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Rebelles du genre – Épisode 40 – Blanche

Blanche – Je m’appelle Blanche, j’ai 29 ans. Je suis lesbienne, je suis mère d’un petit garçon qui va avoir cinq ans. J’ai travaillé dans la restauration, dans le BTP… Donc des métiers quand même essentiellement masculins. Et je suis en couple avec une femme qui croit à  l’idéologie queer.

J’ai toujours combattu les stéréotypes de genre quand j’étais petite. J’ai grandi avec une mère qui avait les cheveux courts, ne s’est jamais maquillée, n’a jamais  mis de jupe, des choses comme ça… elle était mère célibataire de trois gamins et elle en nous a jamais donné d’injonctions à être coquettes, féminines, ou plutôt masculines, ou autres… elle nous a toujours laissé faire comme on le souhaitait, en m’expliquant qu’il y avait plein de manières d’être la femme que j’ai envie d’être dans ce monde et que c’était à moi de le décider. Mais par contre que j’allais me battre, quoi. J’avais déjà une notion qu’être une femme c’est être un peu… “combattante”.  J’ai donc grandi avec une sexualité hétéro, et quand je me suis séparée du père de mon fils, je suis devenue, quand même, assez misandre, puisque j’ai approfondi mon féminisme, suite à des violences, quand même, dans le couple, ou plein d’autres choses en relation avec des hommes. Et j’ai réalisé que j’aimais les femmes aussi à ce moment-là. Du coup, j’ai commencé à rencontrer le milieu LGBT. C’est un milieu que je ne connaissais pas. Moi, je pensais juste à l’homosexualité, la bisexualité, lesbiennes, gays… je n’avais pas vraiment la notion de tout ce qui allait autour de la communauté LGBT et donc forcément j’ai intégré tout ça, avec les codes. Je me suis intéressée au genre.

Au début, je ne comprenais rien du tout, et forcément, j’avais transformé mes sites de rencontres : Tinder, et cetera,  en 100% femmes, et tous les 10 swipes, j’avais un homme.

Donc c’était insupportable. Du coup je suis allée sur une appli qui s’appelle “Her” qui n’est que pour les femmes,  que pour les lesbiennes ou bisexuelles, du coup, et là j’ai vu des hommes habillés en femmes. Du coup, j’avais l’impression que c’était la même chose, pourtant que je ne pouvais rien dire. J’avais une sensation de supercherie, un peu. Donc évidemment, je ne likais pas, mais eux me likaient, et je me disais “mais, en fait, je ne pourrais pas relationner avec ces personnes!

Ensuite,  je ne leur en veux pas de mal, ils font comme ils souhaitent dans leur vie, mais mais, pour moi, c’était clair, quoi. De toute façon, clair aussi que je ne voulais plus de penis dans ma vie sexuelle, aussi. Donc voilà. J’ai, du coup, rencontré le milieu queer, et ça s’est vraiment fait très très vite. C’est à dire que l’on m’a parlé de la communauté et très vite j’ai entendu parler des trans, j’ai parlé avec des femmes qui se questionnaient sur leur genre.

Moi j’étais là : “Mais pourquoi elle me dit qu’elle n’est pas une femme, je ne comprends pas”.  Beaucoup de lesbiennes qui me parlaient du fait qu’elles n’étaient pas des femmes et qu’elles n’étaient pas à l’aise avec leur corps… Il y avait beaucoup de choses ramenées à leur corps et à leur intimité, aussi. Donc je me disais : “Les pauvres, elles ne sont pas bien dans leur corps, et c’est triste”, parce que je me doutais bien qu’être homosexuelle c’était pas facile. Je savais dans quoi je rentrais moi aussi, donc moi je mettais tout sur cet aspect-là. Je rencontrais aussi des amis gays au travail, dans les bars, qui disaient : “ah nous on n’aime pas les lesbiennes”.

J’ai, du coup, découvert qu’il y avait beaucoup de misogynie dans la communauté LGBT.

On me faisait comprendre qu’il y  avait très peu d’espace pour les lesbiennes, qu’on n’aimait pas trop les femmes, que les lesbiennes, elles parlaient fort, et machin… et en fait je me disais : “Mais j’ai quitté un monde hétéro patriarcal très misogyne, pour finalement vivre la même chose où, du coup, bah encore une fois je ne peux pas parler fort, je ne peux pas m’habiller comme je veux, si je suis avec des poils, on me juge…” Je trouvais ça assez violent. J’avais des copines lesbiennes qui me disaient : “C’est quoi ton type de femme?” J’étais là : “Ben je ne sais pas, moi j’aime bien les personnes qui sont revendicatives, qui ne se laissent pas faire, qui ont des projets dans la vie.” Forcément je m’adaptais plutôt sur ce genre de choses, et elles, elles me disaient qu’elles aimaient les femmes “féminines” et j’avais l’impression de retomber dans le même standard que quand j’étais avec des copines, hétéro, et que je parlais avec des gars qui disaient “J’aime bien les filles hyper féminines”. Je trouvais ça assez assez horrible, en fait, de retomber dans ces clichés. Quand je rentrais dans les bars lesbiens, donc moi je suis arrivée en pensant naïvement que toutes les lesbiennes étaient féministes. J’étais très naïve, même qu’il y en a beaucoup qui ne le sont pas, qui ne se sentent pas concernées du tout, et quand j’avais des discours féministes, il y en avait qui me disaient : “Oui mais tu oublies les trans. Les putes et les trans, c’est pire!” Donc j’étais là : “Donc toi tu n’es pas féministe, mais par contre tu te bats pour les droits des trans et des putes…” Enfin je trouvais ça un peu absurde, je me disais : “Mais en fait, il y a peut-être un manque d’information, qu’il faut que j’amène, c’est possible.

Quand je parlais, du coup, de féminisme, on me disait : “Oui mais tu as oublié les trans, aussi!”

Donc j’avais régulièrement, en fait, une remise en question de ce que je disais, et il  fallait que je mette en avant les personnes que je ne connaissais pas, que je n’avais pas côtoyées. Donc moi, je ne voulais pas nier ce qu’elles disaient. Je n’avais pas envie de paraître comme raciste ou autres, je n’avais pas envie de paraître transphobe, donc je ne disais pas grand chose. Juste je disais “Bah, écoute. Je parle de ce que je sais, de ce que j’étudie, puisque je lis beaucoup, beaucoup. Du coup, j’ai commencé à encore plus lire. Quand j’ai rencontré ma copine, j’avais déjà commencé à lire beaucoup sur le féminisme depuis deux ans, et elle croit en l’idéologie queer, mais ne s’est jamais vexée de mes propos. Du coup, j’en profitais pour parler avec elle, c’était la seule personne avec qui j’arrivais, du coup, à parler de ça, qui connaissait, donc, le milieu queer, et qui n’était pas en train de me harceler si j’avais un propos de travers, à ses yeux. Donc on a pu vraiment avoir des échanges longtemps. Elle m’a conseillé des livres, moi je lui en ai conseillé aussi, et malheureusement, moi j’ai beaucoup suivi des comptes Instagram. J’ai écouté des podcasts, j’ai lu des livres, j’ai rencontré des personnes trans, des prostituées, aussi, j’ai vu des personnes devenir prostituées, faire des transitions au fur et à mesure, en même pas un an et demi de temps. Mais elle, en face, n’a pas énormément étudié non plus les livres que j’ai transmis. Et ça a été le cas avec beaucoup d’amis que j’ai rencontrés. Je trouvais ça un petit peu dommage que les choses n’aillent que dans un sens, finalement et pas dans l’autre. Et quand je lisais, donc, il y avait certains livres qui étaient relayés par la communauté queer, comme “La pensée straight” de Monique Wittig.

Moi je voulais parler, donc, de ce texte qui était régulièrement récupéré par les queers, qui définissent que Monique Wittig serait complètement queer, quand elle dit : “Les lesbiennes ne sont pas des femmes”, donc c’est un peu comme quand ils reprennent Simone de Beauvoir, et qu’ils disent : “On ne naît pas femme, on le devient”. Ils oublient complètement tout le reste du texte, ils vident complètement les textes de leur volonté d’éducation, en fait, et ils la réécrivent à leur manière. Et moi, je trouve ça assez violent qu’on utilise des femmes féministes, qui ont été transfuges à leur époque, et qui ont milité pour nos droits. Qui ne sont plus là aujourd’hui, et on réutilise, comme ça, leurs textes, comme bon nous semble. C’est extrêmement violent, et surtout que dans “La pensée straight” de Monique Wittig, dans la préface de Louise Turcotte, page 23, on voit clairement que “toutes les personnes qui ont étudié son livre qui aujourd’hui utilisent son travail pour avancer sur le thème, disent que Monique Wittig n’est pas du tout critique du genre.

C’est un courant, le courant “Gender” qui a donné lieu dans les années 90 à un autre courant, celui “trans gender” ou plus souvent nommé “la théorie queer”. Certes, on navigue ici entre les identités sexuelles qui refusent la concordance genre/sexe, soit en prônant la transgression symbolique, soit en prônant la transformation biologique. Or il me semble, là aussi, que ces déplacements identitaires ne font que consolider les catégories genre/sexe”. En gros c’est clairement explicitement dit, pour toutes les personnes qui étudient ce bouquin, que Monique Wittig ne va pas dans le sens queer, puisque du coup ça appuie les stéréotypes du genre, donc femmes/hommes, c’est logique, et elle, elle ne s’identifie pas au féminisme ou au queerisme, elle est beaucoup plus loin : elle est dans l’idée du lesbianisme. Donc je trouve ça aussi très rageant que les queers récupèrent le lesbianisme qui, du coup, n’a encore une fois rien à voir avec leur idéologie, voilà. Et ça fait partie des choses qui me mettent très en colère.

RDG –  Oui cette capacité à faire parler les mortes, c’est assez incroyable. On en entend sur elle, on en entend…

Blanche –  Jeanne d’Arc!

RDG – Oui!  Jeanne d’Arc qui serait un homme trans… Andrea Dworkin! haha. Pardon c’est nerveux. Andrea Dworkin qui serait… pro-trans, évidemment! haha. Simone de Beauvoir, etc…

Blanche – Moi, ça me fait de la peine.

RDG – Oui, c’est, comme tu le dis : c’est à la fois violent, c’est attristant, c’est affligeant, et… comment dire? Quel manque de respect pour la pensée  de ces femmes si puissantes dans leur pensée. 

Blanche – Et quel manque d’intelligence de ces personnes de vouloir essayer, déjà, de discuter avec moi, puisque je lis beaucoup. Donc essayer de discuter avec moi en tenant ce genre de propos, quand, finalement, eux n’ont pas pris la peine de lire… Donc en fait tu veux tenir un discours sur quelque chose… Moi, pour critiquer l’idéologie queer,  je l’ai rencontrée. J’ai lu des livres. J’ai écouté des podcasts. J’ai essayé de comprendre leur idéologie :  sur quoi est-ce qu’ils se basaient… Et puis bon bah, c’est pas compliqué, en moins d’un an, on en entend suffisamment pour, concrètement, avoir assez de bagages pour tenir une conversation, et pour les reprendre sur tout ce qu’ils disent de travers. 

RDG – Hier, dans Le Monde il y avait une tribune de Manon Garcia, la philosophe, qui se dit “l’une des plus grandes spécialistes mondiales de Simone de Beauvoir”, en toute modestie, et qui, justement, faisait cette surinterprétation de “On ne naît pas femme, on le devient”, en utilisant toute la violence symbolique de sa position pour nous expliquer à nous, les “sales TERFS” – parce qu’elle utilise ces termes-là –  que bah, on n’avait pas compris Simone de Beauvoir, que “ELLE”, elle était une des plus grandes spécialistes mondiales”, elle l’a écrit… (non mais j’hallucine, en fait, de lire des trucs comme ça), tout ça pour raconter du grand n’importe quoi sur Simone de Beauvoir.

Blanche –  C’est ce qui se passe aussi du côté de ma conjointe, ma copine. Donc elle me dit aussi “Mais c’est peut-être une question d’interprétation? Peut-être que finalement, toi, tu interprètes quelque chose, mais que finalement la réelle interprétation est celle qu’en font les queer?” Et je dis, mais en fait il a suffit simplement que je parle avec d’autres personnes : donc un libraire, une lesbienne qui a lu Monique Wittig, des personnes, littéraires qui ont lu Monique Wittig, pour que je comprenne très rapidement qu’on parle de lesbianisme : le lesbianisme n’a strictement rien à voir avec le queerisme, c’est tout! C’est tout! Je ne comprends pas. A aucun moment on n’entend parler du queerisme dans son livre, c’est pas difficile à comprendre! 

RDG – Dans le monde queer, t’es pas lesbienne, t’es “pan” ! Et c’est bien le problème, d’ailleurs, parce qu’en disant finalement “Tout le monde est pan”, du coup tu ouvres le pool de chasse de tous ces autogynéphiles qui se déclarent des femmes.

Blanche –  Bah les LGB sont en panique, hein! Moi je rencontre des couples gays qui me disent : “Ah mais on est complètement dépassés, et le pire c’est vous, les lesbiennes! Vous en prenez plein…” 

Ah, je ne t’ai pas dit : mardi soir je voulais aller à La Mutinerie avec ma meilleure amie, pour lui montrer le bar. Et en fait, ce soir-là il y avait un “défilé de putes”…

Il y a en plus de cette idéologie queer, qui rentre partout, dans Le Barouf et La Mutinerie, il y a cette ouverture aussi à tout ce qui est la prostitution, le BDSM. Maintenant, les lesbiennes sont hyper intéressées par le BDSM, le bondage, les clous et le cuir, la soumission et la domination… et la prostitution et la pornographie! Voilà. C’est… En fait, maintenant ça fait partie des milieux lesbiens, et moi je suis choquée parce qu’en fait j’avais l’impression que j’allais pouvoir atteindre un monde transfuge, aussi avec moi-même, et pouvoir rencontrer des personnes qui pensaient comme moi. Et non, je rencontre juste des personnes qui promeuvent à des jeunes un milieu très très dangereux.

RDG – En fait, des personnes qui chassent des femmes.

Blanche – Qui chassent des femmes ou qui encouragent les femmes à se soumettre aux hommes.

RDG –  Oui. C’est que je l’appelle la chasse. Pour moi, c’est les rentrer dans le pool de tout ce qui appartient aux hommes, en fait!

Blanche – Et donc, du coup il y a un défilé de putes. On glamorise la pute,  on glorifie la pute, c’est à la mode. Soit tu es non-binaire, soit tu es trans, soit tu es pute, soit tu as des problèmes psychiques : là, tu rentres complètement dans la case “accepté queer”, sinon tu es has been et tu ne nous intéresses pas. Donc tu t’assois et tu écoutes.

RDG – Quand on sait que 95% des personnes en situation de prostitution voudraient désespérément en sortir, que plus 80% d’entre elles sont des personnes sans papiers migrantes, exploitées, violées tous les jours… quelle insulte!  Quelle insulte. C’est vraiment faire passer la, je crois la pire des oppressions pour un truc chic… mais ça c’est vraiment un truc de vieux mecs blancs dégueulasses!

Blanche – Ben là, en l’occurrence, c’est supporté par des hommes trans, donc  des femmes transidentifiées, par des lesbiennes, dans les bars lesbiens, voilà. C’est supporté. Nous, on soutient les prostituées… En plus, du coup on soutient les prostituées, parce qu’elle sinon elles vont être dans la précarité, par contre les nanas qui rentrent dans la prostitution… Donc une pote à moi qui a voulu y rentrer, je lui ai dit : “Mais t’es sérieuse? C’est quoi ton délire, en fait? En plus, tu n’en as pas besoin, pour qui tu me prends? Tu gagnes 2300 euros, en fait!” Et là elle me dit : “Quoi, oui mais justement, je peux gagner autant d’argent que je veux, c’est de l’empowerment. Je prends de l’argent aux sales types”. Donc en fait d’un côté, c’est soi disant pour soutenir les prostituées qui sont dans la précarité, mais d’un autre côté je deviens prostituée alors que je ne suis pas précaire pour profiter de cette situation, riche? En fait, ils sont dans un double discours, encore une fois, qui n’est pas cohérent et qui est complètement de la méconnaissance du sujet…

RDG – Merci Virginie Despentes, pour le coup… c’est vraiment… vivre dans ce monde où toutes les femmes sont achetables et tous les hommes sont des violeurs, mais… c’est pas pour moi!

Blanche – Moi non plus! Non les jeunes suivent juste des slides sur Instagram, sur TikTok sur des choses comme ça et donc pensent qu’ils ont eu l’intelligence de se renseigner, de lire. Mais ce n’est pas suffisant, en fait… Et j’ai envie, moi, de pouvoir alerter les jeunes de la communauté LGB, de vraiment se renseigner, de lire par eux-mêmes des bouquins, et de se faire une propre idée. Moi, du coup, je l’ai fait parce que ma copine croit en l’idéologie queer, et du coup, j’ai pu vraiment me faire mes armes et pouvoir même lui en parler, à elle : “ écoute, ça : ça ne va pas, ça : ça ne va pas. Qu’est ce que tu penses de ça?” Aujourd’hui, elle n’arrive pas trop à se positionner critique du genre, parce que je pense qu’elle a encore trop conscientisé que “les trans subissent plus de violences que les femmes”,  “que les trans meurent, etc…”. Par contre, elle arrive à conscientiser, effectivement, que : “Une balle sur une TERF = un trans libre,  ou des choses comme ça… toutes ces violences qu’on entend sur les réseaux, elle arrive à conscientiser que c’est pas féministe. Que la fête du 8 Mars, la journée internationale des droits des femmes, et quand on va faire la fête dans la rue, quand on va se montrer, quand on va militer, ben c’est une place pour toutes les femmes, et toutes les pensées féministes. Donc qu’il y a  plusieurs féminismes qui existent, donc qu’il y a plusieurs cortèges, qu’il y a plusieurs possibilités, en fait, de s’exprimer sur son féminisme. Et que là, on silencie des femmes et leurs pensées. Mais c’est pas féministe! Pas ce jour-là! Et donc je me disais, mais cette violence en plus, elle est misogyne, on le sait! On sait comment fonctionnent la misogynie et la violence, comment on silencie  par la peur, par la soumission, en fait, des femmes. Par la compassion. Et je veux dire, ça ce n’était pas possible qu’elle le nie. Donc ça, heureusement, aujourd’hui elle le questionne très sérieusement, voilà.

J’ai également rencontré dans l’idéologie queer, un bouquin… enfin j’avais rencontré des lesbiennes super chouettes, mamans aussi, mères célibataires, en plus, pour certaines, donc je me sentais très incluse, ça me faisait du bien, quand on a vécu seule avec un enfant, de parler avec d’autres femmes. Et du coup elles avaient un cercle de lecture, donc j’étais ravie, en plus, de pouvoir échanger des bouquins féministes. Alors les bouquins féministes, on n’avait pas les mêmes. Mais il y avait un super roman qui s’appelle stone butch blues, qu’elle m’a conseillé. J’ai commencé à le lire, et en fait, je ne vois toujours pas, après la lecture de ce livre, comment on peut considérer que ce livre valide, encore une fois, l’idéologie queer. C’est l’histoire d’une lesbienne dans les années 70, une lesbienne butch. Donc c’est hyper intéressant parce que ça remet vraiment dans le contexte, les « butch Fem » les femmes donc très coquettes, et les lesbiennes butch, et effectivement les prostituées qui vivaient des violences policières, et qui se retrouvaient souvent dans les bars avec des lesbiennes. Elles étaient protégées par les butchs, voilà. Et elles vivaient des romances, parce que forcément, c’était un peu représentatif de l’époque patriarcale, où “un homme-une femme”, ça passait bien. Et cette lesbienne butch ne se reconnaît pas en tant que femme, parce qu’elle a des codes masculins, et que dans la rue, les gens lui disent : “Mais t’es quoi? T’es un homme ou t’es une femme?” Donc, elle vit ces violences-là, et un jour elle rencontre une lesbienne butch qui fait une transition, et qui est devenue un homme. Elle décide de passer le pas. Elle fait cette transition. Et là, elle parle de dix années d’errance. Clairement, quand on lit le livre, c’est dix années d’errance, de solitude. En fait, elle est devenue un homme aux yeux de tout le monde, donc elle ne se fait plus du tout emmerder. Par contre, elle se cache, parce qu’elle ne peut plus avoir de relations sexuelles avec des femmes, parce que les femmes ne pourraient pas comprendre. Elle dit clairement que, même si elle est devenue un homme, elle ne se sent pas homme, parce qu’elle ne veut pas correspondre, en fait, à ces stéréotypes d’homme, dans la société. Elle sait qu’elle est une femme, pour plein de raisons différentes, et elle finit au bout de dix ans, par arrêter et détransitionner. C’est quand même hyper fort, comme symbole je veux dire. C’est pas rien, quoi. Quand elles détransitionne, elle raconte que, un peu comme Monique Wittig, elle est lesbienne, donc  elle n’est pas une femme comme socialement les hommes ont conditionné les femmes à grandir.  Elle sait qu’elle n’est pas un homme, et qu’elle ne le sera jamais. Et c’est écrit, ça aussi, noir sur blanc, dedans, en fait. Et du coup, j’ai envie de dire, mais on est si proches de cette réalité : oui, en tant que lesbiennes, on est transfuges. On touche à quelque chose, et il n’y a pas que les lesbiennes qui y touchent. On peut être bi, et du coup devenir FedFem, et plus ou moins arrêter de relationner avec des hommes, parce qu’on se rend compte de la supercherie. On peut être hétéro, et se rendre compte de cette supercherie, et même devenir célibataire politique. Je pense même que ma mère en faisait partie. Il y a quelque chose d’hyper fort dans cette supercherie, qu’onnous fait pendouiller : “Tu seras une femme,  tu auras des enfants, tu seras coquette, tu seras douce et gentille…” 

Pour moi, voilà : ce livre-là n’a rien à voir avec un discours validant de l’idéologie queer, mais plutôt, ça montre la détresse du problème patriarcal et la détresse du genre qui n’est pas validé, du coup, qui est plutôt à abolir, et peut-être reconstruire d’une autre manière. 

Mais par contre le sexe reste, reste. Elle reste une femme : de par son sexe, elle ne pourra jamais devenir un homme, en fait !

RDG – juste un point là. Tu as dit : “Elle et FedFem”. C’est quoi?

Blanche : FedFem, F E D F E M. En gros, dans la pensée du lesbianisme, il y a le côté séparatiste, où on va définir que un peu… comme quand des femmes arrêtent de relationner avec leur mari pour avoir des droits.

RDG – C’est comme le  lesbianisme politique? 

Blanche – Oui, exactement c’est ça!

RDG –  D’accord… Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les femmes, pour leurs droits, pour les enfants, pour la société, pour la démocratie?

Blanche – Alors moi, il faut savoir que j’ai ma copine, donc, qui croit en l’idéologie queer. Elle s’est posé des questions sur son genre, avant que je la rencontre, elle avait toujours eu les cheveux longs. Elle s’est coupé les cheveux peut-être deux mois avant que je la rencontre, et elle a commencé à changer de style aussi. Elle a grandi, en tant que petite fille très coquette. Sa mère lui mettait des robes, alors qu’elle ne voulait pas. Et puis il y a quelques années, elle a eu aussi une agression sexuelle. Elle est passée en audience, évidemment. Elle a porté plainte, et évidemment son agresseur a été relaxé. Ça a eu des répercussions très fortes. On connaît aujourd’hui dans le milieu du féminisme, quand même, les répercussions que ça a sur le mental, sur le physique. Et je suis convaincue, en fait, que c’est dangereux parce qu’on ne se renseigne pas à la racine du problème. Les personnes, en fait, qui vivent une dysphorie de corps. On appelle ça une dysphoie de genre, moi je pense que c’est peut-être lié au genre, je pense que les agressions sont quand même liées au sexe, mais je pense que c’est lié à des problématiques de corps. Je veux dire par là, par exemple, ma soeur quand elle a eu la puberté, elle a eu une très forte poitrine. Et du jour au lendemain, les hommes ont changé de regard sur elle. Du jour au lendemain, elle ne s’est habillée qu’en garçon manqué, jusqu’à ce qu’elle rencontre son mec d’aujourd’hui, et qu’elle recommence à redevenir un peu coquette, comme si elle se sentait à nouveau protégée, et que, tranquille, elle pouvait assumer le regard des autres hommes sur sa poitrine. Je vais aussi parler, par exemple, d’un ami homme, dont mon meilleur ami. Lui, il est grand, noir, donc on attend de lui, comme dans la légende urbaine qu’il ait un énorme sexe. C’est pas le cas, et du coup, ça l’a  toujours rendu très mal à l’aise avec son corps, de grandes difficultés à relationner avec des femmes, encore aujourd’hui. Et en fait, ça montre aussi à quel point on a des injonctions sur nos corps, socialement, pour exister.

Je vais parler aussi de mes meilleures amies, qui ont connu la boulimie, qui ont détesté leur corps. J’ai une de mes meilleures amies, qui , très jeune, dès ses 18 ans, a fait de la chirurgie esthétique. Et encore aujourd’hui, elle en fait, et elle, elle me dit clairement : “Je sais que je suis une femme transformée.” Elle se considère comme les personnes transidentifiées qui ont transformé, donc, leur corps, pour répondre à un confort social, on va dire. Et bien elle se considère dans la même catégorie, elle a transformé son corps par la chirurgie esthétique. Pour moi, du coup, il y a un mal être dans le corps, qu’on ne regarde pas. La puberté, c’est confortable pour personne, mais plutôt que de se poser des questions sur ce problème-là, on va partir du principe qu’on peut modifier son corps. Et je pense que c’est grave, que ça ne met pas les gens dans un confort avec eux-mêmes, mais plutôt que ça les oblige à continuer à performer, à toujours modifier. On n’est jamais satisfait, on continue toujours. Du coup, dans cette lancée, on vit, en fait, avec des maux en soi, qui continuent à empoisonner, et bien soi-même, sa pensée et son entourage aussi. Donc pour moi, c’est dangereux à ce niveau-là. Et forcément, ceux qui se mettent de l’argent dans les poches,  c’est tout ceux qui participent à ça. Qui vont faire des opérations, qui vont gagner de l’argent.

Voilà. Moi je pense qu’il faut plutôt développer la question psychique et effectivement permettre aux jeunes de faire la paix avec son corps. Éduquer les hommes à ne pas objectifier les femmes et les jeunes filles qui commencent à avoir une puberté. Parler aussi de l’homosexualité : c’est pas parce que tu t’habilles comme un garçon que tu es lesbienne. Et quand bien même, tu peux être lesbienne et ne pas vouloir entrer dans les codes de la coquetterie, et c’est ok, en fait! Il y a plein de manières d’être une femme.

Dans la société, au niveau vestimentaire, au niveau de tes revendications, moi je l’ ai connu avec ma mère et je sais que j’ai grandi avec un respect de mon corps complètement tranquille… je n’ai jamais haï mon corps, en fait. C’est simple. Là où je l’ai haï, c’est plus suite à des relations sexuelles douloureuses, et heureusement pour moi, j’étais déjà en thérapie. Donc j’ai toujours pu me rendre compte que c’était lié à ça.

Pareil, j’ai un enfant, un petit garçon. Et quand je vois des choses passer sur (vu que j’ai du coup suivi des comptes instagram queer), je vois sur des comptes instagram à quel point ils militent pour que les parents perdent leurs droits sur les enfants pour les bloqueurs de puberté. Et moi, ça me fait vraiment peur.

J’ai peur qu’il tombe sur des professeurs, des maîtresses qui vont juger que, comme il a des baskets à paillettes, et qu’il est super cool avec les garçons (il leur tient la main) et qu’il rigole beaucoup avec les filles :  ça y est! C’est pas un petit garçon, c’est une petite fille! D’autant que moi, j’essaie de ne pas trop le genrer pour, justement, qu’ils puisse être libre, et qu’il se rende compte qu’il y a pas de couleurs pour les hommes ou les femmes, qu’il n’y a pas de code vestimentaire pour les hommes et les femmes. Je voudrais casser un peu ça, et donc j’ai peur, en fait, que des professeurs prennent ça au sérieux, lui fassent voir un psychologue de l’éducation nationale, parce que moi, quand j’étais petite, j’en ai vu, mais pas pour ces raisons-là, parce que j’étais juste dépressive. Et donc, du coup, je sais très bien que ça peut arriver pour n’importe quelle problématique. Moi je suis séparée du père de mon fils, donc il suffit qu’il ne soit pas très bien à une période de son enfance et que l’on se dise : “Tiens il y a ça en ce moment qui ne va pas chez lui, bah alors c’est une petite fille. Et là, que je n’aie plus mon mot à dire, et qu’on lui rentre tout ça dans la tête. Je trouve ça très grave, en fait. On ne fait pas changer le corps d’un enfant. Pour les tatouages, par exemple, tu attends d’avoir la majorité. Pour boire de l’alcool, pour mettre des produits dans ton corps qu’on sait toxiques. Il y a des parents qui militent contre certains vaccins obligatoires qu’on donne aux bébés. Mais par contre, pour ça, il faudrait, genre tout de suite, valider à bras ouverts qu’on donne ce genre de choses! Déjà que j’ai du mal à accepter de me dire, “Bon, à ses 18 ans, faudra que je le laisse faire!” Les personnes trans existent, elles ont droit d’avoir des droits, si elles sont plus heureuses (comme, par exemple, une de mes meilleures amies qui a transformé son corps par la chirurgie esthétique pour être encore plus féminine, elle existe elle aussi elle doit avoir des droits, elle doit être respectée socialement comme une personne qui a un travail etc), je veux bien l’entendre. Mais, par contre, je ne veux pas qu’on m’impose cette idéologie, et je ne veux pas, qu’en fait, ça soit rentré dans le crâne de mon fils, aussi. Donc, du coup, ça me fait peur. Les droits des parents sont déjà très difficiles. Les droits des enfants sont déjà fragiles. Si on arrive même à définir que le consentement chez les enfants, ça existe, on arrive, du coup, à perdre même des droits pour les enfants, sur les agressions, sur les violences! “Il a consenti, hein. Il a consenti, il aime son papa, il aime sa maman.” On perd complètement la notion de toutes ces choses-là qui sont essentielles pour la suite de la lutte des droits des enfants, voilà. Pour moi, c’est très inquiétant. 

Egalement, je voulais parler d’une amie à moi que j’avais rencontrée dans un bar lesbien, qui m’a fait parler, en fait, du fait qu’elle se posait la question sur son genre suite à un cancer. Donc comme quoi aussi la maladie peut questionner les personnes sur leur genre. Elle a créé un collectif qui s’appelle “le cancer care collectif”. C’est un collectif qui est plutôt situé en Allemagne, mais qui existe partout dans le monde. Elles essaient de parler anglais pour que tout le monde se sente concerné et puisse s’approcher d’elles pour avoir des droits. Elle, suite à un cancer du sein, elle a demandé l’ablation du deuxième sein. Elle s’est rendu compte qu’elle n’aimait pas son corps, qu’elle n’était pas à l’aise avec sa poitrine, etc. Et les médecins lui ont dit : “écoutez, Madame, on va attendre quand même que votre rémission soit officielle, que vous voyez un psy, parce que c’est peut-être suite à ça que vous détestez votre corps, et donc que vous allez faire ça. C’est quand même une opération qui est très importante.” Elle, aujourd’hui, elle milite pour ne pas… elle milite parce qu’elle est en colère qu’on ne lui ait pas laissé faire ce qu’elle voulait avec son corps, et je trouve que c’est très parlant de se rendre compte qu’encore une fois il y a des personnes, suite à des maladies qui ont impacté leur corps, donc des cancers, ou des maladies graves, des amputations, des choses comme ça, qui se sont mises à détester leurs corps, et qui se sont senties plus à l’aise en transformant leur corps, et en existant dans une autre personne, dans un autre genre. Je trouve que c’est très parlant. Ca va aussi avec tout ce que je disais avant, sur les problématiques de puberté, de devenir une femme, de répondre aux codes “hommes-femmes” pour les hommes et pour les femmes, et moi je pense qu’il y a vraiment quelque chose à creuser à ce niveau-là, vraiment. Voilà.

RDG – Qu’est ce qui t’a décidée à témoigner? Est ce que tu as déjà subi des pressions, des menaces? Est ce que tu te sens en danger par rapport à ces questions, soit dans ton entourage, soit, de façon plus globale? Ou est ce que tu sais que tu es parfaitement en sécurité, que tu peux parler librement?

Blanche – Alors je sais que je ne peux pas parler librement. Les bars lesbiens, quand je les ai découverts, j’ai vu qu’il y en avait très peu, dans chaque ville d’Europe, ou du monde. Donc c’est déjà très très minoritaire dans milieu LGB, LGBT, du coup, puisque c’est comme ça qu’on en parle aujourd’hui. Et quand on va dans ces bars lesbiens,  on rencontre des non-binaires, des personnes trans. Donc partout, en fait, dès que tu vois une femme, elle dit : “Non : c’est IL”. Quand tu es en terrasse, t’as un mec à côté avec des boucles d’oreilles et du vernis, qu’il te dit qu’il est lesbienne… c’est très angoissant. Et du coup, ben, je sens que je ne peux pas, dans un milieu où j’existe aujourd’hui, où… j’ai besoin, en fait, de ces lieux-là. Pour moi, je sens que je ne peux pas parler de ça, que les gens ont tout de suite peur d’être perçus comme, comme si tu étais raciste, perçu comme transphobe. Les gens ne réagissent pas, et changent de sujet, préfèrent que je parle de féminisme, à la limite, voilà. Pareil pour ce qui est de la porno-prostitution… Oulala, faut pas en parler. Et, en fait, j’ai vu ces bars, en même par an et demi, devenir de plus en plus queer. Mais vraiment! C’est devenu uniquement queer. On a des soirées BDSM qui ont lieu là-bas. Moi je me dis : “mais attends. Mais depuis quand les lesbiennes se ligotent entre elles, et se tapent avec des fouets? Enfin, j’ai des copines lesbiennes qui ont voulu rentrer dans la prostitution, parce que c’est super cool. Et dont je suis là : “mais attends : mais tu vas relationner avec des hommes qui vont te payer?” Oh là là c’est… Moi ça me fait mal! Ca me fait très mal au coeur, et je ne peux pas m’exprimer sur ces sujets-là, parce que tout de suite, on sent… on sent, en fait, mon parti, et on me fait comprendre “gentiment” qu’ ils ne pensent pas comme moi, et que c’est pas gentil de penser comme ça. Du coup, je sens que je me tais, aussi, pour ma copine. Je n’ai pas envie de la mettre dans des problématiques, sachant qu’elle me laisse totalement m’exprimer. Elle m’a dit : “Si tu as besoin de parler, tu parles, en fait! C’est tes croyances, et moi je t’aime dans tes revendications, ça me fait beaucoup réfléchir, et ça me fait du bien.” Donc, du coup, j’ai pas envie non plus de la mettre dans une problématique où elle, de son côté, elle fait des… Elle milite à sa manière. Qu’elle n’ait plus personne qui la suive sur les réseaux, ou quoi, parce que c’est ce que je lui ai dit : “Concrètement, ce qui peut se passer, c’est pas que moi, on me harcèle toute seule. C’est que toi aussi, on te cancel, parce que tu es en couple avec une féministe radicale.” C’est ça qui serait terrible. C’est à dire que elle, elle croit en l’idéologie queer, mais elle aussi, on va la canceller, juste parce qu’elle est amoureuse de moi. C’est terrible.

Et puis, j’ai décidé, en fait, de témoigner, puisque j’ai quand même fait régulièrement des rêves assez violents. Je sais que ça a un lien avec le concept de de ma copine qui s’est faite agresser, avec la notion de l’agresseur. J’ai rêvé qu’un agresseur monstrueux venait pour m’attaquer. J’essayais de lui trancher la gorge, et sa gorge se réparait tout de suite. Et là j’ai rêvé que cet agresseur ME tranchait la gorge, et que je n’arrivais plus à m’exprimer, que je sentais le sang dans ma gorge. C’était assez oppressant, et horrible. Et en cherchant, plus ou moins, sur internet, par panique un peu, hein, j’ai voulu voir un peu ce que ça pouvait définir. Et bien ça définissait une incapacité d’expression sur des sujets. Et ça fait partie de ces sujets-là. Ces sujets-là, où j’ai l’impression de me sentir impuissante, dans un milieu où la plupart de mes amis croient en l’idéologie queer, ou tout simplement, n’y croient pas forcément, mais laissent faire, pour pouvoir encore avoir accès aux bars lesbiens, aux soirées, pour ne pas blesser les autres, donc laissent faire. Et moi, j’ai l’impression… mais que je ne pourrai jamais laisser faire, que ce n’est pas possible. Ça me terrifie. Et donc, je me rends compte que j’ai besoin de m’exprimer et, du coup, j’ai pris la décision de le faire. Ici.

Alors quand j’ai rencontré ce podcast, je les ai tous écoutés, en très peu de temps. Et j’ai juste, en fait à chaque fois, réalisé l’importance, en fait, de témoigner. Mais aussi de manière plus ou moins anonyme, parce que c’est essentiel, en fait, qu’on puisse se rendre compte du nombre qu’on est, de tous les milieux d’où on vient. Il n’y a pas qu’un seul milieu particulier : ce n’est pas que chez les lesbiennes, ce n’est pas que chez les hétéros, ce n’est pas que chez les féministes radicales. Forcément, on finit par se rendre compte que le féminisme radical a de la logique, dans la racine de ce féminisme. Mais je me suis aussi rendu compte de cette importance-là aussi, pour questionner les problématiques liées au corps. Et ça me fait du bien. Moi, ça m’a fait beaucoup de bien, en tout cas, de me dire que j’allais pouvoir faire quelque chose.

RDG – Est-ce que tu as une ou plusieurs anecdotes à raconter sur un événement qui t’aurait marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

Blanche –  Alors oui. Déjà, je voulais parler de la question du non-binaire. Souvent, quand je questionne les personnes qui finalement, un peu comme ma copine,  finissent par se questionner sur le transactivisme, il y a cette idée que, chez… dans l’idéologie queer, “non binaire” c’est déjà ce qu’il y a de plus intelligent pour sortir des codes du genre, pour abolir le genre féminin-masculin. Et, en fait, j’explique que “non binaire, genderfluid”, c’est pas plus intelligent. Puisque, de toute façon, non-binaire, c’est : “Je ne suis pas homme, je ne suis pas femme.” Donc ça revendique qu’il y a des hommes et des femmes, et que cette personne est transfuge à ça. Donc ça s’appuie encore, et toujours, sur un concept patriarcal, sur des genres construits par le patriarcat. Et ensuite, “genderfluid”, c’est pareil : ça s’appuie aussi sur ça. Puisque “genderfluid” ce serait, soi-disant, qu’ on peut se réveiller un matin, pendant une période de sa vie, être un homme. Et puis un autre non-binaire et puis après, être une femme. Oui bien sûr. J’ai envie de dire, déjà, plus ou moins tout le monde a une essence dès la naissance, femme, homme… mais effectivement on va se sentir plus à l’aise par moments de sa vie dans des codes masculins. Je pense à ma sœur, par exemple, quand, sa poitrine a poussé, qui s’est habillée en garçon. Elle était plus à l’aise, socialement, comme ça. Et pour autant, plus tard, elle est devenue coquette, elle n’est pas genderfluid, ma sœur. Elle a juste essayé de s’adapter à une société, en fait. Donc pour moi, ça n’a pas du tout de logique, et c’est très facilement démontrable. Et finalement c’est aussi très à la mode parce que on n’a pas envie de transitionner, on n’a pas envie de répondre à un code de femme-homme.  Complètement, c’est has been, c’est très mauvais d’être une femme “cis” ou un homme “cis” et donc, du coup, on est non-binaire, et ça ouvre même potentiellement plus de socialisation dans le milieu queer, d’être non-binaire, que d’être une femme ou un homme “cis”. Donc je trouve que ça a ce côté un peu dangereux aussi : ce serait plus “validable”, socialement, d’être autre chose qu’un homme ou une femme, lorsqu’en fait… ben oui, mais ta sexuation, tu ne pourras jamais la retirer : tu seras toujours opprimée par ton sexe, même si tu es non binaire. Un viol, que tu sois non-binaire ou pas, ce n’est pas parce que tu arrives devant ton agrresseur et qe tu lui dis : “Je suis non-binaire!”, qu’il va s’arrêter à ça. Et pareil pour des agressions, pareil pour des viols, pareil pour, du coup, des excisions, ou toute autre oppression sexiste sur le corps des femmes.

Egalement, je voulais parler d’un événement qui m’est arrivé l’an dernier, à la Pride. J’étais, donc, avec mon ami Thomas, gay. Et ce jour-là, il était habillé en Blanche-Neige. Il avait un peu joué la drag, pour rigoler, pour s’amuser. Et on a des petits jeunes, beaucoup plus jeunes que nous, 16 ans, qui sont venus nous voir et qui nous ont demandé nos pronoms. Et moi, je n’ai pas compris tout de suite, et mon pote Thomas non plus! Donc on a répondu : “Blanche et Thomas”. Et ils nous ont regardés comme des idiots. Ils ont dit : “Non, mais en fait, vos pronoms, pas vos prénoms!” Et là, j’ai dit : “elle”, et lui il dit : “il”. Et c’est là que je me suis rendu compte qu’il y avait quand même un décalage entre, soi-disant on est LGBT,  mais en fait on n’était pas dans les codes, même lui. Du coup, on parle de ça tout le long de la marche, et je lui dis : “ouais c’est vrai que le milieu LGBT, finalement c’est un peu chelou, ce qui se passe chez les jeunes, et les trans, et machin”… et je dis : “moi je suis lesbienne, je peux dire que je ne coucherais pas avec une femme trans,  une personne à pénis, je te le dis clairement.” Et il me dit : “Oui, mais c’est transphobe, en fait, tu comprends…” Et je lui ai dit : “Ok, Thomas. Toi, tu es gay exclusif. Je veux dire que tu n’as  jamais rencontré de femmes, et que tu n’as jamais couché avec une femme.” Et il me dit “non”. Je fais : “Ok. Demain, il y a un homme trans qui vient, qui n’a pas fait sa transformation complète, parce qu’on sait qu’il n’y a quand même que 10% des personnes trans qui font la transformation complète”. Je lui ai dit : “Cet homme trans vient, et veut coucher avec toi. Tu couches avec cette personne, même si tu vas coucher avec une vulve, du coup?” Et là, il m’a fait : « Ah, non. Jamais.” Et donc je lui ai dit : “Alors là, tu es transphobe, on est d’accord? Et pourquoi MOI, du coup, je devrais accepter de coucher avec un pénis? Pourquoi ce serait accepté chez la communauté gay de ne pas coucher avec un homme trans, parce que ce ne serait pas un homme, parce qu’il a une vulve, et pourquoi moi, je devrais le faire, sinon c’est transphobe? Je veux dire, l’effet miroir, ça fonctionne très bien les gars”. Moi, je connais plein de gay du coup aujourd’hui que j’ai questionnés grâce à ça, sur cette question-là, où finalement ils ont dit : “Oui, c’est vrai moi… une vulve, jamais, ça me dégoûte.” Eh bien sache que c’est pareil pour beaucoup de lesbiennes. C’est comme ça. Donc je me suis dit : “Ok, c’est quand ça les arrange, et c’est encore une fois sur les femmes qu’on tape, pour ce genre de problématique, qu’on va silencier. » 

Et puis il y a aussi un autre truc : c’est qu’ils sont partout. Ils prennent la place partout. Cette année, j’ai fait la marche de visibilité lesbienne, et dans la marche de visibilité lesbienne, tu avais… je ne sais pas… la moitié, voire les deux tiers qui étaient transpédégouines… et du coup, tu as un discours à la fin, et je trouve que c’est important, un discours pour la marche de visibilité lesbienne, qui soit essentiellement sur les problématiques des lesbiennes. Et ben non : tu as 15 minutes sur les lesbiennes. Et ensuite tu as vingt minutes sur les prostituées et les putes. Et ensuite tu as 30 minutes sur les trans. Et je suis là : “Mais en fait il y a une journée pour les trans, il y a la journée pour les putes. Pourquoi la journée sur les lesbiennes, on vient, on piétine? Je trouve ça quand même énorme! Pour le féminisme, c’est pareil! En fait, c’est le féminisme! Il existe bien, soi-disant le trans-activisme! Donc pourquoi le jour de la journée internationale des droits des femmes, on ramène le transactivisme là-dedans? Et j’ai même envie de dire : on parle de troisième genre. Même le symbole qu’ils ont créé, là. C’est pour créer le “troisième genre”. Donc pourquoi dans les lieux sportifs, on ne ferait pas une troisième catégorie? Pourquoi il n’y aurait pas dans les hammams et les saunas une troisième salle, pour les gens qui veulent bien être en non-mixité choisie? Pourquoi, du coup, ce serait si problématique qu’on crée des lieux spécifiques, et qu’on puisse laisser des lieux essentiels pour femmes? Pourquoi ça fait mal à tout le monde, cette idée-là? On parle de troisième genre, en fait. On ne parle pas de genre féminin. Donc expliquez-moi? Il y a trop d’incohérences, à ce niveau-là, et c’est vraiment dommage, parce que quand on apporte des solutions pour que ces personnes puissent avoir des droits et exister socialement, ben non. C’est pas ça qu’ils veulent. Ils veulent plus : ils veulent nos espaces, ils veulent nos places, et ils veulent être des femmes, et que nous, nous soyons des femmes “cis”. Donc on n’existe plus. Voilà.

RDG –  On ne remerciera jamais assez Will Thomas haha, le “nageureuse” haha,  américain.e, qui a volé toutes les médailles des femmes, mais qui, du coup, a fait “peaker” la Fédération Internationale de Natation, qui vient de créer cette fameuse troisième catégorie, en lui disant : “Non, non, Will. Maintenant c’est fini, tu ne cours plus chez les femmes. Les femmes elles ont droit de courir sans les hommes!”

Blanche – Ben oui!

RDG – Voilà! Donc ça : merci Will! Haha

Blanche – Ouais, bah ouais.

RDG –  C’est là… je pense quand même, qu’il y a quelques réactions  actuellement. Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Blanche – Alors oui, j’ai deux petites choses à ajouter. Ce n’est pas forcément long…  Ce sont des passages de “La contrainte à l’hétérosexualité” de Adrienne Rich qui, pour moi, sont très forts.

Page 19 de ce livre, elle dit : celle qui ment peut refuser toute confrontation et nier qu’elle ment. Elle peut même prétendre protéger quelqu’un. Elle peut dire aussi : “Je ne voulais pas faire de mal.” Ce qu’elle voulait éviter, en réalité, c’était de faire face à la souffrance de l’autre. Pour moi, c’est très parlant de ce dont je parlais tout à l’heure, sur la souffrance du corps. Et on ment, du coup, pour ne pas blesser, en fait, ces personnes. Mais du coup, on empêche d’avancer sur cette problématique importante.

Et enfin, je veux terminer sur ma pancarte, que j’avais brandie fièrement le jour de la marche de visibilité lesbienne, avec un espoir qu’on puisse déjà percevoir un peu mes revendications : “Quand une femme dit la vérité, elle crée la possibilité pour plus de vérité autour d’elle.” Pour moi, c’est très beau, et c’est très féministe. Et du coup aujourd’hui, ça s’inclut parfaitement dans la critique du genre.

RDG – Merci d’avoir écouté notre parole, et n’hésitez surtout pas à la partager le plus largement possible. S’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basés sur le sexe.

http://www.womensdeclaration.com

A bientôt pour un nouveau témoignage de rebelles du genre.

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