comme: “ Ah, il faudrait peut-être que tu commences à t’épiler les jambes.”. Je ne m’étais jamais souciée de mes poils auparavant et depuis ce jour, j’ai commencé à complexer dessus et à vouloir me mutiler en les retirant. 

    Plus tard, quand j’avais quinze ans et demi, j’ai vite compris, en me renseignant régulièrement sur les sujets féministes, que non, les poils sur une femme ne sont pas sales et que c’est normal d’en avoir à la puberté. J’ai donc décidé d’espacer énormément mes épilations, ce qui faisait que, par période, on distinguait pas mal mes poils, ce qui s’est accompagné de critiques et de remarques. 

    Autre exemple, quand j’avais à peu près seize ans, j’étais déjà beaucoup dans le militantisme, notamment sur Instagram. J’ai publié une photo de moi torse nu (et bien évidemment avec les tétons censurés pour éviter la suppression), en expliquant dans la légende de la photo qu’il n’y avait rien de vulgaire à ce qu’une femme soit torse nu, que c’est très injuste qu’on ne dise rien aux hommes, que le corps d’une femme n’est pas sexuel. 

    Ma mère l’a très vite appris et elle m’a dit que c’était vraiment pas bien ce que j’avais fait, que c’était de l’exhibition. J’ai alors répondu que non : quand mon père ou mon frère se mettent torse nu en public, ça n’a pas l’air de poser problème à qui que ce soit. Et en général, quand un homme se met torse nu en public, on ne va rien dire, même si légalement c’est interdit. Mais dans les faits, ce n’est pas quelque chose qui est reproché aux hommes. Elle m’a rétorqué que ce n’était pas pareil et à partir de ce moment-là, je n’ai jamais autant été révoltée. Je me suis donc davantage renseignée sur le féminisme. Ça a été un déclic pour moi.

    Un an plus tard, quand j’avais 17 ans, je fréquentais un garçon de mon âge qui se revendiquait ouvertement féministe. Les poils ou même les règles, ça ne le dégoûtait pas. Je me sentais en sécurité avec lui. Et pourtant, un jour, il m’a doigtée sans mon consentement alors que je lui avais dit non, explicitement, bien avant qu’il commence. 

    Et à ce moment là, je me suis dit que si même avec un homme qui se revendique féministe je ne suis pas en sécurité, je ne suis en sécurité avec aucun homme. 

    Toutes ces expériences et plein d’autres que je viens de raconter m’ont poussée à questionner ce système patriarcal et à être féministe.

    A ce stade là, je ne connaissais pas encore les différentes branches du féminisme. 

    Encore en 2020, comme la plupart des femmes de mon âge, je tenais des propos comme “Les femmes trans sont des femmes.”. J’ai été pro LGBT et soi-disant inclusivité parce que je pensais bien faire et que penser autrement que comme ça était problématique. Je pensais réellement que c’était une bonne chose. À tel point que la première fois que je discutais avec une féministe radicale sur Instagram, Pauline, une photographe, je l’ai unfollow car ce qu’elle me disait remettait totalement en question ce que j’avais entendu jusqu’à maintenant. 

    À cette époque, je suivais aussi Dora Moutot, et même si je ne partageais pas son point de vue sur le genre, je continuais de la suivre car elle parlait de plein de sujets qui étaient intéressants. 

    Mon peak trans s’est produit cette année en 2022, lorsque j’ai visionné une interview de Dora Moutot qui expliquait toute la problématique autour des propos qu’elle a tenus de A à Z. J’étais encore pro-trans, mais je me suis surprise à être d’accord avec absolument tout ce qu’elle a dit.

    J’ai donc complètement changé d’avis sur la question du genre et de la transidentité.

    Désormais, je suis d’avis que chacun devrait pouvoir exprimer sa personnalité sans associer ça à un genre, car le genre ne fait que rajouter des cases qui sont, selon moi, non seulement oppressantes, mais aussi divisantes. 

    C’est oppressant car voir des hommes se mettre en talons, se maquiller, puis prétendre qu’ils sont des femmes, est insultant, car ça réduit le fait d’être une femme à des stéréotypes qui nous oppressent. Car, encore aujourd’hui, en tant que femme, lorsqu’on ne remplit pas tous les critères stéréotypés qui nous sont associés, nous pouvons nous prendre des remarques du style : “Tu te délaisses.”. 

    Je trouve que c’est divisant et les cases de la communauté LGBT en général le sont. 

    De plus, on ne peut pas “se sentir” quelque chose qu’on n’a jamais été. C’est matériellement et scientifiquement impossible. 

    Pour les trans activistes, être femme ou homme ne sont que des concepts. Sauf que le sexe n’est pas un concept mais une réalité. 

    Alors oui, je reste d’avis que les personnes trans existent et que leur malheur est bien là. Je ne leur souhaite en aucun cas de se faire harceler. Et bien sûr, ces personnes ont besoin d’aide. 

    Malgré ça, le mouvement transactiviste est encore aujourd’hui gorgé de beaucoup de contradictions. Par exemple, on dit beaucoup qu’une personne transgenre est née dans le mauvais corps. Du moins, c’est ce que certaines personnes trans prétendent. Alors qu’en même temps, ils disent que ce sont deux choses distinctes. 

    Il y a plein de petites contradictions comme ça dans ce mouvement en général. 

    C’est toutes ces raisons qui m’ont amenées à être féministe radicale et non juste féministe “intersectionnelle”, comme certaines personnes peuvent le nommer, ou “libérales”. J’ai vraiment envie de me battre pour les droits des femmes jusqu’au bout. Et malheureusement, aujourd’hui, le genre est un obstacle aux droits des femmes.

    Je pense que cette idéologie est une menace pour les femmes car elle les empêche d’avoir des espaces spécifiquement réservés à elles. Même dans certaines prisons, des violeurs qui se prétendent femmes se retrouvent dans les mêmes cellules que des femmes. À partir de ce moment-là, la sécurité des femmes, qui n’était déjà pas acquise, régresse. 

    Si tout le monde peut se prétendre femme, alors les statistiques sur les femmes et les violences faites aux femmes sont totalement faussées.

    Aussi, dans le sport, le transactivisme est un problème car des femmes se retrouvent en compétition avec des mâles qui se prétendent femmes. Donc l’issue des résultats n’est plus du tout juste. S’il y a des catégories basées sur le sexe, ce n’est pas pour rien. 

    C’est une menace pour les lesbiennes, car refuser de coucher avec un homme transidentifié est vu comme transphobe, alors qu’on parle bien d’orientation sexuelle et pas d’orientation de genre. 

    C’est une menace aussi pour les enfants, notamment les adolescents, car c’est toujours une période très difficile, l’adolescence, au niveau du rapport au corps, au niveau de l’acceptation de soi. N’importe quel adolescent qui est un peu perdu pourrait mettre ce mal-être sur le dos de la transidentité en voyant sur les réseaux sociaux que se sentir mal dans son corps, c’est probablement de la transidentité, alors qu’il y a plein d’autres raisons qui peuvent pousser les adolescents à se sentir mal avec leur corps. 

    Dans le pire des cas, ça peut les inciter à prendre des hormones dans le dos des parents. Parce qu’aujourd’hui, avec internet et certaines associations trans, c’est hyper facile de se procurer des hormones sans autorisation parentale. Et c’est même normalisé qu’un enfant prenne des hormones, même avec l’autorisation parentale, alors qu’il y a un âge légal pour se faire tatouer, par exemple. C’est bien parce qu’il faut attendre une certaine maturité pour prendre une décision qui aura un impact définitif sur sa vie et sur son corps.

    Je pense aussi que c’est un danger pour la société car on change les définitions des mots. Et de façon générale, si un mot peut englober tout et n’importe quoi, plus rien n’est clair, ça devient le flou total. 

    Maintenant, quand on va voir un psy pour dysphorie de genre, c’est facile d’avoir accès à une transition hormonale et physique. C’est devenu la solution par défaut, alors que la dysphorie peut être due à plein d’autres choses. 

    Et de façon générale, je trouve que prendre des hormones, c’est se déconnecter de sa vraie nature, et surtout c’est super dangereux. 

    Donc n’il y a même pas seulement que les transitions hormonales qui me posent problème, mais la contraception hormonale également. Aujourd’hui, en tant que femme, quand on veut avoir une contraception, ça nécessite souvent de prendre des hormones et donc d’avoir énormément d’effets secondaires. 

    Aujourd’hui, beaucoup de femmes ont de la peine à arrêter la pilule ou à revenir à un cycle “naturel” parce qu’il y a énormément d’effets secondaires et ça modifie énormément le corps. 

    Je suis aussi pour une sorte de retour à la nature par rapport à tout ce que nous ingérons chaque jour dans notre corps et aussi dans le fonctionnement de la société en général.

    Rebelles du genre – Qu’est ce qui t’a décidé à témoigner sous ta réelle identité ? Est-ce que tu as déjà subi des pressions ? Est-ce-que tu as déjà été menacée ou est-ce que tu aurais, éventuellement, rencontré des dangers par rapport à cette question là ? Ou est-ce que, finalement, tu témoignes de façon ouverte parce que tu sais que tu ne cours absolument aucun danger ? 

    Andréa – Je ne pense pas que je cours “aucun danger” dans le sens où, en s’exposant sur les réseaux sociaux avec cette opinion ouvertement, on peut se prendre des menaces, on peut se faire harceler, recevoir des messages de personnes qui, tous les jours, vont nous dire : “C’est pas bien de penser comme ça car c’est transphobe”. 

    Mais j’ai quand même décidé de témoigner sous ma réelle identité car je n’ai pas envie que ça soit un tabou, de simplement rétablir des vérités qui devraient simplement être du bon sens, selon moi. 

    J’estime que je n’ai pas à avoir honte de mes propos. 

    Oui, j’ai déjà subi des pressions à cause de ça. J’ai reçu un message me traitant de transphobe et de plein d’autres noms ignobles, juste parce que je suis critique du genre alors que je n’ai attisé la haine envers personne. Je ne suis pas pour que les personnes trans se fassent harceler. Encore une fois, ce n’est pas du tout mon but. Pour moi, tout le monde est victime de cette idéologie : les personnes qui ressentent la dysphorie comme les femmes, surtout. 

    Mais voilà, j’ai affiché mes opinions critiques du genre et j’ai reçu ce message suite à un débat que j’ai eu avec une ancienne amie, qui n’a pas été d’accord avec moi, qui m’a bloquée, et qui a sûrement envoyé un de ses potes m’envoyer un message pour me faire peur, je pense. 

    J’avais partagé je ne sais plus quel post concernant la transidentité. À partir de là, cette amie a pris connaissance de mes nouvelles opinions (parce que c’est très récent, ça ne fait que depuis cette année que je me considère comme féministe radicale et critique du genre.). Et de là, elle n’a même pas pris le temps d’écouter les vocaux que je lui avais envoyés pour lui expliquer mon point de vue. 

    Directement, elle m’a traitée de transphobe et m’a dit qu’elle était super déçue. Elle m’a bloquée et je pense que c’est un de ses amis qui est venu me contacter par message parce qu’elle est beaucoup dans le milieu militant, dans les manifs pour le climat, dans tout ça… Et je pense qu’elle a un gros réseau de personnes, disons. 

    Au delà de ça, j’ai perdu contact avec une dizaine de connaissances et amies car je suis devenue critique du genre. Ces personnes ont vu que j’étais abonnée à Marguerite Stern sur Instagram, que je re-partageais les posts, et que c’était soi-disant super violent. Alors que, selon moi, ce qui est super violent, c’est qu’on essaye d’effacer le mot femme et que les hommes puissent s’introduire partout où ils veulent juste en prétendant qu’ils sont des femmes. Sachant qu’on se sent déjà pas en sécurité dans la rue, si on peut plus se sentir en sécurité nulle part, ça m’inquiète, tout simplement.

    J’ai aussi un jour publié une story sur Instagram en faisant une sorte de mise à jour des opinions qui avait changé en moi. Il y en avait par rapport au transactivisme, mais aussi par rapport à d’autres sujets sociétaux. Et suite à ça, j’ai perdu plus d’une centaine d’abonnés parce que dedans, bien évidemment, j’expliquais que pour moi, une femme est une femme et que, selon moi, il faut supprimer le genre car il oppresse absolument tout le monde, les hommes comme les femmes. C’est ça le pire, ça oppresse littéralement tout le monde. 

    Et suite à ça, j’ai perdu plus d’une centaine d’abonnés, ce qui n’est en soi pas une grande perte, parce que si ces personnes se désabonnent à cause d’une différence d’opinion, c’est qu’elles ne valaient pas tant le coup que ça. 

    Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marqué concernant la transidentité ou le transactivisme ?

    Andréa – Je n’ai pas forcément d’anecdote à part que j’ai été très choquée de recevoir des insultes de la part de quelqu’un par message. Ça s’est produit qu’une seule fois, mais je n’avais jamais vraiment conscientisé ce que ça faisait de se prendre des insultes à cause d’une certaine opinion, de se faire harceler. J’avais beaucoup vu que Dora Moutot et Marguerite Stern, par exemple, s’étaient faites harcelées, j’en avais conscience. Mais le fait que ça m’arrive à moi, ça m’a énormément choquée. 

    C’est vrai que pendant les quelques jours qui ont suivi ça, j’étais extrêmement stressée. Je me suis dit : “Mais si ça se trouve, ce message va se suivre de plein d’autres messages, de plein d’autres personnes et ça peut prendre une énorme ampleur.”. 

    Moi qui fait de la photo, j’ai besoin de visibilité, aujourd’hui, sur les réseaux sociaux pour promouvoir mon travail. Si énormément de personnes commencent à me “cancel” et essayent de réduire ma visibilité, ce n’est pas bon pour moi professionnellement. Plus tard, étant donné que je veux être à mon compte, la visibilité sur les réseaux sociaux, c’est absolument primordial.

    Au-delà de ça, c’était juste très choquant de se faire insulter comme ça. Ni bonjour, ni rien du tout, mais je me prends juste des insultes.

    Rebelles du genre – As-tu quelque chose à ajouter ?

    Andréa – Oui, je pense que, pour conclure, il faut se libérer du genre et le supprimer à long terme. J’ai conscience que c’est quelque chose qui est super ancré dans la société et que ce n’est pas du jour au lendemain que ça va disparaître. Mais pour moi, il faut tout faire pour le supprimer petit à petit pour qu’il soit totalement éradiqué. On devrait pouvoir se sentir libre de porter ce qu’on veut, de faire le métier qu’on souhaite, peu importe notre sexe. Et ça serait vraiment libérateur pour les femmes et pour les hommes, pour tout le monde en fait, de supprimer le genre. Sauf pour l’industrie pharmaceutique, évidemment, qui a son compte à gagner là-dedans.

    Rebelles du genre – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît, signez la Déclaration des droits des femmes basées sur le sexe

    www.womensdeclaration.com

  • Rebelles du genre – Épisode 51 – Éléonore

    Eléonore – Je m’appelle Eléonore, j’ai 26 ans, je suis belge, je travaille dans l’administration et j’habite à Bruxelles. Je souffre depuis très longtemps maintenant d’un trouble bipolaire de type 1, donc ça veut dire qu’il y a des manies très très hautes et des dépressions très très basses. j’ai des délires et un trouble psychotique un peu annexe, dont on arrive pas tout à fait à déterminer la cause, du coup aujourd’hui je viens témoigner pour démontrer par ma propre expérience, que l’idéologie du genre et le transactivisme, ce n’est pas seulement un danger pour les femmes et pour les personnes LGB, mais c’est également pour les personnes souffrant de maladie mentale, et de troubles mentaux, ou qui sont tout simplement dans une confusion. 

    Rebelles du genre – Bonjour et bienvenue sur le Podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes, pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basées sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe et la raison de notre oppression par les hommes et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons, aujourd’hui, avec fureur, des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits.

    Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent, en général, un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis, elles ouvrent les yeux, constatent sa violence et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre, et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole.

    Eléonore – Moi, au départ j’avais pas vraiment de réticence vis à vis de l’idéologie du genre. J’y pensais même pas en fait pour moi c’était même pas une idéologie pour moi c’était simplement militer pour les droits et la sécurité des personnes trans, donc moi j’avais pas de problème. et j’ai toujours été sensibilisée par les personnes marginalisées et en souffrance puisque je viens moi-même d’ une famille où ma simple existence dérangeait. pas pour les mêmes raisons évidemment, et pas du tout à la même échelle, du coup je pouvais quand même plus facilement compatir. 

    Donc je ne m’opposais pas à ce que je pensais être les revendications des transactivistes pour autant je ne militais pas avec eux puisque j’avais énormément de problèmes à tous les niveaux donc au niveau familial, psychiatrique, psychologique, et j’avais vraiment pas la force de militer pour quoi que ce soit.

    Donc je vais devoir expliquer certaines choses qui n’ont absolument rien à voir…Enfin, absolument… Elles ont à voir avec le transactivisme mais… il n’y aura pas de mention de cette idéologie, juste pendant un petit temps. 

    Je pense que c’est important de comprendre d’où je viens pour comprendre la critique que je vais en faire. 

    Donc, comme je l’ai dit, je viens d’une famille où les relations étaient extrêmement difficiles, très très tendues, et elles étaient marquées par la violence aussi bien verbale, que psychologique et physique. 

    Donc je ne vais pas m’étendre à ce sujet, mais enfin on va dire qu’il y avait des insultes, des accusations infondées, de la manipulation, des menaces, de la violence physique et puis aussi, comme ça on est sûr qu’il  il y a tout, une touche de folie, quoi. 

    Il faut savoir, enfin ça je pense que tout le monde le sait parce que c’est la base de la psychologie, mais il faut savoir que la personnalité et l’identité de l’enfant elle ne peut se forger que si l’enfant se sent en sécurité chez ses parents. et si cette sécurité elle n’existe pas,  montrer qui on est, montrer ce qu’on veut c’est toujours dangereux soit pour l’intégrité physique, soit pour l’intégrité physique. et donc moi ayant vécu beaucoup de violences pendant des années j’ai été incapable de me construire. Parce que c’était dangereux et donc je ne savais absolument pas me forger une idée de qui j’étais, vers où je voulais aller dans la vie, quoi. j’étais vraiment complètement paumée!

    Et à ça, s’ajoutait évidemment mon trouble bipolaire qui est survenu tôt. Et des problèmes  de dissociation et de psychose. J’ai eu, notamment, eu un premier épisode paranoïaque à sept ans. Et comme beaucoup de jeunes filles j’ai aussi souffert de troubles alimentaires,  donc d’un rapport avec mon corps qui était très très problématique, qui a été causé aussi par le fait que ma mère a été danseuse pendant très longtemps, donc pour elle les corps maigres c’était vraiment la base de la beauté, de la beauté féminine en tout cas, et en même temps elle me disait que j’étais pas aussi  féminine que ma soeur donc ben voilà, ça a joué beaucoup joué sur l’image que j’avais moi-même. 

    Donc autant dire que à la fin de l’adolescence, après des années de problèmes, de tout ça en fait, ça n’allait plus du tout, j’ai fait ma première très grosse dépression à 17 ans, j’avais déjà eu des dépressions plus légères, entre guillemets, avant ça, puisque j’ai jamais vraiment été une gamine ni une adolescente très très heureuse… 

    Mais la première très grosse dépression est survenue à 17 ans. 

    Puis j’ai fait une manie à 19 ans, avec délire cette fois. Donc je me prenais pour l’élue de Dieu. 

    Puis j’ai fait une autre dépression à 21 ans en fait avec le même délire, mais à ce moment là ça c’est un peu renversé, il fallait en fait que je me suicide pour rejoindre Dieu parce que “il me rappelait à lui”, entre guillemets.

    Et puis entre ces gros épisodes, il y avait énormément de dissociations.  

    Alors pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’est la dissociation, il s’agit en fait d’un trouble qui est typiquement associé à un stress post traumatique, mais pas que, c’est aussi quelque chose qui est lié à la schizophrénie, par exemple.  

    Et il y a deux types de dissociation : il y a la déréalisation, qui est un sentiment d’étrangeté vis-à-vis du monde extérieur, et puis il y a la dépersonnalisation, qui est un sentiment d’étrangeté par rapport à soi-même. C’est à dire qu’on va regarder nos bras, nos mains, on va regarder nos jambes, notre corps tout entier, et on va se dire : “il me semble étrange, c’est comme si ce corps ne m’appartient pas, comme si j’habitais un corps qui n’était pas le mien…” 

    Même chose pour le visage : moi, je regardais mon visage dans la glace par exemple, et je ne me reconnaissais pas du tout ; enfin,  je ne me reconnaissais pas : on est conscient du fait que ce visage est le nôtre, mais en même temps on ne le reconnaît pas, et en même temps on a l’impression, vraiment, que comme si c’était quelqu’un d’autre qui parlait, quoi. 

    Et ça c’est vraiment un point important et j’ai vraiment envie de le souligner, parce que ça va revenir après. Et donc, en gros la première vraie confrontation avec le transactivisme, ça a été pendant ma première dépression : je souffrais justement d’une énorme confusion mentale, qui est typiquement associée à la dissociation et à la dépersonnalisation, du coup, aussi.  

    Et donc j’avais aussi à ce moment-là un sentiment intense de dépersonnalisation, juste pour expliquer un peu la scène, j’étais couchée dans le canapé du salon j’étais très très inquiète, très très perturbée, et il se trouve qu’à ce moment là, à la télé il y avait un reportage sur la transidentité. Et c’est vraiment quand un interlocuteur trans a commencé à parler de son expérience que ça a commencé

    Il ou elle, je ne sais plus, parlait de sa transition comme de quelque chose de génial qui l’avait complètement guéri, et il prétendait, en gros, que désormais il avait pu regarder en arrière, que le passé était enterré dans un sens, et que c’était plus important. Qu’il était enfin la personne qu’il avait toujours souhaité être, et qu’en gros, la personne qu’il était par le passé, en fait, ce n’était qu’un leurre dans un sens. Et c’est un discours que, je pense, on retrouve beaucoup : cette idée que, tant qu’on n’a pas fait ça transition, on n’est jamais vraiment soi-même, voire on n’est pas du tout soi-même. Et c’est un discours que je trouve assez dangereux, justement pour les personnes qui sont confuses et qui sont perdues à un moment dans leur vie quoi.

    Moi par exemple, j’étais à ce moment-là au fond du trou! Vraiment. 

    Avec des années de violence et de détresse derrière le dos, je n’avais vraiment qu’une seule envie, c’était d’échapper à ma situation, quoi. 

    Et quand on est vraiment en pleine confusion mentale, quand on est en détresse et qu’on n’en peut plus, ce genre de discours, qui ne présente aucune nuance, peut faire penser que la transition, c’est une solution idéale, quoi, parce qu’on change de nom, on change de corps, on change de visage, on change de voix, et on enterre littéralement son passé. 

    Et enfin le “deadname”, au fond, c’est ça : il ne faut absolument pas prononcer le “deadname”, de peur de déterrer tout le passé qui va avec.

    Et déjà là, pour moi, il y a un énorme problème. 

    Parce que, quand bien même j’aurais aimé avoir un passé différent, ça c’est clair, quand j’y pense ça me rend triste, vraiment.  

    Le renier et l’enterrer, c’est prétendre que plus de 20 ans de mon existence n’a jamais eu lieu, quoi! 

    Aujourd’hui, je sais que ce n’est absolument pas sain, et que ce n’est pas quelque chose à faire, qu’il faut accepter ce qui s’est passé et faire avec, mais à l’époque, bah c’était la solution idéale, parce que je ne voulais plus ressentir ou vivre toutes les choses que je vivais ou ressentais à ce moment-là.

    Après, je sais que ce n’est sans doute pas le cas de toutes les personnes trans, mais enfin quand même une très très grosse partie de cette population, il me semble…

    J’étais donc devant la télé, j’avais un sentiment intense de confusion, dans une phase de dépersonnalisation, et à ce moment-là, pour combler le tout, il y a un délire qui a commencé : j’étais convaincue que je voulais changer de sexe, forcément! 

    Et je tiens à préciser : parce que le délire c’est quand même un phénomène assez rare, donc tout le monde ne comprend pas exactement ce que c’est. 

    En gros, il y a une certitude dans le délire, qui n’a rien à voir avec la certitude saine et basée sur la réalité ou les certitudes qu’on a… ça n’a même rien à voir avec une épiphanie par exemple.

    Ça survient tout à coup, ça prend tout le corps en otage, et ça reste pendant des jours, des semaines, des mois! On ne pense qu’à ça! 

    Ou en tout cas c’est toujours quelque part dans sa tête. Parce qu’on est quand même souvent encore capable de… peut-être pas nécessairement de travailler, mais de “fonctionner” normalement.

     Mais…par exemple parler avec les autres, s’intéresser à ce qu’ils disent etc… C’est très difficile parce qu’on n’a qu’une idée en tête quoi.  Un délire c’est ça : ça n’admet aucune contradiction, aucune nuance et le délire refuse totalement la raison, aussi. Bizarrement, quelque chose qu’on retrouve aussi dans le transactivisme. 

    Et je vais aussi préciser qu’en plus l’idée de vouloir devenir un homme ne m’avait vraiment jamais effleuré l’esprit. Je me suis toujours sentie un peu mal dans mon corps parce que j’ai traversé une période d’anorexie, comme j’ai dit. Je n’ai jamais pu accepter mon corps, même encore à l’heure actuelle, à l’époque même si j’étais maigre, enfin j’étais arrivé à 40 kilos et mon objectif c’était d’arriver à 35, donc même à cette époque je me sentais grosse et maintenant que j’ai vraiment grossi à cause des médicaments, parce que c’est malheureusement en effet secondaire très commun, et bien c’est pire encore et c’est très dur ! Parce que peu importe le corps qu’on a, ce n’est jamais suffisant pour une femme. Donc voilà jusqu’à ce moment là ça ne m’avait jamais effleuré l’esprit mais tout à coup, c’était devenu essentiel, il fallait que je change de sexe. 

    Du coup la dépersonnalisation qui était à ce moment-là couplée avec un délire, avec en plus le manque de repère évidemment, parce que voilà je n’avais jamais réussi à me construire, et le fait qu’on m’avait toujours dit que j’étais (par exemple ça c’est un truc que j’ai entendu toute ma vie,  que j’étais)  moins féminine que ma sœur et que du coup, elle avait le droit de porter des robes et moi pas nécessairement, en gros cela a pris de telles proportions que mon corps de femme à ce moment-là me semblait être étranger et pas normal.

    Et si on ne connaît pas mon historique médical, si on ne connaît pas mes problèmes psychiatriques et psychologiques, toute la violence que j’ai pu vivre, on aurait aisément pu conclure que je souffrais de dysphorie, très facilement. 

    Alors que ce n’était pas du tout ça. Et c’est assez bizarre parce que finalement j’avais donc ce délire où j’avais cette certitude qu’il fallait que je change de corps et que je transitionne, et puis dans le même temps, l’idée de couper des parties de mon corps, enfin ça me terrifiait, c’est extrêmement violent en fait de penser à ça !  En réalité avec le temps je me suis rendu compte que ce n’est que l’échappatoire qui m’intéressait. 

    Donc je ne savais pas quoi faire, je me rendais compte, (quand même j’ai eu un petit peu de lucidité), je me rendais compte que c’était quand même pas normal, que je n’avais jamais pensé ça, que malgré le fait que j’étais mal dans mon corps de femme, j’aimais bien être une femme, quand même. Il y a une certaine sororité et des expériences qui nous lient etc…

    Même si bon, se sentir femme, tout ça… donc oui il y a cette sororité qui m’a toujours beaucoup touchée, le fait d’avoir des expériences communes, même si on ne se sent pas nécessairement femme, voilà mais donc je ne vois pas de problème à penser que j’étais une femme, me dire que j’étais une femme. C’était un fait et voilà.

    Donc je me suis rendu compte qu’il y avait un petit peu quelque chose d’étrange et j’ai refusé de parler de tout ça, parce que quand on entend le discours des transactivistes, si on se sent homme ou si on a l’impression qu’il faut qu’on devienne un homme et ben c’est forcément vrai. 

    Alors que pas nécessairement. Parfois on est confus, parfois on ne sait pas où on va, parfois on ne sait pas qui on est. Et donc moi, j’avais tellement peur qu’on me dise qu’il fallait que je m’accepte et que je commence ma transition, que je n’en ai pas parlé. Donc je ne suis pas allée voir un psy ni un psychiatre, je n’ai pas osé en parler autour de moi.

    Sauf à ma mère, bizarrement, je ne sais pas pourquoi. J’en ai parlé à ma mère, à ce moment-là, et elle a eu quand même la jugeote de me dire : “Eléonore, si je devais te ressortir toutes les absurdités que tu m’as déjà dites, il y aura une liste sans fin!” 

    Bon alors, ce n’était pas hyper gentil, parce que voilà, ça faisait référence à énormément de choses sur lesquelles on n’était pas d’accord, mais pour le coup elle a dit quelque chose de vrai, et elle a un peu arrêté ça, elle m’a même un peu sauvée, dans un sens. 

    Ca, c’est vraiment quelque chose, quand même, qui m’énerve de la part des transactivistes, surtout de l’influence qu’ils ont sur l’idée qu’on s’en fait des personnes trans et de la transidentité etc… 

    C’est qu’ on accepte sans nuance, que si on se sent trans, si on se sent du sexe opposé, on est forcément trans ou du sexe opposé. 

    Comme si ces personnes savaient mieux que les autres ce qu’ils vivent intimement et ce qu’il faut qu’ils fassent. Avec leur corps, avec leur vie, avec tout ce qu’ils sont, et ça, je trouve ça vraiment… Enfin, ça me met vraiment très, très en colère, parce que justement, les personnes qui, du coup, vivent ce genre de situation et dans une confusion totale, si elles en parlent, elles seront, soit redirigées vers une clinique du genre, mais en tout cas vers un médecin qui peut leur faire commencer une transition, soit elles n’oseront pas en parler parce que, comme moi, elles auront peur qu’on les incite à transitionner. Donc, d’une manière ou d’une autre, en refusant d’explorer toutes les pistes qui auraient pu amener quelqu’un à vouloir transitionner, on condamne les personnes comme moi à gérer ce problème toutes seules, alors que c’est vraiment extrêmement difficile à vivre.

    Du coup, le délire est parti.

    Puis quelques années plus tard, quand je suis partie de chez moi et que je devais tout à coup faire face au monde toute seule et comprendre le monde toute seule et enfin voilà, c’était vraiment très difficile, je suis retombée dans une dépression très très lourde. Le délire est revenu, et là j’ai quand même osé en parler à ma thérapeute qui était beaucoup plus nuancée sur plein de sujets en réalité, et donc je me suis dit que j’allais pouvoir quand même en parler. Et heureusement, elle a tout de suite compris que ce n’était pas le vrai problème. Elle m’a dit : « Attends avant de tirer des conclusions hâtives, pour l’instant ça ne va pas très bien, tu dis ceci beaucoup donc on va attendre de voir ce que donne la suite et si à ce moment-là tu te sens toujours homme, on pourra peut-être en reparler”.

    Mais effectivement, elle avait totalement raison. Donc quand j’ai commencé à prendre des médicaments pour la bipolarité, parce que le diagnostic n’avait toujours pas été posé en réalité à ce moment-là, donc quand j’ai commencé à prendre des médicaments et à “guérir”, entre guillemets, de tout ce que j’avais vécu,  l’idée et l’angoisse sont partis. C’est vraiment à cause de cette expérience-là que j’ai commencé à douter du transactivisme, en tout cas de certains discours qui sortaient du transactivisme. Mais je restais quand même encore, pendant un certain temps, très en retrait, parce que c’est un sujet sensible, aussi bien pour moi que pour les personnes trans que je n’avais pas envie de blesser, et je ne voulais pas non plus qu’on me traite de transphobe, parce que évidemment ça, on en a toutes fait l’expérience.  

    Et avec le temps, j’ai entendu de plus en plus de personnes en parler, de plus en plus de femmes en parler, dont Antastésia, dont j’ai entendu le témoignage ic,i qui était vraiment super, et elle m’a beaucoup aidée, elle, justement à mettre des mots sur ce que je ne comprenais pas ou ce qui me dérangeait dans ce mouvement. Et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de problèmes avec ce mouvement et qui dépassaient vraiment l’expérience que j’en avait faite. 

    Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à me dire que j’étais comme ces femmes : “critique du genre”.

    Rebelles du Genre – Merci. C’est j’imagine douloureux de raconter ça. Ça fait plaisir parce qu’on voit que tu vas bien donc tu dois avoir un traitement qui te convient, parce que tu m’as dit que tu travaillais etc… Donc tu dois avoir une vie de bonne qualité. Venant d’où tu viens…

    Eléonore – Oui mais pendant longtemps j’ai eu peur de ne jamais être capable de travailler car j’étais tellement crevée à la fin de la journée. Et à la fin du mois, j’étais cassée, tant que je faisais des petits boulots d’étudiants qui duraient un mois, ça allait, mais à partir du moment où j’ai commencé à travailler vraiment, ça a été dur pendant longtemps.

    Rebelles du Genre – Alors je te pose la question suivante : Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie ?

    Eléonore – Alors moi, j’aimerais souligner deux problèmes. 

    J’aimerais vraiment commencer, en fait, par souligner qu’il y a une menace, vraiment, aussi bien pour la médecine que pour la société et ses lois. Et donc par là, la défense des personnes les plus vulnérables. 

    J’ai remarqué, déjà, pendant mes années d’études à l’université que, aussi bien les profs de socio, que mes profs de philo insistaient sur le fait que “la normalité” (entre gros guillemets), c’est un pur construit et qu’on veut enfermer les gens dans des cases avec cette notion. 

    C’est vrai, dans un sens. Mais dans un autre sens, la normalité c’est essentiel, en fait. Parce que comment est-ce qu’on peut faire des lois, comment est-ce qu’on peut traiter les maladies et guérir les gens, si on estime qu’il n’y a pas de normalité ? C’est complètement absurde ! Et c’est quelque chose qui est très présent, je trouve, chez les transactivistes, qui veulent notamment faire passer la transidentité comme un défi des normes sociétales et comme quelque chose qui n’est ni normal ni anormal, puisque la normalité, ça n’existe presque plus, en fait. Dans ce sens-là, ils refusent de penser qu’il puisse s’agir d’un trouble.

     Ce n’est pas un hasard, je pense, qu’ils colonisent les études sur le genre, puisque c’est une notion qui a été élaborée d’abord par la sociologie et la philosophie et que l’idée de normalité est reprise justement dans la notion de genre. Donc moi, mon idée c’est qu’effectivement les normes sont socialement ou intellectuellement construites, et par conséquent elles doivent toujours, dans un sens, pouvoir être remises en question. 

    Par contre, refuser catégoriquement la normalité, c’est vraiment insensé, c’est dangereux. Si on sait qu’un corps est malade, c’est parce que l’on sait à quoi ressemble un corps sain, un corps normal. 

    Si on a des lois pénales, c’est parce qu’on a défini ce qu’est un comportement anormal en société : un pédophile qui agit sur son attirance envers les enfants, c’est un comportement anormal qu’il faut absolument pénaliser, il faut arrêter ce type. Et donc refuser de penser la normalité, ça peut mener à vraiment de grosses grosses dérives je pense, même si ce n’est  peut-être pas leur intention première, j’espère.

     Le problème est qu’effectivement, la normalité est vraiment très difficile à délimiter : il y a toute une sorte de “grey area” comme on dit en anglais, où les comportements sont vraiment très très ambigus à ce niveau : est-ce que c’est normal, est-ce que c’est anormal ? On ne sait pas trop. 

    Est-ce que c’est juste une forme d’excentricité? On ne sait pas. 

    Et donc, où poser la limite ? 

    Finalement, pour les transactivistes, on ne sait pas où poser la limite, donc il y a pas de limite. Alors, moi je pense que c’est important de réfléchir à toute cette zone un peu ambigüe, voir ce qui est normal, pas normal dans cette zone-là, ou si même il y a à mettre une limite dans cette zone-là. 

    C’est important de réfléchir à ces zones ambiguës, mais c’est aussi important d’admettre que certains comportements et certaines idées sont pour leur part indubitablement anormales. 

    Quand je pense, par exemple, qu’il y a des… que les personnes dans la voiture qui est garée en face de chez moi, ces personnes m’espionnent alors qu’il n’y a rien qui puisse le démontrer, l’idée est anormale. 

    Quand j’ai la certitude, par exemple, d’être enceinte, alors qu’on avait mis un préservatif, que je continue à avoir mes règles, que mes tests de grossesse sont négatifs, cette idée n’est pas normale. 

    A ce moment-là , on n’est plus dans l’ambiguïté, on sait sans aucun doute qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qu’il y a un trouble. Et donc, si on ne défend pas cette notion de normalité, ou en tout cas un minimum, quand même, de bon sens à ce niveau-là, comment est-ce qu’on peut soigner les personnes comme moi, si on estime que tout est normal ou si justement plus précisément rien n’a à être normal?

    Je me rappelle aussi que j’avais une prof, je ne suis plus exactement certaine, à un moment je crois que j’avais fondu en larmes devant elle parce que, enfin voilà, ça n’allait pas du tout. Et donc je lui ai dit que j’étais bipolaire. Et je me rappelle qu’elle avait presque refusé le diagnostic, elle a presque refusé le fait que je puisse avoir un trouble psychique, que c’était vraiment une façon pour la société de me contrôler et j’étais là : “Mais non en fait ! J’ai vraiment un trouble ! J’ai besoin d’être soignée, quoi ! Tout simplement.” 

    Et c’est vraiment quelque chose qui a pénétré et qui influence énormément les sciences humaines et sociales. C’est assez incroyable.

    Et alors, bon, j’ai parlé de dérives, là tout de suite il y en a une dont j’ai vraiment envie de parler parce que je trouve qu’elle illustre quand même très bien cette absurdité, en fait. Que c’est… 

    J’ai envie de parler de “Tiamat” qui est un homme qui est transidentifié femme et Dragon voilà, et cette personne a subi des transformations corporelles mais vraiment absolument hallucinantes et dangereuses. Alors elle s’est coupée les oreilles, elle s’est fait un nez qui ressemble à celui d’un serpent et sans vouloir être méchante, c’est juste le nez de Voldemort.

    Rebelles du Genre –  Tu parles d’un homme qui s’identifie femme ?

    Eléonore – Oui c’est ça. 

    Rebelles du Genre – Non mais du coup tu peux dire “il”. (rires)  Entre nous on peut se dire la vérité, quand même ! (rires)

    Eléonore – Ok. Donc il s’est coupé les oreilles, c’est en fait un nez qui ressemble à celui d’un serpent, et qui ressemble essentiellement à celui de Voldemort. Il s’est fait enlever une grosse partie de sa dentition, donc il ne sait plus du tout manger normalement, et c’est un cas absolument extrême ça, on est bien d’accord. Mais quand on voit les commentaires sous les vidéos de cet homme, c’est extrêmement éclairant en fait. Je vais en prendre deux au hasard, je les ai traduits, mais il faut vraiment garder à l’esprit qu’il y a une montagne de commentaires de ce type. 

    Donc je commence : “Nous avons tous droit au bonheur tant que ce que cela ne fait pas de mal aux autres, c’est beau de voir quelqu’un vivre comme il l’entend, ce monde a une manière de nous façonner que nous ne pouvons anticiper pour le meilleur comme pour le pire. Je souhaite tout le meilleur pour Tiamat et les personnes comme elle”. 

    Un autre commentaire : “Le jour où elle nous quittera, quand l’univers l’emportera, j’espère qu’elle deviendra un dragon de chair et d’os.”

    Le troisième commentaire, c’est le dernier : “Une partie de moi dit cette personne est folle, une autre elle me dit cette personne est courageuse et géniale pour oser prendre un contrôle absolu sur qui elle est. Qui suis-je, ou qui est la société pour juger les autres en fonction des normes sociétales actuelles ? Nous sommes tous des êtres égaux et cette personne a le droit et le courage de faire ce qui la rend heureuse. Je respecte ça.”

    Alors si ce n’est pas la prééminence de l’autodétermination qui est l’élément clé du discours transactivisme, franchement je ne sais pas ce que c’est. Et Tiamat se dit d’ailleurs bel et bien trans, donc c’est qu’”elle” a quand même été fortement influencée par cette idéologie, ou en tout cas qu’elle y a puisé la justification pour les transformations qu’elle a subies. Et juste petite parenthèse pour moi, c’est vraiment un manque de déontologie… mais criminelle, de la part du corps médical. Parce que qui est-ce qui oserait faire ce genre, après c’est aux États-Unis donc forcément la déontologie tout ça, tout ça, c’est plutôt capitalisme quoi.

    Rebelles du Genre –  Non mais en fait dans tous les pays c’est la même chose, je veux dire la question de l’éthique et la déontologie…

    Eléonore – Mais pour moi du coup, cette personne elle est en souffrance, elle parle même des traumatismes qu’elle a subis, donc enfin, déjà là, on sait qu’il y a quelque chose qui ne va pas, et deuxièmement elle a même tenu ce discours qui était : “Etre humain, ça ne m’a jamais fait du bien”. Donc enfin le problème il est là en fait, il n’est pas dans le fait qu’ il n’a pas vraiment envie de devenir un dragon, c’est juste qu’il a trop souffert, tout simplement. 

    Moi vraiment ces commentaires m’ont sidérée ! 

    A quel moment est-ce qu’on a décidé que quelque chose comme ça était normal ? Et je rebondis aussi rapidement sur un des commentaires qui est quand même un argument classique du transactivisme, c’est “si ça fait pas de mal aux autres, quel est le problème ?” Mais est-ce qu’on a complètement oublié que les personnes peuvent se faire du mal à elles-mêmes et parfois même sans s’en rendre compte ? C’est absurde…

    Et donc enfin voilà pour terminer un petit peu là-dessus, le refus de la normalité, ça se traduit par le refus de considérer qu’on puisse être malade et souffrir d’un trouble. Et je me rappelle d’ailleurs que j’avais discuté avec une transactiviste en message privé, au départ c’était à propos des espaces non mixtes pour les femmes parce que j’avais dit un peu ce que je pensais sur Instagram, et elle est venue m’invectiver en privé (zéro surprise à ce niveau-là parce qu’on a toutes l’habitude), mais la discussion bascule à un moment sur un fait : je dis, en gros, qu’il faut soigner, quand même, les personnes trans, quelle que soit la manière dont on les soigne, finalement. Et cette personne me rétorque : “ Tu dis que les personnes trans sont malades…”. Sous-entendu, c’est insultant. Et c’est un argument que je retrouve vraiment partout. Dire que les personnes trans souffrent d’un trouble, c’est insultant et c’est surtout contribuer à les marginaliser. 

    Mais il est où le véritable problème? Est-ce que c’est dans le fait que moi je dise qu’elles ont un trouble? Ou est-ce que c’est dans le fait que les personnes qui souffrent de problèmes mentaux sont systématiquement marginalisées? 

    Moi, ce que je vois, c’est un problème de psychophobie. Et la psychophobie, le transactivisme s’en rend complètement coupable, en réalité, parce que ce sont des personnes qui ont un trouble mais qui refusent d’admettre qu’elles ont un trouble et qui, par conséquent, disent que c’est insultant, que c’est marginalisant, et qui disent: “Il ne faut surtout pas dire que les personnes ont un trouble”.

    Et moi, je me dis: “Pourquoi est-ce que vous vous battez pas contre ça plutôt que de contribuer à marginaliser les personnes comme moi?” 

    Ils ont un tel poids dans le débat politique actuel qu’ils pourraient, franchement, facilement, changer un minimum la donne pour les personnes qui ont des troubles psy. Évidemment, ils ne le font pas. Tout comme ils ne défendent pas les droits des femmes et le féminisme parce que leur idéologie, tout simplement, ne leur permet pas. Ça, c’est tout ce que j’avais à dire sur ce point là.

    Le deuxième point que je voulais aborder, c’est l’influence qu’exerce le transactivisme sur les sciences, qu’elles soient sur les sciences “dures” ou les sciences humaines. 

    Je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’à partir du moment où une idéologie influence la recherche scientifique, la science est en danger. Et si la science est en danger, la vérité est en danger. Surtout que toutes les personnes qui osent s’opposer à cette injonction idéologique sont censurées (“canceled”) alors même que leurs arguments sont tout à fait scientifiques, entendables, fondés dans la réalité. Il y a des biologistes qui disent que le sexe est binaire (jusque là, pas de problème). Mais selon les transactivistes, ces biologistes ne comprennent rien à la biologie. 

    C’est gros quand même! Je veux dire, venant de personnes qui n’ont pas fait d’études de biologie, c’est culotté, je trouve.

    J’ai eu une conversation, d’ailleurs, avec quelqu’un sur Twitter : c’était un homme et il me disait que les gens qui “prétendent” (je le mets entre guillemets parce que c’est complètement absurde de dire ça) que le sexe est binaire ne sont pas informés, qu’ils n’y comprennent rien. Mais il faut savoir que, plus haut, il m’avait admis qu’il ne connaissait pas grand-chose à la biologie. Donc ce type vient dire : “Je ne sais pas trop, au niveau biologique, ce qui se passe, mais les gens qui disent que le sexe est binaire ne comprennent rien à la biologie.” 

    Vraiment, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. 

    Et ce qui m’a le plus mise hors de moi, c’est qu’il m’a sorti : “Au fond, au niveau biologique, il n’y a pas tant de différence entre les hommes et les femmes. Ils sont beaucoup plus similaires que différents.” J’ai rien dit là-dessus, mais je me suis dit : “Il y a vraiment qu’un homme pour sortir une telle énormité”. 

    La raison de notre oppression millénaire, c’est les différences biologiques entre les hommes et les femmes. C’est la faiblesse physique. C’est le fait d’avoir ses règles d’avoir un utérus et donc pouvoir enfanter. C’est de là qu’ont décollé les normes genrées. C’est la base. Et nous, notre différence biologique, on la sent bien quand il y a un homme qui nous harcèle dans la rue. On la sent. Je sais pas, mais l’oppression qu’on subit, c’est pas parce qu’on se sent femme. C’est parce qu’on est une femme. Parce qu’on est une femme au sens biologique du terme. À ce stade-ci, je ne sais même plus dans quelle langue il faut le dire.

    Un jour, j’ai lu un livre de (je ne sais plus comment elle s’appelle mais son nom de famille c’est…) Lachenal, “10 questions sur le genre” ou un truc comme ça. J’avais lu là-dedans que la biologie (et en particulier le sexe) était une construction sociale. Le jour où j’ai lu ça, je suis tombée des nues. 

    Alors oui, pour parler de biologie, il y a un langage. On relie les observations entre elles par des mots qui font des catégories ou des concepts. Ça, c’est clair. Et il est vrai que la langage structure la pensée, et que le langage peut parfois mener à des oppressions. C’est la base de la philosophie et de la sociologie du langage. Il y a toute une littérature à ce sujet et on sait très bien que les hommes ont inventé ou modifié le langage pour mieux nous opprimer. On le sait. 

    Mais ça veut pas dire qu’on ne peut pas faire des observations objectives et chercher la vérité en usant du langage. Si la biologie n’était qu’une construction sociale, elle ne serait qu’un ensemble de normes sociétales et arbitraires (ça, c’est important) qu’on pourrait changer à tout va sans que le corps humain et l’ensemble de la biologie ne deviennent incompréhensibles. Et ce n’est pas vrai. 

    La biologie, les catégories qu’on a créées pour la biologie, sont essentielles pour pouvoir comprendre comment fonctionne le corps humain et comment on peut soigner le corps humain. Je trouve d’ailleurs assez drôle qu’il n’y a que la biologie qui soit une construction sociale et pas la physique, pas la chimie, pas les mathématiques. Ça, bizarrement, on n’y touche pas et je me demande bien pourquoi.

    Rebelles du Genre –  Aujourd’hui, tu témoignes anonymement. Est-ce que tu peux dire pourquoi tu as choisi de témoigner et pourquoi tu le fais de façon anonyme?

    Eléonore – Oui, je témoigne parce qu’il faut en parler tout simplement.

    Je pense que c’est la raison principale. Et il me semble aussi que mon expérience, en particulier, est plutôt éclairante sur les dangers du transactivisme pour les personnes en souffrance ou en détresse psychologique. Tout simplement parce que c’est important de le souligner. 

    Quant à l’anonymité, je l’ai choisie parce que je travaille pour une administration. Tout fonctionnaire se doit de défendre les minorités (ce qui est tout à fait normal), mais je pense que les politiques ont un peu oublié ce qu’est une minorité, ce que c’est qu’une personne vulnérable, et ce qu’il y a à défendre. 

    J’ai un peu peur que, si je témoigne à visage découvert, je risque de perdre mon poste, et je ne peux vraiment pas me le permettre. Même si c’est beaucoup plus difficile de virer quelqu’un dans le public que dans le privé, mais bon, on reste prudente quand même.

    Rebelles du Genre –  Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

    Eléonore –  Oui. Là, ça n’a plus rien à voir avec la psychophobie pour le coup, mais c’est la menace que ça représente pour les personnes LGB.

    J’ai un membre de ma famille qui est gay et il a vraiment été complètement endoctriné par l’idéologie trans. Je me rappelle que j’en avais discuté avec lui, j’avais avancé mes arguments qui étaient, quand même, plutôt solides, mais il ne parvenait pas à les entendre sans me voir comme une grosse transphobe. (Après, bon, c’est son droit. Mais le fait que ça puisse potentiellement briser des familles, c’est quand même vraiment catastrophique, je trouve.)

    À un moment, on parle : je lui dis que c’est une menace pour les personnes LGB, et lui, effectivement, il est intéressé, il me demande pourquoi. Je lui ai dit qu’on était en train de complètement transformer le concept de sexualité en genrité (parce que c’est un mot que j’ai entendu, que j’ai vu passer: une “genrité” à la place de “sexualité”) et qu’on était en train d’enlever l’importance du sexe dans l’attirance sexuelle. Je lui disais, qu’en gros, les parties génitales, elles sont bel et bien importantes. Quand on couche avec quelqu’un, les parties génitales sont là. Il faut faire avec. Il faut arrêter de le nier. Nier ça, c’est homophobe et ça relève de la culture du viol et de la thérapie de conversion. 

    Il m’a sorti : “ Et, pour toi, les femmes ne sont que des vagins sur pattes?” 

    Alors là, j’ai pensé (je l’ai pas dit mais j’ai pensé) quand même, que venant de la part de personnes qui disent “personne à utérus” et “personne à vagin”, c’est quand même vachement gros. Bref, je ne l’ai pas dit. 

    Je lui ai demandé : “Alors écoute, si un jour tu tombes amoureux d’un homme trans, (j’en doute mais bon, acceptons l’hypothèse) et que cet homme trans a un vagin, ça ne te dérangerait pas d’être intime avec lui?” Alors j’ai vu le choc et le dégoût sur son visage. C’était évident que juste l’idée même le dégoûtait. Mais il a persisté à me dire “Et bien, je me focaliserai sur ses attributs masculins, pas sur son vagin”. 

    Je suis désolée, mais si on doit fermer les yeux sur quelque chose qui nous met mal à l’aise dans notre sexualité, on se force à avoir des relations sexuelles avec quelqu’un qu’on ne désire pas. C’est évident. Et on renie sa sexualité. Et ça relève de l’agression sexuelle, mais ça je l’ai déjà dit. Vraiment, le fait de ne rien pouvoir faire à ce niveau, pour moi c’est vraiment désespérant et c’est révoltant. Je ne peux pas aider ce membre de ma famille. 

    Rebelles du Genre –  Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

    Eléonore – Oui. La seule chose que j’ai à ajouter, c’est que vraiment j’en ai ras-le-bol de leur manie à nous déposséder du féminisme et plus largement de la gauche. Ça me met vraiment hors de moi. Je me dis : “Mais pour qui est-ce qui se prennent?”. Toute personne qui n’accepte pas le discours consensuel de la gauche, à l’heure actuelle, à beaucoup de niveaux, pose question. Si on critique un petit peu la gauche (même si on est de gauche), on est quand même taxé d’extrême droite. Alors qu’on (c’est dingue) vote à gauche, pour des politiques de gauche, on défend les minorités, mais on est d’extrême droite. N’importe quoi!

    Je suis désolée, mais à quel moment a-t-on décidé que la gauche était un monolithe? Et à quel moment a-t-on décidé que la gauche n’admettait aucune nuance et aucune critique? C’est absolument totalitariste. Et honnêtement, si vous vous revendiquez de gauche mais que vous n’acceptez pas qu’on puisse la critiquer, c’est vous qui êtes loin d’être de gauche. 

    Parce qu’historiquement, la gauche a toujours défendu le droit de critiquer et de questionner. Il n’y a vraiment qu’à l’heure actuelle qu’elle n’admet plus la critique. Pour moi, en tout cas dans l’idée que je me fais de la gauche, c’est plutôt vous qui n’êtes pas de gauche. Et vous êtes vraiment un mauvais citoyen aussi, au passage. 

    Alors, je veux juste rajouter que j’avais vu une vidéo (je crois que c’est lui mais je suis pas sûre) d’un type qui joue un personnage qui s’appelle Jonathan Pie  et qui fait justement une critique assez virulente de l’idéologie woke (pour le coup il appelle ça comme ça). 

    Il dit (c’est une chose qui est extrêmement frappante, et qui, moi, me choque beaucoup et qui est vraie) que c’est que l’argument de la liberté d’expression maintenant, c’est un argument de la droite. Et ça, c’est quand même vraiment très très inquiétant…

    Rebelles du Genre –  Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basées sur le sexe : womensdeclaration.com 

    Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses. Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous et à bientôt pour un nouveau témoignage de Rebelles du Genre.

  • Rebelles du genre – Épisode 50 – Kathleen Stock

    Kathleen – Alors je m’appelle Kathleen Stock.

    J’ai presque 50 ans. Je suis femme, je suis mère, je suis lesbienne, et j’habite en Angleterre.

    Et jusqu’à l’année dernière, je travaillais comme prof de philo dans une université en Angleterre, et j’ai dû arrêter tout ça, à cause de mes convictions sur (le) genre et (le) transactivisme… et tout cela.

    Rebelles du genre – Bonjour, et bienvenue sur le podcast “Rebelles du genre”. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les Rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre, et qui témoignent de leur parcours. Ecoutons leur parole. 

    Kathleen – La première chose que je veux dire, c’est : “qu’est-ce que c’est le genre?”

    En anglais, c’est gender. 

    Il faut remarquer immédiatement que “gender” ou “genre” a plusieurs sens.  

    Ça veut dire des choses différentes, plusieurs choses différentes. Alors si vous voulez dire la masculinité, la féminité, c’est-à-dire les idées culturelles sur les femmes et les hommes… oui, je suis critique des façons, du genre, dans ce sens-là.

    Manifestement les femmes ont beaucoup de possibilités, pour être masculines et également les hommes peuvent être féminins, et ça, ça va! Moi je suis plutôt masculin(e), c’est mon idée identité, si vous voulez dire ça.

    mais ce mot – genre – , ça veut aussi dire quelque chose de complètement différent, maintenant, c’est-à-dire une identité psychologique. 

    Alors le mot, en Anglais, c’est “gender identity”. 

    De ces jours, le transactivisme insiste (sur le fait) que tout le monde possède un genre dans ce sens-là, et moi je ne suis pas d’accord avec ça : je pense que oui, parfois, une personne possède un genre -gender identity- dans ce sens-là, mais ce n’est pas universel, et aussi je suis contre les tentatives de changer les lois d’une façon qui supprime les faits autour du sexe, de la biologie, et puis aussi, en même temps, enlèvent le genre -gender identity- d’une façon qui désavantage les femmes.

    Alors peut-être que vous connaissez, mais en Angleterre, au Royaume-Uni il y a beaucoup de support (soutien), pour changer les lois. 

    Par exemple, un homme qui se sent “comme une femme” peut entrer dans les changing rooms, les vestaires, ou l’équipe de sport, ou la prison… alors là où il y a des espaces pour les femmes, il y a des gens qui disent : “ces espaces-là doivent être ouverts pour les hommes qui se sentent comme des femmes”. Et il n’y a aucun besoin d’avoir des interventions chirurgicales, ou même de s’habiller différemment. Il ne faut pas s’habiller “comme une femme”. C’est juste un sentiment intérieur, qui est supposé assez, suffisant, pour vous donner le droit d’entrer dans ces espaces-là.

    RDG – Autrement dit, n’importe quel homme, sur la base de son ressenti, et donc de sa déclaration, peut entrer dans n’importe quel espace réservé aux femmes.

    Kathleen – Exactement. C’est l’ambition. L’ambition des gens, soi-disant “progressifs” en Angleterre, et ailleurs dans le monde aussi. Maintenant aux États-Unis, au Canada, en France peut-être.

    RDG – Oui, bien sûr.

    Kathleen – Alors ça, je suis contre. 

    RDG – Nous aussi, on est tout à fait contre.

    Kathleen – Parce que, évidemment, c’est les femmes qui vont souffrir, si des hommes, n’importe quels hommes, peuvent entrer dans les vestiaires, par exemple, en disant qu’ils sont des femmes… Ils ne sont pas des femmes! Ils sont des hommes. Mais j’ai toujours su que les hommes ne peuvent pas devenir des femmes. Et aussi le contraire : j’ai toujours su les faits, sur (la) biologie.

    Mais il y avait un moment, dans les années 90 peut-être. Quand je pensais “oui, je vais faire semblant, que cet homme, par exemple, qui s’habille comme une femme, qui, peut-être, a eu des interventions chirurgicales, je vais faire semblant que c’est une femme.” Et je ne voyais pas de problème avec ça, parce que c’était un petit nombre de gens, et aussi il n’y avait pas cette demande qu’il s’agit d’identité : c’était une transition chirurgicale, ou quelque chose comme ça.

    Alors quand je m’étais rendu rendu compte que la nouvelle idée, c’était que exactement, il n’y avait aucun besoin d’intervention chirurgicale, ou aucun besoin de même s’habiller différemment, mais c’était juste une idée de “inside you” : quelque chose d’intime dans votre esprit, peut-être. 

    Ca, j’ai vu des problèmes immédiatement. 

    RDG – Alors du coup, je vais creuser un peu : est-ce que ça a impacté la façon dont tu as enseigné, ou les choses que tu avais à dire à tes étudiants?

    Kathleen – J’ai enseigné le féminisme, la philosophie et les idées philosophiques en féminisme. Et j’ai remarqué, bien sûr, que cet environnement devenait de plus en plus intimidant. 

    Il y avait la censure, l’autocensure.

    Et les étudiants, la plupart trouvaient ça très difficile de parler de l’importance de la  biologie, ou… quoi que ce soit!

    Parce que dans l’Université anglaise, ces dernières années, ça devient un tabou de dire que les “transwoman”… alors le mantra c’était ‘transwomen are women”, “les femmes trans sont femmes”, et c’est devenu obligatoire de dire : “transwomen are women” : on ne peut pas questionner ça. Et si on questionne, on est un TERF… on est transphobe.

    Et les étudiants ne veulent pas perdre leur réputation, alors ils se taisent, et c’est très difficile de parler de tout ça. Et c’est dommage pour le féminisme, manifestement : on doit discuter des effets sociaux de la biologie pour les femmes!

    RDG – Bien sûr, c’est une nécessité! Et donc tu as parlé d’autocensure. Donc tu as commencé, à un moment, à te rendre compte que tu ne disais pas complètement ce que tu ressentais? Ou est-ce que tu as lutté contre ça?

    Kathleen – Oui, oui… Après que j’aie remarqué qu’il y avait un problème, je me taisais pendant… deux ans peut-être. Et puis je me suis décidée : il faut écrire quelque chose, il faut faire une intervention. Parce que je suis prof de philo, précisément. 

    Et puis sinon moi, qui?

    C’est mon métier de discuter des choses comme ça, et c’est une question philosophique : qu’est-ce que c’est une femme? Qu’est-ce que c’est un homme? Qu’est-ce que c’est le biologique? Ou qu’est-ce que c’est le genre, qu’est-ce que c’est l’identité de genre?

    C’est tout cela : c’est des questions philosophiques!

    Alors je voulais les adresser, et puis j’ai eu des problèmes… après!

    RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie?

    Kathleen – Alors, je crois que les femmes ont des besoins, des intérêts, qui arrivent à cause de leur sexe. 

    Alors je crois que les femmes doivent cohabiter sur une même planète que les hommes.

    Et les hommes sont plus grands, en moyenne.

    Ils sont plus forts, en moyenne.

    Ils sont plus agressifs, en moyenne.

    Et la plupart des hommes ont un intérêt sexuel envers les femmes.

    Et ça, ça a des conséquences. Tout cela.

    Alors, par exemple, les femmes ont besoin d’espaces, des vestiaires, ou dans les endroits où elles dorment, où elles se déshabillent, il faut leur donner des espaces pour faire cela sans les hommes. Ça les protège!

    Également, dans le sport : les femmes doivent avoir leurs propres équipes, et leur propre “contests” (compétitions) parce que physiquement, elles n’ont pas les mêmes caractéristiques que les hommes. 

    Également pour les données sociologiques, économiques et tout cela, on a besoin de connaître qui sont les femmes, qui sont les hommes.

    Parce que les femmes à cause d’être mère ou d’être enceinte peut-être, ont des trajectoires différentes économiques par exemple, parce qu’ elles sont souvent des mères. Tout cela ça vient du fait du sexe biologique, ce sont les effets sociaux du sexe et le transactivisme veut dire qu’ il faut oublier tout cela. Maintenant c’est votre identité qui est la chose la plus importante et par exemple si un homme a le sentiment d’être femme, il peut jouer dans une équipe sportive féminine ou il peut entrer dans le vestiaire ou si un homme est condamné à la prison, il sera dans une prison de femmes. Alors c’est manifeste, je pense que tout cela est dangereux ou injuste pour les femmes, je pense que c’est pas compliqué à voir, mais les idées transactivistes, je sais pas, ont gagné le pouvoir et maintenant des gens deviennent aveugles à tout cela.

    RDG – Oui c’est étonnant en fait, c’est justement on dirait que subitement les gens ne croient plus leurs yeux.

    Kathleen – Exactement ! 

    RDG – Et si on était misogyne, on dirait une “mini-hystérie collective” (rires) Evidemment on ne dirait pas ça.

    Kathleen – C’est internet qui aide avec ça.

    RDG – Ah d’accord. Tu penses que c’est lié  au développement des réseaux ? 

    Kathleen – Tout à fait parce que internet a maintenant la capacité de  développer ses idées stupides très vite et puis ça devient utile pour des gens d’être vu en les “supporting”, en les soutenant.

    RDG – Là c’est plutôt à la professeuse de philosophie que je m’adresse : est-ce que tu penses que les gens ont renoncé à leur intelligence par rapport à cette idéologie ou est-ce que c’est la peur qui les amène à ne pas croire ce que leurs yeux leur montrent ?

    Kathleen – Les deux je pense, en même temps. Je pense qu’il y a relativement peu de voix mais des voix sont fortes et très critiques, ils ont un peu l’esprit de chasser des sorcières. Alors dans toutes les sociétés il y a des gens qui sont narcissiques, qui n’ont pas beaucoup de connaissances de soi, mais qui font beaucoup de bruit et chassent les sorcières. Peut-être sont- ils stupides ou ils ont d’autres motivations, peut-être misogyne aussi, mais à cause de ce groupe là les autres ont peur. Alors les autres ne disent rien parce qu’avec l’Internet et les réseaux sociaux, c’est très facile de dénoncer quelqu’un, très facile, trop facile et on peut perdre beaucoup si on vous dénonce pour avoir des pensées tabous ou “unacceptable”.

    Rebelles du Genre – Donc l’effet d’Internet est double, c’est-à-dire il permet de diffuser, de propager ses idées et en même temps de mettre sous pression, traquer les éventuels opposants.

    Kathleen – Parce que c’est comme dans un amphithéâtre, tout le monde voit et vous avez connaissance de ça quand vous écrivez quelque chose.

    Rebelles du Genre – Oui sauf que là quand on écrit, c’est pas devant 200 ou 400 étudiants mais bien devant des millions de personnes que ça se passe et donc la pression est d’autant plus forte.

    Kathleen – je pense que c’est Jean-Paul Sartre qui a dit “ l’enfer c’est les autres” (rires). J’ai dit que c’est un problème pour la sécurité des femmes et leur vie privée. Pour les enfants c’est aussi dangereux parce que les enfants sont très “confused”, les enfants ne comprennent pas l’effet autour de la biologie maintenant parce que leur enseignant disent que “si tu te sens comme une petite fille, tu es une petite fille” par exemple, c’est très tentant pour les enfants et les adolescents qui ont des sentiments homosexuels ou qui sont autistes, de se considérer dans le mauvais corps. Et ce n’est pas possible d’être dans le mauvais corps. Moi je suis lesbienne, je pense que les filles lesbiennes devraient être libres de s’exprimer sans peur d’ être dans le mauvais corps, même les filles masculines, même les filles qui aiment les filles, tout cela c’est normal. 

    Mais maintenant on a ce message disant qu’elles doivent se médicamenter ou se changer ou elles ne sont pas des vraies filles.

    Rebelles du Genre – En fait, ce dont tu parlais par rapport aux enfants, c’est un peu l’idée de la pensée magique, c’est à dire que c’est la pensée qui maintenant domine le corps : “je pense que je suis ça, donc je le suis” Alors que logiquement quand on grandit, bah normalement on sort de la pensée magique.

    Kathleen – C’est un peu comme Descartes avec “l’âme et le corps” qui sont des choses différentes et maintenant votre âme est un genre et ça c’est le vrai vous et votre corps c’est quelque chose de différent et ça peut être mauvais. Et c’est ridicule ça, le dualisme de Descartes ça n’a pas de sens.

    Rebelles du genre – Oui : nous sommes nos corps.

    Kathleen – Oui : nous sommes nos corps, oui exactement ! Le transactivisme est très militant et comme je l’ai décrit, c’est difficile à dire que les femmes trans ne sont pas des femmes, c’est très difficile à dire cela maintenant. Alors il y a des efforts énormes pour silencer les critiques du transactivisme. En France aussi ! Alors on dit vous êtes fascistes, vous êtes transphobes, vous êtes comme un antisémite, il dit n’importe quoi pour vous silencer.

    Rebelles du genre – D’extrême-droite…

    Kathleen –  Extrême-droite, exactement !

    Rebelles du genre – Religieux…

    Kathleen – Chrétien, extrême, toutes les insultes pour simplement vous faire taire. Et ça c’est un problème pour la démocratie évidemment et particulièrement pour les femmes qui ont le droit de parler de leur propres intérêts sans peur d’être insultées ou dénoncées ou perdre leur emploi.

    Rebelles du genre – Merci de témoigner aujourd’hui. Est-ce que tu pourrais développer sur ce qui t’a poussé à parler et les difficultés que tu as rencontré quand tu t’es exprimée sur ces questions-là ? Et notamment l’impact que ça a pu avoir sur ta vie personnelle et sur ta vie professionnelle ?

    Kathleen – j’ai voulu parler parce que j’étais prof de philo et je pensais que ces problèmes étaient très importants et c’était aux gens de parler de tout cela et j’ai remarqué que dans les universités il y avait le silence sur les problèmes avec le transactivisme. Il y avait des profs qui étaient très pour,  très enthousiastes pour tout cela : “Transwomen are Women”, “Self ID”, cette idée que si vous vous sentez ou vous identifiez comme une femme, alors vous êtes une femme. Et moi j’ai vu des problèmes, j’ai voulu parler des problèmes, j’ai commencé : j’ai écrit des blogs et puis j’ai parlé en public et j’ai fait des interviews et puis il y a eu des problèmes pour moi. Simplement un groupe relativement petit mais fort a protesté contre moi, puis des collègues ont protesté contre moi, aussi il y avait des lettres ouvertes contre moi. “Basically” au fond il y avait plusieures tentatives “to remove me” de me faire quitter mon emploi et c’était dans le cours de 2018 que ça a commencé. Finalement l’année dernière un groupe d’ étudiants ont décidé de faire des manifestations contre moi sur mon campus et c’était affreux : ils avaient des flambeaux, des masques, ils s’habillaient comme des antifas, il se désignait antifascistes.

    Rebelles du Genre – En France aussi ils prétendent être antifas…

    Kathleen – Et moi ils prétendaient que j’étais fasciste et eux ils étaient des antifascistes, ils s’habillaient comme des antifascistes avec des flambeaux, avec le graffiti, avec un manifesto contre moi et c’est devenu sérieux pour moi et très difficile à continuer à enseigner dans cet environnement avec des hommes masqués contre moi pour mes convictions. Alors finalement j’ai quitté, j’ai quitté l’université du Sussex après 18 ans de service parce que j’étais complètement isolée, c’était très vite difficile de trouver des gens qui voulaient me soutenir en public, alors j’étais très isolée et ça c’est très difficile quand il y a des hommes masqués qui veulent vous agresser.

    Rebelles du Genre – Vraiment je sais pas quoi te dire, je trouve ça, je savais l’histoire mais l’entendre dire de ta voix ça, moi ça me.. Je trouve ça bouleversant et tellement choquant et moi je suis enseignante aussi et dire que tes collègues ne t’ont pas soutenue c’est insupportable en fait.

    Kathleen – Bon quelques-uns m’ont envoyé des e-mails privés mais ce que je voulais à ce moment-là, c’était des gens à côté de moi. Et ça n’arrivait pas. Il faut aussi dire que Sussex,  c’est une université basée à Brighton et c’est le centre LGBTQ etc… C’est le centre “gay” alors c’était très difficile dans cet environnement- là de discuter de tout cela calmement.

    Rebelles du Genre – Pourtant le terme LGBT commence par le “L” mais vraiment, on se rend compte à quel point les lesbiennes sont particulièrement violentées par le transactivisme.

    Kathleen – Exactement ! Justement mes collègues, la plupart sont des hétérosexuels et mes critiques étaient hétérosexuelles (rires). C’est bizarre mais quelques-uns se désignaient “Queer” mais elles étaient des hétéros, c’est comme ça. J’étais là un mois je pense, mais j’étais malade et c’était vraiment difficile quand j’ai démissionné. Mais ces activistes se sont réjouies d’avoir réussi à me pousser “out”. Maintenant j’écris et je fais d’ autres choses. Je n’ai pas envie d’ être dans une université en ce moment parce que c’est trop difficile de discuter de tout cela et maintenant je suis d’un coup célèbre un peu, je ne pense pas que je trouverai un emploi en effet.

    Rebelles du Genre – Oui j’ai lu sur ton blog récemment que tu étais à la gare et qu’il y a un transactiviste qui t’a reconnue c’est ça, donc tu es devenue un peu le personnage maléfique “Voldemort”, tu es “Lady Voldemort” (rires).

    Kathleen – Oui exactement ! J’étais à la gare avec mes fils et j’ai vu cet homme s’habiller dans une robe,  il me faisait un doigt d’honneur et il avait l’air très en colère, il avait l’air fâché. Et c’était bizarre parce que je l’ai jamais vu de ma vie mais il me connaît comme un problème pour lui à cause de mes mots. Et mes mots sont très calmes et raisonnables et j’ai écrit un livre avec tous ces arguments et ses propositions, je suis intellectuelle, mais lui était très fâché contre moi. 

    Rebelle du genre – Tu es devenue une sorte d’ épouvantard pour rester dans l’univers tu vois ce que c’est l’épouvantard ? C’est dans l’univers Harry Potter tu sais c’est les trucs…

    Kathleen – Oh ! Des “dementors”.

    Rebelle du genre – Ou c’est ça en anglais, tu es devenue l’épouvantard,  tu fais peur aux fripouilles ! Donc aujourd’hui, est-ce que tu te sens en sécurité aujourd’hui ? 

    Kathleen – Des fois non, des fois oui, la plupart de temps oui.  Mais non, quand j’ai vu cet homme là non !

    Rebelle du genre – Surtout que tu étais avec tes enfants donc j’imagine que ça augmente le stress.

    Kathleen – Exactement, j’ai un visage connu maintenant, c’est bizarre parce que j’ai presque 50 ans et maintenant je suis un peu célèbre, c’est bizarre, mais c’est vrai que les gens me reconnaissent dans la rue.

    Rebelle du genre – Est-ce que tu vas parler quand même du fait que J.K Rowling t’a soutenue ? Tu vas le dire à un moment ou pas ? (rires)

    Kathleen – je suis très reconnaissante envers J.K pour m’avoir soutenue et je pense qu’elle est une femme superbe et vraiment courageuse aussi, elle a fait beaucoup pour les femmes juste par discuter en public c’est une chose compliquée, alors je l’aime.

    Rebelle du genre – En fait nous aussi on l’aime tellement pour son courage et pour son humour (rires) C’est tellement drôle parce que des fois elle les plie en quatre, elle les repasse et elle les jette ! C’est tellement drôle ! 

    Voilà mais c’est vrai qu’elle a pris position publiquement pour toi à un moment donné.

    Kathleen – Exactement et pour tout le monde qui ne peuvent pas parler. 

    Rebelles du Genre – c’est tellement important d’avoir des modèles de femmes qui parlent, qui ne sont pas en danger, enfin si elle est en danger bien sûr comme toutes les femmes, mais qui ne risque pas sa carrière pour s’exprimer. Qu’elle fasse ça c’est vraiment… Et puis elle est tellement connue et tellement géniale !

    As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

    Kathleen :  Ok ça va être peut-être difficile à décrire mais il y avait un événement il y a deux ans, trois ans je pense, c’était un “public meeting”, une réunion publique à Brighton organisée par “A Woman’s Place” c’est une organisation féministe, et il y avait beaucoup de transactivistes, là, sur le pas de la porte, juste en dehors du bâtiment. Ils criaient, ils jetaient de l’eau, il m’ont tapé sur la tête quand j’ai essayé d’entrer, je ne pouvais pas trouver l’entrée. Il y avait tout ce bruit, ces cris, ces gens. J’avais l’impression d’être vraiment détestée et puis on est entrées, on a essayé d’écouter les paroles des femmes, à cet événement. 

    Et les transactivistes ont entouré le bâtiment, et avec leurs bottes, ils ont tapé sur les vitres avec leurs pieds. Alors on a essayé, les femmes ont essayé de parler de leurs intérêts propres, de leurs besoins, et tous ces transactivistes ont essayé de rendre ça impossible pour tout le monde. 

    C’était vraiment effrayant, cet événement-là, pour moi. Et ça m’a montré le caractère du transactivisme : c’est autoritaire, c’est misogyne, et ça n’a pas de place dans une société démocratique. Parce que les femmes voulaient discuter de leurs intérêts, c’est tout!

    Et de leurs différences avec les hommes c’est tout. 

    C’était vraiment impressionnant !

    Rebelles du Genre – C’est vraiment grave qu’on en soit là quand même…

    Kathleen – Ouais et ça m’a marquée. J’étais vraiment différente après ça.

    Rebelles du Genre – Et ça c’était quand tu enseignais encore ?

    Kathleen – Oui oui ! Ça c’était, je pense en 2019, c’était 2019 je pense. 

    Rebelles du Genre – Est-ce que tu as d’autres anecdotes ? Tu as dit “j’en ai plein” !

    Kathleen – Il y avait plusieurs fois où j’étais invitée à parler, dans une université par exemple, et puis ils ont essayé de trouver un transactiviste pour discuter avec moi pour “balance”, pour équilibrer le débat et ça c’est quelque chose que personne ne fait dans les autres sujets mais ils ont essayé de trouver un transactiviste pour débattre. Personne n’a accepté, c’était impossible de trouver un interlocuteur.

    Et c’est une tactique aussi, parce que moi je ne peux pas, je n’ai le droit de parler sans  un opposant. C’est juste une autre tactique.

    Rebelles du Genre – En fait s’ils étaient pas disponibles, c’est qu’ils étaient en train d’essayer de trouver une définition non circulaire du mot Femme. (rires) 

    Ils cherchent encore ! 

    Kathleen – Exactement ! (rires)

    Rebelles du Genre – Donc alors, la dernière question c’est : “As-tu quelque chose à ajouter ?” Si tu préfères le faire en anglais il n’ y a pas de problème, on le traduira. Ce qui serait vraiment intéressant, ce serait que tu puisses vraiment parler de cœur à cœur avec les femmes qui t’écoutent.

    Kathleen – Je vais essayer en français mais peut-être que ça ne va pas marcher. 

    Je voulais dire qu’en France, il faut trouver les autres femmes, qui ont les mêmes préoccupations que vous, et travailler ensemble. En France, vous êtes au début, je pense, de ce voyage. En Angleterre, on est un peu plus “avancés”, le public a plus conscience de ces problèmes mais en France je pense que non. Je pense que personne ne comprend les problèmes : c’est trop facile de dire que “c’est juste des fascistes” ou “contre les droits”… 

    Alors il faut parler si vous en avez le pouvoir, il faut parler. 

    Mais il faut aussi s’unir avec les autres pour se soutenir. 

    Et aussi dans les autres pays je pense, parce que c’est un problème européen.

    Il va falloir vraiment résister à tout cela, ensemble avec les autres femmes.

    Pas des féministes particulièrement, il ne faut pas être féministe pour avoir des problèmes avec tout cela. 

    Moi je suis féministe.

    You don’t have to be signed up to feminist principles to worry about men that say they are women, getting into women’s refugees or hostels, or sports teams. 

    So… this is a problem that affects every woman, and girl, potentially, in France. 

    And I think that message is important too : it’s a basic problem for women. 

    Vous n’avez pas à être féministes pour vous inquiéter au sujet d’hommes se disant femmes, et pénétrant dans les refuges, hôtels, ou équipes sportives pour femmes. 

    C’est un problème qui va potentiellement affecter toutes les femmes et les filles en France et je pense que ce message est important également : c’est un problème tout à fait fondamental pour les femmes.

    Rebelles du Genre – Merci d’avoir écouté notre parole et n’hésitez surtout pas à partager le plus largement possible. S’il vous plaît signez la Déclaration des Droits des Femmes basées sur le sexe

    http://www.womensdeclaration.com

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