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Rebelles du genre – Épisode 48 – Chloé

Chloé – Je suis Chloé je suis une femme autiste asperger de 22 ans, J’habite pas loin de Bordeaux et je fais des études en lettres, actuellement.  Je témoigne pour avertir du danger que toute cette idée actuelle, de remettre en cause ce qu’est réellement la femme, et ce transactivisme qu’on vit aujourd’hui, à quel point ça peut être dangereux pour un adolescent en développement, ou même une jeune adulte en développement. Et à quel point, quand on est perdu, c’est facile de mordre à l’hameçon de ce transactivisme, entre guillemets de “se faire avoir” et de, potentiellement, détruire entièrement son avenir, et sa possibilité d’avoir un enfant, sa possibilité d’être épanouie dans une vie, de sentir bien avec soi-même, parce qu’on a fait une erreur. Et donc oui, je témoigne aujourd’hui pour avertir. 

Je ne me considérais pas comme critique du genre à l’époque de ce qui m’est arrivé au lycée, qui a fait qu’aujourd’hui je suis critique du genre. Ce qui a fait qu’aujourd’hui, je le suis, c’est vraiment que je n’ai jamais pu rentrer dans une case, en fait. Du côté des garçons, j’étais une fille, donc je ne pouvais pas… Du côté des filles, j’étais trop masculine. J’étais un peu “garçon manqué” donc je ne pouvais pas non plus, je n’étais pas acceptée pleinement. Mes amis garçons, ben voilà il y avait toujours le : “Oui mais tu es une fille, donc on est plus intéressés par toi parce que… Surtout à l’adolescence, au lycée, le côté sexuel, un peu, de la chose, et de vouloir une relation. Et du côté des filles, j’étais trop “garçon manqué”, je ne rentrais pas dans les cases, je remettais en cause le : “Oui mais pourquoi si je suis une fille, je devrais faire ci ou je devrais faire ça?” Et donc ça ne me plaisait pas. Et après, ce qui a fait que je suis devenue critique du genre aussi, c’est l’éducation que j’ai eue de la part de ma mère, qui a toujours été très féministe, et je ne la remercierai jamais assez à ce niveau-là, parce que ça m’a… Elle m’a toujours appris que si j’aimais quelque chose, c’est pas parce que quelqu’un me disait “Non c’est pas bien que tu aimes ça”, qu’il fallait que je l’abandonne.  

Dès petite, j’aimais tout ce qui était rock n’ roll, un peu gothique, tout ça… et mon père n’aimait pas du tout, mais ma mère m’encourageait dans ce truc, même si tout le monde me disait : “Mais oh tu es ridicule, tu es une gothique, et tout.” Mais je ne rentrais pas dans les cases à cause de ça, mais j’en étais très contente parce que au moins je m’assumais, même si c’est ce qui a créé pas mal de harcèlement chez moi, le fait de ne pas rentrer dans les cases. Et une fois arrivée au lycée, prendre un peu plus en maturité, je me considérais vraiment comme féministe, sauf que à cause de mon harcèlement, je me suis énormément renfermée sur moi-même. Je me réfugiais énormément dans les jeux vidéo, les réseaux sociaux. Ma vie sociale, elle se [limitait] vraiment à mon ordinateur et mon téléphone. Et une fois que je suis arrivée, vraiment, au lycée, j’ai rencontré un groupe d’amies qui était un peu comme moi, c’était des filles qui aimaient les jeux vidéos. Donc bah tout de suite, ça a collé, et en fait, avec leur recul, je pense que c’est une des plus grosses erreurs que j’ai pu faire plus jeune, parce que c’est comme ça que j’ai rencontré la fameuse fille qui prétendait se sentir homme. C’est comme ça que je l’ai connue et que tout a dégringolé, en fait. J’ai rencontré ce groupe de filles, qui étaient toutes très “garçons manqués” : jeux vidéo, réseaux sociaux, comme moi. Donc, tout de suite, je me suis dit : “Ouais, trop bien! J’ai trouvé des filles comme moi!” 

Dès le début, il y avait des signes avant-coureurs de ce qui allait se passer, mais je ne les voyais pas parce que j’étais aveuglée par ce manque d’interactions sociales que j’avais. J’étais aveuglée par ça, de me dire : “Mais en fait, ça y est! J’ai trouvé mon groupe!”

Mais dès le début, elles remettaient en cause…  “Oui mais tu vois bien que tu t’habilles comme un garçon, donc c’est qu’au fond tu n’es pas vraiment une fille.” C’étaient des petites remarques par-ci, par là : “Tu es vraiment masculine, je pense que, au fond, tues non-binaire, et pas une fille réellement… Tu es sûre de ne pas vouloir essayer les cheveux courts?” (parce que j’avais les cheveux longs à l’époque et je les aimais beaucoup).

Cette fille, en fait, avec qui j’étais, et ce groupe d’amies, m’incitaient énormément à enlever tout ce côté féminin qui me restait, au point où ça a fonctionné, à un moment j’étais à la limite de la transition, je me disais : “Ouais j’ai envie qu’on m’appelle par un nom masculin.” 

Je me suis coupé les cheveux, tout ça. Bon ça a été vers la fin, mais dès le début en fait, c’était toujours la remise en question de ma personne, de qui j’étais, de comment je m’assumais. Si jamais je leur disais : “Non, je ne suis pas d’accord avec vous, j’ai envie de porter une jupe, j’ai envie de porter ce que je veux, j’ai envie de de garder mes cheveux longs, que je ne me sens pas enfermée dans une cage juste parce que je prends, une jupe ou parce que je me sens fille”, j’avais le droit à la soupe à la grimace pendant au moins une semaine. C’est-à-dire que le seul groupe d’amies que j’avais me rejetait entièrement. Donc c’était très dur, et puis au fond je me disais “Mais est-ce que j’ai vraiment envie d’abandonner ce groupe?” En tant qu’adolescente qui se construit, quand ta seule vie sociale et ta seule vie tout court, en fait se résume au lycée, perdre le seul groupe que tu as au lycée, c’est terrible! Et je pense qu’on a toutes ressenti ça au lycée, d’avoir un groupe et de se faire rejeter par son propre groupe, c’est absolument horrible. 

Et donc j’ai préféré me plier un petit peu, parce que la pression psychologique qu’elles mettaient vraiment sur : “Il faut que j’accepte leur idée”… et si j’accepte pas leur idée, je suis une ennemie… c’était vraiment tout ou rien. Et en fait, ça ne se limitait pas seulement au lycée. Déjà, au lycée, elles avaient des badges sur leurs sacs avec le drapeau, elles coloriaient des drapeaux partout, elles avaient “PRIDE”, et tout… Elles voulaient montrer, quoi. Et puis au fur et à mesure, en me rapprochant de ce groupe, j’ai commencé à avoir des sentiments pour cette fille. J’ai commencé à réellement avoir des sentiments pour elle, parce que c’était comme ma meilleure amie… sauf qu’il y avait quelque chose derrière. Donc au début, je me considérais comme lesbienne, mais au final ce n’était pas réellement ça, et honnêtement, aujourd’hui, je reconnais que c’était mon premier amour. Mais j’étais incroyablement manipulée par ce groupe et par cette fille. Et donc on a commencé à sortir ensemble avec cette fille et c’est à partir de là que c’était parti. De  jour en jour, ça continuait, mais de plus en plus fort. 

Par exemple, elles me lâchaient des : “Si tu sors avec cette fille, et que tu t’habilles comme un garçon, c’est qu’au fond tu es un homme, mais tu ne veux pas l’assumer!” Et intérieurement, je me disais : “Mais non, en fait, je n’ai pas envie.” 

Mais quand je voyais la personne que j’aimais me dire : “Moi, avec mon expérience, je pense vraiment que c’est tes parents qui t’empêchent d’être qui tu es réellement…” Donc en fait, en plus d’avoir un impact sur ma vie au lycée, sur mon être en tant que telle, elles commençaient à avoir de l’influence sur la relation que j’avais avec mes parents.

RDG – Est-ce que tu en as parlé avec tes parents à ce moment-là? Est-ce que c’est quelque chose que vous avez abordé?

Chloé – Alors justement, en fait, j’étais tellement manipulée par cette fille qu’elle a réussi à me monter la tête contre mes propres parents. C’est à dire qu’à cette époque elle détestait tellement ma mère – surtout ma mère, elle l’aimait vraiment pas, parce que ma mère lui montrait par A+B que son idée d’être un garçon, en fait, c’était juste un problème psychologique, elle était vraiment en colère que ma mère puisse lui dire ça – elle en avait tellement après ma mère, que c’était toujours : “ma mère c’est la méchante”. Sauf que, vu que j’étais amoureuse, j’étais folle amoureuse de cette fille, je me persuadais que c’était une réalité, que ma mère était l’ennemie. 

Au point où je me suis coupée complètement de ma mère. Il y a vraiment eu une rupture dans ma relation avec ma mère, à cause de cette fille, où elle me disait : “Ta mère t’empêche d’être qui tu es réellement. Ta famille, elle ne veut pas t’aider, elle te, elle t’emprisonne, en fait. Ta famille, elle … Ta mère veut que tu rentres dans ces cases et pas que tu sois libre, en fait!” Alors que ma mère, au contraire, elle m’a toujours poussée à accepter la personne que je suis, et à accepter pleinement, à m’assumer, en fait. Elle a  toujours été derrière moi, en fait. Jamais une seule fois, ça n’a été péjoratif. Mais cette fille avait un pouvoir de manipulation sur moi, au point où vraiment ça m’a tournée contre ma mère. Au point où je n’avais plus personne. Je m’étais isolée. Cette fille m’avait isolée, et je l’avais fait de moi-même, tellement j’étais manipulée. Je m’étais isolée de tout le monde. Les dernières personnes que j’avais, c’était ce groupe d’amies, et cette fille, qui était donc ma petite amie à l’époque. Et en plus, avec l’âge rebelle, au lycée ça n’aidait pas, quoi. Ça n’aidait vraiment pas, et je me faisais influencer dans ma recherche de qui j’étais, et c’est absolument incroyable. Elle remettait réellement en cause toutes les actions de mes parents, elle me persuadait que ma famille était nocive, toxique, que c’était des vrais bourreaux.

Elle réussissait, c’était ça, le pire. Elle réussissait.

Je ne parlais presque plus à ma mère, à ma famille.

J’avais la boule au ventre en rentrant chez moi, parce que pour moi, mes parents étaient mes ennemis. 

J’en arrivais où je pouvais vraiment faire une crise panique en rentrant chez moi juste parce que je me disais : “Je vais voir ma mère!”

Alors que, honnêtement, si je n’avais pas connu cette fille, jamais ça ne serait arrivé. Jamais.

Avant d’avoir connu cette fille, jamais je ne m’étais posé la question de : “Ouais, est-ce que je suis réellement une femme ou pas?” Parce que pour moi, c’était absurde. 

Elle a quand même réussi à forger dans mon esprit une vision complètement erronée de ma famille. Son but, c’était aussi, je pense, je l’assume, mais … vraiment ce qu’elle renvoyait, c’était que son but, c’était de m’éloigner de mes amis, et elle avait réussi. 

Et je me suis retrouvée seule avec plus aucune personne de confiance, à part elle et mes amies qui s’identifiaient transexuelles pour la plupart, ou non binaires, ou “non, je suis… je suis un garçon, etc.” Enfin, tout ce genre de choses. 

Et elles m’avaient complètement relookée aussi. J’ai eu les cheveux courts, à la garçonne. Je ne m’habillais plus qu’avec des jeans, des baskets et des pulls oversized, parce que sinon on voyait trop mes formes, et j’allais me sentir mal qu’on voit mes formes. C’était du noir ou du bleu, et surtout pas quelque chose qu’elles jugeaient “féminin”… Sinon c’était se forcer à [être] une personne qu’on n’est pas.

En fait, c’était limite devenu une secte, au point où on parlait, on mangeait, on respirait, on transpirait LGBT.

Vraiment, il n’y avait que de ça : et du transactivisme aussi. 

A l’époque, je ne vais pas dire que j’étais une transactiviste, parce que je ne le partageais pas sur les réseaux, ou quoi que ce soit, mais vraiment, j’étais persuadée que le transactivisme était une bonne chose.

Alors que, avec le recul, pas du tout!

Et en fait, pas très longtemps après qu’elle ait réussi à m’isoler de tout le monde, ma petite amie m’a annoncé que, en fait, elle était transexuelle, et qu’elle allait faire la transition pour devenir un homme. Qu’elle voulait qu’on la genre au masculin. Qu’on l’appelle par son nouveau prénom. Et moi, je trouvais ça merveilleux : “mais c’est incroyable, c’est dingue. Tu t’assumes, je suis tellement heureuse pour toi!”

Je la soutenais, et pour moi, mon premier amour devenait la personne qu’elle souhaitait être… c’était que du bonheur!

Sauf qu’en fait, ce n’était pas du tout la réalité, c’était vraiment une façade, et vraiment à partir de ce moment-là, c’est devenu de pire en pire. 

Au point où on avait des cours d’arts plastiques ensemble, et tous ses projets, c’était sur la dépression, et à quel point être dépressif c’était poétique. Etre triste et se mutiler, c’était poétique. Que la transexualité, c’était de la libération, etc.

Donc je passerai le sujet de la mutilation parce que vraiment, elle avait une obsession avec ça, vraiment. 

Elle me faisait du chantage avec ça.

RDG – Tu dis que tu veux le passer, mais c’est quand même un point important, on le gardera si tu veux, ou pas. Mais qu’est-ce que tu entends par cette obsession de la mutilation? 

Chloé – Elle se scarifiait.

RDG – Elle te demandait de le faire aussi ?

Chloé – Alors une fois. En fait, à chaque fois qu’on se prenait la tête, elle me faisait du chantage à la mutilation. Elle me faisait du chantage en disant : “Ouais, non mais tu penses ça de moi, et tout… je vais me mutiler.” 

Et puis après, elle m’envoyait des photos de tout ça, au point où moi je me disais : “Mais ça devient normal.” Et j’ai commencé à le faire. J’ai commencé à le faire. Parce que, à chaque fois que je faisais vraiment une crise due à mon autisme, à chaque fois que je faisais des crises d’overwhelm, quand j’étais vraiment trop stimulée, au point où mon cerveau n’arrivait plus à fonctionner, la seule solution, ça en venait à être de la scarification, parce que c’était la seule qu’on m’avait appris, étant donné qu’à l’époque, ma mère ne s’y connaissait pas beaucoup en autisme, qu’elle n’avait pas été diagnostiquée, moi non plus. Je n’ai reçu mon diagnostic que très tard, et la seule [solution] qu’on me donnait quand tu te sens vraiment pas bien, c’était de te mutiler. Donc je l’ai fait.

Et elle me disait : “Ouais mais c’est trop beau, tu le fais aussi! Tu te rends compte de la beauté du truc, et tout…”

Et ouais sans donner à du chantage à la mutilation, que c’était une bonne chose…

Avec le recul, aujourd’hui, je me dis : “Mais comment j’ai pu me faire berner comme ça, vraiment? Comment j’ai pu? Mais entre les sentiments que j’avais,  et l’âge bête, le fait de trouver enfin un groupe social qui m’accepte, je me disais : “c’est magnifique. et c’est parfois… On vit dans le meilleur des mondes” … Sauf qu’en fait, pas du tout.

 Et donc, oui, par rapport à la mutilation : ça en venait à faire du chantage à la mutilation. 

RDG – Donc scarifications, ce genre de choses-là?

Chloé – Oui, de réelles scarifications. J’en ai des cicatrices aujourd’hui sur les bras. Je me suis fait tatouer pour couvrir un bras, mais j’ai l’autre qui n’est pas encore tatoué, et j’ai encore énormément de cicatrices.

Pareil pour les cuisses : j’ai des cuisses où j’ai encore des cicatrices, et je sais que ça va me suivre toute ma vie.

Et aujourd’hui, à chaque fois que je regarde ces cicatrices, autant je me dis : “J’ai réussi à passer ce cap, et je suis fière de moi.” Mais en même temps ça me renvoie à cette époque, et ça me rappelle cette personne.

Et il y a vraiment des fois où, quand je ne vais pas être bien, de base, et que je vois ça, et que ça me rappelle cette personne, ça va jusqu’à récemment, parce que j’en ai travaillé avec mon thérapeute, jusqu’à récemment, je pouvais vraiment faire des crises juste parce que je n’allais pas bien, et de voir mes cicatrices… Ca m’a réellement laissé un traumatisme, cette expérience. 

Encore aujourd’hui, je peux en faire des cauchemars. 

J’en ai refait un il n’y a pas très longtemps, par rapport à ça, où je rêvais que la personne envers qui j’ai des sentiments actuellement me faisait le même coup que cette personne. Et je me suis réveillée en pleurs, vraiment… Enfin, je n’étais pas bien du tout, quoi. 

Et je sais que ça risque de me suivre encore très très longtemps. 

Mais oui, donc pour revenir à cette histoire, pas très longtemps après cette histoire de transition, elle m’a quittée du jour au lendemain. 

Mais quand je dis “du jour au lendemain”, c’est réellement du jour au lendemain : la veille, on était au téléphone (parce qu’on s’endormait avec le téléphone, on s’appelait, on trouvait ça absolument très romantique, etc…) Alors bon voilà c’est des trucs d’adolescents, mais bon, la veille au téléphone, elle me disait qu’elle m’aimait plus que tout au monde, qu’elle voulait passer sa vie avec moi, etc… Et le lendemain, réellement 24 heures plus tard, elle me largue sans m’expliquer, sans aucune explication. Et après lui avoir envoyé des messages en la suppliant de m’expliquer et des heures de discussion, elle a craqué et elle m’a déversé toute sa haine : me reprochant que j’avais jamais été là pour elle, que je ne l’avais jamais soutenue dans sa transition, que j’étais une mauvaise personne, qu’elle me détestait, qu’elle ne pensait pas pouvoir rester en couple avec une fille, maintenant sa transition commencée. 

Alors qu’avant, on était en couple, il n’y avait aucun problème. 

Et encore moins avec moi… et que je ferais mieux réellement (elle m’a balancé mot pour mot) que je ferais mieux de me jeter sous un train. 

Alors que je n’avais plus personne. 

Psychologiquement, ce que ça fait une adolescente qui n’a personne autour d’elle, de se dire que la seule personne qui m’aimait réellement et que j’aime, me dit que ma vie ne vaut rien, c’est évidemment… ça a donné, ça a donné lieu à des trucs horribles. Elle m’a balancé réellement toutes les peurs que j’avais :  j’avais peur d’être une mauvaise personne, j’avais peur de mal dire les choses, que les gens aimaient traîner avec moi par pitié etc… Toutes ces choses là que je lui avais dit uniquement à elle parce que j’avais confiance en elle, vraiment pour moi c’était ma personne de confiance et elle me les a toutes balancées en me… en me disant que ce que je pensais était vrai : que je valais rien. Que, voilà… Et qu’elle me détestait. Et qu’au lieu de l’embêter avec mes questionnements et mes problèmes, j’étais un poids pour elle, et tout notre groupe d’amies. Et que notre groupe d’amies me détestait, et que je ferais réellement mieux de me jeter sous un train. 

Je me suis retrouvée seule en fait, plus personne autour de moi. 

Ma mère, on avait une relation qui était brisée, en fait, à l’époque, à cause de cette personne et mes amis donc les seules personnes qui me restaient, elles m’avaient toutes bloquée de partout, elles me parlaient plus, elles m’ignoraient, mon premier amour me détestait… Ouais en effet, après ce qui s’est passé j’en suis venu à faire une tentative de suicide.  J’avais plus aucune identité, tout ce que j’avais on me l’avait enlevé et on me l’avait recraché au visage en disant que je valais rien. Mon identité en tant que femme qu’on m’avait enlevée, je l’avais plus. Mon identité en tant que personne, en tant qu’amie, en tant que fille, je ne l’avais plus. 

Ma relation avec ma mère je l’avais plus, je n’avais plus rien. 

Donc oui j’ai fait une tentative de suicide qui, heureusement, n’a pas réussie et ça n’a été vraiment qu’avec du recul et énormément d’aide de ma mère, que je me suis rendu compte que cette rupture c’était le mieux pour moi et à quel point j’avais été manipulée par ce groupe. 

Après avoir passé cette période, plus une seule fois je me suis posé de question sur mon genre, ou ma sexualité, ou mon identité, et je me sens, clairement, plus à l’aise dans mon corps aujourd’hui qu’ à l’époque, avec tout ce qui se passait. 

RDG : C’est… En tant que mère, ça me met dans une telle colère.

Chloé : Le texte que j’avais envoyé à ma mère pour qu’elle le transfère à une amie journaliste à “Elle”… Dans le texte je mets beaucoup de détails pour que le témoignage soit complet pour cette personne. 

Elle l’a lu et elle m’a dit “Mais je suis désolée de ne pas l’avoir vu, de ne pas avoir été là pour toi à ce moment-là, quand c’est arrivé”. 

Et je lui ai dit : “Mais ce n’est pas de ta faute, c’est moi qui te bloquais, qui ne te laissais pas m’aider, qui t’empêchais, en fait, de par cette manipulation complète de ce groupe. 

Je l’ai empêchée. 

Elle était désolée, elle n’était vraiment pas bien, ma mère, quand elle a lu entièrement le texte.

Elle m’a dit : “Mais que tu aies pu vivre ça, je suis réellement désolée.” 

Et je lui ai dit : “Mais tu n’as pas à t’excuser”. 

Clairement, tout ce qui s’est passé, ce n’est pas de sa faute, et au contraire, dans tout ce qui s’est passé, s’il y a bien une personne grâce à qui j’ai réussi à tenir, et à garder un minimum d’identité, c’est grâce à ma mère, et à l’éducation qu’elle m’a donnée. Parce que si elle ne m’avait pas éduquée dans le sens de “tu es une femme, accepte pleinement ce truc-là, et aime toi comme tu es”, si elle ne m’avait pas éduquée comme ça, ça se serait passé horriblement pire ! 

Vraiment ça aurait été une horreur, si elle ne m’avait pas éduquée comme ça.

Donc je ne la remercierai jamais assez de m’avoir donné cette éducation, et de m’avoir accompagnée toute ma vie dans ma féminité, pour m’assumer en tant que telle. 

RDG : Mais merci de dire tout ça! Parce que je crois que c’est vraiment très précieux, et que dans les personnes qui nous écoutent, il y a des mères, il y a des parents, il y a aussi des frères et soeurs, il y a aussi des amis qui sont désespérés, en fait, parce qu’ils voient disparaître une personne, ils doivent porter le deuil de la personne qu’ils aiment, alors qu’en fait elle est vivante, mais que, ils peuvent juste espérer qu’elle va revenir. Et ton témoignage dans ce sens-là… 

Vraiment, je te dis merci parce que je crois que tu peux donner de l’espoir en fait à beaucoup de personnes, vraiment.

Chloé : c’est gentil. 

RDG : Non non, je pense réellement que c’est très important de garder l’espoir et de se dire que c’est pas mort, en fait, et que la relation, on arrive à la garder. On peut la restaurer, on peut la restaurer.

Chloé : Bien sûr ! Mais le pire dans tout ça c’est que ma mère n’a jamais abandonné en fait, elle a gardé cet espoir qu’un jour, ça se brise. Et c’est ce qui s’est passé.

Mais ça a mis du temps avant qu’avec ma mère, on reprenne une relation. 

Là, on n’a repris une relation saine, et une réelle relation mère-fille que très récemment. Ça a mis plus de 3 ans pour que moi, psychologiquement, j’arrive à m’en remettre. Et j’arrive à ré-accepter qu’en fait ma mère n’était pas un ennemi. 

Moi, ça m’a fait une image de ma mère qui est absolument horrible, mais heureusement, je me suis réveillée. Parce que ma mère n’a pas lâché prise. Et elle est revenue vers moi plus tard, en me disant : “Mais est-ce que tu souhaites qu’on se voit?” 

Et heureusement! Parce que, vraiment heureusement, qu’elle n’a jamais lâché prise, parce que c’est elle qui m’a… qui m’a soutenue.

De loin, avec le recul, je m’en rends compte. 

Mais à l’époque, je ne voulais pas le voir. 

Mais au fond, je savais que ma mère serait toujours là.

Et c’est ce qui s’est passé, elle a toujours été là. 

Et aujourd’hui, on a une relation qui est pour moi une délivrance, un peu. Réellement, pour moi, d’avoir cette relation aujourd’hui avec ma mère, c’est une délivrance. Parce que je peux m’assumer pleinement, elle est toujours avec moi, même si je dis quelque chose de mal elle va me le dire, elle va me dire : “Donc oui, je pense que ton avis, il n’est pas dingue.” 

Et quand on a un désaccord, on en parle, on en discute et on communique. 

Et vraiment c’est ce qui a manqué à ce moment-là : c’était de la communication. 

C’est réellement ce qui a fait que tout ça s’est passé de cette manière, et on l’a appris avec ma mère. Et aujourd’hui, dès qu’il y a un problème, on communique. 

Et ça s’arrange tout de suite, dès qu’on communique, parce qu’en plus de notre autisme à chacune, dès qu’il y a un désaccord, c’est très souvent parce qu’on n’arrive pas à se comprendre l’une et l’autre, parce qu’on va interpréter différemment, et on va renvoyer différemment. Et aujourd’hui, quand il y a un problème, moi je lui dis  “Moi, je ressens les choses comme ça et ce que j’essaie de te faire comprendre c’est ça.” Et ma mère va me dire : “Moi je les comprends comme ça, et ce que je veux te faire comprendre c’est ça.” Et à partir de là, c’est bon. Et oui, je pense vraiment que la relation mère-fille, père-fille, père-fils, mère-fils, toutes les relations proches en tout cas, la communication c’est extrêmement important parce que c’est ce qui a manqué à ce moment-là.

RDG :  Clairement, c’était ce qui t’a sauvé et c’est aussi pour ça je pense, qu’elle s’est autant acharnée pour détruire cette relation, en fait. 

Chloé : Ah bien sûr ! Bien sûr ! Parce que ma mère réellement, à cette époque là, elle m’a expliqué le pourquoi du comment, cette idée de transidentité, c’était nocif, c’était mauvais, et elle y arrivait au début, elle arrivait à me faire comprendre. 

Sauf qu’en fait, cette fille avait une emprise telle sur moi que je me disais “mais non en fait, ma mère a complètement faux et c’est une ennemie, elle veut m’enfermer et tout” et elle s’est acharnée, cette fille, pour détruire cette communication qu’on avait. Et elle a réussi. Et c’est à partir du moment où il n’y avait plus aucune communication entre ma mère et moi réelle, sans qu’on se prenne la tête ou sans que j’interprète dans le sens de tuer la méchante, jusqu’à ça psychologiquement, je tenais encore. Mais c’est à partir du moment où cette fille a coupé toute communication entre ma mère et moi que ça a dégringolé.

RDG – A quel moment tu dis finalement ben oui tout ça c’est en fait… c’est du vent?

Chloé – Alors le moment où je me suis dit que… tout ce transactivisme, et tout, c’était vraiment nocif, ce n’est que très récemment. Parce que j’en parlais énormément avec ma mère, et depuis ce qui s’est passé au lycée, je me disais “mais ce n’est pas normal.” Mais je ne m’y étais jamais réellement attardée et donc, je me suis vraiment posé la question d’être, entre guillemets, une  “rebelle de genre” quand j’ai repris contact avec ma mère, et qu’on a parlé, énormément, de cette période. Parce que c’est la période où ça a brisé quelque chose entre ma mère et moi. On en a énormément parlé, et elle m’a envoyé des articles à lire, et… mais sans me forcer, comme quoi… ok : l’homosexualité, là il n’ y a pas de souci, mais le problème c’est de remettre en cause ce qu’est une femme ou ce qui peut être un homme, et à quel point c’est problématiques au niveau des droits de la femme, et au niveau de tous les combats que nos ancêtres ont fait pour qu’aujourd’hui on puisse être des femmes pleinement, en fait! Et à quel point ça rend invisible notre combat en tant que féministe, et en tant que femme tout court. 

Donc j’ai commencé réellement être rebelle du genre il n’y a vraiment pas très longtemps… Enfin, être “critique du genre”. 

Et ce qui m’a amenée réellement à l’être, c’est tout ce qui s’est passé au lycée, et parce que je veux pouvoir comprendre réellement comment ça a pu arriver, et pouvoir prévenir, pouvoir arrêter ce… idéalement évidemment, pouvoir arrêter ce transactivisme qui se fait de partout. Parce que c’est dangereux, c’est réellement dangereux pour un adolescent qui est en pleine construction ou pour un enfant qui est en train de se construire, de s’accepter soi-même. C’est dangereux.

En prenant mon exemple, si tu as très peu de contacts sociaux avec l’extérieur, si tu t’enfermes dans les jeux vidéos, Internet, etc.,  tu es une victime facile, en fait, de ce mouvement. Et que derrière toute cette façade de “espace safe pour toute personne”… ben non ça ne l’est pas. C’est réellement un piège, en fait, parce que dès que tu te fais avoir, il faut te battre. C’est la croix et la bannière pour t’en sortir, pour réussir à t’en défaire complètement. Et psychologiquement, ça a un impact en fait. Ça a réellement un impact. Ça te laisse des traumatismes qui peuvent durer à vie, que ce soit psychologiques ou physiques.  Ca te laisse un réel traumatisme. La vérité c’est… soit tu es de leur côté, soit tu es un ennemi. Il y a pas d’entre-deux.

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie?

Chloé – C’est une réelle menace, ne serait-ce que pour les femmes, parce que ça rend invisible notre combat, complètement! Ils sont en train d’effacer ce qu’est une femme. On est en train de faire de la femme un sentiment. De faire de la femme des clichés complets. Pour eux, tu peux t’identifier comme femme à partir du moment où tu “agis comme une femme”… Sauf que être une femme, ce n’est pas ça! 

Etre une femme, c’est avoir un vagin, avoir certains chromosomes.

Etre une femme, n’est pas un sentiment.

C’est une vérité scientifique, d’être une femme.

Pour moi, c’est une réelle menace, parce que c’est en train d’effacer le féminisme et c’est en train de diaboliser, en fait, le féminisme. Parce que quand on dit : “Non. Etre une femme, ce n’est pas un sentiment.” On nous traite de TERF, on nous insulte, on nous menace! De plus en plus, on menace les féministes qui osent dire que : “Non.” On les menace de mort.

On les menace de violences sexuelles, aussi.

Donc clairement, ouais c’est vraiment parce qu’on est en train de rendre invisible le combat de la femme, et la femme tout court.

Ensuite cette idéologie, c’est une menace pour les enfants, également. Parce que les enfants c’est les plus faibles, c’est les proies les plus faciles. Parce que on les noie sous toutes ces nouvelles informations de : “Oui, en fait, si tu veux mettre une jupe, c’est que tu es une femme, c’est que tu n’es pas un garçon. Et que, à contrario, si tu veux mettre un pantalon et que tu n’aimes pas les jupes, c’est que tu n’es pas une femme, c’est que tu es un garçon.” 

Ce que ça fait un enfant, psychologiquement, de se dire : “En fait, si j’ai un pénis ou si j’ai un vagin, ça ne change rien.” 

C’est terrible pour le développement d’un enfant.

D’autant plus sur Netflix, surtout ce qui se passe au niveau des séries… 

Netflix, qui est accessible pour les enfants si les parents ne font pas très attention, s’ils ne mettent pas le contrôle parental : ils ont accès à toutes les séries possibles sur Netflix, dont les séries qui se veulent “sex progressive” qui sont dangereuses. Ces séries, réellement, elles sont dangereuses! Il y a quand même des séries qui veulent enlever le tabou de la puberté pour les enfants, pour que ça soit plus simple pour eux, d’assumer la sexualité, dès très jeune… 

Dans cette série, on met des enfants de 12-13 ans, on les met comme exemple, et on leur fait vivre des situations “à sortir par les yeux” , il n’y a pas un seul personnage dans cette série qui, à un moment, ne remet pas en question sa sexualité ou son genre! Ce n’est que de ça!

Dans cette série, à un moment on te montre un garçon qui a transitionné pour devenir entre guillemets “une femme”, donc une fille car il a 13 ans, je le rappelle. Et donc on le voit arriver dans un camp de vacances, alors qu’il a encore un pénis, dans le dortoir des filles. Il va dormir dans le dortoir des filles parce qu’il s’identifie comme femme. Et il arrive là-bas, et les filles qui sont “féminines” réellement, qui mettent du maquillage, qui s’habillent avec des jupes, qui assument leur “féminité”, etc., qui sont des clichés, clairement… qui sont des clichés de ce qu’est une fille à l’époque du collège, qui vont voir, donc, ce garçon dit “transexuel”, et qui vont l’habiller et qui vont lui dire : “Oui mais comment tu présentes cette fille? Est-ce que tu lui mets du maquillage? Est-ce que tu l’habilles en Prada? Est-ce que tu l’habilles avec du Gucci, etc.?” Ils s’en servent comme d’une poupée.

Donc déjà, ça diabolise un petit peu, je trouve, ce qu’est une fille. 

Pour elles, quelqu’un de trans, c’est un jouet. 

On porte ces filles-là en méchantes, de prendre ce garçon trans, de l’habiller, de lui mettre du maquillage, et tout, parce qu’il est trans, et parce qu’elles veulent entre guillemets “l’aider à être plus une fille”…

RDG –  Oui évidemment du maquillage… paf, paf…  fille!

Chloé –  Bah oui c’est ça, pour l’aider à être plus une fille : il faut lui mettre du maquillage, lui mettre une robe, le mettre sur un podium, sur un défilé… tout ça! Et à contrario, il y a la fille, donc le personnage principal, à côté, qui va le voir, qui s’excuse en disant que : “Oui c’est… c’est vraiment (comme ils disent dans la série) c’est des “bitches”, donc c’est des connasses littéralement, que c’est des connasses de dire ça et que oui si elle se sent mal, enfin si ce garçon se sent mal il peut venir la voir…. 

Les seules filles qui entre guillemets “assument” leur féminité, on en fait les méchantes et en plus de ça, on cultive la caricature de : être une fille c’est mettre du maquillage et s’habiller avec de la haute couture! Je trouve ça quand même assez incroyable… de mettre ça dans une série pour enfants en plein développement! 

RDG – Et de façon plus générale je pense que tu avais développé un peu une réflexion sur justement les séries Netflix, de façon globale tout à l’heure tu m’en parlais?

Chloé –  Ah oui oui! Toutes ces séries Netflix accessibles aux enfants qui se veulent “sex progressive” où dedans il y a pas un seul personnage pleinement hétéro. Où, à chaque fois le personnage hétéro va remettre en question sa sexualité ou son genre et que de remettre ça en question ça va “le libérer”! Ça me sort par les yeux. 

En quoi être une personne hétéro et assumer son genre pleinement est un problème?

RDG – C’est général sur Netflix? Il y a beaucoup de séries comme ça?

Chloé – Ah bah il y en a de plus en plus je vois de moins en moins de séries ou on parle pas de LGBT, de transexualité, ou le mot “cisgenre” n’est pas prononcé, il y en a de moins en moins, des séries comme ça. 

RDG – Donc en fait on a une normalisation du discours transactiviste par les séries, complètement. 

Chloé – Ah mais ça, complètement! C’est son train de devenir une normalité, en fait!

Sur Netflix, ils sont limite en train de dire que le fait d’être hétéro, ou pour eux, d’être “cis”, c’est une mauvaise chose. Et qu’en fait, être transgenre, ou être non-binaire, ou être homosexuel, et de remettre sans cesse son genre ou sa sexualité en question, c’est une bonne chose, c’est un bon développement pour une personne.

RDG – Et notamment pour les enfants. Enfin, ça fleure bon la pédocriminalité, tout ça! Je veux dire…

Chloé – Ah oui complètement!

RDG – Je veux dire… Normaliser la sexualité chez des enfants, enfin pour moi ceux qui font ça régulièrement, c’est quand même les pédocriminels, non?

Chloé – Ah mais complètement! Surtout que comme dans la série dont je parlais tout à l’heure… Le fait d’enlever ce tabou sur la puberté, de montrer des pénis à tout va, et des vagins tout va dans la série… Et montrer ça ensuite à des enfants… Bon, c’est un peu moyen quoi ça. Ouais ça fleure la pédocriminalité, ouais.

RDG – D’accord. Alors qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner sous ta réelle identité, puisque c’est le cas aujourd’hui? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est-ce que tu sens qu’il pourrait y avoir un danger dans ton entourage ou pour toi-même, par rapport à cette question? Ou est-ce que tu te sens en sécurité pour parler librement?

Chloé – Alors clairement, je n’ai pas peur de témoigner sous ma réelle identité, ça ne me pose aucun problème. Et ce qui m’a décidée à témoigner sous ma réelle identité, c’est déjà pour montrer qu’il ne faut pas se laisser faire. Haha. Que, même si on reçoit des pressions, il ne faut pas en démordre. Parce que c’est comme ça que ce dogme va gagner un petit peu. Et c’est en nous faisant peur et en nous faisant reculer, et au contraire il faut pas reculer face à ça parce que sinon ça va les laisser gagner, et ça va les laisser s’étendre de plus en plus et devenir de plus en plus dangereux. 

Et donc, non j’ai pas peur de témoigner sous ma réalité, alors que oui, j’ai reçu des pressions ou des leçons de morale de la part de transactivistes, ou “d’alliés (entre guillemets) LGBTQje-ne-sais-quoi+”. Et pourtant, ça n’a pas changé mon point de vue une seule fois. Pas une seule fois, je ne laisserai mon point de vue être changé par ce genre de personne. Et ça m’a réellement montré à quel point tout ce lobby, cette idéologie est immature. 

Parce qu’à chaque débat, il n’y a jamais un seul argument, un réel fait, un réel argument. C’est toujours du chantage affectif, du chantage au suicide. Du : “Oui mais regarde-toi, tu es la méchante, et tout!” 

Mais je m’en fiche! Clairement, c’est ton idée, d’accord. Mais ce n’est pas parce que c’est ton idée que je dois l’accepter et me dire que c’est la bonne idée. 

Et ça n’est pas parce que TU penses que c’est la bonne idée que ça l’est, clairement. 

Je pense réellement que ça ne devrait pas atteindre autant de personnes, au vu des idées qu’ils propagent. Clairement, les idées de que tous les transactivistes propagent, le fait que ça atteigne autant de jeunes personnes, c’est pas bon! 

Et il faut continuer à se battre pour empêcher ça. 

Parce que ça va devenir de pire en pire. 

Peut-être que là, actuellement, je suis un cas parmi tant d’autres. 

Mais au vu de ce qui m’est arrivé, je n’ai pas envie que ça devienne une normalité. 

Et malheureusement, c’est ce qui est en train de devenir. 

Parce qu’aujourd’hui, on est en train de voir de plus en plus de femmes qui sont en train de détransitionner, parce qu’elles ont vécu ce genre de choses, et qu’elles ne se sont pas arrêtées juste avant. 

Parce que moi, clairement, je me suis arrêtée juste avant. 

Juste avant d’entamer réellement cette envie de transition. Je me suis arrêtée juste avant. Et je n’ai pas envie qu’il y ait de plus en plus de femmes qui souffrent de ça, et que malheureusement, ce soit trop tard, leur identité de femmes, elle leur soit enlevée, physiquement, je veux dire. 

RDG – Oui leur corps en fait : que leur corps soit altéré, qu’elles soient mutilées définitivement.

Chloé – C’est ça : que leur corps ait été mutilé. Je n’ai pas envie que ça devienne une normalité. Parce que… c’est horrible. C’est horrible. 

Pour moi qui, à l’époque… je me disais : “Non, je ne veux pas d’enfants.” 

Alors qu’aujourd’hui, j’aimerais avoir un enfant plus tard, une fois que, voilà, j’aurai la situation, etc. Je veux avoir un enfant. 

Mais à l’époque, au vu de l’immaturité que j’avais, je n’en voulais pas, d’enfant. Si j’avais fait cette transition pleinement, aujourd’hui j’en souffrirais, parce que je ne pourrais jamais avoir d’enfant.

RDG – Et ton ex copine, là… Du coup, elle a fait une transition complète? 

Chloé – Elle a fait une transition complète, de ce que je sais. Parce que j’ai coupé tout contact avec ces personnes.

RDG – Donc elle s’est fait stéril… elle s’est faite castrer.

Chloé – Aux dernières nouvelles, elle était sous bloqueur hormonaux, elle prenait de la testostérone, et elle s’est fait retirer ses seins. 

De me dire que cette personne m’influençait à me dire que, oui c’était possible que je puisse le faire également. 

Et que, pour moi, ça s’en était devenu une possibilité à un moment de me dire que, dans une autre temporalité, je l’aurais fait… ça me détruit.

Parce que je me dis… mais si ma mère n’avait pas été aussi présente, dans quelle situation je serais aujourd’hui?

Si ma mère avait laissé tomber, dans quelle situation je serais aujourd’hui? 

Et c’est pour ça que je ne remercierai jamais assez ma mère de ne pas avoir lâché prise, et de toujours avoir été là pour moi. 

RDG – Merveilleux. En tant que mère je… je connais le désespoir de certaines mères vraiment, autour de moi et ce matin encore j’ai parlé avec une amie très chère et c’est sa petite fille qui a 19 ans qui a transitionné. Donc elle a déjà pris la testostérone, elle a… sa voix a mué, et donc là, il est question de … la suite, en fait : la mastectomie, etc. Et cette femme qui traverse ça… c’est terrifiant.

Chloé – Pour moi qui veux un enfant, je n’ai pas envie que mon enfant grandisse dans une société où il y a cette idée-là que c’est normal de se mutiler le corps, en tant que femme, pour devenir un homme. Et qu’être une femme, en fait, c’est un sentiment.

Mais ça me détruirait, en tant que mère, de voir mon enfant tomber dans ce piège.

RDG –  As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Chloé – Une fois, en fait, je m’étais habillée avec une robe et des collants et comme je m’habille aujourd’hui parce qu’à l’époque je commençais déjà à avoir mon style en fait! Et elle me l’a enlevé complètement. Que j’étais venue en robe avec des talons et j’avais ma robe, collants, talons, sac à main et tout… Et que ça n’avait pas plu à mon groupe d’amies qui se disaient transactivistes, ça leur a permis de faire beaucoup de remarques sur mon hétérosexualité, ma féminité. Je leur ai dit : “Mais j’aime m’habiller comme ça, laissez-moi m’habiller comme ça enfin!” Et elles n’étaient pas d’accord, et je leur ai tenu tête… Et vraiment, elles m’ont fait la tête pendant un bon moment… Elles m’ont vraiment ignorée parce qu’elles me disaient : “Non, tu es non-binaire, tu n’es pas une fille, tu n’es pas une fille, tu n’es pas une fille!” 

Alors que moi je leur disais : “Mais bien sûr que si! Enfin moi, je m’identifie comme une fille. Je ne m’identifie pas comme comme ce que vous me dites!” Elles osaient dire que je n’étais pas de leur vie, et que je voulais m’habiller comme je le souhaitais… elles m’ont fait la tête pendant presque une semaine. Elles m’ont ignorée et rejetée, juste parce que je leur avais tenu tête, jusqu’au moment où il a fallu que j’aille m’excuser de moi-même. Et c’est à partir de là qu’elles ont accepté de me pardonner, et de passer l’éponge. 

Et de même, au tout début de ma relation amoureuse avec cette fille, pour moi c’était… voilà c’était compliqué, parce que je me disais “Oui bon voilà je suis amoureuse d’une fille, voilà…” ça me surprenait un petit peu… Elles remettaient ce truc-là en question en disant que : “Oui, tu te rends compte, si tu t’acceptais pleinement, tu ne réagirais pas comme ça, etc…” 

Alors que j’étais en train de me développer et qu’elles appuyaient sur tous les questionnements que je pouvais avoir en tant que personne qui se développe, en fait.

Par rapport aux marques, en fait, vraiment aujourd’hui cette idéologie elle impacte même les marques au point où en juin donc, pendant le “Pride Month” donc le mois de la Pride, toutes les marques mettent leur logo en drapeau LGBT et se veulent “alliées”. 

Sauf qu’en fait, c’est évidemment juste pour se faire bien voir des parties LGBT des transactivistes etc. Et le fait que même des marques prennent ce genre de parti ça me semble quand même assez absurde. De vouloir se justifier comme allié pour vendre… Parce que comme ce qu’on voit sur Twitter si tu n’es pas un allié tu te fais “ficher” il y a quand même des threads sur Twitter de personnes qui disent “Voici les marques et les personnes qui sont contre le transactivisme et les LGBT, ou qui ne soutiennent pas…” Parce que même ne pas soutenir, c’est être un ennemi, bien sûr! 

Et c’est des threads absolument absurdes! Statuant qu’il faut boycotter cette marque parce qu’elle n’est pas dans le “Pride Month”, elle ne fait pas partie donc en fait ce lobby-là prend même en otage les marques de vêtements! 

Même les marques de vêtements qui sont censées être un minimum neutres, sont forcées de prendre un parti, autrement elles se font boycotter.

Je trouve ça quand même absurde. 

RDG – Dernière question : est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Chloé – Ce que j’aurais à ajouter à la fin, c’est ce que j’ai essayé de faire passer également durant ce témoignage c’est que face à une personne qui se fait piéger un peu par ce lobby, en tant que personne aimante, tout ce qu’on peut faire malheureusement quand notre enfant, notre ami, notre petit enfant, notre compagnon ne va pas nous laisser avoir de la place ou avoir un avis, faut pas laisser tomber! 

Parce que comme je l’ai déjà dit aujourd’hui si réellement, j’arrive à m’accepter pleinement, c’est c’est un bon 80, 90% grâce à ma mère! 

Et heureusement qu’elle n’a jamais abandonné, qu’elle n’a jamais baissé les bras, qu’elle n’a jamais accepté mon avis un peu absurde que j’avais à cette époque, parce que je me faisais manipuler et ce que je peux dire c’est qu’il ne faut pas laisser tomber, il ne faut pas abandonner la personne qu’on aime, même si ça fait mal de voir mourir, en fait, psychologiquement, la personne qu’on connaissait avant.

Il faut continuer à se battre pour pas que ce genre de choses s’applique à d’autres personnes réellement, surtout pas! 

Que le suicide, la tentative de suicide devienne la dernière réponse et la libération d’une emprise, il ne faut surtout pas que ça devienne une normalité. 

Parce que malheureusement c’est ce qui était la solution et la réponse pour beaucoup de personnes qui sont fait avoir par cette idéologie.

Et (je voudrais dire) à toutes les personnes qui voient les personnes qu’elles aiment se faire avoir par ce lobby de ne pas laisser tomber, de continuer à se battre, et de continuer à montrer qu’on est là, qu’on les aime tout en leur disant que il ne faut pas qu’ils s’abandonnent juste pour rentrer dans des cases, ou pour se faire bien voir par ses amis, que c’est pas parce que tu as un avis différent de ton ami que tu es un ennemi. 

S’il vous plaît, signez la Déclaration des Droits des Femmes basés sur le sexe : womensdeclaration.com 

Rebelles du genre – Épisode 45 – Magda

Magda – Je suis une femme de 37 ans. Je suis féministe depuis une quinzaine d’année et j’ai milité pendant quelques années dans une association qui proposait des activités et des rencontres en non-mixité. J’ai fait des études de sociologie. Je vis à la campagne.

Rebelles du Genre – Bonjour et bienvenue sur le podcast Rebelles du Genre. Nous sommes des femmes, militantes pour l’affirmation et la protection des droits des femmes basés sur le sexe, et donc notre biologie. Le sexe est la raison de notre oppression par les hommes, et le genre en est le moyen. Nous sommes les rebelles du genre. Nous observons aujourd’hui avec fureur des hommes qui envahissent nos espaces, agressent nos sœurs, revendiquent nos droits. Conditionnées à la gentillesse et touchées par leur victimisation, les femmes mettent en général un certain temps à comprendre l’arnaque du mouvement transactiviste, et commencent souvent par soutenir cette idéologie. Puis elles ouvrent les yeux, constatent sa violence, et la refusent. Ce podcast est là pour donner la parole à des femmes qui expliqueront pourquoi et comment elles sont devenues critiques du genre et qui témoignent de leur parcours. Écoutons leur parole. 

Magda – Depuis petite, j’observe avec étonnement les comportements sexistes. J’ai un souvenir précis de me voir observer les filles qui se jetaient sur les crayons roses. Ça m’agaçait ! Du coup, j’en prenais un noir.

Une fois adolescente, je me suis sérieusement demandé pourquoi les femmes se maquillaient, et pas les hommes.

Je suis devenue féministe vers 20 ans après avoir travaillé dans un milieu professionnel très macho. Mais j’ai pu mettre des mots plus clairs sur mon positionnement quand j’ai découvert la sociologie critique et la sociologie du genre, quelques années plus tard. J’ai toujours eu une approche anti-essentialiste donc anti-genre. Les quelques cours que j’ai eus à la fac en sociologie du genre m’ont permis d’aborder la notion du genre comme définissant un système oppressif qui classe les individus en deux groupes sociaux distincts et hiérarchisés, en fonction de leur sexe . Ça me confortait dans ce que j’avais observé depuis la maternelle donc pour moi c’était évident. D’ailleurs  longtemps j’ai  pensé que toutes les féministes luttaient pour l’abolition du genre. 

En 2012 je suis allée faire une année de master à Paris et j’ai fait une recherche sur un sujet féministe et disons, « LGBT ». C’est à ce moment que j’ai compris qu’il y avait un autre usage du mot « genre ». D’un côté, le genre comme un système oppressif qui classe les individus en deux et qui est intrinsèquement lié à la sexuation des individus (mâle/ femelle). De l’autre le genre comme synonyme, disons de « personnalité » de goûts et de manière de se présenter aux autres, de s’habiller etc. Dans cette approche, disons « postmoderne », il suffirait de mettre le genre au pluriel – « les genres » – pour qu’il arrête d’être oppressif et devienne même un outil de libération des individus. 

C’est à cette époque que j’ai compris qu’en tant que féministe, j’étais censée être solidaire du mouvement trans, soutenir les revendications trans. Or, j’ai toujours considéré que le transgenrisme était un symptôme de notre société sexiste et non une solution au problème. J’étais peu concernée par cette question à l’époque, mais ça a commencé à me poser sérieusement question quand j’ai aperçu les conséquences théoriques et politiques que produisaient se rapprochement entre le féminisme et le transgenrisme. Notamment le fait que le concept du « genre » était de moins en moins utilisé et que l’était de plus en plus le concept «  des genres », au pluriel donc.

L’année d’après j’ai monté un collectif féministe avec des potes dont l’objet était de créer et favoriser des moments et des espaces en non-mixité.

Et là, ce sont les conséquences pratiques et politiques de ce lien entre le transgenrisme et le féminisme que j’ai vues. Par exemple, on a commencé à nous reprocher d’utiliser le mot « sororité ». Moi et mes potes on découvrait ce concept et on l’expérimentait à fond. ça nous faisait énormément de bien ainsi qu’à plein d’autres filles et femmes donc pour moi c’était déjà quelque chose de très grave. Ces personnes qui nous reprochaient d’utiliser ce terme avaient un profil bien précis : c’était des jeunes femmes qui toutes venaient de grandes agglomérations et semblaient penser qu’elles nous apportaient la lumière. 

A cette époque je critiquais beaucoup l’idéologie trans. Je ne le faisais pas dans n’importe quelles situations mais j’en parlais assez facilement quand même. Mais quelques mois plus tard, c’était fini : j’avais intégré le fait que c’était complètement tabou d’en parler.

A cette période – donc c’était en 2014 –  j’ai participé à un événement qui réunissait une quarantaine de femmes pendant plusieurs semaines en non-mixité – à l’époque on avait encore le droit de dire « non-mixité ». Pendant l’événement qui a duré plusieurs semaines, on faisait sans arrêt des tours de pronoms. Je crois que c’était à chaque réunion le matin. C’était d’autant plus ridicule qu’il n’y avait pas de personnes trans parmi nous. Moi, j’avais envie de dire “je m’en fous, appelez-moi comme vous voulez. ça n’a pas d’importance pour moi”. A l’époque, je jouais beaucoup sur mon androgynie, et j’étais dans un certain rejet, disons du fait d’être une femme, en tous cas c’était pas quelque chose que j’avais envie de valoriser. J’avais envie de me projeter au-delà du genre, mais dans une perspective critique, pas dans une perspective identitaire. Donc ce délire autour des pronoms, ça me saoulait vraiment, je trouvais ça ridicule et le comble c’est que je me retrouvais obligée de me positionner. 

Soit on était« elle », soit on était « il » ; on était  « iel » on pouvait aussi dire un jour « elle » un jour « il »… Mais dire « je m’en fous, votre truc ne m’intéresse pas », c’était pas possible car ça aurait été jugé comme oppressif pour toutes les personnes pour qui ça avait de l’importance. Donc j’étais obligée de dire tout les matins « je suis une femme » alors que j’aurais juste voulu être perçu comme une personne, point barre !

Après cet événement  j’ai eu envie de prendre du recul par rapport au féminisme. Je n’y trouvais vraiment plus ma place. Je voyais l’évolution qui était en train de se faire et qui m’inquiétait beaucoup, et pour laquelle je me sentais totalement impuissante. Au début, j’étais contente d’être à la campagne, dans un environnement où le féminisme queer était pas encore arrivé jusqu’à nous.

Petit à petit, j’ai senti les choses évoluer. D’abord j’ai eu vent d’un texte que Christine Delphy avait relayé qui parlait de la pression que subissaient de plus en plus les lesbiennes pour avoir des relations sexuelles avec des « femmes trans »  non opérées. 

Une copine m’a ensuite raconté comment elle et ses potes ont annulé une intervention de Christine Delphy suite à la diffusion de ce texte. Ça semblait évident à ma copine que je soutenais leur action. Cette copine s’est ensuite « identifiée » comme un homme et j’ai été incapable de lui dire ce que je pensais de tout ça. 

Rebelles du genre –  Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes ? Pour leurs droits ? Pour les enfants ? Pour la société ? Pour la démocratie ? 

Magda – Cette idéologie pose des problèmes éthiques, politiques, logiques, démocratiques… 

Bon déjà la rationalité, la logique et la science sont des choses hyper importantes pour moi. Du coup, je suis hyper choquée qu’une idéologie aussi irrationnelle s’impose partout et bien au-delà de la sphère militante. 

Le premier problème logique est la définition queer du mot « femme ». Une femme serait une personne qui se sent femme. Définition totalement insignifiante car on ne peut pas définir un terme par lui-même. Imaginons un dictionnaire qui définirait le mot chaise comme « une chaise est un objet qui ressemble à une chaise ». Cela n’a aucun sens !

Également, depuis quand un sentiment suffit à définir la réalité ? Depuis quand, parce qu’une personne a une idée sur elle-même, cette idée est vraie ? Si je pense être une femme noire, est-ce que cela fait de moi une femme noire ? Si je pense être née au moyen-âge, est-ce que je suis effectivement née au moyen-âge ? 

Chaque personne se fait des idées sur le  monde et sur elle-même et toutes ces idées ne sont pas vraies ! C’est bien gentil de dire « tout ce que tu penses est vrai », mais c’est faux. Si je ressens être chirurgienne est-ce qu’il faut me laisser opérer des gens pour ne pas me vexer ? Si je pense être un oiseau, est-ce qu’il faut m’encourager à m’envoler ?

Un autre problème : « l’identité de genre » serait un « sentiment profond », mais « différent selon chaque individu », une chose que l’on ne pourrait pas quantifier, analyser, étudier, quelque chose d’indéfinissable…. Bref, dans ces conditions, la notion d’identité de genre ne peut pas être une notion scientifique !

Le pire c’est quand on essaie de comprendre ce qu’est le genre selon le féminisme queer. 

Initialement, le genre permettait de parler de toute la part sociale – dans le sens de non biologique – dans les différences entre les femmes et les hommes. 

Le genre c’est le sexisme tout simplement ! Le fait que les filles soient éduquées comme ci et les garçons comme ça, avec toutes les conséquences sociales, psychologiques et politiques que cela a. 

Le genre, c’est le lien que la société patriarcale fait entre le sexe et les attentes sociales. Le genre est donc nécessairement un truc binaire et nécessairement un truc lié à la sexuation. Quand je dis ça je n’ai pas un point de vue normatif, je suis pas en train de dire « le genre doit rester binaire » mais je décris une réalité. Ce n’est pas parce que cette réalité ne me plaît pas qu’elle n’existe pas ! Le genre, c’est binaire puisque ça renvoie à la manière dont les sociétés sexistes et patriarcales organisent les relations entre les femmes et les hommes et définissent les rôles sociaux de chacune et chacun.

Je sais que l’on va me répondre que le sexe binaire est aussi une construction sociale. Sauf que, jusqu’à preuve du contraire la sexuation des humains est binaire : il y a des femelles et il y a des mâles comme pour tous les mammifères. En science du vivant, il y a un consensus absolu sur ce sujet, il n’y a même pas de débat. Prétendre que le sexe est non binaire, cela relève du révisionnisme scientifique !

 Le seul argument qui est avancé pour “prouver” que le sexe binaire serait une construction sociale est le fait que certaines personnes naissent avec une situation d’intersexuation. Or ces situations sont rares, et relèvent d’un point de vue strictement biologique d’une anomalie. L’intersexuation est souvent le fait d’une pathologie qui peut induire infertilité et problèmes de santé.

Donc oui il y une faible part de la population qui « échappe » à la binarité de la sexuation, mais est-ce que cela veut dire que la sexuation n’est pas binaire ? Non. Est-ce qu’on doit remettre en question le fait que les humains sont des bipèdes parce que certaines personnes naissent avec une seule jambe ?

En fait, ça parait fou de devoir insister sur des faits aussi avérés. La très grande majorité des  humains sont soit mâle soit femelle. Et à la différence des autres animaux, il y a chez les humains un truc qui s’appelle le genre, ou le sexisme, ou les rôles sociaux de sexe : appelons ça comme on veut. C’est toute la part sociale, culturelle qui vient définir comment les humains sont censés se comporter selon qu’ils soient mâles ou femelles. 

Donc, le genre c’est un truc nocif contre lequel les féministes se battent depuis des décennies. C’était tout le propos du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir résumé par la formule « on ne nait pas femme, on le devient. ». Elle ne disait pas qu’il n’y avait pas de sexuation binaire, mais que la différence biologique entre les femmes et les hommes ne doit pas avoir de conséquences sur leur destin social.

Avec le développement du féminisme queer et postmoderne, on ne parle plus “du genre” mais “des genres”. A quoi correspond les genres dans cette logique ? Le fait de pouvoir s’habiller de telle ou telle manière, de porter des attributs masculins et des attributs féminin… Ah, ça veut juste dire avoir son propre style vestimentaire ! Déjà, réduire les questions de genre a des notions d’habillement c’est très réductif. Le genre c’est surtout des dispositions intériorisées ; des manières d’être au monde différenciées ; des manières d’interagir avec soi, avec le monde et avec les autres, différentes selon qu’on a été élevé comme une fille ou comme un garçon. Le genre, pour moi, c’est avant tout ce qui fait que les femmes ont moins confiance en elles, et ont tendance à faire passer leurs propres intérêts après celui d’autrui et surtout après celui des hommes. Et le fait que les hommes ont au contraire tendance à penser que le monde tourne autour de leur petite personne. Le genre, c’est ce qui explique que de nombreuses femmes, toutes les femmes hétérosexuelles peut-être, ont déjà fait l’expérience de subir un rapport sexuel dont elles n’avaient pas envie. Il y a les viols bien sûr, mais aussi toute les fois où les femmes se forcent pour faire plaisir à leur partenaire ou éviter les tensions dans le couple, voire parfois pour éviter un viol. 

Le genre, c’est le fait que de nombreux hommes sont capables de prendre du plaisir sexuel en forçant l’autre et en niant donc complètement sa personne. En gros, les femmes préfèrent se forcer plutôt que de décevoir leurs mecs et les mecs préfèrent forcer leurs femmes plutôt que de gérer leur propre frustration. 

Du coup le fait que le genre deviendrait un truc cool et souhaitable dès qu’il est mis en pluriel… Je comprends pas ! 

Il faut lutter pour un monde où les individus peuvent développer leur propre personnalité et leur propre trajectoire sociale indépendamment de leur sexe. Je rêve d’une société où notre destin social ne serait pas conditionné au fait d’être née femelle ou mâle. Quel est donc l’intérêt de valoriser la « diversité des genres » ? Je pense que les tenants de cette notion « des genres » au pluriel manquent cruellement de radicalité et de perspective critique. Ces personnes semblent incapables de penser le monde sans cette notion de genre. Mais le comble c’est que pourtant elles pensent être à la pointe de la radicalité !

Ce qui est bizarre dans la pensée queer, c’est que coexistent à la fois l’idée qu’être queer c’est «  ne pas être conforme aux normes de genre ».  Mais en même temps l’idéologie queer va nous dire implicitement que le genre, en tant qu’un système qui attribue des rôles sociaux différenciés selon le sexe, n’existe pas. Donc être queer ce serait ne pas se conformer à quelque chose qui n’existe pas ! Gros illogisme…  

Pourquoi je dis ça ? Parce que selon l’idéologie trans, quand un enfant né on ne constate pas son sexe mais on lui assigne un sexe-genre de manière aléatoire. Le genre, c’est injuste et nocif, mais ce n’est pas attribué de manière aléatoire ! Il y a une corrélation absolument totale entre le fait de naître avec les attributs mâles et le fait de se voir considéré comme un petit garçon. C’est pareil pour les filles. Ce qui est logique puisque les mots garçons et les mots filles ont été inventés pour référer aux enfants de sexe mâle et aux enfants de sexe femelle. On peut avoir la chance de naître dans une famille qui nous élève autant que possible en dehors du sexisme, mais cela ne change rien au fait que pour la société dans son ensemble on est un garçon si on naît avec un pénis et on est une fille si on naît avec une vulve, et cela a des conséquences dans la manière dont les normes sociales vont nous façonner. 

Mais selon l’idéologie trans, il n’y a aucune corrélation de fait entre le genre et le sexe, ce qui revient à dire que le genre n’existe pas puisque le genre c’est justement le lien entre le sexe des individus et les attentes sociales que fait peser la société sur les individus. 

Ce discours queer devient plus logique si on comprend que pour cette idéologie, il y a quelque chose qu’on peut qualifier d’essence masculine et d’essence féminine, et que cette essence serait déconnectée de la sexuation biologique. Evidemment, elles et ils n’utilisent jamais cette terminologie, mais pourtant si on creuse un tout petit peu la question il faut admettre que leur notion « d’identité de genre » est synonyme d’essence masculine, féminine ou non binaire . 

En gros, la personne aurait d’un côté son corps et d’un côté son « identité de genre ». Cette séparation corps-esprit permet de faire une analogie entre l’identité de genre et la notion religieuse d’âme. Donc en gros quand un bébé humain de sexe femelle née la société lui attribue à défaut une « identité féminine » mais parfois il y a erreur, car en fait ce bébé de sexe femelle à une « identité de genre masculine »…. Je ne comprends pas comment une pensée aussi essentialiste et irrationnelle peut avoir un tel succès à notre époque et dans les sphères sociales les plus instruites et critiques… C’est tout simplement sidérant !

Il y a un truc qui explique bien selon moi toutes les aberrations de cette idéologie.Elle confond en permanence deux types de registres : d’un côté il y a le registre descriptif et analytique, qui constate des réalités qu’elles nous plaisent ou non. C’est le registre qui est censé être celui de la communauté scientifique quand les chercheurs et chercheuses font bien leur travail en tous cas ! Et de l’autre le  registre prescriptif, qui prescrit des normes, qui dit ce que le monde devrait être, c’est le registre militant. 

Les deux registres sont d’égales importance sociales pour moi à condition qu’on les présente pour ceux qu’ils sont et qu’on ne mélange pas les deux pour faire une grosse bouillie indigeste !

Quand les idéologues queer disent « il n’y a pas de lien entre le sexe et le genre », ils sont dans un registre normatif. Ils veulent dire « il ne devrait pas y avoir de lien ». Là on est d’accord, il ne devrait pas y avoir de lien entre notre sexe et notre destin social mais, pour le moment, il y a une très très forte corrélation entre les deux et pour la combattre il faut d’abord pouvoir la nommer et la décrire. Les idéologues queer préfèrent être dans le déni comme si en disant « ça n’existe pas », ça va arrêter d’exister. Et du coup, ces militants de la pensée queer nous accusent d’être essentialistes parce qu’ils prennent notre discours descriptif et critique pour un discours prescriptif et normatif. Est-ce que c’est de la mauvaise foi ou est-ce que c’est de la bêtise ? Je ne sais pas. 

Les notions qui constituent l’idéologie transgenre sont à la fois illogiques et a-scientifiques. 

Donc, je ne comprends pas comment autant de personnes a priori sensées et intelligentes peuvent se faire les défenseurs voire les passeurs de cette idéologie. 

Tout ça va quand même très loin ! Parce que le planning familial, association féministe historique et largement subventionnée par l’Etat, qui fait de nombreuses interventions en milieu scolaire et accompagne des ados et jeunes adultes sur des questions de contraception, de santé sexuelle et tout ça, soutient dans son lexique trans que le sexe est un spectre, qu’un homme peut avoir une vulve ou encore que le pénis n’est pas un organe masculin.Il fallait oser !

Ce qui me surprend le plus, c’est de constater que de nombreux représentants et représentantes du mouvement zététique et sceptiques semblent convaincus de la pertinence de cette idéologie. 

Il y a quelques mois j’ai voulu me rapprocher de la communauté zététique parce que la démarche sceptique me plaît énormément. Le fait de réfléchir à comment faire la part des choses entre les croyances et les savoirs. Le fait de douter, notamment face à des assertions extraordinaires, surprenantes. Le fait de  réfléchir aux biais cognitifs, à tout ce qui nous éloigne d’une juste connaissance du monde et de nous-même… Voilà en tous cas comment je vois la zététique et le scepticisme scientifique. La zététique nous dit par exemple « ce n’est pas parce qu’une personne est persuadée de communiquer avec des personnes défuntes qu’elle le fait vraiment ». On a besoin de preuve pour accepter cette idée comme vraie. La personne ne ment pas forcément, elle peut vraiment penser communiquer avec des personnes défuntes. Dans ce cas son sentiment est bien réel, mais le fait auquel il renvoie ne l’est pas. La zététique prétend passer à l’épreuve des faits ce type de croyances. Le parallèle avec le sentiment profond d’une personne d’être de l’autre sexe ou genre est intéressant à faire. Quand des hommes prétendent qu’ils sont en réalité des femmes et qu’ils revendiquent le droit d’accéder à tous les espaces réservés aux femmes (les espaces de non mixité politique, les espaces lesbiens, les vestiaires, toilettes, les saunas, le sport féminin) il est tout à fait normal et juste que les femmes leur demande de prouver leur affirmation car la demande de ces hommes n’est pas anodine ni sans conséquences… Leur permettre d’accéder à leur demande peut avoir des effets importants sur les femmes, sur leur bien-être physique et mental, mais aussi sur leur sécurité. 

Le fait de ne pas croire sur parole une personne qui me dirait « je suis née dans le mauvais corps » ne veut pas dire que je manque de respect à cette personne. Ça ne veut pas dire que je pense qu’elle ment ou que son sentiment n’est pas réel. Mais vouloir être gentille avec les gens ne veut pas dire croire en tout ce qu’ils disent, et même quand ça concerne leur « être profond » entre guillemets. On a tous déjà entendu dire d’une personne croyante « je sens sa présence, il est avec moi». Je peux avoir du respect, de l’empathie et de l’attention pour cette personne même si je ne crois pas en Dieu. Pourtant je pense que Dieu n’existe pas, jusqu’à preuve du contraire, et donc qu’il ne peut pas être réellement avec cette personne. 

Que certaines personnes soient persuadées d’être de l’autre sexe ou genre, cela ne me dérange pas en soi. Mais j’estime que j’ai le droit de ne pas partager leurs croyances, comme j’ai le droit de ne pas croire en Dieu. 

Alors, la zététique qui soutient l’idéologie transgenre, c’est le monde à l’envers. Le monde à l’envers, c’est aussi les critiques qui sont faites à nous autres, féministes critiques du transgenrisme. On nous accuse d’être essentialistes parce qu’on rappelle que le genre et le sexisme sont des faits sociaux qui sont corrélés à un fait biologique : le sexe. Évidemment, cela ne veut absolument pas dire que les comportements sexistes sont causés par la biologie ! Ni que le sexisme est légitime éthiquement ! 

Mais quand des féministes indiennes font campagne contre les avortements sélectifs, il est totalement insensé et injuste de leur reprocher de faire preuve d’essentialisme. Et pourtant pour militer contre cette violence faite aux filles, il faut nécessairement qu’elles fassent le lien entre deux faits :  un fait social et un fait biologique. D’un coté, le fait de procéder à des avortements sélectifs, de l’autre le fait que les fœtus peuvent être mâle ou femelle et que se sont les fœtus femelles qui sont avortés. 

Ce détournement de la notion d’essentialisme et cette confusion entre le registre prescriptif et le registre descriptif est vraiment dingue de la part de personnes ayant pourtant les outils intellectuels pour comprendre notre point de vue. Ne pas être d’accord avec nous ok, mais ne même pas restituer correctement nos arguments soit c’est très stupide soit c’est complètement malhonnête. 

Je ne comprends pas cet aveuglément et cette mauvaise foi ! Ça me stresse vraiment beaucoup à vrai dire. Je me suis vraiment beaucoup interrogée sur moi-même, sur ma manière de voir les choses. J’ai retourné le truc dans tous les sens, me disant que ce n’était pas possible que des personnes partageant la même manière de voir les choses que moi sur bien des points, un même rapport à la rationalité, une même analyse du monde social, pouvaient trouver de la logique et de la cohérence à l’idéologie trans. 

Donc peut-être que c’est moi qui ne comprenait rien ? Alors j’ai lu et relu, et regardé et écouté tout ce que j’ai pu du côté du féminisme queer. J’ai vraiment essayé de trouver de la logique dans tout ça, mais je n’en ai pas trouvé. Mais je n’ai pas non plus trouvé de réponses vraiment satisfaisantes sur pourquoi tant de personnes a priori intelligentes et sensées adhèrent à ces croyances.  

Je n’ai pas trouvé de réponse, à part que ces personnes arrêtent de réfléchir dès qu’on aborde la question trans parce qu’elles veulent à tout pris être inclusives, être des bonnes féministes, ou être « dans le coup » en adhérant à l’idéologie très en vogue, perçue comme la pointe de la radicalité de la gauche…

Ce qui me semble très inquiétant, c’est que ces croyances sont en train de s’imposer dans tous les espaces sociaux. C’est flippant.

Ces idées relèvent de la croyance et non pas du savoir, donc c’est déjà un très gros problème que les chercheurs, les soignants (médecins, psychologues), les institutions, les partis politiques, les journalistes, diffusent et utilisent des notions illogiques et a-scientifiques. C’est une nouvelle religion, d’une certaine manière, qui se pare d’un vernis de progressisme et est en train de s’imposer à tout le monde.

Le pire, c’est que ça s’impose dans le cadre du droit. Actuellement, de nombreux Etats dits démocratiques imposent une idéologie contraire aux savoirs scientifiques les plus élémentaires. Le pire, c’est que de plus en plus la contestation de cette idéologie va devenir illégale, puisque tout discours critique peut-être qualifié de « transphobe ».

Est-ce qu’il y a des équivalents dans l’histoire des démocraties contemporaines ? Des États démocratiques qui imposent des idées révisionnistes et criminalisent toute critique de ces idées ? J’ai l’impression qu’on est en pleine dystopie… Je ne sais pas vers quoi on va mais ça ne me suggère vraiment rien de bon…

Je trouve aussi que cette idéologie est très problématique sur la vision de la personne et de l’organisation sociale qu’elle véhicule. 

La personne d’abord. L’idéologie trans fait la promotion d’une vision identitaire. L’approche identitaire, pour moi, c’est exactement l’inverse de ce qu’elle prétend être. C’est censé libérer les personnes des « étiquettes », des « assignations sociales », mais en vérité c’est une vision très figée, très essentialiste et très cloisonnante de ce qu’est une personne. 

Pour moi, ce qui fait qu’on est ce qu’on est, c’est le fruit d’une histoire ; une histoire personnelle mais aussi collective. Et l’histoire ne s’arrête jamais, donc on évolue en permanence, en fonction de notre relation à notre environnement, en fonction de notre réflexivité , en fonction de tout plein de choses qu’il n’est pas toujours facile de percevoir mais qu’il est pourtant très passionnant et selon moi très utile d’analyser. 

A l’inverse, dans la logique identitaire, on te dit « tu es ça » et point barre ; faut pas chercher à comprendre. Il devient tabou de dire que l’environnement familial, social, culturel a un impact sur ce qu’on est. Donc en plus d’être irrationnelle et contraire à tous les savoirs en sciences sociales et en psycho, cette vision identitaire est très aliénante parce que ça retire à la personne la possibilité de réflexivité sur ses manières de fonctionner, son rapport au monde, à soi et aux autres. 

Pourquoi ne pas faire la promotion d’un monde débarrassé du sexisme et du genre plutôt que de créer toujours plus de catégories, d’étiquettes comme « trans », « non binaire », « gender fluid », « a-genre » etc. ?

C’est surtout quand on pense aux enfants étiquetés trans qu’on voit comment cette dimension identitaire est ultra nocive. Quand un enfant a certains goûts, certaines manières de fonctionner qui ne sont pas conformes aux normes sexistes, au lieu de valoriser cet enfant parce qu’il a une personnalité originale, et de l’aider à être heureux ainsi malgré la pression sociale qu’il va effectivement subir pour être plus conforme, on l’étiquette « trans » et on le dirige vers un parcours de médicalisation. On enferme cet enfant dans une catégorie très contraignante, alors même que l’enfance comme l’adolescence sont des moments de grand chamboulement. Qui peut nier qu’une petite fille très conforme aux stéréotypes de genre peut devenir une adulte très critique du genre. Ou qu’une petite fille très “tomboy” peut devenir une adulte très “féminine”, et épanouie ainsi.

C’est complètement irresponsable de diriger des enfants et des ados dans des parcours de transition qui ont des conséquences si fortes. Il y a des conséquences physiques et médicales irréversibles, quoi qu’en disent les défenseurs de la cause trans. Tout ça est tout de même assez bien documenté, maintenant. Et là je ne parle même pas des conséquences sociales et psychologiques…

Enfant, j’avais une réelle angoisse par rapport au fait d’être une fille. Je n’ai pas du tout aimé avoir mes règles, ni voir ma poitrine pousser. J’ai refusé obstinément de mettre un soutien-gorge jusqu’à ce que je cède sous la pression de ma mère et de mes copines. J’avais tellement honte quand mon père me faisait des remarques qui me rappelait qu’il me voyait avant tout comme une fille ! Je trouvais la masculinité tellement plus cool ! J’observais les garçons et je me demandais quoi faire pour être comme eux. 

J’ai beaucoup réfléchi, depuis, à la manière dont je me suis construite étant enfant et à mon rapport au fait d’être une fille. Bien sûr, comme tous les enfants, j’avais intériorisé la hiérarchie sexuelle et j’avais une certaine conscience qu’être une fille était moins valorisé qu’être un garçon. Mais je pense que c’est surtout le rapport que j’avais avec mes parents et la dynamique familiale dans son ensemble qui explique ce complexe que j’avais d’être une fille. 

Heureusement pour moi, je suis née à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas et où l’étiquette « enfant trans » n’était pas encore aussi répandue. Pourquoi je dis heureusement ? 

Parce que je préfère être une adulte en bonne santé, qui ne doit pas prendre un traitement hormonal à vie. Je préfère avoir eu la possibilité de réfléchir à pourquoi je me sentais mal en tant que fille et d’avoir compris que le problème ne venait ni de moi ni de mon corps, mais d’un système social qui dévalorise les personnes de sexe féminin, et que ce système peut être changé. 

Parce que je suis contente de ne pas m’être retrouvée avec une étiquette très rigide et aliénante de « personne trans », et avoir pu résister aux normes sexistes à ma manière et à mon rythme. Sans en faire une obsession non plus, sans penser qu’être une personne non conforme aux normes de genre est ce qui me définit plus que tout, parce que je suis bien d’autres choses que ça !

Parce que j’ai pu me libérer du genre autant qu’il est possible de le faire dans une société sexiste et non à l’inverse m’être la question du genre au centre de ma vie comme le font souvent les personnes trans.

Et j’ai pu apprendre qu’il n’était pas honteux d’être une femme et qu’il était très agréable de se solidariser avec les autres femmes, même si une partie de moi aurait trouvé beaucoup plus cool, beaucoup plus facile, d’une certaine manière, de devenir un homme et de fuir la féminité et tout son corollaire de trucs chiants. 

Encore maintenant, je ne suis pas complètement  à l’aise avec le fait d’avoir un corps et un sexe de femme. Dans certaines situation, mon corps et mon sexe de femme me provoquent un sentiment de honte, de vulnérabilité. J’ai comme l’impression que ce sexe me met en danger, me trahit.  Mais pourtant, je ne vois vraiment pas en quoi me faire enlever la chatte pour me faire greffer un faux pénis serait quelque chose de subversif politiquement. Pareil sur le fait de garder mon corps mais de prétendre que je suis un homme. Mon corps est en bonne santé, il fonctionne bien. Ça n’a pas été facile, mais j’ai appris à l’apprécier. Le problème ce n’est pas mon corps, ce n’est pas moi, c’est le monde dans lequel j’ai grandi et dans lequel  je vis qui est un problème et qu’il faut changer. 

De plus en plus d’enfants, tous ceux qui ne sont pas suffisamment conformes aux stéréotypes sexistes, vont se retrouver étiquetés et dirigés vers un parcours lourd de conséquences médicales, sociales, psychologiques. Au lieu de remettre en question la dynamique familiale et même la société dans son ensemble c’est tellement plus simple de coller une étiquette à un enfant et de le mettre sous traitement !

Dans une société qui protège les personnes mineures, ça paraît complètement décalé, incroyable au premier sens du terme, « incroyable » qu’on puisse bloquer la puberté d’un enfant en bonne santé. Ca paraît complètement fou, et pourtant, c’est bien réel. C’est ce qui est en train de se passer dans les sociétés occidentales. 

D’un point de vue collectif, politique évidemment que cette vision est totalement libérale, ultralibérale même. On ne change pas le système, on prétend juste donner les possibilités aux individus de se mouvoir dans le système comme bon leur semble. 

Au lieu d’abolir le genre, on permet juste aux personnes d’en « changer ». Imaginons un parallèle. Dans une société hiérarchisée,  au lieu d’abolir les privilèges et les inégalités sociales; on autorise juste les personnes à monter ou descendre dans la hiérarchie, mais sans réellement changer le système et sans s’interroger sur les conditions sociales de possibilités de cette mobilité sociale. Bon, c’est à peu près ce qui se passe dans nos sociétés libérales ! Mais là curieusement, quand il s’agit de la question transgenre, dans tous les milieux ont dit « amen » d’une même voix  !

Ce projet politique que l’idéologie trans nous prépare, c’est une société où la liberté individuelle devient la norme suprême sans qu’on réfléchisse aux conditions de cette liberté, à sa signification, à ses conséquences sociales et collectives. Je pense qu’on peut pas faire abstraction, quand on parle de « liberté individuelle », de se poser quelques questions. Par exemple : 

Est-ce que je cesse d’être aliénée sous prétexte que j’ai l’impression d’être libre ?

Est-ce que si tout le monde a l’impression d’être libre, la société devient égalitaire ? 

Comment faire en sorte que la liberté de certaines et certains n’empiète pas sur celle des autres ?

Est-ce juste qu’un homme trans-identifié impose sa présence dans des espaces de non-mixité ?

Le pire, c’est le lien entre le transgenrisme et le transhumanisme. Voir comme un progrès social le fait que des personnes utilisent la technologie médicale pour modifier leur corps afin de le mettre en adéquation avec l’idée qu’elles s’en font, ça me dépasse…. Le transgenrisme est une grande porte ouverte au transhumanisme. C’est hyper flippant.  

Rebelles du genre – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner de façon anonyme ou sous ta réelle identité ? As-tu déjà subi des pressions, des menaces, un danger perçu ou réel dans ton entourage (pro, perso, peur pour tes proches, etc.), ou, au contraire, te sais-tu en sécurité pour parler librement ?

Il y a 2 mois, quand j’ai commencé à réfléchir à ce témoignage, je ne me sentais pas vraiment en sécurité. Je n’avais aucune raison objective d’être inquiète mais pourtant je ne me sentais pas en sécurité. Les accusations publiques de transphobie, les chasses aux sorcières sur les réseaux sociaux, les agressions en manif, bref la terreur que font régner le trans-activisme et ses alliés a un effet psychologique fort et durable sur chacune d’entre nous. Même en étant très loin de toutes ces menaces et ces accusations, j’ai senti cet effet. Ces dernières années j’ai pris beaucoup mes distances par rapport au militantisme féministe par facilité. Ça me semblait impossible de dire ce que je pensais, mais je ne voulais pas non plus mentir. Mais depuis quelques mois je me sens plus à l’aise pour exprimer ma position. Déjà, parce que j’en ai marre de me taire, que ça m’est trop pénible. Aussi, je me sens ré-assurée par la mobilisation qui est en train d’émerger. Rebelles du genre, notamment, me fait beaucoup de bien. 

Il y a quelques mois, j’ai eu une conversation marquante avec ma sœur, avec qui on parle beaucoup de ce sujet. Elle me disait : dans vingt ans, je veux pouvoir me dire que j’ai fait partie de celles qui ont lutté. Et je me suis dit “mais oui” ! Il se joue maintenant un truc hyper fondamental pour les femmes, et c’est le moment d’agir. J’ai souhaité rester anonyme, alors ma sœur a pris le relai en lisant mon témoignage. On se soutient beaucoup sur ce sujet.

Rebelles du genre – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Magda – Oui. La dernière fois que j’ai participé  à un événement féministe, c’était gratiné…

Le contexte : petit festival de campagne, organisé par des femmes, avec des artistes femmes exclusivement mais pour un public mixte. Avec deux copines, nous avons proposé des discussions autour de la sexualité. Le festival en était à sa seconde édition. La première année, la question trans n’est presque pas présente (mis à part qu’un homme “on binaire » entre guillemets a joué sur scène alors que l’objet du festival était de ne faire jouer que des femmes, mais bref…). La seconde année, le féminisme queer était déjà nettement plus présent… Exemple : l’une de nos discussions était sur le thème « orgasme et éjaculation féminine ». Mais au moment d’inscrire le titre de notre  atelier sur le programme, on nous a gentiment indiqué qu’il n’était pas possible d’utiliser le terme « féminine ». Le titre de l’atelier sur l’éjaculation féminine est donc devenu « orgasme et éjaculation »… Incroyable ! Lors de la première édition, nos discussions étaient en non mixité. 

Mais la seconde édition, nous avons préféré faire tout en mixité car on craignait qu’on nous le reproche le terme «  non-mixité » et qu’on nous impose le terme « mixité choisie ». Du coup, on a tout fait en mixité comme ça, pas d’embrouille… Ce qui est évidemment dommage, de ne plus pouvoir faire de non-mixité dans un festival féministe !

Lors d’une de nos discussions (c’était pas sur le thème de l’orgasme féminin mais sur un autre thème), il y avait un homme qui visiblement prétendait être une femme. C’était un homme d’âge moyen, plutôt grand et costaud, et qui avait vraiment l’air d’un homme. Je suppose qu’il ne prenait pas de traitement hormonal ou pas depuis longtemps. La seule chose qui nous indiquait qu’il était censé être une femme, c’est le fait qu’il portait une petite robe à fleurs et qu’il essayait de parler avec une petite voix douce ! Super cliché ! Cet homme faisait partie de l’équipe d’organisation, censée être exclusivement féminine. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est l’effet que la présence de cet homme – censé être une femme dans le corps d’un homme – a eu sur les personnes présentes, ou au moins sur moi. Donc quand cet homme, au physique tout ce qu’il y a de plus masculin, mais habillé avec une petite robe à fleurs, prenait la parole tout le monde l’écoutait religieusement. En fait, je ne peux pas affirmer que tout le monde l’écoutait avec plus d’attention que les autres personnes intervenantes. Ce qui est sûr, c’est que moi je l’ai écouté avec une attention et surtout une précaution toutes particulières. J’ai beau être très critique de la transidentité, j’ai écouté cet homme avec une précaution, un respect pour sa parole particulièrement intenses. Pourquoi ? Et bien après y avoir réfléchi, voilà ce que j’en ai conclu : cette personne me semblait totalement pathétique et j’étais gênée pour lui. Et je ne voulais pas qu’il se sente mal à l’aise ni que le ridicule de la situation crée du malaise au sein du groupe. Donc en tant que femme bien éduquée et conditionnée à protéger l’égo masculin, j’ai tout fait pour refouler mon esprit critique pendant quelques minutes et c’est mon côté « le pauvre, prenons soin de lui, il fait vraiment trop de la peine » qui a pris le relai. Je ne peux pas être sûre que les autres personnes ont ressenti quelque chose de similaire ; mais peut être que si. Et du coup, peut être que c’est à cause de notre envie d’être bienveillantes, en tant que femmes et d’autant plus en tant que femmes de gauche, vis à vis des personnes fragiles, marginalisées, discriminées…. qui empêche absolument toute autre posture qu’une posture de réception passive de la parole de ce type de personnes, donc un homme qui veut être considéré comme une femme, et qui est donc censé faire partie d’une descatégories les plus opprimées qui soit.

Je doute beaucoup que j’étais la seule à trouver cette personne profondément ridicule et pathétique et à cacher mon sentiment dans une surenchère de précaution et d’attention. C’est un sacré coup de force de la part des mecs quand même ! Arriver à devenir le centre de l’attention dans des espaces féminin et féministes ! 

J’ai donc décidé de me retirer de ce festival pour l’année suivante. Mais sur le coup je me suis tu,  j’ai subi et il m’a semblé totalement impossible, impensable même, d’engager le moindre débat. Dans ce festival je suis sûre, du moins j’espère, qu’on était nombreuses à ne pas être à l’aise avec la manière dont les choses évoluent. Seulement comment se reconnaître pour en parler, pour se soutenir, pour s’organiser ? Nous sommes, chacune, apeurées, isolées, muettes. Nous avons tellement peur de nous faire ostraciser, traiter de transphobes. Je me suis retirée de l’animation de ce festival, mais j’ai décidé d’y aller tous les ans afin d’observer la place grandissante que risque d’y prendre l’approche queer et le transgenrisme dans les prochaines éditions. Et peut-être petit à petit trouver le courage et les moyens d’y diffuser un point de vue critique. 

Rebelles du genre – As-tu quelque chose à ajouter ?

Magda – Oui. Je pense que dans ce débat les mots qu’on utilise sont très piégés. On vit dans une société sexiste depuis des millénaires, donc ça a des conséquences très fortes sur le langage. Le mot « femme » est à double sens. Dans son sens disons le plus neutre, le plus descriptif, il signifie «  une individue humaine de sexe femelle ». Mais vu qu’on vit dans une société sexiste, ça veut dire bien d’autres choses puisque ça renvoie à ce qu’est censée être une femme selon les normes sexistes (par exemple une personne maternante, douce, fragile, émotive, disponible sexuellement pour les hommes….) C’est le même problème pour les mots « masculin » et « féminin » qui peuvent renvoyer au biologique, c’est-à-dire quelque chose de factuel et d’indépendant de toute norme sociale, ou au contraire ça peut être très chargé de sens moral et normatif. Par exemple, en disant  «la vulve est un organe féminin », je constate un fait, je ne fais en aucun cas un jugement de valeur. Par contre, dire d’une femme qu’elle est « féminine » renvoie aux normes sexistes, par exemple au fait qu’elle met du maquillage ou qu’elle est jolie et souriante. Ainsi les termes « femmes », « hommes », « masculin », « féminin », ont vraiment un double sens – logique puisqu’ils ont été façonné dans le cadre d’une société sexiste. Cette ambiguïté de la langue devrait obliger toutes les personnes qui veulent parler de questions de genre à définir précisément les mots et leurs usages et à faire preuve de précision et de rigueur pour éviter les malentendus et les contresens. 

Au lieu de ça, nous avons des chercheuses, des chercheurs, des idéologues et des militantes et militants qui maintiennent un véritable flou artistique dans l’usage des termes et des notions. Ce qui empêche le développement d’un débat intelligent et constructif. Jusqu’à quel point cette confusion relève de la bêtise ou bien de la malhonnêteté, ça, c’est vraiment la question qui m’interpelle le plus…

Rebelles du Genre – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe : www.womensdeclaration.com

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur. Ensemble, nous ferons changer les choses.

Si vous souhaitez témoigner, contactez-nous par mail.

A bientôt pour un nouveau témoignage de “rebelles du genre”.

Rebelles du genre – Épisode 33 – Romy

Romy –  Bonjour, je m’appelle Romy, j’ai 23 ans, je travaille dans l’Education Nationale, je suis psychologue de l’Education Nationale.

Alors, je vais commencer par, un petit peu, parler de mon enfance et de mon adolescence, parce que c’est important pour comprendre mon parcours. Donc, déjà, moi j’avais une enfance tout à fait heureuse, jusqu’à mes 12 ans environ.  C’était tranquille, je ne manquais de rien.

Puis, à 12 ans, il s’est passé beaucoup de choses. Déjà, ma mère a quitté notre père, à mes frères et à moi,  et donc là, j’ai commencé à ouvrir les yeux sur la personne qui était notre père,  et à me rendre compte de ce que ma mère avait vécu.

Ensuite, quelques temps après, on m’a diagnostiqué une scoliose. Donc j’avais un gros problème de dos, qui nécessitait le port d’un corset.   Mon corset, je devais le porter jour et nuit pendant un an et demi, jusqu’à ce que ma croissance s’arrête. Ce n’est pas une longue période, en fait, parce qu’il y a des personnes qui portent le corset pendant une dizaine d’années, il faut le savoir, et qui vont même jusqu’à se faire opérer. Moi ce n’était pas le cas, mais ça a suffi pour me traumatiser, puisque c’est vraiment à partir de ce moment-là que j’ai commencé à détester mon corps.

c’est vraiment à partir de ce moment-là que j’ai commencé à détester mon corps.

Déjà, avant, j’avais un rapport un peu particulier à mon corps, puisque je ne me trouvais pas très belle. On me le disait, en plus de ça. En plus, j’avais droit à beaucoup de remarques sur la taille de ma poitrine, et j’avais un rapport très compliqué à mes règles aussi, que je ne supportais pas. Mais là, le corset, ça a tout amplifié. Je vous parle de ça parce que ça a été vraiment une expérience qui a été traumatisante pour moi. Encore une fois, ça n’a duré qu’un an et demi, mais c’était suffisant pour que je m’en remette seulement vers mes 18–19 ans. 

En fait, mon corset, je ne voulais absolument pas que ça se sache. 

Je ne voulais absolument pas qu’on soit au courant, que ce soit au collège, ou même ailleurs, que j’avais des problèmes de dos.

Parce que le corset, c’est quand même une expérience un peu… tout le monde n’a pas un corset. C’est très singulier, comme expérience, pour celles qui ne connaissent pas, c’est… il y en a de différentes sortes, le mien allait de mes hanches jusqu’à mes épaules. C’était du plastique dur et je devais le porter, comme je l’ai dit, jour et nuit. Je ne pouvais le retirer que deux heures par jour pour manger et me doucher. Donc au collège, je ne pouvais même pas le retirer pour manger, puisque je n’avais même pas d’accès à un lieu où j’aurais pu le retirer tranquillement.  Et en fait, comme je ne voulais pas que ça se sache, j’ai demandé à ce qu’on m’aide à le cacher. Donc dans ma famille, on m’a offert des vêtements larges. Donc c’était des polaires, des marinières, on m’achetait aussi des écharpes,  pour cacher la barre que ça me faisait au niveau des épaules. Du coup, moi, on m’a vraiment appris à cacher mon corps, plutôt qu’à l’accepter.

En fin de compte, en plus de ça, c’était un petit peu stupide puisque tout le monde a fini par savoir que j’avais un corset au collège. Tout le monde voyait bien qu’en EPS, je ne pouvais pas faire les roulades, où je ne pouvais pas ramasser le volant de badminton…

Mais voilà, moi je persistais à nier mes problèmes, je persistais à vouloir contourner les problèmes en les cachant, plutôt qu’en les acceptant. Et dans ma famille, comme je l’ai dit, on m’a vraiment écoutée par bienveillance, et on est allé dans mon sens.  Il n’y a que ma mère qui a essayé un petit peu de m’aider à accepter, mais ça a été vain. Et puis du coup, moi j’ai vraiment commencé à culpabiliser, à avoir honte de moi. En plus, le corps médical n’était pas du tout bienveillant avec moi, au contraire. Ils m’ont bien fait culpabiliser alors que je n’avais que 13 ans, quand j’ai commencé à porter mon corset.

j’avais un style un peu « garçon manqué », comme on dit. On m’a souvent dit que je n’étais pas une vraie fille, parce que je ne correspondais pas, justement, aux stéréotypes de genre féminin.

Tout ça c’est que j’avais vraiment un rapport à mon corps très particulier, quand j’étais ado. Parallèlement à tous ces complexes, j’avais un style un peu « garçon manqué », comme on dit. On m’a souvent dit que je n’étais pas une vraie fille, parce que je ne correspondais pas, justement, aux stéréotypes de genre féminin. Moi, je ne maquillais pas, je n’avais aucun centre d’intérêt qu’on peut qualifier de féminin. Et à l’inverse, moi j’aimais beaucoup le football, je ne faisais pas du tout attention à mon apparence, j’avais un rapport très négligé, même, à mon apparence. Je n’étais pas du tout soigneuse, je n’étais pas délicate, j’étais un peu brute dans mes gestes.

 Et honnêtement, moi, en fait, le fait qu’on me dise que j’étais un garçon manqué, ça ne me déplaisait pas du tout. Je n’étais pas du tout complexé par le fait qu’on me dise que je n’étais pas une vraie fille. Parce qu’en fait, ça me plaisait bien de ne pas être vu comme une « vraie fille » entre guillemets. Moi, dans mon entourage, il y a vraiment une espèce de misogynie intériorisée. Donc tout ce qui est « masculin » est très valorisé par rapport à tout ce qui est « féminin » entre guillemets. Et dans notre famille, dans mon entourage, il vaut mieux être un « garçon manqué » entre guillemets qu’être une « vraie fille », encore une fois entre guillemets.

 Donc tout ça fait que j’avais vraiment un rapport très particulier à mon corps, j’avais honte d’être fille, et j’avais aussi très peur de devenir une femme. Je n’arrivais pas du tout à me projeter en tant que femme, et d’ailleurs moi, je ne me considère comme femme que depuis l’année dernière, quoi. Ça fait un an que je dis que je suis une femme, alors que j’ai quand même 23 ans.

 Et avec le recul, j’ai compris que si  être une femme, ça me faisait si peur, quand j’étais ado et jusqu’à la vingtaine, c’est parce que je trouve qu’on associe beaucoup la vie d’adulte à la vie de couple, comme si le couple était essentiel à une vie d’adulte accompli. Or moi, avec ce que j’ai vu dans ma famille, avec ce que je sais aussi du mariage de mes parents, forcément, le couple ça ne m’attire pas du tout.

Par contre, je suis hétéra, donc voilà. Je suis très très réticente quand même à avoir des relations avec des hommes, parce que j’ai vraiment intériorisé le fait qu’un jour ou l’autre, si je suis en couple, je vais devenir l’esclave du gars.  Et ça ne me plaît pas. Et puis en plus de ça, il y a vraiment une espèce de misogynie sociétale qui fait que, voilà, devenir une femme, ça ne me plaisait pas. Et en fait, c’est vraiment à partir de mes 18 ans que tout a commencé à changer pour moi, que j’ai commencé à vraiment faire un travail sur moi pour m’accepter, parce qu’à 18 ans, j’ai  complètement changé de vie. Je suis parti vivre dans une autre région, j’ai changé de groupe de pairs, j’ai changé de milieu intellectuel, et ça a été vraiment libérateur, parce que ça m’a permis de repartir de zéro. En plus, c’est à ce moment-là, quand j’avais 18 ans, qu’il y a eu le mouvement MeToo.  Et donc j’ai commencé à ouvrir les yeux sur la féminisme, surtout suite à la fameuse tribune sur la « liberté d’importuner » de Catherine Deneuve, que j’avais trouvé absolument immonde… haha… voilà.

Avant MeToo, pour moi, le féminisme c’était juste le mouvement des femmes suffragistes,  donc j’en avais vraiment une connaissance très limitée. Et là, MeToo,  ça m’a vraiment permis d’ouvrir les yeux.

Au fur et à mesure, j’ai commencé à lire pas mal de roman sur la condition des femmes, à regarder des reportages, à me renseigner sur la pensée féministe. Mais en fait, à ce moment, comme j’étais vraiment débutante, je n’avais accès qu’aux ressources les plus diffusées, les plus connues. 

Donc c’était les ressources des « féministes libérales ». Je ne suis pas sûr qu’on puisse les appeler féministes. 

Mais du coup, je me considérais pas vraiment comme féministe, parce que je n’étais pas du tout d’accord avec certaines choses qui étaient promues par les « féministes libérales ».

Je n’étais pas du tout d’accord  avec leur complaisance vis-à-vis des religions, ou même sur leurs positions par rapport à la prostitution. Mais d’un autre côté, je me disais : « oui, mais est-ce que c’est moi qui pense mal ? » Je me sentais un peu coupable de ne pas penser comme d’autres « féministes  libérales ».

Du coup, j’essayais de me raccrocher à d’autres idées, donc le transactivisme.

J’étais très compatissante, au début, envers les personnes transgenres. Je me disais : « après tout, pourquoi pas, si un mec se sent femme, bon pourquoi pas ? »

Parce qu’en plus comme les transactivistes nous parlent tout le temps de suicide,  « si je ne transitionne pas, je vais me suicider » c’est ça leur discours… et bien forcément, ça fait de la peine.

Puis il y a eu le lynchage de J. K. Rowling. Alors là, moi, ça m’a sidérée.  J’ai trouvé ça absolument délirant que J. K. Rowling soit détruite, juste parce qu’elle a osé dire que les règles étaient un truc de femme. Donc j’ai commencé à approfondir encore plus ma réflexion sur la féminisme. 

Et il y a un an environ, alors là, ça a été… il y a quelque chose qui a tout changé, c’est que j’ai découvert la féminisme radicale !  j’ai découvert ça, parce qu’en fait sur YouTube,  je suivais beaucoup le compte littéraire d’Antastésia, qui a d’ailleurs  témoigné aussi. Et donc je me suis inscrite sur Instagram pour pouvoir la suivre, elle. Et de fil en aiguille, j’ai découvert une partie des figures de la féminisme radicale en France : la collective CAPP, par exemple (abolition porno prostitution), Marguerite Stern, Dora Moutot,  Anissia aussi, qui a elle aussi  témoigné. 

Et pour moi, ça a tout changé. 

Parce que ça m’a permis de comprendre que ce que je pensais, ce n’était pas mal.

Qu’il n’y avait pas que le « féminisme libéral ».

Et ça m’a vraiment permis de me réconcilier avec le fait d’être une femme libre, qui se suffit à elle-même.

Donc voilà, moi, c’est vraiment grâce à la féminisme radicale  que je me sens normale.  Et pour moi, c’est important d’en parler dans ce  podcast, parce que je suis convaincue que la féminisme radicale, elle est salvatrice  pour les filles, pour les femmes. Et je tiens vraiment à en parler, parce que le « féminisme libéral » prend beaucoup trop d’ampleur, et invisibilise  beaucoup trop la féminisme radicale, qui est la vraie féminisme.

RDG –  Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour la société, pour la démocratie ?

Pour moi, l’idéologie transactiviste, elle est dangereuse, parce qu’elle détruit  des enfantes,  des enfants et des ados.

Moi je pense que le rapport très compliqué que j’avais à mon corps (moi je me demandais souvent pourquoi j’étais une fille et par un mec), je pense que j’aurais pu faire partie des victimes, en fait ! Après, je ne suis pas sûr que j’aurais fait une transition médicale, parce que j’ai un rapport très particulier au médical, aux médecins et tout, je n’aime pas ça. Par contre, je pense que j’aurais très bien pu, peut-être, me déclarer non binaire, donc genderfluid,  ou je ne sais pas quoi, si j’étais tombée là-dessus au collège.  Et je sais que beaucoup de jeunes filles, surtout au collège, car l’adolescence c’est quand même une période compliquée, où on se construit, où on se cherche, il y a beaucoup de filles qui détestent être des filles à cause de ce qu’elles vivent, et malheureusement, à cause de la diffusion des idées transe activistes, et bien il y en a beaucoup qui tombe dans le panneau et qui transitionnent, plutôt que de régler leurs vrais problèmes. Pour moi, la transition, c’est juste un moyen de contourner ces problèmes.

C’est un pansement qui recouvre les plaies, mais qui ne les recoud pas.

Donc moi, ça me désole et ça me rend vraiment triste pour toutes celles, et pour tous aussi, parce qu’il y a des garçons aussi qui tombent dans le panneau, parce qu’on ne règle pas leurs problèmes,  en les accompagnant dans leur transition. Pour moi, je pense d’ailleurs que le corps médical a une grande part de responsabilité dans tout ça. Et ça me fait beaucoup de peine.

Après, je sais aussi que, pour certaines personnes qui ont une dysphorie de genre très importante et persistante, la transition peut être nécessaire, je ne le nie pas. Mais déjà, je pense que ce sont des cas beaucoup plus isolés que ce qu’on peut nous faire croire. Et quand bien même un homme transitionne, il ne sera jamais une vraie femme, il n’aura pas du tout le même vécu que nous, le même corps, la même éducation, les mêmes traumatismes. Et c’est pareil pour une femme qui transitionnelles, d’ailleurs. Elle aura toujours ses traumatismes de femmes, et elle ne les aura certainement pas réglés en se faisant passer pour un homme.  Donc pour moi, l’idéologie transactiviste, elle est dangereuse parce qu’elle détruit les vies, plutôt que les réparer, contrairement à ce  qu’on veut nous faire croire.

En plus, elle est fondamentalement misogyne et homophobe.

Après, je vais être très concise là-dessus, puisque ça a déjà été très bien développé par d’autres, mais en gros, voilà : c’est une idéologie hyper misogyne parce qu’elle renforce les stéréotypes de genre. Donc ça y est, si un garçon aime les paillettes et le rose, ça fait de lui une fille… et bien non, pas du tout ! On s’en fout. Enfin, les paillettes et le rose, ce n’est ni réservé aux filles, ni aux garçons. On s’en fout complètement. Le genre, en fait, je trouve que c’est une accumulation de stéréotypes, mais c’est juste mauvais, enfin… je ne comprends vraiment pas pourquoi est-ce qu’on persiste à penser que juste parce qu’une fille aime le foot, ça ne fait pas d’elle une vraie fille, ou que sais-je ? Et je trouve ça complètement absurde.

Et c’est en plus hyper homophobe, parce que les trans activistes ni l’existence de l’homosexualité.

Il n’y a qu’à voir comment les lesbiennes sont insultées, agressées, par ces personnes, lors des manifestations par exemple. Et d’ailleurs, il y a beaucoup de personnes transgenre qui sont homosexuels ou bisexuels, et je trouve que c’est quand même très  révélateur de l’homophobie intériorisée de cette idéologie. Voilà. 

RDG –  Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner de façon anonyme ? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces, ou est-ce que tu perçois un danger par rapport à cette idéologie, ou est-ce que tu te sens en sécurité pour parler tout à fait librement ? 

Romy –  Alors, moi je n’ai jamais subi de pressions ni de menaces, parce que je suis discrète. Je me suis déjà exprimé dans le cadre privé, dans la famille un petit peu, pas beaucoup. Mais c’est vraiment la première fois que je m’exprime publiquement. Par contre, j’ai décidé de témoigner anonymement, parce que, comme je l’ai dit, je suis psychologue de l’éducation nationale, et je tiens à respecter mon devoir de neutralité, parce que mon métier est très important pour moi, j’avais énormément ce que je fais, et je ne veux pas que mes prises de position, mes convictions, se retourne contre moi. En plus de ça, dans l’éducation nationale, je trouve qu’on a quand même une liberté de parole qui est plutôt restreinte. Surtout sur notre lieu de travail. En plus, comme ce que je pense ça ne va pas du tout dans le sens de la pensée dominante, j’ai un peu peur qu’effectivement, ça se retourne contre moi. Après, pour l’instant, ça va, j’arrive à garder le cap de mes convictions parce que je n’ai jamais eu d’élèves concernés pour l’instant par cette problématique. Et on  ne m’a jamais demandé d’organiser quoi que ce soit sur la transidentité ou je ne sais quoi. Par contre, le jour où ça arrivera, je ne sais pas trop comment je vais gérer ça, on verra bien ! 

RDG –  Est-ce que tu as une anecdote à raconter  sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le trans activisme ?

Romy –  Alors oui, j’ai une  anecdote qui est liée à ma formation de psychologue de l’éducation nationale.  Comme je l’ai dit, je n’ai jamais eu à gérer le cas d’un ou une élève transe, mais dans le cadre de ma formation, on a déjà évoqué le sujet. Donc c’était l’année dernière, j’étais très choquée par les propos d’un de mes formateurs, qui pourtant est très compétent et très intelligent, donc ça m’a d’autant plus choquée, venant de lui.  En fait, au moment d’évoquer la question des toilettes pour les élèves trans, il a dit qu’après tout, dans les familles, les toilettes étaient neutres.  Donc il ne voyait pas où était le problème qu’un garçon qui se sente fille puisse aller dans les toilettes des filles. Et après, au moment de la question des vestiaires, il nous a demandé, il nous a dit :

Et si on demandait aux filles : « Est-ce que vous êtes d’accord pour que cet élève trans aille dans vos vestiaires ?»  si les filles répondaient oui, donc dans ce cas il n’y a pas de problème, l’élève trans peut aller dans le vestiaire des filles .

Donc moi, j’étais vraiment abasourdie  d’entendre ça. En plus, en regardant autour de moi, j’avais l’impression d’être la seule à être choqué par ses propos. Et il y avait même des collègues qui allaient vraiment dans le sens de ce que ce formateur disait. Donc moi, je me suis sentie très seule, et très choquée, parce que moi, ça ne m’aurait  pas du tout plu, ado, d’avoir un mec dans les vestiaires, et dans les toilettes, même.

Et en plus de ça, les violences sexuelles dans les établissements, c’est une réalité. Ça commence à l’école primaire, d’ailleurs. Moi, j’ai déjà entendu des histoires à l’école primaire, des enfants qui se font des « olives »  à l’école primaire. Et pour vous donner des chiffres, d’après la DEPP,  (en gros, la DEPP c’est l’organisme qui produit les statistiques de l’éducation nationale)  en 2017–2018, on a eu 2,3 % de lycéennes qui ont subi une violence sexuelle grave dans leur lycée, et c’était le cas de  0,8 % de garçons. Donc en fait, sur un lycée de 500 filles, ça nous en fait  entre 10 et 12 filles, victimes de violences sexuelles graves.

https://www.education.gouv.fr/media/13628/download

RDG –  Est-ce que tu peux expliquer ce que c’est, tu as parlé «  d’olive » ?

Romy –  Les olives, en fait, c’est les garçons qui font ça : c’est de mettre le doigt dans l’anus de leurs camarades.

RDG –  On est d’accord que c’est des viols : techniquement, juridiquement, c’est des viols.

Romy –  Techniquement, ce sont des viols, oui.

 RDG –  c’est complètement banalisé, au point d’avoir même un petit nom rigolo, pour en parler.

Romy –  Totalement, ce sont des viols. Il y a même des garçons qui menacent de viol les filles, par leurs postures : ils les « chopent »  et leur disent : « Et là, maintenant, tu fais quoi ? »  Pour moi, c’est une menace de viol, surtout quand ça se passe dans les toilettes. Moi j’ai déjà… enfin,

c’est déjà arrivé là où je travaille, un garçon qui a chopé une fille,  il l’a traînée dans les toilettes, il l’a enfermée, et il lui a dit : «  et là, maintenant, tu vas faire quoi ? » Enfin, pour moi, c’était vraiment une menace de viol. Ça n’a pas été traité de cette façon.

Pour revenir sur les chiffres de la DEPP,  sur un lycée avec 500 filles, ça nous fait quand même entre 10 et 12 filles victimes tous les ans d’une violence sexuelle grave, au sein du lycée.  Et en plus de ça, on n’est même pas au courant de tout. C’est très banalisé, parce que normalement, entre 10 et 12 filles, ça nous fait quand même beaucoup d’agresseurs, beaucoup de violeurs dans les établissements, et si c’était vraiment traité comme ça devrait l’être, je pense qu’on en parlerait beaucoup plus. Sauf que ce n’est pas le cas, malheureusement.

Donc moi, je trouve ça vraiment aberrant qu’on puisse s’imaginer autoriser des garçons à fréquenter les espaces exclusivement réservés aux filles, pour moi on fait entrer le loup dans la bergerie, et ce n’est juste pas acceptable. Après, je ne dis pas que tous les garçons sont des agresseurs sexuels, sauf que ce sont tous des agresseurs sexuels  potentiels, puisqu’on les éduque à nous agresser. 

Et de toute façon, dans l’esprit des filles, un garçon dans les espaces réservés aux filles, et bien c’est une menace. Et moi je trouve ça aberrant qu’on néglige ce que pensent et ressentent les filles, surtout par rapport aux garçons.

Et puis, même s’il y a des filles qui disent « oui d’accord, je veux bien que Machin aille dans nos toilettes », qui nous dit qu’elles le pensent vraiment, en fait ? Moi je pense qu’il y en a beaucoup qui disent oui juste parce qu’elles ne veulent pas passer pour la méchante.  Mais dans les faits, je ne pense vraiment pas qu’elles soient à l’aise avec l’idée de partager des espaces exclusivement féminins avec des mecs. Pour moi, ce n’est pas concevable.

Et pour revenir sur l’argument des toilettes neutres, pour moi ça ne tient absolument pas debout, parce que déjà, le collège ou le lycée, ce n’est pas la maison ! Et puis de toute façon, même dans le cadre familial, je pense qu’il y a beaucoup de filles qui ne sont pas du tout à l’aise à l’idée de fréquenter des espaces intimes, même avec les hommes de leur famille. Les violences intra familiales, ça existe, et je pense que c’est beaucoup plus courant que ce que l’on veut croire aussi !

Donc voilà, moi ça me désole qu’on en vienne petit à petit à imaginer des mesures qui puissent mettre en péril  la sécurité émotionnelle et même physique des filles. Les établissements scolaires doivent être des lieux d’éducation, sauf que là, je ne vois vraiment pas comment ce serait possible d’apprendre sereinement, alors qu’on ne se sent en sécurité nulle part.

Et aussi, j’ai une autre anecdote. Alors là, c’est très récent : 

très récemment, je parlais avec une collègue de l’égalité–garçons, et cette collègue a remis en question le concept d’égalité filles–garçons, parce que pour elle, ça ne prenait pas en compte les personnes qui ne se sentiraient ni fille, ni garçon.

Donc pour elle, l’égalité filles–garçons, ça n’a pas lieu d’être. Or, pourquoi on est oppressées ? On est   oppressées à cause de notre sexe !  Donc voilà. Après, je pense que toutes ces personnes pensent ça parce qu’elles sont trop bienveillantes, et voilà !  Le discours trans activiste se pose tellement en victime que malheureusement, ça bride l’esprit critique de certaines personnes.

 RDG –  Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

Romy – Alors déjà, moi je voudrais, pour commencer, adresser un petit mot aux mecs. C’est mon côté « éducation nationale ».  Je veux éduquer tout le monde haha.

Déjà, je voudrais dire aux mecs qu’il n’y a pas de honte à avoir des sentiments, à ne pas être virils. Parce qu’au contraire, la virilité c’est à la base, c’est au fondement de la misogynie.  C’est au fondement de beaucoup de maux de la société,  parce que ça renforce l’impression de pouvoir des hommes, et leur besoin de contrôler les femmes et de les asservir. On parle souvent de déconstruire les stéréotypes de genre, mais moi je pense que c’est important surtout de lutter contre la virilité. Je ne vais pas développer là-dessus, puisque Lucile Peytavin,  qui a écrit « le  coût de la virilité »,  en parle très bien aussi, et je vous renvoie vers ses travaux.

Mais sinon, pour finir je vais quand même m’adresser aux filles. Pour leur dire qu’il n’y a pas de mal à être une fille, ce n’est pas une honte. Je sais que ce n’est pas facile tous les jours, mais déjà on n’est pas seules.

Et donc je veux dire aux filles : « soyez fières, et ne bridez pas votre esprit critique ».

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basées sur le sexe.

http://www.womensdeclaration.com

Rebelles du genre – Épisode 28 – Kate

« Je voulais exprimer mes opinions parce que je ne voulais pas mentir.

Mais au Royaume-Uni, si on exprime qu’on est critique du genre, ça peut être vraiment dangereux : pour le travail, pour sa sécurité, pour sa vie.

On est obligés de se conformer à cette idéologie.

Kate – Je m’appelle Kate, j’ai 22 ans, j’habite actuellement à Bordeaux pour faire mon année étrangère mais je viens du Royaume Uni.

Je suis étudiante.

Il y a quelque chose, au fil des années… quand j’ai entendu pour la première fois l’idée d’être transgenre, je pensais que c’était juste : j’avais de la  sympathie pour eux et je pensais que c’était réel, que c’était possible d’être une femme dans le corps d’un homme par exemple. Je pensais que c’était quelque chose qui avait commencé dans l’enfance …et que ce n’était pas quelque chose qui était poussé sur les enfants par les parents.

Maintenant je pense que ça, c’est la vérité.

Eh oui j’ai trouvé le concept d’être transgenre quand j’avais envion 13 ans. J’ai regardé des vidéos et des documentaires créés dans les États Unis, de Jazz Jennings, un garçon qui a été considéré comme fille par ses parents parce qu’il aimait des choses typiquements féminines, comme des jupes, la couleur rose… et ils ont dit : 

« Oui notre fils, c’est maintenant une fille, et ça va être comme ça pendant toute sa vie. C’est ça !»

Et là j’ai trouvé ça et je pensais que c’était normal.

Alors je continuais ma vie, comme d’habitude…

Après quelques années, j’ai commencé à penser d’une autre manière. Je me suis rendu compte qu’ il est devenu une idéologie et j’ai commencé à voir des drapeaux rainbow partout.

J’ai remarqué un jour dans mon école, j’avais environ 16 ans, j’ai entendu une voix mâle dans les toilettes. Je me suis sentie immédiatement inconfortable. Je pensais que c’était pas possible, « il n’y a pas un homme dans les toilettes ! ».

J’étais gênée, quoi.

Je suis sortie des toilettes, je me suis lavé les mains, et j’ai vu à côté de moi… c’était, ben c’était un homme mais dans une jupe ! Il avait des cheveux longs. Il a souri à moi et il a dit « bonjour » comme si c’était normal.

Et j’étais un peu choquée !

Voilà c’est ce jour-là que je me suis rendu compte qu’en fait nos espaces « femelles/female » n’étaient plus « femelles/female ».

Et les toilettes de l’école, pour moi, étaient le seul endroit où on pouvait échapper aux hommes, aux garçons.  C’était des espaces où on pouvait être seule et seulement avec ses amies.

Pendant les années scolaires, on est généralement très inconfortable, comme fille. Nos corps changent, c’est la période de la puberté et je me souviens que j’étais vraiment, vraiment pas contente de mon corps.

Alors, voir un homme, un garçon dans les toilettes ! Il y avait quelque chose qui ne me semblait pas correct avec ça. Et voilà.

Après ça, j’ai commencé à regarder des vidéos sur YouTube de Kelly Jay, qui est  une rebelle du genre qui fait des vidéos en direct, des live sur YouTube presque chaque jour.  Elle était contre, absolument contre l’idée de transgenre.

Elle exprimait que c’était absolument impossible de changer de genre. Et je pensais à l’époque que c’était un peu extrême. Parce que je n’avais jamais entendu quelqu’un dire que c’était impossible. Je pensais que c’était possible, parce que c’était une « condition médicale ». Mais elle disait : « non, c’est juste une autre manière pour les hommes de pénétrer nos espaces. Et c’est une autre forme de sexisme ». Et en fait, je me suis rendu compte que j’étais d’accord avec elle.

J’ai regardé aussi des vidéos de Meghan Murphy  qui a dit une phrase qui est restée en moi, c’est : « Man did not create woman », « l’homme n’a pas créé la femme ».

À l’université, l’idéologie était plus présente.

J’ai tenté de suggérer à mes amis que « Les trans gens, ça peut être possible, je suis ouverte à n’importe quoi, vraiment je suis jeune, je ne sais pas ce qui est absolument vrai ou absolument faux, et donc je suis ouverte, si je peux être convaincue, si c’est possible d’être une femme dans le corps d’un homme. Si quelqu’un peut me dire que c’est possible, peut-être que je vais y repenser. Mais pour l’instant,… »

Je voulais exprimer à mes amis les opinions parce que je ne voulais pas mentir. Je sentais que c’était un mensonge de dire que c’est vrai d’être transgenre.  Il y avait des gens autour de moi qui utilisaient le pronom « elle » pour un homme qui était à côté de moi. Et ce n’était pas correct pour moi. Alors j’ai dit des choses comme : « ah… mais… ahah…  il a une barbe… mais il ne ressemble pas une femme… ahah. »  c’était comme une blague. J’ai essayé de plaisanter un peu, quoi.

 Mais ils ont dit : « non non non non, le pronom, c’est elle. C’est comme ça, tu n’as pas le choix. »

À cette époque, j’ai remarqué que c’était partout. Je n’avais pas raison dans cette culture.

Pendant cette période, il y a eu quelques  événements qui m’ont confirmé que ce n’était pas logique, cette idéologie.  

J’étais dans une boîte de nuit et une femme était à côté de la porte. Je pense qu’elle était là pour vérifier le bien-être des femmes, je crois, dans les toilettes.  Mais elle n’a pas remarqué qu’il y avait un homme qui utilisait les toilettes pour les femmes. J’étais dans les toilettes, l’homme était là, et il a pointé  ma poitrine, et  il y a dit « Oh… j’aime, j’aime… Tes vêtements, j’aime … ton T-shirt… »

J’ai été immédiatement inconfortable, bien sûr. Et j’ai dit : « oh, c’est les toilettes pour les femmes, ici ». Et il a dit : « oh, je suis trans ! »  C’est tout. Il n’a pas dit : «désolé ». Il était fier d’être « trans ».

J’ai raconté cette histoire à mon ex, et pendant notre rupture, il a dit : « tu es transphobe  parce que tu te sentais inconfortable qu’un homme dise qu’il aime ton T-shirt dans les toilettes. Et tu n’as pas dit merci, tu as dit que c’était des toilettes pour les femmes. Tu es une terf ! Il a dit : « tu es hétérosexuelle,  tu ne comprends pas les souffrances de la communauté LGBT. »  Et voilà.

Après ça, j’ai pris une pause. Ça suffisait pour moi, pour ma santé mentale, c’était mieux de me distancer de ça.

RDG –  Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

Kate –  Je pense que c’est assez logique que les femmes disposent de leurs propres espaces, juste pour elles. Parce que si on n’a pas ça, notre sécurité est inexistante. Comme je l’ai dit, les toilettes sont les seuls endroits où les femmes et les filles peuvent s’échapper des hommes. Et je crois que c’est sacré. Et tout au long de l’histoire, les femmes ont également lutté pour avoir le droit d’avoir leurs propres catégories de sports, et maintenant ça ne sert plus à rien parce qu’il y a des mâles dans les compétitions. On a même plus à, maintenant. C’est vraiment inutile d’avoir des catégories de sports qui sont mélangés comme ça. Et nos réussites, nos succès, ne sont pas les nôtres.

Et c’est une insulte de dire que si on ressemble à une image stéréotypée d’une femme, on est une femme. Ça perpétue des stéréotypes sexistes.

Avant cette période  de la croissance de cette idéologie, je pensais qu’on était arrivé à un point où, sur le plan du sexisme, c’était beaucoup mieux. Il y avait moins de stéréotypes, tout le monde pouvait porter n’importe quoi comme vêtement.  Mais maintenant, je vois plus de stéréotypes dans les vêtements des femmes. Et aussi, c’est à cause de gens comme les « dragsters », ça pousse l’idée que les femmes, c’est juste un personnage,  et ce ne sont pas des humains.

J’ai remarqué la même chose à l’université où  j’étudie maintenant, mais au Royaume-Uni il n’existe pas de toilettes juste pour les femmes, et je ne sais pas si c’est une loi, mais on n’est pas obligés d’avoir des espaces juste pour les femmes. Je n’ai pas vu des espaces comme cela.

J’ai l’impression qu’en Écosse il y a des mouvements où on doit utiliser les pronoms corrects dans les espaces de travail, à l’université.

Dans les entreprises  en particulier, au  Royaume-Uni, souvent on est obligés, ou on est un peu forcés, de mettre ses pronoms à la fin des e-mails, chose que je n’ai pas remarquée ici.

J’ai juste l’impression que c’est plus présent au Royaume-Uni, qu’on a des mouvements dans les universités très très agressifs. Il y avait une femme qui a été harcelée. Elle s’appelle Kathleen  Stock. Elle a été harcelée par ses étudiants parce qu’elle a exprimé ses idées sur le sexe, et le fait que le sexe n’est pas le genre. Qu’on ne peut pas changer le sexe. Elle a quitté son travail à cause des agressions de ses étudiants. Il y a aussi des gens qui ont été renvoyés de leur travail parce qu’ils ont exprimé qu’ils étaient critiques du genre. Alors que ce n’est pas acceptable d’être critique du genre  Royaume uni,  vraiment pas. C’est un risque pour le travail, et pour toutes les choses, vraiment. On n’est pas en sécurité si on exprime que les femmes sont des femelles.

RDG –  Donc là, tu témoignes de façon anonyme, est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces, as-tu ressenti un danger ou est-ce que tu te sentirais en sécurité pour parler librement à ce sujet ?

Kate –  j’utilise un pseudonyme, parce que même si ce n’est pas probable que mes amis écoutent ce podcast, je ne veux pas le risquer, parce qu’au Royaume-Uni, si on exprime qu’on est critique du genre, ça peut être vraiment dangereux pour le travail, pour sa sécurité, pour sa vie. On est obligés de se conformer à cette idéologie.

Dans beaucoup d’entreprises, il y a une politique de « tolérance » : on doit finir les e-mails avec ses pronoms, c’est vraiment obligatoire dans beaucoup d’entreprises. Par exemple cette femme qui s’appelle Kathleen Stock, professeur de philosophie, a été harcelée par ses étudiants pour avoir exprimé ses avis. Elle a quitté son travail à cause de ça.

RDG –  As-tu quelque chose à ajouter ?

Je pense que le concept d’être

« non binaire »  c’est régressif.

Parce que c’est que les femmes peuvent porter n’importe quoi et avoir une apparence pas typiquement féminine. C’est absolument fou, pour moi, en fait. Je sens que c’est triste de dire qu’on n’a pas un pronom qui est fidèle à la vérité. Être non binaire, c’est donner une identité, comment dire, c’est vraiment complexe…  Si on est… si on s’appelle « elle », si on dit « she » on doit se conformer à tous les stéréotypes pour dire qu’on est non binaire.  Ça veut dire « je suis mieux que les autres  femmes qui se conforment aux stéréotypes ».  ça veut dire que si on est lesbienne, par exemple, on n’est pas vraiment une femme. Si on aime les hommes, il y a aussi des stéréotypes qui vont avec ça.  Et ça restreint les femmes, et ça n’est pas nécessaire ! C’est vraiment inutile de s’appeler non binaire. On doit être juste soi-même ! C’est le but du féminisme,  être soi-même sans les restrictions du genre. Ça arrête la cause. Le mouvement de créer une autre catégorie ça prend la parole, ça prend l’espace, et ça ne sert à rien, vraiment.

RDG –  C’est vrai que ce point de vue sur la non binarité, on ne l’a encore jamais développé, mais c’est vrai : dire qu’on est non binaire, c’est une façon de se rendre un peu intéressante, c’est ultra nombriliste,  comme si on pouvait être à 100 %, cocher toutes les cases du genre ! Ou alors ça voudrait dire que toutes les femmes qui ne disent pas qu’elles sont non binaires c’est vraiment… elles adorent être opprimées, quoi ! C’est complètement fou quand tu y penses. C’est hallucinant.

Kate –  C’est vraiment complexe. C’est pour ça que je ne peux pas penser à ce mot, parce que c’est une idée nouvelle, et c’est juste fou.

RDG –  Oui, mais en réalité, quand une femme annonce qu’elle est binaire, c’est… si tu es non binaire, ça veut dire que, logiquement, tu ne te conformes à rien.  Mais regarde, comment s’appelle-t-elle, l’actrice… Ellen Page, non-binaire … derrière : double mastectomie, la testostérone, etc. Donc en fait elle n’est pas du tout non binaire.

–   Non, elle est devenue « homme trans » !

–   Oui, mais elle a fait un coming out non binaire !

–   De toute façon, oui. Il y a beaucoup de FtoM  qui sont non binaires, au début.

–   Oui mais ça, c’est juste une façon de se rendre intéressante, quoi ! C’est juste un truc : « Je suis non binaire, les meufs…  Mais je me fais quand même couper les seins ! »

–   Mais il y a une telle haine, une telle culture de la haine,  contre les femmes dites « cisgenre » qu’en fait, si toi  tu ne dis pas, par exemple, que tu es queer…  bien en gros, tu es une « sale cisgenre »… il y a aussi ça, dans le milieu. Je pense que c’est pour ça qu’il y a beaucoup de femmes qui font des coming out dans le milieu queer.

–   C’est ce qu’elle  a expliqué, Esther, d’ailleurs, dans le témoignage. C’est vraiment ça, qu’elle raconte. C’est qu’enfin, tu deviens… tu rentres dans un groupe d’opprimés, et donc tu deviens un peu intéressante.

–   C’est ça, et puis surtout, on arrête de te dire que tu n’es qu’une sale merde, en fait.  Parce qu’il y a tellement d’insultes contre les femmes dites « cis », c’est ouf.

–   Oui,  c’est misogyne.

–   Oui, voilà, c’est très misogyne. Il y en a, c’est vraiment pour échapper à la misogynie.

Kate –  J’espère que ça va être utile et que j’ai donné une perspective un peu différente. Est-ce que vous sentez que c’est plus commun d’être une rebelle du genre en France ?  parce que je ne connais personne en Angleterre !

RDG –  Et bien en fait, on n’est pas très nombreuses, non plus. Et surtout, on est très isolées. Ce qu’on fait avec ce podcast, c’est justement qu’on fait prendre conscience aux femmes qu’en réalité, on est nombreuses. On a beau être isolées, on existe, on est nombreuses.  

Je trouve qu’on a eu un énorme cadeau qui nous a été fait, mais vraiment énorme : c’est Marguerite Stern qui a créé les collages, et ensuite, en mettant les pieds dans le plat sur la question du genre, et en créant l’Amazone, qui est officiellement critique du genre (c’est marqué dans le manifeste, c’est dit : on est critique du genre). Et donc là, je dirais (je suis colleuse, au fait, tu as compris)…  tu sais ce que c’est, les colleuses ? L’Amazone ?

Kate – Non ?

RDG –  C’est les collages, dans les rues. Les collages contre les féminicides, etc.  Ce sont des femmes qui collent la nuit dans les rues des messages féministes sur les murs.

Kate –  C’est pas vraiment lié, mais j’ai vu aujourd’hui, est-ce que vous avez vu, c’était un spectacle près de la tour Eiffel aujourd’hui avec des femmes qui ont peint le drapeau ukrainien sur leur poitrine, mais sans vêtements.

RDG –  Les Femen ? À moins que ce ne soit l’Amazone ? C’est l’Amazone ou les Femen ? Attends je vais regarder, ne bouge pas… C’est les Femen ! Cool

Kate –   Est-ce que vous pensez que ça, c’est féministe ?

RDG –  Alors oui, tout à fait. C’est complètement féministe. 

Alors pourquoi ces femmes manifestent-elles seins nus ? C’est pour dire : en fait, nos seins  ne sont sexualisés que parce que vous les regardez avec vos yeux dégueulasses. Mais nos sens, c’est juste notre corps, et on fait ce qu’on veut avec. Le message des Femen, c’est clairement ça. Donc le  regard qu’on porte sur les seins des femmes,  qui sont toujours soient trop gros, soit trop petit, soit machin, doivent être caché, doivent être pour allaiter, doivent être pour le sexe… non ! En fait, nos seins, c’est notre corps. Et il nous appartient. Donc c’est une façon de montrer notamment les inégalités de traitement entre les femmes et les hommes, puisque les hommes peuvent se promener torse nu, et pas les femmes. Or, c’est seulement dans la tête des hommes, cette histoire de sexualité avec les seins.  Donc voilà. Et toi, tu penses quoi ? Tu avais déjà réfléchi à ça ?

Kate –  Oui, et je ne sais pas. Parce que les seins sont trop utilisés, juste en général, dans l’art, partout. Et c’est… parfois c’est pas trop utile. Et je ne sais pas si c’est vraiment utile dans ce contexte, avec l’Ukraine, parce que Poutine, il va rigoler, en fait !

RDG –  Un truc que tu ignores peut-être, c’est que l’histoire des FEMEN, c’est un mouvement féministe qui est mondial maintenant, mais les deux premières FEMEN elles sont ukrainiennes. Elles ont démarré en Ukraine. Et les premières actions des FEMEN ont eu lieu contre Poutine, et contre l’Église orthodoxe. Et ensuite elles sont venues en France, comme réfugiées politiques, et elles ont eu l’asile politique. C’est des ukrainiennes au départ. Le mouvement a démarré en Ukraine.  Et notamment anti Poutine. Donc c’est une histoire longue. Et elles ont eu le statut de réfugié politique. En France, elles sont réfugiées politiques. Voilà.

Et moi, je me suis posé ces questions, celles que tu te poses aussi, je suis allée lire leur site. Le site des FEMEN. Leur histoire, le manifeste. Et notamment : pourquoi les seins ?  Et je trouve que c’est vraiment… moi en tout cas, elles m’ont vraiment convaincue. C’est vrai que j’avais un peu cette approche, un peu ambivalente, par rapport au fait de manifester de cette façon-là,  et elles ont raison de, comment dire, de mettre le doigt là où ça fait mal. C’est-à-dire que nos corps de femme, on n’a pas à les cacher, quoi. On vit avec. Et je ne sais pas, pour toi, mais moi, regarde : tu vois, je porte un soutien-gorge.  Je vais retirer mon soutien-gorge, ce soir. Là, tu vois la marque là ? Ça, c’est la marque que toutes les femmes ont sur leur corps aujourd’hui. Tu vois ?

–   Pas moi (haha), parce que moi je n’en porte plus !

Ce que je veux dire, c’est que cette nécessité de maîtriser notre corps, de cacher notre corps, etc.… nous entrave littéralement.  Un soutien-gorge, c’est une entrave, littéralement. (Bravo, Camille ! Ou plutôt brava)

En tous les cas, moi j’admire vraiment beaucoup. Et après, je pense aussi que les FEMEN ont une place dans l’histoire du féminisme, parce qu’elles sont au bout du bout. Et l’Amazone, aujourd’hui, c’est leur petite sœur, et j’en fais partie.  Elles vont plus loin que ne vont les mouvements mainstream,  et c’est grâce à ces féministes qui sont, qui vont jusqu’au bout de leurs idées, que l’ensemble du bateau avance. Elles nous montrent la direction, en fait. Elles ont leur place !

Ça ne veut pas dire que toutes les femmes doivent manifester de cette façon-là. Mais si elles, elles le font, ça nous permet effectivement de poser la question de l’hypersexualisation, du fait que « pourquoi  les hommes pourraient se promener torse nu dans la rue et pas les femmes ? », « pourquoi est-ce qu’on oblige les femmes et les filles à avoir telle ou telle forme de vêtements, tout le temps ? », «  Pourquoi est-ce que nos corps, notre façon de nous vêtir, sont tellement normés, alors que passent les garçons ? », Etc.

Ce sont des questions vraiment intéressantes et qui sont au cœur de la pensée féministe. Voilà.

Kate –  Je vais chercher. C’est quoi le nom de ce groupe ?

RDG – FEMEN. F E M E N

Kate – Femen.  OK. Je vais chercher un peu plus.

RDG –  C’est pour ça que c’est très symbolique qu’elles aient manifesté aujourd’hui, justement par rapport à l’Ukraine. Parce que leurs fondatrices sont ukrainiennes.

Oui c’est ça. Et en plus, derrière, il y a toute l’histoire du mouvement,  qui est cohérente avec cette action d’aujourd’hui.

Parce que ce sont et des féministes, et des anti régimes autoritaires, et bien sûr contre la guerre.

Donc il y a tout qui est dedans.

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basée sur le sexe www.womensdeclaration.com

Rebelles du genre – Épisode 27 – Laurine

« J’ai 16 ans.

Je suis féministe, je suis bisexuelle.

Ça va être difficile de trouver un espace pour moi. »

Laurine, rebelle du genre

Laurine – Je m’appelle Laurine, j’ai 16 ans, je suis bisexuelle, je fais de la danse depuis mes quatre ans et du théâtre depuis quatre ans. Je fais partie d’un comité « Jeunesse et Avenir » et de lutte contre le harcèlement. En fait, c’est un engagement citoyen dans la ville pour les jeunes des alentours, donc de province. La lutte contre le harcèlement, parce que dans ce comité, nous avons tous et toutes été harcelés auparavant, donc c’est quelque chose qui nous touche beaucoup.

Sinon, je suis féministe depuis que j’ai appris ce mot, et féministe radicale depuis un an et demi environ.

Je suis lycéenne. 

Moi, je suis critique du genre depuis… depuis toujours, à peu près ! 

Parce que quand j’étais petite, je me souviens, à cinq ans, j’étais déjà vent debout contre, par exemple, les magazines pour Noël : les filles, garçons, les deux catégories. 

Je savais déjà que c’était sexiste, quand je voyais par exemple, la petite dînette du côté des filles. Je me souviens avoir dit –je me souviens, oui, je me souviens, en plus ! – avoir dit à ma mère, comme quoi c’était du «racisme anti fille». Je ne connaissais pas le mot sexisme, mais j’avais déjà compris confusément que mettre la dînette du côté des filles, c’était du sexisme ! Et de façon générale, je n’ai jamais eu de problème à l’idée qu’un garçon, un homme, puisse porter une jupe. Vraiment, ça me paraissait bizarre, ces codes vestimentaires.

 Donc voilà. Et puis j’ai toujours de façon générale eu des idées féministes, même si je ne sais pas vraiment d’où ça vient, parce qu’on ne peut pas dire que j’ai vraiment un entourage très féministe, mais des fois j’avais quand même… disons que je me faisais un peu rattraper par le côté rétrograde…. 

Par exemple, j’avais déjà compris qu’être traitée de fille, de fillette, c’était quelque chose de mauvais, mais je ne savais pas pourquoi, et finalement j’en étais venue à la conclusion que c’était peut-être parce que c’était… finalement, oui : plus insultant !

Ensuite, il faut savoir que j’ai toujours… Enfin, à l’époque, j’étais assez masculine. Je n’étais pas du type « garçon manqué » non plus. Mais voilà, j’étais quand même plus masculine que la moyenne de la classe.

Ensuite, vers mes 11 ans, quand j’ai commencé à fréquenter les réseaux sociaux, j’ai enfin découvert le féminisme à proprement parler, et c’est là où j’ai commencé à naviguer, en fait, sur Wikipédia pour l’histoire du féminisme, etc.

J’ai suivi sur les réseaux sociaux des comptes un peu « phares », on va dire ça comme ça, du type « Osez le Féminisme », NousToutes, Madmoizelle… (Mon Dieu !) ou encore  des figures telles que Dora Moutot, ou encore Marguerite Stern, parce que j’avais entendu leurs prénoms, bizarrement. Je dis bizarrement, parce que je sais que ce n’est pas un truc très courant pour une jeune féministe de 16 ans, mais j’ai lu des ouvrages féministes.  J’avais lu, par exemple, « beauté fatale », de Mona Chollet,  je crois. J’aime beaucoup le format livre, en fait.

Et voilà : de façon générale, je me suis un peu éduquée. 

Sur la culture du viol, sur l’importance du consentement, sur les violences systémiques, sur la notion de féminicide… sur le sexisme ordinaire aussi, finalement.

C’est là où j’ai commencé à être assez révoltée à l’idée de… enfin… face aux choses que je voyais autour de moi en permanence.

Il faut dire que, en effet, mes parents ne sont pas sexistes, mais ils véhiculent aussi parfois un peu des stéréotypes au désavantage des femmes. Et c’est vrai que dans mes classes, les garçons ont toujours été, pour le coup, incroyablement misogynes, si bien même que je me demande comment ils ont été éduqués. Je suis très mal tombée, à chaque fois : c’est se moquer des filles, c’est  généraliser sur toutes les filles, mais aussi le Not All Men, cracher sur le féminisme,  nier la réalité des inégalités salariales. C’est vraiment presque, oui, violenter les filles sous couvert d’humour, c’est faire des blagues sur le porno et puis la prostitution, comme je vais y revenir après.

Et puis aussi j’ai une meilleure amie – c’est toujours ma meilleure amie d’ailleurs, à l’heure actuelle – qui a fréquenté un garçon pendant deux ans, qui l’a violentée  physiquement, et qu’il a obligée à faire des choses qu’elle ne voulait pas faire. Ça s’appelle des viols. Vraiment, elle en a énormément souffert, et finalement, je pense que ça l’a vraiment traumatisée. Et moi ça m’a vraiment fait ouvrir les yeux sur le fait que finalement, les violences conjugales, elles étaient assez proches de nous en fait. Bref.

Du coup, il y a eu comme une séparation  entre moi, qui étais assez au courant, on va dire, malheureusement, de toutes les inégalités qu’il y avait encore, – parce que tout est fait pour masquer les inégalités femmes/hommes, évidemment – et puis donc, vraiment, au bout d’un moment, j’ai commencé à me sentir mal à l’aise, dans mon quotidien, et je me suis pas mal réfugiée sur les réseaux sociaux…

Mais c’était également à cette époque-là que j’ai appris la dichotomie entre les libfem, les radfem, tout ça… Ça m’a fait un choc, parce qu’en fait je pensais que le féminisme était quand même un mouvement dans lequel il n’y avait pas de dispute. 

Vraiment, je pensais que : « Toutes ensemble ! »…

Je me suis rendu compte, du coup, que c’était comme s’il y avait deux camps qui se tapaient sur la gueule, et surtout un, d’ailleurs, j’ai tout de suite remarqué ça. Un des premiers trucs qui m’a choquée, je me suis dit : “mais pourquoi les féministes libérales sont si agressives envers les radicales ? Je ne comprends pas ? Pourquoi les radicales ne prennent pas aussi les armes, finalement, en quelque sorte, contre les libérales ?” J’avais un mode de pensée assez guerrier, mine de rien, c’était il y a deux–trois ans, j’étais encore un peu jeune, c’est pour ça que je pensais comme ça.

Mais c’est vrai que c’est quand même important de se rendre compte qu’il y a vraiment… je ne sais pas si c’est que les féministes libérales manquent de maturité, mais je ne comprends pas quel est l’intérêt de taper, comme ça, sur les féministes radicales, qui ne sont pas d’accord avec les féministes libérales sur, par exemple, la religion, et donc le voile, le porno, la prostitution, le transactivisme, le genre…Et vraiment, je n’ai pas eu besoin de réfléchir longtemps, je savais d’ores et déjà que les religions étaient misogynes, de façon générale, que le voile l’était aussi, que la prostitution était totalement une institution anti-femmes, idem pour la pornographie. Je n’avais vraiment pas besoin de réfléchir très longtemps à ces notions-là !

Il suffit d’entendre les fameux garçons de ma classe, se vanter de leur visionnage pornographique de la veille, toujours dans des termes très hard, si bien même que, finalement, au lycée on en arrive à parler de la sexualité sous des termes du type : «Oh je parie que tu lui as défoncé la chatte », « Oh j’ai envie de lui limer le cul… ».  

Et puis pareil, des fois on sort des phrases, ça fait vraiment peur ! Des fois, j’entends des garçons parler de leur sexualité avec leur petite copine, en des termes du type : «J’ai envie de la détruire »… tout ça, c’est tellement violent, c’est tellement horrible… et c’est un vocabulaire totalement pompé de la pornographie, je le sais parfaitement.

Quant à la prostitution, il faut savoir qu’il y a une partie de ma ville ou c’est très réputé pour avoir beaucoup de prostituées, et pareil, ils se vantent qu’ils y sont déjà allés…  alors je ne sais pas si c’est vrai, mais à partir du moment tu rigoles dessus, c’est que tu ne vois pas le problème là-dedans, et que tu es d’accord avec cette situation-là. Donc ce n’est pas normal ! 

Mais pour le transactivisme et le genre, j’ai peut-être été un peu plus résistante, à me rendre compte du problème, même si j’ai quand même fait mon « peak trans » assez rapidement, à partir du moment j’ai compris que, avec le transactivisme, quiconque se déclare femme peut concourir dans les sports de femmes, aller dans les vestiaires pour femmes, etc.

C’est une problématique assez évidente, je pense.

Donc voilà. Après, il faut savoir qu’à l’époque, je faisais des RP, donc « Role play » :  tu prends un personnage, tu le joues virtuellement, dans des grands groupes spécifiques,  si bien même que tu arrives à créer des univers entiers,  ce qui te prend, comme c’était mon cas, toute la journée. À chaque temps libre, j’étais dessus, et je fréquentais donc beaucoup de personnes qui faisaient des RP. C’est vrai qu’il y en avait beaucoup qui se disaient « agenre, genderfluid, femme trans, homme trans »… Il y a tout eu !  A l’époque, je ne me posais pas plus de questions que ça j’avais l’impression que ça ne concernait pas, donc j’étais vraiment à 200 lieues de toutes ces notions, mais on m’a quand même, je m’en souviens maintenant, appelée « cis »  un jour, d’un ton méchant, comme si c’était vraiment une mauvaise chose. 

Et je me souviens, à un moment donné, on m’avait dit de me faire « éduquer sur ce sujet-là ».  Mais moi, je nageais à 346 000 km de ces sujets-là, justement, et je n’avais pas envie de me faire « éduquer »… je ne sais pas pourquoi haha !  Je n’avais pas envie de me découvrir « agenre »  ou je ne sais trop quoi, parce que c’est vraiment ça le discours qu’ils tenaient, comme quoi, finalement, tout le monde était genderfluid.  Et ce n’est pas faux : en effet, le genre est fluide chez les gens, parce que le genre, vu que c’est la construction sociale qui entoure les sexes, personne ne peut totalement être du côté du stéréotype femme, ou totalement du côté du stéréotype homme. Mais la façon dont ils le disaient, c’était  comme si c’était quelque chose de naturel, inné : on naît genderfluid, on naît non-binaire… bref.

Donc voilà, j’ai « peak trans »  à ce moment-là, et ça m’a fait un peu mal.

Et c’est à cette époque là aussi que j’ai commencé à me détourner de ces fameux RP, d’ailleurs. Voilà, ça ne m’a pas fait grand mal, j’imagine. Et puis je n’ai plus jamais reparlé à personne de ces RP-là, je sais qu’ils sont sur Discord,  ils doivent être encore manipulés par certains vieux de 35 ans qui leur disent de se faire écraser la poitrine, comme on l’a vu dans certains épisodes de Rebelles du genre… 

Voilà. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire mon plein de comptes RadFem,  parce que je savais que c’était là où j’étais le mieux, en fait !

Et c’est comme ça que je suis  devenue féministe radicale, abolitionniste du genre, et, ne l’oublions pas, critique du mouvement transactiviste. 

Parce que oui, on n’est pas juste, je pense, quand on est féministe radicale, abolitionniste ou critique du genre, non non non ! On est aussi très très critique du transactivisme à proprement parler.

Et ça, il ne faut pas l’oublier, parce qu’ il y a énormément de dites «critiques du genre»  qui finalement ne critiquent pas vraiment le genre, mais qui sont juste critiques du mouvement trans.

Par exemple,  les statistiques : plutôt que de compter les «femmes trans» comme des « femmes tout court »,  peut-être devrait-on les appeler « hommes transidentifiés» du coup?  Par exemple des trucs comme ça, que même les gens pas forcément critiques du genre disent. Non : il y a un problème. Voilà.

Mais c’est vrai que c’est beaucoup plus facile de critiquer juste le transactivisme, et surtout ses dérives, plutôt que  le genre à proprement parler, parce que le genre, ça imprègne quand même nos sociétés. On est éduqués pour être genrés. Et ça, c’est un problème.

RDG –  Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

Je trouve que tout cela est dangereux pour, un peu toute la société, en fait !

À part peut-être, les hommes, et encore…

Je pense qu’on peut faire une critique du transsexualisme en trois/quatre grands points:

·  Le problème du langage

·  Le problème des espaces

·  Le problème de l’idéologie en soi,

·  Et puis aussi le problème du côté culte, violence, etc.

Déjà, pour commencer, le problème du langage à proprement parler.

C’est par exemple, changer la définition du mot femme. C’est vraiment quelque chose qui paraît tout con, mais pour moi, c’est vraiment un gros, gros problème. Parce que c’est suite à ça qu’arrivent des tas de problématiques. En définissant le mot femme non pas comme juste une sexuation, mais comme une identité de genre, limite à dire que finalement être femme c’est être féminine, évidemment ça amène des tas de problèmes. Et puis ça relève d’un essentialisme quand même très profond.

Je remarque également que la définition d’homme est beaucoup moins remise en question. Et puis pareil, on a beaucoup de mal à dire femme. Donc : « femme cis »…  il faudrait utiliser d’autres mots.  Mais par contre, « femme trans »,  là, ça passe !

Pareil, les grosses problématiques au niveau du langage, c’est évidemment quelque chose que j’avais déjà lu pas mal sur les réseaux sociaux, et aussi dans certaines grandes organisations.

Par exemple, le Planning Familial parlait des femmes, en l’occurrence, en « personnes menstruées» ou « personnes à clitoris », etc.  

Non seulement ça ramène les gens brutalement à leur corps, mais c’est surtout que ce n’est pas très logique, finalement.

Parce qu’on n’en arrive à dire des trucs du type : « les personnes à clitoris sont opprimées par les personnes à pénis ! »

Alors finalement, ça reviendrait à dire, et je suis d’accord, que les femmes trans identifiées, (donc les hommes trans), sont opprimées par les hommes trans identifiés, (donc les femmes trans)… Vu que les hommes trans identifiés ont un pénis, et que les femmes transidentifiées ont un clitoris.

Mais ce n’est pas ce qu’ils disent :  ils disent que les femmes trans,  vu qu’elles sont des femmes, elles sont opprimées par les hommes, y compris les hommes trans !

Finalement, ils se contredisent eux-mêmes.

Mais c’est assez flippant finalement. On se dit : « Mais comment ces gens-là éduquent leurs enfants, en fait ? »

Si petite fille naît, on lui dit : « alors tu te considères comme fille ou comme garçon, ou comme genderfluid ?…  quelle est ton identité de genre ? »

Non, enfin ils ne connaissent pas la notion d’identité de genre, et moi non plus !

C’est indéfinissable. Et du coup, finalement on va dire ces gamins-là que finalement, le genre femme c’est être féminin-féminine, le genre  homme, c’est être masculin. Et donc forcément que les petites filles vont se dire du genre femme, parce qu’elles ont été conditionnées à être dans le genre femme. Et puis là, il y a ces parents qui vont dire : «Oh, ma fille est cis, elle se considère totalement dans le genre femme, elle est cis, c’est naturel. »

Mais non ! Elle a été conditionnée pour ça. Pour que le transactivisme marche, il faudrait détruire la socialisation différenciée totalement, ainsi que la biologie.

Mais non, ils ne militent même pas réellement contre la socialisation différentielle. C’était peut-être le cas avant, je n’en sais strictement rien, mais actuellement, quand tu regardes les comptes des transactivistes, ce n’est pas ce qu’ils font.

Et puis, changer les définitions, le problème du langage, je continue là-dessus, évidemment, grosse problématique : les définitions des orientations sexuelles.

Alors, j’ai dit dans l’introduction que j’étais bisexuelle, parce que je considère que c’est quand même assez important pour ce qui va suivre. Alors, regardons sur un compte qui n’est même pas transactiviste. C’était un compte de conseils pour écrire. Parce qu’il faut savoir que j’écris (sur WhatPad) Donc un petit compte de conseils. Et puis c’est la journée de la visibilité des personnes bisexuelles. Ce compte-là, (c’est une femme) avait fait un petit post, un petit post exprès. Et elle avait défini la bisexualité comme « une personne étant attirée par deux genres ».

Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est totalement faux ! Je suis attirée par les filles et les garçons, peu importe leur genre, parce que je m’en fiche ! Et puis, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il faut faire les trisexuels, quadrisexuels, parce qu’il y a énormément de genres, après tout pourquoi est-ce qu’on visibiliserait  seulement les bisexuels qui seraient attirés par deux genres, c’est vachement injuste !

Et puis ça veut dire quoi ? Ça veut dire, admettons si je suis attirée par une fille genderfluid… OK donc je suis attirée par un genre, d’accord. Du coup, je me considère comment ? Parce qu’il n’y a pas d’orientation sexuelle qui est juste envers les personnes genderfluid, en fait. Ça n’existe pas.  Ce n’est pas possible. Donc en fait avec leurs définitions, on en arrive à ne plus savoir se définir soi-même. Mais bien évidemment, les conséquences sur les lesbiennes, on les connaît, mais ça me choque toujours autant. Et puis les rhétoriques « plafond de coton » pareil, ça me choque toujours autant, la culture du viol à 100%, on dit aux lesbiennes depuis la nuit des temps qu’elles ont besoin d’un bon phallus pour les faire redevenir hétéro. Et là, on leur dit un peu pareil, finalement.

Le deuxième grand point, comme je l’ai dit dans l’introduction, problème du transactivisme, est le problème des espaces, de la colonisation des espaces, devrais-je dire.

Dans tout cela, toute leur idéologie, c’est finalement la chose peut-être la plus logique, dans leur idéologie. Parce que forcément, si est femme toutes personne qui «se sent» femme, c’est logique que les espaces pour femmes soient ouverts à toute personne qui se considère comme telle. C’est la seule chose logique dans leur idéologie.

Mais bon, c’est hyper problématique. On sait qu’il y a une socialisation différenciée qui entre en compte et qui conditionne, clairement, les hommes, les mâles, à être violents, malheureusement. C’est la vérité. Et on va les laisser entrer, comme ça, dans, je ne sais pas, des vestiaires pour femmes ? Vraiment ?  On sait qu’il y a eu des femmes, des femmes « biologiques », qui ont été agressées sexuellement en prison par des femmes dites « trans »… c’est quand même problématique ! Et les transactivistes n’en parlent pas. Ils nient. Ou ils disent que ce n’était pas vraiment une « femme trans », tout ça… mais non, en fait ! Si, si, « elle » l’était !  « Elle » l’était, mais vu qu’elle a fait quelque chose de mal, soudainement, ce n’est plus une trans, parce que les trans ne peuvent être que gentilles, apparemment. Enfin non, je suis désolée, ils peuvent être très cruels, également, ça paraît logique !

L’exemple qui me fait lever le plus les sourcils, c’est l’exemple du sport. Parce que quand même, quand même ! Quiconque a un minimum de logique devine que c’est un problème. On sait que, justement, les hommes, de façon générale, ont une force physique plus forte que les femmes, et puis également des poumons plus gros, etc. et que finalement, en ce qui concerne par exemple  les poumons plus gros, les hormones, ça crée de la concurrence déloyale.

Et puis ça craint ! Ça craint énormément…  Quand on voit le nageur, qui a gagné, je ne me souviens plus de son nom… Il est hyper baraqué et les filles, autour, elles sont toutes petites comparées à lui… on dirait presque qu’il a fait exprès de  concourir dans les sports féminins pour gagner.

Comment est-ce qu’on peut dire qu’il n’y aura pas des dérives horribles par la suite ? Des hommes qui veulent violer, dans des vestiaires, je vais prendre l’exemple des vestiaires pour femmes, en se déclarant femmes, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Dans les sports masculins, finalement, tu n’es pas très bon, alors tu vas aller dans les sports féminins, tu seras un peu mieux ! Vu que les femmes ont en général une moindre force physique, la concurrence est déloyale. Mais c’est surtout cette force physique moindre qui a servi de raison, soi-disant, à l’infériorisation des femmes pendant des siècles, entre autres… enfin, je pense. Donc on revient un peu en arrière… non, c’est un problème.

Le troisième gros point, finalement, c’est l’idéologie en tant que telle. 

L’idée qu’on naît « cis », « trans », etc…  c’est vraiment tout ce contre quoi je me bats, finalement. Parce que vraiment, l’essentialisation, il n’y a rien qui m’agace plus. C’est vraiment quelque chose que les masculinistes utilisent très souvent : la soi-disant biologie des femmes, qui amènerait les femmes à être des soumises, et à aimer ça !

Et là, finalement, il y aurait donc des femmes « cis » qui seraient en accord avec leur genre. On sait que finalement, il y a la majorité des femmes, vu que la majorité des femmes sont « cis », et bien il y a la majorité des femmes qui kifferaient finalement, être moins payées, être violées, etc. Parce qu’elles seraient en accord avec le « genre » femme… le « genre » femme qui est … une oppression en soi.

Pour finir, le dernier grand point, le quatrième problème du transactivisme,  c’est la violence envers les femmes, envers les dites « TERF ». 

À quel moment est-ce qu’ils se disent : « OK. On va se battre pour les trans, pour leurs droits. Et on a en face de nous un homme qui dit que les trans sont le démon, qu’ils  sont dégénérés. Et on a, à côté, une femme, une féministe, qui a la rhétorique classique des féministes radicales sur le transactivisme, les notions de genre. C’est une rhétorique qui n’est pas haineuse, en fait. Et bien, il vont décider de s’attaquer à cette femme ! Ça n’a aucun sens ! Quand on voit qu’il y a des hommes tels que, pour donner un exemple de masculiniste, Julien Rochédy,  qui disait par exemple que tous les trans étaient des… je ne me souviens plus du mot… je crois que c’était « des dégénérés », ça avait fait scandale il n’y a pas très longtemps. 

En fait, il ne reçoit pas énormément de menaces, comparé aux femmes, aux féministes, aux dites « terf», c’est rien du tout, clairement ! On se retrouve face à un langage assez stéréotypé : les méchantes ont un nom spécifique, on peut mettre aussi «swerf » à l’intérieur, également.  C’est encore les mêmes qui ont inventé ce deuxième mot. Et puis je crois qu’il y en a encore plein d’autres pour qualifier les féministes qui exclueraient  les musulmanes voilées, je crois qu’il y a un nouveau est sorti il y a pas longtemps. Quand est-ce que ça va s’arrêter, ces nouveaux mots qui sortent et qui servent d’épouvantail ? On dirait des mots de type « féminazies »  qui serve d’épouvantail aux femmes qui évolueraient peut-être vers une pensée féministe, mais qui n’osent pas. Parce que c’est pareil, « attention, il y a des terf, ne deviens surtout pas une terf ».  Quand on sait que la violence est devenue  réelle à certains moments, notamment en manifestation, ça fait peur. Parce qu’on se dit, qu’au pire, ça reste sur Internet, mais non ! Ça vient dans la vie réelle, avec des  T-shirt « kill the terf ».  Vraiment, ça fait peur. Et puis, c’est surtout des hommes qui promeuvent ce genre de choses, mais il y a aussi certaines femmes, y compris des femmes qui se disent féministes, des femmes de Madmoizelle,  de NousToutes,  de grandes associations, tu ne sais pas pourquoi elles sortent ça, ça fait vraiment peur. On se souvient par exemple, de Madmoizelle qui  avait fait passer à tous ses «employés », on va dire ça comme ça, militants-militantes,  une espèce de mode d’emploi : « comment repérer les féministes transphobes, et comment les éliminer des espaces féministes. »

C’est horrible ! C’est finalement très antiféministe, cette histoire. Et le pire, c’est qu’elles ne se renseignent même pas sur le féminisme radical. J’ai lu sur un article de Madmoizelle que (…des fois, je le lis, des fois il y a des trucs intéressants… des fois haha)  des trucs du type : « ces transphobes se cachent derrière le féminisme et  utilisent des mots fumeux tels que RadFem »… 

Mais… pourquoi tu ne te renseignes pas sur ce que ça dirait, ce mot ? Je ne comprends pas. Et puis, bien évidemment, Madmoizelle soutient le strass, la strass,  je ne sais pas comment on dit, avec toute cette idéologie du « travail », du anti-abolitionnisme…  encore une fois, pourquoi cracher sur les abolitionnistes alors qu’ils peuvent cracher sur les prohibitionnistes ? Les abolitionnistes ne veulent rien de mal aux soi-disant TDS. Au contraire ! Ils se trompent clairement d’ennemis, comme toujours, mais ça fait peur.

Et puis, bien évidemment les statistiques : ils font leurs propres statistiques, leur propre  propagande… 

Leur malhonnêteté! Le scandale qu’il y a eu avec NousToutes dernièrement, ça m’a… ça m’a pas plu. Je me suis désabonnée, du coup.

Parce que quand même, cancel un collectif  qui fait un travail difficile, « féminicides par ex ou par conjoint », parce qu’ils auraient, soi-disant fait un tweet « transphobe», où ils ne faisaient que dire, que « oui, les femmes trans ont été socialisées hommes, avec tout ce qui va autour… »

Ce n’était même pas une critique du genre, ce n’était même pas une critique du mouvement transactiviste, c’était juste un tout petit truc.

C’est fou, ça : même quand on fait, ne serait-ce qu’un tout petit truc contre le transactivisme, BAM ! Directement, on est autant punies que si on avait fait des grands discours. 

Donc finalement, autant faire des grands discours, parce que bon…

Le transactivisme est une intrusion masculiniste dans le féminisme, les LGB, les femmes,  les espaces de femmes et des enfants, déguisé en progressisme.  C’est ce qui m’énerve le plus. C’est ce côté progressiste qu’ on essaye de nous faire passer. Mais c’est faux ! C’est pas du progressisme, au contraire. Et si les gens s’intéressaient un peu plus, au lieu de croire aux gourous des sectes, (car c’est carrément ça) eh bien ils le verraient. 

La plupart des personnes ne connaissent pas vraiment jusqu’où va le transactivisme, en fait.  Ils ne connaissent que les « gentils trans persécutés par les méchante terfs ».  il faudrait sensibiliser le grand public à cela. Ceux qui ne connaissent pas vraiment toutes ces questions. Le public, peut-être pas forcément féministe en plus, je pense qu’il y en a beaucoup que ça fera bondir. Clairement. Parce que là, j’ai l’impression qu’il y a vraiment un fossé entre tous ceux qui sont au courant de toutes ces histoires, et ceux qui ne sont pas au courant. Vraiment. Parce que vraiment, il y a des gens qui nagent à 346 000 km  de jusqu’où va le transactivisme. Je pense que si jamais on leur disait, on pourrait gagner des alliés. Parce que c’est tellement gros que, clairement, je pense que quiconque a un minimum de bon sens nous rejoindrait!

RDG –  Qu’est-ce qui t’a  décidée à témoigner sous ta réelle identité ? Est-ce que tu te sais en sécurité pour en parler librement ?

Laurine –  Alors j’ai décidé de témoigner sous ma réelle identité, parce que pour l’instant, je n’ai jamais reçu de menaces à proprement parler, et que je ne vois donc pas pourquoi je me censurerais, je me cacherais, alors que  l’instant je n’ai pas de réelle raison de le faire. Et puis même, si j’en avais, je pense que je n’aurais pas envie de me cacher pour ce genre de truc. Il faut savoir, comme je l’ai déjà dit, que j’ai quand même été harcelée, et que je me suis très souvent cachée, même sur les réseaux sociaux. Des techniques d’évitement, et je n’ai pas envie de retomber dans ce genre de travers.

Mais c’est aussi pour appeler les gens à se réveiller, en fait ! Enfin, vraiment, osez, quoi ! Osez parler de tout ça, faites-le, les gens !

Parce que j’ai 16 ans, et je me dis : je suis féministe, je suis bisexuelle, je n’ai pas du tout envie d’aller traîner dans des endroits réactionnaires, donc je pense que j’irai dans des endroits de type féministes, LGBT, etc. Mais je sens que je vais être  attaquée, finalement par du « réactionnarisme ».   

Et finalement, je me dis que je pense, que ça va être difficile de trouver un espace pour moi, collé à mes convictions : juste le féminisme radical, et puis… et puis c’est tout, finalement.

Trop féministe pour les gens de droite, et, soi-disant, trop « de droite » pour les gens un peu «woke »

(même si je n’aime pas beaucoup cette expression, parce qu’en fait elle est souvent utilisée par des gens, voilà… Zemmour, tout ça).  Mais finalement, c’est assez juste, et clairement, voilà pourquoi je veux témoigner sous ma réelle identité. C’est parce que j’ai envie de dire aux RadFems : «  n’ayez pas honte et prenez la parole, osez dire ce que vous avez à dire, ça éveillera les consciences. »

RDG –  As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

Laurine – J’en ai trois.

Alors déjà, pour commencer, c’était il y a six mois, je ne sais plus… l’avant-dernière manifestation d’Act Up Paris, à vous de situer la date.

J’étais montée à Paris. Je suis tombée en plein milieu d’une manifestation d’Act Up, où ils ont d’ailleurs, notons-le, fourré énormément de causes en même temps, si bien qu’on ne savait plus trop contre quoi ils se battent, mais bon.

Évidemment, la petite pancarte qui m’avait fait froncer les sourcils : « Aucune sale pute, que des sales lois ». Je ne sais pas de quelle sales lois ils peuvent parler. C’est pas comme s’il y avait des lois prohibitionnistes qui pénalisaient  les prostituées en France. Bon évidemment, on sent la petite propagande réglementariste derrière tout ça : la loi pénalise le proxénétisme et l’action d’être client évidemment. Mais cette désinformation est vachement crasse pour quelqu’un  qui n’est pas au courant de toutes ces questions-là.

Il lit ça, il peut se dire en effet : « Attends, que des sales lois, que les sales lois… comment ça, c’est qu’il y a des lois qui pénalisent les prostituées ? Ah merde, mais c’est super méchant ! » Ça me fait penser à l’épisode de « cru », sur YouTube, «  Faut-il légaliser la prostitution ? » Mais ça ne veut rien dire, la prostitution, en soi, est déjà légalisée. C’est le proxénétisme et l’action d’aller voir une prostituée  qui est pénalisée.

 Et puis, avec ce genre de questions, tournées mal, on en arrive à des débats qui « miss the point » et  qui sont à 246 000 km de la réalité. Limite, finalement, c’est de la malhonnêteté volontaire, je pense, pour confondre les foules. Vraiment, je m’étais sentie mal à l’aise quand j’ai vu ça. J’avais l’impression qu’ils étaient agressifs, en fait. Je ne sais pas si c’est parce que je savais qu’ils me visaient, moi, avec ce genre de pancartes, dont une que je développerai un tout petit peu plus tard, mais vraiment, ils avaient les visages fermés… 

Et puis : Act Up Paris !

J’ai vu le film 120 battements par minute. Moi, je les pensais plutôt sympathiques, Act Up Paris,  mais quand j’ai vu ce genre de truc, je me suis dit que c’était totalement à l’opposé de mon échiquier. Je ne pensais pas ! Mais si. Évidemment.

J’ai vu la fameuse pancarte : « trans assassinés, terfs coupables. »

Oui bon, classique mais qui m’énerve toujours autant. Parce qu’on fait, 100 % des personnes trans tuées l’ont été par des hommes. Et les terfs, par définition, sont des féministes radicales, qui, soi-disant, excluent les personnes trans. Il y a genre, quelques hommes féministes radicales, mais c’est surtout un truc de… de femmes, en fait ! Donc vraiment, c’est attaquer les femmes pour des meurtres d’hommes. C’était vraiment tordu.

Pareil, encore une fois, pour ceux qui sont pas au courant de tout ça, dire ça, ça peut vouloir faire penser que « terf » c’est finalement un mouvement de haine envers les personnes trans, et donc se renseigner sur ce que sont les terfs, et tomber sur du transactivisme etc.  et puis en fait, quand tu  voyais leur physique,  tu voyais qu’il y avait beaucoup de personnes en transition. Ça se voit. Et tu te dis, non seulement ils sont en train de se détruire leur corps, mais surtout que à tous les coups tu vas te faire tabasser par une soi-disant « femme trans »,  et ça ne va pas mettre longtemps, tout tourne autour, de toute façon, des entrants s’identifient, dans ce genre de truc. En fait, j’ai regardé les pancartes, et ça tournait beaucoup autour des femmes trans… donc ouais.  Non, en fait. J’étais avec mes parents  et ils disaient : « c’est quoi, ça ? »  Ils  nageaient à 346 000 km  de ce que c’était réellement, et de ce qui se passait réellement ! Je ne l’aurais rien dit, mais je. Encore une fois, il y a un décalage énorme entre les gens qui sont au courant de toutes ces questions,  que ce soit d’un côté ou de l’autre de l’échiquier, et les personnes qui sont, mais alors… qui n’y connaissent rien, qui n’y connaissent rien et qui finalement se font influencer par n’importe qui.

Ma deuxième expérience. Expérience, c’est bizarre, dit comme ça. Anecdote.

Planning familial.

Mon Dieu.

J’y étais allée, à celui de ma région. J’y étais allée pour des conseils en contraception. C’était quelque chose de vraiment très neutre. J’y suis allée. J’étais à un bureau en train de parler avec une femme qui me donnait des conseils et, derrière moi, qu’est-ce que j’entends, à la machine à café, on a l’impression d’être dans un film. Je les entends parler des terfs ! Je les entends parler des terfs. Au départ, je pensais que je délirais. Mais en fait non. Parce que, forcément, j’essayais d’écouter la conversation à proprement parler, et ça collait très bien. Ils parlaient, comme quoi : « Elles ne se rendent pas compte qu’elles font du mal aux personnes… (je n’ai pas bien entendu la suite, mais j’imagine, trans).  Mais de toute façon, laisse tomber, c’est des terfs… »  j’ai eu du mal à saisir réellement ce qu’ils disaient, ce qu’elles disaient, parce que c’étaient des femmes.  Ça avait l’air d’être une discussion de maternelle, en plus, mis à part ça. Mais vraiment, ça m’a choquée. Je me suis dit : « c’est censé quand même être un truc qui est censé aider les femmes, un endroit neutre… et en fait  ils nous font ce genre d’appel à la haine ». Je veux dire, c’est vachement flippant.  Du coup, ça m’a mise mal à l’aise pour tout le reste du rendez-vous, d’ailleurs.

Ensuite, ma dernière anecdote, c’est ce que j’appelle le cours «pro-trans ».

En fait, c’était assez modéré. On ne va pas se le cacher, c’était pas du transactivisme très très violent, mais c’est encore pire. Et je vais y venir par la suite.

 Déjà, c’était en espagnol. C’était une compréhension orale, c’était une femme qui faisait son coming out  « homme trans » donc habillée en « homme », on le notera, comme si finalement : elle avait envie de s’habiller en homme, donc « homme trans ». Pareil, elle s’était coupé les cheveux. Bon, bref.  Et puis voilà. Je suis très nulle en espagnol, donc je ne sais pas ce qu’elle disait, mais voilà, elles faisait son coming out trans…et puis finalement au bout de la scène, tout le monde l’a applaudie, à part un mec qui avait fait une réflexion un peu déplacée, et qui, j’imagine, est considéré du coup comme transphobe, le méchant transphobe. Je ne vais pas trop le défendre, parce qu’il avait l’air d’être un peu le type « joke, bully » , ce qui est la caricature, d’ailleurs, type : parce qu’on s’oppose au mouvement trans, on est forcément comme ça.

Et ensuite, on avait un peu discuté avec la prof et elle nous avait parlé un peu… comme quoi, « si jamais il y avait quelqu’un… qu’il fallait être tolérant »… elle nous faisait la morale comme des gamins !

Mais il faut dire qu’il y avait des gens dans la classe qui n’avaient quasiment jamais entendu parler de la transidentité. Et finalement, en entendre parler comme de personnes toutes pacifiques, qui ne demandent qu’à vivre leur petite vie, et qui sont tellement minoritaires et tellement isolées, très loin de mouvements, de militantisme, etc… 

Finalement, je considère que c’est encore plus dangereux que si elle nous avait sorti du transactivisme pur et dur, parce que là, ça aurait choqué. J’en connais certains, certaines,… bon, je suis dans une classe anti féministe, mais certaines de mes amies qui ne sont pas vraiment féministes, mais elles sont quand même sensibilisées sur certains trucs, « grâce » à moi. Et je sais qu’entendre que, par exemple, (pour donner un exemple qu’on a déjà vu,) les hommes concourant dans les sports pour femmes, ça, par contre, je sais que ça ne serait pas passé. Ça serait vu comme une tentative de détruire les sports féminins. Surtout que j’ai une amie qui aime beaucoup faire du sport et elle a conscience qu’il y a des différentiels  de capacité entre hommes et femmes, et elle l’avait pris un peu de plein fouet, parce qu’elle avait fait un pari avec un garçon : ils devaient soulever quelque chose, et elle avait perdu. Et finalement elle avait trouvé que c’était une concurrence déloyale. Bah oui, soulever des poids, quand même, c’est un truc un peu caractéristique. En plus c’était quand même un homme assez baraqué.

Je sais que ça aurait touché sa corde sensible. Mais là, du coup, le cours comme ça, ça m’a mise un peu mal à l’aise. Et puis ensuite ça sort des trucs du type « se sentir homme », «se sentir femme ».  Déjà, on ne sait pas ce que ça veut dire. On sait que les gens associent aux mots hommes et femmes des stéréotypes. Donc finalement,  le classique : une femme qui « se sent masculine » et qui se déclare en  « homme trans », et vice versa, avec les hommes se déclarant femmes.

Il faut aussi savoir, et je finirais là-dessus, qu’il y a une personne dans ma classe, un homme, un garçon devrais-je dire, (mais il a redoublé deux fois, donc il a quand même 18 ans), qui, sur les réseaux sociaux, (on a trouvé son compte, il a tout fait pour le cacher, son compte, donc on l’a trouvé) et en fait, apparemment, il se déclare femme, trans, gay…  ce qui est bizarre. Tu es une  femme,  tu es gay,  tu es lesbienne, du coup, non ? Enfin, je n’ai pas trop compris, je ne comprends pas. Il n’a jamais fait de coming-out IRL,  je sais juste qu’il est le seul garçon de ma classe à s’épiler les jambes… c’est peut-être pour ça qu’il se déclare femme, je ne sais pas.

Et puis aussi, deuxième personne trans que je connais IRL,  enfin, « trans »  entre guillemets, c’est une ancienne amie, une fille qui, pour le coup, a fait les démarches. Elle a une transition en cours.  Je lui ai parlé pendant 10 minutes, elle n’a parlé que de ça. On ne s’était pas vues depuis des années, elle n’a parlé que de ça. C’était flippant. On avait l’impression qu’elle était devenue une caricature du mec viril, tout était fait pour entrer dans ces stéréotypes là, et vraiment, je me dis : « Voilà ce que c’est finalement, transactivisme, ça ne fait que renforcer les stéréotypes de genre. Et quiconque ne se sent pas conforme à son genre forcé par la société, disons-le comme ça, et bien finalement, paf ! Trans. »

C’est assez problématique.

Voilà, finalement, je ne sais que conclure de tout ça, mis à part que tous ces mouvements me semblent un peu trop bien organisés.

Je ne sais pas si c’est quelque chose qui avait été programmé depuis longtemps, détruire les femmes, détruire les espaces de femmes, je ne sais pas. Mais c’est flippant, et ça avance très très rapidement, avec des moyens qui feraient pâlir n’importe quel mouvement ! Par exemple, des BD qui sortent, qui font la promotion du transactivisme, et pour le coup de la transidentité.

Est-ce qu’il y a eu autant de moyens pour le féminisme, de façon générale ? Je ne sais pas. De toute façon, le transactivisme est tenu en grande majorité par des hommes, donc ça ne m’étonne pas.

Voilà donc, je vais conclure ce petit témoignage, en, encore une fois, incitant les femmes qui m’écoutent à oser prendre la parole sur ces sujets, à dire ce que vous pensez, à ne vous laisser pas influencer finalement, et à surtout, surtout, respecter la liberté d’opinion d’autrui… ce qui manque beaucoup dans le transactivisme, selon moi.

C’est peut-être, finalement, ce qui me choque le plus.

S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe www.womensdeclaration.com

Rebelle du genre, ép. 25 – Antastésia

Je m’appelle Emy, mais je suis surtout connue sous le nom d’Antastésia, parce que je crée du contenu en ligne, notamment sur YouTube.

En dehors, je suis également prof. 

J’ai 30 ans et j’habite à Paris.

Antastésia – Alors au départ, personnellement j’étais très sensible à la question de la transidentité, et je n’étais pas du tout opposée à tout ce qui relève de la transition, ni même aux discours qu’on pouvait entendre en ligne. 

Mais je vous parle de ça, c’était il y a environ 10 ans… Donc les discours ont quand même beaucoup évolué. 

On va dire que je n’ai jamais adhéré au genre en tant que sentiment inné, et réalité intime et personnelle et subjective. 

J’ai toujours été convaincue que le genre est un outil de l’oppression patriarcale. 

J’ai toujours été, en tout cas à partir du moment où je me suis revendiquée féministe, convaincue que c’était effectivement une construction sociale, que c’est un outil de l’oppression patriarcale. 

Mais de l’autre côté, de manière paradoxale et sans avoir à ce moment-là conscience que c’était quand même un petit peu problématique et assez paradoxal, j’étais  aussi très sensible à la question de la transidentité.

En fait, j’ai même fait quelques vidéos justement sur ma chaîne YouTube pour informer et pour alerter en étant une bonne “alliée”, et j’ai même participé à des financements avec des crowdfundings par exemple, pour des personnes trans qui souhaitaient avoir accès à des opérations.

Donc  je n’étais vraiment pas du tout dans une démarche critique vis-à-vis de la transidentité. Je tiens quand même à préciser, comme je l’ai dit, voilà, que c’était il y a quand même plusieurs années, et que – en tout cas ma connaissance – ce qui se passait sur les réseaux sociaux n’avait rien à voir avec ce qu’on peut trouver actuellement.

Et je pense que si ça n’avait pas été le cas je n’aurais pas été aussi, on va dire “ouverte” à cette idéologie, à ses revendications. Revendications qui, à l’époque, me semblaient plutôt acceptables et qui relevaient de la non-discrimination pour les personnes qui se déclaraient trans :  un parcours de soins adapté, et plus globalement d’ouverture dans la société.

A l’époque, c’était quelque chose qui me parlait totalement et je pense que c’est le cas pour beaucoup de femmes, et pour beaucoup de féministes.

Et de fil en aiguille, j’ai vu le mouvement transactiviste évoluer, à mon sens énormément évoluer,  je dirais même. 

Et il y a quatre ans il y avait déjà eu une première polémique avec l’autrice nigériane Ngozi Adichie qui avait dit qu’il y avait une différence fondamentale entre les femmes trans et les femmes “cis” ‘je précise que moi je n’utilise pas le vocabulaire “femme cis”, mais là je reprends les termes exacts du débat à l’époque. On lui avait posé la question : “Est-ce que les femmes trans sont des femmes?” Et  elle avait répondu “Elles peuvent être des femmes trans, mais en tout cas elles n’ont pas la même expérience que les femmes “cis”, et donc que moi.”

Et ça, ça avait déjà à l’époque provoqué un petit tollé et j’avais d’ailleurs fait une vidéo justement, il y a quatre ans, pour soutenir sa position et expliquer que je ne voyais pas en quoi c’était transphobe, et en quoi on n’aurait pas pu avoir ce genre de propos, tout en soutenant aussi, derrière, des personnes transgenre. 

Et à l’époque je me souviens que dans les commentaires, j’avais une vidéo qui est en anglais d’ailleurs, j’avais beaucoup de commentaires de personnes trans qui étaient tout à fait d’accord avec moi. 

Et le climat déjà à l’époque, en tout cas dans cette petite sphère YouTube, et en anglais, était pour moi très différent de ce qu’il est actuellement. 

Clairement, je ne pense pas qu’à l’heure actuelle, si une telle chose venait à se produire, il y aurait des personnes trans qui viendraient commenter de manière positive sous ce genre de contenu.

Et puis il y a deux ans (alors entre-temps bien sûr j’avais commencé à  en apprendre davantage, sur notamment les prisons et le sport, étant donné que c’était vraiment, je pense, les deux points saillants de discrimination) en tout cas dans le discours trans c’étaient les deux points saillants vraiment très importants, et où une résistance féministe commençait à s’opérer, et ça, ça ne passait pas du tout. 

Et donc j’étais très perplexe et très critique de ça, et j’ai commencé à en parler un petit peu sur Instagram, et à ce moment-là, une personne… alors un homme transidentifié qui à l’époque était très présent sur les réseaux ,et qui se disait “non-binaire” mais aussi “transféminine”… Donc, déjà rien que ça…  moi j’étais dans la perplexité totale… mais bon… est venu me faire la leçon en message privé,  justement sur Instagram, pour me dire que le fait que je relaie ce genre d’information, c’était transphobe. Donc on parle bien d’information qui visait à informer les gens de la situation qui se profilait de plus en plus précisément dans les prisons par exemple, ou dans le sport.

Lors de nos échanges, cette personne a continué en me disant “qu’il” vivait la même misogynie que moi.

Et je pense que ça, ça a été pour moi la petite, la dernière goutte d’eau.

Etant donné, je le précise, que cette personne n’a fait AUCUNE transition, donc n’a même pas une apparence qui pourrait être perçue comme celle d’une femme. C’était tout simplement un homme qui se teignait les cheveux, qui portait du maquillage, et de temps en temps, portait des robes. 

Donc quand j’ai entendu cette personne me dire qu’elle vivait la même expérience du sexisme et la misogynie que moi, ça a été très difficile à accepte

Donc quand j’ai entendu cette personne me dire qu’elle vivait la même expérience du sexisme et la misogynie que moi, ça a été très difficile à accepter, et j’ai vraiment senti à ce moment-là qu’il y avait deux options qui s’offraient à moi, qui était celle de “courber entre le dos” et de prétendre ne pas voir que c’était un homme, alors que c’était un homme, pour garder un discours consensuel. Ou alors oser affirmer que pour moi, se dire “transféminine et non-binaire”, premièrement n’avait aucun sens et deux, assumer le fait que je voyais clairement un homme en face de moi et que j’étais persuadée que je sais très  intimement que tout le monde voyait un homme également.

A ce moment-là j’ai été un petit peu, on va dire à “outée” donc j’ai un petit peu été exposée sur les réseaux sociaux avec certains relais justement de ces messages et de ces conversations. Ce que moi j’ai choisi de ne pas faire à l’époque, et j’ai donc fait une vidéo qui s’intitule : « Suis-je une vilaine terf? », qui totalise à l’heure actuelle plus de 100000 vues, dans laquelle j’étais encore un petit peu aux balbutiements de cette réflexion, ou en tout cas j’étais encore dans une façon de m’exprimer qui était pleine de tact. Voilà. 

Mais je parlais de la question du passing, de la réalité matérielle de l’existence des femmes, et de ma volonté de ne pas m’inscrire dans ce qui serait à mon sens, effectivement, une transphobie, c’est-à-dire discriminer des personnes parce qu’elles se diraient trans. 

Mais je refusais de continuer à participer à ce qui me semblait devenir un délire collectif.

Et là, cette vidéo, effectivement, ça a été un petit peu le point de bascule, étant donné qu’à partir de là, j’ai forcément été désignée comme une grande ennemie de la cause trans, sur les réseaux. 

Mon nom a beaucoup tourné. Une personne qui est à l’heure actuelle très connue dans le milieu du transactivisme français, un “homme trans identifié femme”, qui s’en est pris notamment à Dora Moutot entre autres, avait également fait des storys sur moi “à la une” , qui ont miraculeusement disparu quand il a eu un contrat pour écrire un livre, comme par magie : ça fait plus propre quand on a un contrat pour écrire un livre ou pour passer à la télé, ou dans la radio, de ne pas montrer qu’on a harcelé des femmes.

Donc voilà : ça a été un mélange de tout ça, et là j’ai commencé à me renseigner davantage. Je pense que, à ce moment-là, de plus en plus de femmes ont commencé aussi à prendre la parole.  On a eu accès à beaucoup d’informations sur des sujets divers, mais alors vraiment que je ne soupçonnais à l’époque absolument pas!

Et c’est à partir de ce moment-là que j’ai pu en fait réconcilier ma première critique du genre, ma pensée féministe qui est  que le genre est une construction sociale qui nous oppresse, et quelque chose qu’on doit chercher, à mon sens, à éradiquer, et le fait que c’était incompatible, tout simplement, avec la plupart des revendications des personnes trans, et potentiellement même, avec la manière dont la transidentité nous est présentée à l’heure actuelle.

RDG – Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, la société et la démocratie?

Antastésia – Je pense que je vais peut-être un petit peu répéter beaucoup de choses qui ont déjà été dit par les autres intervenantes, mais c’est un mouvement qui est extrêmement dangereux ; je pense aussi bien par ce qu’il propose en termes de contenu, que par la manière dont il opère.

Précisément, bien évidemment, pour les femmes, au niveau du contenu en tous les cas. C’est une réelle volonté de détruire les manières d’exprimer la réalité matérielle et douloureuse des femmes.

C’est une volonté de nous déposséder aussi bien de notre langage que de notre expérience (on a toutes, bien évidemment, des expériences personnelles, mais on a aussi, à mon sens, une sorte d’histoire collective des femmes, et ça je pense que c’est quelque chose que ces personnes essaient de détruire).

C’est nous déposséder des espaces qui nous sont réservés.

C’est nous déposséder aussi, tout simplement, par exemple, de nos avancées, par exemple en sport?

C’est nous déposséder, je pense aussi, d’une certaine manière, de tout ce qui a trait à la maternité et aux droits reproductifs, et alors là, ma réflexion n’est pas encore extrêmement aboutie, mais moi je pense qu’il y a quelque chose de profondément central qui se joue à ce niveau-là. Il me semble même que c’est l’un des pivots les plus importants dans la misogynie et dans le patriarcat, cette faculté qu’ont les femmes d’être mères, voilà, tout simplement.

 Je pense que c’est dangereux pour les femmes parce que, premièrement, il y a aussi des conséquences très très claires dans les prisons, dans les lieux de rencontres, par exemple lesbiens. 

Je pense que c’est un enjeu pour les enfants parce que le transactivisme, à l’heure actuelle, milite ardemment pour une tombée de toutes les limites et de toutes les barrières qui, à la base, étaient quand même mises en place par, notamment, tous les personnels soignants. Et ça, je trouve que c’est assez incroyable de voir le peu de réactions qu’il y a dans la sphère vraiment “lambda”, à ce titre. 

Quand on voit qu’il y a quand même des opérations qui commencent à être pratiquées sur des personnes qui sont mineures, quand on voit que la prise d’hormones est présentée comme quelque chose de totalement anodin, que les bloqueurs de puberté c’est aussi présenté comme quelque chose de totalement anodin, quand on voit que la plupart des personnes continuent à ne pas vouloir se poser de question : « Pourquoi est-ce que d’un coup, le nombre de personnes trans explose et pourquoi est-ce que ce sont, comme par hasard, des jeunes filles? » 

Moi je trouve que c’est assez incroyable.

Donc dangereux pour les femmes et pour les enfants. Globalement pour tout le monde, mais ça touche concrètement les femmes et les enfants, c’est une marchandisation, pour moi,  du corps.

C’est l’aboutissement d’un certain capitalisme qui associe au monde du médicament et je trouve ça absolument effrayant.

Et je trouve ça aussi vraiment aussi absolument incroyable, et j’ai toujours du mal à le croire, c’est cette capacité, quand même, à clore tout débat, toute question et toute critique.

A la limite, que certaines personnes soient convaincues corps et âme de ce qu’elles avancent, même si moi je trouve ça profondément dangereux et profondément sexiste, de toute manière c’est une réalité à laquelle on se heurtera toute notre vie,  je pense.

Mais là, ce que je trouve assez unique, c’est qu’on est quand même empêchées de critiquer ou même de questionner, et très honnêtement je n’ai pas vécu ça avec d’autres mouvements. C’est-à-dire qu’en fréquentant des mouvements, par exemple antispécistes ou animalistes, où il peut y avoir parfois  des des questions ou des désaccords, je n’ai jamais rencontré cette opposition-là et cette volonté de nous faire taire.

Et pour être tout à fait honnête, un grand nombre même d’hommes qui ne se disent pas trans, non-binaires ou que sais-je… qui sont de bons hommes “cis”  pour reprendre les termes, et qui sont par ailleurs sexistes… malheureusement je dois avouer que je les trouve, (dans mon expérience en ligne en tout cas) je les trouve moins violents que les transactivistes. Et ça c’est c’est quand même assez fou! 

Alors je ne dis pas que c’est le cas tout le temps, bien évidemment qu’il y a une violence incroyable qui s’opère chez les hommes, et de toute manière c’est celle que l’on retrouve chez les transactivistes à mon avis. 

Mais il me semble que chez les transactivistes, c’est encore plus décomplexé, parce que c’est soutenu, c’est présenté comme du progressisme, c’est présenté comme une violence venant des victimes et des opprimés. Et donc, forcément, elle est légitime. Tandis qu’on reçoit quand même une certaine part de soutien il me semble, lorsque ce sont des hommes qui n’ont pas cette “case de l’oppression” à remplir, qui est celle de la transidentité…

Et l’impossibilité, pour moi, de critiquer ou de questionner c’est…  c’est une forme de totalitarisme.

Et je trouve que le mouvement a clairement des dérives sectaires.

Je sais que ça peut paraître peut-être un peu poussé de le dire ainsi, mais pour moi, le fait de créer cette communauté trans qui vient supplanter tout autre communauté, le fait de chercher (il me semble quand même pas mal) à couper des liens avec des parents ou un entourage qui ne seraient pas forcément d’accord à 100 %… 

Le fait de repousser la science… 

Le fait de ne pas présenter ça comme une croyance, alors que ça repose quand même sur une croyance… 

La question de l’argent aussi, on n’en parle pas beaucoup mais il y a quand même énormément de demandes d’argent.

Et bien évidemment l’impossibilité de critiquer ou de questionner…

Eh bien pour moi, ça me fait quand même penser à un mouvement sectaire, clairement, voilà!

RDG – Qu’est-ce qui t’a amenée à témoigner à la fois à visage découvert et en reprenant ton nom de vidéaste sur YouTube?

Antastésia –  En fait la question pour moi ne se pose pas. Je suis sur les réseaux depuis très longtemps. Ma chaîne YouTube, je l’ai créée en 2007. J’ai commencé à publier vraiment des vidéos en 2009, et avant j’étais sur MySpace, et puis j’ai été sur Twitter puis j’ai été sur Instagram… bref.

Donc j’ai toujours été sur les réseaux, et j’ai toujours été sur les réseaux à visage découvert. Voilà. Sans doute aussi parce qu’à l’époque, c’était totalement différent comme climat, à tous les points de vue, c’était un espace vraiment beaucoup plus restreint, beaucoup moins mainstream. Il n’y avait pas de questions qui vraiment, se posaient.

Par contre, j’ai toujours fait le choix de ne pas mettre mon nom en ligne, même si mon nom a fuité et et que certaines personnes cherchent justement à me doxxer, donc à faire fuiter mes informations, donc mon nom, mais également les lieux où j’ai pu travailler, et j’ai l’impression que, à l’heure actuelle, c’est quelque chose qui engage… ce n’est pas une impression, ça engage beaucoup… que de témoigner de façon non-anonyme sur ces sujets-là. 

J’estime que je suis dans une position où je peux me le permettre, plus que beaucoup de femmes. Je ne pense pas que ça mette en danger mon activité professionnelle. Je ne crains pas pour les liens avec ma famille ou mes amis parce que j’ai la chance d’être avec des personnes qui ne sont pas du tout …“contaminées”, j’allais dire, c’est un mot un peu fort mais naturellement je vais le garder c’est le mot qui m’est venu. … contaminées par cette idéologie. 

Donc que je ne m’inquiète pas plus que cela, pour être honnête et quand bien même je m’inquiéterais, parce qu’il y a quand même une petite dose d’inquiétude étant donné que je sais ce qu’est le harcèlement en ligne et que j’en ai été la victime notamment par le transactivisme. 

Je tiens quand même à témoigner de la manière dont je me suis toujours exprimée en ligne, parce qu’il semble que c’est plus que nécessaire à l’heure actuelle.

Je ne juge pas les personnes qui ne peuvent pas le faire bien évidemment!

Mais moi, ça me semble très très important de pouvoir… voilà poser un visage et que ce soient être aussi des personnes qui par ailleurs regardent certaines de mes vidéos, se disent que d’habitude j’ai un discours plutôt cohérent et pas haineux, et que le fait que ce soit plus identifiable peut-être, et qu’elles puissent se dire : “Ah cette personne-là,  jusqu’à preuve du contraire, elle n’a pas eu de  propos vraiment haineux, elle n’a pas eu de propos discriminatoires. Donc pourquoi est-ce qu’elle se pose ces  questions-là?”

J’espère que ça peut être aussi utile, justement.

Et amener des personnes à la réflexion parce qu’il y a un lien peut-être qui s’était déjà créé, ou il y a un lien qui peut se créer parce qu’il y a une multitude de vidéos de moi disponibles en ligne…

RDG – As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ? 

Alors concernant les anecdotes du coup, c’est surtout celle que j’ai déjà mentionnée avec ce jeune homme, parce qu’en plus c’était un homme qui était jeune, ce jeune homme “non-binaire transféminine”… ça m’a vraiment marquée parce que pour moi c’était… 

J’ai reçu à ce moment-là, lorsque j’en ai parlé, des messages de personnes qui me disaient : « Non mais c’est pas possible, tu vois bien que c’est une femme! Et moi je suis sûr que, dans la rue, elle se fait aborder comme une femme, et elle se fait harceler comme une femme »!

Et c’était, pour moi, la première fois que je voyais les gens me mentir à ce sujet-là d’une manière aussi frontale et assumée.

Parce que je ne peux pas concevoir que ce ne soit pas un mensonge quand on a quelqu’un, qui en plus n’a fait aucune transition (quand certaines personnes ont fait des transitions je veux bien, qu’effectivement, l’apparence puisse être, alors « trompeuse » c’est… en tout cas je veux bien que l’apparence puisse faire croire qu’on a en face de nous une personne qui serait « femelle », mais là, dans cette situation bien précise, ce n’était absolument pas le cas.

Je pense que ça, ça m’a vraiment marquée, parce que je me suis demandé jusqu’où ces personnes étaient prêtes à aller, et quelles étaient leurs véritables motivations. Finalement, pourquoi mentir à ce point ? 

Est-ce que c’était des personnes manipulées et qui n’arrivaient même plus à voir la vérité en face ou est-ce que c’était des personnes qui mentaient, très clairement ? 

Et j’ai un rapport à la vérité qui est assez, comment dire, en tout cas à une certaine réalité qui est assez important, même si certaines choses peuvent aller à l’encontre de mes idées premières, ou de mes convictions et de mes valeurs, à partir du moment où la réalité les dément, je suis obligée de faire avec. 

Et quand j’ai vu que certaines personnes s’en affranchissaient totalement, pour moi ça a vraiment été aussi en des moments où je me suis dit “Non mais là il y a vraiment quelque chose qui, fondamentalement, ne va pas du tout”. 

Une autre anecdote qui m’a, on va dire peut-être blessée sur un point plus personnel, c’est que lorsque j’ai publié ces vidéos, sur Twitter effectivement, de nombreuses personnes mon attaquée de diverses façons, et l’un des points qui est revenu le plus souvent c’est que j’étais prof et que, en fait, c’était une honte que je sois prof et que j’étais forcément un danger parce que j’étais une grosse transphobe, et que je ne pouvais pas être maintenue devant des élèves. Parce que : que se passerait-il si un jour j’avais un ou une élève trans ? Et certaines personnes parlaient même de faire remonter ça au rectorat. 

Bien évidemment, ce ne sont que des tweets, mais ça m’a vraiment blessée parce que je me suis dit « on est prêt à détruire quelqu’un, à venir salir ce que la personne fait avec tout ce qu’elle a, sans aucune preuve ». 

Et c’est ce qui se répète inlassablement avec toutes les femmes qui osent s’exprimer, c’est qu’elles ne sont plus bonnes à rien : 

Vous avez écrit un livre, mais vous êtes transphobe, en fait le livre ne vous appartient plus. 

Vous êtes une prof à la fac, avec des recherches intéressantes, importantes, vous êtes reconnue par vos pairs mais à partir du moment où vous êtes transphobe, vous n’existez plus non plus. 

Cette facilité à anéantir presque l’individu, une volonté de l’anéantir réellement, c’est-à-dire de faire fuiter les informations, de la faire virer, de la faire sauter des plates-formes, parce que c’est vrai que j’ai oublié de parler du fait qu’un autre élément qui m’a beaucoup marquée, c’est ce qui s’est passé avec Mégan Murphy, qui est une féministe canadienne, qui a été déplateformée, qui a été bannie de Twitter. 

C’est quand même incroyable quand on voit tout ce qui passe sur Twitter, qui en plus d’enfreindre les lois d’utilisation de Twitter, mais qui enfin juste les lois morales tout court et que ça passe, et que ça reste, quand vous voyez qu’il y a du porno sur Twitter, qu’ils ne sont pas fichus de faire dégager le porno sur Twitter, mais qu’ils peuvent bloquer pour toujours, dégager une femme qui a osé – attention ! – utiliser le pronom « il » pour une personne mâle, ça, ça m’avait vraiment marquée aussi. 

À la limite c’est l’anecdote peut-être, pas qui me concerne moi, mais c’est vrai que cette injustice-là et cette question qui est derrière, qui est quand même de : “Comment font-ils et comment font-elles pour arriver à faire progresser un mouvement aussi rapidement et pour avoir autant de poids auprès, soit d’institutions, soit de compagnies, qui ne s’embarrassent jamais de questions soi-disant des minorités ?”

RDG – As-tu quelque chose à ajouter ? 

Oui ! (sourire)

J’aimerais revenir un petit peu sur, (alors pas uniquement sur l’importance du langage), mais en tout cas sur l’une des tactiques les plus importantes du transactivisme, qui est de tout réécrire, et la façon avec laquelle ils s’inscrivent, vraiment, dans un monde de post – justement – vérité. 

Je trouve que c’est fou d’analyser à quel point il y a une réécriture et une déconstruction, une transformation de tout.

C’est-à-dire que,  quand on pense à la transidentité, on s’imagine, on pense, à la transition, à la modification du corps, qui est déjà en soi un énorme sujet. 

Mais quand on regarde bien, ils transforment absolument tout : transformer le sens des mots bien évidemment, transformer leur corps, transformer la réalité biologique.

Ça passe par des détails que nous acceptons la plupart du temps, en tout cas quand on n’y a pas réfléchi et quand on n’a pas été confrontées à certaines choses qui font qu’on a tout ce processus intellectuel. 

On accepte très facilement de ne jamais utiliser le « deadname », par exemple, le prénom que la personne avait avant. Ou on accepte très facilement l’idée qu’il ne faut surtout pas  partager de photos pré-transition. Voilà. 

C’est-à-dire que si on parle à des personnes qui ne sont pas critiques du genre, ou qui n’ont pas été familiarisées avec toutes les problématiques du transactivisme, c’est quelque chose qui est accepté comme allant de soi. 

Donc il y a une facilité à effacer ce qui ne nous convient pas, notamment aussi, une facilité à effacer tous les passés criminels ou illégaux de certaines personnes, qui occupent par ailleurs des places assez importantes dans le transactivisme, alors là je ne parle pas en France. Donc il y a la facilité à cacher tout ce qui ne convient pas. Mais aussi une facilité à cacher des passés qui peuvent être criminels ou illégaux. C’est le cas, pas en France mais à l’étranger, ça s’observe (je ne suis pas en train de dire que toutes les personnes qui font partie du mouvement transactiviste ont un asier, ce n’est pas ça que je dis), mais on trouve des personnes qui occupent des places pas trop minimes, et qui en fait, ne sont pas, justement, dans une situation d’avoir un casier vierge. Et ça, ça passe comme une lettre à la poste. 

Des déclarations “très étranges” sur les enfants, ça passe aussi comme une letre à la poste, parce que trans, parce que médiatisées, etc… 

Et puis modifier ce qui ne convient pas, c’est-à-dire modifier la réalité biologique.

Hier, j’écoutais une rediffusion de l’année dernière sur France 3, une édition régionale, je crois, pour la Nouvelle Aquitaine, où il avait une journaliste qui était avec un chirurgien et une “femme trans”  qui devait avoir la cinquantaine ou un peu plus. 

Et le chirurgien, donc, expliquait à un moment donné que grâce aux opérations, grâce à la vaginoplastie (déjà ce terme en lui-même, moi, me dérange, mais…)  grâce à la vaginoplastie, il était  en mesure de donner à ses patientes des “vagins totalement fonctionnels”… 

Et quand on se dit qu’à la télé, il y a  un chirurgien qui peut passer tranquille, et vous dire que… j’essaie de trouver un moyen de dire qu’il ne soit pas pas trop violent mais une… une… “cavité”, car “trou” c’est un peu violent,  mais une cavité artificielle créée via chirurgie, quand on est capable de nous dire à la télé que c’est (un chirurgien, hein!) que c’est la même chose qu’un vagin, que c’est totalement fonctionnel!… Je me dis, “mais dans quel monde vit-on?” et que la journaliste ne réagit pas… 

Et en fait, je suis à la fois fascinée dans un sens, mais horrifiée… c’est une fascination horrifiée aussi de voir l’aisance, et l’autoroute qui s’ouvrent à ces personnes pour tout réécrire : se réécrire, se transformer, transformer les opposantes (c’est-à-dire qu’on n’est même plus les victimes, finalement,  on est les horribles agresseuses,  et transformer une réalité biologique. Pareil : “les femmes trans ont leurs  règles”, ce genre de choses !

Et je crois aussi que l’un des aspects qu’on n’explore pas assez hors des cadres, où je dis qu’il faut vraiment réfléchir à ça, c’est le rapport au corps, et le rapport à la sexualité.

Finalement, le transactivisme a fait un très bon travail pour nous persuader que ça n’avait rien à voir avec le corps, que  c’était  une question de ressenti, que c’était une question de genre, et que SURTOUT ça n’avait rien à voir avec la sexualité! … sauf que pour beaucoup de personnes trans, quand même, ça vient d’un rapport au corps qui est absolument désastreux et qui doit occasionner beaucoup de douleur chez les personnes qui en arrivent justement effectivement à ces parcours-là!

Ce n’est pas du tout pour les marginaliser ou pour me moquer ou pour minimiser, mais d’un côté il y a une souffrance énorme qui peut d’ailleurs être liée à beaucoup d’autres choses, mais on n’a pas le droit de dire que ça a un rapport avec le corps. On  n’a pas le droit de dire que ça a un rapport avec le sexe. Et on n’a pas droit non plus de dire que ça a un rapport avec la sexualité. Sauf que moi, je suis convaincue que, pour en tout cas pas mal de personnes, ça a un rapport avec la sexualité. Que ce soit l’autogynéphilie par exemple, ou pour certaines femmes malheureusement, l’incapacité, à cause de la société dans laquelle on vit, à accepter d’être lesbienne aussi, par exemple.

Et je trouve que, pour un mouvement qui en fait, revendique tellement le droit de modifier son corps, et en plus de ne pas payer pour, bien évidemment, (mais ce n’est pas un trouble, mais quand même il faut que ce soit pris en charge) et pour un mouvement qui s’acharne tellement à vouloir nous arracher notre corps, en tout cas c’est ainsi je le ressens, moi! 

Ils sont très fort pour qu’on ne puisse jamais venir sur leur corps à eux,  leur sexualité, et poser les questions qui dérangent.

En tous cas pour moi, la transidentité, ça a énormément à voir avec la sexualité, et avec le corps sexué, et pas uniquement, et loin de là, avec un sentiment d’inconfort, et quelque chose qui relèverait de la perception vraiment spirituelle et émotionnelle qu’on a de soi.

RDG – Du coup, j’avais une question par rapport à ce que tu viens de dire, parce que tu parlais de spiritualité, et je trouvais que c’était une très bonne introduction à la question que je me posais. Finalement j’ai l’impression que le concept de transidentité, ça fait beaucoup référence au concept de la séparation, la dichotomie esprit et corps, qu’on retrouve notamment dans la tradition judéo-chrétienne, dans les religions patriarcales, et j’ai l’impression que c’est une espèce de renouveau dogmatique, où on ne doit pas remettre en question une spiritualité… En fait ça prend pour moi des airs de dogme et de religion!

Antastésia – Ah oui, totalement! 

Pour moi, à titre purement personnel, la difficulté que j’ai un tout petit peu à m’exprimer sur ce sujet, c’est que personnellement je ne suis pas opposée aux parcours de transition. Je pense qu’il y a des personnes qui souffrent réellement d’un type de dysphorie qui ne peut pas être allégé uniquement via la thérapie, via un changement de société. Je pense qu’il y a certaines personnes qui ont, effectivement, ce problème avec ce corps et avec ce corps sexué, et qui voudront quoi qu’il arrive en fait, reproduire de façon artificielle les caractéristiques sexuelles secondaires de l’autre sexe.

Je pense qu’il aura toujours un pourcentage infime, parce qu’en réalité ce sont de très rares personnes qui sont vraiment dans cette situation. Donc je pense qu’il y a vraiment ces personnes-là, et je ne veux pas nier leur existence, parce que moi je pense qu’elles existent, et je n’ai pas de problème avec le fait qu’elles soient prises en charge, et qu’il y ait tout un parcours adapté, à partir du moment où ces personnes ne veulent pas nous voler nos droits et nous voler nos espaces, et nier des réalités évidentes… Mais de l’autre côté, effectivement, j’ai du mal quand même à concevoir qu’on puisse logiquement présenter ça autrement que comme un trouble, parce que le présenter autrement que comme un trouble psy reviendrait à dire qu’il y a une âme dans le corps qui, parfois, peut être “propulsée dans le mauvais corps”.

Personnellement je n’y crois pas.

Que certaines personnes y croient… ça les regarde, j’ai envie de dire. Mais je suis pour vivre dans une société qui se base plus sur la science et la raison que sur le dogme, et pour une société laïque en fait! Et dans une société laïque, on ne peut pas, en réalité, accepter que des lois passent parce qu’il y a une idéologie qui n’est fondée sur rien, qui est fondée sur des croyances sur des ressentis. Pour moi, c’est totalement à l’opposé de la société que j’aimerais construire, et c’est une forme d’obscurantisme…  Pour moi c’est de l’obscurantisme : c’est le refus de la science, le refus de la raison, le refus de la critique, le refus de la discussion…

Et cette idée d’être “né dans le mauvais corps”… c’est marrant parce que maintenant beaucoup de trans ne veulent plus qu’on dise ça : qu’ils ou elles sont “nés dans le mauvais corps”. 

Sauf que c’est c’est essentiellement ce qu’ils nous disent, mais ils nous retirent cette phrase-là!  Alors pourquoi?

Parce que ça empêche certaines personnes qui refusent de modifier leur corps de se dire trans. 

Parce que maintenant, peut être trans qui veut. C’est-à-dire que si demain moi je ne change rien à mon apparence, je ne change rien à ma vie mais que je dis que je suis non-binaire, je suis non-binaire, point! Si je dis que je suis un mec,  je suis un mec, avec le nouveau transactivisme! 

Donc on ne peut plus dire “être né dans le mauvais corps” qui est une phrase qu’on entendait beaucoup chez les personnes qui, à l’époque si disaient transsexuels et pas transgenre. Maintenant on ne peut plus dire cette phrase-là parce que ça invalide une part quand même grandissante du mouvement transactiviste qui ne veut plus faire une vraie transition. 

Et moi je suis effarée de la porte ouverte à tout. 

Récemment, j’ai écouté des vidéos anglophones, et certaines de ces personnes ont mentionné deux cliniques aux États-Unis qui proposent désormais des opérations pour les non-binaires… On n’est plus sur des opérations qui visent à recréer un faux pénis ou un faux vagin, on est sur des opérations qui préservent par exemple le pénis mais qui vont perforer en dessous du pénis pour créer leur, soi-disant dans leurs termes c’est une vaginoplastie, où on préserve le pénis.

A quel moment on est dans quelque chose qui est acceptable? Non je suis désolée,  mais pour moi, c’est inacceptable! Et comment est-ce qu’on ne peut pas lier ça à,  je suis désolée, un rapport à soi qui nécessite d’être pris en charge par des thérapeutes psy. 

Et à quel moment est-ce qu’on ne se dit pas il y a quand même peut-être un rapport avec la sexualité là… Il y a quand même quelque chose à chercher.

Pourquoi est-ce qu’on voudrait avoir un pénis… et un trou en-dessous du pénis?

Il faut ouvrir les yeux!

S’il vous plaît signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe www.womensdeclaration.com

Esther, rebelle du genre

Esther – Bonjour je m’appelle Esther, j’ai 19 ans, je suis étudiante en région parisienne, féministe radicale et activiste à l’Amazone Paris.

Une de mes premières expériences avec la violence sexiste : j’avais sept ans : il y avait dans ma classe un petit garçon qui, à chaque récréation, me poursuivait parce qu’il disait vouloir m’embrasser. Et une fois, il m’a étranglée en disant  “j’ai envie de te tuer”. 

Enfant j’étais critique du genre sans le savoir et sans poser les mots dessus. En fait, dès l’école primaire, j’ai réalisé qu’il existait un double standard très fort dans tous les aspects de nos vies entre les petites filles et les petits garçons.  Je me souviens de mes récréations que je passais à lire dans un coin de la cour. Et parfois je levais les yeux et je regardais ce qui se passait. Ça me sidérait que les filles soient recroquevillées dans un coin, reléguées contre les murs de la cour de récréation pendant que les garçons prenaient toute la place, couraient… On avait peur d’être violentées physiquement tant leur énergie était incontenable, et le message des adultes, ça a toujours été que c’était normal, et que c’était à nous de nous rendre invisibles, transparentes, pour leur laisser de la place. Et je me rappelle notamment une de mes premières expériences avec la violence sexiste, c’était quand j’avais sept ans : il y avait dans ma classe un petit garçon qui, à chaque récréation, me poursuivait parce qu’il disait vouloir m’embrasser. Et une fois, il m’a étranglée en disant  “j’ai envie de te tuer”. 

A l’époque, ma grand-mère qui est psychiatre, en avait déduit qu’il reproduisait ce qui se passait chez lui entre son père et sa mère. Et lorsque mes parents en ont parlé au directeur de l’école, il a dit que c’était sûrement parce qu’il était amoureux de moi, et qu’il fallait le comprendre. En gros, je devais me taire pour le laisser exprimer sa violence comme il le voulait. Donc j’ai toujours été choquée par ça, et choquée par les normes de genre, et cette douceur, cette docilité imposée aux petites filles. Mais tout en étant révoltée, je n’étais pas moi-même touchée par un quelconque sentiment de dysphorie ou quoi que ce soit qui s’en approche parce que j’étais assez conforme aux normes de genre, enfin autant qu’on peut l’être, je pense, bien que personne ne soit binaire.

J’avais les cheveux longs,  je faisais de la danse classique, je n’avais aucun rejet de la féminité qui correspondait à ce moment-là à mon âge, et au contraire je me reconnaissais dans cette esthétique de la douceur qu’on impose aux petites filles.  

Donc ensuite j’ai grandi, et arrivée à la pré adolescence, au début de l’adolescence, vers mes 11/12/13 ans, j’ai réalisé que ce que je pouvais auparavant encore relier à une forme de jeu enfantine, devenait de la réelle violence.

Je me rappelle que la première fois qu’un homme m’a dit (un homme adulte m’a dit) “hé salope tu suces?” dans la rue, je ne savais pas ce qu’était une salope et je ne savais pas ce qu’était sucer, je devais avoir 11 ans à peu près… 

Ces accumulations de sexisme et de misogynie que je percevais autour de moi ont créé une colère en moi, qui m’a fait m’orienter plus tard vers le féminisme.

En parallèle de ça, je pense que c’est important de préciser pour la suite que j’ai grandi au sein d’une famille aimante. Mes parents m’ont toujours soutenue, m’ont toujours aimée, et m’ont toujours montré qu’ils m’aimaient.

Et notamment en ce qui concerne l’homosexualité par exemple, j’étais très au courant du fait qu’il était parfaitement ouverts. Le premier mariage auquel j’ai été  avec mes parents, c’était un mariage gay de leurs amis en 2012.

Donc j’ai vraiment grandi au sein d’une famille où je sentais que, peu importe qui j’étais, j’allais être aimée et soutenue.

Donc avec l’afflux de ces violences vers mes 12, 13, 14 ans, j’ai commencé à vouloir partager cette colère avec d’autres personnes qui pouvaient comprendre. J’avais le sentiment d’étouffer dans un milieu scolaire qui me semblait insensible à toutes ces questions qui me taraudaient l’esprit H24. 

Je me demandais pourquoi, en tant que fille, on doit subir ça, et l’amalgame entre la féminité, le fait d’être une fille, et donc plus tard une femme, et ces violences a été très vite fait dans mon esprit.

En fait je n’ai jamais détesté mon corps à proprement parler, mais je détestais le regard que les hommes posaient sur lui. 

Je détestais la réaction de mes camarades de classe, mes camarades masculins, à la vue de mon corps qui change avec l’adolescence.

Je détestais le fait de devoir maintenant avoir peur alors que j’avais pas encore ce sentiment de peur à l’enfance, et en fait l’acquérir ça fait monter ma colère encore.

Et donc je pense que j’étais à la recherche d’un sentiment de communauté et de compréhension avec des gens de mon âge. Et aussi d’explications parce que être une femme était devenu quelque chose de  négatif dans mon esprit et je ne comprenais pas pourquoi.

Parce qu’en parallèle je me rendais bien compte que les garçons de mon âge étaient immatures par rapport à nous. Que sur plein d’aspects, c’étaient vraiment des êtres limités notamment par rapport à l’empathie, et aux émotions qu’ils avaient peur d’eux-mêmes… Ils  transpiraient la non confiance en eux, et pourtant devant eux, je me sentais réduite à néant, et  je ne comprenais pas pourquoi. 

Donc je me suis inscrite quand j’avais 14 ans, sur un forum LGB. Je ne sais même pas s’il existe encore aujourd’hui. C’était spécifiquement pour les ados. Je crois que c’était 13/18 ans,  quelque chose comme ça. Donc LGBT mais, à l’époque, il y avait très très peu de personnes trans.  Et je traînais beaucoup sur Internet et ça me semblait être l’endroit où j’allais trouver ce sentiment de communauté. Et donc une personne, sur ce forum, m’a envoyé le lien d’un forum Discord.  Peut-être qu’il y en a qui ne savent pas ce que c’est parmi celles qui nous écoutent. C’est une espèce de forum de discussion. On peut avoir plusieurs pages de discussions. On peut avoir accès à tout le forum, ou à seulement une partie. Et voilà c’est pour tchater. On peut s’appeler aussi.

Donc je suis arrivée sur ce forum, qui était “sur le papier” un forum féministe pour les droits des LGBTQ+, et dans la réalité des faits c’était un forum transactiviste, et c’est là que j’ai côtoyé pour la première fois les aspects les plus sombres et les plus sectaires de la communauté trans. Evidemment, à l’époque, je ne m’en suis pas rendue compte, et je le dis maintenant avec le recul. 

Alors déjà, ce Discord s’appelait “le Discord de l’amour”. Donc en voyant ça, n’importe quel adulte fuirait très très vite, mais à l’époque, j’étais une enfant, et je me disais “Oui, l’amour c’est bien, et on partage de l’affection.” En fait, je pense que la première chose qui fait de ce milieu une secte, c’est ce besoin constant de dire à tout le monde que tout le monde est valide. Peu importe ce que tu fais, peu importe ce que tu penses, peu importe ce que tu dis, peu importe qui tu es : tu es valide, tu es parfait comme tu es, et c’est ce sentiment d’hyperpositivité, je m’en suis rendue compte plus tard en lisant des documents scientifiques sur les fonctionnements des sectes, qu’en fait ces messages hyper positifs qu’on t’envoie de tous les côtés, ça provoque (je saurais pas l’exprimer, je ne suis pas très scientifique) mais ça provoque dans la chimie du cerveau un sentiment de satisfaction et ensuite le cerveau va venir rechercher ce qui provoque cette satisfaction. Donc  en fait, à force d’être partiellement dans cette bulle sur Internet, d’ hyper positivité, qui effaçait toute réflexion en fait, parce que il n’y avait pas de réflexion féministe, il n’y avait pas de réflexion sur de réels droits, il y avait juste un besoin de validation constante, et une volonté d’assaillir tout le monde avec la validation, qui faisait que le monde réel me paraissait, en comparaison, froid…  Comment dire? Dépourvu d’amour et dépourvu de soutien. Ce qui était très faux, en tout cas dans ma propre vie à ce moment-là.

Donc les transactivistes sur ce Discord, ont procédé selon un mécanisme d’embrigadement qui est extrêmement complexe, et qu’avec le recul je comprends difficilement même si je le saisis beaucoup mieux qu’à l’époque.

En fait ils nous font sentir, (globalement à tout le monde, mais je pense que les jeunes filles à tendance féministe disons sont particulièrement touchées, du fait de notre éducation à l’empathie, au soin d’autrui, et aussi de notre sentiment d’infériorité dû à l’éducation), en fait ils nous font sentir qu’on n’est qu’une construction sociale, qui renvoie des oppressions de partout, et que le seul moyen de ne pas constamment projeter de la violence autour de nous, sur tout le monde, c’est de se déconstruire.

On se sent extrêmement mal

Et on a surtout l’impression que ces gens, les transactivistes, sont des ressources vitales pour qu’on ne soit plus ce monstre, en fait. 

Et qu’on puisse devenir quelqu’un de bien.

Donc quelqu’un bien c’est quelqu’un qui ne va pas mégenrer, c’est quelqu’un qui respecte toujours les identités de tout le monde, qui se bat contre l’ennemi commun : les sales TERFS. Même si à l’époque c’était moins répandu qu’aujourd’hui. Et donc ça crée un cercle de dépendance, en fait : plus on se sent mal parce qu’on n’est pas déconstruit, parce qu’on a l’impression qu’on va violenter tout le monde, plus on a besoin des transactivistes pour nous expliquer. Donc ils nous expliquent les choses. Et plus ils nous expliquent, plus ils font apparaître, ils inventent de nouveaux mécanismes de violence qu’on aurait envers tout le monde, comme le mégenrage par exemple, mais il y en a plein d’autres, et plus on ressent cette dépendance envers eux, et ce besoin de toujours les côtoyer, pour toujours être sûres de ne jamais violenter personne…

Parce qu’en fait, quand on a déjà subi ce que c’est, une oppression, on n’a pas envie de le faire vivre aux autres. Et c’est ça la plus grande force des transactivistes, c’est le vécu de jeunes femmes (de tout le monde, mais des jeunes, en particulier LGB), qui ont vécu ce que c’est la violence patriarcale, l’oppression homophobe etc, et qui ont envie de l’abolir et de ne surtout pas le reproduire sur d’autres personnes.

Dans les luttes transactivistes, il y a une hiérarchie de la violence, et en fait c’est la course à qui sera le plus oppressé. Et la personne qui va être considérée comme la plus oppressée, qui est censée se faire taper dessus le plus par toute la société, va être celle qui va dicter la conduite à toutes les autres. Et sur ce Discord, c’était très apparent parce que, comme comme je l’ai dit, il y a plusieurs forums de discussion, et en fait quand je suis arrivée dessus, j’étais une fille cis, certes pas hétéro, mais j’étais quand même très privilégiée. En plus, malgré le fait que je venais d’une famille d’immigrés, j’étais blanche… donc attention! Donc j’avais accès à seulement une petite partie du forum. Et plus tard quand j’ai notamment fait mon coming out non-binaire, tout le monde m’a applaudie comme si j’avais eu la révélation de ma vie, que je faisais parti du club “des bons” en fait. Maintenant j’atais devenue une personne intéressante par ce que je n’étais plus une femme cisgenre. Et dont j’ai eu accès à d’autres forums de discussion, qui étaient en fait les plus actifs… et donc les plus dangereux, et cette hiérarchie c’est vraiment… en fait c’est vraiment un gros problème parce que quand on est une jeune ado on a besoin de reconnaissance de la part des adultes qui est complètement naturel. Et le fait de valoriser et de récompenser des gens, qui sont des enfants, sur la base de combien d’étiquettes d’oppression ils cumulent… c’est vraiment… incroyablement ridicule, pour commencer, mais aussi extrêmement dangereux.

J’ai parlé d’adultes. En fait sur ce Discord je faisais partie des plus jeunes. Je pense que la plus jeune devait avoir 13 ans, moi j’avais 14 ans. Il y en avait une qui en avait 16. Il y en avait quelques-uns qui avaient entre 18 et 20 ans, et puis il y avait des adultes de 35 ans qui avaient des enfants, qui étaient mariés… et qui trouvaient ça parfaitement normal de discuter de notre sexualité sur Internet toute la journée, avec nous, des ados au collège.

A l’époque évidemment, je ne me rendais pas compte à quel point c’était dangereux. Mais il y avait une vraie influence basée sur l’expérience de vie, sur l’âge, et nos jeunes intellects ne pouvaient pas se mesurer à eux et à leurs techniques de manipulation.

Donc sur ce Discord, je pense qu’une des raisons qui a fait que j’ai fnalement déclaré que j’étais non-binaire,  c’est parce que, en fait, je ressentais peut-être encore plus qu’ailleurs l’effacement de la féminité.  

J’étais arrivée en me disant que peut-être j’allais discuter de féminisme et apprendre… Mais en fait on ne parlait jamais des femmes. On parlait des trans et des  techniques de transition. A la limite, on parlais des homosexels mais en fait c’était considéré comme acquis que personne n’était hétéro, parce que les hétéros… pourquoi le côtoyer? Beurk, finalement! (je caricature, mais c’est vraiment grave) et le Graal, c’était de transitionner, d’avoir un bon passing, et ça devenait une obsession, avant même que je me déclare moi-même concernée. 

En fait, c’est un sujet qui, une fois qu’on s’y attache, accapare tout notre temps, toute notre vie, c’est extrêmement chronophage, parce qu’il y a toujours plus à apprendre, il y a toujours des nouveaux mots, des nouvelles étiquettes qui sortent, et qu’on doit mémoriser instantanément, utiliser parfaitement comme si on les avait intégrés dès notre plus jeune âge… au prix d’être les vilains oppresseurs complices du patriarcat. Et donc ça me prenait tout mon temps!

Les souvenirs que j’ai de cette période, c’est moi, dans ma chambre, sur mon téléphone, en train de me renseigner sur Instagram sur tous les nouveaux genres qui sortaient, tous les nouveaux pronoms, m’entraîner à faire des choses qui n’étaient pas naturelles.

Par exemple : genrer au féminin quelqu’un qui a 35 ans, qui a une voix d’homme, qui n’a pas effectué de transition. Et entraîner mon cerveau, contraindre mon cerveau à accepter que c’était normal, et que c’était ça ou être violente.

Et en fait, sur ce Discord, on m’a appris que le genre était un ressenti. Et ça c’est vraiment la base de la Bible transactiviste : le genre est un ressenti. Donc si tu te sens femmes, tu es femme. Si tu ne te sens pas femme, tu n’es pas femme.

Or moi, à 14 ans, à part les fois où j’étais confrontée à la violence et au sexisme, par exemple quand je rentrais tard le soir dans le métro, et que de vieux mecs me suivaient, je n’avais pas un sentiment profond d’être une femme.

Parce que premièrement, j’étais une enfant. Et que deuxièmement, ce sentiment profond, je pense qu’il ne vient que des retours qu’on a de l’extérieur. Les moments où je me suis sentie le plus femme de ma vie, à part quand c’était lié à des faits biologiques, comme par exemple avir ses règles, c’était les moments où j’étais le plus confrontée à la violence des hommes et où on m’a ramenée le plus à ce statut de femme. Mais donc si le genre est un ressenti, ce que j’ai appris sur ce Discord, n’importe quel ressenti que j’avais, pour moi, pour l’enfant que j’étais, pouvait être associé au genre! Et c’est comme ça que j’ai commencé à me dire que je n’étais pas une femme : parce que ce sentiment profond manquait, et que j’étais plein d’autres choses! Parce que j’avais des émotions, des émotions complexes, comme n’importe qui. Et ces émotions pouvant être facilement rattachées au genre, je me suis définie “non-binaire genderfluid”. 

Ensuite, j’ai passé des mois et des mois à analyser chacun de mes ressentis en me demandant si c’était lié à mon genre. Et en fait, sans même me demander, parce que je ne réfléchissais même plus. Je me disais “Ha j’ai ressenti ça, c’est sûrement un nouveau genre, vu que je suis genderfluid, j’en ai tout le temps des nouveaux genres, ça fluctue!

J’en ris, avec le recul parce que je me suis vraiment auto-convaincue de choses totalement ridicules! J’étais passionnée de littérature (et je le suis toujours) et je sentais bien que différents textes provoquaient chez moi différentes émotions. Et donc je me suis dit qu’un des facteurs qui pouvaient faire varier mon genre, c’était par exemple le type de livres que je lisais. Et donc quand j’ai lu “Madame Bovary” je n’avais sûrement pas le même genre que quand j’ai lu “le seigneur des anneaux”!

Ca peut paraître vraiment très très ridicule, mais c’était des réflexions nourries par des heures de conversations avec des adultes de plus d’une trentaine d’années qui accueillaient mes déclarations et nos déclarations (parce que je n’étais pas toute seule à être très jeune et mineure sur ce Discord et en questionnement) avec le plus grand des calmes, et en me disant :“Tu es valide, tu es valides. Quand tu dis que tu es sireno-genre parce que tu as envie d’être une sirène, tu es valide!”

Et c’est dangereux en fait!

Fort heureusement j’ai jamais vraiment transitionné socialement mais j’ai fait quelques pas dans cette direction.

Notamment j’ai acheté un binder, parce que je me suis auto-convaincue que je haïssais ma poitrine, ce qui était faux. Je détestais le regard des hommes sur ma poitrine. Mais ma poitrine elle-même, je n’avais aucun problème avec elle.

Et moi j’aimerais parler deux minutes du binder parce que je ne l’ai porté que quelques fois, mais j’en garde un souvenir traumatique, en fait! Ça compresse toute la poitrine. Mais pas seulement les seins : ça compresse les côtes sur le côté, ça compresse le dos, on ne peut pas respirer. Je pense que le cerveau est mal oxygéné : ça m’arrivait d’avoir des étoiles dans les yeux parce que je suis allée en cours de sport au collège avec. Et c’est vraiment dangereux, en fait! Je me dis heureusement que je ne l’ai porté que quelques fois, mais je sais que des personnes qui se sont bandé les seins pendant plus longtemps ont eu des cicatrices! C’est dangereux, c’est une mutilation du corps, en fait!

Le transactivisme, c’est un mouvement qui sacralise la destruction du corps.

Et le rapport des transactivistes à la féminité est vraiment extrêmement malsain aussi : nous, les femmes, ils essaient de nous ejecter de la féminité en déifiant la non-binarité, la non-conformité au système, au cis-tème, au cis-patriarcat, etc, mais EUX, les hommes transidentifiés, sacralisent la féminité. Une féminité cliché, qui me répugnait. 

En fait je pense que, voir des photos de ces adultes hommes, le torse poilu, en vêtements clichés de la féminité…  je sais plus j’aimerais pas dire de bêtises mais il me semble que j’ai vu des photos d’eux en sous-vêtements… je sais plus. 

En dentelle, avec une esthétique très cabaret… en fait ça me dégoûtait encore plus de féminité!

Parce que je voyais ça, je disais “C’est ça une femme? Je ne veux pas être comme ça!” (inconsciemment, en tout cas). Ils prônent cet idéal grotesque de la féminité qui fait que, même si on s’identifie encore en tant que femme à ce stade, on ne peut pas dire qu’on est une femmes, si toutes les femmes sont pareilles!

Parce que c’est vraiment des individus qui, par leur discours et leurs manières de se comporter, suscitent le rejet chez les autres.

Et donc oui à cause du temps que je passais en ligne, à discuter avec ces personnes, du temps que je passais en introspection sur moi-même à essayer d’identifier mon propre genre, je me souviens avoir été complètement déconnectée de la réalité.

Vers la fin, je ne lisais même plus, je n’écoutais pas en classe, je passais ma vie sur mon téléphone. Toutes les personnes qui essayaient de m’en empêcher, c’étaient le mal et une menace. 

Mes parents sont devenus une menace aussi.

Il y a une grande volonté des militants transactivistes de couper les jeunes de leur famille, de leur entourage parce qu’ils savent très bien que tant que ces jeunes sont ancrés dans un milieu qui les accepte comme ils sont, et un milieu bienveillant, ils n’ont aucune chance de les faire basculer de leur côté.

Moi, ils m’ont convaincue que mes parents étaient homophobes, alors que ce n’était pas le cas. Et je le savais en plus!

Et ils m’ont convaincue que c’étaient des personnes malveillantes … juste parce qu’ils refusaient d’adhérer à mes délires.

Parfois on marchait dans la rue avec ma mère, dont j’ai toujours été extrêmement proche, on a une relation fusionnelle avec ma mère, et on marchait dans la rue, et parfois elle disait : “La fille a de jolis cheveux”… et moi je lui disais : “Mais non, Maman, tu ne peux pas dire ça, parce que tu ne lui as as demandé son genre, donc tu ne peux pas savoir si c’est une fille!”

En fait, je ne réfléchissais même plus. Je n’avais aucun esprit critique, je répétais en boucle des phrases qui m’avaient été inculquées de force et martelées dans mon esprit.

Je ne pouvais rien dire d’autre, je ne pouvais parler de rien d’autre.

 Avec le recul je me souviens de cette période comme d’un trou noir, dans lequel ma volonté, ma réflexion et mon esprit critique ont disparu. 

Et ça a duré plusieurs mois.

Ce qui a fait que je m’en suis sortie c’est que j’ai été brutalement reconnectée avec la réalité de ce que c’est être une femme.

En fait, alors que j’étais encore sur ce Discord mais que je m’en détachais peu à peu, j’ai été violée à plusieurs reprises, par la même personne, l’année de mes 15 ans. J’étais en seconde.

Je n’ai pas du toute envie de dire quoi que ce soit qui se rapproche du fait que ça aurait été une expérience bénéfique.

Je pense que les phrases du style : “Mais tu peux tirer du bon de tout” et “On apprend de tout” etc,  ne s’appliquent pas ça.

Je pense que le viol ça détruit et ça ne fait rien d’autre que détruire et ça laisse un néant où tu n’as plus d’humanité, tu n’as plus rien. 

Mais malgré ça, ça m’a reconnectée avec ma réalité physique. 

Sans poser les mots dessus à l’époque, presque inconsciemment je pense, j’ai fait le lien entre ça, ce sentiment, et ce que j’avais fait toute ma vite en fait, face aux différents degrés de violence masculine.

Et j’ai réalisé que être une femme, c’était ça.

C’était être poursuivie par les garçons quand j’avais 7 ans.

C’était être violée à 15 ans.

Et ça n’avait rien à voir avec la vision “paillettes, feux d’artifice et fête” que les hommes trans identifiés de ce Discord me donnaient.

Et suite à ça, j’ai quitté discrètement  les conversations etc.

J’ai eu besoin d’un peu de temps pour réaliser ce qui m’était vraiment cette année, mettre de la distance avec cette personne de mon entourage.

Et vers mes 16/17 ans j’ai reconnecté avec le féminisme qui m’avait toujours attirée, la critique de genre qui avait toujours été dans mes valeurs.

J’ai lu les grandes théoriciennes du féminisme.

Et j’ai beaucoup réfléchi toute seule dans un premier temps sans les réseaux sociaux, ce qui, je pense, a été vital pour moi parce que c’est l’époque, vers 2019/2020, où je pense que le transactivisme a vraiment envahi les réseaux sociaux et tout l’Internet de manière fulgurante.

Et donc j’ai pris ce temps pour réaliser qu’être une femme n’avait rien à voir avec ce qu’on m’avait inculqué, et était en fait basé sur une réalité matérielle et biologique, et que c’était cette réalité biologique qui était la cause de nos souffrances, et à la cause de ce rapport conflictuel avec mon corps, dédoublé après les viols, bien sûr.

Et en fait c’était ça, la cause de mon mal-être et c’était pas une sorte d’attaque nébuleuse et omniprésente qui serait faite à l’encontre de mon identité de genre. Je n’étais pas enfermée par mon sexe “assigné à la naissance” mais par des injonctions faites de toutes parts et basées sur ce sexe.

Je suis ensuite retournée sur les réseaux sociaux, notamment pour suivre Marguerite Stern, qui a été ma sauveuse, parce qu’elle a créé les collages contre les féminicides, en 2019.

Le 1er janvier 2020, j’ai fait mon premier collage, toute seule. 

J’étais mineure et donc que je l’ai fait dans le dos de ma mère (c’est pas bien, il ne faut pas faire ça) mais en fait ça m’a libérée, ça m’a offert un espace d’expression pour porter ma voix, et aussi porter celles de toutes les filles qui m’entouraient. Parce que j’étais toujours dans un milieu scolaire qui était vraiment déconnecté des réalités des femmes, et en fait on n’en parlait pas : les profs et les élèves ne parlaient pas de tout ce qui se passait.

Et donc le collage a aussi modifié drastiquement ma perception de ce que je pouvais faire de ma vie de femme. Les premières fois, quand je sortais dans le dos de ma mère à quatre heures du matin, pour aller coller toute seule dans les rues de Paris, j’étais morte de peur. J’avais le sentiment qu’à chaque coin de rue il y avait un agresseur qui allait me tuer. Mais en revenant de ces séances de collage, je me rendais compte qu’en fait j’étais puissante, j’avais une voix et je pouvais occuper l’espace public. Et ça, ça a à tout jamais modifié mon rapport à la rue.

En parallèle, je continuais à construire ma pensée qui avait été détruite. Vraiment,  je considère que toutes mes pensées ont été détruites par les transactivistes, et donc j’ai vraiment dû reconstruire ma pensée sur ce sujet mais aussi sur plein de sujets, et refaire ma propre vision du monde.

Et donc j’ai aussi construit  ma pensée féministe radicale et j’ai rejoint l’Amazone Paris suite à une action le 11 avril 2021, contre la prostitution, organisée à par les militants du CAPP (le Collectif Abolition Porno Prostitution).

Et en rejoignant l’Amazone Paris,  j’ai découvert qu’il y avait toute une communauté de femmes réelles, pas uniquement sur la toile, qui partageaient mes valeurs et qui surtout osaient s’exprimer sur les violences commises par les hommes et plus spécifiquement par les transactivistes.

Parce que c’est vrai que j’évolue dans des milieux… je suis étudiante en prépa littéraire, et la prépa (je sais que c’est pire dans d’autres milieux universitaires, mais c’est vraiment Queerland !) il y a plein d’élèves qui transitionnent. L’année dernière, mon prof d’histoire nous a fait un cours d’histoire sur l’histoire du genre depuis la Révolution, et il n’a jamais parlé de sexe! Et sur chacune de mes copies, j’ai passé mon premier paragraphe à argumenter pourquoi j’allais d’utiliser les mots “sexe, femmes et hommes” et pas “genre”. Et il l’a reçu, mais à reculons! C’est vraiment une pensée qui est adoptée par les étudiants, les milieux universitaires et même des gens dont on penserait qu’ils la rejeteraient en bloc. Des universitaires de plus de 50 ans qui n’ont pas du tout été élevés là-dedans, qui ont été élevés dans un milieu souvent bourgeois et catholique, et qui, pourtant, accueillent à bras ouverts des élèves qui s’identifient “trans non-binaires”, avec des pronoms sortis de nulle part… et ça m’a choquée, en retournant sur Internet, de voir à quel point ça avait progressé.

Par exemple, à mon époque mon pronom, personnellement c’était “ael”. J’étais fière parce que je l’avais trouvé, et il n’était vraiment pas courant du tout. Aujourd’hui Ael  c’est mainstream… ça s’est développé au point que des discours qui, à l’époque, étaient très radicaux, aujourd’hui sont complètement acceptés. Et c’est très grave, en fait!

L’Amazone Paris et, plus généralement les milieux RadFem, m’ont offert cet espace de communauté dont j’avais besoin déjà adolescente, mais sur des bases saines où chacune est libre d’exprimer son opinion.

Et de voir toutes ces femmes fortes aux côtés desquelles j’étais fière de me battre et qui osaient assumer leurs positions, ça m’a permis, à moi, d’oser en parler à mon entourage et de libérer ma parole sur ce sujet. Parce que je pense qu’il n’y a rien de plus précieux que notre liberté de penser. Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus nocif dans le transactivisme : c’est la destruction de notre liberté de penser.

Et c’est contre ça en priorité que j’ai envie de me battre aujourd’hui.

RDG – Pourquoi penses tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour les droits des femmes, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie?

Esther – Alors de mon expérience des milieux transactivistes, tout d’abord pour les enfants c’est au-delà d’une menace : un berceau du détournement de mineurs, et même de non-assistance à personne en danger, en fait!

Pour raconter un peu ce qui se passait sur ce Discord :  ces adultes, qui avaient parfois eux-mêmes des enfants, nous incitaient à nous rebeller contre nos parents, à nous enfermer dans cette bulle de manipulation, et notamment par exemple, à fuguer de chez nous. Et je sais qu’il y a plusieurs ados (je ne l’ai pas fait fort heureusement, je pense que j’étais protégée par ce rapport extrêmement bienveillant et d’amour que j’ai toujours eu avec mes parents, mais malgré ça, j’étais atteinte, mais je n’ai pas été jusqu’au bout) enfin, il y a des ados sur ce Discord qui ont fugué  de chez leurs parents.

Ils nous encourageaient à suivre des traitement hormonaux dans le dos de nos parents et sans en parler à des docteurs, en nous expliquant comment on pouvait se fournir.

Ils nous encourageaient à violenter notre corps de 1000 façons, à utiliser tout ce qui est binders, et tout…

Je me rappelle qu’une fois, il y avait eu une conversation entre un mec de 35 ans avec une fille trans identifiée de 12/13 ans où il lui expliquait que ça n’était pas grave si son binder était trop petit parce que ça allait juste fonctionner mieux, alors qu’un binder trop petit, je ne sais plus les risques médicaux, mais ça peut compresser la poitrine, et je crois que ça peut même bouger les côtes et  compresser les organes internes… enfin c’est très très très dangereux!

Ce besoin de validation du transactivisme, tout le temps, tout le temps, ça créait un déni de tout le reste, qui pouvait justifier pleinement le mal-être de ces gens.

Et cette même fille transidentifiée, elle avait expliquée un soir qu’elle avait été violée devant son père par un ami de son père (je suis désolé d’en parler, de parler comme ça dans des termes graphiques, mais je pense que c’est important de dire les choses) et elle avait expliqué ça. Donc il y avait des adultes, qui étaient pourtant censés être féministes, et renseignés sur les traumatismes qui suivirent de tels événements, et personne n’avait l’idée d’imputer son mal-être en partie au moins à cette expérience. Et tout le monde prétendait que c’était uniquement parce qu’elle avait été assignée à la naissance “fille” par un vilain docteur transphobe, alors qu’ elle n’était absolument pas une fille!

Et ça a des conséquences très concrètes sur les enfants. Je pense que je l’ai dit tout à l’heure, mais c’est de pire en pire. A mon époque, c’était encore très marginal et j’étais peut-être une des seules de mon collège à être au courant et au fait de ces mouvances. Mais aujourd’hui, je sais que c’est extrêmement répandu. Je sais que dans les cursus scolaires et universitaires, il y a des préventions contre la transphobie, avec notamment une banalisation de l’utilisation des espaces réservés aux femmes par les hommes trans identifiés. 

Encore hier, j’ai une amie qui m’a montré une caricature qui avait été étudiée dans son cours d’anglais de fac où, en gros ça se moquait d’une femme qui protestait contre un homme utilisant les toilettes réservées aux femmes. C’est extrêmement dangereux et cette pression à l’inclusivité et à inclusion des hommes dans tous les espaces réservés aux femmes a créé des violences sans nom…

Je pense que le séparatisme et le  fait de se couper des hommes doit être un choix personnel, mais je pense que c’est vital qu’on ait, dans l’état actuel des choses, des espaces réservés aux femmes. Ne serait-ce que parce que certaines sont traumatisées.

Et je pense qu’on doit avoir des moyens d’échapper à cette violence.

Je sais qu’aux États-Unis par exemple, en Californie, les prisons commencent à instaurer des moyens pour faire face au fait qu’il y a de nombreuses grossesses liées à des viols que subissent les femmes par des femmes transidentifiées qui sont incarcérées avec elle…  par des hommes transidentifiés pardon, qui sont incarcérés avec elles.

Et la réaction des prisons, c’est de créer des infrastructures pour accueillir ces bébés issus de viols, plutôt que de lutter contre la présence d’hommes dans les prisons de femmes.

On sait que dans le milieu sportif, ça cause énormément de problèmes à cause de différences biologiques évidentes qui créent des disparités.

La pression à “relationner” comme ils disent, dans le sens d’avoir des relations amoureuses et sexuelles avec des hommes transidentifiés, dits “femmes trans” dans les milieux lesbiens, est inouïe!

Aujourd’hui, à Paris il n’y a presque plus de bars lesbiens, parce qu’ils sont tous soit en train de fermer, en faillite, soit extrêmement peu connus et fréquentés, soit investis complètement par les trans et par les hommes.

J’ai été frappée, je sais pas si… La Mutinerie c’est censé être LE bar lesbien de Paris en non-mixité… J’y suis allée deux fois. La deuxième fois que j’y suis allée, il y avait plus d’hommes que de femmes et certains étaient des “femmes trans” donc transidentifiés etc, certains étaient non-binaires, et certaines, pas du tout, étaient des hommes cis hétéros… 

Parce qu’en fait les hommes ont cette tendance à s’accaparer tout ce qui appartient aux femmes.

Mais jamais avant, dans l’histoire je pense, ils n’avaient eu accès jusqu’au rôle genré féminin, jusqu’aux espaces et aux tâches réservées aux femmes. Je pense que, même dans les périodes les plus noires en ce qui concerne les disparités de sexe et l’oppression patriarcale, jamais les hommes n’ont revendiqué le peu qui appartenaient aux femmes.

Et aujourd’hui il n’y a même plus cette limite qui assurait peut-être un semblant de protection de ce qui était la féminité.

Aujourd’hui, tout ce qui appartient aux femmes appartient aussi aux hommes.

Et les lieux réservés aux femmes, qu’ils soient matériels comme des refuges ou des bars, ou tout espace en non-mixité, ou alors les lieux spirituels : le féminisme, la lutte lesbienne, appartiennent aussi aux hommes. Ces espaces sont envahis, en fait! 

On ne peut plus “respirer” nulle part!  

On a besoin pour faire face à ce qu’on vit, se rassembler et lutter un peu contre le sexisme, de ces espaces de femmes. Et c’est vraiment un besoin vital. Et c’est un besoin qui nous est nié et quand on les réclame, on est considérées comme des personnes violentes, on est déshumanisées. Le mot “terf” plane au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès, et c’est extrêmement dur de parler et de revendiquer aujourd’hui nos espaces. 

Et par ailleurs, avec le recul de mon expérience, je réalise le danger à côté duquel je suis passée, et je me rends bien compte que je m’en suis sortie parce que mes expériences en termes de violences sexuelles m’ont reconnectée avec ma réalité matérielle…  mais l’inverse aurait tout aussi bien pu se produire comme ça l’a été pour cette autre jeune fille dont je parlais tout à l’heure. Et j’aurais pu m’enfoncer dans une transition médicale lourde et douloureuse … pour fuir la féminité en fait!

Et l’omniprésence du transactivisme nous refuse le droit de remettre en question ce qui rend vraiment la féminité douloureuse.

On a le droit, en tant qu’être humain, de vivre sous notre réelle identité, sans subir de violence et on a le droit, je pense, de se battre contre ce qui rend aujourd’hui cette tâche impossible.

RDG – Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner aujourd’hui? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est-ce que tu as rencontré des dangers, qu’ils soient réels ou perçus dans ton entourage ou dans ton environnement? Est-ce que tu te sais sécurité? Est-ce que tu peux parler librement ou pas?

Esther – Je pense que toutes les féministes radicales, et plus généralement toutes les femmes critiques du genre, ont bien conscience de la menace réelle qui pèse sur nous aujourd’hui. 

J’ai 19 ans, je suis jeune et, de manière générale, que ce soit en faisant ce podcast aujourd’hui, ou en militant avec l’Amazone, je me demande régulièrement si j’aurai un jour un emploi. Parce que je vois, dans d’autres pays, les gens se faire licencier, se faire ostraciser de la société parce qu’elles ont osé défendre des positions critiques du genre.

Après, j’ai beaucoup de chance dans le sens où j’ai un entourage qui, globalement, m’écoute, qu’il soit d’accord avec moi, ou pas. Ma famille me soutient et soutient mes positions. Je pense que mes parents sont très très très soulagés que je sois revenue de là où  j’étais il y a quelques années.

Mes amis les plus proches, qu’ils soient renseignés sur ce sujet ou pas, qu’ils partagent mes valeurs ou pas,  globalement me soutiennent.

Après, j’ai déjà subi des pressions concrètes : notamment récemment, j’ai perdu tout un groupe d’amis, qui pourtant se comportaient comme s’ils étaient très attachés à moi. Parce que j’ai retwitté un tweet de Marguerite Stern. Un truc qui parlait de féminicides… même pas critique du genre! Et suite à ça, on m’a confrontée et je ne me suis pas cachée du fait que je l’admirais énormément et que je n’avais pas honte de partager son travail. Donc tout ce groupe de personnes (une dizaine peu près) ont coupé contact avec moi et j’ai appris par la suite qu’ils faisaient des soirées où ils parlaient de “Esther la sale terf”, qu’ils avaient bien heureusement éliminée de leur vie… 

Donc je témoigne sous mon identité, et je pense que c’est important de le faire, même si je comprends bien sûr les femmes qui ne le font pas, parce que je préfère vivre libre de m’exprimer en sachant que je ne vais perdre personne suite à mon discours.

J’aime le fait qu’aujourd’hui, si je prends la parole et que ça sort publiquement, de mon entourage proche je ne risque de perdre personne. Et je pense que cette liberté de s’exprimer, elle n’a pas de prix. 

Après, la pression est telle que je comprends parfaitement celles qui préfèrent se cacher, et à vrai dire je comprends même celles qui n’osent pas s’avouer que le discours qu’elles prêchent est en fait absurde et violent envers elles-mêmes, parce que c’est tellement omniprésent !

Je pense que la clé de notre libération c’est vraiment, avant tout, la libération de notre parole, et que si même nous, on n’ose pas s’exprimer sur ce qui nous arrive (quand je dis “nous”, je parle des femmes), personne ne le fera à notre place, évidemment!

Et c’est pour ça que je trouve ça important de témoigner et que je trouve que des podcasts comme “Rebelles du Genre” sont vitaux, pour se rendre compte que … plus on parle, plus on est nombreuses à le faire, et en fait on est des millions dans le monde, je pense!

Et c’est important de faire face au camp d’en face qui n’hésite pas à s’exprimer publiquement sur les réseaux sociaux pour nous insulter. Donc je pense que notre,  (ma réponse en tout cas), est pacifique : je ne veux pas de mal à ces personnes. 

J’ai juste envie qu’elles arrêtent de nous vouloir du mal.

RDG – As-tu une anecdote, ou plusieurs, à raconter sur un événement qui t’aurait marquée concernant le transidentité ou le transactivisme?

Esther –  Alors, j’ai deux anecdotes, qui, je pense, prouvent à quel point les dérives  du mouvement “trans”, disons, sont omniprésentes, touchent  toutes les femmes et sont vraiment dangereuses et déterminantes dans la vie des individus. Au-delà du fait qu’elles nous empêchent de régler des problèmes sous-jacents dans la société dans son ensemble. C’est deux anecdotes qui sont arrivées à deux amies très proches, à moi. 

Donc la première, c’est femme hétéro d’une vingtaine d’années. Elle n’a aucun problème de dysphorie, mais elle est non conforme au genre, dans le sens où elle a  un style assez “masculin” : elle a les cheveux courts,  elle a joué au foot pendant toute son enfance etc. Et elle évolue dans le même milieu universitaire que moi, c’est-à-dire le milieu littéraire très très queer. Et notamment, elle avait des amis qui étaient persuadés (qui le sont toujours, je pense) persuadés pendant très très longtemps qu’il était, au choix : soit une lesbienne refoulée, soit un homme trans refoulé… Elle est critique du genre donc elle n’a personnellement jamais été influencée par ces discours, mais je me rappelle qu’on lui répétait tous les jours : “Mais si, questionne-toi sur ton genre! Déconstruis-toi! Tu ne vois pas que tu es un homme trans, etc. Et en fait ça m’avait déjà choquée, cette insistance à vouloir caser chaque personne qui ne rentre pas parfaitement dans les normes de la féminité, dans une autre case : celle d’homme trans ou de lesbienne, dyke, butch, ou je ne sais quelle étiquette ridicule! Elle m’a raconté qu’une fois elle a été en soirée, avec notamment ce groupe de personnes, et une fille qu’elle n’avait jamais vue, en discutant cinq minutes avec elle du fait qu’elle était sûrement un homme trans refoulé, a sorti de son sac une seringue et de la testostérone, en disant : “Tiens, si tu veux, je te fais une injection!” Les mots me manquent pour exprimer à quel point c’est dangereux de s’auto-médicamenter comme ça et de proposer ça en soirée, à des gens qui, potentiellement ont consommé des substances, donc ne sont peut-être pas dans un état pour prendre des décisions comme ça. Mais dans tous les cas, proposer un traitement à quelqu’un qui n’en voulait pas et qui en plus n’a pas vu de médecin pour ça, c’est vraiment… c’est vraiment penser que tout le monde est contre nous, et qu’on doit s’en sortir par nous-mêmes! C’est médicalement dangereux!

Et la deuxième anecdote, c’est une autre amie à moi, qui a parlé à un médecin qui la suivait pour un syndrome de stress post-traumatique à la suite d’un viol qu’elle avait subi et il – je crois vraiment que c’était son psychiatre – a suggéré le fait que ce mal-être et ce rejet de la féminité pouvait en partie découler de non-conformité avec le genre féminin, et lui a dit qu’elle devrait explorer la possibilité d’être trans, non-binaire, ou homme… Vraiment, cette omniprésence de la pensée trans nous empêche de trouver des solutions pour des choses qui sont, des mal-êtres qui sont dans le quotidien d’extrêmement beaucoup de personnes! 

Il y a 94000 femmes violées en France par an… Imaginez si chacune d’entre elles associait ce rejet de son sexe, ce rejet de son corps, et ce rejet la féminité, au fait d’être trans! En deux minutes, ce ne serait plus une minorité, en fait! Si toutes les femmes qui avaient un rapport bouleversé à leur corps, du fait d’avoir subi des violences, s’en remettaient au diagnostic des transactivistes… il n’y aurait plus aucune femme!

Je pense que je dis des évidences. Mais en fait ces deux anecdotes prouvent à quel point la médicalisation de la transidentité et l’omniprésence de la transidentité, ça peut toucher n’importe qui. Ça peut toucher des gens qui ne sont pas du tout dans ce mouvement? Ca peut toucher des femmes “cis-hétéro”qui sont seulement à non conformes au genre.  Ca peut même toucher des femmes comme moi, qui à la base, correspondaient parfaitement aux normes de genre. 

Ça peut toucher n’importe qui.

C’est un danger qui n’épargne personne et c’est pour ça qu’il faut, à mon sens, informer le plus possible les femmes.

RDG – Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Esther –  Oui. Enfin, j’aimerais appeler peut-être les personnes qui m’écoutent à se fédérer un peu plus.

Le propre du transactivisme et de la transidentité c’est que ça nous coupe de toute vision globale de la société, en nous obligeant à nous focaliser sur nos propres sentiments, nos propres ressentis, notre propre individualité… tout en nous détachant, en fait, de notre être, puisque ça nous détache de notre corps.

Et pour citer Bell Hooks, une autrice féministe incroyable, dont je conseille la lecture à tout le monde : “The challenge to patriarchy is political, and not lifestyle or identity.” Donc je pense que je pourrais traduire comme : “Le défi, et la réponse au patriarcat, est politique et ne se situe pas dans le mode de vie individuel ou l’identité.” 

En fait oui : je pense que c’est le groupe qui va nous sauver, et le fait que pour se libérer, on doit toutes se battre ensemble et cumuler nos identités individuelles pour former le peuple, la peuplesse des femmes.  Voilà! 

Malou, Rebelle du genre

Malou, rebelle du genre

Malou – Je m’appelle Malou, l’accroqueuse de mots. J’ai 41 ans, je suis divorcée, sans enfant. J’habite en Suisse, à Genève. Je suis hétérosexuelle, antispéciste, affective. Je suis une militante indépendante anarcho-communo-marxiste. 

Malou, Rebelle du genre

On va dire que je suis éducatrice de première formation. Je me suis spécialisée au départ dans le handicap mental, spécifiquement dans les troubles du comportement et l’autisme, et puis après la vague de découragement institutionnel je me suis dit “je vais fuir ce milieu institutionnel”, et je suis devenue kinésiologue. 

Et je dirais que je suis militante depuis que je suis ado, sur différentes causes. Pour moi, tout est politique en fait. Enfin, chaque fois qu’on a un engagement en termes de valeurs au sein d’un système, c’est un engagement politique en fait.

Malou, Rebelle du genre

Et donc je suis une militante politique dans mes études, je suis une militante politique dans les slams que je fais, puisque je suis slammeuse, une “spoken wordeuse”. Et je fais des performances de temps en temps : je suis invitée dans des  petites chroniques de radios locales. Et donc : par l’écriture et par la diction,  je m’approprie certaines thématiques, avec lesquelles je partage mon opinion personnelle. 

C’est ma forme à moi de militantisme. 

Du plus loin que moi je me souvienne, j’ai toujours opté pour l’acceptation des autres. 

D’une part, parce que moi j’ai énormément déménagé. Je suis de ces enfants, je crois qu’à 12 ans j’avais déjà déménagé 12 fois environ. Donc je suis quelqu’un de très ouverte à toutes les différences et les particularités des uns et des autres. 

Quand j’ai des affinités avec les gens que je rencontre, c’est génial. 

Si j’ai pas d’affinité, tant pis. 

Je ne vais pas faire un blocage sur les particularités des uns et des autres : j’aime l’individu ou je n’aime pas l’individu, tout simplement. 

Je dirais qu’une des premières expériences qui m’a un peu questionnée, depuis petite, je me suis toujours questionnée  sur : “Tiens c’est marrant elle ressemble à un garçon ou il ressemble à une fille”… 

J’ai toujours été très observatrice donc tout ce qui était, les stéréotypes “non conformes” par rapport au comportement des uns et des autres, je le voyais assez vite. 

Moi-même, quand j’étais petite, je me considérais un peu comme un garçon : je n’aimais pas trop les robes, j’avais pas envie d’être très jolie… 

J’étais en mode “Laissez-moi me bagarrer, déchirer mes jeans, et c’est très bien comme ça… Moi je suis un pirate, un ninja, laissez-moi vivre ma vie de pirate ou de ninja”…

Et ça n’a jamais perturbé mes parents. Mes parents n’ont jamais dit “Ah mais toi en fait, tu es un  garçon!” 

Donc  j’ai toujours pu jouer dans tous les genres. 

Quand tout à coup j’avais envie d’être féminine, je mettais une robe, et j’étais contente de  mettre ma petite jupe ou ma petite robe… ce qui était assez rare d’ailleurs, enfant, mais bon!

Et en fait, quand j’ai été adolescente, j’ai eu quelques amis, dont une amie en particulier, voilà, qui n’avait pas spécialement de stéréotypes dans ses comportements ou dans ses vêtements, ni spécialement féminins ni spécialement masculins, c’était assez androgyne.

J’avais d’autres copines qui étaient filles, mais qui en fait avaient l’air de garçons, clairement, et s’impliquaient dans des stéréotypes de garçons en termes de vêtements, de comportements, et même dans les mots, dans la façon de parler. 

J’avais des amis hétérosexuels, homosexuels, et c’est quelque chose dont on parlait assez facilement, en tout cas il me semble, moi, de ma posture, et qui générait peu de conflits… Ou alors peut-être que  je n’étais pas très au courant des conflits que ça générait, parce que ce que ça ne m’intéressait pas, en fait! 

Mais j’ai l’impression que dans les groupes dans lesquels j’étais, ado, on a toujours été très ouvert à ce que, eh bien, chacun fait sa vie, chacun a ses particularités et on se rejoint, on se regroupe sur des choses qui nous lient, voilà!

Quand j’ai eu, 19/20 ans, j’avais des longs cheveux roses : pendant 10 ans, je me suis promenée avec des cheveux roses. 

Et il y avait un homme que je croisais tout le temps, en ville, un immense gaillard. 

Je vais l’appeler Pascal, ce qui n’est  pas du tout son vrai nom, mais on va l’appeler Pascal. 

Un immense gaillard vraiment, le mec!  Je pense qu’il doit faire 2 m au moins, un bon 120 kg de muscles. Donc une vraiment une armoire à glace, un géant avec une tête très très carrée, assez dégarnie, Avec des mains, de bonnes pognes de fermier… 

Et puis en fait, les premières fois que je l’ai croisé, je l’ai croisé grimé en femme, avec une petite perruque blonde au carré, un petit tailleur… Et puis à chaque fois qu’il me croisait : “Ah Mademoiselle Rose, vous êtes tellement chou avec vos cheveux roses!” Il parlait avec une voix un peu féminine… 

Moi je m’arrêtais, je trouvais qu’il était hyper sympa, je lui disais : “Vous êtes marrant, pourquoi vous portez une perruque?” Et il me disait : “ parce que moi je me sens vraiment femme, je considère que je suis une femme, et que je ne suis pas dans mon bon corps.” 

J’étais là : “Ah bon, OK.” Et puis en fait, on a discuté, comme ça, quelquefois, et moi je lui ai posé des questions, lui me posait d’autres questions sur ma couleur de cheveux, notamment.

Et un jour, je vais à la piscine vers chez moi, et je le vois sortir de l’eau, avec un maillot de bain une pièce pour femme, rose bonbon. Et donc lui, tout content, il me salue, il me voit de loin, et me dit : “ Est-ce que je peux m’installer à côté de toi ?” Mois je dis : “Viens,  assieds-toi ».  

Et du coup on a passé tout un été, même sur plusieurs étés parce qu’on s’est retrouvés pendant, je dirais, 3-4 ans, l’été là-bas et donc on a passé comme ça plusieurs étés à se côtoyer à la piscine le matin, et à discuter. Un mec super ouvert, ce Pascal.  C’est ce que j’ai adoré chez ce gars : c’est qu’il était vraiment très très à l’aise par rapport aux questions et même la curiosité que je pouvais avoir. Et du coup, on a pas mal discuté de ça.  Je lui disais : “Toi, tu mets un maillot rose fluo comme ça, tu assumes grave à la piscine, toi tu es courageux !”  Et il me dit : “ ah oui, mais c’est parce que je me suis toujours sentie femme.” Je lui dis : “Ah, OK. Mais c’est marrant, parce que tu m’as dit ça plusieurs fois, est-ce que je peux te poser des questions ?”

Et  lui, il était ouvert, il me dit : “Oui,  oui, mais tu sais…” 

Il m’expliquait qu’il faisait partie de la première association à Genève qui luttait pour les droits des personnes trans identifiées.  Et, justement, qui luttait pour que ces personnes puissent avoir un accès facilité  à des transitions médicales. Et je lui dis : “OK,  mais alors c’est quoi, (parce que je ne connaissais pas grand-chose), c’est quoi ? Parce que transition, ça veut dire que vraiment, on peut changer de sexe et tout ? “ Et il me dit : “ Oui oui, alors c’est un peu compliqué, mais ça se fait de plus en plus, il y a des pays effectivement, comme en Thaïlande où ça se fait depuis des années, ils sont super techniques là-bas…”  et il m’expliquait un peu tout ça… Les difficultés de ce parcours… 

Puis je lui ai demandé : “Mais  quand même, toi tu as un physique de mec, je veux dire que tu as un physique, tu pourrais jouer un troll dans le Seigneur des Anneaux, tu es un géant quoi, tu as une carrure … Pour moi qui suis une femme biologique, quand tu me dis que tu te sens femme, pour moi c’est un peu compliqué à recevoir, parce que je me dis, mais comment est-ce que tu peux te sentir femme dans un corps hyper masculin comme ça ? Et c’est quoi, du coup, pour toi, de te sentir femme ?”  

Et il me disait : “ Tu sais, moi j’ai toujours senti que j’avais une grande sensibilité, et effectivement, moi je sens dans mon corps que je ne suis pas dans le bon corps…” 

Et je lui dis : “Oui, Mais peut-être, tu n’es pas dans le bon corps parce que tu te trouves trop grand, ou trop carré, ou j’en sais  rien… Mais ça ne veut pas  forcément dire que tu n’es pas dans le bon corps sexuel, en fait ! Parce que tu vois, moi, en tant que femme, j’ai des règles, j’ai des hormones, enfin il y a tout un bordel biologique sur lequel, finalement, je n’ai pas prise, et qui fait que j’ai des comportements ou des réactions ou des choses qui, biologiquement font référence à un sexe féminin avec des gonades féminines, des hormones féminines, en fait!” Et du coup, il me dit : “Ah  oui c’est vrai. Mais tu sais, moi j’ai des fois la sensation que j’ai mes règles, comme une vraie femme.” 

J’ai été très surprise, je lui ai dit : “Mais  ok, mais les règles, on a quand même un orifice pour ça. Quand tu me dis je me sens comme si j’avais mes règles, est-ce que vraiment, tu as cette sensation d’avoir une montée d’hormones, de sentir que tu as une poitrine un peu douloureuse, que tu es un peu ronchon? Et puis, est-ce que tu sais ce que ça fait que d’avoir des saignements, par exemple des saignements dans sa culotte, concrètement ? C’est-à-dire la vision de ça, la sensation d’écoulement, c’est quand même un vrai truc féminin, en fait!  Alors certes, il y a des femmes qui, malheureusement, ont des troubles avec leurs règles, et il y en a qui n’en n’ont pas. Cependant, malgré cette particularité mineure de gens qui n’en n’ont pas, un des trucs biologique qui dit qu’on est une femme, c’est aussi parce qu’on a un appareil reproducteur féminin, et que du coup on a des règles, et tout le bordel qui va avec, quoi !” 

Et du coup il me dit : “ Ah oui oui, mais moi, tu sais ben, quand j’ai mes règles, je me mets un tampon.” Moi, j’écarquille les yeux… “Mais je ne comprends pas, mais tu le mets où ? Enfin, je ne comprends pas.”

 Tout d’un coup, je suis sidérée, je me dis : “Mais c’est un gars, il se fout de ma gueule, il se moque de moi”. Et donc, lui, très sérieux, me dit : “Non non non, je mets un tampon, bah tu sais où… Derrière… »

Moi je lui dis : “ écoute, moi je ne veux pas te vexer mais quand même, ça n’a rien à voir! Tu parles à une femme qui se met un tampon dans le vagin une fois par mois, et tu me dis que le mettre dans l’anus, c’est pareil! Ce n’est pas pareil, ça n’a rien à voir. Là, je suis choquée en tant que femme que tu me dises ça.” Et lui me dit : “ Je peux tout à fait comprendre que ça puisse un peu te choquer, mais c’est mon ressenti!”

J’étais là : “Mais alors, du coup, qu’est-ce qu’on fait entre les ressentis…  parce que moi, quand je te vois, je ressens très bien que tu es un homme, que tu as une énergie masculine, et que tu as un corps masculin!” 

Et de là, on en vient à discuter. Ce que j’aime, chez ce monsieur, c’est que justement, même dans les moments où je pouvais être un peu choquée par ce qu’il me disait, il a toujours été ouvert au dialogue. Pascal, c’est un homme que j’aime beaucoup pour ça. Je ne suis pas d’accord avec lui sur plein de choses. Moi je pense que c’est une personne qui a des troubles psychiques et qui, par ailleurs, est un mec adorable et génial.  

Et du coup, on en vient à un autre sujet, où il me dit : “ Pour moi, par exemple ici, je demande à pouvoir me changer dans les vestiaires des femmes, ça fait des années, et ils refusent!” “Et pourquoi tu continues à demander?” Et il me dit : “Je continue à demander parce que j’estime que c’est mon droit, comme je me sens femme.” Je lui dis : “OK,  mais admettons. On est tous les deux dans le même vestiaire, OK? Donc moi je fais 1 mètre 68 environ, septante kg… 70 kg pardon il faut que je parle en Français! Et du coup je dis : “Donc imagine : moi je me change, je sors de ma douche et hop, j’enlève ma serviette, je veux mettre ma culotte… et puis à côté de moi, j’ai ton gabarit qui fait pareil et puis qui a sa bite… hop!  Tu as la grosse bibitte qui est là, qui se promène… Moi je fais quoi? J’ai pas envie de me changer dans un vestiaire féminin avec un mec qui a toutes les apparences de l’homme, les critères masculins dans le terme biologique, où moi en tant qu’animale, mammifère primitive, je vois bien qu’à côté de moi, j’ai un mâle avec des hormones mâles et que, j’ai envie dire… son phallus est prêt à se dresser à n’importe quel moment! En tout cas moi, dans mon monde imaginaire de femme, avec toutes les représentations de violences possibles et d’agressivité possible, desquelles on nous signifie bien d’être attentives, par défense, depuis qu’on est petites… Et donc, moi, en fait, je refuserais de me changer dans un vestiaire avec toi. Même si tu te sens femme.” 

Et donc on a eu un long sujet là-dessus. Il me disait : “Oui, mais moi si je me sens femme,  je ne vais pas t’agresser!” Et moi je dis : “Oui mais le violeur qui veut te violer ne va pas dire je vais te violer, et donc c’est pareil, c’est-à-dire que moi j’entends bien que toi tu souffres de ça et que tu aimerais qu’on te considère comme une femme. Mais entends bien que moi, je souffre aussi d’un homme qui veut que je le considère comme femme, alors que tous les aspects réels, métaphysiques, concrets, font que c’est un homme ! Et en fait c’est une violence que tu m’imposes, à mon intimité !” Et au final après plusieurs discussions qui se sont faites sur plusieurs rencontres, au bord de cette piscine… Et un jour il m’a dit : “ J’entends ce que tu me dis par rapport aux vestiaires. C’est vrai que je ne peux pas imposer aux gens de me considérer comme je me sens.” Et je lui dit “Oui, pour moi ça me paraît logique.” Mais en tout cas, voilà. Je l’ai toujours remercié d’avoir pu discuter avec moi ouvertement de tout ça. 

Bref, ce monsieur, je ne l’ai plus vu depuis quelques années, alors je ne sais pas s’il est toujours vivant ou s’il est décédé, ce Monsieur…  Mais voilà : un monsieur qui était en très grande souffrance, et à qui j’avais dit : “Voilà. Pour moi ce que tu vis… je lui ai parlé de la dysphorie de genre. Est-ce que tu as été diagnostiqué, peut-être dysphorique de genre, ou quelque chose?” Et il me disait : “Oui, oui. Les psys disent que j’ai une dysphorie de genre. Mais ça, c’est ce qu’on dit pour toutes les personnes trans identifiées en général (à part certaines particularités : hermaphrodisme, etc.)”

Je lui disais : “Mais comment, du coup, tu peux m’imposer ta vision, si au fond tu sais que c’est aussi né d’une distorsion mentale en fait? Ça veut dire que tu veux m’imposer ta distorsion mentale, ce qui n’est pas très sympathique en fait… c’est très généreux mais au fond, j’ai pas envie!”

Et donc il me disait : “Oui, c’est pas complètement faux parce que moi je sais pourquoi je me sens femme. Voilà, ma mère a toujours voulu une fille, elle m’a toujours habillé en fille et elle m’a toujours traité comme une fille, en fait! Elle me disait toujours “elle”!”…  Et donc, ce Pascal finalement à 50 et quelques années, il assumait que lui avait finalement une déformation psychique de sa vision de lui-même, et que cela l’a amené à se sentir femme et à désirer vouloir être une femme. Lui il le dit comme “se sentir transidentifié”. OK. Mais pour moi, c’était intéressant d’avoir tout ce processus de pensée de comment il y est arrivé.

Et quelques années plus tard, je rencontre une super nana avec qui je suis super copine on se rencontre  par la poésie slam, et on se voit à plusieurs soirées, une fille  que je croise régulièrement que vraiment j’apprécie énormément, que je trouve très intelligente et avec qui on a des débats assez conséquents.  

Elle fait des études en droit c’est quelqu’un de très calé, qui a un énorme vocabulaire qui a vraiment une une maîtrise de l’observation de bonne qualité et en parlant avec cette fille, voilà on devient super copine et puis au bout de 4, 5 années qu’on est copines, un jour elle m’appelle:  “tu sais malou en fait il faudrait que je te parle j’ai besoin d’un conseil”  et puis elle m’explique que voilà elle a rencontré quelqu’un, une personne trans identifiée et qu’elle a enfin compris que elle-même était trans en fait.  Et elle me dit “donc en fait, moi je pense que c’est une personne trans-identifiée.  

Et donc je vais changer de sexe donc je veux plus tu m’appelles comme ça, faudra m’appeler comme çi, voilà.  Cette personne que t’as connue est morte, voilà.” Moi je tombe des nues, je ne comprend pas…

  » Je comprends pas comment t’es passé de ton truc de femme assumée magnifique rayonnante et tout, à tout d’un coup, paf non en fait! je suis un mec…

Je ne comprends pas ton raisonnement est ce qu’on peut en discuter ?” 

Elle me dit “mais justement je voulais ton conseil parce que j’aimerais faire une transition physique mais je suis un peu en panique et tout”

Puis j’ai beaucoup réfléchi, je me suis énormément documentée… je l’avais déjà fait suite à ma rencontre avec Pascal parce que je trouvais ça très curieux et je suis un peu monomaniaque comme personne. Quand un sujet me plaît ou m’intrigue tout d’un coup pendant des mois je vais lire des trucs, regarder des conférences, être complètement obsédée par ce sujet;  et après hop! monomaniaque: je passe à un autre sujet… Et donc là je reviens sur ce sujet, je vais relire des trucs, et vérifier parce qu’il faut que j’ai une discussion cohérente avec elle et je peux pas y aller que sur mes à prioris.

Donc, je me linke à plein de pages sur des personnes trans-identifiées, je lis plein  d’articles, je lis plein de trucs médicaux… bref. En fait, je reviens vers elle et je dis “Bah écoute concrètement moi je t’aime donc qu’importe qui tu seras, en fait j’aime l’individu que tu es, donc ce qu’il y a entre tes jambes ben quelque part je m’en fous un peu, entre nous. C’est pas ça qui fait qui tu es au fond, voilà.  Donc si ça fait du bien de changer ce que t’as entre les jambes, ma foi, fais-le. Maintenant, de mon point de vue d’amie, j’ai envie de dire: qu’est-ce qui te pousse à ça? 

Est-ce qu’on peut en parler profondément? Et j’ai envie de dire prends le temps de ça, parce que j’aimerais pas dans 10 ou 15 ans que tu regrettes et tu fasses partie des détransitionneurs qui sont à la mode depuis 10 ans maintenant, en Angleterre, aux États-Unis, qui sont complètement tabous dans le monde du transactivisme. 

Parce qu’attention! Quand on détransitionne on est exclu, on est la bête noire, on est la peste du transactivisme.” 

 Et donc je lui explique ça et quelques semaines après elle m’ invite chez elle, enfin « il », du coup j’ai dû dire “il” et donc il m’invite chez lui avec ses deux meilleurs copains. Je vais à l’invitation, effectivement elle s’était coupée les cheveux, elle s’était mis un binder, un truc pour presser la poitrine. Et puis voilà, elle avait changé de prénom… “Je suis en train de voir un psy, j’ai commencé les hormones etc”. 

Mais ça s’est fait en trois mois! En trois mois c’était bon! 

Et  j’étais choquée. J’étais là mais c’est quoi ce délire… et du coup j’ai essayé de parler un peu profondément avec elle et pendant ce repas elle rigole… en gros elle me dit : “Le jour où je vais commencer les hormones, je vais m’amuser,  je vais me promener avec un sac rempli de godes, et du coup dès que les gens vont parler je vais sortir des godes et je vais leur dire “quoi quoi tu veux que je te gode?” Et puis j’étais là :  “Mais je ne comprends pas pourquoi tu dis ça? En fait, c’est quoi ton souci?”. Et puis on parle, et je lui dis : “Mais si c’est lié à ta sexualité?” Et là, elle me dit que ce qu’elle aime, c’est pénétrer son copain.  et je lui dis : “Mais alors, changer de sexe pour te rendre plus appropriée à ta sexualité, ça n’a rien à voir avec le fait d’être trans identifiée!  Soit tu as des pratiques sexuelles que tu assumes, en tant que pratiques sexuelles. Ce n’est pas parce que ton kif, c’est d’avoir des pratiques un peu perturbantes pour d’autres, je ne sais pas, moi, du fisting ou des trucs comme ça…  peut-être que pour toi, c’est inconcevable en tant que femme. Mais alors c’est sur ça que tu dois travailler, finalement, au fond. Parce que ta sexualité t’appartient, tu en fais ce que tu veux. Tu n’es pas obligée de la justifier auprès des gens qui ne sont pas dans ton lit, en fait ! Tant qu’elle ne fait du mal à personne, évidemment.” Et du coup, elle continue avec son histoire de godes, d’avoir une valise plein de godes, et je regarde ses deux amies et je leur fait un peu des gros yeux : “Mais vous, en fait, ça ne vous choque pas ? Ça ne vous dérange pas que notre amie nous dise moi je suis morte, maintenant vous devez faire avec LUI et que ce LUI soit aussi provoquant, et qu’il soit complètement à l’opposé de l’amie qu’on a connue?” Et ils me disent : “ Tu sais, on n’a pas trop envie de la perdre.” J’étais là : “ok. Donc c’est une histoire de peur. Vous avez peur de vous confronter à elle?” Et et du coup, je lui dis :

“Moi je suis désolée, mais en trois semaines, un mois, tu me dis : que je n’ai plus le droit de t’appeler comme ça, qu’il faut que je t’accepte comme tu es, donc tu m’imposes une mort de ton identité, et moi je dois être OK avec ça, sans rien dire. Et donc moi, ma blessure, de me dire cette amie-là, que j’ai connue, elle est morte (parce que tu es d’accord de l’avoir tué pour faire naître quelqu’un d’autre, quelque part c’est ce que tu me dis). Et moi, je n’ai pas le droit de m’en plaindre, et en fait tant pis, il faut que je me démerde avec ça ! Je trouve que c’est un peu égoïste, déjà, et puis c’est un peu violent aussi pour les gens autour ! « 

Bref, la soirée continue, moi je suis un peu tendue, et un moment donné elle me dit : “d’ailleurs, quand je serai un homme, j’irai me changer dans les vestiaires de femmes parce que je serai une féministe active!” Et là je dis : “Je ne comprends rien : tu veux être un homme pour être une féministe active ? Je ne comprends rien.” et elle me dit : “ Oui mais parce que je pourrais très bien aller me changer dans les vestiaires pour femme, vu qu’au fond je suis une femme. Peut-être que je vais garder les deux. Moi, je crois que j’ai envie de garder les deux sexes. En fait, je veux garder mon vagin, je ne suis pas prête à lui dire non, mais je veux aussi un pénis.”  

Et je ne comprenais rien. je lui dis : “Je pense que là, il y a un souci plus profond, Parce qu’en 3 mois tu es passée de “ je suis une femme” à “ je veux devenir un homme” à “ non finalement je veux devenir hermaphrodite”… Donc je suis désolée, il y a un souci, et comment ça se fait que le suivi psy que tu as pu avoir te permette d’être dans ces dissonances cognitives-là ? c’est quand même incroyable!”

Et du coup, sur ce, elle me fait : “ben quoi, ça te pose un problème, l’histoire des vestiaires ?” Et je dis : “tu sais quoi ? J’en ai parlé avec un homme il y a pas mal d’années, justement un homme trans identifié, et je vais te dire ce que je lui ai répondu. Moi personnellement, je n’ai pas envie de me changer dans un vestiaire dit “pour femmes” alors qu’il va y avoir des gens qui vont avoir leur pénis à côté de moi. Ce n’est pas possible pour moi.” 

Et là,  elle me dit que je suis transphobe. 

Clairement, elle me dit : “ah ouais, et bien tu es une transphobe, quoi. C’est tout!” C’est un raccourci tellement incroyable. 

Je lui ai dit : “Donc toi-même, tu fais des raccourcis, tu dis que être un homme, c’est forcément pénétrer l’autre pendant l’acte sexuel, c’est un peu ça ton raccourci, mais par contre, que moi j’ai un raccourci lié au sexe, ça te dérange et ça fait de moi une transphobe. Mais c’est complètement dingue ton histoire!”. Et je suis partie. Je lui ai dit : “Tu sais quoi? Moi, je vais y aller, parce qu’en fait, moi, ça ne m’intéresse pas de rentrer dans ton délire, en fait!” Et donc, je suis partie, et cette personne a essayé de me parler une ou deux fois, comme ça, dans la rue. Et moi j’ai complètement été dans le déni total. Je pars du principe que je la connaissais elle, mais que je ne le connais plus, lui. Donc je n’ai pas de relation avec lui puisque je ne le connais pas. C’est vrai que ça m’a énormément questionnée, surtout qu’après cette personne a fait énormément d’implication, notamment à travers le slam dans des trucs féministes. Et donc moi j’étais là : “mais alors c’est une femme qui fuit la féminité qui se réassigne en masculin, donc qui s’approprie les codes sociaux masculins pour en bénéficier des avantages et qui, quelque part, ne veut pas perdre les avantages de la féminité non plus, et ose se dire féministe. Donc on se dit féministe en détestant tellement la femme en soi qu’on veut l’annihiler. Et là, pour moi c’est la dissonance cognitive pure et dure du transactivisme. Donc ça m’a vraiment blessée… pour moi cette rupture avec cette amie c’était comme… presque comme une rupture de couple. Quelqu’un pour qui j’avais une forme de connivence et aussi un peu d’admiration, parce que c’est quelqu’un qui réussit tout! Vraiment quelqu’un qui a une intelligence remarquable. Et là je me disais mais comment avec cette intelligence remarquable elle ne se rend pas compte de cette ambivalence schizophrène, vraiment? Donc voilà. Ca c’est vraiment ce qui m’a confirmé la dissonance cognitive du transactivisme. 

Et donc du coup, là,  j’ai commencé vraiment à m’affirmer en tout cas comme anti- transactivisme.

– Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société et pour la démocratie?

Malou :  En fait, je pense que l’idéologie transactiviste promeut finalement une forme de pansement social. Et je pense que le fait d’encourager, par exemple, la transition médicale, c’est-à-dire d’amener encore à devenir d’un sexe opposé à ce qu’il est, je pense que c’est un pansement parce qu’on continue, finalement, à répandre les stéréotypes.

C’est-à-dire que si un homme dit “se sentir femme” parce qu’il a envie, finalement, d’avoir une poitrine, de porter des robes, de se maquiller et de mettre du vernis, de se faire des belles coiffures et de marcher en talons, alors cet homme n’a pas envie d’être femme. Cet homme a envie de s’approprier des stéréotypes féminins.

Et pour moi, c’est là où il y a une confusion terrible dans le transactivisme.

Et donc au lieu de “devenir femme” par une transition médicale, pourquoi est-ce qu’on n’apprend pas, dans la société, à casser les stéréotypes de genre, et à dire à cet homme : “Mais en tant qu’homme, si tu as envie de porter une jupe, de mettre des talons et de mettre du vernis à ongles et de te faire des belles coiffures, tu as le droit! Mais assume-le en tant qu’homme, de préférer des stéréotypes féminins. Et c’est OK en fait!” Et grâce à ça on va déconstruire les stéréotypes de genre. Et grâce à ça peut-être que les personnes transidentifiés ne se sentiront plus transidentifiées parce qu’en fait elles seront bien dans leur corps, en s’appropriant les stéréotypes de leur choix pour leurs comportements et leurs représentations sociales! 

Mais pour moi faire cette confusion je trouve que c’est une violation totale du corps et de la réalité biologique féminine. 

Et donc moi je refuse que (en tout cas je parle plus des hommes parce que comme vous vu j’ai connu une femme qui a voulu transitionner dans l’autre côté) ce qui moi me perturbe le plus, c’est les hommes qui s’instrusent dans dans mes milieux féminins en fait! 

Donc c’est vrai que moi ce qui m’embête, c’est ce côté-là : c’est ce côté où, à un moment donné, à force de cautionner le transactivisme, et bien on rend complètement invisibles toutes les luttes, des décennies et des décennies, pour se faire reconnaître en tant que femmes biologiques, puisque quand on a une définition biologique du terme femme, c’est-à-dire que quand on va à la maternité pour accoucher, c’est bien parce qu’on a un sexe de femme. Quand on va chez le gynécologue pour faire un contrôle, c’est parce qu’on a un vagin, un utérus et des hormones féminines. Ça ne me gêne pas si un homme a envie d’aller chez un gynécologue mais qu’est-ce que va faire le gynécologue avec un homme, concrètement? Une sonde anale, éventuellement! Mais alors du coup c’est plus de la  gynécologie, vous voyez? Donc c’est là où pour moi il y a une intrusion, je pense, masculiniste, du coup, dans le féminin.  Et ça, ça me dérange énormément.

Voilà. Je dirais que c’est la première chose.

L’autre sur le chose, c’est aussi que on parle d’appropriation culturelle, par exemple, en ce moment, c’est un grand thème à la mode, l’appropriation culturelle. Par contre on ne parle pas d’appropriation sexuelle. Ça ne dérange personne. Moi, ça me dérange beaucoup.

Et puis un autre truc qui était quand même intéressant à savoir, c’est qu’en fait quand on prend tout le mouvement transactiviste, il est basé notamment sur des études de Magnus Hirschfeld. Il est basé notamment sur des études de Havelock Ellis, et il est basé notamment sur la fameuse étude de la sexualité humaine d’Alfred Kinsey qui est tout à fait connue. Et donc ce qui est étonnant, c’est que, quand il y a eu ces études d’Alfred Kinsey, qui ont du coup mis à jour les différents potentiels sexuels et qui ont essayé un petit peu de normaliser différentes formes de sexualité, eh bien, on se rappellera notamment dans les années 80 le groupe des Verts allemands le SCHWUP qui est un groupe de travail favorables à des notions sur une sexualité non-violente entre enfants et adultes… et puis en 82 on a Gary Dawsette, pareil, qui prône donc un débat et une volonté de régler l’autorité parentale pour les hommes, le droit à légaliser les rapports pédophiles entre hommes et jeunes amants, le droit de “libérer” les droits sexuels de l’enfant… et ce mec là (donc c’est un militant gay LGBT) et là il a reçu, je crois que c’était en 85, je voudrais pas dire de bêtises pour la date, je ne me rappelle plus, à la fête du “Sydney Mardi Gras” il a été élu, donc organisateur de la gay pride, il est devenu membre d’honneur du “Sidney Mardi Gras”… et donc il y a une confusion aussi de certains mouvements transactivistes à dire : “Non non non non non, on n’est pas du tout en lien avec les pédophiles!” Alors qu’au fond, si! Puisque on voit bien que ce Gary Dawsett qui prône clairement la pédophilie, finalement voilà : il est membre d’honneur d’une de ces assos trans. 

Et donc pour moi il y a un vrai problème avec ça, surtout quand on voit que c’est l’institut Kinsey qui obtient en 2014 le statut de “consultative special” n’est-ce pas… Et donc c’est lui qui va aller travailler avec l’ONU. Et c’est lui qui va rédiger la déclaration des droits sexuels de l’IPPF (International Planned Parenthood Federation), avec mon merveilleux accent! Et donc ce texte il affirme le droit pour toutes et tous de choisir librement ses partenaires sexuels, adultes ET ENFANTS.

Et donc c’est quand même intéressant que depuis qu’il y a ce IPPF, eh bien il y a depuis 2017 environ des changements standards à l’ONU et notamment des discussions pour rabaisser le droit sexuel de l’enfant à 12 ou 14 ans.

Et donc voilà! Moi je fais toute cette corrélation et je trouve ça dramatique qu’à l’heure actuelle du féminisme on mette aussi dans la tête des ados que non, non, il n’y a pas de genre, qu’ils peuvent être ce qu’ils veulent! 

Eh bien non. Il y a une réalité pour moi biologique. Et à nous, adultes, d’aider les enfants à se défaire des stéréotypes de genre, mais en assumant, et en gardant, et en aimant leur propre genre!

RDG – Aujourd’hui tu témoignes sous ta réelle identité. Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est-ce que tu perçois un danger lié à cette montée du transactivisme?

Malou –  Alors moi j’ai l’habitude depuis 10 ans de me faire insulter de terf donc j’assume! Des fois, je poste carrément des trucs en mode “Malou la méchante terf” parce que maintenant ça me fait un peut rigoler par ce que je me suis détachée de ça. Et donc quand je me fais insulter, je donne des devoirs aux gens. Je leur dis : « Écoute, regarde tel et tel livre, telle et telle personne, puis tu me rappelles et on en rediscute!” Comme ça, j’essaie de le prendre un peu à la rigolade. Et puis surtout j’essaye toujours dans les discussions, quand ça s’enflamme et que “Ouais mais t’es une sale terf, t’es une sale transphobe!”, j’essaie toujours de dire : “Attendez attendez!” En fait, j’approfondis une discussion, je sépare l’émotionnel du factuel.

Et à un moment donné, je pense que pour être dans des vrais débats c’est nécessaire de mettre l’émotionnel de côté, et d’être dans du factuel. Et que souvent, ça permet de faire un peu retomber la pression.

Souvent on me dit aussi que mon discours est très violent, voilà. 

Heureusement, à ce jour, je n’ai pas subi de menace réelle, donc heureusement pour moi. Je subis des insultes ou alors souvent quand en discussion sur Internet, tout d’un coup il y en a qui s’emballent, qui commencent à me traiter transphobe et je reviens en leur donnant des critères biologiques, en leur rappelant certaines bases, et j’essaye moi-même de pas être insultante.

Mais voilà en fait : soit on discute, soit on est juste dans un truc où tu m’insultes et dans ce cas-là, j’arrête de te répondre, tout simplement! 

Et après, physiquement, auprès de moi, j’ai eu une ou deux fois dans des spectacles ou des performances, tout d’un coup un groupe qui vient et puis qui fait exprès de  s’asseoir au premier rang à cinq ou six… et puis ils me fixent des yeux sans aucune réaction… Et je sais que ce mouvement vient de cette ancienne copine transactiviste. Et donc elle, une ou deux fois, elle est venue avec des copines à elle, ou elle a fait venir des copines à elle, un peu pour me mettre la pression sur scène, et puis pour foutre un peu une ambiance de merde dans des performances!

Mais j’essaye de ne pas du tout réagir à ça. Je suis dans l’ignorance, dans des cas comme ça. Et puis physiquement, heureusement, je n’ai jamais pris une baffe ou un coup pour ce genre de choses.

Je ne me sens pas en danger face à ça. 

Je pense que plus on assume ses propos moins on est en danger en fait, parce que plus on est clair moins on crée de dissonances, et moins ceux qui sont dissonants eux-mêmes ont envie de se confronter à vous. 

Donc je pense que la clarté éloigne les dissonants en fait.

En sororité ou en adelphité avec Marguerite Stern, je me dois justement d’être identifiable. Parce qu’elle, elle s’identifie. Elle met son nom et donc je pense que pour être en adelphité ou en sororité avec elle et toutes celles qui luttent,  ça vaut le coup je pense d’assumer son identité, de dire : “Je suis Malou et voilà ce que je pense.” Je trouve que c’est important.

RDG – Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Malou – Alors oui il y avait un truc une fois.  C’était au Brésil.

Donc je suis au Brésil en hiver 2010, avec l’ex-mari, avec qui j’étais mariée, et à la télé il y a un reportage sur quelques villes qui ont mis des WC pour personne trans. Et là, moi je suis devant la télé, et je suis abasourdie, c’est incroyable! Et puis je regarde mon ami et je lui dis : “ Mais il y a des WC pour les personnes en chaise roulante au Brésil?” Et lui il éclate de rire et il me dit : “Ah non, pas du tout, les gens… tu es en chaise roulante, laisse tomber! Tu ne peux même pas rouler sur les trottoirs, ce n’est pas possible!” Et je me suis juste dit : “OK, donc ça veut dire que si tu es en chaise roulante tu ne sors quasiment pas de chez toi!” Et puis ça m’a fait bizarre je me suis dit : “ Ca veut dire que les droits liés à la sexualité intime, en fait, ça prime sur les droits de l’individu lambda, femme ou homme, à mobilité réduite!” Et je me suis dit que c’est intéressant de voir où est-ce qu’on met les priorités dans sa vie.

RDG – Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Malou – Allez je vous fais un petit slam!

Ah, féminisme. 

Alors même qu’en Égypte antique la femme avait nettement plus de droits, était bien mieux lotie que vous ou que moi en 2022, le féminisme moderne pourtant, parfois, rétrograde.

C’est sans compter, en omettant, les faussaires féministes, totalement absorbées par le patriarcat caché sous la libération sexuelle et la révolution industrielle du travail comme la Simone de Beauvoir, cette petite bourgeoise, 

Luxe du temps à se penser, qui signe, avec quelques pédophiles notoires pour le journal Le Monde le 23 mai 1977, l’appel pour la révision du code pénal à propos des relations mineures-adultes, demandant à rendre moins strictes les relations sexuelles entre lesdits mineurs et adultes.

Ou alors parlons aussi de notre fameuse Françoise Dolto, dont les théories sur l’enfance et l’adolescence ont bercé ma douce enfance en petite France. Et pas que la mienne.  Des milliers de parents et de professionnels ont acquiescé à ses écrits.

On sait tous comment son fiston Carlos a cassé sa pipe entre toxico-dépendance, alcoolisme de haut vol, sexe à outrance, bon.

Et bien voilà. Sa tendre maman expliquait très bien que les enfants ont des désirs pour les adultes. Ils piègent les adultes à cause de ça. Ils n’ont que ça à penser, de piéger l’adulte. La petite fille est toujours consentante.  il n’y a pas de viol, elle ne l’a pas ressenti comme un viol, elle a compris que son père l’aimait, et qu’il se consolait avec elle parce que sa femme ne voulait pas faire l’amour avec lui.

Mmm, mais qu’elle fleure bon, cette racine du féminisme, dis-donc!

Et il semblerait que la conscience des hommes sur la question du féminisme en Occident soit renaissante à la révolution sexuelle.

Environ deux décennies après l’étude d’Alfred Kinsey, “le comportement sexuel de l’homme”.  Alfred est donc un professeur de zoologie et il supervise des études sur la jouissance des orgasmes humains du bébé de cinq mois à l’adolescence. 

De fait, des agressions répétées au nom de la science.

Mais, comme dirait Françoise : “Si l’enfant sait la loi interdisant les privautés sensuelles et sexuelles entre adultes et enfants, eh bien, quand un adulte lui demande, s’il accepte : il est complice!” Bon, moi je trouve qu’à 5 mois, ça se discute.

Bref. alors nous… oui, oui, nous, femmes euf f… fa… ah merde parce que là aussi, ça ne va pas! En fait, “Femme” ça ne suffit pas. “Femme”, c’est transphobe.

Alors je vais essayer de vous faire un truc sur quiconque, pour essayer de ne dénigrer personne, vraiment.

Alors c’est parti. OK, je prends la respiration. 

Alors pour les filles, les femmes, les féminines, les masculines, les hyperplasiques des surrénales, les syndromées de Turner, Rokitansky,  les klinefelter, les déficitées en alpha 5, les ovo-testiculaires DSD,  les dysgénistes, les complètes gonadales,  

pour les blanches, les blanches ethnicisées, les blanches qui bronzent en été, les albinos, les noires, les métisses noires, les brunes, les beiges, les dorées, les asiatiques blanches, noires, brunes, beiges, dorées,  celle ayant le vitiligo, 

Les rousses, les blondes, les brunes, les chauves, 

Celles aux cheveux secs, aux cheveux gras, frisés, lisses 

Les grosses, les minces, les grasses, les petites grasses, les maigres, les “entre-deux”, les celluliteuses,

Celles ayant des seins, petits, gros, tombants, tenants, les mastectomiées, 

Les très grandes, les très petites, les tailles à tendances moyennes au vu d’une majorité globale en ce siècle,

Les culs-de-jatte, les mineures, les majeures, les âgées, 

Celles qui portent des lunettes, des lentilles, celles qui n’en portent pas

Les voilées, les chapeautées, les perruquées, les turbanisées, 

Les poilues, les épilées, les binaires, les non-binaires

Les végétariennes, ls omnivores, les vegan

Les SDF, les super-pauvres, les pauvres, les classes moyennes, les riches, les ultra-riches,

Les cancéreuses, les cancer-battantes, les malades, les survivantes,

Les mères, les orphelines

Les prostituées, les anti-prostitution

Les vierges, les soumises, les rebelles, les jouisseuses, 

Les névrosées, les psychotiques,

Celles en situation de handicap physique, celles en situation de handicap mental,

Les troublées psychiques,  les analphabètes, les illettrées,

Les droitières, les gauchères

Toutes celles qui se sentent oppressées

Toutes celles qui veulent soutenir et qui se sentent oppressées

Ah j’allais oublié encore les trans-raciales

Ah merde ça y est voilà. Avec toutes ces spécificités, tout mon temps est passé, je me suis perdue dans mon idée de départ.

Et en plus je me sens complètement morcelée.

Alors à vouloir parler d’unité pour gagner en respect et dignité vis-à-vis des femmes, je me suis perdue, comme dans ma propre garde à vue, à vouloir définir tout ce qui existe pour éviter d’exclure…

Et me voici volée par le vice de vouloir tout nommer.

On ne m’y prendra plus! 

A chacun de faire l’effort de penser ou de questionner.

Ou de s’exprimer soit avec aptitude à se distancer des propos, soit en explicitant chacun des mots et des concepts employés, merci!

Moi je sens qu’on va avoir de sacrées longues soirées de discussion en été mais pour l’heure j’ai besoin de marcher pour respirer en unité. 

Alors je crois qu’on va, comme ceci, s’arrêter.

RDG – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible.

S’il vous plaît; signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe 

http://womensdeclaration.com

Rejoignez-nous, n’ayez plus peur, ensemble nous ferons changer les choses.

Si vous souhaitez témoigner contactez-nous par mail.

A bientôt pour un nouveau témoignage de Rebelles du Genre.

Léo, rebelle du genre.

Bonjour, je m’appelle Léo, j’ai 35 ans, je suis directrice de communication et je réside en Bretagne.

Critique du genre, je pense que je l’ai toujours été puisque je viens d’une famille qui n’est pas religieuse, qui est athée mais très traditionnelle dans laquelle la femme, son rôle, était de servir l’homme et de se taire. De rester vierge jusqu’au mariage.

Je viens d’un milieu où, pour moi, il était normal que la femme se taise. Tout simplement. 

Léo, rebelle du genre.

Petit à petit, en grandissant donc, j’ai développé des problèmes de santé dont une maladie orpheline neurologique et je me souviens qu‘à chaque fois que j’allais voir des médecins différents pour essayer d’en parler, en disant « J’ai mal à la tête », en résumé, les médecins me disaient toujours « Oh mais ce n’est rien ma petite dame, vous allez avoir vos règles, c’est tout, c’est hormonal ! ».

Dès là, quand je sortais des rendez-vous, je me disais au début « Bon OK, il a peut-être raison », et au bout d’un certain nombre de rendez-vous, d’un certain nombre de toubibs rencontrés, je me suis dit :

Si ça avait été un mec qui lui avait parlé de ça, le gars serait tout de suite envoyé aux urgences pour une IRM, un scanner, pour un électroencéphalogramme… pour ne serait-ce qu’une question de sécurité.

Léo, rebelle du genre.

Déjà, je commençais à me dire « Ouh, y’a un petit problème ». En tant que femme, je me dis « Bon, c’est un petit peu bizarre »

Par rapport à cette pathologie, il s’est avéré que c’était dans ma tête sans être dans ma tête, du fait que c’était une réelle pathologie neurologique, je ne l’inventais pas. C’est arrivé vraiment, VRAIMENT, par hasard. Je me suis fait une tendinite, je suis allée voir un médecin et j’ai commencé à avoir « une crise ».

En fait, c’était un jeune médecin qui venait tout juste de commencer, il suivait encore des cours en neurologie. Il m’a regardée, et m’a dit « Mais, ça va vous ? », je réponds « Non, j’ai mal à la tête, mais ne vous inquiétez pas, je vais rentrer  la maison, ça va aller, je vais gérer ». Il me regarde et me dit « Non mais vous avez « juste » mal à la tête ? Parce que vous avez quand même la paupière qui part un peu en cacahuète, là, quand même ». J’ai dit « Oui je sais, ça fait ça à chaque fois, mais on m’a dit que c’était hormonal etc., on me donnait du Doliprane et puis on me renvoyait chez moi ». Là il m’a demandé s’il pouvait rédiger un courrier à un neurologue pour en parler, parce que lui suspectait quelque chose.

Il m’a rassurée en me disant que ce n’était pas non plus quelque chose de mortel mais qu’il avait des petites suspicions et il me demande d’en toucher un mot à un neurologue pour éventuellement m’en reparler.

Je m’en souviendrai toute ma vie, cela faisait 7 ans que je courais après les médecins, en parlant de ça…

Léo, rebelle du genre.

Ma recherche a commencé en région parisienne.

À cette époque-là, je vivais dans les Pyrénées, dans une station de ski (donc c’était assez improbable de tomber sur ce médecin). Je me souviens qu’il a envoyé le courrier un vendredi et le mardi matin, je recevais un appel de la secrétaire du neurologue qui me proposait de venir le rencontrer le soir même. Il y avait une suspicion de ma maladie et il serait bien que je puisse voir le médecin tout de suite.

Je lui ai dit « Mais vous êtes sûre ? Là, ça va, je vais bien » , et elle me dit « Non, non, avec cette maladie on ne rigole pas, on ne laisse pas les gens souffrir comme ça en faisant perdurer ». Donc, j’ai eu de la chance. J’ai vraiment eu de la chance de ce côté-là, mais c’est vraiment par hasard en fait. Parce que si je suivais le parcours médical traditionnel, je tombais quand même sur un univers qui était vachement machiste, faut bien se l’avouer. 

Sachant qu’en plus, je souffre du syndrome des ovaires polykystiques. À chaque fois on me disait « C’est lié ma petite dame ».

Ensuite, ce qui m’a faite évoluer sur des questions autres que « Bon, la société envers les femmes ce n’est pas jojo », quand j’ai commencé à… pardon du terme, mais avoir un gros « What the fuck ?! », c’est quand la question du genre est arrivée sur le tapis.

Je précise que je suis bisexuelle, et que ma première question a été le jour où j’ai entendu parler du mot « pansexuel », où apparemment quand on est pansexuel on peut tomber amoureux d’hommes, de femmes et autres…

Je ne vais pas vous mentir, quand j’ai entendu le mot « autre », tout de suite, je me suis demandée « Quoi, mais d’une chaise en fait ? D’un arbre ? D’une PASTÈQUE ?! ».  Je n’ai pas compris. Et en fait on me disait « Bah non, non, on peut tomber amoureux de personnes non binaires ». Et là, j’ai demandé « Mais c’est quoi, des gens non binaires, en fait ? » et, je vous rassure, c’était il y a moins de cinq ans…

Alors, je ne sais pas si la question date d’il y a plus longtemps, mais en tout cas, il faut croire que je suis un ours parce que, dans ma vie, ça ne m’avait jamais vraiment percutée. 

Du coup, on m’a envoyé la fameuse vidéo du type qui… Enfin, non, puisqu’il n’est  pas un homme… Je ne me rappelle plus de son nom, mais de cette « personne » qui fait tout un flan sur un plateau télé parce que « Ah mais je ne suis pas un homme, et qu’est-ce qui vous fait dire que je suis blanc ? ».

Et on m’a dit « Voilà, c’est ça quelqu’un de non binaire, tu vois ? C’est simple. C’est quelqu’un qui ne se défini ni en tant qu’homme, ni en tant que femme ». Je me suis dit « Mais, ce n’est pas possible ». Biologiquement tu viens quand même au monde avec quelque chose. Tu peux éventuellement être transsexuel et faire tout un protocole médical, chirurgical et thérapeutique pour changer de sexe, ça ne regarde pas, je m’en fous. Mais je suis dit « Du coup, les femmes qui sont des femmes, c’est quoi ? », donc là on m’a dit « Ce sont des Cisgenre », déjà celui-là j’ai eu du mal à l’intégrer. 

Là où ça n’a plus été un blocage mais une fracture complète, c’est quand j’ai commencé à comprendre qu’il y avait, j’ai pas peur de dire le mot, de la violence et les discriminations envers les personnes qui se contentaient d’être cisgenre.

Pour moi, il y a eu une véritable fracture à partir du moment où on disait qu’il pouvait y avoir des hommes qui menstruent, des personnes qui menstruent, des femmes qui menstruent ça par contre je n’ai pas entendu dire, bizarrement.

C’était ou des hommes, ou des personnes qui menstruent.  

Sauf que moi j’ai un SOPK. Je n’ai pas de règles et je me sens femme.

Du coup, je suis quoi pour ces gens-là ?

Léo, rebelle du genre.

Alors, on m’a susurré, on m’a « gazouillé », à l’oreille, sur Twitter, que j’étais peut-être un homme qui s’ignore…

Peut-être que j’étais une personne trans qui s’ignore.

Après tout, je ne m’épile pas les jambes toutes les semaines et je n’ai pas de règles. C’est-à-dire que j’ai pas de problème avec les poils et je n’ai pas de règles, et en plus, je n’ai pas d’horloge biologique ! Je n’ai pas de désir d’enfant, je n’ai jamais eu le besoin d’être enceinte, je n’ai jamais eu de…

Alors si ça se trouve, peut-être que je suis un homme, en fait ?

Bah oui, mais non, moi je suis une femme. 

C’est la première fois qu’on m’a traitée de transphobe.

Je me suis sentie à la fois triste, parce que ce n’est pas vrai. Parce que si une personne qui est née avec une  zigounette décide de se retrouver avec une vulve, parce que finalement, la vie a fait que, c’est son problème, c’est pas le mien.

Je n’ai pas de problème avec les personnes transsexuelles. Je veux dire… je m’en fous. JE M’EN FOUS !

C’est comme les lady-boy de Thaïlande qui ont une paire de seins et un pénis, je m’en branle ! Excusez-moi du terme, mais je suis une femme (et les femmes se branlent aussi d’ailleurs) et je M’EN BRANLE ! Je m’en fous, je ne suis pas transphobe. Donc là, j’étais triste parce que je me dis que c’est pas vrai. Et ensuite j’ai été en colère. Je me suis dit « Mais de quel droit une personne qui ne connait pas mon parcours, qui ne connait pas mon histoire, qui n’a que quelques bribes, a pu se permettre de me coller une étiquette, me mettre dans une case alors qu’elle-même, si je comprends bien, milite pour qu’il n’y ait plus de case pour personne». Et je n’ai pas compris… 

Et là où le Clown world s’est ouvert à moi, c’est quand j’ai découvert le fameux tableau « Parce que « je » n’est pas assez ».  Je vais en parler brièvement parce que je ne veux pas consommer tout votre temps dans ce que j’appelle vraiment des sottises, mais c’est quand même assez rigolo. 

Il faut savoir que, par exemple, on ne dit plus « ILS » au pluriel, pour  ceux, pour ces individus. Non. Maintenant on dit « JIEX ». Et JIEX, en fait, remplace « ILS » pour indiquer le « singulier pluriel binaire ». Le singulier… Pluriel… OK… D’accord. 

Ensuite, il y a le JEL, qui remplace le « ELLE », et qui renseigne sur sa « féminité instantanée ». D’accord. OK… Soit.

Et puis il y a le JIL. Mais lui par contre renseigne sur sa masculinité ponctuelle. Les adjectifs s’accordent comme pour du féminin. Si vous voulez, OK, OK.

Mais, bon, ils font quand même un effort. Le « JE » existe toujours pour le neutre correspondant à l’identité apparente de la personne. Ils ont été sympas, ils nous ont quand même laissé le « JE ». Mais du reste, les pronoms personnels français, et anglais (puisque ce tableau a été décliné dans d’autres langues de toute façon), les pronoms personnels français non plus droit d’exister.

Léo, rebelle du genre.

Et là… on est toujours dans la case du « J’ai pas compris », et je comprends pas et, pardon d’avance, mais je comprendrai jamais. Et j’ai envie d’en faire des blagues, moi j’te le dis.  

Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie ?

Marguerite Stern. C’est la première chose que j’ai envie de dire.

Léo, rebelle du genre.

J’ai envie de lui rendre hommage, parce que je crois qu’elle est toujours hospitalisée.

Je le rappelle : pour du harcèlement moral, des menaces de viol, des menaces de meurtre, des menaces de violences physiques. Pour des mensonges, pour des calomnies… Marguerite, elle est au bout du rouleau, elle n’en peut plus, elle est en état de souffrance et de détresse émotionnelle… Et le monde n’en a rien à foutre.

Parce que vous comprenez, les hommes qui se sentent femmes souffrent tellement de pas pouvoir mettre un tutu pour devenir un petit rat d’opéra, avec toutes les autres jeunes femmes… C’est… Mon Dieu! Marguerite Stern ce n’est rien à côté de ça!

Vous vous rendez compte? Il y a une femme qui se fait menacer par des hommes parce que pour moi ça reste des hommes…

Je peux très bien dire que je suis une chaise, je peux très bien prétendre au monde entier que je suis une chaise, « Voilà je m’appelle Chaise Ferdinand, coucou c’est moi », vous allez me voir arriver dans la rue, vous verrez une femme.

Donc qu’on ne me fasse pas croire qu’un homme qui se prétend être une femme sans faire la moindre transition, sans faire le moindre « effort » technique médical, j’ai envie de dire, peut être pris au sérieux. De grâce. 

Donc Marguerite Stern, pour les gens qui ne connaissent pas, renseignez-vous sur son combat, sur son parcours.

Marguerite Stern, c’est quand même la première au monde qui a pris des feuilles de papier, qui a pris son pinceau de colle, et qui est allée gueuler sur des murs « ARRÊTEZ DE NOUS TUER ». 

Parce qu’on ne voulait pas nous écouter.
À la radio, à la télé, partout, PARTOUT. Personne ne voulait écouter les femmes.

Léo, rebelle du genre.

Marguerite, elle a pris son petit pinceau de colle, ou plutôt, son gros pinceau de colle, ses petites feuilles de papier et elle est allée le gueuler sur les murs : « ARRÊTER DE NOUS TUER, ON EST LÀ ET ON NE FERMERA PAS NOS GUEULES ».

Alors, je vais reconnaître que j’ai entendu parler de Marguerite, c’était bien évidemment par le collage. Je n’étais pas tout à fait d’accord avec elle parce qu’elle parlait, à mes yeux bien sûr, aussi d’écriture inclusive et elle ajoutait des petits « e » sur certains mots.

Et étant moi, une amoureuse de la langue française, de la langue de Molière traditionnelle, moi ça me défrisait, je me disais « Oh, hey, les filles, y’a quand même plus important que de foutre un « e » à la fin d’un mot, je veux dire, les collages sont peut-être plus importants… »

Bon.

Est-ce que pour autant j’ai envoyé des menaces de mort à Marguerite, est-ce que pour autant je l’ai insultée ? Est-ce que pour autant je l’ai menacée ? Est-ce que pour autant je l’ai harcelée ? Non. Je n’étais juste pas d’accord, juste pas d’accord avec le fait de foutre des « e » un peu partout, mais après tout c’était son droit et j’ai préféré me focaliser sur les collages et sur le reste de ses messages. En me disant « OK je suis pas d’accord avec toutes ses idées, mais y’en a qui sont sacrément utiles, d’intérêt public et je vais pas tout effacer juste parce que j’ai pas d’accord avec un truc. Ce serait complètement con, et en plus ça s’apparenterait à du fascisme »

D’ailleurs, je crois que le mot « facho » est le mot le plus prononcé de 2021.

Je pense que pour 2022 ce sera quelque chose en « phobe » ou en « iste »…

En tout cas, en 2021, c’était le mot facho et je vais rappeler aux gens que le terme fasciste, c’est d’imposer une idée, une pensée unique à une population. Vouloir imposer des idées qui sont menées par le transactivisme à tout le monde et que si ça ne passe pas, s’il y a un mot mal employé, comme pour JK Rowling, on est effacées de la société, gommées, interdites, bannies…

Cela s’appelle du fascisme Messieurs – Dames, enfin, pardon, Messieurs.

Léo, rebelle du genre.

Donc Marguerite, je n’ai peut-être pas été d’accord avec tout ce qu’elle disait, mais enfin à un moment donné, il faut savoir raison garder.

Elle a fait des choses exceptionnelles et savoir que là, c’est ELLE qui est malade à cause de toutes ces conneries, à cause de calomnies, à cause de, pardon, mais de tous ces cons… Et encore je n’ai pas trop envie d’utiliser le mot « con » parce qu’étymologiquement le con ça reste un vagin.

Donc de tous ces CONNARDS, on va dire plutôt, puisque le connard est un abuseur de cons, dans le langage fleuri d’une certaine époque… De savoir que Marguerite est dans cet état de souffrance actuelle, et qu’on s’en FOUT et qu’ils continuent de l’accabler… Pardon, je suis désolée… Mais allez tous vous faire… foutez-lui la paix! 

Marguerite est une femme, Marguerite est légitime, Marguerite est en France et en France il y a un petit truc qui s’appelle la liberté d’expression, le droit la calomnie, le droit au blasphème. Marguerite est légitime, foutez-lui la paix! Et allez-vous faire voir!  

Après, j’ai remarqué que le transactivisme avait aussi des conséquences sur la santé des femmes; puisqu’on ne parle plus de femmes qui souffrent d’endométriose – Coucou Konbini – mais, on parle de personnes qui menstruent. Bravo !

Vous avez trouvé ça tous seuls ? Mais c’est incroyable, il faut prévenir le monde !

Non non, ce sont les femmes qui ont leurs règles, qui menstruent. Ce sont les femmes. Qu’est-ce qu’une femme ? C’est une personne qui est née avec un utérus, et deux ovaires. Une paire de seins et un bassin, un peu plus développé que celui des hommes. Pour moi ça c’est une femme.

L’endométriose ne touche pas les hommes.

La femme qui se dit « trans-homme-machin » et qui souffre malgré tout d’endométriose… Désolée « cocotte », tu te prends pour un bonhomme, mais t’es quand même une femme qui souffre d’endométriose jusqu’à preuve du contraire et ça va te suivre jusqu’à la fin de ta vie parce que MÊME si tu changes de sexe, MÊME si tu fais des traitements hormonaux, t’auras forcément des emmerdes avec ton endométriose. T’auras forcément des problèmes avec ta féminité de naissance. Tu ne peux pas décider comme ça tout ça, il y a des femmes qui disent « Voilà, on est des femmes, et on souffre de… », tu ne peux pas décider pour elles juste parce que toi, qui je te rappelle si tu m’écoutes, est ultra minoritaire… Tu ne peux pas décider pour la majorité des femmes, ça n’est pas possible. Ça ne fonctionne pas, ça s’appelle de la dictature. 

Et toute cette façon de faire, ce processus, de vouloir invisibiliser, de vouloir faire taire, de vouloir dire « Non, nous sommes plus victimes que vous. Nous souffrons plus que vous. Vous n’avez pas le droit de… » arrêtez.

Arrêtez parce que, de une, vous vous rendez ridicules.

Deux, vous ne convainquez personne, ou seulement les gens « comme vous ».

Et de trois :

À quel moment dans votre vie vous avez appris qu’on pouvait être pédagogue en foutant des claques, en menaçant, en harcelant, en brimant ou en effaçant une personne?

À quel moment si vous avez un enfant dans  votre famille, qui vous dit « Non, je n’aime pas les petits pois ».

(Vous avez cuisiné des petits pois, vous y tenez à vos petits pois…)

À quel moment vous allez le tabasser et éventuellement filer sa photo sur des réseaux sociaux pour qu’elle tourne et qu’il en prenne plein la gueule? Juste parce qu’il n’a pas aimé vos petits pois.

Jamais dans votre vie.

Léo, rebelle du genre.

Enfin, je vous le souhaite…

Et encore, je ne peux même pas dire ça parce que moi, dans mon enfance, dans mon adolescence, dans ma vie de jeune femme, j’ai appris que quand on n’était pas d’accord avec moi, il fallait que l’homme dominant de la famille me tabasse… Pourtant, ce n’est pas un réflexe que j’ai quand je ne suis pas d’accord avec quelqu’un.

Je ne vais pas le tabasser, je ne fais pas ça.

Donc, vous avez envie de vous proclamer plus victimes que machin, ou autre?

Honnêtement, je vais vous dire, regardez-vous dans un miroir, et admettez-le :

Vous êtes un problème. Vous êtes toxiques.

Parce qu’à aucun moment, on ne règle une quelconque question sur laquelle on n’est pas d’accord avec des pratiques violentes. Qu’elles soient physiques ou psychologiques. 

Passons.

Je parle du fait que vous avez décidé d’être beaucoup plus victimes que moi.

Il y a des sujets sur lesquels je reviendrai peut-être tout à l’heure, sur lequel j’ai remarqué qu’en tant que femme cis, je devais juste fermer ma gueule parce que « Gneugneugneu, moi j’suis trans et j’ai plus de problèmes »

Attendez… On entend tellement parler de VOUS, vous foutez tellement la merde parce que JK Rowling ou que Marguerite ont dit un truc, entre autres, bien sûr, entre autres… Elles ne sont pas  les seules à se faire gommer de la société par vos bons petits procédés, qu’on ne parle même plus de véritables sujets.

Quand je pense à l’association, pardon, je vais peut-être écorcher le nom parce que je suis tellement en colère que je ne m’en souviens plus exactement, mais « Femmes Assassinées par Compagnons ou Ex »; quand je pense à cette association qui se prend des seaux de merde parce qu’elle a dit qu’en 2022, « tant de femmes ont déjà été assassinées par leurs compagnons ou ex ».

Et que vous êtes venus ramener votre fraise….

Parce que vous êtes TELLEMENT en manque d’attention… Visiblement, vous n’avez pas eu votre poney quand vous aviez six ans et ça vous a traumatisés….

Vous êtes tellement en manque d’attention que vous êtes venus dire « Mais c’est transphobe ! Il y a des trans dans le lot » NON ! L’association a énoncé des faits : dans les femmes qui ont été exécutées cette année par des hommes, il n’y avait pas de personnes transsexuelles.

Donc n’allez pas inventer de la transphobie.

Du coup, on a plus parlé du fait que vous ayez déclenché cette shitstorm, qu’on n’a même pas parlé une seule fois de l’histoire de ces femmes. Vous n’êtes même pas foutus de me donner le prénom de l’une d’entre elles.

Et vous vous dites plus victime « que » … ? 

On va parler d’un autre truc qui me révulse avec votre comportement.

Vous êtes tellement à fond, à parler de « Oui, les enfants peuvent avoir des troubles de l’identité du genre »… J’entends tellement parler de ça maintenant, que je n’entends absolument plus parler de pédopornographie.

Je n’en entends absolument plus parler !

Le documentaire, je crois que c’était en novembre ou en octobre, de Karl Zéro « 1 sur cinq » qui est sorti, et qui a été vu par plusieurs millions de personnes maintenant, qui a été obligé d’être déposé un peu partout sur des plateformes gratuites, tellement c’était un sujet avec lequel Karl Zéro voulait toucher absolument tout le monde… On n’en a parlé presque moins que vos jérémiades pensant que « Oui, mais regardez ce petit garçon, il met un serre-tête en forme d’oreilles de léopard et un tutu, regardez c’est une petite Lili ».  Rien à foutre. On ne sait pas, si ça se trouve dans dix ans le mec va faire une interview en disant « Ma mère était complètement folle ».

Arrêtez de transposer vos délires, arrêtez.

Parlez des vraies victimes.

Avant de me contredire, si ce podcast est partagé sur Twitter, et avant de commenter par m’en foutre plein la gueule (déjà essayez, vous perdrez votre temps parce que je m’en fous)… Mais avant de commenter, essayez de me citer le nom (et sans faire de recherche sur Google, attention, on va jouer un petit peu), citez-moi d’abord le nom d’une des femmes qui a été assassinée, exécutée, cette année.

Une victime. Citez-moi le nom d’une vraie victime.

rrêtez d’invisibiliser les victimes pour VOS causes. Arrêtez. Vous êtes en France. Techniquement si vous écoutez vous êtes en France, ou en Belgique.

Vous avez le droit de vous marier, vous avez le droit de changer de sexe, vous avez le droit de vous habiller comme vous voulez, de baiser avec qui vous voulez. Arrêtez de dire que vous êtes des victimes.

VOUS VOULEZ ÊTRE DES VICTIMES ?

Allez dans un pays extrémiste, faites-vous jeter d’un immeuble JUSTE parce que vous couchez avec une personne du même sexe, LÀ vous serez une victime.

Mais là, pour le moment, vous êtes juste…des pleurnichards. Des geignards. 

C’est tout ce que vous êtes et moi, ça me gonfle.

Ça me fout en rogne, que des gosses, que des petites filles, des petits garçons se fassent violer à tour de bras, que la justice n’ait même plus le temps de s’en s’occuper parce que vous êtes en train de faire la queue, littéralement, dans les commissariats pour porter plainte parce que « Gneugneugneu sur Internet il a dit que j’étais… » … Tais-toi. À ton tour de te taire. Tu sais quoi ?

Je suis une femme, et pour la première fois je vais te le dire, je vais te dire ce qu’on m’a dit toute ma vie… Enfin… Ce qu’on m’a fait comprendre toute ma vie, mais moi je vais te le dire :  FERME-LA!  

Léo, rebelle du genre.

Qu’est-ce qui t’a décidé à témoigner de façon anonyme, est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces, que tu perçois un danger pour toi ou pour ton entourage ?

À titre personnel, non. Je n’ai pas été menacée.

J’ai déjà été insultée, on m’a déjà qualifiée, comme je le disais précédemment, de différents termes en « phobe » ou en « iste ». Mais non. Non. Je ne me suis pas sentie menacée. 

Par contre, j’ai souhaité témoigner de façon anonyme parce que je veux protéger mes collègues de travail.

Parce que dans tout militantisme il y a des extrémistes, et pour moi les transactivistes sont pour la plupart constitués d’extrémistes.

Et, de nos jours, il est très facile, à partir de peu de choses, d’obtenir suffisamment d’éléments sur la vie privée d’une personne.

De par mon travail, j’ai mon identité qui est publique, et je n’ai pas envie que… Alors moi, honnêtement, ils frappent à ma porte pour venir me casser la gueule, il n’y a pas de problème. Il n’y a pas problème, ça se règlera en justice : vous avez tabassé une personne handicapée, non seulement vous êtes des lâches mais encore plus ça va se régler en justice et puis, vous me permettrez de continuer les petits travaux de ma maison.

Il n’y a pas de souci là-dessus. Venez, je vous attends. 

Par contre, je n’ai pas envie qu’il y ait une shitstorm sur l’entreprise pour laquelle je travaille, je n’ai pas envie que mes collègues se prennent une shitstorm, je n’ai pas envie que mes collègues soient victimes d’agressions, de harcèlement, que mon entreprise soit « cancellée », puisque que c’est la meilleure chose, apparemment, la meilleure idée du siècle que vous ayez eue dans vos petites têtes.

J’ai envie de protéger mes collègues. Parce que vos techniques font peur.

Vos petites manies de dictateurs font extrêmement peur. 

On n’est pas d’accord avec vous ? Vous supprimez. 

Vous êtes prêts, au nom de vos idées, à faire perdre leur emploi à des gens, à leur faire perdre leur cadre de vie, leur sécurité et leur santé mentale (Coucou Marguerite, encore une fois).

Vous êtes prêts à aller jusque-là.

Et vous pensez sincèrement que j’ai envie de donner mon avis? Là, j’ai plutôt l’air en colère sur ce podcast, parce que ça fait longtemps que je ronge mon frein (sans mauvais jeu de mots). Vous pensez sincèrement que je vais vouloir donner mon avis en prenant sciemment le risque de mettre en danger mes collègues ? Qu’elles se retrouve voisine de chambre avec Marguerite ?

Non.

Donc si je témoigne de façon anonyme, ce n’est pas pour me protéger moi, parce que je n’ai pas peur, mais c’est pour protéger d’autres personnes. Parce que je sais que ces extrémistes peuvent aller très très loin. On l’a vu, on le constate et même si les médias n’en parlent pas, Dieu merci il reste des femmes pour ouvrir leur bouche. Heureusement.

Léo, rebelle du genre.

As-tu une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme ?

J’ai déjà fait part sur différents réseaux sociaux de ma stérilité. Comme je disais, je suis atteinte du Syndrome des Ovaires Polykystiques, qui n’est pas forcément une stérilité complète, on peut en venir à bout à force de traitements compliqués : avec des injections d’hormones très régulières, et je ne déconne pas, je parle d’une trentaine d’injections sur deux semaines. Ce qui est quand même… Bon courage honnêtement, les femmes qui font ça : Big up à vous. Parce que vous en voulez.

Énormément.

Donc oui, on m’a déjà fait comprendre de me taire parce que j’étais malgré tout privilégiée  dans ma stérilité de femme « cis ». Et donc, en tant que femme « cis », je peux toujours facilement accéder à des facilités d’adoption, ou alors juste à claquer des doigts et hop ! Un médecin me fait tomber enceinte ! C’est tellement facile !

Léo, rebelle du genre.

Oui c’est sûr, c’est tellement facile comme je viens de le dire, de se prendre une trentaine d’injections en l’espace de deux semaines. Oui ça, c’est très facile.

La prise de poids, la perte de cheveux, les boutons, les bouffées de chaleur, les variations d’appétit, les variations d’humeur, c’est TELLEMENT rigolo ! On va toutes y aller ! 

Dans cette particularité médicale, j’ai la chance d’être née sans horloge biologique. Je n’ai jamais eu de désir d’enfant. Je ne suis pas childfree, à la base.

Je ne suis pas childfree parce que les enfants ça craint. Au contraire, j’ai un amour infini pour les enfants. Si je pouvais arrêter de bosser pour militer tous les jours pour la protection de l’enfance, assurément je le ferais. J’ai un amour infini pour les enfants et je n’en veux pas.

Je n’ai pas voulue tomber enceinte, faire des démarches pour tomber enceinte, tout simplement parce que (certains vont trouver ça un peu extrême), mais j’estime que ce monde est suffisamment en danger actuellement en termes de ressources, en termes de climat. 

Je n’ai pas envie d’avoir sur la conscience de mettre un être humain, un enfant, sur cette terre et que dans 20 ans, 30 ans il crève de soif, qu’il ne puisse pas boire un verre d’eau quand il en a envie ou se doucher quand il en a envie.

On ne sait pas ce qui va arriver à cette planète dans 30 ans et vu comme c’est parti, je ne suis pas très optimiste.

Cela m’a apporté des arguments, puisque quand j’annonçais de but en blanc que j’étais stérile et que je vivais très bien avec, c’était souvent accompagné de la petite appellation « Mais tu es un monstre ». Bah oui, une femme qui ne veut pas d’enfant, une femme qui ne ressent pas le besoin d’être enceinte… Ça n’existe pas. C’est impossible. Elle ne peut pas aimer les enfants, c’est monstrueux. 

Bah non, justement, je ne veux pas tomber enceinte parce que j’aime les enfants et que je ne veux pas mettre un enfant au monde dans un monde où il n’aura pas le droit de se dire « Moi je suis pleinement un garçon, je suis pleinement une petite fille » sans se prendre des seaux de merde.

Pardon, j’utilise beaucoup cette expression mais c’est la seule chose qui me vient en tête quand je vois les réactions que peuvent avoir certains militants, vis-à-vis des personnes qui ont juste envie de vivre leur vie sans être emmerdés et sans emmerder le monde. 

Donc oui, on m’a fait comprendre que de par ma situation de femme « cis », je n’avais pas à parler de ma stérilité parce que, tu comprends, les hommes qui se  définissent comme des femmes, eux, ils n’auront jamais de « facilités » pour tomber enceinte ou pour adopter…

Léo, rebelle du genre.

Pour adopter, j’en doute fort parce que l’adoption est ouverte aussi bien aux hommes, qu’aux femmes, aux couples homoparentaux aussi, si je ne m’abuse. Donc il n’y a pas trop de difficultés au niveau de l’adoption, mais soit.

Il n’y a pas de transphobie dans l’adoption, en résumé. 

Mais par contre sur le terme médical, je devrais me taire parce que j’ai des facilités et, eux, non. Je dis bien eux, je ne dirai pas elles, les concernant. Eux n’ont pas, le droit, ils ne peuvent pas… Bah oui mais, écoute mon gars, t’es pas Tu veux que le monde arrête de tourner ? Qu’on le mette sous une cloche et puis qu’on attende, je ne sais pas, qu’on te cryogénise le temps que tu te réveilles à une autre époque où peut-être, éventuellement… Ce n’est pas possible. Ça n’est pas possible. 

Alors peut-être que, au lieu de déployer une énergie folle à emmerder le monde pour faire valoir que tu ne peux pas, et ce qui ne sera jamais possible parce que ça s’appelle la vie, tout simplement, ça s’appelle la biologie, ça s’appelle la nature, c’est comme ça et puis c’est tout. Pourquoi tu ne garderais pas toute cette énergie pour entamer une thérapie et vivre avec, l’accepter.

Pourquoi être forcément dans la souffrance et dans la victimisation perpétuelle et permanente ? Je ne comprends pas ce schéma. 

Léo, rebelle du genre.

Les transactivistes sont des personnes qui vivent dans des sociétés occidentales qui sont très développées, dans des pays qui sont riches (en général), parce qu’on voit très peu de transactivistes dans les pays du tiers monde…

Parce que leurs priorités ne sont pas les pronoms pour les appeler, je ne sais plus, JIX ou je ne sais quoi, singulier pluriel, etc… 

Non, non. Ces personnes-là, quand elles sont dans le tiers monde, leur première priorité c’est de se soigner, de manger, de se trouver un toit sur la tête.

Arrêtez de vouloir vous faire les victimes plus malheureuses qu’eux, parce que ça ne marche pas. Ça ne passe pas, donc le mieux, LE MIEUX, c’est d’accepter votre condition.

Voilà, c’est pas de bol, « C’est pas de bol, je pourrais pas… », mais au moins ,réalisez que vous êtes quand même malgré tout dans un pays où vous avez le droit de le dire, parce que vous avez le temps et l’énergie pour le faire, parce que votre priorité n’est pas votre survie, parce que vous avez le droit, encore une fois, de vous habiller comme voulez, de vous appeler comme vous voulez, vous avez même le droit de changer de prénom, administrativement et encore une fois vous avez le droit de baiser avec qui vous voulez. 

Donc non, vous n’êtes pas des victimes, encore une fois, et arrêter de dire qu’une femme qui est stérile n’a pas le droit d’ouvrir sa bouche parce qu’elle a « des facilités » par rapport à vous.

On a tous des difficultés.

Et on a tous des facilités en France, en Europe ou aux États-Unis. Peut-être pour des questions raciales, de racisme, oui, effectivement il y des discriminations, ça c’est clair et ça c’est un vrai combat, et ça ce sont de vraies victimes.

Mais vous, arrêtez un peu, s’il vous plaît… Je ne suis pas d’accord. 

Si jamais la personne, ou plutôt les personnes, puisque vous aimez bien en général retweeter, pour que votre petite troupe vienne à plusieurs, sur l’agneau que vous avez ciblé, que vous avez en ligne de mire, vous vous sentez plus forts en général. Tout seul ça ne marche pas, tout seul vous gémissez, vous pleurnichez mais par contre une fois que vous êtes en groupe… Ah là, par contre, vous vous sentez forts.

Il y a un truc que j’ai remarqué avec les transactivistes : dès que je vais sur Twitter et que je vois d’ailleurs un profil qui commence d’abord par un drapeau… Il y en a tellement que je ne pourrais pas vous citer lequel, parce que je suis perdue ;  ou un pronom, je ne pourrais pas vous citer lequel parce que je suis perdue également, j’ai toujours remarqué qu’à chaque fois il y avait une petite allusion à une dépression nerveuse, ou un état dépressif.

C’est quand même « marrant », c’est assez « comique », victimes jusqu’au bout. 

Moi, je veux parler à ce petit groupe de personnes qui est tombé sur moi comme ça, pour me dire que j’avais de la chance…

J’ai DE LA CHANCE quand le peu de fois de ma vie où j’ai eu mes règles, ça a duré presque deux mois de façon hémorragique. À être carencée en fer. Ah oui! J’ai de la chance d’avoir été pliée en deux, avoir une bouillote devant, une bouillote derrière! À ne pas pouvoir bouger, prise de crampes et de vomissements…

AH MAIS QUEL BONHEUR ! Mais quel bonheur !

Incroyable !

Incroyable ? Ben non.

J’ai envie de dire à ces personnes que j’ai moins de chance que vous.

J’ai moins de chance parce que vous, vous êtes équipés de testicules, vous n’avez pas d’ovaires, vous n’avez pas de règles, vous n’avez pas de problème de ce genre-là.

Léo, rebelle du genre.

Donc… Honnêtement… Arrêtez, ça ne marche pas.

Ça ne marche pas.

Pas plus que le fait de mettre dans votre profil « Je suis iel machin X-je-sais-pas-quoi et dépressif ». Ça ne marche pas non plus. En tout cas avec moi ça ne marche pas.  Ça n’a jamais marché de toute façon. Donc, Arrêtez un petit peu d’emmerder les femmes qui sont stériles.

On est stériles. Moi je le vis bien. Mais il y a des femmes qui souffrent de ça. Il y a des femmes qui se font faire, effectivement, ce que vous appelez de la « facilité ».

C’est-à-dire piqûres, sur piqûres, sur piqûres d’hormones qui ont des variations de poids, le regard des gens qui change sur elles, aussi.

Et il y a des femmes qui sont au fond du seau.

Parce qu’après UNE tentative, car attention, dans votre « facilités » messieurs, de dire « Oui, il suffit de faire gneugneugneu, d’aller voir un médecin… » … Quand vous faites UNE tentative, après UNE cure, entre guillemets, d’injections, d’hormones et autres petits arrangements médicaux pour préparer votre corps et le conditionner à la grossesse, vous n’êtes même pas sûrs que ça prenne. Alors imaginez de dire qu’une femme qui est en ce moment du seau, parce qu’elle s’est non seulement bourrée d’espoir en pensant enfin devenir maman, qu’elle a été torturée médicalement pour que son corps puisse être apte à le faire, pour qu’au final ça ne marche pas. Et vous vous dites que vous êtes plus à plaindre qu’elles ? Mais vous êtes d’une indécence crasse, c’est pas possible. Mais, allez vous cacher. 

Vous savez quoi ? J’ai  envie de faire de la culture de la cancel-culture avec vous :

Allez-vous cacher. Parce que vous n’apportez rien à cette société et encore moins aux femmes. Vous êtes dangereux. C’est tout ce que j’ai à vous dire. Vous êtes dangereux. 

Et en ce qui concerne la GPA, vous êtes des barbares.

Le corps des femmes n’est pas une marchandise!

Léo, rebelle du genre.

Vous dites : « Oui mais les femmes qui acceptent la GPA sont consentantes ». Allez proposer la GPA à une femme sans rémunération, vous allez voir. Cherchez-le son consentement. Cherchez-le.

C’est comme une prostituée, vous lui proposez d’avoir une relation non tarifée, en arrivant comme ça avec vos cheveux gras et vos allures dégueulasses, vous allez voir si elle va être consentante.

Arrêtez de rêver. Arrêtez de marchander le corps des femmes. On n’est pas des objets. On n’est pas des poupées Barbie dans lesquels vous pouvez mettre un bébé, le retirer, mettre un bébé, le retirer… Ça n’est pas possible. Je voulais ajouter aussi :

La GPA c’est quand même également neuf mois de grossesse. C’est quand même la séparation entre une mère et un bébé, son bébé, qu’elle a porté et c’est aussi bien plus compliqué que de se tripoter la nouille pendant deux minutes pour éjaculer dans un petit pot.

Léo, rebelle du genre.

Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

Oui !  Je voudrais revenir sur ma bisexualité et sur le fait que je sois devenue, aux yeux de cette société, un fantôme. 

En tant que bisexuelle on m’a déjà sous-entendu qu’il y avait un petit peu de de phobie de genre, là-dedans, parce qu’entre bisexuelle ça veut dire que je ne peux avoir de l’attirance sexuelle que pour des hommes ou des femmes… Oui mais désolée, non, je ne peux pas avoir une attirance sexuelle pour une chaise. Ça n’est pas possible. Encore moins pour une pastèque. Pour moi… c’est non. Je peux être attirée par un sexe masculin ou un sexe féminin, y’a pas de souci mais il n’y a pas d’entre-deux. Ça n’existe pas.

Donc je suis bisexuelle et j’aimerais bien qu’on arrête de faire de moi une méchante réactionnaire et faire de moi quelque chose de transparent, juste parce que je ne colle pas avec vos délires. C’est complètement grotesque.

Je voulais aussi rajouter aux femmes que je suis bisexuelle, je suis en couple depuis 12 ans avec ce que certains vont appeler un homme déconstruit. Et je voulais dire aux femmes que l’homme déconstruit n’existe pas. L’homme déconstruit c’est un homme normal. L’homme déconstruit c’est un homme qui ne va pas se gaver de porno. Ou même avoir une quelconque attirance pour le porno. Un homme qui a de l’attirance pour le porno, moi je n’appelle pas ça quelque chose de très sain. De très net. 

Alors il y a ce qu’on appelle maintenant de nos jours du « porno éthique », etc.

Mais, excusez-moi, le green washing etc… Ça existe. Alors qu’on ne me fasse pas croire que le porno washing n’existe pas non plus. On va arrêter cinq minutes de faire passer tout le monde pour des héros.

Non. Mesdames, si vous avez un compagnon, même Messieurs, en fait, mais surtout Mesdames : si vous avez un compagnon qui vous impose des rapports sexuels, ou qui vous disent « Allez s’il te plaît, j’ai envie » « Allez, s’il te plaît, on ne l’a pas fait depuis deux jours » « Allez, s’il te plaît ce sera rapide » … Non il n’y a pas de « S’il te plaît ». Ce n’est pas normal. Ce n’est pas un homme, ça. Je n’appelle pas ça un homme.

Combien de fois des gens m’ont déjà dit que mon mec était probablement… Je vais le dire mot pour mot : « PD », voire tordu, parce qu’il n’est pas porté sur toutes ces questions de pornographie et de clichés sexuels qu’on véhicule sur les hommes.

Donc, vraiment, Mesdames, si vous avez un bonhomme dans votre vie qui vous fait faire des choses ou qui vous tient un discours disant « Tous les hommes… ». C’est pas vrai. Ça n’est absolument pas vrai. Et j’ai qu’une chose à vous dire : partez. Même si ce n’est pas du jour au lendemain, mais préparez votre départ. Il y a des tas, et des tas, de moyens en France pour s’en sortir.

J’ai été mariée par convenance, dans ma famille, et au bout de six mois, j’ai réalisé que ce n’était pas une obligation. Je n’avais pas à me faire tabasser. Je n’avais pas à me faire violer.  Je n’avais pas… non.

Non, j’étais France. J’avais juste à prendre mon sac et à repartir de zéro et c’est ce que j’ai fait.

Alors certes, c’est dur et j’ai eu la chance de ne pas avoir d’enfant, parce que c’est plus compliqué dans ces cas-là, mais il existe quand même des personnes et des structures en France qui peuvent vous protéger et vous sauver. Et ne vous sentez pas, NE VOUS SENTEZ PAS, transparentes parce qu’on vous dit « Oui, mais les trans ceci, les trans cela ». Arrêtez.

Ne vous sentez pas coupable, NE CULPABILISEZ PAS. Vous êtes des femmes, ça fait des siècles qu’on en chie et il est temps de dire merde.

Léo, rebelle du genre.

Pour conclure, je voulais absolument passer ce mot aux femmes qui peuvent m’écouter en vous disant que vous êtes beaucoup plus fortes que ce que vous ne le croyez et n’écoutez pas tout ce qu’on vous dit, ne pensez que par vous-mêmes, vous savez ce qui est normal ou ce qui ne l’est pas, pensez-y. 

Et j’ai envie d’avoir une petite note de fin… Comme quoi, vous avez finalement eu toute l’attention dont vous vouliez mes gros bébés, hein ?

J’aurais une petite note de fin pour les transactivistes qui décideront, peut-être, de chercher qui je suis, de voir où est-ce que je suis en Bretagne, comment elle s’appelle pour de vrai, où est-ce qu’elle travaille, qui elle est… Juste pour me menacer.

À ceux qui sont en train de commencer à préparer leurs tweets pour me tomber sur la gueule, je vais vous le dire encore une fois : je n’en ai strictement rien à foutre. Déjà, vos complaintes, vos jérémiades, allez-y avec vos mots en « iste » et en « phobe », je m’en branle ! Parce que si moi je suis transphobe… Mais alors vous, qu’est-ce que vous êtes ? Vous êtes des monstres. Voilà ce que vous êtes. 

Mais, je ne veux pas finir sur vous. Vous ne le méritez pas. Dégagez. Cachez-vous, vous êtes vilains ! 

Je vais finir sur Marguerite Stern. 

Marguerite, on ne se connaît pas personnellement mais… j’ai appris à ne pas être d’accord mais, j’ai surtout appris à être d’accord avec toi et avec ton combat.

Je suis estomaquée que tu sois obligée de te cacher, de te réfugier et d’être soignée juste pour avoir ouvert ta bouche pour dire la vérité.

Et de savoir qu’on est capable de faire ça à une femme juste parce qu’elle ouvre sa bouche pour parler de notre condition de femme… Me dire « Voilà on en est là. ON EN EST LÀ ??! ».

On est obligées d’aller dans des hôpitaux psychiatriques, on est obligées de se cacher, on est obligées de témoigner sous de fausses identités ?

Il y a même des co-participantes à ce podcast qui ont transformé leur voix, qui ont vu leur témoignage LU par une autre intervenante… par sécurité… ON EN EST LÀ ??! EN 2022 ??!

Léo, rebelle du genre.

Non non non, les filles, non non non. Vous savez quoi ? C’est mort. C’EST MORT !

Nous remercions Léo pour son témoignage.

N’hésitez pas à partager le plus largement possible et, s’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basée sur le sexe :

https://www.womensdeclaration.com/fr/

Mercie les femmes!

Marian, rebelle du genre.

Je m’appelle Marian Lens, je suis sociologue et activiste lesbienne depuis la fin des années 1970.

Marian, rebelle du genre.

Je suis née en 1959 et j’ai maintenant 62 ans.

Je vis à Bruxelles, donc en Belgique et j’avais 19 ans quand j’ai fui, quitté ma famille. Donc j’ai payé moi-même mes études universitaires puisque jeune adulte, j’ai dû partir pour un peu sauver ma peau et depuis ce moment-là, donc, je suis très fort engagée en tant qu’activiste lesbienne.

J’ai fait partie des archives lesbiennes, les deuxièmes archives lesbiennes au monde qui s’appelaient les Lesbiannaires en 1980.

Marian, rebelle du genre.

De 1985 à 2002, j’ai fondé et tenu la librairie lesbienne Artémis, librairie que beaucoup connaissent aussi en France puisque chaque année, j’allais au très grand festival ciné-club qui s’appelait Cineffable et qui est devenu le grand festival international de film lesbien que l’on connaît. Nous avons vécu pendant 18 ans, ce qui est une des plus grandes longévités de librairies féministe.

Dans le monde féministe en moyenne, c’est 3 à 5 ans.

À une époque on nous disait : « Oh là là c’est suicidaire ce n’est qu’une utopie, tu es folle! »

Mais la folie peut amener beaucoup à des voies de créativité … et c’est comme ça qu’on change  le monde, aussi!

Actuellement j’ai relancé une association lesbienne qui s’appelle L-Tours depuis 2012-2014 et là je le fais par une voie, qui a l’air moins politique mais qui ne l’est pas du tout moins, donc de donner par l’histoire « herstory/history », comme on dit en Anglais, l’histoire de lesbiennes, des femmes et du mouvement général, comme on dit actuellement « LGBT » ce qui me permet moi, d’utiliser cet angle là pour parler du général et de notre histoire qui n’est évidemment jamais reproduite ou rarement, ou à titre exceptionnel, ou anecdotique.

C’est un outil très précieux et très politique finalement.

Entre-temps, nous organisons aussi des conférences qui sont enregistrées et mises sur le compte YouTube et nous avons lancé depuis 2019, fin 2019, un site sur lequel nous retranscrivons des articles qui ont été réalisés dans le passé ou actuellement, qui expliquent l’histoire des mouvements lesbiens féministes, tous les débats qui sont vraiment des analyses de fond sur les questions d’identité, les nouveaux masculinismes, dont nous parlerons notamment dans ce podcast-ci.

Je suis issue d’une famille très traditionnelle, très catholique, très « hétéro sociale » et la seule différence qu’il y avait pas entre mon frère direct et moi, à qui je ressemblais très fort physiquement (il y avait à peine une année différence) …

Là, j’ai vu tout de suite le monde de différence qu’il y avait entre les garçons et les filles.

Il y a les garçons et leur monde de possibilités alors que moi, je n’étais qu’une fille… Aucun horizon ne m’était permis en tant que fille.

C’était une famille très très très conventionnelle donc les filles étaient plutôt les esclaves de la famille, c’était nous qui n’arrêtions pas de travailler. Faire la vaisselle,  à manger, s’occuper de tout, accueillir les familles élargies (en Flandre les familles sont avec  énormément d’enfants donc on passait [le temps], plutôt que de jouer, voilà on travaillait).

Ma mère était particulièrement abusive et conservatrice, elle  était misanthrope, antisémite aussi et extrêmement sexiste. Et c’est il n’y a pas si longtemps, il y a quelques mois, que j’ai appris qu’en réalité elle n’avait pas envie de fille, elle n’aimait pas les femmes. Et ça je ne l’avais jamais su.

Si j’avais su, je serais partie encore plus tôt que mes 19 ans je crois… Cela explique énormément de choses sur le fait qu’on n’existe pas en tant que fille et que nous n’avons aucune perspective d’avenir en tant que telle.  Ca expliquait aussi mes colères et ma rébellion. Quand j’étais enfant j’étais très révoltée, très rebelle, à la fois très soumise comme beaucoup de filles… Je restais quand même assez rangée je crois, puisque bon… On me choisissait généralement comme déléguée de classe aussi, comme j’étudiais facilement.

Et en même temps je portais les révoltes.

Marian, rebelle du genre.

Donc tout ça c’est toujours resté, cette notion de devoir changer les choses, que la vie n’était pas juste, qu’il y a beaucoup d’injustices.

En même temps je me rendais compte, par rapport à des copines de classe que, alors que pourtant j’étudiais facilement, quand j’expliquais que je devais lire en cachette, les gens étaient ahuris. Mais c’était ma réalité : en réalité, le seul endroit où on me foutait la paix, c’était les toilettes ! Je connais une autre amie, sociologue,  qui a eu la même situation. On n’avait pas le droit de perdre notre temps, et très souvent, je lisais mes ouvrages scolaires là-bas. Ce qui est hallucinant quand on y pense ! Mais voilà ça montre aussi que, même si on est dans des situations impossibles, on trouve toujours des manières de continuer à rêver de savoir qu’un jour on pourra changer les choses. Et moi c’était ça qui me stimulait.

Par rapport à l’identité, donc j’étais cataloguée fille, oui voilà. Je ne voulais pas être un garçon. J’avais déjà cette notion que ce n’était peut-être pas une évidence, même si je peux mieux l’expliquer évidemment maintenant.

Je ne voulais pas devenir une femme. ça c’est quelque chose qui est venu très tôt donc quand j’étais enfant, jeune adolescente. J’étais constamment humiliée, freinée en tant qu’enfant, mais c’est surtout l’adolescence que ça n’a fait qu’empirer. Quand mes seins, ma poitrine s’est mise à se développer. Et pourtant, franchement, j’étais une maigrelette, ça ne se voyait pas trop. Les blagues graveleuses et vicieuses ont commencé à émerger de plus en plus au sein de la famille et en dehors. Les tentatives d’attouchements, enfin je n’apprends pas grand-chose à beaucoup de femmes… et par réaction de défense, j’ai fait de l’anorexie. À l’époque on appelait ça un anorexie nerveuse. Pour moi c’était tout sauf nerveux :  c’était conscient. Je ne voulais pas de seins. J’avais remarqué que ça faisait diminuer les agressions aussi.  Et j’ai arrêté parce qu’on m’a menacée de me nourrir de force.

 Je crois que ce n’est pas un hasard que ce que j’ai choisi, c’est la sociologie. Parce que je voulais comprendre le monde. Et je crois que ce n’est pas un hasard si le sujet de mon mémoire de master, à la fin des années 79, début des années 80, est devenu un sujet de remise en question de ce qu’on appelle maintenant la théorie du genre, enfin la remise en question des constructions de l’élaboration des catégories homme/femme.

Ca a été d’ailleurs le premier mémoire universitaire qui a été fait sur le sujet, vous imaginez on est en 1980, le titre était « Perspectives d’analyse de l’idéologie la différence dans un système hétéro patriarcal. »

Marian, rebelle du genre.

À l’époque ils n’avaient jamais entendu ça, vous imaginez bien !

Le fait que déjà dans cette université, (c’était l’université libre de Bruxelles, qui était considéré comme laïque, qui l’est, de philosophie) et qui n’était en fait abonnée à aucune revue féministe à l’époque ! Il y avait d’autres universités, très peu qui l’étaient, à des revues scientifiques féministes américaines, mais ce qui n’était pas du tout le cas à Bruxelles. Donc pour eux c’était vraiment déjà hallucinant. Non seulement de venir avec un sujet féministe en soi, mais en plus de remise en question de l’hétérosexualité ! Ca, c’était du jamais vu, du jamais entendu.  Et la construction, puisque je parle de l’idéologie de la différence, la construction des notions dites de sexe à l’époque (actuellement on parle plus de genre, mais bon, c’est du pareil au même), c’est la création des notions, des concepts et des réalités homme/femme.

Et l’idée  aussi à une autre imposition : l’hétérosexualité, donc tout le système hétéro social. Là-dedans, je développais aussi que c’était une oppression, que ce n’était pas juste des discriminations, que  c’était tout un système social, économique et politique qui était basé sur une binarité inventée. D’ailleurs le mot « sexe » vient de secare, qui veut dire séparer, et ça je le développais dans ce qui était en réalité déjà un début de doctorat. Et que la création de genres « homme/femme » à l’époque on disait bien deux sexes, c’était évident, était imposée par un ciment : c’est que le sujet dominé, donc les femmes, devait aimer leur oppresseur par l’hétérosexualité.

La construction sociale autour de l’hétérosexualité imposée comme conditionnement. Et tout ça c’était beaucoup trop…

Donc ce qui s’est passé, c’est qu’évidemment tout le monde était quand même impressionné, puisque le professeur sentait bien l’analyse qui était derrière  (et aussi des assistantes qui étaient des femmes, qui n’osaient pas dire ouvertement qu’elles étaient féministes, mais qui se reconnaissaient en partie dans ce genre d’analyse). Et au lieu d’avoir un jury de trois personnes, trois professeurs, il y a eu là une dizaine, une douzaine de personnes qui se sont déplacées pour venir écouter le « débat du siècle » qui était très houleux, comme vous pouvez l’imaginer.

L’hostilité, à l’époque, était très directe. Donc on avait des insultes énormes aussi de la part des professeurs et c’était très très tendu.

C’était post 68, on est presque 10 ans après. Mais les remises en question fondamentales ne passaient pas bien sûr au niveau de l’université et tout le monde sait aussi que la libération dite sexuelle des années 68, c’était une libération pour les hommes qui avaient alors un accès absolu aux femmes.

Marian, rebelle du genre.

Alors oser dire ça, évidemment, ça ne passait pas du tout. Mais venir avec un système d’analyse qui remettait tout en question, ça c’était du jamais vu et la riposte a été violente. Ils n’ont pas pu arrêter le master, ils n’ont pas pu ne pas me donner mon diplôme mais par contre on m’a bloqué toute possibilité de pouvoir faire de la recherche, du travail de recherche, ou de professorat, dans le milieu académique universitaire alors que tous mes profs du secondaire m’y voyaient… et pour moi, c’était un petit peu mon rêve : changer le monde par là, par les études les plus développées… parce que vraiment, j’y croyais. Je pensais vraiment que ça allait pouvoir être possible.

Et c’est ma révolte qui m’a aidée. Puisque j’étais tellement en colère de m’être rendu compte que mon professeur n’avait même pas lu mon travail, qu’il avait fait lire par son assistante, parce qu’il n’allait quand même pas perdre son temps avec ce genre de sujet…. C’était révoltant, voilà ! Mais bon, c’était la réalité dans les début des années 80. Il ne faut quand même pas oublier que 40 ans plus tard, c’est-à-dire il y a quelques années,  j’ai essayé de revenir avec ce sujet en me disant, quand même, presque un demi-siècle après, ça devrait être possible. Eh bien non. Et surtout pas non plus dans les milieux dits LGBT. Non plus ? Ce sont des sujets qui font toujours peur. Par exemple, à trois autres reprises, j’ai été censurée les dernières années rien que sur la possibilité d’en discuter, avec un titre aussi – me semblait-il- neutre que « Pour une abolition des catégories dites sexe ou de genre, et pourquoi pas ? » Eh bien, trois fois censurée. Donc ça montre, effectivement, que, un demi-siècle après, 40/50 ans après, on n’y est pas encore vraiment, et pour cause. En Belgique les Master de genre ne se sont développés qu’ il y a quelques années, donc finalement, historiquement c’est extrêmement tard. Quand on y pense, on est déjà au début du XXIe siècle. Il y a eu, rien qu’au XXe siècle, plusieurs mouvements féministes : les suffragettes au début du 20e, les deuxième et troisième mouvements féministes à la fin du siècle passé, et on en est au début du 21e, et on en est encore toujours là finalement. De ne pas pouvoir aller à la racine des choses, de faire des analyses radicales, parce que c’est de là  que vient le mot radical, les analyses lesbiennes radicales, les analyses féministes radicales, ça veut simplement dire (et c’est bien sûr tout un programme) « aller à la racine des choses, vouloir comprendre jusqu’au bout ce que cela veut dire ». Eh bien voilà il y a encore énormément de choses,  quelque part, sur ce plan-là, sur la remise en question des civilisations, on n’en est qu’à la Préhistoire.

On est dans une époque très forte dépolitisation, il faut le dire. Donc on redevient un peu minoritaire, quand on vient avec des analyses « qui osent » remettre en question un fonctionnement social et politique, c’est redevenu aussi percutant, quelque part, que dans les années 60, 70, 80 et 90 etc. Sauf que c’est différent à chaque époque. Il y a évidemment les difficultés intrinsèques et les positivités. Pour moi par contre, ce que je vis, c’est qu’on me demande de plus en plus, de pouvoir lire mon Master, pour la première fois, alors que jusqu’à présent, personne ne voulait en entendre parler, vraiment personne, très peu. Et là je sens vraiment un changement réel, donc on ne doit pas sous-estimer c’est simplement ça que je dis. C’est qu’ en réalité je crois qu’on est dans une période politique où nous sommes nettement plus fortes qu’il y a 40 ans et qu’on nous le fait bien sentir, qu’on essaie de tout faire pour faire taire.  Et ça, on ne doit pas le sous-estimer.

Il ne faut pas que nous sous-estimions notre force.

Marian, rebelle du genre.

Moi, je suis de cette génération qui n’a pas arrêté. J’ai cette chance de pouvoir parler de mon histoire, c’est quand même très nouveau, historiquement ! Et je tiens bien à le faire.  Même s’il y a eu pour ma part dès la fin des années 90 début des années 2000 un burnout politique réel, comme beaucoup de ma génération… Eh bien nous sommes là ! Nous sommes beaucoup, de retour ! Certaines sont toujours restées et il y a cette nouvelle génération, de tous âges.  Quand je dis ça, c’est des nouvelles générations de toutes origines culturelles qui se retrouvent maintenant … et veulent parler de ça. Mais n’osent pas, la plupart du temps parce qu’ il y a cette contre-offensive, ce backlash, ces conservatismes qui sont là.

Et des nouveaux masculinismes… Mais il fallait s’y attendre, avec des moyens énormes, et nous sommes dans cette période politique du meilleur et du pire. Sauf que je crois, et ça c’est ma conviction,  c’est qu’il y a un peu plus de meilleur que de pire. Certainement dans nos contrées à nous, si on les compare à d’autres. Franchement ne fût-ce qu’évoquer le fait de revendiquer des choses, en tant que de fille ou femme, qu’est-ce que ça dit ? Ici nous sommes quand même dans une période où nous pouvons nous exprimer, même si nous subissons beaucoup de répression et de violence. Il faut quand même relativiser et savoir que, au contraire, nous avons acquis et atteint beaucoup de choses, et que nous sommes dans une phase historique de grosse lutte de nouveau, très frontale, et il fallait s’y attendre… donc moi… j’en ai tellement vécu, de hauts et de bas, et c’est ça que j’explique aussi dans mes parcours. C’est un parcours en dents de scie mais tant que quand on monte avec la main, tant que la courbe  médiane, la main monte, en dents de scie, ça veut dire qu’il y a une progression.  Et cette progression-là existe, il ne faut pas la sous-estimer. Il faut vraiment croire en nos forces, et il faut continuer.

Pourquoi penses-tu que cette idéologie du genre est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, et pourquoi pas, pour notre démocratie ?

Pour tout ça en fait, elle est très dangereuse. Pourquoi?

Parce qu’elle passe sous silence l’oppression des femmes par les hommes. En prétendant avoir une approche scientifique ces “académiciens et académiciennes” n’ont cherché qu’à aseptiser complètement la question. Et il y a là, un véritable déni d’oppression.

Ce déni est un mot très fort, parce que l’on en plein négationnisme, parce que ce que l’on constate actuellement c’est qu’il y a beaucoup de d’études académiques qui sont tout à fait référencées et qui pourtant, donc, nient le fait que il s’agit bien d’un d’un système d’oppression, parce que quand il y a un tel niveau de discrimination, avec autant de violence (je parle des viols qui vont jusqu’aux féminicides, qui sont considérés encore toujours comme des faits divers, comme faisant partie d’une sorte de nature), il y a quelque chose qui ne va pas.

Quand on parvient à reconnaître le racisme, le fait de trouver le prétexte de couleur de peau d’origine culturelle pour ancrer des différences très graves qui vont jusqu’à l’esclavagisme… et qu’actuellement le reconnaît… le fait que quand il s’agit de ce qu’on appelle “les femmes” ça passe sous silence… on relativise et on banalise ce taux de violence qui qui est le plus élevé qui existe… Eh bien c’est très grave. Parce qu’on va nier des réalités pour une masse de personnes, et on va nier aussi que des mécanismes… par exemple la gestation pour autrui un qui révèle en fait un niveau de violence énorme qui renaît… De véritables traites contre les femmes et les enfants! Mais de banaliser ça à des choix personnels et individuels, c’est en fait faire du révisionnisme et du négationnisme.

C’est ne pas reconnaître les choses telles qu’elles sont. Et nous en sommes toujours là.

D’ailleurs dans le monde académique, il faudrait un nouveau mai 68 ! Sauf qu’il faut mieux que ça parce que Mai 68, c’était plutôt une libération de la sexualité pour les hommes, mais pas pour les femmes.

Marian, rebelle du genre.

Le mouvement #MeeToo a montré qu’une masse de femme qui n’osaient pas se dire féministes ont enfin osé faire le pas,  il montre à quel point ce taux de violence est redevenu très, très fort. 

Qu’il n’est plus possible d’invisibiliser ce qui se passe. 

Beaucoup de femmes l’ont compris et le disent. Même celles qui n’osaient pas se dire féministes. Sauf que ce n’est pas suffisant.

Parce que nous sommes de nouveau, pour nous, les femmes, dans une situation politique de backlash. Qu’est-ce que ça veut dire?

C’est un contexte actuel, social, politique et économique, c’est un véritable retour en arrière. Et le COVID, malheureusement, va accentuer ça. Il l’a déjà fait.

Ce sont toujours les plus “minorisées”, et on peut mettre franchement au féminin, qui sont les plus touchées. Et actuellement, c’est ce qui est en train de se passer. Si ça va mieux pour une couche, une certaine couche préservée d’hommes et de rares femmes, ce n’est pas le cas de la majorité.

Donc on peut  toujours parler d’un phénomène de minorisation de ce groupe social qui est le plus grand qui existe, celui des femmes… Des enfants qui, à la naissance, ont été catégorisés, estampillés comme telles :  des filles et des futures femmes. Ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qui est imposé à un petit être, un petit amas de cellules.

On va créer deux catégories tout à fait arbitraires, comme le racisme, en trouvant prétexte dans la nature pour créer des différences. Et là, en l’occurrence, c’est ça : on écarte les jambes de ce petit corps tout à fait innocent, et on va décider : « Ah, on fait deux boîtes, hop : garçon ou fille ». Et on hiérarchise ces boîtes. Parce qu’elles ne sont pas l’une à côté de l’autre.

Il y a une boîte en dessous et l’autre au-dessus, et la boîte au-dessus, évidemment, est la boîte qui a tous les privilèges.

La boîte du dessous, est la future boîte contenant ces petits êtres qui vont devoir servir la boîte supérieure… Donc, ce n’est pas un choix.  Le choix c’est de refuser de continuer à rester dans ces boîtes.

Marian, rebelle du genre.

Quand on parle de boîte, ça montre bien les limites.

On ne peut pas se déplacer, aller d’une boîte à l’autre, non, non! C’est un système social imposé. On ne fait pas ce qu’on veut.

Et quand on explique ça de manière très imagée, c’est réel!  Il y a des milliards d’êtres humains, mais il n’y a que deux boîtes. C’est d’une violence énorme évidemment.

Et actuellement, en ce début de XXIe siècle on prétend qu’on peut choisir… Mais depuis quand on choisit une oppression? Personne ne le fait! Une oppression, s’il y a  bien quelque chose qui est imposé, c’est une oppression! Les petits êtres appelés filles, qui ne voulaient pas être là, et qui vont devoir servir les êtres supérieurs que sont les hommes, n’ont pas le choix! 

Après on peut choisir de déconstruire, en attendant c’est tout un système de conditionnement très violent… D’ailleurs le mot “éduquer”…  si c’était naturel il ne faudrait pas éduquer! On va éduquer ces futurs êtres, vraiment faire tout pour qu’elles, et ils, restent dans leur boîte respective. Et ça s’appelle l’éducation. Le mot, comme le mot sexe “secare” qui veut dire séparer, éduquer vient de “educare”  qui veut dire “redresser ce qui est tordu”. Donc quand on sait ça, c’est un fameux programme! Et on comprend toute la violence qu’il y a là-dedans. 

On comprend aussi tous les mots qui stéréotypent comme “garçon manqué”… Il faudrait savoir : si on est une fille qu’on appartient “naturellement” à cette boîte-là, eh bien il ne faut pas éduquer : on est “naturellement” cette chose qu’on est censée être. Le fait qu’on doive éduquer et par après, avec des systèmes punitifs extrêmement graves (qui vont jusqu’à aux sanctions économiques,  quand on voit les  salaires ce sont des sanctions économiques, il ne faut pas oublier ça), pour rappeler l’asservissement, pour rappeler les différences qui ont été créées de toutes pièces, et surtout maintenir la catégorie soumise dans une situation économique de soumission. Parce que moins vous avez de moyens, plus c’est difficile de se révolter, d’exiger la même chose… 

Nous en sommes toujours là. Donc quelque part, c’est hallucinant… On est en début de XXIème  siècle et qu’on doive encore toujours essayer de prouver ces réalités violentes-là… de prouver que le faite qu’on tue un être parce qu’elle est une femme, c’est du féminicide et c’est d’ailleurs les féministes qui ont inventé ça, cette notion d’être tué par ce que femme, ça a été créé  en 1976, lors d’une très grande rencontre mondiale, la toute première, qui s’est d’ailleurs passée à Bruxelles. Il y a eu des délégations de 40 pays de femmes qui sont venues avec ça, en disant que non, il n’y a  rien de moins naturel, que c’est construit, c’est une violence. La violence imposée d’hétérosexualité c’est une violence, lors du tribunal des crimes contre les femmes.

Donc quand on pense que ça va faire un demi-siècle que ça été dit … et que c’est toujours pas reconnu au niveau des politiques des pays dits démocratiques européens…  c’est hallucinant.

Par exemple, en Belgique, on reconnaît le fait d’avoir été tué, agressé,  tué en parce que homosexuel c’est un fait aggravant, au niveau du pénal. La Belgique n’a toujours pas reconnu le fait d’être tuée en tant que femme comme un même type de violence. Parce que c’est ça que ça veut dire…

Marian, rebelle du genre.

D’ailleurs, nul part dans le monde. Il y a un seul pays qui commence à le reconnaître et c’est nouveau.  C’est hallucinant et ça montre à quel point on est très en retard à ce niveau-là.  Et donc oser venir et dire que non, le genre c’est une c’est une approche complètement aseptisée, inacceptable d’un phénomène de violence aussi grave. Ça ne va pas,  on ne peut pas l’accepter.

Actuellement oui on constate qu’on est dans un retour des masculinismes et de nouvelles formes, extrêmement agressives : les intégristes trans qui sont minoritaires,  sont en fait très très forts politiquement. Ils font très peur et réussissent à s’imposer dans les milieux académiques  mais aussi politiques. Et ça je connais peu… je ne connais aucun Etat où ce n’est pas le cas. 

Donc ils sont… Les mouvements LGBT sont devenus beaucoup plus réformistes,  voire conservateurs,  et ont des ailes extrêmement conservatrices. Mais on ne voit jamais l’intégrisme, quel qu’il soit, (ici, par exemple, trans) comme étant en fait, finalement, un mouvement extrêmement masculiniste, extrêmement ultraconservateur.

Qu’est-ce que ces mouvements? Eh bien on le sait  : ils sont foncièrement anti femmes, ces pauvres petits êtres qui n’ont pas choisi d’être catégorisées comme ça. Eh bien, il y a cette haine de ces êtres soumis. D’autant plus quand ces êtres se révoltent. C’est le cas des féministes.

Donc,  évidemment, ces mouvements intégristes sont foncièrement antiféministes, profondément sexistes, profondément  lesbophobes aussi. Pourquoi? Parce que ce sont celles qui leur échappent le plus. Il ne faut pas oublier que ce sont celles qui ont refusé d’aimer des hommes, en n’aiment “que” des femmes (entre guillemets le “que”). C’est comme ça que eux le perçoivent et c’est pour ça aussi par exemple que dans certains pays les lesbiennes sont particulièrement torturées, jusqu’au meurtre, assassinées parce que les femmes les plus libérées à leurs yeux. C’est la haine de ces êtres qui sont à leurs yeux nées pour servir et être asservies, et voire pourquoi pas pour qu’ils puissent s’en amuser jusqu’à les torturer et pourquoi pas les tuer, finalement c’est quand même un droit absolu.  

Donc c’est ça qu’il ne faut pas sous-estimer : ce sont des personnes qui sont fondamentalement haineuses. 

Et nous, notre force, c’est que nous pouvons expliquer et développer ça. Et on ne doit pas sous-estimer effectivement ce qu’on va provoquer chez eux. Et c’est ça qui se passe, en fait : on subit un niveau de haine à un degré ultime, complètement décomplexé,  et ça c’est par contre … Ce n’est pas nouveau, la haine, la répression des femmes : il suffit de voir Boko Haram, c’est ce qu’il s’est passé. L’enlèvement, l’esclavagisme, et puis tuer des esclaves… ça n’a aucun sens, si ce n’est de servir comme instrument de peur, pour bien montrer : « écoutez, si vous n’écoutez pas, je vais aller jusque-là »…

Ça fait peur, et ça marche très bien! D’ailleurs la plupart des femmes le savent très bien, c’est à leur risques et périls si elles sortent la nuit, si elles sortent dans des endroits considérés comme des lieux majoritairement pour les hommes, mais eux le savent très bien, nous sommes toujours dans ce monde-là, toujours dans un monde qui ne nous appartient pas. L’espace public est toujours un monde dangereux et privé.

Il ne faut pas oublier qu’une fille, une femme sur trois va subir un très haut taux de violence dans ce qui est considéré comme une sphère protégée qui est la famille. Or, on sait très bien que les premières agressions viennent d’abord de proches.

Marian, rebelle du genre.

C’est ce que les féministes ont toujours analysé et dénoncé. et on en est encore, toujours à devoir reprouver , revenir avec ces analyses et toute cette masse de travail théorique qu’on a fait, qui a été complètement dénigrée et qui disparaît de plus en plus, même dans des  sphères dites “scientifiques” que sont les milieux académiques et universitaires.

Et c’est ça qu’on provoque. On n’en est encore qu’au tout début de la remise en question du patriarcat.

Tu témoignes aujourd’hui sous ta réelle identité, pourquoi? Est-ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est-ce que tu as déjà été mise en danger ou est-ce que tu as perçu un danger pour toi ou pour ton entourage? Ou est-ce que, au contraire, tu te sais en  sécurité pour parler librement de ce sujet?

Je dois dire que depuis que je suis petite, je ne me suis jamais sentie en sécurité, jamais… Donc pourquoi j’ose? Mais parce qu’en fait, les personnages que je lisais quand j’étais enfant,  c’étaient ces personnes qui osaient… Et j’ai toujours eu cette notion d’urgence, qu’il n’y a pas de temps à perdre. Je choisissais des personnages qui disaient ça, aussi et je trouvais ça tellement vrai.

Ne rien faire, c’est laisser faire.

Marian, rebelle du genre.

Très tôt, j’avais compris ça et j’avais compris aussi qu’on obtenait du résultat à se révolter, à exiger des choses, a demander.  Si c’était structuré, bien pensé, etc.

Mais ce sont des stratégies qu’on développe déjà enfant.

Moi, enfin, je développais déjà des stratégies de défense. J’étais un enfant très renfermée, et ça m’a permis de me protéger, par exemple je n’ai jamais vécu mes attirances enfant, adolescente, parce que je savais que c’était dangereux. Et j’ai bien eu raison, d’ailleurs c’est la raison pour laquelle je suis partie à 19 ans. Je savais que d’autres personnes avant moi avaient réussi à le faire, à trouver un job, à partir, donc c’est ce que j’ai fait. Je ne me suis jamais retrouvée à la rue, mais oui j’ai dormi avec un manteau parce que je n’avais pas de quoi me chauffer. J’étais dans une mansarde où il n’y avait même pas de quoi préparer à manger, c’était comme ça…Et c’était pas le 19e siècle, je parle de la fin des années 70, début des années 80, donc ce n’est pas si vieux que ça. 

Et si c’était à refaire, je le referai parce que c’est ce qui m’a sauvée. J’ai connu beaucoup de solidarité.  J’ai connu plus de solidarité que de répression à partir du moment où j’ai pris ma vie en main, c’est-à-dire quand, en tant que jeune adulte, je suis partie.   et je ne suis pas la seule. C’est vrai que ça aidait beaucoup de savoir qu’on n’est pas la seule, même si à l’époque j’étais très isolée et que je pensais être seule au monde. On a toujours l’impression qu’on est seule. C’est vrai que on n’est pas beaucoup, pas très nombreuses, mais avec le temps et avec ce qu’on fait, on découvre d’autres comme nous puisque, théorie au moins, on sait qu’on ne peut pas être la seule, ce n’est pas possible. 

Alors, la répression, oui, je n’ai toujours connu que ça : en tant qu’enfant, on me remettait à ma place. Il y a 1000 façons de le faire. Je voyais bien les libertés que mes frères avaient et que ma sœur et moi, n’avions pas du tout. Moi, j’étais la plus révoltée des deux, donc j’ai pris les premiers coups… et tous les coups! La censure, je connaissais. Mais ça ne m’a pas empêché de fuir, de partir et d’oser, de dire. Il ne faut pas avoir peur de le faire. Parce que, comme disait Audre Lorde : “Your silence will not protect you”, “Votre silence ne vous protégera jamais”. C’est un état de fait. C’est une féministe noire lesbienne qui le dit. Or, elle, avec les sur-discriminations qu’elle a subies, savait vraiment de quoi elle parlait. Alors osons, osons le faire, osons le dire … et nous en sommes toujours là. Nous ne sommes pas seules, au contraire, nous sommes des mouvements très très forts. D’ailleurs, ce podcast, cette série que vous lancez, est extraordinaire parce que ça permet des débats, de les enregistrer, de les faire connaître. Ce sont des outils puissants qui montrent à quel point nous sommes en contrôle avec nos moyens et que nous gérons nos espaces.  Et qu’il faut le faire, c’est la seule manière. Parce que les autres espaces, nous perdons énormément de temps à prouver, à pouvoir prendre un petit peu de place. Même s’il faut être partout, il faut toujours être en  contrôle d’une majorité d’outils aussi. Nous n’avons pas le choix  : nous devons les créer nous-mêmes. Et ce n’est pas terrible, ça nous permet de développer énormément de créativité, de découvrir la solidarité, et d’autres qui,  comme nous, se battent un tas de niveau, donc c’est magnifique.

Ce sont des énergies très très fortes. Et ce n’est pas additionnel, ce sont des énergies en spirale énormes!  

Autant, moi j’ai connu des mouvements de libération féministes et lesbienne … J’ai eu cette chance-là, c’est un miracle! Parce qu’il y en a qui vont vivre de longues décennies sans les connaître, il y a des pays où ce n’est même pas envisageable donc, quel miracle, c’est magnifique !

Pourquoi  sous mon identité?

Le problème ce n’est pas moi, c’est cette société, ce sont ces masculinistes, ce sont ces complices des masculinismes qui sont de vrais problèmes, pas nous!

Donc, c’est cette société qui doit changer et pas nous. Nous, on est très bien comme on est.

Marian, rebelle du genre.

Pourquoi témoigner?

Également parce qu’on est dans une période qui enjolive l’exploitation des femmes et ça, c’est aussi un point que je voulais absolument développer.

Actuellement, par exemple, dans la prostitution, qui est une violence extrême contre les femmes, il ne faut pas oublier que beaucoup de femmes, la majorité, si ce n’est la totalité, se prostituent parce qu’elles ne trouvent pas d’autre job, ou parce que ça leur a été imposé. Une violence et une violence.

De même, la “femme éternelle” sous son lipstick, si elle n’a pas le choix d’être qui elle est, c’est une violence. Donc une beauté peut cacher des violences bien plus graves. On est un peu là-dedans, dans les milieux queers (pas tout le monde dans ces milieux) qui vont enjoliver quelque chose qui est en fait une violence. Un système de violence, ça on ne peut pas accepter, c’est un retour en arrière. 

Nous sommes aussi dans un retour en force des  binarisme, contrairement à ce que des mouvements trans ou queer prétendent, certaines tendances.

Ce qui m’a beaucoup fait rire, parce que je ne parvenais pas à y croire la première fois que j’en ai entendu parler : il y avait un atelier “pour les nuls” pour apprendre à devenir un homme ou une femme. Il faudrait savoir :  si on est né comme ça, ou soit disant « pas dans le bon corps » , pourquoi il faut apprendre un accoutrement, des attitudes prétendument masculines ou féminines ? Ou ça existe, et c’est naturel, où ça ne l’est pas ! Si ça ne l’est pas, vouloir apprendre ça , mais c’est absurde ! On est dans une période politique hallucinante où des mouvements, qui se disent politiquement corrects, disent  une chose … et son contraire. Donc reprennent un discours patriarcal complètement oppressant, en prétendant faire l’inverse de ce qu’ils prétendent dénoncer ! 

Et c’est ça aussi, ce qui a été imposé à des enfants intersexes, enfin que l’on appelle comme ça. 

Être un enfant intersexe, ça veut dire quoi ? C’est un petit être  qu’on va torturer, c’est-à-dire qu’on va lui faire des opérations mutilantes, pour que cet enfant ressemble à une des deux catégories, garçon ou fille, et y reste. Et à l’adolescence, avec le développement d’un corps qui peut décider de se développer de manière non prévue par cette société normative, le bistouri ne suffira pas. On va commencer à bourrer cet enfant d’hormones, les dossiers médicaux vont souvent disparaître. Ce sont des êtres qui étaient sans aucun problème médical et qui vont se retrouver à l’état adulte ou jeune adulte avec des complications médicales terribles. Cette réalité médicale dans laquelle nous sommes toujours, qui est extrêmement mauvaise pour ces enfants, ne peut pas être bonne pour des enfants qu’on appellerait trans. Parce que reprendre un bistouri, ce qui est une grande violence, pour que ces enfants “trans”, soi-disant correspondent à une catégorie … quoi? La nature se serait-elle trompée ? Mais une nature, ça ne se trompe pas. Ça existe en soi. C’est une société qui se trompe, ou un être humain, mais pas la nature! 

Or on est là dans un système d’explication idéologique qui essaierait de nous faire croire qu’il y aurait des erreurs dans la nature qu’il faut alors corriger, par des êtres humains, qui sont des êtres pensants et relatifs!

Marian, rebelle du genre.

Voilà, c’est une violence parmi d’autres. Ce qui est hallucinant, c’est que ça marche! C’est que c’est imposé, et banalisé. 

 Ce qui est intéressant, par contre, c’est qu’un tas d’êtres, qui sont passés par là, ont décidé de remettre ça en question, donc des personnes qui ont décidé de transitionner, pensant que leur corps était mauvais, ou  leurs pensées, et ont décidé de faire marche arrière. On parle là de détransition , ou de post-transition.  Et bien c’est tabou, on ne peut pas en parler.  

Donc on pourrait être hétéro puis devenir bi ou lesbienne puis redevenir hétéro. Par contre, non, trans, on serait une chose, puis on est trans… Mais on ne peut pas détransitionner… et pourquoi pas?  Qui a décidé ça?  Donc on est dans des  identités qui seraient soi-disant naturelles puis ne le sont plus, c’est-à-dire qu’on va opérer, mettre un tas d’hormones et de cocktails chimiques extrêmement graves et peu contrôlés médicalement, et là, prétendre que c’est naturel! Mais étonnamment, on est dans ce monde-là.  Qui dit une chose et son contraire.  Et d’ailleurs, je vais rassurer beaucoup de personnes et beaucoup d’activistes, on est déjà en train de faire marche arrière.  Il y a déjà un pays qui en train de largement faire marche arrière grâce une personne qui a détransitionné en Grande-Bretagne : une jeune lesbienne au départ qui a décidé de transitionner pour devenir un garçon, l’a donc décidé adolescente …  Et à 19 ans, a  décidé de faire un procès au système de welfare britannique… qui a perdu le procès. Donc le welfare a décidé de faire marche arrière par rapport à la transition d’enfants et d’adolescents/adolescentes. Et ça c’est très intéressant. Et je peux vous rassurer donc nous on a organisé une conférence à ce niveau-là avec des personnes détransitionneuses qui, elles, ont confirmé qu’elles avaient un public des dizaines de milliers de personnes dans le monde qui ont déjà fait la démarche, dont les premières générations de personnes transitionneuses, qui ont déjà maintenant 40 ans de vécu et remettent ça en question.

Non, ce ne sont pas des cas divers. Ce sont déjà de véritables phénomènes qui sont niés, déniés de pouvoir parler de leur démarche. Et ça, c’est hallucinant. C’est d’une violence extraordinaire.

Donc pourquoi est-ce que je me tairais? Mais il ne faut pas se taire au contraire, parce qu’il y a un tas de pauvres êtres qui, comme nous, se sont rendu compte : “Tiens, il y a un problème social”.  Mais ce n’est pas vous le problème. Vous êtes cet être neutre, magnifique en soi. Peu importe comment vous êtes constitués, moléculairement, morphologiquement. Vous êtes neutres, vous êtes magnifiques. C’est une société qui va décider de l’inverse. Donc le problème ce n’est pas vous : c’est la société de laquelle vous êtes issu malheureusement. C’est cette société, cette civilisation qui est problématique. Et il faut le dire et clamer haut et fort. Voilà. 

Et donc ce podcast, c’est extraordinaire. Il faut oser, il faut le faire!  il faut dire… comme on l’a toujours fait.

Donc voilà pourquoi je parle, pourquoi à visage découvert : parce que je n’ai rien à cacher, au contraire! Je ne vois pas pourquoi moi, je devrais me mettre dans un placard, qui est en fait un ghetto préparé par un système hétéro-patriarcal violent. Il n’en est pas question.

Donc oui, à visage découvert.

Merci Marian. Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Ce qui m’avait beaucoup touchée, c’était ce petit être, je ne savais pas si c’était un garçon ou une fille, qui était venu très silencieux/silencieuse. Et ça m’avait vraiment fortement touchée.

En réalité, j’avais déjà entendu cette personne en interview et  au fil du parcours je me suis dit : “Mais je connais, je connais”. Je connaissais visage. Donc je l’ai re-rencontrée et en réalité, c’était une personne, donc une lesbienne, qui avait transitionné vers garçon. Et ça m’avait fort touchée parce que je me reconnaissais dans cette personne, qui cherchait à être neutre, et ne parvenait pas à l’être.

Il y avait tout ça dont je m’étais rappelée depuis l’interview à l’époque (parce qu’à l’époque elle était en transition, je dis “elle” parce qu’elle a décidé de détransitionner et d’être de nouveau “elle” et c’est un choix politique, quand je dis “elle”), et c’était tout son parcours, tout son questionnement, qui m’a beaucoup interpellée.

Je me dis qu’il faut vraiment en parler, absolument. Pour montrer qu’il y a d’autres choix possibles.

Marian, rebelle du genre.

Et c’est vrai que nous avons eu beaucoup de discussions, elle m’a dit : « c’est vrai, si j’avais connu un mouvement politique tel que celui que toi, tu as connu, dans les années 80, 90, je n’aurais pas fait ce que j’ai fait. Et ça, ça m’a fait très mal. Parce que je me suis dit : “là c’est quand même grave”. On n’est plus censés être obligés de ne pas pouvoir être qui on est, dans une société qui prétend avoir fondamentalement changé à ce niveau-là. Eh bien ce n’est toujours pas le cas. Et au contraire, avec (malheureusement) le progrès technique et médical et ça c’est une personne intersexe et activiste  qui le disait haut et fort, donc le malheur, c’est que maintenant, ce qui n’était pas possible, l’est. Et on peut, avec des bistouris, des cocktails chimiques extrêmement mutilants et graves pour la santé humaine, malheureusement faire ça!

Moi aussi, je ne suis pas, comme la plupart des êtres humains, 100 % dans une catégorie.

Ce qui m’a sauvée c’est que pour  ma mère, il n’était pas question de dépenser de l’argent pour des frais médicaux.

Ma sœur a pris des coteaux hormonaux dans l’adolescence, moi pas. Je n’avais pas des règles régulières, pendant des mois je n’avais rien, donc  j’étais  un peu intersexe.

Mais à l’époque, heureusement, ça m’a sauvée puisque ce n’était pas très connu, ça m’a vraiment sauvée! Mais il ne faut pas demander : si j’avais été moins typée pour entrer dans la “petite boîte du dessous”, j’aurais subi un tas de violences en plus. Et là, j’en étais très consciente avec le cas de cette personne que j’ai rencontrée, et qui est devenue plus proche. Ca, je voulais le dire. C’est plus qu’une anecdote, c’est vraiment quelque chose qui m’a fait comprendre l’urgence qu’il fallait absolument redire haut et fort ce qui ne va pas dans cette société. Qu’il fallait osé le faire.

D’un autre côté, ce qui m’avait un peu décontenancée lorsque j’ai fait ce panel sur la détransition, c’était quand même l’absence d’esprit critique actuel, que je constate aussi dans mes parcours.

Oui ce qui m’étonne beaucoup, c’est que dans les personnes détransitionneuses certaines s’appellent post-trans et non pas dé-trans, et il y a plus qu’une nuance dans le terme. 

Dé-trans, c’est que vous reconnaissez, qu’il y a un passage, c’est un cheminement. 

Post-trans, ça veut dire que vous êtes passé à autre chose… ou pas!

Entre les deux termes, vous le prenez, soit c’est un cheminement comme un autre, pourquoi pas. Donc vous remettez fondamentalement en question le fait d’être passée par là, il n’y a pas de reconnaissance politique des violences (ou sociologique, peu importe, selon de quel angle vous voulez le prendre), mais ça, ça ne va pas. Ou ça va, ou ça ne va pas. Quand un phénomène est en réalité un mécanisme de violence, il faut avoir l’honnêteté de le dire.  Et il faut aussi, à un moment donné, pouvoir dire « j’ai fait une erreur, un choix. Si c’était à refaire, je ne le referai pas. Il faut avoir le courage de le dire. Moi, il y a des choix que je ne referais plus et je le dis. Et je le développe, il n’y a pas de honte à avoir, c’est simplement un état de fait. Ça permet à d’autres de ne pas devoir repasser par là. 

Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Oui, je reviens toujours à la même chose : il est absolument impératif, et pour nous, c’est la grosse lutte de ce siècle, il faut que ça réussisse, c’est de faire reconnaître, dans ces termes-là, j’insiste (!), l’oppression des “femmes” par les “hommes”. C’est une créaton structurelle d’une société établie sur un double binarisme qui est  un manichéisme, “homme/femme”… Et oui, l’hétérosexualité, l’hétérosexuation, c’est une contrainte. Il n’y a rien de naturel là-dedans. C’est tout un système social qui est bâti autour de ce double édifice, il faut avoir le courage d’étudier, sous tous les angles, ces mécanismes-là. 

Parce qu’ils sont intrinsèquement liés l’un à l’autre. 

L’un sert à justifier l’autre, et à le renforcer.



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Nous remercions Marian pour son témoignage.

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