Jeanne, rebelle du genre.

Bonjour je m’appelle Jeanne, c’est mon deuxième prénom. 

Je suis française, j’ai 30 ans. J’habite dans une petite ville du sud-ouest de la France et je suis doctorante en sociologie.

C’est très récent que je m’exprime ouvertement sur cette question-là.

J’ai toujours eu des idées féministes assez ancrées depuis l’adolescence en fait et quand j’avais 18-20 ans en particulier, je lisais énormément de textes féministes notamment des féministes radicales, parce que c’était ce qui me  parlait le  plus, mais à l’époque j’avais pas de personne ouvertement trans dans mon entourage et c’était pas du tout un sujet sur lequel je m’interrogeais.

Jeanne, rebelle du genre.

Je savais que ça existait, point.

Et pendant mes études je suis allée passer un an dans une université du Canada anglophone et là j’en ai profité pour suivre des cours auxquels j’avais pas eu accès en France donc, c’était des cours de sociologie des rapports hommes/femmes d’anthropologie du genre et des cours de women studies. C’était il y a 10 ans donc ça s’appelait encore women’s studies à l’époque. Il faut savoir que ces départements, dans les universités anglo-saxonnes, ont tous été renommés gender studies ou women and gender studies depuis…

Et c’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à être exposée à cette idéologie autour du genre.

Jeanne, rebelle du genre

Un de mes enseignants, par exemple, c’était un soi-disant “homme trans”, c’est-à-dire une femme trans identifiée qui s’est présentée comme “homme trans” dès la première séance du cours et dans un autre cours, j’ai eu au moins une séance organisée par l’enseignante où elle a fait intervenir un autre “homme trans”, en fait une autre femme trans identifiée qui nous a raconté en détail son parcours de transition, sa vie, etc.

Et moi à l’époque j’étais exposée à tout ça, j’écoutais et je voyais pas du tout ça comme une idéologie. C’est-à-dire, qu’on nous présentait  tout ça comme un fait objectif : “Il y a des personnes trans. Leur vécu est comme ça,  comme ci comme ça… Et moi j’acceptais ça en fait. Mais au fond de moi j’étais mal à l’aise, je percevais bien que ces soi-disant “hommes” nous parlaient de leur transidentité comme de quelque chose de profond, d’immuable et d’inné… alors que dans les faits, il ne faisaient que nous parler de non-conformité aux normes de genre en fait, de non-conformité aux normes féminines. Et ils parlaient aussi d’un rapport difficile à leurs corps de femmes mais rien, en fait, n’était une sorte “d’essence trans” innée. Il y a eu ce cours où une personne trans identifiée nous parlait et une fille de la classe a fini par oser poser des questions, elle lui a notamment demandé “En quoi ce que vous nous décrivez-là, c’est différent de l’expérience d’un tomboy,  d’un garçon manqué? »  Et la personne trans a eu l’air  interloquée avant de répondre “ Je détestais mon corps”.

Elle lui a dit “Mais en fait en quoi ce que vous nous décrivez-là, c’est différent de l’expérience d’un tomboy,  d’un garçon manqué?  Et la personne trans a eu l’air  interloquée elle a répondu “ Je détestais mon corps”.

Jeanne, rebelle du genre.

Voilà, moi j’y voyais pas quelque chose d’inné, une sorte d’essence féminine ou masculine, là-dedans! 

Et ce qu’il faut dire aussi c’est que moi, je me retrouvais énormément dans ce que nous ont raconté ces femmes trans identifiées et dans ce que je pouvais lire aussi des témoignages de personnes trans dans les médias, puisque moi-même, quand j’étais petite, pendant plusieurs années, je rêvais tous les jours de devenir un garçon. Je pensais que dans ma tête en quelque sorte j’étais un garçon plutôt qu’une fille. Je détestais le rôle de fille qu’on voulait me faire jouer.

Et je voyais aussi ma mère être maltraitée par mon père, et je pense que ça ça aussi ça a joué un grand rôle là-dedans, parce que ça m’a enlevé très tôt, cette envie de devenir une femme.

Jeanne, rebelle du genre.

J’avais une apparence physique de garçons, les gens me prenaient très régulièrement pour un garçon. Moi secrètement j’en étais ravie… sauf que voilà c’est passé à l’adolescence. Je pense que bah tout simplement j’ai mûri en fait et que j’ai fini par accepter que j’étais une fille, que oui, il y avait des gros gros inconvénients à être une fille dans cette société mais que j’avais pas trop le choix parce que mon corps était comme ça et c’est tout.

Et donc en fait moi quand j’étais petite je correspondais tout à fait à la description typique de l’enfant trans. Sauf que je ne me suis jamais identifiée comme ça et qu’aujourd’hui je suis une femme et je suis contente d’être une femme enfin bref…

Du coup quand des personnes trans parlaient de transidentité comme de quelque chose d’inné,  qui dure toute la vie etc. ça me paraissait un peu suspect et surtout je voyais bien qu’il y avait quelque chose dans ce qu’ils disaient qui était complètement à l’opposé du féminisme en fait. Parce qu’ils ramenaient toujours les mots homme et femme à des stéréotypes sexistes! Voilà. Mais à l’époque j’avais pas de regard vraiment critique là-dessus. Je m’arrêtais à ça, à ce “Tiens c’est bizarre quand même, c’est un peu sexiste ce qu’ils racontent”. 

Mais  j’allais pas plus loin en fait. 

Je crois même que je m’empêchais d’y réfléchir parce que j’avais très peur au fond de moi de passer dans le camp des méchants en fait… De passer dans le camp des réacs et transphobes, un peu au même titre que les racistes, les sexistes, etc. Et c’est quelque chose qui me faisait peur, et comme je n’y réfléchissais pas plus que ça, je ne voyais pas tous les problèmes concrets que cette idéologie pouvait poser pour les femmes.

Jeanne, rebelle du genre.

Mais ça a changé, tout ça, il y a un peu plus d’un an. 

Je n’étais pas du tout militante mais je suivais quand même un petit peu ce qui se passait dans le mouvement féministe en France. 

Les collages sur les féminicides,  lancés par Marguerite Stern par exemple et j’avais entendu parler du fait que Marguerite Stern sur retrouvait ostracisée dans le milieu féministe, harcelée etc. parce que c’était une “terf”. Et moi j’ai eu envie de comprendre tout ça, et pour ça je me suis notamment inscrite sur Twitter en fait où j’ai suivi plein de comptes féministes et c’est là que j’ai pris conscience des débats si on peut appeler ça des débats au sein du féminisme sur la question de l’identité de genre. Et j’ai été choquée la violence des activistes trans et de certaines féministes à l’égard des prétendues “terfs”.  J’ai été frappée aussi honnêtement de la bêtise et de la naïveté un peu niaise des arguments des féministes qui se disaient “inclusives”. J’ai commencé à lire vraiment beaucoup sur cette question de la trans identité et de l’identité de genre. Des bouquins de journalistes, de chercheuses féministes anglo-saxonnes principalement.

Et là c’était vraiment génial parce que plus je lisais, plus j’apprenais, plus je regardais des documentaires aussi, plus je me rendais compte que mon malaise vis-à-vis de ce sujet était logique. Il était justifié en fait depuis le début et ça m’a vraiment appris à avoir beaucoup plus confiance en mes jugements.

Il y a quelques mois, je ne sais pas, 3-4 mois, il y a eu vraiment la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour moi c’est que une de mes amis de longue date qui est journaliste a fait une vidéo pour un média très connu qui reprenait complètement la propagande trans sous couvert d’objectivité. 

Et ça m’a vraiment posé problème parce que pour moi, outre que ça véhiculait une idéologie misogyne anti féministe, c’était du mauvais journalisme en fait, c’était de la mésinformation totale.  Et je pense que si j’avais vu cette vidéo il y a  un ou deux ans, peut-être que j’aurais cru ce qu’elle disait, en fait. Parce que je n’avais pas les connaissances pour la juger critiquement.

Jeanne, rebelle du genre.

Et donc cette amie,  j’ai voulu en parler avec elle, elle a pas voulu donc on évite un petit peu   le sujet depuis sauf qu’à ce moment-là en fait je me suis rendu compte qu’autour de moi PERSONNE n’avait envie d’en parler… Toutes mes amies qui ont toutes des idées féministes, soit  elles n’y connaissaient rien et elles ne s’y intéressaient pas vraiment, elles  voulaient pas en parler, ou bien elles évitaient le sujet parce que ça les mettait mal à l’aise comme moi ça avait pu me  mettre mal à l’aise quelques années avant.

Et c’est là en fait que j’ai fini par me créer un autre compte Twitter anonyme et j’ai commencé à twitter sur cette question, essayant de trouver des gens qui pensent comme moi et de me sentir moins seule avec mes idées.

Pourquoi penses-tu que cette idéologie est une menace pour les droits des femmes et pour la société?

Je pense qu’il y aurait énormément énormément de choses à dire et les femmes que vous avez déjà interrogées elles ont déjà dit beaucoup de choses très importantes elles en ont déjà parlé assez bien et du coup, ce que j’aimerais c’est insister sur un point en particulier qui n’a pas encore été abordé dans le podcast, je crois, et qui pose vraiment problème, en tant que femme, en tant que féministe mais aussi en tant que sociologue : c’est l’importance des données statistiques basées sur le sexe.

En fait, je pense que les féministes et les femmes en général ont besoin que des statistiques soient régulièrement recueillies concernant les inégalités et les discriminations et les violences fondées sur le sexe. C’est-à-dire que, si on veut que les gens en général et que les décideurs politiques en particulier, aient une vraie conscience de l’ampleur de ces problèmes et que des politiques publiques à la hauteur de ces problèmes soient mises en oeuvre, il nous  faut des données objectives et les plus précises possibles sur ce qu’on vit en tant que femme  : sur les violences des hommes, sur leur évolution dans le temps, etc.

Jeanne, rebelle du genre.

Et en fait, il n’y a qu’à regarder ce qui se passe avec #MeToo et avec #MeTooInceste, par exemple :  on a beau  avoir des chiffres fiables qui montrent que les violences sexuelles sont extrêmement répandues dans tous les milieux, que ce sont des violences sexistes qui touchent de manière prédominante les filles et les femmes… 

 on a avoir tous ces chiffres, on nous reproche quand même de mentir, d’exagérer ou alors, on dit que les choses ont évolué, qu’elles se sont améliorées, alors même que les chiffres disent l’inverse.

Donc voilà. Vous imaginez que si en fait on n’avait même pas de statistiques fiables pour appuyer nos propos, nos revendications n’auraient carrément aucun poids en fait. 

Et sur ce sujet des statistiques, je voudrais souligner plusieurs choses :

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Alors d’abord le fait que la variable “sexe”, elle est importante et elle est pertinente dans l’analyse de quasiment tous les phénomènes sociaux. C’est-à-dire que dans n’importe quel domaine en général vous allez trouver des différences significatives entre les hommes et les femmes. Et ça, ça va du niveau de rémunération aux pratiques de loisirs, aux opinions politiques, à la propension à commettre des violences… tout en fait! 

Et sur certains sujets en particulier comme les violences ou les inégalités c’est carrément absurde de pas prendre en compte le sexe parce que si on est aveugle à cette dimension du sexe, on ne peut même pas se faire une vision réaliste de la situation. Et du coup en tant que sociologue quand on voit ces différences qui ont été mesurées objectivement entre les hommes et femmes, on cherche à comprendre ce qui les explique, ce qui les cause : pourquoi le sexe est aussi puissant pour déterminer toutes ses facettes de nos vies? Et en faisant des recherches plus poussées, plus qualitatives on se rend compte que ça s’explique par des processus de socialisation très différents pour les filles et les garçons, les femmes et les hommes, c’est-à-dire qu’on nous inculque pas les mêmes normes, les  même règles et qu’on finit par intérioriser ces règles jusqu’à ce qu’elles fassent même partie de notre personnalité. Or ce qui fait qu’on va être socialisés  comme fille ou garçon, c’est une seule chose : c’est notre sexe. C’est le fait d’être né fille ou garçon, voilà. C’est juste ça qui va déterminer qu’ensuite, toute notre enfance, et ça va se poursuivre à l’âge adulte,  on va être socialisés comme fille ou garçon.

Du coup, en fait,  les hommes qui pensent être des femmes, ils ont quand même été socialisés comme des hommes,  sachant que, évidemment, il n’y a pas une forme de socialisation masculine ces hommes ils n’ont pas été socialisés de la même manière qu’un garçon qui se sent bien dans son rôle de sexe. Ils ont souvent subi des tas de  violences parce qu’ils n’étaient pas des garçons “comme il faut”, au même titre que les garçons homosexuels par exemple. Mais ça, ce n’est pas une socialisation fille! Ils ont quand même eu une socialisation masculine. Et même si leur famille les a autorisés très tôt à s’habiller de la même façon que les filles, à jouer à des jeux de filles   etc., c’est pas que ça la socialisation de genre en fait!   Ils ont  bénéficié quand même dans une certaine mesure du privilège masculin. Ils ont quand même, pour le dire grossièrement, intégré l’idée que,  ils ont droit de prendre plus de place, de couper la parole, d’imposer leur présence,  d’imposer leurs désirs aux autres et notamment aux femmes … parce que tout ça c’est le genre de choses qu’on intègre de manière très subtile au quotidien en observant le comportement des gens par rapport à nous, quand on est enfant notamment. Et ça c’est uniquement parce que les gens, autour de nous, nous perçoivent comme fille ou garçon.

Du coup, forcément, les hommes qui s’identifient comme des femmes vont avoir des comportements typiques d’hommes. On sait que, par exemple, les hommes transidentifiés ont la même propension à commettre des infractions violentes que les autres hommes, voir une propension légèrement supérieure selon les études, et ça, ça peut s’expliquer par plusieurs choses.

Jeanne, rebelle du genre.

Je pense que, effectivement, le fait d’être marginalisée et précaire, le fait d’avoir  des problèmes psy  aussi, ça peut jouer un rôle, mais la socialisation masculine joue clairement un rôle là-dedans aussi. Et il y a notamment une étude scientifiquement solide  qui  a été menée en Suède sur plusieurs centaines d’hommes transidentifiés qui montre ça. C’est-à-dire que, c’est une étude d’il y a 10 ans qui a montré que les hommes transidentifiés étaient six fois plus nombreux que les femmes à commettre un crime ou un délit, et 18 fois plus nombreux que les femmes à commettre un crime ou un délit violent.

Donc ce n’est pas des femmes déjà, mais  ce n’est pas des femmes comme les autres en fait!

Et en plus, cette étude ne prenait en compte que des hommes qui avaient déjà subi une opération de “changement de sexe” comme on dit, c’est-à dire en fait des hommes qui étaient transidentifiés  depuis des années, qui avaient été prêts à subir tout un parcours médical, chirurgical, social, difficile pour obtenir ce qu’ils voulaient. Ce n’étaient pas simplement des hommes violents qui se faisaient passer pour des personnes trans histoire d’avoir accès plus facilement à des victimes.

Donc  voilà !

Le fait qu’on se dirige de plus en plus vers ça, ça risque d’entraîner des gros problèmes dans la fiabilité et la précision des données statistiques.

Ca, c’est un risque qui est réel, je ne  suis pas parano quand je le souligne…

En Angleterre la semaine dernière par exemple, il y a une étude qui a été lancée par le “domestic abuse comissioner”  (c’est un organisme public) et ils ontlancé une étude destinée aux victimes de violences conjugales, et cette étude ne demandait pas le sexe de la personne interrogée! Elle ne demandait que l’identité de genre…  

En voyant ça je me dis “mais  vaut une étude sur les violences conjugales qui ne prend pas en compte le sexe des victimes?” Sachant qu’en plus les masculinistes passent leur temps à nous dire “Mais les hommes aussi sont victimes de violences conjugales”… et heureusement on peut leur répondre avec des chiffres solides que la grande majorité des victimes sont des  femmes, la grande majorité des auteurs sont des hommes. Si on ne mesure plus cet écart hommes/femmes, en fait on fait disparaître la violence sexiste, on se retrouve à analyser les violences conjugales comme simplement des relations conflictuelles violentes entre les individus, sans voir le tableau plus large de la domination masculine. Et du coup bah bon courage pour y mettre fin en fait!

Et les activistes trans, à ça, ils répondent que il y a  très peu de personnes trans dans la société et que du coup le fait de prendre en compte l’identité de genre plutôt que le sexe dans les statistiques, ça changera quasiment rien!  

Mais en fait, ce n’est pas tout à fait vrai…

Jeanne, rebelle du genre.

Je vais prendre un exemple, celui des viols et des agressions sexuelles. 

Il y a une toute petite minorité, entre 2 et 4 % des auteurs, qui sont des femmes. Le fait que des violeurs hommes transidentifiés, même peu nombreux, soient enregistrés comme femmes. Cela peut du coup augmenter de manière drastique les chiffres sur les violences sexuelles commises par les femmes.

C’est ce qui s’est passé au Royaume-Uni ces dernières années…

Ce qu’il faut savoir c’est que là-bas, le crime de viol, légalement, il requiert un pénis. C’est une pénétration avec un pénis en fait, c’est comme ça qu’il est défini légalement. Donc en théorie, seuls des hommes peuvent être accusés de viol au Royaume-Uni. Il y a des cas très rares où des femmes sont accusées parce que elles ont participé au viol aux côtés d’un homme donc, elles sont condamnées comme complices. Mais ces cas se comptent sur les doigts d’une main chaque année. Et pourtant, ce qu’on observe c’est que entre 2012 et 2018 il y a environ 430 viols qui ont été enregistrés comme ayant été commis par une femme. Donc c’est une augmentation brutale, énorme et, pourquoi? Parce qu’en fait de nombreux services de police à travers le pays ont pris l’habitude d’enregistrer l’identité de genre déclarée par les violeurs plutôt que leur sexe! 

Du coup, si on regarde ça rapidement, on pourrait conclure à une augmentation de la violence chez les femmes! Heureusement la définition légale du viol, qui en soit est très critiquable, prouve que ce n’est pas ça qu’il se passe au Royaume-Uni! 

Mais qu’est-ce qu’il en serait en France si la police et les tribunaux se mettaient à enregistrer massivement les violeurs transidentifiés comme des femmes sachant qu’en France une femme peut tout à fait être accusée de viol (on peut violer avec ses mains, avec un objet, voilà) donc en fait, on ne saurait pas comment interpréter ces données.

On pourrait penser que c’est une augmentation de la violence sexuelle commise par les femmes!

Jeanne, rebelle du genre.

Voilà c’est juste un exemple. Il y a bien d’autres domaines où les statistiques basées sur le sexe sont tellement contrastées qu’un petit nombre d’individus enregistrés dans la mauvaise catégorie peut fausser complètement les résultats, et en plus si le changement d’État civil devient de plus en plus facile la proportion de personne enregistrées dans le mauvais sexe va augmenter. Ça va influencer d’autant plus les statistiques. Du coup comment est-ce qu’on pourra mesurer ne serait-ce que, je sais pas, la réalité des écarts de salaires  entre les hommes et femmes? 

Ca va devenir impossible donc il faut vraiment vraiment continuer à recueillir des données sur le sexe.
Cela n’empêche pas de poser aussi des questions sur l’identité de genre. Au contraire je pense que c’est un  phénomène social qui mérite d’être étudié, ça peut nous apprendre plein de choses.

Parce que ça nous permettra aussi d’avoir une idée beaucoup plus précise des violences et des discriminations subies par les personnes trans elles-mêmes, et c’est important, mais il ne  faut pas confondre sexe et genre, et il ne faut pas faire disparaître le sexe au profit d’une autre catégorie qui serait l’identité de genre, qui en plus relève d’une croyance, et pas du tout d’une réalité objective.

Qu’est-ce qui t’a décidée à témoigner de façon anonyme?

Bon, moi, je ne crains pas du tout pour ma sécurité, d’ailleurs, j’ai hésité à témoigner sous mon vrai prénom. Mais ce qui m’a décidée à être anonyme, c’est que je n’ai pas envie que des collègues, ou des étudiants, des étudiantes – parce que j’ai eu quand même plusieurs centaines d’étudiants au total ces dernières années – me reconnaissent et que ça puisse potentiellement me nuire professionnellement, sachant que les cas de femmes qui perdent leur emploi à cause de leurs opinions sur ces sujets existent. Je n’ai pas envie de prendre ce risque en fait.

Est-ce que tu as une anecdote à raconter sur un événement qui t’a marquée concernant la transidentité ou le transactivisme?

écemment j’ai déménagé dans une petite ville et, du coup, j’ai rejoint la seule association féministe de la ville,  c’est une association qui est universaliste et non mixte. Et dans ma ville elle est très très majoritairement formée de femmes qui ont l’âge d’être à la retraite. Beaucoup sont militantes depuis plusieurs décennies. Du coup je ne m’attendais pas, (j’ai peut-être été un peu naïve) je ne m’attendais vraiment pas à ce que l’idéologie de l’identité de genre soit très présente parmi elles, j’ai été assez surprise…

Jeanne, rebelle du genre.

L’anecdote en question, c’est qu’il y a quelques semaines, l’association a organisé une conférence-débat autour de l’universalisme et l’intersectionnalité. Et la discussion a surtout porté sur les questions liées au racisme et à la religion, mais à un moment donné j’ai voulu tester le terrain en quelque sorte. J’ai évoqué la question de la transidentité. J’ai dit quelque chose comme : “ Oui mais dans beaucoup de groupes féministes aujourd’hui, ce n’est pas tant ces questions qui se posent au sujet de l’intersectionnalité et l’inclusion, c’est plus tout ce qui concerne la trans identité.

La plupart des femmes qui étaient présentes ont été très surprises que j’amène ce sujet en fait parce que pour elles cette cette question trans c’était plutôt un impensé. Par contre quand j’ai commencé à donner mon avis, notamment sur le fait que les “femmes trans” ne sont pas des femmes, ce sont des hommes trans identifiés, et qu’affirmer le contraire, comme le font beaucoup de féministes au nom de l’inclusivité, ça nuit aux intérêts et aux droits des femmes…

Là, presque tout le monde s’est insurgé.

Je me suis retrouvée toute seule à défendre cette idée-là au milieu d’une bonne trentaine de femmes et que beaucoup d’entre elles étaient choquées de mes idées.

Jeanne, rebelle du genre.

La seule autre femme jeune de l’assemblée, elle a parlé des “terfs” comme pour me dire “Attention! Si tu continues à dire ça ça veut dire que t’es une terf quand même!” 

Elle me disait ça plutôt avec bienveillance en fait je pense qu’elle pensait que j’y connais rien, que j’avais pas du tout un point de vue informé sur cette question et elle voulait m’éduquer! Et il y a eu d’autres femmes dans le groupe qui ont eu cette même posture à ce moment-là, d’éducation envers moi, et  j’ai eu l’impression que tout ce qu’elles avaient  à me dire c’était : “Attention ma petite! Tu dis quelque chose d’interdit!”

Il y a une femme, une seule qui a appuyé un de mes arguments, mais on lui a coupé la parole en gros… Il y a une des adhérentes qui a demandé : “Mais du coup on fait quoi? Oui les femmes trans, est-ce qu’elles ont le droit d’adhérer à l’association? (qui est non mixte, je le rappelle). Et il y a une autre femme dans une position d’autorité qui a répondu tout de suite, sans hésiter : “Oui”, et il n’y a pas eu de  débat…

Et tout ça c’est super intéressant parce que j’ai compris que même si ces femmes elles n’avaient jamais réfléchi précisément à la question, elles avaient quand même absorbé cette idéologie et surtout elles avaient absorbé l’interdit de la remettre en question. 

Ça montre bien le danger qu’il y a dans le milieu féministe à ne pas réfléchir sérieusement à cette question alors même que l’idéologie trans est profondément sexiste, elle  est illogique, elle  est rétrograde, et que  si on ne réagit pas, en fait, on laisse faire des choses qui vont directement à l’encontre de nos intérêts en tant que femmes.

Et pourtant, en fait, même dans une toute petite ville, dans une tout petite asso comme ça, le danger est réel. Il est pas très loin en fait, il existe parce que ce que j’ai constaté, c’est que dès qu’il y a une rencontre, un débat organisé par l’association, systématiquement il y a des militants d’une autre association de la ville qui est une association LGBTQIA+ , comme ils se présentent, qui viennent.

Jeanne, rebelle du genre.

Ils ont droit parce que certaines rencontres de l’asso sont ouvertes à tous, elles ne sont pas toutes non mixtes, ils ont le droit de venir. Mais en fait ils viennent et ils ont tendance à ramener les débats autour des questions LGBT et trans en particulier. Et y compris, des fois, à monopoliser un petit peu le temps de parole, après les interventions, pour faire leur propagande, en fait (faire leur propagande “pro trans”). Et j’ai constaté que pas grand monde dans l’assemblée ne leur répond, n’ose intervenir.

Les femmes restent majoritairement silencieuses, elles attendent qu’ils aient fini de parler. Elles acquiescent un petit peu mollement et c’est tout.

Jeanne, rebelle du genre.

Est-ce que tu as quelque chose à ajouter?

Non, à part que je suis très contente que vous ayez décidé de lancer ce podcast parce que je crois qu’il y a vraiment besoin en France d’entendre les voix des femmes qui ont ces opinions-là. Que l’on est toujours marginalisées, diabolisées etc. Et ça fait vraiment du bien d’entendre d’autres femmes qui ont ouvert les yeux sur ces questions, voilà.

Nous remercions Jeanne pour son témoignage.

 N’hésitez pas à partager le plus largement possible et s’il vous plaît, signez la déclaration des droits des femmes basée sur le sexe :

https://www.womensdeclaration.com/fr/


Mercie les femmes!

Suivez Jeanne! https://twitter.com/poulimiotte

5 réflexions sur « Jeanne, rebelle du genre. »

  1. Passionnant ! Surtout sur les statistiques, je le savais mais ne l’avais jamais trouvé aussi clairement et exhaustivement formulé. Je partage !

    Au fait, il y a un mélange entre les lignes à cet endroit : « Et notamment daElle lui a dit, “Mais en fait en quoi ce que vous nous décrivez-là, c’est différent de l’expérience d’un tomboy, d’un garçon manqué? Et la personne trans a eu l’air interloquée elle a répondu “ Je détestais mon corps”.ns ce cours où une personne trans identifiée nous parlait il y a une fille de la classe qui a fini par oser poser la question. »
    Et aussi, dans une citation, Jeanne se retrouve avec deux e à la fin de son prénom.

    Merci pour tout votre travail ❤

    Aimé par 1 personne

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